Anesthesie Et Drepanocytose: 15 Congres Icar, Novembre 2008, Lyon
Anesthesie Et Drepanocytose: 15 Congres Icar, Novembre 2008, Lyon
INTRODUCTION :
La drépanocytose (anémie falciforme ou sickle cell disease) est une des pathologies d’origine
génétique les plus fréquentes. Autosomique récessive, elle touche la chaîne de bêta de l’hémoglobine
et est responsable de modifications structurales et conformationnelles des hématies et donc de troubles
rhéologiques majeurs au niveau de la microcirculation. Ces modifications étant favorisées par des
facteurs tels que hypoxémie, acidose, hypo volémie ou hypothermie. L’hémolyse induite par ces
processus est responsable d’anémies profondes et chroniques. Les occlusions vasculaires et troubles
micro-circulatoires génèrent progressivement des atteintes multi-viscérales par destruction
parenchymateuses et fibroses cicatricielles grevant sévèrement le pronostic fonctionnel et vital des
patients. L’évolution de cette maladie se fait par poussées vaso-occlusives successives de gravités
variables avec au maximum un tableau de syndrome thoracique aigu dont la mortalité peut atteindre
40 %. La prise en charge anesthésique de ces patients est complexes [1] et doit tenir compte des
conséquences physiopathologiques de la maladie et prévenir la survenue de crises vaso-occlusives. Le
traitement de ces crises passe par la maîtrise des facteurs déclenchants (sepsis, hypoxie, acidose…),
par une oxygénothérapie, un traitement antalgique adapté et une stratégie transfusionnelle agressive
voire une exsanguino-transfusion.
DEFINITION et EPIDEMIOLOGIE :
PHYSIOPATHOLOGIE :
La substitution de l’acide aminé glutamate par une valine, due à la mutation génétique ponctuelle du
6ème codon en 11 p 11-5 sur le chromosome 11, est responsable d’une modification de la polarité et des
propriétés électrostatiques de la surface de la molécule de bêta globine, appelée HbS. Ceci induit des
anomalies de structure et de conformation de la chaîne responsables de phénomènes supra
moléculaires de polymérisation des chaînes de globines dans certaines conditions physico-chimiques
(baisse de la pression partielle en oxygène). Il en résulte une déformation et une fragilisation du
globule rouge, modifiant les propriétés rhéologiques et la durée de vie de ces cellules, responsables
des phénomènes d’occlusions vasculaires au niveau des microcirculations des différents organes,
d’ischémies tissulaires et d’hémolyse [13-15]. Ces anomalies ne s’expriment que chez les individus
homozygotes pour le gène HbS (drépanocytose homozygote) ou lorsqu’un allèle HbS est associé à un
autre allèle pathologique comme un allèle porteur de bêta thalassémie Hbβthal (drépanocytose
hétérozygote SC ou SE). De même, la présence d’hémoglobines fœtale (dont la synthèse dépend de
gènes différents et dont les chaînes de globines ne sont pas altérées) qui reste fonctionnelle, réduit
l’expression microbiologique et clinique de la drépanocytose. Ceci explique que les manifestations
cliniques ne surviennent qu’après le 4ème mois de vie, lors du remplacement progressif de l’HbF
(hémoglobine fœtale) par l’HbS (hémoglobine pathologique drépanocytaire).
A - Clinique :
L’expression clinique et les manifestations somatiques de la drépanocytose sont liées aux propriétés
physico-chimiques de l’hémoglobine S et ne sont pas les mêmes à tous les âges de la vie. Ainsi, avant
l'âge de 3 mois, l’hémoglobine S n’est pas encore exprimée et l’hémoglobine fœtale (HbF) est la
forme prépondérante dans les hématies, assurant fonction et conformation normale. Cet effet
protecteur de l’HbF rend le nouveau-né asymptomatique. Après l’âge de 3 mois, le remplacement
progressif de HbF par l'hémoglobine adulte porteuse de la mutation S correspond à l’apparition des
premiers signes cliniques de la drépanocytose.
1. De trois mois à cinq ans : À partir du 4e mois vont apparaître les manifestations
prédominantes durant les cinq premières années de vie : anémie, infections et crises vaso-
occlusives (CVO).
a. Anémie : Normochrome, normocytaire et régénérative, l’anémie, apparaissant dès
l’âge de 4 mois, est liée à la réduction de la durée de vie des hématies drépanocytaires
et à une augmentation des phénomènes d’hémolyse. Une splénomégalie se développe
progressivement, majorant l’hémolyse et responsable de séquestrations spléniques
aiguës (collapsus, anémie et hypovolémie aigue avec splénomégalie douloureuse)
complication redoutable entre 6 mois et 5 ans. Au delà de 6 ou 7 ans, la splénomégalie
régresse spontanément mais l’indication de splénectomie n’est pas rare avant 5 ans.
b. Sepsis et infections : Il existe une vulnérabilité particulière aux infections
notamment aux germes encapsulés. Ce phénomène est lié à une dysfonction splénique
dès la première enfance voire à un asplénisme fonctionnel (infarctus répétés). Les
sepsis sont fréquents et graves surtout chez les jeunes enfants n’ayant pas encore
acquis d'immunité spécifique. Les infections aiguës à pneumocoques sont classiques,
souvent brutales, diffuses (poumons, méninges et sang) et graves. Les risques
d'infection à staphylocoque ou à Haemophilus influenzae sont également augmentés.
Par ailleurs l'infection, source potentielle de fièvre, d'acidose métabolique voire de
déshydratation, favorise la polymérisation de l'HbS et donc la survenue de crises vaso-
occlusives. Cette fragilité justifie des mesures préventives spécifiques telles
qu’antibioprophylaxie continue par pénicilline et vaccinations anti-pneumococcique et
anti-haemophilus.
c. Crises vaso-occlusives : Elles sont les manifestations les plus fréquentes de la
maladie drépanocytaire et de l’obstruction micro-vasculaire et capillaire par les GRSS
non déformables. La dactylite aiguë [20] ou syndrome pied-main (atteinte
inflammatoire des extrémités) souvent fébrile est une forme classique et fréquente
chez le jeune enfant, liée aux conditions particulièrement propices au niveau de la
vascularisation distale. Les autres organes principalement atteints par les crises vaso-
occlusives sont : la rate, les métaphyses des os longs et le parenchyme pulmonaire
voire des ganglions mésentériques responsables de crises douloureuses abdominales
pseudo-chirurgicales.
2. De l'âge de cinq ans à l'adolescence :
a. Crises vaso-occlusives : Les CVO hyperalgiques multifocales sont les premières
complications avec une symptomatologie principalement osseuse (ischémique et/ou
infectieuse par ostéomyélite), neurologique (AVC) et pulmonaire (infarctus) pouvant
mettre en jeu le pronostic vital. La fréquence et la gravité des CVO conditionnent le
pronostic fonctionnel de chaque organe (atteintes dégénératives débutantes).
b. Autres atteintes : Aux CVO s’associent un asplénisme quasi-constant, une anémie
chronique (responsable d’une hyper-kinésie cardio-vasculaire voire d’une
myocardiopathie dilatée), un ictère hémolytique et des lithiases biliaires.
c. Priapisme : Le priapisme est une autre complication fréquente dont le traitement est
une urgence d’autant que les séquelles fonctionnelles peuvent être dramatiques [21].
Le recours à la chirurgie est fréquent.
d. Conséquences : D’autre part, la croissance staturo-pondérale est ralentie et il existe
fréquemment un retard pubertaire surtout chez le garçon. La prise en charge
psychologique est indispensable, surtout à l’adolescence, étant donné le caractère
chronique de cette pathologie et la nécessité d’un suivi continu.
3. Âge adulte : L’accumulation des lésions ischémiques, dues aux crises vaso-occlusives, et les
séquelles de ces infarctus itératifs vont entrainer, progressivement, une atteinte viscérale
dégénérative et une insuffisance fonctionnelle au niveau de chaque organe conditionnant la
prise en charge et la qualité de vie des patients HbSS. En effet, à l’âge adulte, les crises aigues
hémolytiques et les complications infectieuses sont plus rares et la prise en charge des patients
est surtout celle des atteintes organiques séquellaires et dégénératives (osseuses, oculaires et
cutanées notamment) pour lesquelles la chirurgie est fréquemment indiquée. Le syndrome
pulmonaire aigu reste la principale cause de morbidité et de mortalité à cet âge. Les
ostéomyélites et infections urinaires (femme enceinte +++) et plus rarement les méningites,
septicémies et infections intestinales sont responsables d’une grande part des complications
évolutives de la maladie.
B - Biologique :
Le diagnostic biologique de drépanocytose repose sur un examen clé : l’électrophorèse de
l’hémoglobine [22, 23], qui révèle la présence d’hémoglobine S (seule si le patient est homozygote).
Les autres éléments et analyses biologiques permettent d’une part de suspecter le diagnostic et d’autre
part d’évaluer la gravité et le retentissement organique de la drépanocytose :
Les conséquences des occlusions vasculaires et des atteintes de la micro-circulation engendrées par les
troubles rhéologiques et inflammatoires de la drépanocytose peuvent toucher tous les organes et
aboutissent, à terme, à une véritable destruction parenchymateuse, obérant la fonction organique.
1. Crises vaso-occlusives : Les crises vaso-occlusives sont des crises douloureuses dues à des
occlusions micro-vasculaires épisodiques, favorisées par un ralentissement circulatoire et
accompagnées de phénomènes inflammatoires locaux et de réactions endothéliales. Ces crises
affectent souvent des zones à vascularisation terminale comme la moelle osseuse des os longs
(responsables des conséquences hématopoïétiques et des embolies graisseuses). Le stress
oxydatif provoqué par le syndrome de reperfusion peut être responsable de la défaillance
viscérale. Les facteurs favorisant la survenue de crises vaso-occlusives sont :
• Déshydratation
• Acidose (néphropathie, aspirine, AINS, métabolique)
• Diabète
• Acidose lactique (effort musculaire intense anaérobie,…)
• Hyperthermie, infections ou hypothermie, exposition au froid
• Hypoxémie, troubles ventilatoires, asthme, séjour en altitude, avion
• HTA
• Grossesse
• Garrot, compressions segmentaires
• Troubles psychiatriques, toxicomanie, tabac, alcool
• Anesthésie générale
Si un tiers des patients reste asymptomatique, les CVO sont responsables de près de 30 % des
admissions en urgence [24].
4. Syndrome thoracique aigu : Le syndrome thoracique aigu (STA) [29] est une complication
fréquente (plus de 50 % des enfants HbSS et second motif d'hospitalisation) et grave (première
cause de décès quel que soit l'âge), surtout en période post-opératoire où son incidence est
proche de 10 %.
a. Clinique : Le STA correspond à une douleur thoracique aiguë, fébrile, associée à une
dyspnée, à des anomalies radiologiques (infiltrat interstitiel ou épanchement pleural)
systématisées ou non, uni ou bilatérales et à une anémie aigue (+/- thrombopénie).
b. Facteurs de risque : Les facteurs de risque de survenue d’un STA sont : l’âge
(maximum entre 2 et 5 ans), une concentration en hémoglobine S élevée, une
hyperleucocytose et un contexte post-opératoire.
c. Physiopathologie : La physiopathologie du STA est complexe et
multifactorielle associant une dysfonction vasculaire pulmonaire localisée, d’une
dysfonction-activation endothéliale et une activation de la cascade des médiateurs
inflammatoires. Ces phénomènes sont induits par les GRSS et favorisés par la
présence de certains agents infectieux (pneumocoque, Haemophilus influenzae,
staphylocoque A, Klebsielle, Mycoplasma p, Chlamydia p. ou parvovirus) ou de
certains produits lipidiques issus d'emboles graisseux. L’hypoventilation alvéolaire
induite par la douleur thoracique génère une hypoxie voire une acidose hypercapnique
créant les conditions d’une boucle d’auto-entretien de l’obstruction vasculaire.
d. Traitement : Le traitement du STA est basé sur l’association d’une prise en charge
symptomatique (oxygénothérapie, hydratation adéquate, analgésie efficace) d’une
antibiothérapie à large spectre et d’un programme transfusionnel précoce (surtout en
cas d’anémie aigue). Les échanges transfusionnels sont réservés aux tableaux
gravissimes avec défaillance respiratoire ou cardiaque.
5. Complications rénales : L'atteinte rénale est principalement le fait des infarctus itératifs,
glomérulaires et tubulaires, conduisant à des anomalies structurales et fonctionnelles. La
médullaire rénale est particulièrement exposée aux lésions ischémiques du fait des conditions
locales prédisposant à la falciformation : hypoxie, hyperosmolarité, acidité locale, stase
circulatoire. L’altération du pouvoir de concentration des urines et la sclérose glomérulaire
focale et segmentaire sont les anomalies les plus fréquemment retrouvées, évoluant
progressivement vers une dégradation de la fonction rénale et l’insuffisance rénale (de
survenue précoce et grevant sévèrement le pronostic vital avec une espérance de vie d’environ
4 ans). , qui a tendance à surestimer le débit de filtration glomérulaire. La présence d'une
protéinurie, d'un syndrome néphrotique, d’une hématurie voire d’un syndrome néphritique
n'est pas rare. Les facteurs prédictifs de développement d’une insuffisance rénale sont la
sévérité de l'anémie, une hypertension, une protéinurie, un syndrome néphrotique et les
hématuries microscopiques. L’augmentation du risque d’infection urinaire majore encore le
risque d’atteinte rénale, notamment chez la femme enceinte.
6. Complications cérébrales : Les complications cérébrales sont à la fois fréquentes (7 à 8 %
des patients après l’âge de 1 an) et graves (2ème cause de décès chez le sujet HbSS). L'accident
vasculaire cérébral (AVC) ischémique (2/3 cas) ou hémorragique peut avoir des conséquences
dramatiques et des séquelles importantes ; toutes les formes cliniques peuvent se voir, de la
simple céphalée à l’hémiplégie [30]. Les facteurs favorisants sont : des antécédents de
méningite, la présence de micro-anévrismes de la base du crâne (IRM et DTC), une
concentration basse d'HbF, une hyperleucocytose et une anémie aigue. La prise en charge
thérapeutique repose, outre le traitement symptomatique, sur la transfusion simple voire
l'exsanguino-transfusion, associée au traitement des crises convulsives ou de l'hypertension
intracrânienne éventuelle. Le risque de récidives, élevé dans les premiers mois (60 % dans les
3 ans), peut justifier un programme transfusionnel préventif et prolongé.
7. Complications hépato-biliaires et digestives : L’augmentation des phénomènes
hémolytiques est responsable de lithiases biliaires plus fréquentes (40 % des sujets HbSS)
avec un risque de complication élevé (75 %) et donc de cholécystectomie. Par ailleurs, le
développement d’une cholestase, d’un ictère voire d’une cirrhose micro-nodulaire est la
conséquence de l’obstruction des capillaires sinusoïdes par une accumulation de GRSS avec
ischémie tissulaire et hémophagocytose augmentée. D’autres facteurs tels que les hépatites
virales et l'hémochromatose post transfusionnelle, l'insuffisance cardiaque droite ou encore la
bilharziose peuvent être impliqués dans cette dysfonction hépatique. Le risque d’ulcération
peptique gastro-intestinale est également augmenté, justifiant une prévention médicamenteuse
d’indication large en péri-opératoire.
8. Complications osseuses, ostéo-arthropathies : A type de nécrose osseuse (fréquent,
douloureux et invalidant), d’ostéonécrose de la tête fémorale voire humérale, de lésions
vertébrales et métaphysaires, elles sont responsables de douleurs, d’impotences fonctionnelles,
de troubles de la statique ou de la croissance osseuse. La chirurgie doit être la plus
conservatrice possible compte tenu du pronostic fonctionnel aléatoire des prothèses totales de
hanche dans ce contexte.
9. Complications autres :
a. Oculaires : elles concernent toutes les structures de l’œil mais principalement la
rétine (ischémies itératives, occlusions vasculaires, proliférations capillaires et
hémorragies ou décollements de rétines). L'installation anesthésique doit être
rigoureusement et prévenir ce risque, notamment en position ventrale.
b. Cutanées : Les ulcères de jambe[31], profonds, extensifs et indolores, siègent le plus
souvent au niveau de la cheville et sont d’évolution chronique.
c. Hématopoïétiques : Les crises aplastiques correspondent à une inhibition
temporaire de l’érythropoïèse associée à une anémie sévère pouvant être responsable
d’une défaillance cardiaque et le plus souvent due à une infection à parvovirus B19
[32].
TRAITEMENENT DE LA DREPANOCYTOSE :
La prise en charge thérapeutique [16, 33, 34] au long cours de la drépanocytose passe par :
3. Thérapeutiques d’avenir :
Chez l'enfant [45, 46], les atteintes fonctionnelles sont rares. Chez l'adulte [47], l'évaluation des
fonctions cardiaque et respiratoire doit être systématique et rigoureuse à la recherche de complications
ou de dysfonctions d’organe (cœur, rein, poumon...). Les indications d’ETT sont donc larges, guidées
par la clinique [48]. L’acte et la procédure chirurgicaux doivent être connu et leur éventuel
retentissement doit être évalué (durée, risque hémorragique, retentissement respiratoire,
cardiovasculaire ou métabolique). Ces éléments permettent d’apprécier le risque de complication vaso-
occlusive per et post opératoire, même si ce risque est aléatoire et les complications imprévisibles
(STA en post opératoire). L’information du patient sur les risques anesthésiques encourus est
également importante.
Bilan pré-opératoire : Le bilan pré-opératoire doit permettre une évaluation précise du patient :
- Amygdalectomie = 0 %
- Chirurgie de hanche = 2,9 %
- Chirurgie abdominale non obstétricale = 7,8 %
- Césariennes et hystérectomies = 16,9 %
La grossesse est un facteur de risque supplémentaire [49] au même titre que des crises douloureuses
fréquentes ou des hospitalisations itératives. L’âge plus élevé est également un facteur de mauvais
pronostic puisqu’il augmente le risque de complications et leurs gravités en raison des atteintes
viscérales (cardiaques, respiratoires, rénales ou cérébrales) sous-jacentes.
Prévention des crises : La prévention des crises vaso-occlusives doit également faire partie de
l’optimisation pré-opératoire des patients drépanocytaires. Ainsi, la recherche et le traitement
d’éventuelles carences en fer ou en folates, la prévention voire le traitement d’une déshydratation,
l’optimisation du statut respiratoire (kinésithérapie, aérosolthérapie,…) permettent de préparer le
patient à la chirurgie et de réduire certains facteurs de risque de falciformation péri-opératoire. Une
oxygénothérapie péri-opératoire réduit également ce risque.
Ainsi, les indications d’exsanguino-transfusion se limitent à des indications précises, telles que la
pédiatrie, en concertation avec les hématologues. L’attitude la plus répandue chez l’adulte est, en
fonction des indications chirurgicales, la transfusion simple de CGR en pré ou péri-opératoire.
Certaines interventions mineures (circoncision, cure de hernie inguinales,…) ne nécessitent pas de
prise en charge transfusionnelle pré-opératoire.
• Chirurgie moyenne :
Transfusion simple
o Cholécystectomie...
o Orthopédie...
ou
o Amygdalectomie
o Exploration
Exsanguino-transfusion avec objectif
• Chirurgie de durée < 2 heures
HbS < 40 %
• Chirurgie majeure
o Laparotomie
o Thoracotomie
• Garrot
Exsanguino-transfusion avec objectif
• Chirurgie de durée > 2 heures
HbS < 20 %
• Antécédent(s) de complications
thromboemboliques ou infectieuses graves
• Antécédent(s) de défaillance viscérale
La prise en charge anesthésique du patient drépanocytaire [44, 53, 54] ne diffère pas grandement de
celle de patients non drépanocytaires. Le respect des règles de sécurité est indispensable, comme lors
de toute anesthésie, générale ou loco-régionale. Aucun protocole particulier n’est donc à
recommander.
Prémédication : Il s’agit de privilégier les molécules ayant le moins d’effets dépresseurs sur la
ventilation. L’hydroxyzine (ATARAX*) à 1 mg/kg est particulièrement adaptée.
Monitoring et surveillance per-opératoire : L’invasivité de la surveillance per-opératoire des
patients drépanocytaires va dépendre de la gravité de la maladie (notamment des antécédents de
crises vaso-occlusives, d’AVC ou de syndrome thoracique aigu) et du type de chirurgie. En
pratique, peu d’éléments sont spécifiques au patient drépanocytaire et le monitoring classique est
habituellement suffisant (scope ECG, PNI, SpO2, EtCO2). La surveillance de la température
(sonde thermique) est capitale, l’hypo et l’hyperthermie étant des facteurs de falciformation.
L’utilisation d’un curarimètre fait partie du monitoring indispensable. Le monitorage invasif de la
pression artérielle est d’indication large selon les interventions car il permet d’une part une
surveillance continue de l’état hémodynamique du patient et de prendre en charge précocement les
épisodes hypotensifs sans répéter les mesures tensionnelles au brassard (la compression itérative et
l’effet garrot pouvant favoriser la polymérisation de l’HbS et la formation de GRSS) et d’autre
part de réaliser des prélèvements sanguins sans utiliser de garrot. Le monitorage hémodynamique
non invasif (ETO ou doppler trans-œsophagien) peuvent avoir leur place dans l’optimisation de la
volémie per-opératoire et dans la prise en charge de cardiopathies drépanocytaires. La mise en
place de voies veineuses de bon calibre, parfois difficile au vu du capital veineux altéré de ces
patients, est indispensable étant donné le recours fréquent à la transfusion érythrocytaire. Quelques
particularités existent chez les sujets drépanocytaires : la courbe de dissociation de l’HbS étant
déviée vers la droite, la mesure de la SpO2 sous estime la PaO2, l’anémie modifie également
l’interprétation de la SpO2 et les complications pulmonaires telles que syndrome thoracique aigu
et embolies pulmonaires peuvent se manifester par une chute rapide et brutale du capnogramme.
Installation : L’installation chirurgicale du patient doit être rigoureuse et attentive. Les zones de
compression artérielle, responsables d’ischémie locale, et les compressions veineuse, entrainant
des phénomènes de stase, peuvent favoriser la survenue de phénomènes vaso-occlusifs.
Induction : Il n’existe aucune contre-indication à l’utilisation d’un agent anesthésique et tous
peuvent être utilisés. Les agents ayant le moins d’effets hémodynamiques et inotropes négatifs
sont à privilégier. Les halogénés n’ont pas de restriction d’utilisation. Les morphiniques et curares
sont utilisés normalement. Les altérations de la fonction rénale, souvent rencontrées chez ces
patients, doivent simplement être prise en compte d’un point de vue pharmacocinétique et les
drogues néphrotoxiques sont à éviter. L’antibioprophylaxie, classique, doit respecter les protocoles
établis, être éventuellement adaptée aux antécédents infectieux du patient et prendre en compte le
risque d’endocardite en cas d’atteinte valvulaire.
Entretien de l’anesthésie : La conduite de l’anesthésie générale [44, 54, 55] chez un patient
drépanocytaire, pour prévenir les complications vaso-occlusives et la falciformation, doit répondre
à plusieurs impératifs :
Réveil : Il n’y a pas de spécificités : le réveil anesthésique s’opère chez un patient normotherme,
décurarisé, après analgésie adaptée. L’extubation se faisant après récupération d’une ventilation
spontanée efficace suffisante, de reflexes de toux et de déglutition. Une attention particulière devra
être portée sur le risque d’hypoxie, d’hypoventilation, d’hypothermie et de frissons.
L’oxygénothérapie est systématique et poursuivie 24 à 48 heures après extubation.
Cas particuliers :
CONCLUSION :
La prise en charge anesthésique vise d’abord une bonne évaluation clinique et biologique du statut du
patient, de l’atteinte des grandes fonctions et du risque de décompensation péri-opératoire.
L’optimisation pré-opératoire passe par une supplémentation des éventuelles carences notamment
vitaminiques et par l’élaboration d’une stratégie transfusionnelle péri-opératoire visant à réduire le
taux d’hémoglobine S et à contrôler le risque de falciformation. La fréquence des allo-immunisations
post-transfusionnelles diminue l’efficacité et la tolérance des transfusions et oblige à une recherche
systématique des anticorps irréguliers. Le monitorage et l’installation du patient requièrent une
particulière attention. Lorsque cela est possible, l’anesthésie loco-régionale doit être privilégiée. En
dehors de ces situations, le protocole anesthésique, sans particularité, doit simplement viser à limiter
autant que possible les facteurs favorisant l’occlusion micro-circulatoire par les GRSS. L’analgésie
post-opératoire doit être préférentiellement multi-modale avec une épargne morphinique. La PCA de
morphine reste une bonne alternative.
3. Scott, R.B. and R.P. Gilbert, Genetic diversity in hemoglobins. Disease and nondisease.
JAMA, 1978. 239(25): p. 2681-4.
4. Driscoll, M.C., Sickle cell disease. Pediatr Rev, 2007. 28(7): p. 259-68.
5. Chien, S., S. Usami, and J.F. Bertles, Abnormal rheology of oxygenated blood in sickle cell
anemia. J Clin Invest, 1970. 49(4): p. 623-34.
6. Bardakdjian, J. and H. Wajcman, [Epidemiology of sickle cell anemia]. Rev Prat, 2004.
54(14): p. 1531-3.
8. de Montalembert, M., R. Girot, and F. Galacteros, [Sickle cell disease in France in 2006:
results and challenges]. Arch Pediatr, 2006. 13(9): p. 1191-4.
9. Gonzalez Santiago, P., et al., [Selective neonatal screening for sickle cell disease]. An Pediatr
(Barc), 2008. 68(4): p. 407-8.
10. Cao, A. and M.C. Rosatelli, Screening and prenatal diagnosis of the haemoglobinopathies.
Baillieres Clin Haematol, 1993. 6(1): p. 263-86.
11. Kremp, O., et al., [Mortality due to sickle cell anaemia in France from birth to 18 years of
age]. Arch Pediatr, 2008. 15(5): p. 629-32.
12. Darbari, D.S., et al., Circumstances of death in adult sickle cell disease patients. Am J
Hematol, 2006. 81(11): p. 858-63.
13. Redding-Lallinger, R. and C. Knoll, Sickle cell disease--pathophysiology and treatment. Curr
Probl Pediatr Adolesc Health Care, 2006. 36(10): p. 346-76.
14. Steinberg, M.H., Sickle cell anemia: pathophysiology, management, and prospects for the
future. J Clin Apher, 1991. 6(4): p. 221-3.
15. Steinberg, M.H., Pathophysiology of sickle cell disease. Baillieres Clin Haematol, 1998.
11(1): p. 163-84.
16. Steinberg, M.H., Management of sickle cell disease. N Engl J Med, 1999. 340(13): p. 1021-
30.
17. Higgins, J.M., et al., Sickle cell vasoocclusion and rescue in a microfluidic device. Proc Natl
Acad Sci U S A, 2007. 104(51): p. 20496-500.
18. Hebbel, R.P., et al., Erythrocyte adherence to endothelium in sickle-cell anemia. A possible
determinant of disease severity. N Engl J Med, 1980. 302(18): p. 992-5.
19. Stein, P.D., et al., Deep venous thrombosis and pulmonary embolism in hospitalized patients
with sickle cell disease. Am J Med, 2006. 119(10): p. 897 e7-11.
20. Healy, P.J. and P.S. Helliwell, Dactylitis: pathogenesis and clinical considerations. Curr
Rheumatol Rep, 2006. 8(5): p. 338-41.
21. Rogers, Z.R., Priapism in sickle cell disease. Hematol Oncol Clin North Am, 2005. 19(5): p.
917-28, viii.
22. Willard, R.F., et al., Electrophoresis of hemoglobin on polyacrylamide gels: precise method
for measurement of hemoglobin A2. Clin Chem, 1973. 19(9): p. 1082-4.
23. Steinberg, M.H. and J.G. Adams, 3rd, Laboratory Diagnosis of sickling hemoglobinopathies.
South Med J, 1978. 71(4): p. 413-6.
24. Adewoye, A.H., et al., Effectiveness of a dedicated day hospital for management of acute
sickle cell pain. Haematologica, 2007. 92(6): p. 854-5.
25. Tsironi, M. and A. Aessopos, The heart in sickle cell disease. Acta Cardiol, 2005. 60(6): p.
589-98.
26. Klings, E.S., et al., Abnormal pulmonary function in adults with sickle cell anemia. Am J
Respir Crit Care Med, 2006. 173(11): p. 1264-9.
27. Klings, E.S., et al., Pulmonary arterial hypertension and left-sided heart disease in sickle cell
disease: clinical characteristics and association with soluble adhesion molecule expression.
Am J Hematol, 2008. 83(7): p. 547-53.
28. Barnett, C.F., P.Y. Hsue, and R.F. Machado, Pulmonary hypertension: an increasingly
recognized complication of hereditary hemolytic anemias and HIV infection. JAMA, 2008.
299(3): p. 324-31.
29. Johnson, C.S., The acute chest syndrome. Hematol Oncol Clin North Am, 2005. 19(5): p. 857-
79, vi-vii.
30. Switzer, J.A., et al., Pathophysiology and treatment of stroke in sickle-cell disease: present
and future. Lancet Neurol, 2006. 5(6): p. 501-12.
31. Halabi-Tawil, M., et al., Sickle cell leg ulcers: a frequently disabling complication and a
marker of severity. Br J Dermatol, 2008. 158(2): p. 339-44.
32. Regaya, F., et al., Parvovirus B19 infection in Tunisian patients with sickle-cell anemia and
acute erythroblastopenia. BMC Infect Dis, 2007. 7: p. 123.
33. Rosse, W.F., et al., New Views of Sickle Cell Disease Pathophysiology and Treatment.
Hematology Am Soc Hematol Educ Program, 2000: p. 2-17.
34. Steinberg, M.H. and C. Brugnara, Developing treatment for sickle cell disease. Expert Opin
Investig Drugs, 2002. 11(5): p. 645-59.
35. Steinberg, M.H., et al., Effect of hydroxyurea on mortality and morbidity in adult sickle cell
anemia: risks and benefits up to 9 years of treatment. JAMA, 2003. 289(13): p. 1645-51.
36. Brawley, O.W., et al., National Institutes of Health Consensus Development Conference
statement: hydroxyurea treatment for sickle cell disease. Ann Intern Med, 2008. 148(12): p.
932-8.
37. Bakanay, S.M., et al., Mortality in sickle cell patients on hydroxyurea therapy. Blood, 2005.
105(2): p. 545-7.
38. Vichinsky, E., Consensus document for transfusion-related iron overload. Semin Hematol,
2001. 38(1 Suppl 1): p. 2-4.
39. Atz, A.M. and D.L. Wessel, Inhaled nitric oxide in sickle cell disease with acute chest
syndrome. Anesthesiology, 1997. 87(4): p. 988-90.
40. Montero-Huerta, P., D.R. Hess, and C.A. Head, Inhaled nitric oxide for treatment of sickle
cell stroke. Anesthesiology, 2006. 105(3): p. 619-21.
41. Nahavandi, M., et al., Effects of hydroxyurea and L-arginine on the production of nitric oxide
metabolites in cultures of normal and sickle erythrocytes. Hematology, 2006. 11(4): p. 291-4.
42. Bernaudin, F., [Stem cell transplantation in sickle cell disease: results, perspectives]. Arch
Pediatr, 2008. 15(5): p. 633-5.
43. Shenoy, S., Has stem cell transplantation come of age in the treatment of sickle cell disease?
Bone Marrow Transplant, 2007. 40(9): p. 813-21.
44. Firth, P.G. and C.A. Head, Sickle cell disease and anesthesia. Anesthesiology, 2004. 101(3):
p. 766-85.
45. Meshikhes, A.W., Preoperative management of children with sickle cell disease undergoing
major abdominal surgery. Saudi Med J, 2003. 24(9): p. 1033.
46. Rasmussen, G.E., The preoperative evaluation of the pediatric patient. Pediatr Ann, 1997.
26(8): p. 455-60.
47. Prasad, R., et al., Long-term outcomes in patients with sickle cell disease and frequent vaso-
occlusive crises. Am J Med Sci, 2003. 325(3): p. 107-9.
48. Ahmed, S., et al., Echocardiographic abnormalities in sickle cell disease. Am J Hematol,
2004. 76(3): p. 195-8.
49. Camous, J., et al., Anesthetic management of pregnant women with sickle cell disease--effect
on postnatal sickling complications. Can J Anaesth, 2008. 55(5): p. 276-83.
50. Afenyi-Annan, A., et al., Blood bank management of sickle cell patients at comprehensive
sickle cell centers. Transfusion, 2007. 47(11): p. 2089-97.
51. Vichinsky, E.P., et al., A comparison of conservative and aggressive transfusion regimens in
the perioperative management of sickle cell disease. The Preoperative Transfusion in Sickle
Cell Disease Study Group. N Engl J Med, 1995. 333(4): p. 206-13.
52. Fung, E.B., et al., Morbidity and mortality in chronically transfused subjects with thalassemia
and sickle cell disease: A report from the multi-center study of iron overload. Am J Hematol,
2007. 82(4): p. 255-65.
53. Frietsch, T., I. Ewen, and K.F. Waschke, Anaesthetic care for sickle cell disease. Eur J
Anaesthesiol, 2001. 18(3): p. 137-50.
54. Goodwin, S.R., et al., Sickle cell and anesthesia: do not abandon well-established practices
without evidence. Anesthesiology, 2005. 103(1): p. 205; author reply 205-7.
55. Kleen, M. and B. Zwissler, Intra-operative use of inhaled vasodilators: are there indications?
Curr Opin Anaesthesiol, 2002. 15(1): p. 79-83.
56. Anie, K.A. and A. Steptoe, Pain, mood and opioid medication use in sickle cell disease.
Hematol J, 2003. 4(1): p. 71-3.
57. Yaster, M., S. Kost-Byerly, and L.G. Maxwell, The management of pain in sickle cell disease.
Pediatr Clin North Am, 2000. 47(3): p. 699-710.
58. Yaster, M., et al., Epidural analgesia in the management of severe vaso-occlusive sickle cell
crisis. Pediatrics, 1994. 93(2): p. 310-5.
59. Villers, M.S., et al., Morbidity associated with sickle cell disease in pregnancy. Am J Obstet
Gynecol, 2008. 199(2): p. 125 e1-5.
60. Serjeant, G.R., et al., Outcome of pregnancy in homozygous sickle cell disease. Obstet
Gynecol, 2004. 103(6): p. 1278-85.
61. Tita, A.T., et al., Perinatal and maternal outcomes in women with sickle or hemoglobin C
trait. Obstet Gynecol, 2007. 110(5): p. 1113-9.
62. Rajab, K.E. and J.H. Skerman, Sickle cell disease in pregnancy. Obstetric and anesthetic
management perspectives. Saudi Med J, 2004. 25(3): p. 265-76.
63. Danzer, B.I., D.J. Birnbach, and D.M. Thys, Anesthesia for the parturient with sickle cell
disease. J Clin Anesth, 1996. 8(7): p. 598-602.
64. Morrison, J.C. and H. Foster, Transfusion therapy in pregnant patients with sickle-cell
disease: a National Institutes of Health consensus development conference. Ann Intern Med,
1979. 91(1): p. 122-3.
65. Maddali, M.M., et al., Management of sickle cell disease during CABG surgery--a case
report. Middle East J Anesthesiol, 2006. 18(6): p. 1139-45.
66. Bhatt, K., et al., Perioperative management of sickle cell disease in paediatric cardiac
surgery. Anaesth Intensive Care, 2007. 35(5): p. 792-5.
67. Haberkern, C.M., et al., Cholecystectomy in sickle cell anemia patients: perioperative outcome
of 364 cases from the National Preoperative Transfusion Study. Preoperative Transfusion in
Sickle Cell Disease Study Group. Blood, 1997. 89(5): p. 1533-42.