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Eco-quartiers
,
Sébastien Carcelle Jonathan Chesnel
« En ces jours-là fleurira la justice,
Grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Que la ville devienne florissante
Comme l’herbe sur la terre ! » Ps. 71
D es enfants jouent dans une rue piétonne. De part et d’autre,
des jardinets entourent les larges baies vitrées de maisons aux toits
recouverts de gazon, de bassins de récupération d’eau et de panneaux
solaires. Une étudiante consulte internet sur son ordinateur portable
au pied d’une éolienne… Vous êtes dans un éco-quartier, un de ces
îlots urbains conçus pour minimiser les impacts environnementaux
négatifs de notre mode de vie. Les plus connus, le Quartier Vauban
à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne et BedZED dans le sud de
Londres, sont nés au milieu des années 1990. D’autres villes d’Eu-
rope du Nord leur ont emboîté le pas comme Malmö, Stockholm et
Hanovre. En France, plusieurs communes se lancent à présent dans
l’aventure : Paris, Bordeaux, Lille, Douai, Strasbourg, Chalon-sur-
Saône ou Limeil-Brévannes dans le Val-de-Marne…
À la pointe de l’innovation technologique et architecturale, les
constructions tentent de répondre aux défis du développement dura-
ble et de réduire au maximum leur empreinte écologique jusqu’à
. Pour Beddington Zero Energy (fossil) Development.
. Méthode pour estimer l’impact environnemental d’une activité humaine en calculant la surface
de biosphère nécessaire à la production d’énergie et au recyclage des déchets dont le carbone émis
dans l’atmosphère.
Le Cahier—
projet 302 – 2008, pp. 79-81 4 rue de la Croix-Faron, 93217 La Plaine Saint-Denis
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avoir un bilan carbone nul. Pour cela, rien n’est laissé au hasard :
isolation optimale de l’habitat, récupération des eaux de pluie, utili-
sation des énergies renouvelables, équipements économiques en eau
et en électricité… permettent de réduire drastiquement les dépenses
en énergies. Ainsi dans le quartier BedZED, les consommations
Cahier d’énergie pour le chauffage ont diminué de 88 %, la consommation
d’eau chaude est réduite de 57 % et la consommation d’électricité
de 25 % par rapport à la consommation domestique moyenne au
Royaume-Uni. Certains quartiers en France prévoient même de
devenir producteurs d’électricité. Par ailleurs, le volume des déchets
est réduit et le recyclage accru. Enfin, les déplacements « propres »
sont privilégiés par le développement des transports en commun et
la limitation de l’usage personnel des voitures.
Une utopie sociale ?
Fidèles aux aspirations du développement durable, ces projets
comportent également une dimension sociale forte. Nés pour la plu-
part sur des friches industrielles, ces quartiers promeuvent une mixité
sociale en réservant une part importante de logements sociaux. À
Fribourg, le quartier Vauban s’est développé sur d’anciennes casernes
militaires de l’armée française. Après le départ de cette dernière en
1992, certains habitants occupaient illégalement les lieux ; ils font
désormais partie des nouveaux résidents « légitimes », occupant 220
logements « alternatifs », auxquels s’ajoutent 600 logements étu-
diants pour un total de 2000 logements sur 34 hectares. À BedZED,
sur 82 logements, un tiers sont des logements sociaux, un tiers sont
réservés à des key partners (personnes ayant une « utilité publique »:
médecins, infirmiers, pompiers, professeurs) et un tiers sont vendus
Le Cahier
ou loués sans contraintes spécifiques. À Limeil-Brévannes, la moitié
des logements du nouveau quartier durable seront des logements
sociaux et un dispositif d’accès au numérique pour tous sera assuré
grâce à l’utilisation du Wimax (Wifi à grande échelle).
Certes, de tels projets naissent d’une volonté politique forte qui
donne l’impulsion initiale mais rien ne serait possible sans la conver-
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gence de nombreux acteurs. Il faut souvent du temps et des montages
Eco-quartiers
financiers complexes entre bailleurs de fonds publics ou associatifs,
constructeurs, pouvoirs publics, architectes, urbanistes, structures
d’appui technique… L’investissement initial est plus important que
pour d’autres constructions qui ne respecteraient pas les normes
HQE, ce qui se répercute dans le prix du logement. Ainsi pour le
quartier BedZED qui aurait coûté 17 millions d’€, le prix d’achat du
logement était de 20 % plus élevé que le prix moyen des logements
dans cette zone. Mais ce surcoût est amorti dès les premières années
grâce aux économies d’énergie.
D’ores et déjà, les premiers résultats dans les quartiers existants
sont impressionnants : les objectifs énergétiques semblent atteints et
l’intégration sociale paraît « heureuse ». Devant le défi du réchauffe-
ment climatique, ces éco-quartiers ont une portée utopique qui laisse
entrevoir une pluralité de solutions créatives, tant les formules rete-
nues diffèrent d’un quartier à l’autre. Les propositions de la commis-
sion Attali visant à promouvoir le concept d’eco-polis n’ont pourtant
pas été accueillies favorablement par les associations de défense de
l’environnement, qui craignent un étalement de l’espace urbain et
des infrastructures routières aux dépens de la nature. Par ailleurs, le
coût d’investissement initial pour mettre en œuvre des éco-quartiers
pourrait rapidement inciter à renoncer à leur dimension de mixité
sociale en vue de favoriser leur rentabilité. C’est donc bien, à l’instar
du Quartier Vauban et du BedZED, sur le champ des zones urbaines
déjà existantes qu’il s’agit de réfléchir en termes d’éco-quartiers. Qui
sait si de telles innovations écologiques, urbaines et sociales, nées
dans les fractures délaissées de nos villes, ne pourraient pas offrir une
sortie par le haut pour nos ghettos sensibles ?
Sébastien Carcelle sj, Jonathan Chesnel sj
. Pour Haute Qualité Environnementale ; il s’agit de normes architecturales recommandées pour
le respect de l’environnement.
Le Cahier—