Épreuve : Finances Publiques (Étude de Cas)
Corps : Administrateurs des Services Financiers (A1)
Option : Administration des Finances
Durée : 3 heures
Sujet : Analyse et gestion de dette publique
Contexte :
Le Bénin a connu ces dernières années une hausse notable de sa dette publique en raison de
financements nécessaires pour ses projets de développement. Bien que certains de ces projets
aient contribué à la croissance économique, la gestion de la dette reste un défi majeur,
notamment en ce qui concerne le service de la dette, la soutenabilité et l'allocation des
ressources empruntées.
Le ministère des Finances veut évaluer la soutenabilité de la dette publique et identifier des
pistes pour réduire la dépendance vis-à-vis des emprunts extérieurs tout en maximisant leur
impact.
Consignes et questions
Vous êtes consultant au ministère des Finances et devez soumettre une analyse structurée. La
présentation de votre travail doit répondre aux questions suivantes :
Partie I : Analyse de la situation actuelle
1. À partir des informations suivantes, calculez le ratio dette/PIB et commentez la
situation :
o Dette publique totale : 4 500 milliards FCFA
o Produit intérieur brut (PIB) : 12 000 milliards FCFA
2. Identifiez deux risques principaux associés à un ratio dette/PIB élevé pour l’économie
du Bénin.
3. Expliquez les conséquences d’un service de la dette élevé sur le budget national et sur
les dépenses sociales.
Partie II : Étude de cas pratique
Le ministère vous fournit les données suivantes pour l’exercice 2023 :
• Emprunts extérieurs contractés : 800 milliards FCFA
• Taux d’intérêt moyen : 5 %
• Service de la dette (intérêts et principal) : 600 milliards FCFA
• Dépenses sociales prévues : 1 000 milliards FCFA
• Recettes fiscales totales : 1 500 milliards FCFA
1. Calculez la part des recettes fiscales absorbée par le service de la dette et commentez.
2. Proposez trois stratégies pour limiter l’impact du service de la dette sur les dépenses
sociales.
3. Discutez de l'opportunité de prioriser les emprunts concessionnels plutôt que les
emprunts commerciaux pour financer les projets de développement.
Partie III : Recommandations pour une gestion efficace de la dette publique
1. Proposez trois mesures concrètes que le Bénin pourrait adopter pour améliorer la
soutenabilité de sa dette publique.
2. En vous appuyant sur des exemples de pays comparables, expliquez comment une
meilleure allocation des emprunts peut contribuer à la croissance économique durable.
Corrigé
Partie I : Analyse de la situation actuelle
1. Calcul du ratio dette/PIB :
o Données fournies :
▪ Dette publique totale : 4 500 milliards FCFA
▪ Produit intérieur brut (PIB) : 12 000 milliards FCFA
o Formule :
Dette publique totale
Ratio dette/PIB = × 100
𝑃𝐼𝐵
4500
Ratio dette/PIB = × 100 = 37%
12000
Un ratio dette/PIB de 37,5 % est relativement modéré par rapport aux critères de convergence
de l’UEMOA (70 % maximum). Cependant, il nécessite une gestion prudente pour éviter un
surendettement à l'avenir.
2. Risques associés à un ratio dette/PIB élevé :
o Risque de surendettement : Une augmentation rapide de la dette publique
pourrait compromettre la capacité du Bénin à honorer ses obligations financières,
notamment en cas de chocs économiques.
o Perte de confiance des créanciers : Un ratio élevé peut inquiéter les
investisseurs internationaux, entraînant des taux d’intérêt plus élevés pour les
emprunts futurs.
3. Conséquences d’un service de la dette élevé :
o Réduction des marges budgétaires : Une part importante des recettes est
consacrée au remboursement de la dette, limitant les investissements dans les
secteurs sociaux (éducation, santé).
o Effet d’éviction : Les ressources publiques allouées au service de la dette
empêchent de financer des projets de développement prioritaires.
Partie II : Étude de cas pratique
1. Part des recettes fiscales absorbée par le service de la dette :
o Données fournies :
▪ Service de la dette : 600 milliards FCFA
▪ Recettes fiscales totales : 1 500 milliards FCFA
o Formule :
𝑆𝑒𝑟𝑣𝑖𝑐𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑑𝑒𝑡𝑡𝑒
Part des recettes fiscales = × 100
𝑅𝑒𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒𝑠 𝑓𝑖𝑠𝑐𝑎𝑙𝑒𝑠 𝑡𝑜𝑡𝑎𝑙𝑒𝑠
600
Part des recettes fiscales = × 100 = 40%
1500
Une part de 40 % des recettes fiscales absorbée par le service de la dette est élevée. Cela limite
fortement les ressources disponibles pour financer d’autres priorités nationales.
2. Stratégies pour limiter l’impact du service de la dette sur les dépenses sociales :
o Allongement des échéances de remboursement : Renégocier les termes des
dettes existantes pour réduire la pression à court terme sur le budget.
o Augmentation des recettes fiscales : Élargir l’assiette fiscale en luttant contre
l’évasion fiscale et en améliorant la collecte des impôts.
o Réallocation budgétaire : Prioriser les dépenses sociales dans la répartition des
ressources restantes après le service de la dette.
3. Opportunité de prioriser les emprunts concessionnels :
o Les emprunts concessionnels (avec taux d’intérêt bas et périodes de grâce
prolongées) sont préférables, car ils réduisent le coût global de la dette.
o Les emprunts commerciaux, bien que plus rapidement mobilisables, ont des taux
plus élevés et augmentent les risques de surendettement.
Partie III : Recommandations pour une gestion efficace de la dette publique
1. Trois mesures pour améliorer la soutenabilité de la dette :
o Renforcement de la discipline budgétaire : Réduire les déficits par une maîtrise
des dépenses publiques non essentielles.
o Diversification des sources de financement : Encourager les partenariats
public-privé (PPP) pour financer les infrastructures sans alourdir la dette
publique.
o Suivi et transparence : Publier régulièrement des rapports sur l’utilisation des
fonds empruntés pour rassurer les investisseurs et les citoyens.
2. Exemples internationaux :
o Rwanda : Le pays a renforcé l'allocation de ses emprunts vers des projets
générateurs de revenus, comme les infrastructures énergétiques, pour rembourser
la dette à long terme.
o Ghana : L’introduction d’obligations domestiques libellées en monnaie locale a
permis de limiter les risques liés à la volatilité des taux de change.
o Sénégal : Le financement de projets structurants (autoroutes, électricité) a permis
de stimuler la croissance tout en rendant la dette soutenable.