INTRODUCTION
La malnutrition désigne un ensemble des déséquilibres entre les besoins nutritionnels et
l’apport réel en nutriments essentiels, englobant à la fois les carences, les excès et les
déséquilibres alimentaires (OMS, 2023). Chez les enfants de moins de cinq ans, elle se manifeste
sous plusieurs formes: la malnutrition aiguë sévère (MAS), la malnutrition aiguë modérée
(MAM), le retard de croissance (malnutrition chronique) et l’insuffisance pondérale (UNICEF,
OMS & Banque mondiale, 2023). Les causes de la malnutrition sont multiples et
interdépendantes: pauvreté, insécurité alimentaire, pratiques alimentaires inadéquates, accès
limité aux services de santé, maladies fréquentes (comme la diarrhée, le paludisme), et
conditions environnementales défavorables (Black et al., 2013; FAO, 2022). Elle contribue à une
morbidité accrue, entrave le développement cognitif, et fragilise les capacités d’apprentissage et
de productivité à l’âge adulte (Bhutta et al., 2017). Selon l’UNICEF (2023), la malnutrition est
responsable d’environ 45 % des décès chez les enfants de moins de cinq ans à l’échelle
mondiale.
En 2023, près de 45 millions d’enfants de moins de cinq ans souffraient de malnutrition
aiguë, dont 13,6 millions de formes sévères, tandis que 148 millions présentaient un retard de
croissance (UNICEF, OMS & Banque mondiale, 2023). L’Afrique subsaharienne concentre la
majorité des cas, avec des taux de malnutrition aiguë dépassant le seuil d’urgence de 10 % dans
plusieurs pays (FAO, 2022). La malnutrition chronique y est également très répandue, affectant
environ 32 % des enfants (OMS, 2023). Cependant, le Tchad se voit figurer parmi les pays les
plus affectés par la malnutrition. Selon l’enquête SMART 2024, 12,9 % dont 12,8 % des enfants
à N’Djamena souffrent de malnutrition aiguë globale (MAG), 36,7 % présentent un retard de
croissance dont 22,3 % à Ndjamena, et 25 % sont en situation d’insuffisance pondérale, dont 15
% avec une forme sévère (Ministère de la Santé Publique et de la Prévention, 2024). Ces
indicateurs restent au-dessus des seuils critiques de l’OMS. Dans la capitale, la situation est
légèrement moins critique mais reste préoccupante, avec des taux de malnutrition chronique
atteignant 25 % dans certains districts sanitaires, notamment à Toukra (EDS-Tchad, 2019). Le
contexte urbain n’est pas exempt d’obstacles: forte densité, pauvreté persistante, et saturation des
services de santé.
La malnutrition entraîne un coût économique considérable. Elle réduit la productivité des
adultes à long terme, engendre des dépenses sanitaires accrues et limite le développement du
capital humain. Selon l’ONU, un pays peut perdre jusqu’à 11 % de son PIB annuel à cause de la
sous-nutrition (Global Nutrition Report, 2020). Outre la mortalité infantile, la malnutrition
entraîne des troubles cognitifs irréversibles, des retards scolaires, une baisse de l’immunité, et
une exposition accrue aux infections (Bhutta et al., 2017). Les enfants malnutris sont également
moins aptes à sortir du cycle de la pauvreté, créant un cercle vicieux générationnel (FAO, 2022).
Malgré la mise en œuvre de plusieurs programmes nationaux et internationaux de lutte
contre la malnutrition (PCIMA, ATPE, Protocole OMS), le Tchad continue d’enregistrer des
taux élevés de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans. Plusieurs facteurs entravent
l’efficacité de ces interventions dont nous avons entre autres, difficultés d’accessibilité
géographique et financière, qualité inégale des soins dans les structures sanitaires, ruptures
fréquentes d’intrants nutritionnels, et faible sensibilisation communautaire (MSP-Tchad, 2022;
OCHA, 2023). Dans la zone sanitaire de Toukra à N’Djamena, ces contraintes sont
particulièrement marquées. Pourtant, très peu d’études se sont intéressées à l’interaction entre
l’accessibilité aux soins, la qualité des prises en charge nutritionnelles, et l’évolution de l’état
nutritionnel des enfants dans ce contexte spécifique. Dès lors, une analyse approfondie de ces
paramètres est indispensable pour orienter les actions de santé publique. Ces observations nous
amènent à nous poser cette question: dans quelle mesure les barrières liées à l’accessibilité aux
soins et la qualité des services offerts influencent-elles la récupération nutritionnelle des
enfants de moins de cinq ans admis à l’UNT de Toukra?
Références
Bhutta, Z. A., Das, J. K., Rizvi, A., Gaffey, M. F., Walker, N., Horton, S., ... & Black, R. E.
(2013). Evidence-based interventions for improvement of maternal and child nutrition: what can
be done and at what cost? The Lancet, 382(9890), 452–477. [Link]
6736(13)60996-4
Black, R. E., Victora, C. G., Walker, S. P., Bhutta, Z. A., Christian, P., de Onis, M., ... & Uauy,
R. (2013). Maternal and child undernutrition and overweight in low-income and middle-income
countries. The Lancet, 382(9890), 427–451. [Link]
EDS-Tchad. (2019). Enquête Démographique et de Santé au Tchad. Ministère de la Santé
Publique.
FAO. (2022). The State of Food Security and Nutrition in the World 2022.
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Global Nutrition Report. (2020). Action on equity to end malnutrition.
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MSP-Tchad. (2022). Rapport annuel du Programme national de nutrition thérapeutique.
Ministère de la Santé Publique.
OCHA. (2023). Aperçu humanitaire – Tchad. Bureau de la coordination des affaires
humanitaires des Nations Unies.
OMS. (2023). Malnutrition. [Link]
UNICEF. (2023). Nutrition Situation 2023 – Chad Country Office. [Link]
UNICEF, OMS & Banque mondiale. (2023). Joint Child Malnutrition Estimates 2023.
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