I NSTITUT P OLYTECHNIQUE DES S CIENCES AVANCÉES
E COLE D ’I NGÉNIEURS DE L’A IR ET DE L’E SPACE
D ÉPARTEMENT D E M ATHÉMATIQUES
L ES POLYNÔMES
Isidore Séraphin NGONGO
E DITÉ PAR T. FAY
Edition 2013-2014
Aéro1 - Promotion 2018
IPSA 2013 - M. I. S. NGONGO - Edité par T. Fay Chapitre 5 Ma 11 - Polynômes
Mathématiques Générales 1 - Ma 11
Auteur
Isidore Séraphin NGONGO est docteur en mathématiques et en physique, qualifié aux fonctions de maître de conférences
des universités et enseignant à l’IPSA. Il est professeur référent du groupe A de la promotion 2017, et dispense des cours de
mathématiques aux groupes A et B de cette même promotion et encadre deux mini-projets pour toutes les classes :
– Géométrie et nombres complexes
– Courbes paramétrées
Avec la collaboration de, à l’édition :
Guillaume BITON, étudiant du groupe A de la promotion 2017. Il est auteur de divers travaux, dont la reproduction d’un
simulateur d’A320.
Site web : http ://www.gbweb.fr
Timothée FAY, étudiant du groupe A de la promotion 2017. Il mène des recherches sur des domaines informatiques et
électroniques.
Site web non disponible pour le moment.
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Table des matières
5 Les polynômes 3
5.1 Généralités sur les polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
5.1.1 Définition des polynômes à coefficients réels ou complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
5.1.2 Somme, produit, conjugué de polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
5.1.3 Division euclidienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
5.1.4 Division suivant les puissances croissantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
5.2 Factorisation des polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
5.2.1 Polynômes irréductibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
5.2.2 Factorisation des polynômes de C[X] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
5.2.3 Factorisation des polynômes de R[X] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
5.2.4 Lien entre multiplicité des racines et dérivées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
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Chapitre 5
Les polynômes
5.1 Généralités sur les polynômes
5.1.1 Définition des polynômes à coefficients réels ou complexes
Définition (5.1.1)
On appelle polynôme ou fonction polynomiale à coefficients dans R (ou C) une fonction A définie sur R (ou C), qui est
soit nulle, soit de la forme
∀x ∈ R (ou C), A(x) = a0 + a1 x + ... + am−1 xm−1 + am xm
avec am 6= 0. Les éléments (ai )0≤i≤m ∈ R (ou C) sont appelés coefficients du polynôme A. L’entier m s’appelle le degré
de A et se note deg(A).
On appelle monôme tout polynôme de la forme
axk , a ∈ R (ou C), k ∈ N
Un polynôme est donc une somme de monômes.
Lorsque l’on a besoin des coefficients de A pour des indices supérieurs à m, on pose par convention
∀i > m, ai = 0
Cette convention permet, par exemple, de définir de manière commode la somme de deux polynômes. Le degré du polynôme
nul n’est pas défini, puisque tous les coefficients de ce polynôme sont nuls. Nous verrons que cela oblige dans beaucoup
d’énoncés de théorèmes à distinguer les cas polynôme nul ou non nul. Pour éviter cela, on peut convenir que le polynôme nul
est de degré −∞. Nous ne le ferons pas dans la suite cependant.
Il est clair qu’une fonction polynômiale est parfaitement définie dès que l’on connait ses coefficients. A un jeu de coefficients,
(ai )0≤i≤m ∈ R (ou C), correspond une et une seule fonction polynômiale. La réciproque par contre n’est pas évidente, d’où la
définition suivante :
Définition (5.1.2)
Deux polynômes A et B définis par :
A(x) = a0 + a1 x + ... + an−1 xn−1 + am xm
B(x) = b0 + b1 x + ... + bn−1 xn−1 + bm xm
sont égaux si ai = bi , ∀i ∈ N.
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Nous montrerons plus loin, que cette définition de l’égalité des polynômes est équivalente à A(x) = B(x)∀x ∈ R, qui est en fait
égalité entre deux fonctions (polynomiales).
Notation 5.1.1
On désigne par X le monôme défini par X(x) = x et par α le polynôme constant A(x) = α où α est un scalaire.
Le polynôme A défini en 5.1.1 peut donc s’écrire :
A = am X m + am−1 X m−1 + ...a1 X + a0
Sous cette forme, on peut dire que A est un "polynôme à une indéterminée X" (sa valeur en un point x est obtenue en donnant
à X la valeur x).
Notation 5.1.2
Si l’on note K le corps R(ou C), alors on notera K[X] l’ensemble des polynômes à coefficients dans K. On notera
aussi Kn [X] l’ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à n auquel on rajoute le polynôme nul.
Exercice (A.1.1)
Le polynôme (1 + i)X 2 − 3X + i peut-il être considéré comme un polynôme sur C ? sur R ? Quel est le degré de ce
polynôme ?
5.1.2 Somme, produit, conjugué de polynômes
Nous allons définir sur l’ensemble des polynômes deux opérations : l’addition et la multiplication. La définition sera
simple. Elle se fera par restriction à l’ensemble des fonctions polynomiales, de l’addition et de la multiplication des fonctions
de R (ou de C) dans lui-même. Rappelons ces deux définitions (K = R ou C) :
∀x ∈ K, ( f + g)(x) =De f f (x) + g(x), ( f g)(x) =De f f (x)g(x)
Soient deux polynômes A ∈ Km [X] et B ∈ Kn [X] définis par :
A = a0 + a1 X + ... + am−1 X m−1 + am X m
B = b0 + b1 X + ... + bn−1 X n−1 + bn X n
Définition (5.1.3)
La somme A + B est le polynôme C dont les coefficients sont donnés par ck = ak + bk pour k = 0, ..., max(m, n).
Cette définition entraine bien que (A + B)(x) = A(x) + B(x) quel que soit x. La proposition suivante est fondamentale pour
les applications.
Proposition 5.1.1
Soient A et B deux polynômes non nuls de K[X], tels que A + B est non nul alors
deg(A + B) ≤ max(deg(A), deg(B))
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Démonstration :
Supposons que m < n. Cela n’enlève rien à la généralité de la démonstration puisque A et B jouent exactement le même
rôle. Il vient alors :
A + B = (a0 + b0 ) + (a1 + b1 )X + ... + (am + bm X m + bm+1 X m+1 + ... + bn X n
Nous voyons qu’alors, deg(A + B) = n = max(deg(A), deg(B)).
Si maintenant m = n, il vient :
A + B = (a0 + b0 ) + (a1 + b1 )X + ... + (an + bn )X n
Si, de plus, an + bn = 0, alors deg(A + B) < n de sorte que la proposition soit bien démontrée.
Définition (5.1.4)
Le produit d’un polynôme par le polynôme nul est nul. Si A et B sont non nuls, le produit AB est le polynôme C de
coefficients ck , définis par :
k
ck = ∑ ai bk−i
i=0
Proposition 5.1.2
Soient A et B deux polynômes non nuls. Alors, le polynôme produit AB vérifie :
deg(AB) = deg(A) + deg(B)
Démonstration :
Effectuons le produit des deux polynômes A et B. Il vient :
AB = am bn X m+n + (am−1 bn + am bn−1 )xm+n−1 + ... + (a0 b1 + a1 b0 X + a0 b0
On obtient bien ainsi un polynôme de degré m + n. En effet, le coefficient de plus haut degré, soit am bn est non nul puisque
am et bn sont tous deux différents de 0.
Définition (5.1.5)
Soit A ∈ C[X], on appelle polynôme conjugué de A et non note A le polynôme obtenu en conjuguant les coefficients de
A.
Exercice (A.1.2)
Montrer sur un exemple que la définition du produit de deux polynômes est cohérente avec le produit des fonctions
polynomiales que vous connaissez (choisir par exemple n = 2 ou m = 3).
Exercice (A.1.3)
Montrer, par contraposée, que si AB = 0, alors A = 0 ou B = 0.
Exercice (A.1.4)
Soit A ∈ Kn [X] et B ∈ Kn [X], montrer que A + B ∈ Kn [X], que αA ∈ Kn [X](α ∈ K). Est-ce que AB ∈ Kn [X] ?
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Exercice (A.1.5)
Quel est le conjugué de A = 3X 2 + (2i − 1)X + i ?
5.1.3 Division euclidienne
Définition (5.1.6)
On dit que B ∈ Kn [X] divise A ∈ Kn [X] (ou que A est divisible par B ou que B est un diviseur de A) s’il existe Q ∈ Kn [X]
tel que A = BQ.
Voir ci-dessous la division de 2X 3 − X 2 − X + 2 par X 2 − 1 qui vous permettra de comprendre la justification théorique de
deux polynômes suivant les puissances décroissantes.
A: 2X 3 −X 2 −X +2 X 2 − 1
−BQ1 : −2X 3 +2X 2X − 1
R1 : −X 2 +X +2
−BQ2 : +X 2 −1
R: +X +1
On obtient donc :
2X 3 − X 2 − X + 2 = (X 2 − 1)(2X − 1) + X + 1
Théorème (5.2.1)
Soient A, B ∈ K[X], B non nul, alors il existe un unique couple de polynômes (Q, R) tel que
(
deg R < deg B,
A = BQ + R avec
ou R = 0
Démonstration :
Notons
A = a0 + a1 X + ... + am X m
et
B = b0 + b1 X + ... + bn X n
Cette démonstration se décompose en deux grandes étapes :
1. Existence - La démonstration de l’existence d’au moins une décomposition de ce type est constructive. Le pro-
cédé de construction qui va être décrit est l’algorithme d’Euclide (comparer avec l’exemple de la division dite
"euclidienne", un peu plus haut).
– Etape 0 - Si A = 0, l’identité A = 0 × B + 0 convient. Si deg(A) < deg(B), l’identité A = 0 × B + A, convient, la
reste A étant alors effectivement de degré strictement inférieur à celui du diviseur B. Nous pourrons donc supposer
dorénavant que deg(A) ≥ deg(B).
– Etape 1 - Elle consiste à trouver un monôme Q1 tel que deg(A − BQ1 ) < deg(A). Pour ce faire, on prend :
am m−n
Q1 = X , R1 = A − BQ1
bn
Alors, si R1 = 0 ou si deg(R1 ) < deg(B), on pose Q = Q1 et R = R1 et c’est terminé. Sinon...
– Etape 2 - On recommence l’étape 1 en remplaçant A par R1 . On obtient ainsi les polynômes Q2 et R2 tels que
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deg(R1 − BQ2 ) < deg(R1 ) et R2 = R1 − BQ2 , soit :
R2 = A − BQ1 − BQ2 = A − B(Q1 + Q2 )
Si R2 = 0 ou deg(R2 ) < deg(B), on pose Q = Q1 + Q2 et R = R2 et l’algorithme est terminé, sinon... on recom-
mence l’étape 2 en remplaçant R1 par R2 . Comme on obtient un polynôme Rk dont le degré décroît strictement,
l’algorithme se termine en un nombre fini p d’étapes qui donnent R = R p et Q = Q1 + ... + Q p .
2. Unicité - Supposons que l’on ait deux décompositions :
A = BQ + R avec deg(R) < deg(B)
et
A = BQ̂ + R̂ avec deg(R̂) < deg(B)
alors par différence on obtient
0 = B(Q̂ − Q) + R̂ − R soit R − R̂ = B(Q̂ − Q)
Si R = R̂ alors puisque B est non nul, on a Q = Q̂ (voir exercice A.1.3) et le résultat est établi. Si R 6= R̂ alors on a
simultanément
deg(R − R̂) ≤ max(deg R, deg R̂) < deg B
et
deg(R − R̂) = deg B + deg(Q − Q̂) ≥ deg B
ce qui est impossible.
Exercice (A.1.6)
Montrer que X + 2 est un diviseur de X 4 − 16. Donner les autres diviseurs de X 4 − 16 dans R[X].
Exercice (A.1.7)
Soit A = BQ + R, montrer que si D divise A et B, alors D divise R.
Exercice (A.1.8)
Effectuer la division euclidienne de X 4 + 1 par (x2 + 1)(X − 1)2 .
5.1.4 Division suivant les puissances croissantes
L’exemple suivant montre la façon pratique de mener les calculs.
Soient les polynômes A = 2 − X + X 2 − 3X 3 , B = 1 − X 2 et effectuons la division suivant les puissances croissantes de façon
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à pouvoir mettre X 4 en facteur dans le reste.
A: 2 −X +X 2 −3X 3 1 − X2
−BQ1 : −2 +2X 2 2 − X + 3x2 − 4X 3
R1 : −X +3X 2 −3X 3
−BQ2 : +X −X 3
R2 : 3X 2 −4X 3
−BQ3 : −X 2 +3X 4
R3 : −4X 3 +4X 4
−BQ4 : +4X 3 −4X 5
R4 : 3X 4 −4X 5
On obtient donc
2 − X + X 2 − 3X 3 = (1 − X 2 )(2 − X + 3X 3 − 4X 3 ) + X 4 (3 − 4X)
Comme vous pouvez le voir, on a pu mettre en facteur X 4 dans le reste (n’oubliez pas A = BQ + R).
Théorème (5.1.2)
Soient A et B deux polynômes tels que A 6= 0 et tels que le terme constant de B ne soit pas nul. Alors quel que soit l’entier
k ≥ 0, il existe un couple unique (Q, R) tel que
(
k+1 ou bien Q = 0,
A = BQ + X R, avec
ou bien deg(Q) ≤ k
Démonstration :
Elle repose sur la même démarche que la division euclidienne. La principale différence consiste à ranger les termes des
polynômes par ordre croissant de leurs degrés. L’algorithme se termine lorsque le reste Ri peut s’écrire Ri (x) = xk+1 R(x).
Exercice (A.1.9)
– Diviser suivant les puissances croissantes le polynôme A = X 4 + 1 par (X 2 + 1)(X − 1)2 de façon à pouvoir mettre
X 2 en facteur dans le reste.
– Diviser suivant les puissances croissantes Y 2 +Y + 2 par Y + 1 de façon à pouvoir mettre Y 3 en facteur dans le reste.
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5.2 Factorisation des polynômes
L’ensemble des polynômes muni de l’addition, de la multiplication et de la division euclidienne, possède les propriétés
de structure de Z (ensemble des relatifs), muni de ses addition, multiplication et division euclidienne. Plus précisément, on
peut construire sur K[X] une arithmétique très proche de l’arithmétique usuelle des entiers. Les théorèmes fondamentaux
s’énoncent exactement de la même manière.
La construction de cette arithmétique relève d’un cours d’algèbre. Nous nous contenterons d’énoncer quelques définitions et
de démontrer les théorèmes.
5.2.1 Polynômes irréductibles
Définition (5.2.1)
On dit qu’un polynôme P ∈ K[X] est irréductible ou premier s’il admet comme seuls diviseurs les polynômes constants
ou proportionnels à P, c’est-à-dire α et β P (α, β ∈ K).
Les polynômes irréductibles jouent le même rôle que les nombres premiers en arithmétique, d’où la dénomination de POLY-
NÔME PREMIER . L’irréductibilité dépend de K. Par exemple, dans R[X]
– le polynôme X 2 − 1 n’est pas irréductible car X 2 − 1 = (X − 1)(X + 1),
– Le polynôme X 2 + 1 est irréductible.
Mais attention : dans C[X], le polynôme X 2 + 1 n’est pas irréductible car = X 2 + 1 = (X + i)(X − i).
Définition (5.2.2)
Deux polynômes sont dits premiers entre eux s’ils admettent comme seuls diviseurs communs les polynômes constants.
Par exemple, les polynômes A = X + a et B = X + b sont premiers entre eux si a 6= b. Les polynômes A = X + a et
B = X 2 + 1 sont premiers entre eux quel que soit le réel a.
Exercice (A.1.10)
Montrer que dans K[X] tout polynôme de degré 1 est irréductible. Peut-on trouver un polynôme de degré 2 qui soit
irréductible dans C[X] ?
5.2.2 Factorisation des polynômes de C[X]
Proposition 5.2.1
A ∈ K[X] est divisible par (X − r) si et seulement si r est un zéro du polynôme A, c’est-à-dire A(r) = 0.
Démonstration :
D’après le théorème 5.1.1, on a :
(
deg(R) < deg(X − r) = 1
A = (X − r)Q + R avec
ou R = 0
et donc R est un polynôme constant R = ρ tel que A(r) = R(r) = ρ. On obtient ainsi que
{A(r) = 0} ⇔ {R = 0}
ce qui est bien le résultat annoncé.
Le résultat fondamental suivant (non démontré dans ce cours) permettra de démontrer le théorème qui suit sur la factori-
sation dans C.
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Théorème (5.2.1 - Théorème de d’Alembert)
Tout polynôme de C[X], de degré supérieur ou égal à un, a un zéro, au moins dans C.
Théorème (5.2.2)
Tout polynôme A ∈ C[X] avec deg(A) = n ≥ 1 peut se mettre sous la forme
A = α(X − z1 )(X − z2 )...(X − zn )
où α, z1 , ..., zn ∈ C.
Démonstration :
Si n = 1, alors A = αX + β avec α 6= 0 puisque deg A ≥ 1 et donc
β
A=α X− −
α
La proposition est vraie pour n = 1, on va faire une démonstration par récurrence. Supposons donc le résultat vrai pour les
polynômes de degré inférieur ou égal à n − 1.
Soit maintenant un polynôme A de degré n alors, d’après le théorème de d’Alembert, A a au moins un zéro z1 ∈ C et
donc (X − z1 ) divise A d’après la proposition 5.2.1, soit A = (X − z1 )A1 avec deg A1 = n − 1. On applique l’hypothèse de
récurrence à A1 : A1 = α(X − z2 )(X − z3 )...(X − zn ) et on obtient A = α(X − z1 )(X − z2 )...(X − zn ).
La constante α est évidemment le coefficient du terme de degré n de A. Les nombres z j ne sont pas tous distincts, on peut
donc les regrouper pour obtenir :
A = α(X − z1 )n1 (X − z2 )n2 ...(X − z p )n p
expression dans laquelle les z j sont tous distincts et n1 + ... + n p = n. On dit que les zi sont des zéros d’ordre ni , c’est-à-dire
des zéros tels que (X − zi )ni divise A mais pas (X − zi )ni +1 .
Proposition 5.2.2
– Les seuls polynômes premiers de C[X] sont les polynômes constants et les polynômes de degré 1.
– Un polynôme de degré n sur C admet exactement n zéros (à condition de compter chacun d’eux autant de fois que
sa multiplicité).
– Deux polynômes A et B sont égaux si et seulement si A(x) = B(x)∀x ∈ C.
Démonstration :
Le seul résultat à démontrer est le dernier.
A = B ⇒ A(x) = B(x)∀x ∈ C
Réciproquement
A 6= B ⇒ A − B 6= 0 ⇒ deg(A − B) = p
⇒ A − B admet exactement p racines dans C ⇒ ∃x ∈ C, (A − B)(x) 6= 0
Remarquons que cette dernière propriété montre bien l’équivalence sur R ou C, de la notion de polynôme, conçu comme
suite de coefficients et de la notion de fonction polynômiale.
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Exercice (A.1.11)
Soient xi = i, x2 = 4 + i, x3 = 3. Existe-t-il un polynôme de degré 2 qui s’annule en ces trois points ? Un polynôme de
degré 3 ? Un polynôme de degré 4 ? Si oui, en donner un.
Exercice (A.1.12)
Factoriser dans C[X] le polynôme
A = X 4 + 3X 2 + 2
5.2.3 Factorisation des polynômes de R[X]
Puisque R ⊂ C, un polynôme de R[X] peut toujours être considéré comme un polynôme de C[X] et donc tous les résultats
du paragraphe référencé sont applicables. Le but de ce paragraphe est de factoriser en restant dans R[X].
Proposition 5.2.3
Soit A ∈ R[X], si A admet un zéro ρ non réel, de multiplicité m, il admet aussi ρ comme zéro de même multiplicité et
est divisible par S = X 2 − β X + γ où β = 2 Re ρ et γ = |ρ|2 .
Démonstration :
Si A admet un zéro ρ non réel, de multiplicité m, alors
A = (X − ρ)m Q où Q(ρ) 6= 0
Prenons les conjugué des deux membres (le conjugué A de A s’obtient, par définition, en conjuguant les coefficients de A
qui sont réels, donc A = A)
A = A = (X − ρ)m Q avec Q(ρ) = Q(ρ) 6= 0
Ainsi ρ est aussi un zéro d’ordre m de A et d’après la proposition 5.2.3
S = (X − ρ)m (X − ρ)m = (X 2 − β X + γ)m
est un diviseur de A. Notons que S étant à coefficients réels, le quotient de A par S est aussi à coefficients réels.
Théorème (5.2.3)
Soit A ∈ R[X], alors A peut se factoriser sous la forme
A = α(X − r1 )m1 ...(X − r p )m p (X 2 − β1 X + γ1 )n1 ...(X 2 − βq X + γq )nq
où les ri sont les racines réelles distinctes et où si l’on note (rk0 , r0 k ) les couples distincts de racines conjuguées complexes
non réelles, X 2 − βk X + γk = (X − rk0 )(X − r0 k ). On a donc βk = 2 Re erk0 et γ = |rk0 |2 .
Démonstration :
Dans le paragraphe ci-dessus, on a obtenu la factorisation dans C[X] suivante
A = α(X − z1 )n1 (X − z2 )n2 ...(X − z p )n p
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Dans l’équation présentée au théorème ci-dessus, les ri sont donc des zéros réels de A de multiplicité mi et les rk0 , r0 k
des zéros complexes non réels de multiplicité nk , par suite
mi + ... + m p + 2(n1 + ... + nq ) = n
Proposition 5.2.4
Les seuls polynômes irréductibles de R[X] sont les polynômes constants, les polynômes du premier degré et les poly-
nômes de degré 2 n’ayant pas de racines réelles :
αX 2 − β X + γ tels que β 2 − 4αγ < 0
La démonstration découle de manière évidente du résultat précédent. Mais attention, un polynôme à coefficients réels peut
avoir une décomposition dans R dans avoir de zéros réels.
X 4 + 4 = (X 2 − 2X + 2)(X 2 + 2X + 2)
Exercice (A.1.13)
Soient x1 = i, x2 = 4, x3 = 3, existe-t-il un polynôme de degré 3 à coefficients réels qui s’annule en ces trois points ? Un
polynôme de degré 4 à coefficients réels ? Si oui, en donner un.
Exercice (A.1.14)
Factoriser dans R[X] le polynôme
A = X 5 − X 4 + 3X 3 − 3X 2 + 2X − 2
5.2.4 Lien entre multiplicité des racines et dérivées
Théorème (5.2.4)
Soient A ∈ R[X] et m ≤ deg(A). Alors, r ∈ R est un zéro de multiplicité m de A si et seulement si
A(r) = A0 (r) = A00 (r) = ... = A(m−1) (r) = 0 et A(m) (r) 6= 0
où A(k) désigne la dérivée d’ordre k de la fonction polynôme x 7−→ A(x).
Démonstration :
Une partie de la démonstration porte sur une notion que vous étudierez au deuxième semestre : les formules de Taylor.
– Condition nécessaire. Par définition, r ∈ R est un zéro de A de multiplicité m est équivalent à A = (X − r)m Q, avec
Q(r) 6= 0.
On va démontrer par récurrence que cette propriété implique l’équation du théorème 5.2.4.
Si m = 1, A(r) = (r − r)Q(r) = 0, A0 (x) = (x − r)Q0 (x) + Q(x), A0 (r) = Q(r) 6= 0. Supposons que
(
A(x) = (x − r)m Q(x)
⇒ A(r) = A0 (r) = ... = A(m−1) (r) = 0 et A(m) (r) 6= 0
Q(r) 6= 0
On va montrer la propriété à l’ordre m + 1 :
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( (
A(x) = (x − r)m+1 Q(x) A(r) = 0
⇒
Q(r) 6= 0 A0 (x) = (x − r)m Q1 (x)
On a Q1 (x) = (m + 1)Q(x) + (x − r)Q0 (x) donc Q1 (r) = (m + 1)Q(r) 6= 0, on peut donc appliquer l’hypothèse de
récurrence au polynôme A0 , on obtient
A0 (r) = ... = (A0 )(m−1) (r) = 0, (A0 )(m) (r) 6= 0 ⇔ A0 (r) = ... = A(m) (r) = 0, A(m+1) (r) 6= 0
ce qui termine la démonstration.
– Condition suffisante. Utilisons la formule de Taylor (que vous verrez plus tard !) pour les polynômes. Alors si n est
le degré de A on a
(x − r)2 00 (x − r)n (n)
A(x) = A(r) + (x − r)A0 (r) + A (r) + ... + A (r)
2! n!
Puisque A(r) = A0 (r) = A00 (r) = ... = A(m−1) (r) = 0, on a
(x − r)m (m) (x − r)n (n)
A(x) = A (r) + ... + A (r)
m! n!
(x − r)n−m (n)
1 (m)
= (x − r)m A (r) + ... + A (r)
m! n!
1 (m)
On a donc A = (X − r)m Q, avec Q(r) = m! A (r) 6= 0, r est donc un zéro de multiplicité m de A.
Exercice (A.1.15)
Soit le polynôme
A = X 7 + 3X 6 + 5X 5
Pour quelles valeurs de k ∈ N a-t-on A(k) (0) = 0 (ne pas calculer les dérivées) ?
13
Bibliographie
14
Index
d’Alembert, 10
degré, 3
fonction
polynomiale, 3
monôme, 3
polynôme, 3
irréductible, 9
zéro, 9
15
Chapitre 5 – Les polynômes
F. De Lepine, I. Ngongo, J.C. Pena, C. Peschard, S. Riou
Exercice 1
Effectuer les divisions euclidiennes de :
?) 3X 5 + 4X 2 + 1 par X 2 + 2X + 3,
?) 3X 5 + 2X 4 − X 2 + 1 par X 3 + X + 2,
?) X 4 − X 3 + X − 2 par X 2 − 2X + 4.
Exercice 2
1. Trouver un polynôme P de degré ≤ 2 tel que
P (1) = −2 et P (−2) = 3 et P (0) = −1
2. Trouver un polynôme P de degré minimum tel que
P (0) = 1 et P (1) = 0 et P (−1) = −2 et P (2) = 4
Exercice 3
Dans R[X] et dans C[X], décomposer les polynômes suivants en facteurs irréductibles.
1. P (X) = X 6 + 1.
2. P (X) = X 12 − 1.
3. P (X) = X 6 − X 5 + X 4 − X 3 + X 2 − X + 1.
4. P (X) = X 9 + X 6 + X 3 + 1.
5. P (X) = X 4 + 5X 3 + 10X 2 + 12X + 8 sachant que −2 est racine double de P.
6. P (X) = X 5 − 13X 4 + 67X 3 − 171X 2 + 216X − 108 (chercher les racines doubles de P )
Exercice 4
Soit P = (X 2 − X + 1)2 + 1.
1. Vérifier que i est racine de P .
2. En déduire alors la décomposition en produit de facteurs irréductibles de P sur R[X]
Exercice 5
Soit le polynôme P = X 8 + 2X 6 + 3X 4 + 2X 2 + 1.
2iπ
1. Montrer que j = e 3 est racine de ce polynôme. Déterminer son ordre de multiplicité.
2. Quelle conséquence peut-on tirer de la parité de P ?
3. Décomposer P en facteurs irréductibles dans C[X] et dans R[X].
1
Exercice 6
Soit P le polynôme X 4 + 2X 2 + 1. Déterminer les multiplicités des racines i et −i, de deux
façons différentes : soit en décomposant P dans C[X], soit en utilisant le polynôme dérivé
de P .
Exercice 7
Pour quelles valeurs de a le polynôme (X + 1)7 − X 7 − a admet-il une racine multiple réelle ?
Exercice 8*
Soit n ∈ N∗ et P (X) = (X + 1)n − (X − 1)n .
1. Quel est le degré de P ?
2. Factoriser P dans C[X].
p
Q kπ 1
3. Montrer que ∀p ∈ N∗ cotan( )= √ .
k=1 2p + 1 2p + 1