MFIU
MFIU
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PERTES DE GROSSESSE
a
Service de gynécologie-obstétrique, CHI Poissy-Saint-Germain-en-Laye, 10, rue du Champ-Gaillard,
78300 Poissy, France
b
EA 7285 risques cliniques et sécurité en santé des femmes, université
Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 78000 Versailles, France
c
Service de gynécologie-obstétrique, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, AP—HP, 47-83, boulevard de
l’Hôpital, 75013 Paris, France
d
Inserm U1150, CNRS UMR 7222, UPMC université Paris 06, Sorbonne universités, 75005 Paris, France
e
Pôle femme-mère-nouveau-né, université Lille—Nord de France, hôpital Jeanne-de-Flandre, 1,
rue Eugène-Avinée, 59037 Lille cedex, France
f
Pôle d’anesthésie-réanimation, université Lille—Nord de France, hôpital Jeanne-de-Flandre, 1,
rue Eugène-Avinée, 59037 Lille cedex, France
g
EA2694, UDSL, université Lille—Nord de France, UHC Lille, 59000 Lille, France
∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (T. Quibel).
http://dx.doi.org/10.1016/j.jgyn.2014.09.018
0368-2315/© 2014 Publié par Elsevier Masson SAS.
884 T. Quibel et al.
Il n’existe pas de données suffisantes pour déterminer une classification à utiliser en pratique
clinique (NP4). Les données concernant la prévention primaire ne permettent pas d’affirmer
le bénéfice d’une action, qu’elle soit dans le suivi de la grossesse ou dans la supplémentation
martiale/vitaminique (NP1), et la lutte contre certains facteurs de risque tels le tabagisme ou
la surcharge pondérale n’ont pas établi de bénéfice sur la MFIU. Il n’y a pas de recommandation
concernant le suivi de la grossesse suivante (NP4). L’autopsie reste l’examen de référence de
l’analyse du fœtus, et une IRM postnatale peut être proposée en cas de refus de l’autopsie
fœtale (NP4). Une inhibition de la lactation peut être entreprise dans les 24 h du post-partum
par la cabergoline si la patiente le désire (NP4).
© 2014 Publié par Elsevier Masson SAS.
KEYWORDS Summary
Intrauterine fetal Objectives. — To give consistent data of the prevalence of intrauterine fetal death (IUFD), to
death; assess risk factors and causes related to IUFD, to evaluate prevention of IUFD, to evaluate fetal
Stillbirth; autopsy and MRI and to determine the management of inhibition of lactation.
Antepartum fetal Methods. — French and English publications were searched using PubMed, Cochrane Library.
death; Results. — Intrauterine fetal death occurs in 2% of the pregnancies worldwide, and in around
Intrapartum fetal 0,5% of pregnancies in France (NP1). Major risk factors related to IUFD are maternal over-
death; weight, maternal age, and smoking, small for gestational age fetuses or placental abruption,
fetal loss; and pre-gestational maternal diseases such as hypertension and diabetes (NP1). The most rele-
Classification of vant causes of IUFD are placental anomalies, followed by abnormal karyotypes and congenital
stillbirth; malformations (NP3). Data are insufficient to recommend a classification for causes of IUFD.
Fetal autopsy; Data concerning primary and secondary prevention do not recommend a specific management
Lactation inhibition for the following of pregnancy. Fetal autopsy is still the gold standard of fetal examination, but
fetal post-mortem MRI can be offered when fetal autopsy is refused (NP4). Inhibition of lacta-
tion should be started within 24 hours postpartum with cabergoline, if the patient demands a
treatment (NP4).
© 2014 Published by Elsevier Masson SAS.
Méthodologie
Résultats
La recherche bibliographique a été effectuée à l’aide des
bases de données informatiques Medline et de la Cochrane À partir de quand parle-t-on de mort fœtale in utero ?
Library entre 1990 et janvier 2014. Les mots clés suivants ont Quelles sont les données épidémiologiques des morts
été choisis pour une recherche de mort fœtale in utero : fœtales in utero ?
fetal death, early fetal death, late fetal death, stillbirth, La mort fœtale in utero fait référence par définition
late stillbirth, early stillbirth, fetal loss, fetal demise. à l’arrêt spontané de l’activité cardiaque du fœtus, à un
N’ont été retenues que les publications de langue anglaise stade gestationnel supérieur à 14 semaines d’aménorrhée.
et française. Celles-ci ont été classées par niveau de preuve Cet arrêt de la grossesse peut avoir lieu avant travail (mort
(cf. chapitre méthodologie). Plusieurs revues de synthèse fœtale antepartum) ou en cours de travail (mort fœtale
sur le sujet ont été consultées. La recherche informatisée a intrapartum).
été complétée par une recherche manuelle des références Les données épidémiologiques les plus consistantes sont
des articles sélectionnés. liées au terme anglo-saxon « stillbirth » qui correspond au
Les recommandations des sociétés savantes suivantes « fœtus mort-né ». Ce terme de stillbirth est mentionné
ont été consultées afin de s’assurer de l’absence d’omission dans la dernière version de la classification internationale
Morts fœtales in utero 885
des maladies (CIM) de l’Organisation mondiale de la santé primiparité, retard de croissance intra-utérin, décollement
(OMS) et fait référence à « tout décès avant l’expulsion ou placentaire, diabète et hypertension artérielle. Toutes ces
l’extraction d’un produit de conception, quelle que soit la données sont résumées dans le Tableau 1.
durée de la grossesse » (OMS, ICD, 2004) [1]. Selon cette
classification, cette notion de décès in utero est confirmée Poids maternel
à la naissance « par l’absence de mouvement respiratoire du
fœtus ou de battement cardiaque, ou de perception de bat-
Le surpoids maternel et l’obésité maternelle sont les fac-
tement du cordon, ou de contraction volontaire des muscles,
teurs de risque modifiables ayant le plus grand impact sur la
sans prérequis d’un âge gestationnel ». Cependant, si l’âge
mortalité fœtale in utero. Il ressort de cette méta-analyse
gestationnel n’est pas nécessaire pour définir un mort-né, la
un lien presque linéaire entre l’importance de l’obésité et
classification internationale des maladies distingue les morts
l’augmentation du risque de mort fœtale. En effet, cinq
fœtales précoces (entre 500 et 1000 g ou entre 22 SA et
études ont été étudiées dans la méta-analyse retrouvant
28 SA) des morts fœtales in utero tardives (supérieures à
un risque relatif de 1,23 (IC 95 % 1,09—1,38) pour le sur-
1000 g, ou après 28 SA).
poids (indice de masse corporelle (IMC) compris entre 25
Les études épidémiologiques ne permettent pas d’avoir
et 30 kg/m2 ), ce risque relatif (RR) augmentant à 1,63 (IC
des données précises sur la mortalité in utero du fœtus.
95 % 1,35—1,95) pour l’obésité (évaluée à travers 4 études)
En effet, la mortalité du fœtus à un terme précoce est un
et jusqu’à 2,08 (IC 95 % 1,58—2,73) pour les IMC > 40 kg/m2
événement extrêmement difficile à repérer, avec des impré-
(évalués à travers 3 études) (NP1). La prévalence du sur-
cisions notamment pour distinguer la mort fœtale in utero
poids et de l’obésité est estimée entre 28 et 59 % parmi
de la fausse couche tardive.
les pays à haut revenu, il semblerait donc que le risque
Ainsi, pour obtenir des données comparatives entre dif-
attribuable soit entre 8 % et 18 % (NP1) [3].
férents pays du monde, il est utilisé des âges gestationnels
Deux études cas-témoins ont évalué le lien entre la mai-
supérieurs à 28 SA ou des poids de fœtus d’au moins 1000 g
greur maternelle et le risque de mort fœtale in utero. De ces
pour définir avec certitude la MFIU. Prenant en compte ces
deux études, il ne ressort pas d’augmentation significative
critères, deux études mondiales ont déterminé une préva-
pour des IMC maternels inférieurs à 20 kg/m2 et 18 kg/m2
lence de la MFIU égale à 2 % à travers le monde, avec des
(RR 1,36, [IC 95 %, 0,99—1,87] et 1,6 [IC 95 %, 0,8—3,6] res-
données concordantes pour les pays à haut revenu autour de
pectivement) [4,5] (NP2).
4 à 5/1000 naissances, et des données disparates concernant
Bien que le lien entre le surpoids ou obésité et le risque
les pays à faible revenu (NP1).
de mort fœtale in utero soit difficile à établir, cette rela-
La prévalence des morts fœtales in utero a régulièrement
tion peut être mise en évidence par la prise de poids entre
diminué dans tous les pays à haut revenu, notamment avec
deux grossesses. En effet, à travers une étude rétrospec-
une diminution du taux de mort fœtale in utero après 28 SA
tive portant sur 205 000 patientes en Suède entre 1992 et
(Stanton, Lancet 2006). Ces résultats sont à mettre en lien
2001, il semblerait qu’une prise de poids engendrant plus
probable avec des politiques de dépistage de population à
de trois points d’IMC supplémentaires entre deux grossesses
risque concernant la mort fœtale, notamment les retards de
augmente sensiblement le risque de mort fœtale pour la
croissance intra-utérins, le diabète gestationnel ou encore
grossesse suivante (RR 1,63 ; IC 95 % 1,20—2,21), quel que
le dépassement de terme.
soit l’IMC initial de la patiente [6] (NP3).
La mortalité in utero concerne aussi la mortalité intra-
partum. Cette mortalité dans les pays à haut revenu est
faible, estimée à environ 1/1000 (NP1) [2]. Tabagisme maternel
Poids maternel
25 kg/m2 < IMC < 30 kg/m2 1,23 (1,09—1,38) NP1
IMC > 30 kg/m2 1,63 (1,35—1,95) NP1
IMC > 40 kg/m2 2,08 (1,58—2,73) NP1
20 kg/m2 < IMC 1,36 (0,99—1,86) NP2
Tabagisme maternel
Tabagisme actif 1,36 (1,27—1,46) NP1
Tabagisme passif 1,23 (1,09—1,38) NP1
Âge maternel
Âge maternel > 35 ans 1,65 (1,61—1,71) NP1
Âge maternel > 40 ans 2,29(1,54—3,41) NP1
Âge maternel < 15 ans 2,6 (2,1—3,3) NP3
Parité
Primiparité 1,42 (1,33—1,51) NP1
Très grande multiparité 1,97 (1,81—2,15) NP2
Extrême multiparité 2,31 (1,56—3,42) NP2
Niveau d’éducation/socio-économique
Niveau d’éducation bas 1,70 (1,4—2,0) NP1
Niveau socio-économique 1,2 (1,0—1,4) NP2
Consommation maternelle
Caféine 1,33 (1,08—1,63) NP2
Alcool 1,1 (1,02—1,18) NP1
Cocaïne 1,9 (1,2—3,0) NP1
Hypertension artérielle
Chronique 2,6 (2,1—3,1) NP1
Gravidique 1,3 (1,1—1,6) NP1
Prééclampsie 1,6(1,1—2,2) NP1
Éclampsie 2,2 (1,5—3,2) NP1
Retard de croissance intra-utérin
Inférieur au 10e percentile 3,9 (3,0—5,1) NP1
Hématome rétroplacentaire 11,4 (10,6—12,2) NP1
Antécédents obstétricaux
Antécédent de MFIU 2,6 (1,5—4,5) NP1
Antécédent de prématurité 1,35 (1,02—1,78) NP1
Antécédent de césarienne 1,47 (1,17—1,84) NP1
Antécédent de petit poids à la naissance 2,1 (1,6—2,8) NP3
Post-terme
Terme > 42 SA 1,3 (1,08—1,6)
MFIU : mort fœtale in utero.
Leonardi, dans une méta-analyse de 19 études, a retrouvé un même doublé pour les patientes de plus de 40 ans (RR 2,29 ;
risque relatif de 1,23 (IC 95 % 1,09—1,38) [9] de MFIU (NP1). IC 95 % 1,54—3,41) [3] (NP1).
L’âge maternel > 35 ans augmente le risque de mort
fœtale in utero antepartum et intrapartum, ce qui a été
Âge maternel mis en évidence par deux études, la première de Jacobsson
et al. et la seconde de Salihu et al. [10,11]. En effet, Salihu
L’âge maternel a été évalué dans plusieurs études, notam- et al. retrouvent à travers une cohorte du Missouri de 1 313
ment dans l’étude de Smith et al. retrouvant un risque 677 patientes un RR de 3,6 (IC 95 % 2,9—4,4) pour la morta-
augmentant avec l’âge de la parturiente, passant de 1,79 lité antepartum et de 2,7 (IC 95 % 2,0—3,6) pour la mortalité
(IC 95 % 1,23—2,61) pour les patientes de 35 à 39 ans, à 2,7 intrapartum pour les patientes de plus de 35 ans (NP3).
(IC 95 % 0,94—5,62) pour les patientes de plus de 40 ans [5] Si le risque lié à l’âge maternel avancé a été établi, les
(NP3). Ces résultats sont conformes à la méta-analyse de données concernant le jeune âge de la patiente ne sont pas
Flenady, puisque ce dernier retrouve à travers six études aussi tranchées. En effet, la méta-analyse de Flenady et al.
incluses un risque augmenté de 65 % pour les femmes de ne retrouve pas d’augmentation du risque de MFIU pour les
plus de 35 ans (RR 1,65 ; IC 95 % 1,61—1,71), et ce risque est patientes ayan un âge maternel inférieur à 20 ans (RR 1,31 ;
Morts fœtales in utero 887
IC 95 % 0,80—2,13) [3]. Cependant, en ce qui concerne les malformations congénitales, le risque de retard mental et
adolescentes enceintes (âge maternel inférieur à 15 ans), le risque de troubles du développement psychosocial. Une
deux études rétrospectives ont retrouvé un lien significatif méta-analyse incluant deux études (Flenady) retrouve un
avec un risque majoré de mort fœtale in utero ; en effet risque relatif à peine augmenté (RR 1,10 ; IC 95 % 1,02—1,18)
Salihu et al. et Wilson et al. ont rapporté respectivement [3] (NP1). Par ailleurs, Strandberg-Larsen et al. montrent
des risques relatifs de 1,57 (IC 95 % 1,47—169) et de 2,6 (IC l’association entre l’importance de la consommation et
95 %, 2,1—3,3) de MFIU concernant cette population très un risque de MFIU majoré, notamment lorsque cette
jeune comparée à un groupe de référence de patientes de consommation est supérieure à 5 verres/jour (RR 1,7 ; IC
20—24 ans [12,13] (NP3). 95 % 1,0—3,0) [18] (NP3).
Par ailleurs, une étude danoise a étudié le lien entre une
alcoolisation aiguë et le risque de mort fœtale in utero ;
Primiparité — Extrême multiparité
bien que ce type de consommation ne soit pas corrélé de
façon significative, il est noté que plus de trois épisodes
La primiparité est associée à une augmentation du risque d’alcoolisation aiguë exposaient la patiente à une augmen-
de mort fœtale de 42 % (RR 1,42 ; IC 95 % 1,33—1,51) dans tation significative du risque de MFIU, avec un risque relatif
la méta-analyse de Flenady et al. (trois études incluses) [3] de 1,56 (IC 95 % 1,01—2,40) [18] (NP3).
(NP1). La consommation de cocaïne expose la patiente à une
La multiparité est associée à une augmentation du risque augmentation du risque de MFIU ; Flenady et al. retrouvent
de mort fœtale in utero. Ces données ont pu être établies dans sa méta-analyse de deux études un risque presque dou-
dans une étude rétrospective menée sur plus de 27 millions blé (RR 1,9 ; IC 95 % 1,2—3,0) [3] (NP1).
de patientes aux États-Unis, retrouvant un risque ajusté
sur l’âge maternel et le tabac de 1,05 (IC 95 % 1,02—1,07) Ethnicité
pour la grande multiparité (parité de 5 à 9 enfants), un
risque de 1,97 (IC 95 % 1,81—2,15) dans le groupe de très Plusieurs articles ne permettent pas de conclure à une rela-
grande multiparité (parité de 10 à 14), et un risque de 2,31 tion entre l’origine ethnique de la mère et le risque de
(IC 95 % 1,56—3,42) dans le groupe d’extrême multiparité mort fœtale in utero ; en effet, à travers sa méta-analyse
(parité supérieure à 15) [14] (NP2). incluant deux études australiennes, Flenady et al. n’ont
pas retrouvé de sur-risque chez les patientes aborigènes
Niveau socio-économique et les patientes blanches australiennes (RR 1,08 ; IC 95 %,
0,57—2,02) [3] (NP2) ; de la même manière les données
Le niveau d’éducation est un marqueur socio-économique comparant l’ethnie africaine à l’ethnie caucasienne sont
indépendamment lié au risque de mort fœtale in utero dans discordantes. En effet, si Guendelman a trouvé un risque
les pays à haut revenu. Sont considérés comme ayant un de mort fœtale plus élevé (IC 95 % 2,4, 1,8—3,2) [19] chez
niveau d’éducation bas des patients ayant eu moins de 10 ans les patientes africaines à travers une importante cohorte de
de scolarité, voire 8 ans. La méta-analyse de 5 études a 80 431 patientes, ces résultats n’ont pas été confirmés par
permis de confirmer ce lien entre niveau d’éducation bas Wingate (IC 95 % 1,1 (0,98—1,04) dans une cohorte de plus
et MFIU, puisque dans cette population on note une aug- de 17 millions de patientes [20] (NP3).
mentation du risque de 70 % (RR 1,70 ; IC 95 % 1,4—2,0) [3]
Hypertension artérielle chronique — Hypertension
(NP1).
Deux études réalisées en Australie et en Nouvelle- artérielle gravidique — Prééclampsie
Zélande ont permis de noter une augmentation du risque de
mort fœtale dans un contexte de précarité. La méta-analyse L’hypertension artérielle (HTA), chronique ou gravidique,
de ces deux études a montré une augmentation significative est un facteur de risque connu de complication vasculaire,
du risque mesuré à 1,2 (IC 95 % 1,0—1,4) [15,16] (NP2). maternelle à type de prééclampsie, et fœtale à type notam-
ment de retard de croissance intra-utérin. L’hypertension
artérielle chronique et le risque de MFIU ont été évalués
Consommation maternelle : café, alcool, dans cinq publications, regroupées dans la méta-analyse
substances illicites de Flenady et al. Il en ressort une forte association entre
les deux, avec un risque de MFIU qui est plus que doublé
La relation entre la consommation de caféine et le risque (2,6, IC 95 % 2,1—3,1) [3] (NP1). De la même manière, les
de mort fœtale in utero a été évaluée dans une seule complications maternelles vasculaires de la grossesse sont
étude. Dans une étude prospective Bech et al., à travers aussi associées à une augmentation du risque. En effet,
une cohorte danoise de 88 482 patientes au sein de laquelle Flenady et al. retrouvent un risque croissant de MFIU en
1 102 mort fœtales étaient diagnostiquées, on a trouvé une rapport avec une hypertension artérielle gravidique (1,3 ;
augmentation du risque de MFIU à partir de plus de 4 tasses IC 95 % 1,1—1,6), la prééclampsie (1,6 ; IC 95 % 1,1—2,2) et
de café/jour, avec un risque de 1,33 (IC 95 % 1,08—1,63) pour l’éclampsie (2,2 ; IC 95 % 1,5—3,2) [3] (NP1).
une consommation entre 4—7 tasses/jour, allant jusqu’à
1,59 (IC 95 % 1,19—2,13) pour plus de 8 tasses par jour [17] Petit poids fœtal — Retard de croissance
(NP2). intra-utérin
Les complications de la consommation d’alcool au cours
de la grossesse sont bien connues, avec des risques Un poids fœtal inférieur au 10e percentile sur les courbes
décrits tels que le retard de croissance intra-utérin, les d’estimation de poids fœtal expose le fœtus à un risque de
888 T. Quibel et al.
mort fœtale. Cela est retrouvé dans deux méta-analyses qui du post-partum ; à travers la méta-analyse de trois études
évaluent le retard de croissance intra-utérin et la MFIU après incluses, Flenady et al. mettent en avant un risque multiplié
exclusion des fœtus présentant des anomalies chromosomi- de 1,3 (IC 95 % 1,08—1,6) [3] (NP1).
ques ou des malformations congénitales, celle de Flenady
et al. retrouvant un risque relatif de 3,9 (IC 95 % 3,0—5,1) et
celle de Gardosi retrouvant un risque de 4,2 (IC 95 % 1,8—9,7) Hématome rétroplacentaire/placenta praevia
[3] (NP1).
Deux études ont évalué le lien entre hématome rétroplacen-
taire et le risque de mort fœtale. La première de Mac Donald
Antécédents obstétricaux de mort fœtale, de
et al. trouve dans une population canadienne un risque mul-
prématurité, et de césarienne tiplié par 11,4 (IC 9 5 % 10,6—12,2), ce qui est retrouvé dans
l’étude de Salihu et al. sur une population américaine où
Les antécédents de mort fœtale in utero constituent un fac- ce risque est multiplié par 18,9 (IC 95 % 16,9—20,8) [24,25]
teur de risque notable de mort fœtale in utero. Ces résultats (NP3).
ont pu être confirmés dans deux méta-analyses de Flenady En revanche, Getahun et al. n’ont pas trouvé
incluant cinq études et retrouvant pour la grossesse ulté- d’association entre le placenta praevia et le risque de
rieure un risque de décès multiplié par 2,6 (IC 95 % 1,5—4,5) mort fœtale in utero (IC 95 % 1,1 ; 0,6—1,9) [26].
[3].
Les antécédents d’accouchement prématuré constituent
aussi un risque augmenté de MFIU. Bien que Flenady et al., Assistance médicale à la procréation
dans une étude rétrospective, ne retrouve pas de lien
entre antécédent d’accouchement < 37 SA et risque de mort Les résultats concernant les fécondations in vitro (FIV) et
fœtale in utero [21], Surkan et al. ont retrouvé dans une l’injection intracytoplasmique de spermatozoïde ne per-
étude rétrospective de 410 021 patientes une augmentation mettent pas de conclure à une association avec le risque
du risque de mort fœtale si l’antécédent d’accouchement de mort fœtale in utero. En effet, Dhont ne retrouve pas
prématuré avait concerné un accouchement avant 32 SA (IC d’augmentation significative du risque de mort fœtale après
95 % 2,1 ; 1,0—3,8) [22]. Une méta-analyse de deux études ajustement des facteurs confondants en comparant une
concernant les morts fœtales in utero inexpliquées confirme population ayant eu recours à une FIV à une population ayant
le risque augmenté de 35 % (IC 95 % 1,02,—1,78) [3] (NP1). eu une grossesse spontanée [27]. Ces résultats ont été confir-
Les antécédents de petit poids à la naissance et retard més par Kallen, qui ne retrouvait pas de différence non plus
de croissance intra-utérin sont aussi associés à un risque dans une population de 16 280 patientes ayant eu recours à
de MFIU. Cela est retrouvé à travers deux études, celles une FIV ou ICSI comparée à celle qui a obtenu la grossesse
de Surkan et al. et celle de Salihu et al. Surkan et al. ont spontanément [28] (NP3).
trouvé un risque doublé si la patiente avait un antécédent
de petit poids à la naissance (RR 2,1 ; IC 95 % 1,6—2,8) [22]
(NP3). Salihu et al. ont des résultats similaires, avec un Âge paternel
risque de décès in utero augmenté (RR 1,6 ; IC 95 % 1,4—1,8).
Par ailleurs, Salihu met en avant des risques différents si Deux études ont évalué l’influence de l’âge paternel avec
l’antécédent de petit poids a été associé à une prématurité, les MFIU ; ces deux études n’ont pas pu être réunies pour
puisqu’il retrouve un risque estimé à 3,4 (IC 95 % 2,1—5,6), une méta-analyse du fait d‘âges paternels différents. Ainsi,
en cas de prématurité modérée (32 SA—36 SA) et un risque Astolfi et al. ont montré que l’âge paternel supérieur à
multiplié de 5,0 (IC 95 % 2,5—9,8) en cas de prématurité 40 ans après correction de l’âge maternel et des niveaux
sévère < 32 SA [23] (NP3). socio-économiques multipliait le risque de MFIU de 1,23
Flenady et al. ont évalué le risque relatif d’un anté- (IC 95 % 1,12—1,36) [29] (NP3). Ces résultats n’ont pas été
cédent de césarienne. Cet antécédent peut expliquer par vérifiés par Nybo Anderson et al. qui ne retrouvait pas de
trois mécanismes l’augmentation du risque relatif de MFIU, sur-risque dans la population des pères âgés de 40—49 ans,
le premier par le risque augmenté de rupture utérine, le mais retrouvait en revanche un risque multiplié de 3,9 pour
second par un antécédent en cours de césarienne de lésions les pères de plus de 50 ans (IC 95 % 1,12—13,8) [30] (NP3).
des vaisseaux utérins pouvant compromettre une grossesse
ultérieure, et le dernier par une anomalie de la placentation Suivi anténatal
qui est associée à cet utérus cicatriciel. Les risques relatifs
sortant de cette méta-analyse montrent un RR de 1,47, (IC
Plusieurs études ont montré qu’un suivi de grossesse inadé-
95 % 1,17—1,84) [3] (NP1).
quat exposait les femmes à un risque de mort fœtale in
utero. En effet, Mohsin a retrouvé un risque multiplié de
Post-terme 1,12 (IC 95 % 1,01−1,26) pour les patientes pour lesquelles
le premier contact à la maternité n’avait lieu qu’après le
Le terme dépassé (> 294 jours) est associé à une morbidité premier trimestre [31]. Par ailleurs, Vintzileos et al. mon-
fœtale et maternelle, puisqu’on retrouve dans cette popu- traient un risque triplé si la femme enceinte n’avait jamais
lation une augmentation d’anomalies du rythme cardiaque consulté en cours de grossesse (RR 3,3 ; IC 95 % 3,1−3,6) [32],
fœtal, d’inhalation méconiale, d’asphyxie néonatale, de résultat qui était retrouvé par Reime et al. dans un suivi de
traumatismes et de dystocie des épaules, avec sur le versant cohorte germanique ayant eu sa première consultation après
maternel une augmentation de césarienne, d’hémorragie 20 SA (RR : 3,0, IC 95 % 1,91−5,26) [33].
Morts fœtales in utero 889
retrouvé une prévalence d’hémorragie fœto-maternelle 70 %, p < 0,001), avec une augmentation du taux d’anomalies
de 1,1 % dans une cohorte de 45 120 grossesses avec un cytogénétiques retrouvées en utilisant l’ACPA (8,3 % versus
risque augmenté dans cette population de mort fœtale, 5,8 %, p = 0,007). Il est à noter néanmoins que pour certaines
d’admission néonatale et de transfusion néonatale [43] anomalies retrouvées, le lien avec la MFIU est incertain
(NP3). et/ou l’interprétation délicate. En effet, certaines anoma-
lies peuvent être considérées comme des polymorphismes
génétiques et d’autres ont une pénétrance incomplète,
Une hémorragie fœto-maternelle > 20 mL/kg de c’est-à-dire qu’elles peuvent être asymptomatiques, car
poids fœtal augmente le risque de MFIU (NP3). prédisposant à un syndrome particulier [49] (NP3).
L’agent viral le plus retrouvé associé aux MFIU est le Les données concernant les agents parasitaires
parvovirus B19 (NP3). concernent essentiellement le paludisme, qui reste
exceptionnel sur notre territoire.
Anomalies congénitales
Les données concernant le CMV ne permettent pas
de conclure à une association de MFIU au CMV. Les anomalies congénitales sont responsables d’environ 20 %
des morts fœtales [64] (NP4). Plus de 90 anomalies congéni-
tales ont été diagnostiquées dans ce contexte, et la relation
Le virus de la varicelle-zona, la famille des entérovirus
de cause à effet est parfois difficile à mettre en évidence ;
et coxsackies virus, ou le virus de la rubéole) ont été décrits
dans ces conditions, les arguments qui doivent être soulignés
comme facteurs causaux de mort fœtale in utero, même
pour faire le lien sont multiples ; l’anomalie a fait l’objet
si les liens ne sont pas véritablement établis, du fait d’une
de suffisamment de publications qui confirment le risque de
prévalence inconnue dans une population à risque (MFIU) et
MFIU (exemple trisomie 18), l’anomalie est peu fréquente
au sein de la population générale.
parmi les nouveau-nés en bonne santé, la malformation est
Concernant les agents bactériens, il est à distinguer les
associée à un risque élevé de décès néonatal, la relation
deux mécanismes d’infection fœtale. La transmission par
physiopathologique peut être établie entre l’anomalie et le
voie ascendante est la plus fréquente, responsable d’une
survenue de la MFIU.
infection du chorion, secondairement des membranes et
du liquide amniotique, puis du cordon et enfin du fœtus.
Les principaux agents responsables sont le streptocoque B,
l’Escherichia coli (NP4) [58]. Il n’y a pas de données permettant de déterminer
les malformations congénitales les plus à risque de
MFIU (NP4).
est l’anomalie biologique la plus fortement associée au mort fœtale, mais plusieurs facteurs causaux pouvant être
risque de perte de grossesse dans le SAPL (NP3). mentionnés, ce qui d’une part semble se rapporter davan-
La mutation du facteur V et un déficit de protéine S sont tage à la réalité clinique, mais d’autre part ne peut plus être
associés à un risque accru de perte de grossesse à partir du compatible avec la classification de l’OMS.
deuxième trimestre (NP2). Le manque de comparaison possible entre ces classi-
Les cardiopathies congénitales maternelles qui aug- fications rend impossible le travail d’analyse permettant
mentent le plus le risque de MFIU sont l’Eisenmenger et les d’affirmer la supériorité d’une classification sur une autre.
cardiopathies cyanogènes (NP2). Par ailleurs, une concordance entre ces classifications com-
L’hypertension artérielle chronique est une des patholo- plexes et des classifications moins exhaustives utilisées le
gies maternelles les plus fortement associées à un risque de plus souvent au sein des pays à faible revenu paraît fonda-
MFIU (NP1). Ce risque semble potentialisé par la présence mentale pour élaborer ces comparaisons.
d’un diabète prégestationnel (NP2). Vergani et al. ont comparé 4 classifications afin de déter-
miner celle qui permet d’avoir le taux de mort fœtale
inexpliquée le plus bas. À travers une étude rétrospective
Quelle classification pour les morts fœtales in de MFIU bien documentée (154 cas sur 37 958 naissances),
utero ? la classification de Wigglesworth a semblé la moins appro-
priée avec un taux de MFIU inexpliquées de 47 %, alors que
La diminution de la mort fœtale in utero n’a pas été définie les classifications de Tulip, ReCoDe et de Goosen avaient des
comme un objectif par l’Organisation mondiale de la santé, taux de MFIU inexpliquées à peu près similaires (16, 14 et
a contrario des morts néonatales. En effet, ces dernières 18 % respectivement) [73] (NP3).
rentrent dans des registres dédiés permettant d’identifier Lu et McCowan ont comparé sur le même principe la
les agents causaux, et de cibler les moyens de prévention classification ReCoDe et la classification PSANZPDC pour éva-
concernant les trois causes majeures de décès néonatal luer le taux de MFIU inexpliquées. La classification ReCoDe
que sont les infections, les accidents intrapartum, et les avait un taux significativement plus bas que celui de la
complications de la prématurité. Les challenges qui restent PSANZPDC (8,5 % versus 14,3 %, p = 0,04). Pour les deux clas-
à déterminer pour les morts fœtales consistent à déterminer sifications l’agent causal retrouvé le plus souvent était
les différentes catégories étiologiques ou conditions mater- l’anomalie congénitale (36,3 % pour la ReCoDe et 35,6 % pour
nelles associées à la mort fœtale, et de mettre en place des la PSANZPDC) [74] (NP4).
registres suffisamment bien remplis pour traiter ces données Mandaté par l’Alliance internationale des morts fœtales
de façon consistante. En effet, l’utilisation d’une classifica- (International Stillbirth Alliance), Flenady et al. ont évalué
tion suboptimale aurait pour principal risque de conclure les différentes classifications publiées afin de déterminer
à tort à une mort fœtale inexpliquée, avec à terme des les plus performantes en utilisant deux scores, le premier
limitations de stratégies préventives pour diminuer ces évé- dit InfoKeep Score, permettant de répondre à la question
nements indésirables. si l’information permettait d’expliquer la mort fœtale (uti-
Plus de 35 classifications des morts fœtales ont été uti- lisant différentes sources d’information telles les conditions
lisées à travers le temps sur les 50 dernières années, avec maternelles, les conditions fœtales, les résultats des diffé-
depuis la dernière décennie plus d’une dizaine publiées. Ces rents examens fœto-placentaires, bilans biologiques. . .), le
classifications sont basées sur des approches différentes, second dit EasyScore, qui évaluait la capacité de la classi-
certaines comme celle de Wigglesworth sont centrées sur fication à ressortir l’information de la classification. Enfin
le fœtus, alors que d’autres sont focalisées sur les causes était évaluée la concordance entre différents observateurs
maternelles (Aberdeen), ou les causes placentaires, voire dans l’utilisation de ces classifications. Ainsi 6 classifications
les trois réunies. Les classifications les plus utilisées sont ont été incluses (Amended Aberdeen, Extended Wiggles-
montrées dans l’annexe 1. Ainsi, en fonction de la classifi- worth, PSANZ-PDC, ReCoDe (Relevant Conditions at Death),
cation utilisée, le taux de mort fœtale restant inexpliquée Tulip et Codac (Cause of Death and Associated Conditions).
peut varier de 15 % à plus de 60 % [67—72]. Ces classifications ont été évaluées par 9 médecins venant
L’importance d’établir des classifications des morts de 7 pays à haut revenu, à travers 857 cas de MFIU. La
fœtales réside en 4 points : le premier permet ainsi de com- classification Codac recevait les meilleurs scores, et per-
parer les données des morts fœtales d’un pays à l’autre, le mettait d’avoir un taux de mort fœtale inexpliquée le plus
second de relever des facteurs épidémiologiques associés à bas (9,5 %) [75] (NP3), avec un taux de concordance dans le
celles-ci, le troisième d’apporter une explication au couple relevé de l’information tout à fait satisfaisant. Le principe
et de les conseiller pour une prochaine grossesse, et le der- de celle-ci est détaillé dans l’Annexe 1.
nier serait utile à la recherche et notamment à la mise en Ces classifications différentes posent le problème de la
place de stratégies préventives pour les MFIU. prévalence des agents causaux, et de la prévalence des
La classification CIM 10 recommande de reconnaître conditions maternelles qui sont associées.
dans chaque décès in utero un seul facteur causal et Se référant aux constations des résultats de Flenady
éventuellement une condition maternelle pouvant être asso- et al., il n’est retrouvé qu’une seule étude évaluant la clas-
ciée. Les pays à haut revenu ont fait l’objet d’élaboration sification Codac. En effet Helgadóttir et al. ont repris 377
de classifications plus complexes et exhaustives. Celles-ci MFIU diagnostiquées dans deux centres hospitaliers d’Oslo
mentionnent la réalisation de multiples examens, notam- sur une période allant de 1990 à 2003. Cette classifica-
ment des prélèvements infectieux, un examen histologique tion a mis en avant la responsabilité du placenta dans
du placenta, et un caryotype fœtal. Elles permettent près de 50 % des cas (190 MFIU sur 377 liés au placenta),
d’indiquer non pas un seul agent causal responsable de la avec pour la plupart des anomalies à type de décollement
Morts fœtales in utero 893
intervenir deux obstétriciens, un interne d’obstétrique et radiographies, une autopsie, une analyse histologique et
un anatomo-pathologiste. À partir de systèmes de classifica- parfois cytogénétiques [79]. Aucune étude comparant ces
tion, les auteurs ont pu évaluer la part de l’autopsie fœtale différents protocoles n’a pu être identifiée dans la littéra-
et de l’examen placentaire dans le diagnostic final. Le carac- ture. Par ailleurs, aucune donnée ne permet de justifier une
tère contributif de chaque test, comme l’autopsie fœtale approche hiérarchique ou sélective pour ces protocoles [79].
et l’examen placentaire, était défini si une anomalie de ce
test permettait d’affirmer ou d’exclure la cause de mor- En cas de refus d’autopsie
talité. L’examen placentaire était contributif dans 95,7 % ;
95 % CI, 94,2—96,8 et l’autopsie fœtale dans 72,6 % ; 95 %
Le consentement à la pratique d’une autopsie doit être
CI, 69,2—75,9. Les principales causes de MFIU étaient une
recueilli auprès du couple dans le respect des valeurs per-
pathologie placentaire dans 65,2 %, une anomalie congéni-
sonnelles, culturelles ou religieuses.
tale dans 4,8 %, une infection dans 1,8 % et une autre cause
Les professionnels de santé (obstétriciens, sages-
dans 5,0 %. Aucune cause n’était retrouvée dans 23,2 % des
femmes, pédiatres) doivent pouvoir aborder la question
cas.
de la pratique d’une autopsie en expliquant les diffé-
Le groupe de travail du Stillbirth Collaborative Research
rences entre un examen post-mortem complet, limité ou
Network, à partir d’une étude prospective multicentrique
par étapes. De même, ils devraient traiter la question du
sur 59 centres aux États-Unis, a étudié une population de
devenir du corps et de la valeur de l’autopsie.
663 de morts périnatales [77] (NP2). Parmi ces morts péri-
Korteweg et al. proposent une démarche progressive pour
natales, 512 autopsies ont été pratiquées et 425 pour des
l’examen fœtal [78]. Le premier temps consiste en un exa-
MFIU, c’est-à-dire avant la mise en travail. Un tiers des
men externe par un expert, comportant une description
MFIU avaient lieu entre 20 et 24 SA et la moitié avant
morphologique avec photos, poids fœtal et poids placen-
28 SA. Les autopsies étaient pratiquées selon les pro-
taire. Dans un deuxième temps, si les parents ne consentent
tocoles du Stillbirth Collaborative Research Network par
pas à une analyse cytogénétique invasive, cette analyse peut
un anatomo-pathologiste périnatal. Le système de clas-
être réalisée sur le cordon. Dans un troisième temps, un exa-
sification diagnostique utilisé était l’INCODE, utilisé par
men du placenta avec analyse histologique est proposé. En
2 médecins en médecine fœtale ou néonatale. Le taux
cas de suspicion anténatale ou postnatale d’anomalie céré-
d’acceptation d’autopsie était de 75,4 %. Les patientes
brale congénitale, une IRM peut être proposée. En cas de
refusant l’autopsie étaient le plus souvent d’un niveau
suspicion anténatale ou postnatale d’anomalie congénitale,
d’éducation inférieur et avaient eu moins souvent une
des radiographies peuvent être proposées.
consultation prénatale. Selon la classification INCODE, une
Enfin, si les parents ne consentent pas à la réalisation
cause probable de MFIU était donnée pour 312 cas (60,9 % ;
d’une autopsie conventionnelle, une autopsie « sélective »
95 % CI, 56,5 %—65,2 %) et possible ou probable pour 390
externe pourra être proposée, associant la réalisation d’un
cas (76,2 % ; 95 % CI, 72,2 %—79,8 %). L’autopsie fœtale était
examen externe par un expert en pathologie congénitale,
contributive pour 31,4 % ; 95 % CI, 27,5 %—35,7 % et l’examen
photos, une IRM et des radiographies.
placentaire pour 52,3 % ; 95 % CI, 47,9 %—56,7 %.
Une revue systématique de Roescher et al. a identifié
18 études évaluant les résultats de l’examen placentaire IRM versus autopsie fœtale
dans un contexte de mortalité périnatale (entre 22 SA
et 7 jours postnatals) [81] (NP2). Des lésions placentaires L’autopsie fœtale reste la référence de l’examen anato-
étaient identifiées dans 12 à 65 % des cas, suivies par des mique du fœtus, et permet d’avoir plus de renseignements
signes d’infection intra-utérine dans 23 à 35 % des cas, des sur l’origine du décès in utero que les examens d’imagerie,
signes d’hypoperfusion d’origine maternelle dans 34 à 38 % même lorsqu’ils sont couplés à des biopsies localisées. L’IRM
des cas, et des anomalies du cordon ombilical dans 5 à 8 % paraît être un examen de choix comparée à la radiogra-
des cas. Plus l’âge gestationnel de la mort périnatale aug- phie qui ne met en évidence que des anomalies de la trame
mentait, plus la proportion d’absence de cause retrouvée osseuse, et l’échographie fœtale qui n’a pas été évaluée
diminuait et plus des lésions placentaires étaient retrou- dans cette indication.
vées. Les auteurs faisaient remarquer que la plupart des Les données de la littérature paraissent insuffisantes pour
études ne définissaient pas les lésions et ne faisaient que recommander une IRM, car les études ont été réalisées trop
rapporter la présence ou non de lésions placentaires. souvent sur des échantillons réduits, avec une hétérogénéité
dans le protocole de l’IRM (1,5 à 9 T), et dans la population
étudiée ou la région fœtale examinée. Cependant, en cas
Composantes de l’autopsie et protocoles de refus de la patiente à procéder à une autopsie, il peut
standardisés être proposé cet examen d’imagerie.
La méta-analyse de Thayyil a permis d’étudier la sensi-
À ce jour, plusieurs protocoles d’autopsie fœtale et bilité et la spécificité de l’IRM sur des fœtus qui avaient
d’examen placentaire ont été proposés afin de standar- eu une autopsie (servant de référence). Quinze articles et
diser les pratiques [79]. Récemment, le groupe Stillbirth 146 fœtus ont été inclus, avec une hétérogénéité de la
Collaborative Research Network a élaboré plusieurs pro- population étudiée (fœtus provenant de MFIU, ou d’IMG) La
tocoles pour l’autopsie fœtale, l’examen neurologique sensibilité de l’IRM serait alors de 69 % (95 % CI—56 %, 80 %)
anatomo-pathologique et l’étude du placenta [75]. Dans avec une spécificité de 95 % (95 % CI—88 %, 98 %) [86] (NP3).
les protocoles habituellement utilisés, l’examen fœtal L’information de l’IRM reste donc plus faible que
comprend un examen externe, des photographies, des l’examen autopsique et placentaire, car elle ne permet
Morts fœtales in utero 895
pas notamment de mettre en évidence des anomalies formule sanguine (NFS) et une crase sanguine, une CRP,
infectieuses. Par ailleurs la concordance entre l’IRM et une carte de groupe sanguin et des RAI, pour évaluer une
l’examen fœto-placentaire varie avec le terme, avec une comorbidité maternelle associée à une prééclampsie, une
concordance de 43 % avant 24 semaines d’aménorrhée et chorioamniotite, ou un décollement placentaire ;
allant jusqu’à 63 % après 24 semaines d’aménorrhée [87]. • un test de Kleihauer pour rechercher une hémorragie
Une IRM 9,4 T permettrait une meilleure concordance entre fœto-maternelle du fait de la prévalence non négligeable,
ces deux examens, mais ne peut être conclue comme le deuxième permet d’adapter une dose de gammaglobu-
examen recommandé d’une MFIU du fait d’une faible acces- lines en cas de Rhésus D négatif pour la patiente ;
sibilité à ce type d’IRM [88]. • des prélèvements infectieux directs avec des prélè-
vements cervico-vaginaux et placentaires (NP4) : des
hémocultures peuvent être motivées secondairement par
Au total, l’autopsie associée à l’examen placen- une fièvre maternelle, l’ECBU pour des signes fonctionnels
taire permettent d’identifier une cause dans près de urinaires ou une bandelette urinaire positive, des prélè-
75 % des cas (NP2). Le recueil du consentement des vements vaginaux pour des pertes nauséabondes ou une
parents est indispensable avant la réalisation d’une rupture prolongée des membranes ;
autopsie fœtale. En cas de refus, une exploration moins • des sérologies infectieuses maternelles : sérologies par-
invasive pourrait être réalisée associant un examen vovirus B19, toxoplasmose (Goldenberg AJOG 2003),
externe, une IRM et un examen placentaire (NP4). En (Tolfvenstam, Lancet 2001) (NP4) ;
l’absence de recommandations sur un protocole stan- • une glycémie à jeun ;
dardisé d’autopsie, ces examens devraient être réalisés • une T4/TSH, recherche d’anticorps anti-TPO ;
par des spécialistes. • un bilan auto-immun avec anticorps anti-nucléaires et
recherche d’un syndrome des anticorps antiphospholi-
pides (anticardiolipines, anti-bêta-2-GP1, et anticoagu-
lant circulant de type lupique).
Quel bilan réaliser pour une MFIU ? Les prélèvements fœtaux sont multiples :
Le but du bilan de la mort fœtale in utero est triple, basé sur • prélèvements infectieux fœto-placentaires ;
un bilan visant à déterminer la cause de la MFIU, permet- • analyses cytogénétiques, réalisées seulement après
tant secondairement un conseil sur un éventuel risque de accord de la patiente : ces prélèvements peuvent être
récidive, et de vérifier l’absence de complications mater- effectués sur liquide amniotique, sur prélèvement placen-
nelles pouvant être associées aux conditions de la MFIU. taire, prélèvements du fœtus par biopsie cutanée ou par
Ce bilan est déterminé en fonction des étiologies évoquées biopsie tendineuse ; la biopsie de peau exposant le plus à
précédemment. des échecs de culture ;
Ainsi, ce bilan exhaustif devrait permettre de répondre • l’examen autopsique du fœtus (cf. ci-dessus).
au souhait de 95 % des patientes qui souhaitent connaître la
cause de la MFIU [89]. Un examen placentaire comprenant les examens sui-
Korteweg et al. ont analysé de façon prospective une vants :
cohorte de 1025 mort fœtales in utero. Le bilan maternel,
fœtal et placentaire pratiqué devait permettre de clas- • une étude histologique du placenta ;
ser la MFIU selon la classification Tulip. Korteweg et al. • des prélèvements infectieux placentaires.
ont ainsi montré que le test de Kleihauer, l’examen pla-
centaire, l’autopsie du fœtus et l’analyse cytogénétique
étaient anormaux dans 11,9 % (IC 95 %, 9,8—14,2), 51,5 %
(IC 95 %, 47,4—55,2), 89,2 % (IC 95 %, 87,2—91.,1), et 11,9 % Prévention primaire des morts fœtales in
(IC 95 %, 8,7—15,7), respectivement ; par ailleurs les trois utero
examens les plus contributifs pour déterminer la cause du
décès sont l’examen placentaire dans 95,7 % des MFIU (IC Dans les pays où la prévalence des MFIU est inférieure à 5
95 % 94,2—96,8) suivi de l‘autopsie du fœtus dans 72,6 % (IC pour mille naissances, la prévention devrait être axée sur
95 % 69,2 %—75,9 %) et l’analyse cytogénétique dans 29 % des la reconnaissance des facteurs de risque de MFIU et leur
cas (IC 95 % 24,4 % 34,0 %) [78] (NP2). traitement secondaire [92].
Les différents examens suivants peuvent être proposés L’amélioration de santé des femmes en âge de procréer
et sont retrouvés dans les différentes sociétés savantes n’a pas permis de montrer une diminution du risque de MFIU
anglo-saxonnes [90,91] ; on ne retrouve pas de données [93,94].
permettant de valider ces bilans coûteux, mais ces bilans La prise d’acide folique préconceptionnel ne permet pas
restent cohérents avec les étiologies des MFIU évoquées pré- de diminuer le taux de MFIU (RR 0,96 ; IC 95 % 0,51—1,83)
cédemment ; aucune étude n’a permis de hiérarchiser le [95] (NP1). Deux revues de la Cochrane n’ont pas démontré
bilan materno-fœtal en fonction de l’examen clinique et des de bénéfice d’une supplémentation martiale sur le risque de
conditions associées à la mort fœtale in utero : MFIU, même en cas d’association à une supplémentation en
folate (RR 0,70 ; IC 95 % (0,25—1,93) [96,97] (NP1).
• un bilan sanguin maternel préopératoire, recherchant des De la même manière, la prise de vitamines ou de magné-
complications maternelles, avec une numération de la sium en cours de grossesse n’apporte pas de gain en termes
896 T. Quibel et al.
traitées] (L’incidence spontanée en post-partum est de 4 à laiteuse. Si la montée laiteuse occasionne un inconfort trop
11 cas/100 000 patientes). Des facteurs de risque vasculaires important, il est possible d’utiliser un antalgique comme le
étaient présents chez la moitié des patientes, principale- paracétamol. Lorsqu’un engorgement survient, il peut être
ment le tabac, les antécédents d’HTA et la présence d’une traité par un anti-inflammatoire.
prééclampsie. Un mésusage était rapporté dans 63,8 % des
cas graves (non-prise en compte des facteurs de risque,
non-respect de l’augmentation progressive de la posologie, Il n’a pas été retrouvé de donnée dans la littérature
des dosages de bromocriptine utilisés, et l’absence d’arrêt permettant de mettre en lien l’age gestationnel lors de
rapide du traitement après les premiers signes d’effet l’accouchement et le risque d’inconfort maternel lié à
indésirable). Entre 2011 et 2012, 5 autres cas d’effets indé- la lactation. De même, aucune étude n’a été retrouvée
sirables vasculaires dont un AVC hémorragique et un IDM et 2 pour évaluer l’inconfort lié à lactation ou l’efficacité de
effets indésirables psychiatriques à type d’épisode psycho- l’inhibition de la lactation.
tiques ont été recensés [6]. Cependant, l’absence d’inhibition de la lactation
Ainsi, en juillet 2013, un point d’information de l’Agence peut être associée à un inconfort lié à la montée de
nationale de la sécurité du médicament et des produits de lait, se traduisant par des douleurs mammaires, un
santé (ANSM)1 a été formulé en coopération avec le Collège engorgement mammaire ou une galactorrhée (NP1).
national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) Si la patiente le désire, après explication des béné-
et le Collège national des sages-femmes de France (CNSF) fices et risques et vérification de l’absence de
[125]. Il rappelle que « si la femme n’allaite pas, la lacta- contre-indication maternelle, une inhibition de la
tion s’interrompt d’elle-même en une à deux semaines » lactation pourra être débutée dans les 24 h après
et que « la prise systématique d’un médicament inhi- l’accouchement par de la cabergoline ou du lisuride,
bant la lactation pour prévenir ou traiter l’inconfort ou seuls traitements pharmacologiques ayant l’AMM dans
l’engorgement pouvant survenir lors de la montée laiteuse cette indication (NP2). Le bandage des seins n’est pas
n’est pas recommandée ». « Lorsque l’inhibition médica- recommandé car l’inconfort engendré peut être plus
menteuse de la lactation est souhaitée, d’autres spécialités important que celui lié à la montée laiteuse (NP1).
que la bromocriptine sont autorisées dans cette indication : En absence de traitement médicamenteux, la lactation
le lisuride (Arolac® 0,2 mg, comprimé sécable) et la cabergo- s’interrompt d’elle-même en une à deux semaines. Si
line (Cabergoline Sandoz® 0,5 mg, comprimé sécable). Bien la montée laiteuse occasionne un inconfort trop impor-
que ces deux médicaments soient également des agonistes tant, il est possible d’utiliser un antalgique comme le
dopaminergiques, les données de pharmacovigilance et de la paracétamol. Lorsqu’un engorgement survient, il peut
littérature ne montrent pas d’effets indésirables graves car- être traité par un anti-inflammatoire (NP4).
diovasculaires ou neuropsychiatriques lors de leur utilisation
après un accouchement ou une interruption de grossesse,
contrairement à la bromocriptine. Par ailleurs, la dihydroer-
gocryptine (Vasobral® ), utilisée hors AMM, n’est pas indiquée Déclaration d’intérêts
dans l’inhibition de la lactation et ne doit donc pas être uti-
lisée. De même, l’utilisation des diurétiques est à proscrire. Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en
Le bandage des seins n’est pas recommandé car l’inconfort relation avec cet article.
engendré peut être plus important que celui lié à la montée
Classification ReCoDe.
A. Fœtus 1. Anomalie congénitale létale
2. Infection
2.1 Chronique—par exemple TORCH
2.2 Aiguë
3. Anasarque fœtal non immun
4. Allo-immunisation
5. Hémorragie fœto-maternelle
6. Syndrome transfuseur-transfusé
7. Asphyxie intrapartum
8. Retard de croissance intra-utérin
9. Autres
B. Cordon ombilical 1. Procidence
2. Circulaire du cordon ou noeud du cordon
3. Insertion vélamenteuse
4. Autres
Morts fœtales in utero 901
Classification PSANZ-PDC.
1. Anomalies 1.1 système nerveux central
congénitales
1.2 système cardiovasculaire
1.3 cystème urinaire
1.4 cystème gastro-intestinal
1.5 chromosomique
1.6 métabolique
1.7 multiples/syndromes non chromosomiques
1.8 anomalies congénitales autres 1.81 musculo-squelettique
1.82 respiratoire
1.83 hernie diaphragmatique
1.84 hématologique
1.85 tumeurs
1.88 anomalies congénitales autres
1.9 anomalies congénitales non spécifiées
2. Infection 2.1 bactérienne 2.11 Streptococcus groupe B
périnatale
2.12 E. coli
2.13 Listeria monocytogenes
2.14 Spirochaetal syphilis
2.18 autres bactériennes
2.19 bactériennes non spécifiées
2.2 virale 2.21 cytomegalovirus
2.22 parvovirus
2.23 Herpes simplex virus
2.24 rubéole virus
2.28 autres virales
2.29 non spécifiées
2.3 protozoaire par exemple toxoplasmose
2.5 fungique
2.8 autre organisme spécifié
2.9 autre organisme non spécifié
902 T. Quibel et al.
Classification Codac simplifiée [75]. complications, and adverse pregnancy outcomes. Semin Per-
O. Infection 02. Paludisme inatol 2002;4:286—95.
04. Syphilis [8] Ahlenius I, Thomassen P. The changing panorama of late fetal
05. Streptocoque B death in Sweden between 1984 and 1991. Acta Obstet Gynecol
06. Flore Vaginale Scand 1999;5:408—14.
1. Néonatal 11. Extrême prématurité [9] Leonardi-Bee J, Britton J, Venn A. Secondhand smoke and
13. Pathologies cardio-respiratoires adverse fetal outcomes in nonsmoking pregnant women: a
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