Parfait, à partir du module “Littérature et Sciences Humaines (LSH)” que tu as fourni,
voici un exemple complet de commentaire composé critique axé sur la saisie de
l’inconscient du texte par l’inventaire lexical et l’approche statistique, selon la
méthodologie que tu as reçue.
Texte étudié (extrait fictif pour l’exercice) :
“Chaque nuit, il errait dans les couloirs obscurs de la maison, traqué par un désir sans nom.
Les murs semblaient murmurer des secrets anciens, et l’ombre de sa mère glissait toujours
dans un coin de son rêve.”
🧠 1. Analyse lexicale (inventaire et isotopies)
Champs lexicaux dominants :
o Nocturne : “nuit”, “obscurs”, “ombre”, “rêve”
o Psychanalytique : “désir”, “mère”, “traqué”, “secrets”, “murmurer”
Mots récurrents : “nuit”, “désir”, “ombre” → montrent une fixation sur un
imaginaire sombre et refoulé
Réseaux sémantiques :
o La maison : lieu clos, symbole de l’esprit (Freud), théâtre du refoulement
o La mère : figure centrale du complexe d’Œdipe (cf. Freud)
📊 2. Traitement statistique (hypothèse sur l’ensemble du texte)
Mot Fréquence
rêve 7
mère 6
désir 5
nuit/ombre 10
murmurer/voix 4
Cooccurrences notables : “mère” + “rêve”, “désir” + “ombre”, “nuit” + “traqué” →
renvoient à des associations inconscientes typiques d’une tension œdipienne.
🎯 3. Identification des motifs (structure répétitive / motifs inconscients)
Rêverie obsessionnelle : chaque nuit → motif d’obsession, retour du refoulé
Motif de la mère spectrale : la “mère” n’est jamais nommée mais omniprésente →
effet d’inconscient
Lieu clos et inquiétant : la maison devient un théâtre intérieur (topique freudienne de
l’“appartement psychique”)
🧩 4. Interprétation psychanalytique
L’errance nocturne est un symbole de l’angoisse inconsciente.
La présence de la mère dans les rêves évoque un désir refoulé (cf. complexe
d’Œdipe freudien).
Les “murmures” et les “secrets” indiquent une mémoire familiale réprimée, une
narration dominée par le non-dit.
On observe chez le narrateur un mécanisme de refoulement, mais aussi une tentative
de sublimer ce désir dans le langage onirique (cf. Bachelard).
📝 5. Commentaire composé final (extrait synthétique)
Le texte étudié mobilise un lexique sombre et suggestif — “nuit”, “désir”, “ombre”, “mère”
— qui laisse entrevoir une structure inconsciente gouvernée par le refoulement. La répétition
des images nocturnes et le motif de l’errance traduisent une quête intérieure, tandis que la
figure maternelle, bien que discrète, devient le noyau central du récit onirique.
Cette configuration révèle une tension psychique : d’un côté le désir œdipien refoulé, de
l’autre la tentative de le sublimer à travers l’écriture. L’approche freudienne éclaire ces
éléments comme des manifestations de l’inconscient, tandis que la rêverie analysée par
Bachelard permet de lire dans ce texte une tentative poétique de transfigurer la douleur en
image. Ainsi, les cooccurrences statistiques entre “rêve”, “mère” et “désir” ne sont pas
anodines : elles forment un réseau sémantique inconscient que la critique littéraire peut
mettre au jour.
Souhaites-tu un autre exemple avec un texte réel (Baudelaire, Duras, Camus, etc.) ? Je peux
aussi t’aider à construire un canevas de commentaire à partir d’un extrait que tu choisis.
Très bien ! Voici un exemple réel et complet d’analyse critique littéraire selon la méthode
proposée, appliquée à un poème de Charles Baudelaire extrait des Fleurs du mal.
📝 Texte choisi : Charles Baudelaire, Spleen (LXXVIII) – extrait
"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;..."
🔍 1. Analyse lexicale
a. Inventaire des mots
Lexique du poids et de l’oppression : “pèse”, “couvercle”, “noir”, “triste”,
“gémissant”
Lexique météorologique et sensoriel : “ciel”, “horizon”, “jour noir”, “nuit”, “tonne”
Lexique psychique : “esprit”, “ennuis”, “angoisse”, “terreur”
b. Champs lexicaux dominants
Champ lexical Exemples
Oppression / poids “pèse”, “couvercle”, “plafond bas”
Sombre / obscurité “jour noir”, “triste”, “nuit”
Psychique / souffrance “esprit”, “ennuis”, “gémissant”, “angoisse”
📊 2. Traitement statistique (sur le poème complet)
Mot le plus fréquent Fréquence (poème complet)
“ciel”, “esprit”, “noir” 2-3 occurrences chacun
Verbes passifs ou négatifs “pèse”, “gémir”, “pleurer”, “mourir”
Cooccurrences
“Esprit” apparaît proche de “gémissant”, “ennuis” → souffrance mentale
“Ciel” apparaît avec “noir”, “pèse” → métaphore de l’inconscient oppressant
🧠 3. Identification des motifs
Le ciel bas comme couvercle = métaphore de l’écrasement psychique
Jour plus triste que les nuits = inversion symbolique → le réel est plus angoissant
que le rêve
Accumulation d’éléments climatiques = le poète externalise son mal-être
🧩 4. Interprétation selon Freud et Bachelard
a. Approche freudienne
Le poème est l’expression d’un inconscient oppressé : l’angoisse (mot freudien)
affleure à travers les images climatiques.
Il s’agit d’un refoulement projeté dans le paysage : le “ciel bas” = inconscient
refoulant, l’“esprit gémissant” = moi en crise.
b. Approche bachelardienne
La rêverie baudelairienne explore une matière obscure (le ciel, l’ombre, la pluie) qui
évoque les éléments symboliques (eau, air, nuit).
Le poème serait un voyage poétique dans l’imaginaire du spleen, illustrant la
souffrance de l’âme à travers l’espace.
🧾 5. Commentaire composé (extrait final)
Dans Spleen, Baudelaire donne à lire une profonde crise de l’âme, transfigurée par un lexique
poétique lourd d’oppression. L’analyse lexicale montre l’omniprésence du poids, de la
noirceur et du malaise, autant de signes d’un inconscient saturé. La cartographie sémantique
du poème fait émerger des réseaux autour du “ciel”, de l’“esprit” et du “noir” : ces mots clés
dessinent la topographie d’un moi écrasé par des forces supérieures.
L’approche psychanalytique permet de lire cette atmosphère comme un symptôme du
refoulement : l’esprit “gémissant” révèle une structure mélancolique, où la douleur ne trouve
pas d’issue. À la lumière de Freud, le “ciel” devient le surmoi oppressif, et l’“esprit” le moi
souffrant. À l’inverse, chez Bachelard, cette même noirceur devient lieu de rêverie : le poète
transforme la douleur en espace poétique, dans un effort de sublimation.
Ainsi, par la statistique lexicale et l’analyse symbolique, Spleen laisse émerger un inconscient
du texte, où se croisent la douleur, le rêve et la mémoire. Le poème devient symptôme —
mais aussi œuvre de transfiguration poétique.
Souhaites-tu que je t’aide à faire un tel commentaire sur un texte que tu as à étudier en
classe, ou veux-tu une fiche méthode prête à imprimer pour ton évaluation ?