Philosophie – M.
Bernard
Cours sur la justice
Introduction :
Définitions :
La notion justice a deux sens différents :
1) Elle désigne l’institution qui fait respecter la loi (les tribunaux, les juges, le ministère de la
justice). Ici, est synonyme de juste ce qui est légal. Cette justice se concrétise par un ensemble de
lois, de règles et de peines que l’on appelle le droit positif.
2) Elle désigne le principe moral qui consiste à traiter les cas similaires de façon similaire (ou à
« rendre à chacun ce qui lui est dû »). Lorsque ce principe n’est pas respecté, nous sentons que nous
sommes confrontés à une situation injuste. Ici, est synonyme de juste ce qui est légitime. Cette
justice peut être pensée comme un ensemble de valeur et de principes universels qu découlent de la
nature humaine, et qu’on appelle le droit naturel.
Problèmes :
La notion de justice renvoie à de nombreuses problématiques possibles.
1) La principale d’entre elle constate qu’il y a souvent un écart entre les deux sens de la justice.
Parfois, nous avons l’impression que l’institution qui doit représenter la justice (la loi), en fait ne
respecte pas notre conception de la justice comme principe moral.
Exemple : Une loi ou une punition à l’école que l’on peut considérer comme injuste.
→ C’est le problème de l’injustice de la loi : Faut-il toujours obéir à la loi, même si on a
l’impression qu’elle est injuste, parce que sinon cela deviendrait le désordre ? Ou bien faut-il
désobéir aux lois injustes pour faire advenir la justice et changer les lois ?
2) Ce premier problème peut conduire à se poser la question de l’origine de la justice.
L’être humain a-t-il un sens naturel et universel de la justice ? Avons-nous tous au fond de
nous, de façon innée (dès la naissance) la capacité à distinguer ce qui est juste et ce qui est injuste ?
(→ lien avec le cours sur la nature). On affirmerait alors qu’il existe un droit naturel.
Ou bien, au contraire, on peut estimer que l’être humain n’est pas naturellement juste, mais
qu’il a appris à obéir à une conception de la justice inventée par la société dans laquelle il vit. Les
règles de justice seraient alors des conventions (inventions), variables d’une société à l’autre. Il n’y
aurait aucun principe universel de justice, aucun droit naturel, mais seulement différents systèmes
de droit positif.
Les deux principaux problèmes peuvent s’appliquer dans des domaines différents, et donner
lieu à des problèmes secondaires. On peut distinguer deux domaines importants.
3) Le domaine de la justice rétributive ou pénale (la détermination de la juste sanction pour punir
la transgression d’une loi).
Comment savoir quelle peine serait la plus juste face à un crime ou un délit ? Et là encore,
quel critère prendre en compte ? La gravité de la faute, les conséquences sur la victime, les
intentions du coupable ?
Et dans quel but punit-on ? Pour satisfaire la victime ? Pour protéger la société ? Pour
améliorer le comportement futur du coupable ?
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4) Le domaine de la justice distributive (la répartition des ressources, des richesses et des
récompenses dans une société). (voir cours fait en classe)
Comment peut-on répartir de façon juste les richesses dans une société ? Et quels critères
doit-on prendre en compte pour déterminer un revenu juste ? Faut-il donner plus à celui qui travaille
plus, ou à celui qui mérite plus ? Mais comment mesurer le mérite de quelqu’un ? Faut-il au
contraire distribuer les revenus à égalité, quelles que soient les différences de contributions ?
Première partie : Droit positif et relativité de l’idée de justice (problèmes 1 et 2)
A. L’homme n’est pas naturellement juste.
Si les être humains étaient naturellement justes, et se comportaient bien avec les autres dès
la naissance, cela se saurait, et l’on n’aurait pas besoin de faire des règles et des lois, d’imaginer des
punitions pour ceux qui désobéissent. Nous savons que les hommes sont par nature égoïste et
violents, prêts à tout pour servir leurs intérêts. Le respect des autres et des règles de la vie en
collectivité doit s’apprendre, grâce à l’éducation ou à la peur de la punition.
C’est cette vision de la nature humaine que décrit le philosophe anglais Thomas Hobbes
dans le Léviathan (1651). Dans ce qu’il appelle l’état de nature, si on regarde dans le fond de
l’âme humaine, « l’homme est un loup pour l’homme », dit-il. Il cherche à prendre avantage sur les
autres, par la ruse ou par la force, pour satisfaire ses désirs. Dès lors, si on laissait les humains libres
de faire ce qu’ils veulent, cela finirait mal : ce serait « la guerre de tous contre tous », et le plus fort
finirait par écraser les autres. C’est pourquoi, pour en finir avec la violence, l’instauration de lois
strictes et d’un Etat est indispensable. Il faut également un Souverain avec les pleins pouvoirs pour
punir sévèrement les entorses à la loi. Si quelqu’un commet un crime et est lourdement sanctionné,
cela produira un effet de dissuasion : les autres n’auront pas la tentation de l’imiter.
Le premier objectif d’un Etat n’est donc pas forcément d’instaurer la liberté ou l’égalité,
selon Hobbes, mais de garantir la sécurité de tous. Cette conception de la politique découle
logiquement de sa conception pessimiste de la nature humaine.
B. Les règles de justice sont des inventions propres à chaque société.
Si l’on part du principe que la nature humaine n’est pas dotée au départ de principes moraux
et de règles de justice, alors cela signifie que la justice est une invention de la société. Il n’existe pas
de justice dans l’état de nature. Le seule justice, pour Hobbes, c’est celle qu’un Etat crée par ses
lois. Pour Hobbes, seul le droit positif existe, le droit naturel n’existe pas (ou bien alors c’est
seulement le droit du plus fort). Un argument assez convaincant qui va dans le sens de Hobbes,
c’est le fait qu’il existe autant de systèmes législatifs différents que de sociétés. Dans chaque pays
nous trouvons des lois différentes. Un pays interdit ce qu’un autre autorise. Où est le rôle de la
nature humaine ici ? Nulle part : notre nature ne nous dit rien de ce qui est juste ou injuste. C’est
seulement la vie en société qui pousse les hommes à se mettre d’accord sur certaines règles, afin de
mieux vivre ensemble, d’éviter les conflits.
C. Il n’est donc pas concevable que l’on puisse désobéir aux lois au nom de la justice.
Si l’on suit la logique du Hobbes et du droit positif, que peut-on répondre à la question de la
désobéissance aux lois ? Pour Hobbes, puisque seul l’État peut décider par ses lois de ce qui est
juste, il ne peut pas être légitime de désobéir aux lois. Tout acte de désobéissance est une rébellion
qu’il faut punir. En désobéissant, l’individu se séparer de la société et de ses règles, il agit de façon
purement individuelle, même s’il le fait au nom d’un sentiment d’injustice. On ne peut donc pas le
permettre.
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Hobbes a une objection assez forte contre l’idée qu’on pourrait désobéir au nom d’un
sentiment d’injustice : Ce sentiment est subjectif, personnel. Un individu pense désobéir parce qu’il
trouve une loi injuste. Mais son voisin ne la trouve peut-être pas injuste, lui. Si chacun se met à
suivre sa morale personnelle, alors il n’y aura plus aucun accord, chacun n’en fera qu’à se tête, et ce
sera le désordre, le retour à la violence de l’État de nature. C’est pour cela que, pour Hobbes, on ne
peut justifier la désobéissance aux lois.
Deuxième partie : Droit naturel et sens universel de la justice (problèmes 1 et 2)
Pourtant, de nombreux exemples historiques ont montré qu’il est justifié voire important de
désobéir à certaines lois. Tout le monde semble d’accord aujourd’hui pour dire que les
révolutionnaires français ont eu raison de prendre les armes pour renverser la monarchie, ou que les
résistants ont eu raison de désobéir aux lois anti-juives pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ces
actes collectifs de désobéissance ne suggèrent-ils pas qu’il peut exister une justice universelle ? Et
serait-il de juger les lois à l’aune de ce principe universel de justice ?
A. Il existe des intuitions naturelles et des principes rationnelles concernant la justice et
l’injustice.
→ Les intuitions naturelles.
Le sentiment d’injustice n’est pas seulement subjectif et propre à chacun. Il est parfois
partagée par de nombreuses personne, car il s’appuie sur des valeurs morales que l’on peut
considérer comme naturelles et universelles. Par exemple, si vous frappez quelqu’un sans raison
devant un très jeune enfant, il va être choqué. Sans même avoir reçu d’éducation morale, il trouve
injuste que vous frappiez un innocent. De même, chez d’autres espèces animales, comme les grands
singes, on trouve l’expression de la colère face à un partage inégal de nourriture. Il semble donc que
nous ayons naturellement la capacité à distinguer ce qui est juste et ce qui est injuste.
Au XVIIIe siècle, de nombreux philosophes des Lumières ont défendu cette idée : il y en
chacun de nous une morale naturelle, des intuitions ou des instincts altruistes qui nous poussent à ne
pas faire de mal aux autres. Le philosophe français Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur
l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les Hommes (1755), appelle ce sentiment la pitié. Il
veut critiquer Hobbes et sa vision pessimiste de la nature humaine. Hobbes pense que par nature, les
être humains sont méchants et égoïstes. Rousseau lui objecte que par nature, l’Homme n’est ni bon
ni méchant. C’est seulement la société, avec ses règles économiques inégales et son esprit de
compétition et de recherche du pouvoir, qui rend les Hommes méchants. Hobbes confond l’Homme
tel qu’il est naturellement, et l’Homme tel qu’il est devenu dans la société. En réalité, on trouve
dans la nature humaine à la fois l’amour de soi – la recherche de la satisfaction de ses propres
intérêts, qui peut parfois devenir un égoïsme – et la pitié – la capacité à se mettre à la place de
l’autre, qui est l’origine de la morale et de la juste.
→ Les principes rationnels.
La justice est un sentiment, mais elle peut aussi s’exprimer sous une forme rationnelle et
objective. Presque mathématique. C’est le philosophe grec Aristote qui a été le premier à le
remarquer. Dans son Ethique à Nicomaque (Livre sur la morale dédié à son fils Nicomaque), il
remarque que l’égalité exprime un rapport entre deux valeurs. Deux valeurs morales : égalité entre
deux Hommes, mais aussi entre deux valeurs numériques : l’égalité comme symbole mathématique.
2 + 2 = 4.
Aristote cherche alors la formulation mathématique de la justice elle-même. On ne peut pas
dire qu’elle est une simple égalité entre deux termes. Exemple : Imaginons que Milan et Wissame
gagent tous les deux 2.000 euros par mois. Il y a égalité entre leurs deux salaires. Mais y a-t-il
justice ? Imaginons qu’en fait, Milan travaille 20h par semaine et Wissame 40h. Leur égalité de
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salaire devient injuste. Il faudrait plutôt qu’il y ait égalité entre 1. Le rapport entre le temps de
travail de Milan (A) et son salaire (B). Et 2. Le rapport entre le temps de travail de Wissame (C) et
son salaire (D).
La justice pourrait ainsi s’exprimer sous forme d’égalité entre deux fractions :
A = C
B D
On voit ici que, d’après Aristote, la justice n’est pas un sentiment subjectif qui pourrait
changer d’un individu à l’autre. On peut s’appuyer sur des règles objectives, parfois mathématiques
même, pour déterminer quelle situation est juste et quelle situation est injuste.
B. L’idée d’un droit naturel et universel s’appuie sur ces intuitions et ses principes.
Les deux idées que l’on vient de voir peuvent servir à défendre la thèse selon laquelle il doit
exister un ordre naturel de la justice : un ensemble de principes et de règles qui doivent être
universellement reconnues comme étant justes, car ils sont enracinés dans la humaine elle-même.
On appellerait cette justice universelle le droit naturel.
Il n’est certes pas facile de trouver ces principes universels de justice, puisque l’on constate
que dans chaque société, dans chaque pays, il existe des lois très différentes, des applications de la
justice très différentes. Le vol, la fraude fiscale ou encore l’adultère ne sont pas punis de la même
façon dans un pays ou dans un autre.
Toutefois, si l’on y regarde de plus près, il y a bien des actes ou des situations qui sont
partout perçues comme injustes et condamnées. Même l’adultère et le mensonge, qui ne sont pas
punis par la loi en France par exemple, sont au moins condamnés moralement.
Dans l’histoire, il y eut de nombreuses tentatives pour définir des règles de justice pouvant
s’appliquer à tout le monde, à tous les pays. La plus connue est sans doute la Déclaration des droits
de l’Homme et du Citoyen de 1789. Elle affirment, par exemple, l’égalité naturelle des tous les êtres
humains (article 1), ou encore la liberté de conscience et d’expression pour tous (article 10).
Certes, elle a été écrite par des révolutionnaires français. Et en la lisant, le philosophe
anglais Edmund Burke s’est exclamé avec sévérité : mais ce n’est pas la déclaration des droits de
l’Homme ! C’est juste la déclaration des droits de Français. Cependant, les formules de la
Déclaration de 1789 ont eu un tel succès qu’elles ont été reprises (avec des modifications) dans la
Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 qui sert aujourd’hui de référence dans le
monde entier pour juger si un pays traite ses citoyens de façon juste ou non.
C. On peut donc justifier la désobéissance aux lois au nom du droit naturel.
On pourrait bien sûr critiquer toutes ces déclarations, en chercher de meilleures, mais il reste
que la tentative pour élaborer une justice universelle, applicable à tous en vertu du fait que nous
partageons tous la même nature humaine, est une idée très forte.
En particulier, cette une idée très utile car elle permet de justifier le recours à la
désobéissance civile. C’est au nom des droits universels de l’humanité que les Français ont mis fin
aux privilèges de la noblesse en 1789, que de nombreux Résistants ont protégé des Juifs en 1940,
que les populations noires des Etats-Unis ont revendiqué l’égalité des droits dans les années 60.
L’idée de justice universelle peut donc servir de base pour justifier / légitimer des actes de
désobéissance, parfois même utilisant la violence, contre des lois d’un pays qui, elles, sont certes
légales, mais ne sont pas légitimes.
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Troisième partie : Réflexion sur la justice pénale (problème 3)
Comment réagir face à l’injustice ? Les lois sont là, en principe, pour punir les coupables et
ainsi rétablir la justice. Mais est-il toujours possible de réparer de façon équitable le mal commis ?
Quelles peines faut-il appliquer ? Et à quoi doivent-elles servir ?
La justice pénale est une branche de la philosophie politique qui explore ces questions.
A. De la vengeance à la punition.
On peut envisager deux manières de répondre au mal commis. Soit par la vengeance, soit
par la punition. (on pourrait en ajouter une 3e, le pardon, qu’on ne développera pas ici).
Dans les Principes de la philosophie du droit (1820), le philosophe allemand Hegel
distingue clairement la vengeance et la punition, et préfère nettement la punition mise en place par
des lois. Les différences qu’il formule entre les deux peuvent être résumées à l’aide du tableau
suivant :
Vengeance Punition
Qui applique la justice ? La victime se fait justice elle- Un tiers impartial (extérieur aux
même (elle est juge et partie) deux parties)
De quelle manière ? Souvent de façon De façon proportionnée : la
disproportionnée, ce qui punition doit être proportionnée
entraîne une escalade de la à la gravité de la faute
violence commise.
Avec quelle attitude ? Souvent à chaud, avec les Avec du recul, de façon
émotions – ce qui empêche réfléchie.
d’être objectif
Exemple : La loi du Talion : « œil pour œil, dent pour dent », relève-t-elle de la vengeance ou de
la punition ?
Elle est formulée dans le plus ancien texte de loi que nous connaissons : le Code
d’Hammurabi (Babylone, 1750 avant notre ère). C’est donc une loi qui établit une règle, et qui ne
dit pas qu’il faut simplement se venger. Malgré son côté abrupt, elle formule donc un principe pour
proportionner la punition à la faute commise.
Pour Hegel, le rôle de l’État et des lois est donc d’éviter le cercle vicieux de la vengeance.
La vengeance ne peut jamais mener à la justice, car elle finit toujours par produire des violences
bien plus graves que le mal commis au départ. La justice suppose au contraire une égalité. La
punition infligée au coupable est perçue comme étant égale au tort subi par la victime.
Mais ce n’est évidemment jamais facile à établir. Comment peut-on, par exemple, trouver un
équivalent en nombre d’années de prison à un meurtre commis ? La loi du Talion exigerait un
meurtre contre un meurtre. C’est facile à appliquer, mais est-ce efficace ? Nos systèmes pénaux
modernes trouvent des équivalents (prison, amende). Sont-ils toujours adaptés ?
Pour répondre à ces questions, il faut s’interroger plus largement sur les objectifs d’une
punition. Pourquoi punit-on ?
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B. Les différentes fonctions de la punition.
Avant de se demander s’il est préférable de mettre un meurtrier en prison, de le bannir d’un
pays, de le rééduquer ou carrément de le condamner à mort, il faut s’interroger sur le but de la
punition. Que cherche-t-on à faire quand on punit quelqu’un ?
On peut distinguer 5 fonctions principales de la punition :
1) Éduquer. Si l’on pense aux punitions que les adultes infligent aux enfants qui font des bêtises,
on peut d’abord penser que la punition a pour fonction d’éduquer pour que la personne qui a mal agi
devienne quelqu’un de meilleur.
Pour éduquer un enfant ou rééduquer un adulte, il faut des types de punition adaptée. Par
exemple des travaux qui les invitent à réfléchir à ce qu’ils ont fait, ou qui leur apprennent le bon
comportement, ou les réinsère dans la vie sociale (Travaux d’intérêt généraux pour les adultes, par
exemple).
2) Réparer. Un objectif tout simple d’une punition utile et intelligente peut être de réparer la faute
commise. Cela fonctionne bien pour les bêtises des enfants. Si un enfant casse le jouet d’un autre, il
peut le réparer ou bien économiser son argent de poche pour lui en racheter un. Malheureusement, il
y a de nombreux crimes qui ne sont pas réparables, comme le viol ou le meurtre.
Ces deux fonctions de la punition, éduquer et réparer, semblent intelligents et bienveillants à
la fois, mais ils ne peuvent pas être efficace dans toutes les circonstances. Il faut donc considérer
d’autres objectifs de la punition.
3) Reconnaître la victime. Cela n’a l’air de rien, mais en réalité, punir un coupable est crucial pour
la victime. Parfois, même s’il n’y a pas de prison ou d’amende (par exemple si le coupable est
mort), le simple fait que la justice se prononce et déclare officiellement que la victime a subi un tort
grave, permet à la victime de se sentir reconnue, légitime et peut-être un peu soulagée. La punition
peut donc aussi jouer ce rôle : même si on se dit qu’elle ne va pas éduquer le coupable ou réparer le
tort, elle sert au moins à dire à la victime : celui qui vous a fait du mal est puni !
Les fonctions 1 et 2 se placent du point de vue du coupable. C’est lui qu’on vise dans la
punition. La fonction 3 se place du point de vue de la victime. Mais c’est aussi la société qui punit
et qui donc s’intéresse à la punition. La société peut viser deux objectifs lorsqu’elle punit :
4) Dissuader. En punissant publiquement le coupable, on avertit clairement tous ceux qui seraient
tentés de faire comme lui : voilà ce qui vous arrivera, si vous commettez la même faute. Cet objectif
incite toutefois à des punitions peut-être légèrement disproportionnée, car il s’agit d’impressionner.
D’où les pendaisons en place publique il y a quelques siècles, par exemple.
5) Protéger. Enfin, punir un coupable en l’empêchant de nuire à l’avenir permet de protéger la
société et les gens, si le coupable est dangereux et s’il est susceptible de recommencer. Cette
fonction là justifie par exemple la prison ou la peine de mort. On ne cherche pas forcément à
éduquer le coupable ou réparer quoi que ce soit, simplement on empêche le coupable de récidiver.
→ Parmi ces différentes fonctions, lesquelles vous semblent les plus importantes ?
Notez que la punition idéale serait sans doute celle qui serait capable d’accomplir toutes ces
fonctions en même temps. La peine de mort est sans doute efficace pour protéger la société à
l’avenir, mais elle renonce à éduquer le coupable. A l’inverse, une simple leçon de morale adressée
à un meurtrier semble très risquée.
La prison à elle seule – qui est le mode de punition le plus répandu dans le monde pour les
fautes graves (sinon ce sont les amendes) peut sans doute protéger, mais elle éduque très mal.
Souvent les prisonniers ressortent de prison pire encore qu’ils n’y sont entrés.
Mais un système de prison doté de moyens efficaces pour rééduquer ou réinsérer serait sans
doute intéressant. On peut aussi imaginer des alternatives à la prison.
Et vous ? Quel serait votre système pénal idéal ?