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SF INBOX 305 Dc7186 1g3 Final

Le document présente le descriptif du bac pour les élèves de 1eG3 au lycée Jean Moulin de Torcy, incluant une liste d'œuvres littéraires à choisir pour l'entretien et les points de grammaire abordés. Il détaille également les séquences d'étude, notamment sur la poésie, la littérature d'idées, le roman, et le théâtre, avec des textes spécifiques à analyser. Enfin, il met en avant des thèmes d'émancipation et d'égalité à travers des œuvres d'auteurs comme Rimbaud, Olympe de Gouges et Musset.

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Descriptif bac élève 1eG3, lycée Jean Moulin tory

Liste des oeuvres que les élèves peuvent choisir pour l’entretien :
 Cahiers de Douai, Rimbaud
 Les Fleurs du Mal, Baudelaire
 La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de gouges
 La tresse, Laetitia Colombani
 Ourika, Claire de Duras
 Nous sommes tous de féministes, ChimamandaNGOZi
 La peau de chagrin, Balzac
 Le portrait de Dorian Gray ; Oscar Wilde
 Le parfum, Patrick Suskind
 Ravages, Barjavel
 On ne badine pas avec l’amour Musset
 Cyrano de Bergerac Edmond Rostand
 Les Fausses Confidences Marivaux

Points de grammaire abordés dans l’année :


- Les propositions subordonnées circonstancielles
- La négation
- L’interrogation

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Objet d’étude : La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Séquence 1: « Cahiers de Douai« en œuvre complète

Textes bac en lecture analytique :

1) « Les Effarés » texte bac 1


2) « Le dormeur du Val texte bac 2
3) « Ma Bohème » texte bac 3

Séquence 2: Parcours « émancipations créatrices »

4) Extrait de « Un Matin » Emile Verhaeren texte bac 4 :

Lecture cursive : « Les Fleurs du Mal » Baudelaire.

Objet d’étude :La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

Séquence 3 : La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne


d’Olympe de Gouges.

Textes bac en lecture analytique :

5) L’adresse aux hommes texte bac 5


6) Le préambule, texte bac 6
7) Extrait du postambule , texte bac 7

Lecture cursive : « La tresse » de Colombani

 Ou Ourika, de Claire de Duras et Nous sommes tous de féministes, ChimamandaNGOZi

Séquence 4 :Parcours « Ecrire et combattre pour l’égalité »

8) « Marceline, la cause des femmes», extrait du Mariage de Figaro, Beaumarchais, txt bac 8

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Objet d’étude : Le roman du Moyen age au XXIeme siècle.

Séquence 5 : « La peau de chagrin » de Balzac

9) Le portrait de Raphael, txt bac 9


10) Raphael scelle le pacte, texte bac 10
11) L’agonie de Raphaël,, texte bac 11

Séquence 6 : parcours « création et destruction »


«
12) Extrait du « portrait ovale » d’Edgard Allan Poe, texte bac 12

Lecture cursive : « Le portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde

ou « Ravages » de Barjavel

ou « Le parfum », deSuskind

Objet d’étude : Le théâtre

Séquence 7: « On ne badine pas avec l’amour, Musset.


«
13) La scène d’exposition, maitre Blazius et Dame Pluche, txt bac 13
14) Acte II scène 5, fin de la scène « tous les homms sont… » txt bac 14
15) Acte III scène 3, « Je t’aime Rosette », txt bac 15

Séquence 8 Parcours « Les jeux de l’amour et de la parole »

16) « Cyrano de Bergerac », acte III scène 7 txt bac 16


17)

Lecture cursive : « Les Fausses Confidences » Marivaux

ou « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Séquence 1 : les cahiers de Douai de Rimbaud

Texte bac 1 : Les effarés

Noirs dans la neige et dans la brume,


Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits, -misère!-


Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond…

Ils voient le fort bras blanc qui tourne


La pâte grise, et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.


Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge


Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Et quand, pendant que minuit sonne,


Façonné, pétillant et jaune,
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées


Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Quand ce trou chaud souffle la vie;


Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,


Les pauvres petits pleins de givre,
-Qu’ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses


Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous,

Mais bien bas, -comme une prière…


Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,

-Si fort, qu’ils crèvent leur culotte


-Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d’hiver… Rimbaud, Cahiers de Douai, 1870

Séquence 1 : les cahiers de Douai de Rimbaud

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Texte bac 2 : Le Dormeur du val
Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, 1870

C’est un trou de verdure où chante une rivière


Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,


Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue1,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls2, il dort. Souriant comme


Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;


Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, 1870

1 façon poétique de désigner le ciel. 2nom masculin Plante à feuilles en forme de


glaive, à grandes fleurs décoratives ; ces fleurs.

Séquence 1 : les cahiers de Douai de Rimbaud

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Texte bac 3: Ma Bohème

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;


Mon paletot1 aussi devenait idéal2 ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal3 ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.


– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais4 dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,


Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,


Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai (1870)

1 manteau 2 jeu de mot, « de l’ordre de l’idée’ » car il disparait, très abîmé, mais
aussi idéal = parfait
3 adjectif et nom masculin 1 VIEUX Fidèle à la foi jurée. Loyall 2 LITTÉRAIR Partisan, ami dévoué.
4 semer des grains

Séquence 2, parcours : émancipations créatrices

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Texte bac n 4 : Un matin

Dès le matin, par mes grand’routes coutumières


Qui traversent champs et vergers,
Je suis parti clair et léger,
Le corps enveloppé de vent et de lumière.

Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ;


C’est fête et joie en ma poitrine ;
Que m’importent droits et doctrines,
Le caillou sonne et luit sous mes talons poudreux ;

Je marche avec l’orgueil d’aimer l’air et la terre,


D’être immense et d’être fou
Et de mêler le monde et tout
A cet enivrement de vie élémentaire.

Oh ! les pas voyageurs et clairs des anciens dieux !


Je m’enfouis dans l’herbe sombre
Où les chênes versent leurs ombres
Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu.

Les bras fluides et doux des rivières m’accueillent ;


Je me repose et je repars,
Avec mon guide : le hasard,
Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles.

[…]

Emile Verhaeren, Les forces tumultueuses, 1902

Séquence 3 : La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en oeuvre complète

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne,
, l’adresse aux hommes, texte bac 5

Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras
pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta
force ? Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa
grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l’oses, l’exemple de cet
empire tyrannique.

Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup d’œil sur
toutes les modifications de la matière organisée ; et rends-toi à l’évidence quand je t’en offre
les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu peux, les sexes dans l’administration de la
nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux
à ce chef-d’œuvre immortel.

L’homme seul s’est fagoté1 un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé 2 de
sciences et dégénéré3, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l’ignorance la plus crasse,
il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il
prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l’égalité, pour ne rien dire de plus.

Olympe de Gouges, 1791

1 s’est forgé en hâte, a maladroitement conçu

2 enflé, bouffi, au fig « vide »

3 qui a perdu les qualités de sa race ou de son espèce

Séquence 3 : La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en oeuvre complète

Texte bac n-6

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Séquence 3: La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en oeuvre complète

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Texte bac n -7--------------------------

La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne,


, Début du Postambule

Femme, réveille-toi ! Le tocsin1 de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais
tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme 2, de
superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et
de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes
pour briser ses fers3. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes !
Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez
recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles
de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes 4. Votre empire est détruit ;
que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre
patrimoine fondée sur les sages décrets de la nature ! Qu’auriez-vous à redouter pour une si
belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana 5 ? Craignez-vous que nos
Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la
politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : « Femmes, qu’y a-t-il de commun
entre vous et nous ? » — Tout, auriez-vous à répondre. S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse,
à mettre cette inconséquence6 en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement
la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards 7
de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces
orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les
trésors de l’Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre
pouvoir de les affranchir8 ; vous n’avez qu’à le vouloir.

Olympe de Gouges, 1791

1 sonnerie de cloche qui sert à donner l’alarme (en cas de guerre notamment)
2attachement passionné à une doctrine (souvent religieuse) ou à une cause qui conduit à l’intolérance
et à la violence.
3 Les femmes ont en effet participé activement, aux côtés des hommes, aux journées révolutionnaires.
4 Elle fait ici référence à ce qu’elle nommera plus loin « l’administration nocturne des femmes », c'est-
à-dire leur pouvoir de séduction , qui leur a permis, sous l’Ancien Régime, de jouir d’avantages
financiers et parfois d’une certaine influence politique.
5 allusion à un épisode biblique. « le législateur des noces de Cana » est une périphrase désignant
Jésus qui aurait répondu à sa mère qui lui signalait lors d’une noce le manque de vin : «Qu’avons-nous
de commun dans cette affaire ? »
6 Manque de logique. Ici c’est le refus de l’égalité homme/femme
7 enseigne servant de signe de ralliement, notamment à des régiments militaires
8 au sens de « franchir » ;

Séquence 4: parcours écrire et combattre pour l’égalité

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Texte bac n -8 : la révolte de Marceline

En 1784,.se joue enfin après trois ans de censure Le Mariage de Figaro. Cette
comédie raconte les péripéties qui entravent le mariage du valet Figaro, qui fut un
enfant bâtard abandonné. Il va apprendre qu’il est en fait le fils de Bartholo, un
bourgeois, et de Marceline, une femme que Bartholo a abandonnée enceinte. Ici
Bartholo critique Marceline, qui se révolte sur la condition des femmes.

BARTHOLO. - Des fautes si connues ! une jeunesse déplorable.


MARCELINE, s'échauffant par degrés. - Oui, déplorable, et plus qu'on ne croit ! Je
n'entends pas nier mes fautes ; ce jour les a trop bien prouvées ! mais qu'il est dur de
les expier1 après trente ans d'une vie modeste ! J'étais née, moi, pour être sage, et je la
suis devenue sitôt qu'on m'a permis d'user de ma raison. Mais dans l'âge des
illusions, de l'inexpérience et des besoins, où les séducteurs nous assiègent pendant
que la misère nous poignarde, que peut opposer une enfant à tant d'ennemis
rassemblés ? Tel nous juge ici sévèrement, qui, peut-être, en sa vie a perdu dix infortunées !
FIGARO. Les plus coupables sont les moins généreux 2; c'est la règle.
MARCELINE, vivement. - Hommes plus qu'ingrats, qui flétrissez par le mépris les
jouets de vos passions, vos victimes ! C'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre
jeunesse ; vous et vos magistrats, si vains 3 du droit de nous juger, et qui nous laissent
enlever, par leur coupable négligence, tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul
état pour les malheureuses filles4 ? Elles avaient un droit naturel à toute la parure des
femmes : on y laisse former mille ouvriers de l'autre sexe5.
FIGARO, en colère. - Ils font broder jusqu'aux soldats !
MARCELINE, exaltée. - Dans les rangs même plus élevés, les femmes n'obtiennent de
vous qu'une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents, dans une
servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes! Ah ! sous
tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur ou pitié !
FIGARO. - Elle a raison !
LE COMTE, à part. Que trop raison !
BRID'OISON4. - Elle a, mon-on Dieu, raison !

Le Mariage de Figaro, Beaumarchais, ACTE III, scène 16, jouée pour la première fois en 1784.

1 réparer une faute 2 qui a le sens de l’honneur 3 fiers à tort 4 Les filles n’ont pas de métier pour gagner de l’argent.
5 on laisse mille hommes occuper ces métiers dans „la parure des femme, privant ainsi des ouvrières de ce moyen de
subsistance. 4 Brid’oison est juge de profession

Séquence 5 : « La peau de chagrin en oeuvre complète »

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Texte bac 9 : le portrait de Raphaël

Au premier coup d’œil les joueurs lurent sur le visage du novice 1 quelque horrible mystère :
ses jeunes traits étaient empreints d’une grâce nébuleuse, son regard attestait des efforts trahis,
mille espérances trompées ! La morne impassibilité du suicide donnait à son front une pâleur
mate et maladive, un sourire amer 2 dessinait de légers plis dans les coins de sa bouche, et sa
physionomie exprimait une résignation qui faisait mal à voir. Quelque secret génie scintillait
au fond de ses yeux, voilés peut-être par les fatigues du plaisir. Était-ce la débauche qui
marquait de son sale cachet cette noble figure jadis pure et brûlante, maintenant dégradée ?
Les médecins auraient sans doute attribué à des lésions au cœur ou à la poitrine le cercle jaune
qui encadrait les paupières, et la rougeur qui marquait les joues, tandis que les poètes eussent
voulu reconnaître à ces signes les ravages de la science, les traces de nuits passées à la lueur
d’une lampe studieuse. Mais une passion plus mortelle que la maladie, une maladie plus
impitoyable que l’étude et le génie, altéraient cette jeune tête, contractaient ces muscles
vivaces, tordaient ce cœur qu’avaient seulement effleuré les orgies, l’étude et la maladie.
Comme, lorsqu’un célèbre criminel arrive au bagne, les condamnés l’accueillent avec respect,
ainsi tous ces démons humains, experts en tortures, saluèrent une douleur inouïe, une blessure
profonde que sondait leur regard, et reconnurent un de leurs princes à la majesté de sa muette
ironie, à l’élégante misère de ses vêtements. […]. Ses mains, jolies comme des mains de
femme, étaient d’une douteuse propreté ; enfin depuis deux jours il ne portait plus de gants ! Si
le tailleur et les garçons de salle eux-mêmes frissonnèrent, c’est que les enchantements de
l’innocence florissaient par vestiges dans ses formes grêles et fines, dans ses cheveux blonds et
rares, naturellement bouclés.

La peau de chagrin, Balzac, 1831

1 Personne qui aborde une chose dont elle n'a aucune habitude. ➙ apprenti, débutant

2 au figuré Qui engendre, marque l'amertume. ➙ douloureux, pénible, triste. Une amère
déception.

Séquence 5 : « La peau de chagrin » de Balzac en œuvre complète.


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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Raphael scelle le pacte, texte bac n. 10

« Ceci, dit-il d’une voix éclatante en montrant la Peau de chagrin, est le pouvoir et le vouloir
réunis. Là sont vos idées sociales, vos désirs excessifs, vos intempérances, vos joies qui tuent,
vos douleurs qui font trop vivre ; car le mal n’est peut-être qu’un violent plaisir. Qui pourrait
déterminer le point où la volupté devient un mal et celui où le mal est encore la volupté ? Les
plus vives lumières du monde idéal ne caressent-elles pas la vue, tandis que les plus douces
ténèbres du monde physique la blessent toujours ; le mot de Sagesse ne vient-il pas de savoir ?
et qu’est-ce que la folie, sinon l’excès d’un vouloir ou d’un pouvoir ?

_ Eh ! bien, oui, je veux vivre avec excès, dit l’inconnu en saisissant la Peau de chagrin.

— Jeune homme, prenez garde, s’écria le vieillard avec une incroyable vivacité.

— J’avais résolu ma vie par l’étude et par la pensée ; mais elles ne m’ont même pas nourri,
répliqua l’inconnu. Je ne veux être la dupe ni d’une prédication digne de Swedenborg 1, ni de
votre amulette orientale, ni des charitables efforts que vous faites, monsieur, pour me retenir
dans un monde où mon existence est désormais impossible. Voyons ! ajouta-t-il en serrant le
talisman d’une main convulsive et regardant le vieillard. Je veux un dîner royalement
splendide, quelque bacchanale2 digne du siècle où tout s’est, dit-on, perfectionné ! Que mes
convives soient jeunes, spirituels et sans préjugés, joyeux jusqu’à la folie ! Que les vins se
succèdent toujours plus incisifs, plus pétillants, et soient de force à nous enivrer pour trois
jours ! Que la nuit soit parée de femmes ardentes ! Je veux que la Débauche en délire et
rugissante nous emporte dans son char à quatre chevaux, par-delà les bornes du monde, pour
nous verser sur des plages inconnues : que les âmes montent dans les cieux ou se plongent
dans la boue, je ne sais si alors elles s’élèvent ou s’abaissent ; peu m’importe ! Donc je
commande à ce pouvoir sinistre de me fondre toutes les joies dans une joie. Oui, j’ai besoin
d’embrasser les plaisirs du ciel et de la terre dans une dernière étreinte pour en mourir.

Balzac, La peau de chagrin, 1831

11 Swedenborg est un scientifique et théologien suédois, célèbre pour ses visions mystiques.
2 orgie

, Séquence 5 : « La peau de chagrin » de Balzac en œuvre complète.

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
L’agonie de Raphaël, texte bac n.11

« La jeune fille crut Valentin devenu fou, elle prit le talisman, et alla chercher la lampe.
Éclairée par la lueur vacillante qui se projetait également sur Raphaël et sur le talisman, elle
examina très-attentivement et le visage de son amant et la dernière parcelle de la Peau
magique. En la voyant belle de terreur et d’amour, il ne fut plus maître de sa pensée : les
souvenirs des scènes caressantes et des joies délirantes de sa passion triomphèrent dans son
âme depuis longtemps endormie, et s’y réveillèrent comme un foyer mal éteint.

— Pauline, viens ! Pauline !

Un cri terrible sortit du gosier de la jeune fille, ses yeux se dilatèrent, ses sourcils violemment
tirés par une douleur inouïe, s’écartèrent avec horreur, elle lisait dans les yeux de Raphaël un
de ces désirs furieux, jadis sa gloire à elle ; et à mesure que grandissait ce désir, la Peau en se
contractant, lui chatouillait la main. Sans réfléchir, elle s’enfuit dans le salon voisin dont elle
ferma la porte.

— Pauline ! Pauline ! cria le moribond en courant après elle, je t’aime, je t’adore, je te veux !
Je te maudis, si tu ne m’ouvres ! Je veux mourir à toi !

Par une force singulière, dernier éclat de vie, il jeta la porte à terre, et vit sa maîtresse à demi
nue se roulant sur un canapé. Pauline avait tenté vainement de se déchirer le sein, et pour se
donner une prompte mort, elle cherchait à s’étrangler avec son châle. — Si je meurs, il vivra,
disait-elle en tâchant vainement de serrer le nœud. Ses cheveux étaient épars, ses épaules nues,
ses vêtements en désordre, et dans cette lutte avec la mort, les yeux en pleurs, le visage
enflammé, se tordant sous un horrible désespoir, elle présentait à Raphaël, ivre d’amour, mille
beautés qui augmentèrent son délire ; il se jeta sur elle avec la légèreté d’un oiseau de proie,
brisa le châle, et voulut la prendre dans ses bras. «

Balzac, La peau de chagrin, 1831

Séquence 6 : « romans de l’énergie, création et destruction

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
« Le portrait ovale », partie 2, texte bac n°12

Cette courte nouvelle est racontée par un jeune homme qui, blessé, se réfugie dans un château
abandonné pour y passer la nuit. Il y découvre un mystérieux tableau qui le subjugue par son
intensité . La jeune femme qu’il représente semble prendre vie à la lueur des bougies. Le
narrateur trouve alors une lettre qui raconte l’histoire du tableau et de son modèle.

« C’était une jeune fille d’une très rare beauté, et qui n’était pas moins aimable que pleine de
gaieté. Et maudite fut l’heure où elle vit, et aima, et épousa le peintre.[…]. Ce fut une terrible
chose pour cette dame que d’entendre le peintre parler du désir de peindre sa jeune épouse.
Mais elle était humble et obéissante, et elle s’assit avec douceur pendant de longues semaines
dans la sombre et haute chambre de la tour, où la lumière filtrait sur la pâle toile seulement par
le plafond. Mais lui, le peintre, mettait sa gloire dans son œuvre, qui avançait d’heure en heure
et de jour en jour. — Et c’était un homme passionné, et étrange, et pensif, qui se perdait en
rêveries ; si bien qu’il ne voulait pas voir que la lumière qui tombait si lugubrement dans cette
tour isolée desséchait la santé et les esprits de sa femme, qui languissait visiblement pour tout
le monde, excepté pour lui.. Cependant, elle souriait toujours, et toujours sans se plaindre,
parce qu’elle voyait que le peintre (qui avait un grand renom) prenait un plaisir vif et brûlant
dans sa tâche, et travaillait nuit et jour pour peindre celle qui l’aimait si fort, mais qui devenait
de jour en jour plus languissante et plus faible. Et, en vérité, ceux qui contemplaient le portrait
parlaient à voix basse de sa ressemblance, comme d’une puissante merveille et comme d’une
preuve non moins grande de la puissance du peintre que de son profond amour pour celle qu’il
peignait si miraculeusement bien. — Mais, à la longue, comme la besogne approchait de sa
fin, personne ne fut plus admis dans la tour ; car le peintre était devenu fou par l’ardeur de son
travail, et il détournait rarement ses yeux de la toile, même pour regarder la figure de sa
femme. Et il ne voulait pas voir que les couleurs qu’il étalait sur la toile étaient tirées des joues
de celle qui était assise près de lui. Et, quand bien des semaines furent passées et qu’il ne
restait plus que peu de chose à faire, rien qu’une touche sur la bouche et un glacis sur l’œil,
l’esprit de la dame palpita encore comme la flamme dans le bec d’une lampe. Et alors la
touche fut donnée, et alors le glacis fut placé ; et pendant un moment le peintre se tint en
extase devant le travail qu’il avait travaillé ; mais, une minute après, comme il contemplait
encore, il trembla, et il fut frappé d’effroi ; et, criant d’une voix éclatante : « En vérité, c’est la
Vie elle-même ! » il se retourna brusquement pour regarder sa bien-aimée : — elle était
morte ! »

Edgar Allan Poe, dans « Nouvelles Histoires Extraordinaires » , Le Portrait Ovale.1842,


traduction de Baudelaire

Séquence 7 : « On ne badine pas avec l’amour »

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
ACTE PREMIER SCENE PREMIERE, texte bac 13
Une place devant le château.
MAITRE BLAZIUS, DAME PLUCHE, LE CHOEUR

LE CHOEUR
Doucement bercé sur sa mule fringante, maître Blazius s'avance dans les bluets fleuris, vêtu de
neuf, l'écritoire au côté. Comme un poupon sur l'oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi[…]

MAITRE BLAZIUS
Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d'importance m'apportent ici premièrement un verre
de vin frais.

LE CHOEUR
Voilà notre plus grande écuelle ; buvez, maître Blazius ; le vin est bon ; vous parlerez après.

MAITRE BLAZIUS
Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient d'atteindre à sa
majorité, et qu'il est reçu docteur à Paris. Il revient aujourd'hui même au château, la bouche toute
pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu'on ne sait que lui répondre les trois quarts du
temps. Toute sa gracieuse personne est un livre d'or ; il ne voit pas un brin d'herbe à terre, qu'il ne
vous dise comment cela s'appelle en latin ; et quand il fait du vent ou qu'il pleut, il vous dit tout
clairement pourquoi. Vous ouvririez des yeux grands comme la porte que voilà, de le voir dérouler
un des parchemins qu'il a coloriés d'encres de toutes couleurs, de ses propres mains et sans rien en
dire à personne. Enfin c'est un diamant fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens annoncer à M.
le baron. Vous sentez que cela me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur depuis l'âge
de quatre ans […]

Il sort

LE CHOEUR
Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline ; son écuyer transi gourdine à
tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tête, un chardon entre les dents. Ses longues jambes
maigres trépignent de colère[…]

DAME PLUCHE
Un verre d'eau, canaille que vous êtes ! un verre d'eau et un peu de vinaigre !

LE CHOEUR
D'où venez-vous, Pluche, ma mie ? […]

DAME PLUCHE
Sachez, manants, que la belle Camille, la nièce de votre maître, arrive aujourd'hui au château. Elle a
quitté le couvent sur l'ordre exprès de monseigneur, pour venir en son temps et lieu recueillir,
comme faire se doit, le bon bien qu'elle a de sa mère. Son éducation, Dieu merci, est terminée ; et
ceux qui la verront auront la joie de respirer une glorieuse fleur de sagesse et de dévotion. Jamais il
n'y a rien eu de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe que cette chère nonnain, que le
Seigneur Dieu du ciel la conduise ! Ainsi soit-il.

Extrait de : On ne Badine pas avec l’Amour - Alfred de Musset

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Séquence 7 : « On ne badine pas avec l’amour

ACTE DEUXIEME, txt bac14


SCENE V

EXTRAIT (fin de la scène)

[...]

PERDICAN
Sais-tu ce que c'est que des nonnes 1, malheureuse fille ? Elles qui te représentent l'amour des
hommes comme un mensonge, savent-elles qu'il y a pis encore, le mensonge de l'amour
divin ? Savent-elles que c'est un crime qu'elles font, de venir chuchoter à une vierge des
paroles de femme ? Ah ! comme elles t'ont fait la leçon ! Comme j'avais prévu tout cela quand
tu t'ès arrêtée devant le portrait de notre vieille tante ! Tu voulais partir sans me serrer la
main ; tu ne voulais revoir ni ce bois, ni cette pauvre petite fontaine qui nous regarde tout en
larmes ; tu reniais les jours de ton enfance ; et le masque de plâtre que les nonnes t'ont plaqué
sur les joues me refusait un baiser de frère ; mais ton coeur a battu ; il a oublié sa leçon, lui qui
ne sait pas lire, et tu es revenue t'asseoir sur l'herbe où nous voilà. Eh bien ! Camille, ces
femmes ont bien parlé ; elles t'ont mise dans le vrai chemin ; il pourra m'en coûter le bonheur
de ma vie ; mais dis-leur cela de ma part : le ciel n'est pas pour elles.

CAMILLE
Ni pour moi, n'est-ce pas ?

PERDICAN
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont
empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants,
faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes
sont perfides, artificieuses2, vaniteuses3, curieuses et dépravées4 ; le monde n'est qu'un égout
sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de
fange 5; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si
imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent
malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour
regarder en arrière ; et on se dit : “ J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais
j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice 6 créé par mon orgueil et mon
ennui. ”

Il sort.

On ne Badine pas avec l’Amour - Alfred de Musset, 1834

1. 1 religieuses 2 Usant de tromperie, hypocrite. 3 prétentieuse, suffisante 4 corrompue, qui


n’est pas pur 5 boue 6 qui n’est pas d’origine naturelle, qui imite quelque chose de vrai

Séquence 7 : « on ne badine pas avec l’amour »


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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
, On ne badine pas avec l'amour, Acte III, scène 3, texte bac n 15
Promis au mariage, Perdican et Camille se retrouvent à la fin de leurs études. Le jeune
homme avoue à Camille qu'il est amoureux d'elle. Par orgueil, mais aussi par peur que
l'amour ne la fasse souffrir, Camille repousse froidement Perdican. Elle se vante, dans une
lettre adressée à l'une des religieuses du couvent où elle a été élevée, d'avoir blessé Perdican.
Or ce dernier intercepte la lettre et écrit aussitôt un billet à Camille, dans lequel il la convie à
un rendez-vous. Il y vient avec Rosette, une paysanne, Camille se cache et entend leur
conversation.

[...]

PERDICAN, à haute voix, de manière que Camille l'entende.

Je t'aime, Rosette ! toi seule au monde tu n'as rien oublié de nos beaux jours passés ; toi seule
tu te souviens de la vie qui n'est plus ; prends ta part de ma vie nouvelle ; donne-moi ton cœur,
chère enfant ; voilà le gage de notre amour.

Il lui pose sa chaîne sur le cou.

ROSETTE.

Vous me donnez votre chaîne d'or ?

PERDICAN.

Regarde à présent cette bague. Lève-toi, et approchons-nous de cette fontaine. Nous vois-tu
tous les deux, dans la source, appuyés l'un sur l'autre ? Vois-tu tes beaux yeux près des miens,
ta main dans la mienne ? Regarde tout cela s'effacer. (Il jette sa bague dans l'eau.) Regarde
comme notre image a disparu ; la voilà qui revient peu à peu ; l'eau qui s'était troublée reprend
son équilibre ; elle tremble encore ; de grands cercles noirs courent à sa surface ; patience,
nous reparaissons ; déjà je distingue de nouveau tes bras enlacés dans les miens ; encore une
minute, et il n'y aura plus une ride sur ton joli visage ; regarde! c' était une bague que m'avait
donnée Camille.

CAMILLE, à part.

Il a jeté ma bague dans l'eau.

PERDICAN.

Sais-tu ce que c'est que l'amour Rosette ? Écoute ! le vent se tait ; la pluie du matin roule en
perles sur les feuilles séchées que le soleil ranime. Par la lumière du ciel, par le soleil que
voilà, je t'aime ! tu veux bien de moi, n'est-ce pas ? On n'a pas flétri ta jeunesse ? On n'a pas
infiltré dans ton sang vermeil les restes d'un sang affadi ? Tu ne veux pas te faire religieuse ; te
voilà jeune et belle dans les bras d'un jeune homme. Ô Rosette, Rosette ! sais-tu ce que c'est
que l'amour ?

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
ROSETTE.

Hélas ! monsieur le docteur, je vous aimerai comme je pourrai.

PERDICAN.

Oui, comme tu pourras ; et tu m'aimeras mieux, tout docteur que je suis et toute paysanne que
tu es, que ces pâles statues fabriquées par les nonnes1, qui ont la tête à la place du cœur, et qui
sortent des cloîtres2 pour venir répandre dans la vie l'atmosphère humide de leurs cellules ; tu
ne sais rien ; tu ne lirais pas dans un livre la prière que ta mère t'apprend, comme elle l'a
apprise de sa mère ; tu ne comprends même pas le sens des paroles que tu répètes, quand tu
t'agenouilles au pied de ton lit ; mais tu comprends bien que tu pries, et c'est tout ce qu'il faut à
Dieu.

ROSETTE.

Comme vous me parlez, monseigneur !

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, acte III, scène 3, 1834.

1 religieuse 2 lieu où vivent les religieuses

Séquence 8 : parcours « les jeux de l’amour et de la parole »

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy
Acte III scène 7, texte bac 16
Cyrano est amoureux de sa cousine Roxane mais il est très laid et n’ose donc pas le lui dire. Christian
lui est très beau mais n’a pas d’esprit. Cyrano lui propose de parler à sa place en se faisant passer
pour lui. Ici il fait donc croire à Roxane qui est à son balcon de nuit qu’il est Christian, cela lui permet
de déclarer son amour.

CYRANO
Certes, ce sentiment
Qui m’envahit, terrible et jaloux, c’est vraiment
De l’amour, il en a toute la fureur triste !
De l’amour, – et pourtant il n’est pas égoïste !
Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n’en savoir jamais rien,
S’il se pouvait, parfois, que de loin j’entendisse
Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !
– Chaque regard de toi suscite une vertu
Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu
À comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?
Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?…
Oh ! mais vraiment, ce soir, c’est trop beau, c’est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m’écoutez, moi, vous !
C’est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n’ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu’à mourir maintenant ! C’est à cause des mots
Que je dis qu’elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez, comme une feuille entre les feuilles !
Car tu trembles ! car j’ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !
Il baise éperdument l’extrémité d’une branche pendante.

ROXANE
Oui, je tremble, et je pleure, et je t’aime, et suis tienne !
Et tu m’as enivrée !

CYRANO
Alors, que la mort vienne !
Cette ivresse, c’est moi, moi, qui l’ai su causer !
Je ne demande plus qu’une chose…

CHRISTIAN, sous le balcon.


Un baiser !

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, 1897

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1g3 lycee Jean Moulin Torcy

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