3.
La Bibliothèque des Âmes
Au fond d’un parc oublié se trouvait une bibliothèque étrange, bâtie
de marbre noir et de verre fumé. Les livres n’avaient ni titre ni
auteur. Lorsqu’on en ouvrait un, ce n’était pas une histoire qu’on
lisait, mais une vie entière — comme si on entrait dans l’âme de
quelqu’un.
Lucien, libraire retraité, la découvrit un jour en suivant un chat noir.
Il passa des heures à feuilleter des pages qu’il ne comprenait pas.
Des voix, des visages, des choix… Il revint le lendemain. Et les
jours suivants.
Un jour, il tomba sur sa propre vie. Il lut ce qu’il avait oublié : son
amour perdu, son frère fâché, son rêve d’écrivain. Les dernières
pages étaient blanches. C’était maintenant à lui de les écrire.
À la sortie, une voix lui murmura :
— On ne lit pas les âmes pour les juger. On les lit pour se souvenir.
Lucien sourit. Il prit un carnet. Et il se remit à écrire.
4. Le Dernier Train
Le train de 23h11 partait d’un quai désert, toujours vide, toujours en
retard. Les rumeurs disaient qu’il n’allait nulle part. Ou plutôt, qu’il
allait partout sauf ici.
Maxime, insomniaque chronique, le vit un soir. Attiré par la vapeur,
il monta. Personne ne contrôla son billet. À l’intérieur, des
passagers muets regardaient le vide par la fenêtre. Aucun paysage.
Juste des souvenirs qui défilaient : son enfance, ses erreurs, ses
regrets.
Il comprit que ce train n’était pas un transport. C’était un passage.
Une traversée entre ce qu’il avait été et ce qu’il aurait pu être. Une
gare suspendue entre les mondes.
Au terminus, une femme l’attendait. Il la reconnut. Sa mère, partie
trop tôt. Elle tendit la main.
— Tu peux descendre, si tu veux. Ou repartir, et tout changer.
Maxime choisit de redescendre à la gare. À 23h12, il était rentré
chez lui. Pour la première fois depuis des années, il dormit sans
rêve.