Sel Iode
Sel Iode
Au cours des 10 dernières années, la quasi totalité des pays dans le monde a adopté des textes
législatifs et réglementaires rendant obligatoire l’iodation du sel destiné à l’alimentation humaine
et animale pour la prévention des TDCI. Vu le retard observé dans plusieurs pays, la Session
Spéciale sur les Enfants de l’Assemblée Générale des Nations Unies, tenue en 2002, a reporté
l’échéance de l’élimination des TDCI pour la fin de l’année 2005.
La lutte contre les TDCI a démarré au Togo par l’administration de la solution de Lugol à des
personnes porteuses de goitre (1986-1989), suivie par la distribution des capsules de Lipiodol à
des populations cibles, de 1990 à 1995, dans certaines zones d’endémicité goitreuse sévère.
En 1995, selon l’enquête à indicateurs multiples (MICS 1), la disponibilité du sel iodé dans les
ménages était de 1 % sur le territoire national.
La stratégie d’iodation universelle du sel a été adoptée au Togo le 3 Mai 1996, par l’Arrêté
interministériel N° 076, portant réglementation de l’importation, de la production, du
conditionnement, de la distribution et de l’utilisation du sel destiné à l’alimentation humaine et
animale. Cette stratégie a été mise en œuvre par plusieurs activités de sensibilisation, de
formation des contrôleurs, etc.
En 1998, l’Enquête Démographique et de Santé au Togo (EDST) avait trouvé une disponibilité
du sel iodé dans les ménages de 73 %, avec de grandes disparités au niveau régional, illustrées
par 81 % dans la Région de Kara et 22 % dans la Région des Savanes.
L’Enquête MICS 2, en l’an 2000, avait trouvé 66,9 % de disponibilité du sel iodé à plus de 25
ppm au niveau des ménages sur tout le territoire national du Togo.
En 2001, le Ministère de la Santé Publique du Togo a mené une enquête nationale afin de
disposer des données représentatives sur la lutte contre les TDCI. Cette enquête a trouvé une
proportion du sel iodé dans les ménages de 75 % au niveau national.
Au terme de la nouvelle échéance (fin 2005) fixée par l’Assemblée Générale des Nations Unies
pour l’élimination de l’endémie des TDCI dans le monde, et 4 ans après l’enquête de 2001, le
moment est donc venu pour le Togo de mener une étude épidémiologique représentative sur la
lutte contre les TDCI.
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Les résultats de cette étude permettent au Togo de disposer des données actualisées sur la lutte
contre l’endémie des TDCI et d’apprécier les progrès accomplis vers l’élimination de ce
problème de santé publique.
L’étude a été coordonnée par la Direction Générale de la Santé; son financement a été assuré par
l’UNICEF. Elle s’inscrit dans le plan d’action du Service National de Nutrition du Togo pour
l’année 2005.
Un Comité technique de pilotage, regroupant les experts de différents services impliqués, assure
la mise en œuvre de toutes les étapes de cette étude. Ce Comité comprend des délégués des
services du Ministère de la Santé (Point Focal OOAS, Direction des Soins de Santé Primaires,
Division de la Santé Familiale, Division Informations, Statistiques, Etudes et Recherches, Service
National de Nutrition), de la Direction Générale de Planification de l’Education du Ministère des
Enseignements Primaire et Secondaire, de la Faculté des Sciences de l’Université de Lomé
(Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche), de la Direction Générale de la
Statistiques et de la Comptabilité Nationale (Ministère de l’Economie, des Finances et des
Privatisations), de l’UNICEF et de l’OMS. Ce comité de pilotage est présidé par le Directeur des
Soins de Santé Primaires, avec l’assistance technique du Coordonnateur sous-régional de
l’ICCIDD en Afrique occidentale francophone, recruté comme consultant international pour cette
étude par l’UNICEF.
2. OBJECTIFS DE L’ETUDE
L’objectif général de l’étude est d’apprécier les résultats de la lutte contre les TDCI au Togo. Les
objectifs spécifiques de cette étude sont entre autres :
- déterminer la disponibilité du sel iodé dans les ménages sur le territoire national,
- déterminer la teneur en iode du sel consommé par la population,
- déterminer le statut iodé de la population,
- déterminer la prévalence du goitre dans la population,
3. METHODOLOGIE DE L’ETUDE
Il s’agit d’une étude transversale descriptive basée sur une technique de sondage en grappes.
Pour répondre aux objectifs spécifiques, les indicateurs de cette étude sont :
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- le niveau de connaissances de la population sur les TDCI et le sel iodé,
- le niveau de fonctionnement des structures de suivi et de contrôle du sel iodé.
La population d’étude pour le dépistage du goitre et la collecte des échantillons d’urine est
constituée des enfants âgés de 6 à 12 ans inclus, parce que les signes cliniques visibles de la
carence en iode dans cette tranche d’âge reflètent le mieux le statut iodé actuel de la population.
En plus, ces enfants peuvent facilement être examinés en milieu scolaire. L’unité d’observation
de cette enquête est donc l’école. Répondent ainsi aux critères d’inclusion tous les élèves des 2
sexes âgés de 6 à 12 ans, régulièrement inscrits pour l’année scolaire 2004-2005 dans les écoles
concernées par l’enquête et appartenant aux classes sélectionnées.
La population d’étude pour déterminer la disponibilité du sel iodé au niveau des ménages est
représentée par les élèves des écoles sélectionnées pour l’enquête, qui apporteront en classes le
sel de leur cuisine familiale.
Pour apprécier les connaissances et perceptions de la population face aux TDCI, la population
d’étude est constituée par des personnes adultes (femmes et hommes) habitant les cantons
sélectionnés pour l’enquête.
Les agents des services impliqués dans les systèmes de suivi et de contrôle constituent la
population d’étude pour apprécier le fonctionnement de ces systèmes.
3.4. Echantillonnage
L’échantillon de l’enquête a été conçu de manière à fournir des données sur les TDCI
représentatives au niveau national. L’échantillon est basé sur un sondage en grappes à deux
degrés, avec probabilité proportionnelle à la taille de la population. La base de sondage est
constituée par la structure géographique de la population Togolaise, estimation de l’année 2005,
issue des projections démographiques du Recensement Général de la Population et de
l’Habitation (RGPH) de 1992 (Source : Direction Générale de la Statistique et de la Comptabilité
Nationale).
Les TDCI sont causés par une alimentation pauvre en iode, intimement liée au milieu écologique
et aux habitudes alimentaires. Afin de délimiter le territoire du Togo en zones pouvant avoir un
impact sur la disponibilité des aliments riches en iode, on a considéré les 7 zones agroécologiques
découpées par le Ministère de l’Agriculture, Elevage et Pêche sur la base de la combinaison de
plusieurs facteurs (climat, relief, végétation, habitudes de consommation, comportements
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socioculturels, etc.) qui influencent la production agricole. Les différentes unités qui entrent dans
la composition d’une zone agroécologique présentent des caractéristiques d’homogénéité assez
proches les unes des autres pour pouvoir les regrouper dans une même entité. Avec son
alimentation variée, la ville cosmopolite de Lomé est considérée dans cette étude comme une
zone agroécologique distincte.
Les 8 zones agroécologiques considérées pour l’échantillonnage dans cette étude, sont :
la zone des Savanes sèches, comprenant toute la Région des Savanes (Kpendjal, Oti,
Tandjore, Tone) et quelques préfectures de la Région de la Kara (Dankpen, Kéran);
la zone des Savanes humides, comprenant 5 préfectures dont 4 de la Région des Plateaux
(Est-Mono, Moyen-Mono, Haho et Ogou), et Yoto de la Région Maritime;
la zone Forestière humide, couvrant 6 préfectures (Kloto, Agou, Amou, Blitta, Danyi,
Wawa) de la Région des Plateaux;
la zone du Littoral Est, couvrant 3 préfectures : Golfe (sans Lomé), Lacs, Vo) de la
Région Maritime;
- toutes les préfectures ont été réparties dans leurs zones respectives;
- le poids démographique de chaque zone agro-écologique a été déterminé;
- le nombre de grappes a été établi en fonction du poids démographique de la zone.
3.4.3. Choix des sites d’enquête
Le choix des sites a été fait par un tirage à 2 degrés. Au 1er degré, il a été procédé au tirage des
grappes (Cantons ou Districts pour Lomé-Commune), de la manière suivante :
- les Cantons (ou Districts) ont été répartis dans leurs zones respectives;
- le tirage des Cantons (ou Districts) a été fait de manière aléatoire à l’intérieur de
chaque zone écologique en utilisant la fonction aléa du logiciel Excel.
Au 2ème degré, dans chaque Canton (ou District) sélectionné au 1er degré, 3 écoles primaires
publiques ou privées officiellement reconnues, et n’ayant pas d’envergure internationale, ont été
tirées de manière aléatoire (1 en milieu urbain et 2 en milieu rural), sur la base de la liste des
écoles fournie par le Ministère des Enseignements Primaire et Secondaire.
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3.5. Taille de l’échantillon
La taille globale de l’échantillon fixée au niveau national pour le dépistage du goitre est de 6930
sujets; elle a été calculée sur la base d’une prévalence attendue de 10%, d’un intervalle de
confiance de 95%, d’une précision relative de 10% et d’un effet de grappe de 2. Pour atteindre
6930 sujets éligibles, il a été examiné dans chaque grappe 231 enfants de 6 à 12 ans, sélectionnés
de manière aléatoire dans 3 écoles primaires, soit 77 enfants par école, en veillant à assurer une
parité égale entre les sexes.
Pour la collecte des données dans les 30 Cantons (grappes) sélectionnés de manière aléatoire dans
les différentes zones agro-écologiques, l’enquête a été menée concomitamment du 7 au 26
Novembre 2005 par 4 équipes d’enquêteurs qui se sont déployées sur le terrain, chacune chargée
d’enquêter dans 7 à 8 Cantons sur le territoire national. Dans chaque grappe, un guide local a
accompagné l’équipe d’enquête sur le terrain, et dans chaque école un enseignant et le Directeur
d’école ont facilité le travail des enquêteurs.
Le dépistage du goitre a été conduit en milieu scolaire, et le test rapide de l’iodation du sel
également en milieu scolaire. Des échantillons requis (urine et sel) ont été collectés en vue du
dosage de l’iode au laboratoire.
La saisie des données a été assurée par une équipe d’informaticiens de la Division Informatique,
Statistiques, Etudes et Recherches (DISER) du Ministère de la Santé. Pour la saisie, trois équipes
binaires ont été constituées. Le logiciel utilisé est EPI INFO (version 6).
Après la saisie, les fichiers « REC » obtenus sont passés au traitement qui a conduit à la
production des tableaux d’analyse. Pour cette opération, les fichiers issus de la saisie EPI-INFO
(Fichiers « REC ») ont été transférés en SPSS–VERSION 11.0 (SPSS SOUS WINDOWS) où,
après apurement, toutes les statistiques et tous les tableaux ont été produits.
Les dosages de l’iode dans les échantillons de sel et d’urine ont été effectués au Laboratoire de
Contrôle de Qualité du Département de Chimie Analytique, Chimie Générale et Minérale de
l’UFR des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques de l’Université de Cocody à Abidjan, sous
la responsabilité du Professeur Michèle AKE.
En milieu acide, l’iode libéré du sel a été titré par oxydoréduction (titrimétrie) en présence d’un
indicateur de fin de réaction. Chaque échantillon a été systématiquement analysé en double. Pour
chaque série de dix (10) échantillons analysés, deux échantillons témoins ont été également
systématiquement analysés : un échantillon témoin de sel alimentaire commercial de concentration
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en iode connue de 45 ppm, et un échantillon témoin de sel alimentaire (étalon interne Laboratoire
de Nutrition) de concentration en iode connue de 5 ppm. Les concentrations en iode dans le sel
rapportées sont des concentrations moyennes (n = 2) et sont exprimées en ppm (parties par
million).
Après une digestion des urines en milieu acide, l’iode a été mesuré par dosage
spectrophotométrique cinétique basé sur la réaction de Sandell-Kolthoff [(réduction de l’ion
cérique (Ce4+) couplée avec l’oxydation de l’ion arsénieux (As3+)]. Le cours de la réaction est
suivi par la disparition de la couleur jaune de l’ion cérique (Ce4+) tant qu’il est réduit. Chaque
échantillon a été systématiquement analysé en double. Pour chaque série de 15 échantillons
d’urines analysés, deux urines de contrôle, l’une à concentration normale (150 µg/l) et l’autre à
faible concentration (25µg/l) ont été systématiquement analysées. La limite de détection de la
méthode correspond à une teneur de 0,1 µg/l. Les concentrations urinaires d’iode rapportées sont
des concentrations moyennes (n = 2) et sont exprimées en µg/l.
6. RESULTATS
Au total sur le terrain, dans les écoles visitées, 6930 enfants ont été examinés dans les différentes
zones agro-écologiques pour le dépistage du goitre, en raison de 231 enfants pour chacun des 30
Cantons sélectionnés, et 6345 échantillons de sel ont été testés pour déterminer la disponibilité du
sel iodé dans les ménages. Au laboratoire, le dosage de l’iode a été effectué sur 1339 échantillons
d’urine des enfants et sur 900 échantillons de sel collectés sur le terrain.
Les résultats des tests rapides de l’iodation du sel effectués sur 6345 échantillons de sel montrent
que la disponibilité du sel iodé dans les ménages est de 92,1 % au niveau national au Togo en
2005. La proportion des ménages ayant du sel iodé est relativement plus faible dans les Cantons
de Cinkassé (58,5%) et Gando (54,4%), situés dans la zone des Savanes sèches.
Les résultats des dosages d’iode effectués au laboratoire par la méthode de titrimétrie sur 900
échantillons de sel de ménages, sont les suivants :
-Le sel ayant une faible teneur en iode (<15 ppm) a été retrouvé surtout dans le Canton de Noépé
(23,3 %) situé dans la zone de Littoral Ouest, ainsi que dans le District V (20 %) de Lomé
Commune ;
-Les Cantons de Bombouaka (zone des Savanes sèches), et de Kpékplémé (zone des Savanes
humides), ont des proportions très élevées de sel contenant une teneur en iode supérieure à 100
ppm au niveau des ménages, respectivement de 46,7 % et de 46,6 % ;
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Le sel faiblement iodé (< 15 ppm) est présent surtout dans le Littoral Ouest et dans Lomé
Commune, tandis que les zones des Savanes sèches et des Savanes humides ont des proportions
élevées de sel contenant plus 100 ppm d’iode au niveau des ménages.
La médiane d’iode urinaire est de 171,4 µg/l au niveau national en 2005 au Togo.
La prévalence du goitre est de 2 % en 2005 au niveau national au Togo; elle est en dessous de 5
% dans toutes les zones agro-écologiques, sauf dans la zone des Savanes sèches où elle est de 6,7
%.
Le tableau 1 permet de voir une nette amélioration de la qualité du sel, surtout en ce qui concerne
la proportion d’échantillons de sel adéquatement iodé (> 15 ppm) qui est passée de 63,1 à 93 %
de 2001 à 2005; cependant, la proportion d’échantillons de sel contenant plus de 100 ppm d’iode
est passée de 3,5 à 7,7 % durant la même période.
Le tableau 2 révèle une amélioration globale du statut iodé de la population; la médiane d’iode
urinaire reste maintenue entre 100 et 200 µg/l, et les proportions de sujets ayant des teneurs en
iode très basses
(< 50 µg/l, < 100 µg/l) ou très élevées (> 300 µg/l) ont sensiblement diminué.
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7.3. Evolution de l’endémie des TDCI dans la population
Ce tableau 3 comparatif montre une nette régression de l’endémie des TDCI au Togo, illustrée en
particulier chez les enfants de 6 à 12 ans par la diminution du taux de prévalence du goitre qui est
passée de 7,2 % en 2001 à 2 % en 2005.
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