Cependant là encore, une telle extension de l’OP apparait assez dangereuse pour les libertés
publiques. Qui peut définir précisément le vivre ensemble ? Qui sait exactement ce que regroupent
les valeurs républicaines ? Que peut-on interdire au nom de l’égalité homme/femme ?
Cette imprécision est ainsi source d’insécurité juridique et, plus largement, risquerait de porter une
atteinte disproportionnée aux libertés.
On notera cependant que la Cour EDH s’est montrée pour sa part assez clémente puisqu’elle a
estimé dans l’arrêt SAS contre France que l’interdiction du voile intégral était justifiée au regard de
la nécessité de préserver le « vivre ensemble », c’est-à-dire le « respect des exigences minimales de la vie en
société ». On signalera sur ce point qu’il est sans doute discutable de se fonder sur ces notions
particulièrement vagues et ce pour deux raisons :
- Leur caractère vague est susceptible de conduire à des abus, c’est d’ailleurs ce qu’ont
souligné les juges Nussberger (allemande) et Jaderblom (suédoise) dans leur opinion
dissidente dans l’affaire SAS
- Il n’était sans doute pas besoin de se fonder sur ces éléments vagues, dès lors que
l’interdiction pouvait tout à fait se fonder sur des considérations d’ordre purement
matériel : la sécurité publique notamment
b. Les atteintes à la liberté religieuse fondées sur l’OP doivent être proportionnées
Dès lors que le risque d’atteinte à l’OP est avéré, une restriction peut alors être imposée à la liberté
religieuse, mais à la condition que cette restriction soit proportionnée, ou nécessaire dans une
société démocratique pour reprendre le vocabulaire de la Cour EDH.
Ainsi par exemple, si le prosélytisme abusif peut être interdit au nom de la protection de l’OP, il en
va différemment de l’interdiction pure et simple de tout prosélytisme. C’est ce qu’a rappelé la Cour
EDH dans son arrêt Kokkinakis contre Grèce 25 mai 1993 que l’on a déjà rencontré, dans lequel elle
a affirmé que la liberté de manifester sa religion « comporte en principe le droit d’essayer de convaincre son
prochain ». En revanche, dès lors que le prosélytisme devient abusif, il est possible de l’interdire au
nom de l’OP (Larissis et autres contre Grèce du 24 février 1998).
De la même manière, si l’OP peut justifier des restrictions à la possibilité de porter des signes
religieux, on vérifiera toujours la porportionnalité de l’interdiction. Cour EDH, 18 décembre
2018, Lachiri c. Belgique (expulsion femme voilée salle d’audience)
Le même type de raisonnement s’applique s’agissant de la reconnaissance d’associations en tant
qu’associations cultuelles. Ainsi par exemple, dans un arrêt du 23 juin 2000, Ministre de
l’économie, des finances et de l’industrie c/ Association locale pour le culte des témoins de Jéhovah
de Clamecy, le CE a considéré qu’en l’absence de menace avérée pour l’OP, l’association en cause
ne pouvait pas se voir refuser la qualité d’association cultuelle, et pouvait donc se prévaloir des
exonérations fiscales qui en découlent. En revanche, dans l’arrêt du 28 avril 2004, Association
cultuelle du Vajra Triomphant, le CE a confirmé le refus de l’État de conférer le statut