Texte 1 :
La France est-elle le seul pays à avoir des vaccins obligatoires ?
De nombreux pays en Europe, comme l’Allemagne, l’Angleterre, la Suède ou l’Espagne, n’ont plus
d’obligation vaccinale. Mais certains vaccins restent obligatoires notamment en Europe de l’Est. En
novembre, l’Italie a validé une mesure proche de celle de la France:
« La France agit seule contre le reste du monde. En dehors de l’Italie, aucun pays n’a plus de vaccin
obligatoire », répètent volontiers ceux qui s’insurgent contre l’extension de l’obligation vaccinale.
Dans les faits, la situation est plus contrastée, comme l’indique la « mise au point » récemment
publiée par l’Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm). Ce document montre
qu’effectivement, de nombreux pays sont dénués d’obligation vaccinale.
C’est le cas de l’Allemagne, l’Autriche, Chypre, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande,
l’Irlande, l’Islande, la Lituanie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-
Uni et la Suède. D’autres pays, en revanche, ont toujours certains vaccins obligatoires : la Belgique
(1 vaccin obligatoire), la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, Malte, la Slovaquie,
la République tchèque (4 vaccins obligatoires pour tous ces pays) et la Slovénie (9 vaccins
obligatoires). Le cas de l’Italie est assez proche de celui de la France. En novembre, la Cour
constitutionnelle a validé une loi votée cet été et rendant 10 vaccins obligatoires pour l’entrée à
l’école. De 6 à 16 ans, les parents des enfants non vaccinés risquent des amendes de 100 à 500 €. La
région de la Vénétie (Nord), dénonçant une atteinte au droit individuel à la santé, a déposé un
recours contre cette mesure qui a été rejeté.
Les juges constitutionnels ont estimé que l’obligation était « légitime », les mesures préconisées par
le gouvernement relevant « du législateur national ». « Ce choix n’est pas déraisonnable puisqu’il
vise à protéger la santé individuelle et collective », ont-ils précisé dans leur décision.
Un autre pays traversé par ce débat est la Roumanie. Confronté à une grave épidémie de rougeole
qui a provoqué la mort de 32 personnes depuis septembre 2016, le gouvernement a présenté l’été
dernier un projet de loi visant à rendre obligatoire la vaccination contre cette maladie. « Il ne fallait
pas attendre que des gens meurent pour découvrir qu’il y a un problème, quelqu’un aurait dû
comprendre ça beaucoup plus tôt », a alors lancé le premier ministre Mihai Tudose.
Visé directement par ces critiques, le ministre de la santé Florian Bodog a annoncé avoir démis de
leurs fonctions les responsables chargés de la santé publique dans cinq départements où le taux de
vaccination des enfants contre cette maladie se situe autour des 50 %.
En Australie, depuis le 1er janvier 2016, les allocations familiales ne sont pas versées aux parents
d’enfants non vaccinés. Cette politique est soutenue par la majorité des parents. Aux États-Unis,
tous les États exigent que la vaccination des enfants soit à jour pour qu’ils puissent fréquenter
l’école mais
certains acceptent des exemptions médicales, religieuses ou philosophiques, indique l’Inserm.
L’obligation vaccinale est-elle efficace ? « Il ne semble pas y avoir de corrélation stricte entre
obligation et augmentation de la couverture vaccinale », souligne l’Inserm en évoquant le rapport
du projet européen Asset publié en 2016. Ce rapport conclut à l’impossibilité de confirmer une
relation entre l’obligation et les taux de couverture vaccinale (polio, rougeole et coqueluche) des
enfants en Europe. Ceci pourrait suggérer que d’autres facteurs que les politiques vaccinales et
l’hésitation de parents pourraient entrer en jeu, tels que la capacité des systèmes de santé à atteindre
tous les enfants : par exemple, « la gratuité et la facilité d’accéder à l’acte vaccinal », indique
l’Inserm.
Texte 2
Vaccination obligatoire : les raisons d’un choix
Au 1er janvier, le nombre de vaccins obligatoires pour les jeunes enfants passera de 3 à 11. Une
décision de santé publique qui fait face à un mouvement antivaccins de plus en plus fort.
Le gouvernement ne pouvait plus tergiverser. Il n’a pas tremblé. Et la santé publique l’a emporté sur
la démagogie, l’anti-science et le relativisme de l’époque. Le 4 juillet, le premier ministre, Édouard
Philippe, l’annonçait dans sa déclaration de politique générale: «Des maladies que l’on croyait
éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire. Des enfants meurent de la rougeole
aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur, ce n’est pas admissible. L’an prochain, les vaccins
pour la petite enfance, qui sont unanimement recommandés par les autorités de santé, deviendront
obligatoires.» Par ce choix, la ministre de la Santé Agnès Buzyn - car c’est d’elle qu’il s’agit -,
inscrit son nom dans l’histoire de France de la santé publique, à côté de celui de Simone Veil
(avortement, 1974), de Évin (alcool, 1991), et de Xavier Bertrand (tabac, 2006). Rompant avec un
courant qui, depuis la loi Kouchner de 2002 «relative aux droits des malades et à la qualité du
système de santé», donnait davantage de pouvoir aux patients, la ministre rappelle à l’opinion qu’en
matière de science, toutes les opinions ne se valent pas. «Je n’aime pas imposer des obligations - ce
n’est pas mon tempérament - mais cela se justifie en matière de vaccination», déclare-t-elle dès le
lendemain du discours du premier ministre. De fait, avait-elle vraiment le choix? Le 8 février, le
Conseil d’État l’avait mise en demeure de trancher le nœud gordien que ses prédécesseurs avaient
tenté, en vain, de dénouer, l’enjoignant «dans un délai de six mois, et sauf à ce que la loi évolue en
élargissant le champ des vaccinations obligatoires, de prendre des mesures ou de saisir les autorités
compétentes pour permettre de rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules obligations
de vaccination». En d’autres termes, la ministre se trouvait face à une alternative: renforcer
l’obligation en augmentant le nombre de vaccins obligatoires ou en finir avec celle-ci. D’un côté, la
méfiance face aux «vaccino-sceptiques» en verve ces dernières années, de l’autre la confiance dans
le bon sens des citoyens puisque, après tout, huit enfants sur dix font déjà les vaccinations
recommandées sans y être obligés. La prudence ou l’audace. Agnès Buzyn a choisi la prudence.
On ne joue pas à l’apprentie sorcière avec la santé publique. D’autant que pour les deux piliers, non
négociables, que sont l’efficacité et de la sécurité des vaccins, les scientifiques et les politiques
sérieux, sont d’accord. «La science est claire: la Terre est ronde, le ciel est bleu, et les vaccins sont
efficaces. “Protégeons tous nos enfants», selon la formule d’Hillary Clinton dans un tweet de 2015.
Les pénuries répétées de certains vaccins, en soulignant l’impuissance des autorités de santé,
alimentent aussi la suspicion d’une «affaire de gros sous» entre l’État et les laboratoires
Ce qui n’empêche pas les autorités de santé de collectionner les décisions malheureuses ou opaques,
de nature à attiser la méfiance d’une partie de l’opinion, voire de médecins. Ainsi de l’abandon du
vaccin DTPolio (contenant les seuls trois vaccins obligatoires, diphtérie, tétanos et poliomyélite) en
juin 2008, au profit d’un vaccin plus complet. Une décision prise, selon l’Agence du médicament
(ANSM), par Sanofi Pasteur suite à la survenue, au cours du premier semestre 2008, de deux à trois
fois plus de notifications au laboratoire de «réactions allergiques systémiques survenues dans les 24
heures après injection». Les pénuries répétées de certains vaccins, en soulignant l’impuissance des
autorités de santé, alimentent aussi la suspicion «d’une affaire de gros sous» entre l’État et les
laboratoires. De même que la commande massive de vaccins par Roselyne Bachelot, lors de la
pandémie de grippe H1N1 annoncée par l’OMS en 2009. Une décision pourtant jugée prudente à
l’époque, avant que les événements ne donnent tort au gouvernement et à l’OMS. Les fantasmes de
collusion restent bien présents dans l’esprit de certains, comme l’a montré la concertation citoyenne
lancée en janvier 2016 par Marisol Touraine, alors ministre de la Santé.
Et puis vint 2011. L’année où la France fut frappée de plein fouet par une maladie que l’on croyait
sur le point d’être éradiquée, la rougeole. «Entre 2008 et 2016, plus de 24.000 cas de rougeole ont
été détecté[Link]ès de 1500 cas ont présenté une pneumopathie (atteinte des poumons) grave, 34 une
complication neurologique et 10 sont décédés», rappelait Agnès Buzyn le 5 juillet dernier.
«Intolérable», ajoutait-elle. Le choix de l’obligation va maintenant se frotter au terrain. Certains
médecins craignent un réflexe de rejet de l’obligation et auraient préféré son abandon. Mais des
arguments plaident toutefois pour la réussite de cette nouvelle politique. Comme la confirmation, la
semaine dernière par le Conseil d’État, de la radiation d’un médecin qui n’avait pas administré à un
enfant les vaccins obligatoires (DTPolio) et avait inscrit des mentions mensongères sur son carnet
de santé. Désormais tout le monde est prévenu: la vaccination est obligatoire et l’Ordre des
médecins sera sans pitié.