19 - Algèbre linéaire, théorie générale
Jeremy Daniel
On désigne par K un corps quelconque.
Quand ce n’est pas explicitement précisé, E est un K-espace vectoriel.
1 Espaces vectoriels
1.1 Espace vectoriel
Exemples 1.1
− E = Kn , ensemble des n-uplets dans K ;
− E = K[X], ensemble des polynômes à coefficients dans K ;
− E = K(X), ensemble des fractions rationnelles à coefficients dans K ;
− L’ensemble E des solutions d’un système linéaire homogène à coefficients dans K ;
− L’ensemble E des solutions d’une équation différentielle homogène y ′′ = ay ′ + by, où
a et b sont des constantes fixées dans K et y est une fonction inconnue de R dans K ;
− L’ensemble E des suites (un ) récurrentes linéaires d’ordre 2 vérifiant
∀n ∈ N : un+2 = aun + bun+1 ,
où a et b sont des constantes fixées dans K.
Remarque 1.2
Dans tous ces exemples :
− E est stable par somme ; c’est-à-dire que la somme de deux éléments de E est encore
dans E.
− E est stable par multiplication par une constante dans K : si on fait le produit d’un
élément de E et d’une constante dans K, on est encore dans E.
Définition 1.3 (Espace vectoriel)
Un espace vectoriel sur K (ou K-espace vectoriel) est un ensemble E, muni d’une loi de
composition interne notée + (
E × E → E,
(x, y) 7→ x + y
et d’une application (
K × E → E,
(α, x) 7→ α · x
1
appelée multiplication externe, tel que :
− (E, +) est un groupe commutatif ;
− ∀x, y ∈ E, ∀α, β ∈ K :
• 1K · x = x
• α · (β · x) = (αβ) · x
• α · (x + y) = (α · x) + (α · y)
• (α + β) · x = (α · x) + (α · y).
Définition 1.4 (Vecteurs, scalaires)
Les éléments de E sont les vecteurs ; les éléments de K sont les scalaires.
Remarque 1.5
Le plus souvent, on nomme les vecteurs avec des lettres latines et les scalaires avec des
lettres grecques.
Attention !
Ne pas confondre les structures sur K et sur E :
− Comme K et E sont des groupes commutatifs, il y a une loi + dans K (l’addition
usuelle des réels ou des complexes si K = R ou C) et une loi + dans E (l’addition
des vecteurs, qui dépendra de l’espace vectoriel considéré). Par abus de notation, ces
deux lois + sont notées de la même façon.
− De même, il y a un élément neutre dans K (le zéro usuel) et un élément neutre dans E
(un vecteur zéro) : on les note 0K et 0E , ou plus simplement 0 par abus de notation.
− Sur K, on a une loi de composition interne appelée produit (le produit usuel sur les
réels ou les complexes si K = R ou C). Mais en général, il n’y a pas produit interne
dans E : on ne multiplie pas ensemble deux vecteurs.
− Assez vite, on omettra la notation · pour la multiplication externe et on accolera
simplement le scalaire et le vecteur que l’on multiplie.
Exemples 1.6
− Soit n un entier naturel. On définit E = Kn = {(x1 , . . . , xn ) | xi ∈ K}. La somme est
la somme usuelle entre n-uplets d’éléments de K :
(x1 , . . . , xn ) + (y1 , . . . , yn ) = (x1 + y1 , . . . , xn + yn ).
La multiplication externe est donnée par α · (x1 , . . . , xn ) = (αx1 , . . . , αxn ), où α est
dans K.
En particulier, pour n = 1, K1 = K peut-être vu comme un K-espace vectoriel.
Pour n = 0, K0 est un ensemble à un élément. C’est un (le) K-espace vectoriel nul.
− E = K[X]. La somme est la somme de polynômes ; le produit externe est le produit
par une constante. Le produit entre deux polynômes ne fait pas partie de la structure
d’espace vectoriel.
− Soit X un ensemble quelconque, soit E un espace vectoriel sur K. On considère F =
2
F(X, E) = E X l’ensemble des fonctions de X dans E. C’est un K-espace vectoriel.
Si f, g ∈ F et si α ∈ K, la somme et la multiplication externe sont définies par :
• (f + g) : x 7→ f (x) + g(x) ;
• (α · f ) : x 7→ α · (f (x)).
Le cas le plus important est celui où E = K.
− N’importe quel C-espace vectoriel peut être vu comme un R-espace vectoriel en re-
streignant la multiplication externe aux seuls réels.
Proposition 1.7
Soit E un K-espace vectoriel. Soient α ∈ K, soit x ∈ E. Alors,
α · x = 0E ⇐⇒ α = 0K ou x = 0E .
Proposition 1.8
Soit E un K-espace vectoriel. Soient α ∈ K et x ∈ E.
α · (−x) = (−α) · x = −(α · x).
1.2 Sous-espace vectoriel
Définition 1.9 (Sous-espace vectoriel)
Soit E un K-espace vectoriel. Une partie F de E est un sous-espace vectoriel si
− F est un sous-groupe de (E, +) ;
− ∀α ∈ K, ∀x ∈ F, α · x ∈ F .
Définition 1.10 (Sous-espaces vectoriels triviaux)
L’espace E lui-même et le singleton {0} sont des sous-espaces vectoriels de E, dits triviaux.
Remarque 1.11
Pour montrer que F est un sous-espace vectoriel de E, on montre que :
− 0∈F;
− ∀α, β ∈ K, ∀x, y ∈ F, αx + βy ∈ F .
Proposition 1.12 (Stabilité par combinaisons linéaires)
Un sous-espace vectoriel F de E est stable par combinaisons linéaires :
k
X
∀α1 , . . . , αk ∈ K, ∀x1 , . . . , ∀xk ∈ F, αi · xi ∈ F.
i=1
Proposition 1.13 (Un sous-espace vectoriel est un espace vectoriel)
Soit F un ssev de E. Muni des lois + et · restreintes, F est un espace vectoriel.
3
Remarque 1.14
Pour montrer qu’un ensemble a une structure de K-espace vectoriel, on montrera le plus
souvent que c’est un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel de référence.
Exemples 1.15
− Kn [X] = {P ∈ K[X] | deg P ≤ n} ⊂ K[X].
− Soit Q ∈ K[X]. Alors QK[X] = {QP, P ∈ K[X]} ⊂ K[X].
− C ∞ (R, R) ⊂ · · · ⊂ C k (R, R) ⊂ · · · ⊂ C 0 (R, R) ⊂ F(R, R) est une chaîne d’inclusion de
sous-espaces vectoriels sur R.
− Soient a, b, c, d, e, f ∈ R. L’ensemble des (x, y, z) ∈ R3 tels que
(
ax + by + cz = 0
dx + ey + f z = 0
est un sous-espace vectoriel de R3 .
Géométriquement, cet ensemble est une droite vectorielle si les deux équations ne sont
pas proportionnelles ; un plan vectoriel si les deux équations sont proportionnelles
mais que l’une au moins est non nulle ; R3 si toutes les constantes sont nulles.
Proposition 1.16 (Intersection de sous-espaces vectoriels) \
Soit (Fi )i∈I une famille de sous-espaces vectoriels de E. Alors Fi est un sous-espace
i∈I
vectoriel de E.
Définition 1.17 (Sous-espace vectoriel engendré par une partie)
Soit A une partie de E. Il existe un plus petit (pour l’inclusion) sous-espace vectoriel de E
contenant A. C’est le sous-espace vectoriel engendré par A.
Notation 1.18
On note Vect(A) le sous-espace vectoriel engendré par A.
Définition 1.19 (Droite vectorielle)
On appelle droite vectorielle de E un ssev engendré par un vecteur non nul.
Définition 1.20 (Combinaison linéaire d’une famille finie de vecteurs)
Soit (ui )i∈I une famille finie de vecteurs
X de E. Une combinaison linéaire d’éléments de cette
famille est un vecteur de la forme λi ui , où pour tout i ∈ I, λi ∈ K.
i∈I
Définition 1.21 (Famille à support fini de scalaires)
Une famille (λi )i∈I de scalaires est dite à support fini (ou presque nulle) si l’ensemble
J = {i ∈ I | λi ̸= 0} est fini.
4
Définition 1.22 (Combinaison linéaire d’une famille quelconque de vecteurs)
Soit (ui )i∈I une famille de vecteurs de
XE. Une combinaison linéaire d’éléments de cette
famille est une vecteur de la somme λi ui , où (λi )i∈I est une famille à support fini de
i∈I
scalaires.
Remarques 1.23
− La somme est définie en ne considérant que les indices pour lesquels λi ̸= 0. Les règles
de calculs usuelles restent valables.
− Autrement dit, une combinaison linéaire d’éléments de (ui )i∈I est une combinaison
linéaire d’éléments de (uj )j∈J , où J est une partie finie (quelconque) de I.
Remarque 1.24
On peut associer à toute partie A d’un ensemble E la famille (a)a∈A , famille d’éléments
de E. Ainsi, une notion sur les familles d’éléments de E donne une notion sur les parties
de E. En particulier, si A est une partie d’un espace vectoriel E, on pourra parler de
combinaisons linéaires d’éléments de A.
Théorème 1.25 (Ensemble des combinaisons linéaires et sous-espace vectoriel engendré)
Soit A une partie de E. Le sous-espace vectoriel Vect(A) est l’ensemble des combinaisons
linéaires d’éléments de A.
Exercice 1.26
Décrire le sous-espace vectoriel engendré par deux vecteurs u et v dans R3 .
Exemples 1.27
− Dans R2 , Vect (1, 0) = (x, 0), x ∈ R . C’est ladroite des abscisses.
− Soit α ∈ R. Dans R , Vect (1, α, 0), (2, α, 0) = (λ + 2µ, (λ + µ)α, 0, (λ, µ) ∈ R2 .
3
C’est une droite vectorielle si α = 0, un plan vectoriel si α ̸= 0.
− Dans R[X], Vect 1, X, X , . . . , X n = Rn [X].
2
1.3 Application linéaire
Définition 1.28 (Application linéaire)
Soient E et F deux espaces vectoriels sur K. Une application f : E → F est K-linéaire (ou
simplement linéaire) si
∀λ, µ ∈ K, ∀x, y ∈ E : f (λx + µy) = λf (x) + µf (y).
Proposition 1.29 (Application linéaire et combinaisons linéaires)
Soit f : E → F une application linéaire. Soit (ui )i∈I une famille de vecteurs de E. Pour
toute famille (λi )i∈I à support fini de scalaires, on a :
X X
f λi ui = λi f (ui ).
i∈I i∈I
5
Notation 1.30
On note L(E, F ) l’ensemble des applications linéaires de E dans F .
Exemples 1.31
− ψ : C 1 (R, R) →, C 0 (R, R), f 7→ f ′ est R-linéaire.
− ψ : K[X] → K[X], P 7→ P ′ est K-linéaire.
− Les applications K-linéaires de K dans K sont les applications de la forme fa : K →
K, u 7→ au, où a est un Zélément de K
1
0
− ψ : C (R, C) → C, f 7→ f (t)dt est C-linéaire.
0
Exercice 1.32
Montrer que les applications K-linéaires de K2 dans K2 sont les applications de la forme
(
K2 → K2
(x, y) 7→ (ax + by, cx + dy)
où a, b, c, d sont dans K.
Proposition 1.33
Si f : E → F est K-linéaire, alors f (0E ) = 0F .
Proposition 1.34 (Image directe et réciproque de ssev)
Soit f : E → F une application linéaire.
− Si E1 ⊂ E est un ssev de E alors f (E1 ) est un ssev de F .
− Si F1 ⊂ F est un ssev de F alors f −1 (F1 ) est un ssev de E.
Définition 1.35 (Endomorphisme, isomorphisme, automorphisme)
Soit f : E → F une application linéaire.
− Si E = F , on dit que f est un endomorphisme.
− Si f est bijective, on dit que f est un isomorphisme.
− Si E = F et si f est bijective, on dit que f est un automorphisme.
Notation 1.36
On abrège L(E, E) en L(E). On note GL(E) l’ensemble des automorphismes de E et on
note IdE ∈ GL(E) l’application identité de E.
Proposition 1.37 (L’ensemble des applications linéaires est un espace vectoriel)
Soient E et F deux espaces vectoriels sur K. Alors, L(E, F ) est un sous-espace vectoriel
de F(E, F ).
Proposition 1.38 (Linéarité des opérateurs de composition)
Soient E, F et G trois espaces vectoriels sur K. Soient f : E → F et g : F → G des
6
applications linéaires. Alors g ◦ f est linéaire.
De plus, les applications
L(F, G) → L(E, G) L(E, F ) → L(E, G)
ψf : et ϕg :
v 7→ v ◦ f u 7→ g ◦ u
sont linéaires.
Corollaire 1.39 (L(E) est un anneau)
(L(E), +, ◦) est un anneau.
Exercice 1.40
Dans E = R[X], considérons les applications linéaires d : E → E, P 7→ P ′ et m : E →
E, P 7→ X × P .
1. Montrer que d et m sont linéaires.
2. Calculer dm et md.
3. On note πn : E → E l’application qui à P ∈ E associe le reste de P dans la division
euclidienne par X n . Montrer que πn est linéaire et calculer dn πn .
Proposition 1.41 (Bijection réciproque d’un isomorphisme)
Si f : E → F est un isomorphisme, alors f −1 est un isomorphisme.
Corollaire 1.42 (GL(E) est un groupe)
(GL(E), ◦) est un groupe.
Définition 1.43 (Noyau et image)
Soit f : E → F une application linéaire.
− Le noyau de f , noté Ker(f ) est Ker(f ) = f −1 {0F } = {u ∈ E | f (u) = 0F }.
− L’image de f , notée Im(f ) est Im(f ) = f (E) = {v ∈ F | ∃u ∈ E : f (u) = v}.
Proposition 1.44 (Noyau et injectivité)
Soit f : E → F une application linéaire.
Le noyau Ker(f ) est un ssev de E ; il est réduit à {0E } ssi f est injective.
Proposition 1.45 (Image et surjectivité)
Soit f : E → F une application linéaire.
L’image Im(f ) est un ssev de F ; elle est égale à à F ssi f est surjective.
Exemples 1.46
− Soit d : R[X] → R[X], P 7→ P ′ . Alors d n’est pas injective : on a d(1) = 0 donc
1 ∈ Ker(d).
− Soit f : R2 → R2 , (x, y) 7→ (ax + by, cx + dy). On résout f (x, y) = 0 et on trouve
qu’on a une solution non nulle si, et seulement si ad − bc = 0. Donc f est injective si,
7
et seulement si ad − bc ̸= 0. Dans ce cas, f est un automorphisme (on a un système
de Cramer).
− Soit ψ : K[X] → KK , qui à P ∈ R[X] associe l’application polynomiale x 7→ P (x). On
a vu dans le cours sur les polynômes que ψ est injective ssi K est infini.
2 Décomposition en sous-espaces
2.1 Supplémentaire et produit
Définition 2.1 (Somme de deux ssev)
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E.
On note F + G le sous-espace vectoriel engendré par F ∪ G. C’est la somme de F et G.
Proposition 2.2
La somme F + G est l’ensemble des vecteurs de la forme u + v, avec u ∈ F et v ∈ G.
Proposition 2.3 (Équivalences pour la somme directe)
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. Les deux proposition suivantes sont équi-
valentes :
1. F ∩ G = {0} ;
2. ∀z ∈ F + G, ∃! (x, y) ∈ F × G : z = x + y.
Définition 2.4 (Somme directe de deux ssev)
Si les conditions ci-dessus sont satisfaites, on dit que F et G sont en somme directe.
On écrit alors F ⊕ G au lieu de F + G.
Exemple 2.5
Soient D1 et D2 deux droites vectorielles de E.
Si D1 et D2 sont distinctes, alors elles sont en somme directe.
Définition 2.6 (Sous-espaces vectoriels supplémentaires)
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E.
On dit que F et G sont des sous-espaces vectoriels supplémentaires de E si E = F ⊕ G.
Exemples 2.7
− Deux droites vectorielles distinctes sont supplémentaires dans R2 .
− Un plan vectoriel et une droite vectorielle non contenue dans le plan sont supplémen-
taires dans R3 .
− Considérons E = F(R, R). Notons F le sous-espace vectoriel constitué par les fonc-
tions paires, G celui constitué par les fonctions impaires.
Alors F et G sont supplémentaires dans E.
8
− Considérons E = K[X] et P ∈ K[X] de degré n ≥ 1. Alors F = P K[X] et G = Kn−1 [X]
sont supplémentaires.
− Considérons E = K(X) et notons F = K[X] et G le sous-espace vectoriel des fractions
rationnelles de degré strictement négatif. Alors F et G sont supplémentaires dans E.
Définition 2.8 (Espace vectoriel produit)
Soient E1 et E2 deux espaces vectoriels sur K. Le produit cartésien E1 × E2 a une structure
d’espace vectoriel sur K donnée par :
(x1 , x2 ) + (y1 , y2 ) =(x1 + x2 , y1 + y2 )
λ · (x1 , x2 ) =(λ · x1 , λ · x2 ),
où les xi et yi sont dans Ei et λ est dans K.
Remarque 2.9
On peut généraliser à un produit fini (ou bien infini) d’espaces vectoriels.
Proposition 2.10 (Produit, somme et supplémentaire)
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. Alors ϕ : F × G → E, (u, v) 7→ u + v est
un isomorphisme ssi F et G sont supplémentaires dans E.
Théorème 2.11 (Applications linéaires et supplémentaires)
Soient E1 et E2 deux sous-espaces vectoriels supplémentaires dans E. Soit F un espace
vectoriel. Alors,
L(E, F ) → L(E1 , F ) × L(E2 , F )
ψ
f 7→ (f|E1 , f|E2 )
est un isomorphisme.
Remarque 2.12
On peut généraliser à un nombre fini de sous-espaces. Soient F1 , . . . , Fp des sous-espaces
vectoriels de E.
− F1 + · · · + Fp est le sous-espace vectoriel engendré par F1 ∪ · · · ∪ Fp .
− C’est l’ensemble des éléments de la forme u1 + · · · + up , où les ui sont dans Fi .
− Si ∀u ∈ F1 + · · · + Fp , ∃!(u1 , . . . , up ) ∈ F1 × · · · × Fp tel que u = u1 + · · · + up , on dit
que la somme est directe et on écrit F1 ⊕ · · · ⊕ Fp au lieu de F1 + · · · + Fp .
p
L(E, F ) → pi=1 L(Ei , F )
M Q
− Si E = Ei , alors est un isomorphisme.
f 7→ (f|Ei )i=1,...,p
i=1
Attention !
Trois sous-espaces vectoriels E1 , E2 et E3 peuvent être deux à deux en somme directe, sans
qu’ils le soient pris ensemble. Considérer trois droites vectorielles distinctes de R2 .
9
Proposition 2.13
Soient F1 , . . . , Fp des sous-espaces vectoriels de E. On a l’équivalence suivante :
1. F1 , . . . , Fp sont en somme directe dans E ;
2. ∀(u1 , . . . , up ) ∈ F1 × · X
· · × Fp : u1 + · · · + up = 0 =⇒ u1 = · · · = up = 0 ;
3. ∀i ∈ {1, . . . , p}, Fi et Fk sont en somme directe.
k̸=i
2.2 Projections et symétries
Définition 2.14 (Projection)
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels supplémentaires dans E. L’unique application
π ∈ L(E) telle que
∀x ∈ F, π(x) = x
∀y ∈ G, π(y) = 0
est la projection (ou le projecteur) sur F parallèlement à G.
Exemples 2.15
− E = K[X], P ∈ K[X] de degré n ≥ 1. Si F = P K[X] et G = Kn−1 [X], on a vu que
E = F ⊕ G. La projection π sur G parallèlement à F associe à un polynôme A de
K[X] son reste dans la division euclidienne par P .
− L’application π : R2 → R2 , (x, y) 7→ (x, 0) est la projection sur l’axe des abscisses,
parallèlementà l’axe des ordonnées.
− Soient D1 = (x, 0), x ∈ R et D2 = (y, y), y ∈ R , supplémentaires dans R2 . La
projection sur D1 parallèlement à D2 est donnée par (x, y) 7→ (x − y, 0).
Théorème 2.16 (Caractérisation des projections)
On suppose que E = F ⊕ G. Soit π la projection sur F parallèlement à G. Alors,
1. π 2 = π ;
2. F = Im π ;
3. G = Ker π.
Réciproquement, soit p ∈ L(E) tel que p2 = p. Alors,
1. E = Im p ⊕ Ker p ;
2. p est la projection sur Im p, parallèlement à Ker p.
Définition 2.17 (Symétrie)
On suppose car K ̸= 2. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels supplémentaires de E.
L’unique application s ∈ L(E) telle que
∀x ∈ F, s(x) = x
∀y ∈ G, s(y) = −y
est la symétrie par rapport à F parallèlement à G.
10
Exemple 2.18
On considère C comme un R-espace vectoriel. La conjugaison complexe est la symétrie par
rapport à l’axe des réels, parallèlement à l’axe des imaginaires purs.
Exercice 2.19
Considérons une décomposition E = F ⊕ G et notons p la projection sur F parallèlement
à G et s la symétrie par rapport à F parallèlement à G. Montrer que s = 2p − IdE .
Théorème 2.20 (Caractérisation des symétries)
On suppose E = F ⊕ G. Soit s la symétrie par rapport à F parallèlement à G. Alors
1. s2 = IdE ;
2. F = Ker(s − IdE ) ;
3. G = Ker(s + IdE ).
Réciproquement, soit s ∈ L(E) telle que s2 = IdE . Alors
1. E = Ker(s − IdE ) ⊕ Ker(s + IdE )
2. s est la symétrie par rapport à Ker(s − IdE ) parallèlement à Ker(s + IdE ).
Exercice 2.21
Dans K[X], on considère F et G les sous-espaces vectoriels constitués par les polynômes
pairs et impairs. Identifier la symétrie par rapport à F parallèlement à G.
2.3 Formes linéaires et hyperplans
Définition 2.22 (Forme linéaire)
Une forme linéaire sur E est une application linéaire de E dans K.
Notation 2.23
On note E ∗ = L(E, K) l’ensemble des formes linéaires sur E.
Exemples 2.24
− Sur E = R3 , l1 : (x, y, z) 7→ x.
− Sur E = K[X], l2 : P 7→ P ′ (0).
Z 1
− Sur E = C 0 (R, R), l3 : f 7→ f (t)dt.
0
Définition 2.25 (Hyperplan)
On appelle hyperplan le noyau d’une forme linéaire non nulle.
Exemples 2.26
Dans les exemples précédents :
− Ker(l1 ) = {(0, y, z) | y, z ∈ R}.
− Ker(l2 ) est l’ensemble des polynômes dont le coefficient devant X est nul.
− Ker(l3 ) est l’ensemble des fonctions de moyenne nulle sur [0, 1].
11
Théorème 2.27 (Supplémentaire d’un hyperplan)
Soit H un hyperplan de E. Si x ∈
/ H, E = H ⊕ Vect{x}.
Exemples 2.28
Dans les exemples précédents, on peut prendre :
− u1 = (1, 0, 0), on a l1 (u1 ) = 1 ̸= 0.
− u2 = X, on a l2 (u2 ) = 1 ̸= 0.
− u3 la fonction constante égale à 1. On a l3 (u3 ) = 1 ̸= 0.
Proposition 2.29 (Un hyperplan est maximal parmi les ssev stricts)
Soit H un hyperplan de E.
Si F est un sous-espace vectoriel de E contenant H, alors F = H ou F = E.
3 Familles de vecteurs
3.1 Familles génératrices
Définition 3.1 (Famille génératrice)
Une famille (ei )i∈I d’éléments de E est génératrice si elle engendre E.
Remarque 3.2
On parle aussi de partie génératrice.
Méthode 3.3
Pour montrer qu’une famille (ei )i∈I est génératrice, on considère un vecteur quelconque x
dans E et on cherche à l’écrire comme combinaison linéaire des ei .
Proposition 3.4 (Transitivité)
Soit (ei )i∈I une famille génératrice de E. Une famille (fj )j∈J de vecteurs de E est généra-
trice de E ssi chaque ei est une combinaison linéaire de la famille (fj )j∈J .
Exemples 3.5
− Dans Rn , posons e1 = (1, 0, 0, . . . , 0), e2 = (0, 1, 0, . . . , 0),. . . , en = (0, 0, . . . , 1). Alors,
la famille (ei )ni=1 est génératrice de Rn . En effet, tout vecteur x = (x1 , x2 , . . . , xn ) de
Xn
R s’écrit x =
n
xi e i .
i=1
− La famille (X k )k∈N est génératrice de K[X].C’est une famille infinie mais tout poly-
nôme est combinaison linéaire d’un nombre fini de X k .
12
3.2 Familles libres
Définition 3.6 (Famille finie libre)
Soit (ei )i∈I une famille finie d’éléments de E. On dit que la famille est libre si
X
∀(λi )i∈I ∈ KI : λi ei = 0 =⇒ ∀i ∈ I, λi = 0.
i∈I
Dans le cas contraire, on dit que la famille est liée.
Définition 3.7 (Famille libre quelconque)
Soit (ei )i∈I une famille quelconque d’éléments de E. On dit que la famille est libre si pour
tout sous-ensemble J ⊂ I fini, la famille (ei )i∈J est libre. Sinon, on dit qu’elle est liée.
Remarque 3.8
On parle aussi (rarement) de partie libre.
Méthode 3.9
Pour montrer qu’une famille finie (ei )i∈I est libre, on suppose qu’on a une combinaison
linéaire des ei qui vaut 0 et on montre qu’alors tous les scalaires dans cette combinaison
sont nuls.
Pour montrer qu’une famille quelconque (ei )i∈I est libre, on considère une sous-famille finie
quelconque de ces vecteurs et on montre qu’elle est libre.
Exemples 3.10
− Dans Rn , la famille (ei )ni=1 définie précédemment est libre : soient en effet λ1 , . . . , λn ∈
Xn
K tels que λi ei = 0. Alors (λ1 , . . . , λn ) = 0 et donc tous les λi sont nuls.
i=1
− De même, la famille (X k )k∈N dans K[X] est libre.
Exercice 3.11
Dans R3 , on pose e1 = (1, 1, 1), e2 = (−1, 1, −1) et e3 = (1, −1, −1). Montrer que la famille
(e1 , e2 , e3 ) est libre.
Exercice 3.12
On considère E = C 0 (R, R). Pour tout réel α, on note fα ∈ E telle que fα : x 7→ exp(αx).
Montrer que la famille (fα )α∈R est libre.
Proposition 3.13 (Liberté d’une famille de deux vecteurs)
Deux vecteurs x et y forment une famille libre ssi il n’existe pas λ ∈ K tel que x = λy ou
y = λx.
Définition 3.14 (Vecteurs colinéaires)
Deux vecteurs x et y sont dits colinéaires si l’un des deux est un multiple de l’autre.
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Remarque 3.15
Ainsi, une famille de deux vecteurs est libre ssi les deux vecteurs ne sont pas colinéaires.
Proposition 3.16 (Liberté d’une famille de n vecteurs, par récurrence)
Soit (e1 , . . . , en ) une famille d’éléments de E. On suppose que e1 est non nul et que pour
tout i ∈ {2, . . . , n}, ei ∈ / Vect(e1 , . . . , ei−1 ). Alors la famille est libre.
Attention !
Il ne suffit pas de vérifier que en n’est pas combinaison linéaire de e1 , . . . , en−1 .
Exercice 3.17
Une famille (e1 , . . . , en ) est libre si, et seulement si pour tout i ∈ J1, nK, ei n’est pas
combinaison linéaire de la famille (ek )k̸=i .
3.3 Bases d’un espace vectoriel
Définition 3.18 (Base)
Une famille (ei )i∈I d’éléments de E est une base de E si c’est une famille libre et génératrice
de E.
Exemples 3.19
− Dans Rn , la famille e1 , . . . , en est une base. On l’appelle la base canonique de Rn .
− Dans K[X], la famille (X k )k∈N est une base. On l’appelle la base canonique de K[X].
− Considérons E = KN . Pour k ∈ N, notons (uk ) la suite dont le terme général est
ukn = δk,n . Ce n’est pas une base de KN : en effet, le sous-espace vectoriel engendré
par cette famille est l’ensemble K(N) des suites à support fini.
Définition 3.20 (Coordonnées d’un vecteur dans une base)
Soit (ei )i∈I une base de E. Si x est un vecteur de E, on appelle X coordonnées de x dans la
base (ei ) l’unique famille (xi )i∈I à support fini telle que x = xi e i .
i∈I
Exemple 3.21
Les coordonnées d’un polynôme P ∈ K[X] dans la base canonique sont ses coefficients.
Exercice 3.22
Dans Rn [X], on considère une famille (Pk )nk=0 de polynômes tels que, pour tout k, deg Pk =
k. Montrer que la famille (Pk )nk=0 est une base de Rn [X].
3.4 Familles de vecteurs et applications linéaires
Proposition 3.23 (Familles génératrices et applications linéaires)
Soit f : E → F une application linéaire.
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− Si (ei )i∈I est une famille génératrice de E, alors Im f = Vect f (ei ) i∈I .
− En particulier, f est surjective si, et seulement la famille f (ei ) i∈I engendre F .
Proposition 3.24 (Familles libres et applications linéaires)
Soit f : E → F une application linéaire.
− Soit (ei )i∈I une famille libre de E. Si f est injective, alors la famille f (ei ) i∈I est
libre.
− Soit (ei )i∈I une base de E. Alors, f est injective si, et seulement si la famille f (ei ) i∈I
est libre.
Corollaire 3.25 (Bases et applications linéaires)
Soit f : E → F une application linéaire, soit (e i )i∈I une base de E. Alors f est un
isomorphisme si, et seulement si, la famille f (ei ) i∈I est une base de F .
Théorème 3.26 (Définition d’une application linéaire par les éléments d’une base)
Soit (ei )i∈I une base de E. Étant donnée une famille (fi )i∈I d’éléments de F , il existe une
unique application linéaire f : E → F telle que
∀i ∈ I : f (ei ) = fi .
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