Un mouvement littéraire : Le réalisme
Le mot « réalisme » apparaît pour la première fois sous la plume d'un critique littéraire de la
Revue des deux mondes à propos d'une oeuvre de Balzac. Mais il faut attendre 1849 pour que le
terme soit popularisé. Il désigne alors un type de peinture, en particulier les tableaux de Gustave
Courbet, avant d'être appliqué à des oeuvres littéraires.
Le réalisme est donc un mouvement littéraire qui s'étend sur la deuxième moitié du XIXème
siècle, mais dont les bases remontent aux années 1830. Il est historiquement lié au développement
de la démocratie et à la Seconde République (1848-1852), à laquelle il survivra sous le second
Empire (1852-1870) et sous la troisième République (1870-1940). Le réalisme est également lié
au développement de la démocratie par les thèmes qu'il aborde : il introduit en effet le peuple en
littérature.
Deux auteurs principaux peuvent être considérés comme les précurseurs du
réalisme : Stendhal et Balzac. Bien qu'ayant vécu à l'époque du romantisme, ces deux
auteurs seront reconnus par les auteurs réalistes comme leurs maîtres. Stendhal est
l'auteur de deux romans majeurs, Le Rouge et le noir (1830) et la Chartreuse de Parme
(1839) qui racontent l'histoire de deux jeunes gens, Julien Sorel et Fabrice del Dongo,
l'un issu d'un milieu modeste qui cherche s'élever dans la société, l'autre d'origine noble
aux aspirations idéalistes qui se trouve confronté à la réalité du monde. Balzac est Balzac
l'auteur d'un ensemble romanesque d'une centaine de romans et de nouvelles intitulé la Comédie
humaine dans lequel il cherche à donner une description quasi-exhaustive de l'ensemble de la
société française de son époque.
Le réalisme est représenté à partir des années 1840 et 1850 par des romanciers
comme Champfleury, Duranty, Ernest Feydeau, Murger et par des dramaturges
(auteurs de théâtre) comme Emile Augier et Alexandre Dumas fils. Un auteur se
distingue du lot qui refuse l'étiquette réaliste, mais dont l'oeuvre peut cependant être
classé dans ce mouvement : il s'agit de Gustave Flaubert qui connaît un succès
Flaubert retentissant avec la publication, et le procès pour outrage aux bonnes moeurs qui s'en
suit, de son roman Madame Bovary (1857)qui raconte l'histoire d'une femme adultère se
suicidant pour échapper à ses créanciers. L'influence de Flaubert sera extrêmement importante sur
la génération suivante des écrivains réalistes : les frères Jules et Edmond de Goncourt qui
s'attachent dans leurs romans (Germinie Lacerteux, 1865 Madame Gervaisais, 1869) à décrire les
classes populaires, Emile Zola qui va pousser le réalisme jusqu'au bout en fondant le mouvement
naturaliste, dont la série romanesque des Rougon-Macquart offre un exemple achevé, Guy de
Maupassant dont l'oeuvre est placée sous la double influence de Flaubert et de Zola et qui
s'affranchit du réalisme dans certaines de ses nouvelles relevant plutôt du fantastique. Certains
auteurs étrangers sont également cités par Champfleury comme l'Anglais Dickens ou les Russes
Tourgueniev et Gogol.
Une première ébauche de la définition de ce qu'est le réalisme se trouve dans
l'avant-propos à la Comédie humaine (1842) de Balzac. On trouve une définition plus
précise dans l'essai constitué d'articles réunis en recueil, Le Réalisme de Champfleury
(1857), ainsi que dans les articles de la revue fondée par Duranty, intitulée elle aussi le
Réalisme (1856-1857). On trouve également des éléments de définition dans la
correspondance de Flaubert, ainsi que dans les préfaces des frères Goncourt (Germinie les frères
Lacerteux, les frères Zemganno) et dans celle de Pierre et Jean de Maupassant. Goncourt
Le réalisme peut se définir comme « un attachement à la reproduction de la nature sans
idéal » (définition du dictionnaire du XIXème siècle d'Emile Littré). L'auteur réaliste s'attache à
décrire l'ensemble ou une partie de la société de son époque sans rien travestir ou sans rien idéaliser.
Il s'inspire souvent de faits divers. Il s'attache en particulier à décrire les milieux sociaux
habituellement délaissés par la littérature comme les classes populaires ou les marginaux. Le roman
réaliste s'apparente à une description méthodique d'ordre scientifique et ne comporte généralement
pas de jugement moral sur ses personnages. De la même façon que les auteurs réalistes s'attachent à
décrire toutes les classes sociales, ils utilisent également l'ensemble du vocabulaire de la langue
française, s'autorisant à recourir au vocabulaire technique des différents métiers et aux parlers
populaires tels que l'argot.
Le réalisme littéraire est évidemment lié à la peinture : on a vu le rôle du peintre
Gustave Courbet à propos de la popularisation du terme. D'autres peintres
appartiennent également à ce mouvement comme Jean-François Millet, Honoré
Daumier (connu notamment pour ses caricatures), Henri fantin-Latour, Gustave
Caillebotte, Edouard Manet. Le réalisme est également lié à l'apparition de la
photographie (le daguerréotype date de 1839), le plus célèbre photographe de l'époque, Nadar
Nadar, est un ami des peintres et écrivains réalistes. Zola lui même est un photographe
amateur très productif (voir l'édition du livre de poche de la Bête humaine, notamment pages 80 et
88). Le terme « réalisme » est également appliqué de façon plus tardive à d'autres arts comme la
chanson (première moitié du XXème siècle : Fréhel, Damia, Edith Piaf) ou le cinéma pour lequel on
parlera plutôt de « réalisme poétique » (films des années 1920-1930 de Jean Renoir, Marcel
l'Herbier, Marcel Carné, Julien Duvivier, Jean Vigo, René Clair).