HISTOIRE : Thème 3
La Troisième République avant 1914 : un régime politique, un empire colonial
Problématiques :
. Comment un régime installé dans l'urgence adopte-t-il un modèle républicain
durable ? Comment la République sort-elle renforcée des crises et des oppositions ?
. Comment la IIIème République est-elle devenue colonialiste et s’est-elle constituée
un Empire ? Comment la République tente-t-elle de concilier ses valeurs et la
colonisation ?
Connaissances et compétences
● DEFINIR : démocratie parlementaire ; Nation ; laïcité ; antiparlementarisme ; anticléricalisme ;
anarchisme ; antisémitisme ; ligue ; radicalisme
● SITUER dans le temps et utiliser les repères suivants en étant capable de RACONTER et d'expliquer les
enjeux : 1870-1879 République conservatrice ; 1871 Commune de Paris ; 1879-1899 République
installée ; 1880-1883 lois scolaires de Jules Ferry ; 1889 crise boulangiste ; 1894-1906 affaire Dreyfus ;
1899-1914 République radicale ; 1901 loi sur la liberté d'association ; 1905 loi de séparation des Eglises
et de l'Etat. 1914 Début de la Première Guerre mondiale.
● EXPLIQUER (en s'appuyant sur des exemples précis) :
– L'affirmation des libertés fondamentales
– L'instauration de la République et de la démocratie parlementaire entre 1870 et 1875
– Le projet d'unification de la Nation autour des valeurs de 1789 (symboles, lois scolaires...)
– Les oppositions qui s'expriment (courants révolutionnaires, refus de la politique laïque par l'Eglise
catholique, antisémitisme lors de l'affaire Dreyfus, nationalisme...)
– Le refus du droit de vote des femmes
● CARACTERISER le rôle de ces personnages essentiels
Louise Michel Victor Hugo Dreyfus
Jules Ferry
● Points de passage :
– 1871 Louise Michel pendant la Commune de Paris ;
– L'Affaire Dreyfus
– 1885 les funérailles nationales de Victor Hugo ;
– 1905 loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat : débats et mise en œuvre.
– 1875 Le code de l'indigénat
En 4 heures, vous allez apprendre :
– Les connaissances nécessaires sur :
– L'instauration et l'enracinement de la IIIe République ; ses valeurs
– Les contestations de la IIIe République
– La création d'un Empire colonial
– A réaliser des productions variées pour résumer ce que vous avez compris et répondre à la
problématique (cartes mentales, analyse de documents)
Exercices à réaliser en classe Exercices à réaliser à la maison
Séances 1 (vendredi 28 mars) - Rédiger le plan du cours sur la page laissée en blanc
> Lecture de la 1e partie du cours au début du chapitre
> PP 1 sur Louise Michel
- Faire une frise chronologique à partir des repères de
la fiche de révisions
Séances 2 (mardi 1er avril – en autonomie)
> Lecture de la 2e partie du cours (travail individuel)
> PP SUR Victor Hugo
> PP3 sur Dreyfus
> PP 4 sur la laïcité
Séance 3 (vendredi 4 avril)
> Correction
> Lire la 3e partie du cours
> PP 5 sur le code de l'indigénat
I- Construire le projet républicain
Comment la IIIe République parvient-elle à s’imposer et à diffuser son message ?
a. La naissance difficile de la IIIe République
La lIIe République est proclamée le 4 septembre 1870 dans un contexte difficile (défaite face à la Prusse et
Commune à Paris). Pourtant, lors des premières élections législatives de 1871, les monarchistes sont
majoritaires. En 1876, les républicains, vainqueurs des élections, mettent en œuvre un programme de
libéralisation politique. Ce sont les lois constitutionnelles de 1875 qui établissent une République
parlementaire. Le Parlement, constitué de l'Assemblée nationale et du Sénat, dispose du pouvoir législatif. Le
pouvoir exécutif est détenu, pour l'essentiel, par le président du Conseil qui est le chef du Gouvernement.
Responsable devant le pouvoir législatif, il peut être destitué par le Parlement.
b. La construction d’un nouveau modèle politique
Les républicains s'inspirent des principes et des droits de la Révolution de 1789. Les citoyens disposent de la
liberté, de l'égalité des droits, de la propriété et de la sûreté. Entre 1881 et 1884, plusieurs lois garantissent les
libertés fondamentales : liberté de réunion, liberté de la presse, autorisation des syndicats. Les Français
peuvent ainsi s'exprimer, mais seuls les hommes ont le droit de vote.
c. L’enracinement d’une culture républicaine
Le suffrage universel masculin implique, pour les républicains, d'instruire les citoyens. Les lois de Jules Ferry
(1881-1882) rendent l'école primaire gratuite, laïque et obligatoire. L'école diffuse une morale et des valeurs
républicaines. La République se dote de lieux comme la mairie (obligatoire depuis la loi de 1884). Le bâtiment
est orné des symboles de la République : les insignes (RF), la devise ou encore le buste de Marianne. Le 14
Juillet devient fête nationale en 1880, occasion de célébrer la République et les principes de 1789 avec la
Marseillaise, hymne national depuis 1879.
VOCABULAIRE :
Laïque : neutralité et indépendance de L’État vis-à-vis de L’Église. Une séparation s’opère entre le
pouvoir politique et les opinions religieuses afin de garantir l’égalité républicaine.
Président du Conseil : chef du gouvernement sous la llle République.
Régime parlementaire : régime dans lequel le pouvoir est partagé entre un gouvernement et un
Parlement, qui a le droit de contrôler le gouvernement.
République : Forme de gouvernement dans lequel les pouvoirs sont exercés par des représentants
désignés par des citoyens.
Commune : mouvement insurrectionnel à Paris (18 mars – 28 mai 1871) marqué par une dimension
sociale très approfondie.
Point de passage 1 : Louise Michel pendant la Commune de Paris
En quoi Louise Michel est-elle une militante emblématique de la Capacités travaillées :
Commune ? Quelle conception de la République incarne-t-elle ? - Mettre un événement ou une figure en perspective.
LEXIQUE Dates clés
Anarchisme : courant politique qui prône la disparition du capitalisme et 18 mars 1871 Louise Michel participe au soulèvement de la Commune de
qui rejette l'Etat et plus généralement l'autorité sous ses différentes Paris
formes. 21 mai 1871 Arrestation au début de la Semaine Sanglante
16 décembre 1871 Condamnation à la déportation en Nouvelle
Versaillais : Membre des institutions (gouvernement, assemblée, armée) Calédonie
qui se sont repliés à Versailles en mars 1871, ont accepté de signer la paix 11 juillet 1880 Amnistie des Communards
avec l'Allemagne et sont majoritairement de tendance monarchiste. 1905 Plus de 100 000 personnes participent à ses funérailles
CONSIGNE
A partir des vidéos suivantes et du corpus page, complétez le tableau suivant :
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I- II-
Point de passage 2 : Victor Hugo, un héros républicain
Comment la figure de Victor Hugo Capacités travaillées :
contribua-t-elle à unifier la nation - Mettre un événement ou une figure en perspective.
- Utiliser une approche historique pour construire une
autour de la République ?
argumentation.
Consigne : A l'aide des documents et de vos connaissances, montrez que les républicains proposent, à travers
la figure de Victor Hugo, un modèle exemplaire pour les Français.
Aide : 1/ Montrez en quoi les combats de Victor Hugo correspondent à l'idéal des républicains au pouvoir. 2/
Expliquez comment l’État a fait des funérailles de Victor Hugo un véritable rituel républicain qui permettait de
légitimer la République.
France Culture « L'enterrement de Victor Hugo en 1885 : ils y étaient »
[Link]
Les funérailles de Victor Hugo en 1885 : à gauche, le cercueil déposé sous l'Arc de Triomphe sur un catafalque
dessiné par Charles Garnier (l’architecte de l’Opéra), à droite le cortège funéraire arrivant au Panthéon.
Histoire du Panthéon
Construite à l'initiative de Louis XV, l'église St Geneviève est à peine achevée lorsque en 1791, l'assemblée
nationale décide de la convertir en Panthéon, d'après un mot grec qui signifie « l'ensemble des dieux ».
L'édifice doit désormais abriter les sépultures des grands hommes de la nation, comme l'indique l'inscription
sur le fronton du monument : « Aux grands hommes de la patrie reconnaissante ». Au 19e siècle, le Panthéon
connaît d'incessants changements de fonction, oscillant entre lieu de culte catholique sous la Restauration et
le Second Empire et temple laïc sous la monarchie de Juillet et la 2e République. A l'occasion de la mort de
Victor Hugo, le Panthéon est rendu par la 3e République à la célébration des grands hommes.
II- l’affirmation des valeurs républicaines
Problématique : Sur quelles valeurs et principes la République se construit-elle ?
a. L’affaire Dreyfus, une contestation du parlementarisme
À la fin des années 1880, la République est contestée par l'antiparlementarisme dans un contexte de
corruption parlementaire. Une crise majeure ébranle alors le régime : l'affaire Dreyfus (1894-1906). En 1894,
Alfred Dreyfus, officier juif alsacien, est condamné à tort pour espionnage au profit de l'Allemagne.
L'affaire militaire devient une crise qui déchire la société française. Les dreyfusards rassemblent des
intellectuels et responsables politiques de gauche qui défendent l'innocence de Dreyfus au nom des valeurs
républicaines et démocratiques. Les antidreyfusards appartiennent le plus souvent à la droite nationaliste,
antisémite et cléricale. Ils soutiennent quant à eux l'armée et la raison d'État, multipliant les caricatures
antisémites et nationalistes dans la presse. Gracié en 1899, Dreyfus est finalement réhabilité en 1906 : il est
réintégré dans l'armée et reçoit la légion d'honneur.
La grâce de Dreyfus signe la défaite des nationalistes. La politique de « défense républicaine », conduite
par Waldeck-Rousseau, regroupe tous les partis républicains et remporte les élections de 1899. L’Affaire
Dreyfus a permis d’associer la République aux valeurs de justice, de raison, de droits de l’homme, de rejet du
racisme et de l’antisémitisme.
L'engagement de l'Église catholique contre Dreyfus et la République amène par ailleurs les anticléricaux à
combattre l'influence de l'Église catholique par la laïcité.
b. La séparation de l’Eglise et de l’Etat : la loi de 1905
Après de nombreux débats, la loi de séparation des Églises et de l'État met fin en 1905 au Concordat de
1801. En partie inspirée par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la loi fait de la France
une République laïque. Elle garantit à chacun la liberté de croyance et de religion, mais l'État reste neutre et ne
rémunère plus les cultes, la religion relevant du domaine privé. La laïcité permet ainsi l'égalité des citoyens
devant la loi.
Plusieurs lois instaurent cette laïcité. les prières publiques à l'ouverture des séances du Parlement sont
supprimées. les lois Ferry garantissent une école laïque avec l'absence de signes et d'enseignement religieux.
les crucifix sont retirés de tous les bâtiments publics (mairies, écoles, etc.). Si des tensions naissent à court
terme, cette loi de compromis aboutit finalement à les apaiser.
En triomphant de ces épreuves, la République s'est enracinée et stabilisée en réaffirmant et approfondissant
les valeurs de 1789.
VOCABULAIRE :
Antisémitisme : doctrine ou attitude se caractérisant par la haine des Juifs.
Point de Passage 3 / L'Affaire Dreyfus (1894-1906)
Après avoir visionné cette vidéo, répondez aux questions :
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1/ Qui est Dreyfus ?
2/ De quoi est-il accusé ?
3/ Quels sont les arguments utilisés contre Dreyfus ?
4/ Complétez le tableau suivant pour montrer les oppositions entre Dreyfusards et anti-dreyfusards.
Valeurs défendues Exemples de personnalités
Dreyfusards
Anti-dreyfusards Royalistes, bonapartistes,
ultranationalistes
Point de passage 4 : 1905 La loi de séparation des Eglises et de l'Etat
Comment la République adopte-t-elle le principe de laïcité ? Capacités travaillées :
- Mettre un événement ou une figure en perspective.
Regardez cette vidéo et complétez le schéma sur les causes et conséquences de la loi de 1905. [Link]
Les territoires colonisés des puissances européennes
Problématique : Comment la conquête coloniale est-elle un facteur de puissance pour la République ? En quoi
l'Empire rentre-t-il en contradiction avec les valeurs républicaines ?
a. Rivalités coloniales, rivalités de puissances
Les puissances européennes relancent la colonisation au XIXe siècle. Elles rivalisent afin d'étendre leur
domination sur des territoires à travers le monde. Cette conquête débouche sur des accords de partage
(conférence de Berlin en 1885), mais aussi des tensions (Crise de Fachoda en 1898). La IIIe République,
affaiblie par la défaite de 1870, lance dans l'indifférence de l'opinion, un projet colonial qui est pour ses
partisans un moyen de rendre son rang de grande puissance à la France.
À partir de 1881, sous l'impulsion d'hommes tel que Jules Ferry, la lIIe République accumule les
conquêtes : Tunisie et Maroc, Afrique occidentale et équatoriale, Madagascar et Indochine. Entre 1870 et
1914, l'étendue de l'Empire français est multipliée par dix.
b. Administrer les territoires
La France dispose du second empire colonial qui s'étend de l'Afrique à l'Asie. Cet empire repose sur
différents statuts territoriaux : territoire départementalisé en Algérie qui est une colonie de peuplement,
protectorat en Tunisie (1881), union de plusieurs territoires (AOF, AEF). La France administre seule ou avec
l'appui des chefs colonisés les territoires. Les territoires sont inégalement contrôlés (ports, axes de
communication) et sous administrés par quelques fonctionnaires et des militaires.
Sur le plan diplomatique, la lIIe République participe aux rivalités coloniales. Ainsi, des crises l'opposent
à l'Allemagne à propos du Maroc en 1905 et en 1911. Elles exacerbent le nationalisme, élément majeur de
l'engrenage qui conduit à l'éclatement de la Première Guerre mondiale en 1914.
c. Exploiter, dominer les sociétés coloniales
Les raisons de la conquête sont économiques : contrôler des routes commerciales, accéder à des
ressources. Mais les mobiles sont aussi moraux en cherchant à « civiliser » les peuples indigènes (cultures,
religion, sciences). Ces sociétés coloniales sont marquées par des inégalités politiques et sociales.
Se comportant en puissance coloniale, la lIIe République viole les valeurs dont elle se réclame. Tueries
et massacres jalonnent la conquête. Une fois la soumission obtenue, la France ouvre des écoles, des routes et
des hôpitaux, mais les populations indigènes sont spoliées de leurs terres, soumises à une lourde fiscalité et au
travail forcé.
Cette exploitation, qui oppose partisans et adversaires de la colonisation, révèle la fragilité des
principes républicains.
Point de passage 5 : Le code de l’indigénat :
un outil de la domination coloniale et une atteinte aux valeurs républicaines
Le Code de l’indigénat est un ensemble de réglementations qui
permettent aux administrateurs des colonies d’appliquer des peines
diverses (prison, amendes) aux autochtones, sans procès. Outil majeur
de la domination coloniale, symbole de la différence de traitement
entre les colons et les habitants locaux, il est d’abord mis en place en
Algérie puis généralisé à l’Afrique et à l’Indochine. Il est toutefois
appliqué de façon différente selon les époques et les lieux. Justifié par
les autorités comme un moyen d’assurer la sécurité après les révoltes,
il n’a disparu officiellement qu’en 1946.
Le Code de l’indigénat en Algérie (1875)
Une liste de 27 infractions spécifiques aux indigènes est établie en 1874. Elles sont sanctionnées par des
peines spéciales : amendes, corvées, réquisitions, emprisonnement, etc.
Art. 1. Sont considérés comme infractions spéciales à l’indigénat et, comme telles, passibles des peines
édictées par les articles 465 et 466 du Code pénal, les faits et actes ci‑après déterminés, savoir : […]
6) Acte irrespectueux ou propos offensants vis‑à‑vis d’un représentant ou agent de l’autorité, même en
dehors de ses fonctions […]
7) Propos tenus en public dans le but d’affaiblir le respect dû à l’autorité […]
Arrêté général sur les infractions de l’indigénat, préfecture d’Alger, 9 février 1875.
Code complété par la loi du 21 décembre 1887
1 ) Propos tenus en public contre la France et son gouvernement (…)
11 ) Défaut pour tout indigène de faire immatriculer, dans un délai de 15 jours, les armes à feu dont il
deviendrait propriétaire (…)
13 ) Défaut pour tout indigène de se munir d’un passeport, permis de voyage, carte de sûreté ou livret
ouvrier régulièrement visé lorsqu’il se rend dans un arrondissement autre que celui de son domicile (…)
18 ) Réunion sans autorisation de plus de 25 personnes du sexe masculin (...)
Un partisan du Code Un opposant au Code
Ce n’est pas la différence seule des races, des La politique d’autoritarisme que M. Depincé persiste
mentalités, des religions, des mœurs, de tous les à préconiser pourrait bien nous être funeste.
caractères distinctifs des peuples, qui autorise ici, qui Comment prétendre maintenir rien que par la force
nécessite, dirons‑nous, une législation et des 15 millions d’indigènes ? Ceux‑ci, instruits dans nos
juridictions différentes de celles de la Métropole. Il ne écoles, comparant la situation du colon à la leur,
faut pas oublier que la conquête est à l’origine de notre comprennent ce qu’a d’odieux la duplicité de notre
établissement en Algérie, que les Algériens sont nos politique. On inscrit au fronton de nos monuments
sujets, que nous avons par conséquent le droit la devise républicaine liberté, égalité, fraternité.
incontestable de leur appliquer le traitement qui nous Mais on leur inflige l’internement, on les frappe de
convient, que nous jugeons utile pour la sécurité de peines disciplinaires, on leur fait payer de lourds
notre domination. Est‑ce à dire que ce traitement doive impôts. De plus en plus la maladroite « poigne » est
être dépourvu de bienveillance et d’humanité ? Rien par eux péniblement supportée.
n’est plus éloigné de notre pensée.
Émile Larcher, réponse à Charles Depincé, Revue
Charles Depincé, Revue politique et parlementaire, politique et parlementaire, 1912.
1912.
Questions
1 ) Quelles libertés sont remises en cause par le code l’indigénat ? ( Document 1)
2 ) Pour quelles raisons sont-elles limitées ? ( Document 2 )
3 ) Pourquoi ce code peut-il être remis en cause à la fois par les Français de métropole mais aussi par les
peuples colonisés ? ( Document 3)