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Los! 24

Le document traite des nouveaux destroyers porte-hélicoptères japonais, l'Izumo et le Kaga, qui marquent une étape importante dans la doctrine navale du Japon. Bien qu'officiellement classés comme destroyers, ces navires sont conçus pour la projection de forces et la chasse anti-sous-marine, reflétant les ambitions maritimes croissantes du Japon. La Marine japonaise devrait compter sept porte-hélicoptères d'ici 2017, renforçant ainsi sa capacité aéronavale.

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Los! 24

Le document traite des nouveaux destroyers porte-hélicoptères japonais, l'Izumo et le Kaga, qui marquent une étape importante dans la doctrine navale du Japon. Bien qu'officiellement classés comme destroyers, ces navires sont conçus pour la projection de forces et la chasse anti-sous-marine, reflétant les ambitions maritimes croissantes du Japon. La Marine japonaise devrait compter sept porte-hélicoptères d'ici 2017, renforçant ainsi sa capacité aéronavale.

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actU : les noUveaUx DDh Japonais // lexiqUe : les signaUx à bras et sonores

Destroyers classe sprUance


les lévriers De l'US NavY

LE SaCriFiCE DE La roYaL NavY


épreUve De Force en méDiterranée

enigma : comment casser les coDes


De la kriEgSmariNE ?

CSS H. L. HUNLEY
et la gUerre soUs-marine FUt

hUnt & ULtor


l’as Des soUs-mariniers De sa maJesté
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carapresse &tère FÉV.
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2016
ACTUELLEMENT EN KIOSQUE
Trucks & Tanks n° 53 Batailles & Blindés n° 70 Ligne de Front n° 59

Panzer-Aufklärungs-Abteilung
« RECO » : Les missions de la
Les Tiger de la Honved
Les chars lourds de l’Armée hongroise au combat Le Pont du Taureau
La folle charge du lieutenant Powle
était-il indispensable ?

L’ARSENAL DU III. REICH


« Bunker Busters » !
TTankistes alliés et fortifications japonaises

Matériels et tactiques
Melikhovo
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KKempf cherche la clé des flancs

actualité

Un magazine des éditions


LE MATÉRIEL MODERNE
de
l’armée
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C

LOS! n° 24 Aérojournal n° 50 LOS Hors-Série n° 10


de la marine japonaise

LES ARMES DE BORD


GATO : Les bourreaux

de la Luftwaffe

PETITE HISTOIRE
du cuirassé

LDF Hors-Série n° 26 AJ Hors-Série n° 22 TNT Hors-Série n° 21


LES SECRETS DE PEENEMÜNDE
Les armes miracles d’Hitler

Fw 190 F et G au combat

Modèles & projets


FW 190 JABOS

PANZER IV

Renseignements : Éditions Caraktère - Résidence Maunier - 3 120, route d’Avignon - 13 090 Aix-en-Provence - France
Tél : +33 (0)4 42 21 06 76 - www.caraktere.com

24 sommaire
~ 4 actU les noUveaUx DDh Japonais
Janvier
Février le Japon aFFirme ses ambitions
2016 12 actU JeU De plateaU
tHEY ComE UNSEEN

ACTION STATIONS! BRANLE-BAS DE COMBAT ! 14 sécession CSS H.L. HUNLEY


1864 et la gUerre soUs-marine FUt

c ela faisait bien longtemps que nous n’avions pas mis


à jour notre offre de portfolios. Nous nous en étions
effectivement arrêtés au U‑Boot Typ XXI, avec 14 bâti-
ments traités. Trois nouveaux viennent enfin compléter
la gamme : le Yamato, le Shōkaku et le Prinz Eugen. Des unités
illustres, dont les dimensions sont parfaitement restituées par des
22

30
technologie
118- 14
paciFiqUe
enigma : comment casser les coDes
De la kriEgSmariNE ?
sUbmersibles classe gato
impressions au format A3 sur papier fort (voir en fin de magazine). 141-14 les boUrreaUx De la marine Japonaise
L’idée de proposer des portfolios nous est venue en constatant
combien de disciplines « annexes » recoupaient l’histoire navale
d’une manière ou d’une autre. Les maquettistes et modélistes sont
ainsi nombreux parmi nos lecteurs, et c’est en particulier à eux que
nous avons pensé en créant cette documentation iconographique.
Autre domaine jouxtant notre passion commune, le jeu, quel qu’il
soit : le wargame, le jeu de société, de cartes, de plateau, etc.
Économiquement parlant, c’est un marché en plein boom depuis
quelques années, et il y a certainement beaucoup de lecteurs de
LOS! qui sont aussi des joueurs. Forcément. Or, dans le lot des
centaines de nouveautés éditées chaque année, il existe un bon
nombre de jeux de guerre, dont quelques-uns axés sur le combat
ou la simulation navals. Il serait dommage de passer à côté de
ces créations quand elles sont dignes d’intérêt, et nous ne nous
priverons donc pas d’en présenter quelques-unes de temps en
temps. Ce ne sera pas dans le cadre d’une rubrique régulière, mais
selon notre humeur du moment. Car nous aimons jouer avec nos
lecteurs (voir l'article sur Enigma).

0 bataille le sacriFice De la roYaL NavY


Bonne année 2016 !
141 épreUve De Force en méDiterranée
Xavier Tracol
60 gUerre FroiDe Destroyers classe sprUance
1-200 les lévriers De la marine américaine

&
L’aventure LOS! se poursuit sur les pages
Facebook et Twitter des éditions Caraktère ! 2 sUbmersible hUnt & ULtor
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143-14 l’as Des soUs-mariniers De sa maJesté
Conseillers à la rédaction / Officiers de quart : 80 lexiqUe
N°24 P. Toussaint - L. Charpentier
signaUx à bras, aUDibles et vocaUx
Commission paritaire : 0417K91314
Janvier - février 2016 Dépôt légal (BNF) : à parution
ISSN : 2258-5303
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3D / Télémétrie : S. Draminski incorporées. Loi du 11.03.1957, art. 40 et 41; Code
Pénal, art. 425. Illustration de couverture : Stefan Draminski
Une lettre d’information accompagne votre magazine. Elle est réservée aux abonnés et clients VPC. Le submersible classe Gato USS Drum en plongée.
actU

les noUveaUx DDh Japonais


p L’Izumo peut faire opérer cinq
hélicoptères simultanément. Un système
anti-missiles à courte portée Phalanx est
nettement visible au niveau de la proue,
tandis qu’un lanceur RIM-116 est installé
le Japon aFFirme ses ambitions maritimes
devant le bloc passerelle-cheminée. Sauf mention contraire, toutes photos : © Japan Maritime Self-Defense Force

ce sont les deux plus gros navires de guerre construits

L
ancé à Yokohama le 27 août dernier
par les chantiers Ishikawajima HI, le
au Japon depuis la seconde guerre Mondiale. les DDH‑184 Kaga est le nouveau porte-
hélicoptères de la force maritime d’auto-
destroyers porte-hélicoptÈres IZUMO et KAGA Marquent défense japonaise (FMAJ en français,
JMSDF en anglais, et Kaijō Jieitai en
une nouvelle étape dans la doctrine navale nippone. japonais). Tout comme son sister-ship DDH-183,
un peu plus petit et lancé en 2013, ce bâtiment
officielleMent destinés À la défense de l’archipel et est, sur le papier, un destroyer porte-hélicoptères
appartenant à la classe Izumo, dont les budgets ont
À l’aide huManitaire, les deux bÂtiMents sont conÇus été ratifiés en 2010 et 2012 (22e et 24e années de
l’ère Heisei). Ces deux DDH viennent appuyer les
pour la proJection de forces et la chasse anti-sous- destroyers polyvalents 19DDH et prendre la relève de
deux destroyers lancés en 1980 et 1981, les Shirane
Marine. une Mission À la hauteur des relations tendues et Kurama. Le Kaga ne sera cependant pas opération-

avec les voisins iMMédiats du pays du soleil levant.


nel avant 2017, et l’Izumo, entré en service en mars
2015, restera donc le navire amiral de la flotte porte-
hélicoptères nippone pendant encore un an et demi.

4
classe iZUmo le Japon aFFirme
ses ambitions maritimes

par Fabrice Jonckheere


En 2017, la Marine japonaise devrait compter pas moins de désormais consacrée et convenue pour des raisons politi- p L’Izumo en construction
7 porte-hélicoptères : 2 unités de la classe Izumo, 2 autres ques : ils ne sont donc officiellement que de simples navires modulaire dans sa forme
à Yokohama. Le navire est
de classe Hyuga (les Ise et Hyuga) et 3 bâtiments d’assaut de soutien et d’escorte. Mais ces bâtiments n’ont en réalité assemblé à l’horizontale et
Osumi. Le lancement en grandes pompes du Kaga a mis rien à envier à leurs prédécesseurs : d’une longueur de au sec. Le bassin sera mis
en lumière un point jusque‑là méconnu du grand public : 248 m et d’un déplacement de 27 000 t, ils en imposent ! en eau progressivement.
la Marine japonaise est à ce jour l’une des plus importantes Quatre fois plus lourds que les destroyers de la classe
pp Les destroyers
au monde, tant en termes de tonnage (450 000 t) que de Shirane, ils filent 30 nœuds, et leur apparence n’est pas, Shirane et Onami à quai
capacité aéronavale. il est vrai, sans rappeler celle d’un porte-avions. à Yokosuka, siège de la
Leur coque effilée supporte une piste d’envol continue, 1re flottille et quartier général
de la Force maritime
dont l’extrémité avant se rétrécit de façon symétrique
d’autodéfense japonaise.
sur la proue. Si leur pont ne possède ni catapultes ni
Destroyers tremplin, il est en revanche marqué de 5 spots de sta-
tionnement d’hélicoptères. Deux ascenseurs, l’un posi-
et porte-hélicoptères ? tionné latéralement derrière l’îlot tribord, l’autre à l’avant
de la piste en position centrale, desservent un hangar
Selon les autorités chinoises, la FMAJ posséderait une de plus de 4 000 m2 divisé en trois parties par des por-
flotte aéronavale de premier rang, avec des navires qui tes coupe-feu. Les superstructures aux lignes furtives se
ressembleraient étrangement aux porte-avions de l’ancienne composent de deux blocs passerelles, l’un tourné vers
Marine impériale mais qui sont enregistrés comme des l’avant pour la conduite du bâtiment, et l’autre vers l’ar-
destroyers. Et la Chine de poser la question : les Izumo et rière pour mener les opérations aériennes. Entre les deux
Kaga ne sont-ils que des destroyers porte-hélicoptères ? se trouvent les conduits des cheminées. Sur le côté de
Selon la terminologie japonaise, ce sont avant tout des la coque, un enfoncement abrite un système de trans-
Goei-kan, littéralement des « navires d’escorte ». Le terme fert de charges lourdes à la mer et un dispositif offshore
Kuchiku-kan, « repousseur de torpille », donc assimilable d’approvisionnement en pétrole. L’Izumo est motorisé
à contre-torpilleur, n’est plus guère utilisé au Japon, et la par quatre turbines à gaz COGAG (Combined gas and
dénomination DDH en a fait des destroyers, appellation gas) LM2500 produites par General Electric Aviation.


actU

Ces dernières entraînent deux arbres à hélices à pas varia-


ble et développent une puissance totale de 112 000 cv;
À titre de comparaison, le Charles de Gaulle produit
83 000 cv, tandis que le plus grand porte-avions au
monde, l’USS Enterprise, disposait de 280 000 cv.

Un oUtil polyvalent
Officiellement, la classe Izumo doit « contribuer à la
stabilité régionale », selon la novlangue diplomatique
en vigueur, ainsi qu’à la lutte contre les catastrophes
naturelles. Cela signifie, en réalité, défendre l’archi-
pel et ses îles éloignées, participer aux opérations de
maintien de la paix des Nations unies et venir en aide
aux populations civiles touchées par des typhons, séis-
mes ou tsunamis. Toute velléité offensive est de prime
abord exclue. Aux dires de Tokyo, les Kaga et Izumo
ne sont, par exemple, pas conçus pour embarquer des
chars. Leur capacité d’emport de 50 camions de 3,5 t
conforte d’ailleurs le discours officiel qui en fait des
navires à usage humanitaire et de transport logistique
pour les pays alliés dans le cadre d’exercices militaires
conjoints. Autre point d’importance : à la différence des
Landing Helicopter Assault (LHA) et Landing Helicopter
Dock (LHD) des flottes étrangères — voir leur définition
en encadré —, les Izumo n’ont pas de radier et ne peu-
vent donc pas effectuer de débarquement de troupes
d’assaut depuis la surface.
L’Izumo est le navire amiral de la 1re flottille d’escorte
basée à Yokosuka, une formation constituée de deux
destroyers lance-missiles et de cinq destroyers ASM.
Corey Wallace, un expert de la politique de sécurité
du Japon à l’Université d’Auckland, précise que « la
fonction de commandement et la nécessité de mener
plusieurs opérations simultanément sont les principa-
les raisons pour lesquelles le gouvernement japonais
a commandé les DDH. […] Un DDH est nécessaire
à chacune des quatre flottilles d’escorte de la MSDF ».
p et u L’Izumo lors de ses
essais en baie de Sagami.
On distingue clairement
sur le pont l’emplacement
de l’ascenseur central.
Sont positionnés de part
et d’autre de la poupe un
lanceur de missiles surface-
air RIM-116 (bâbord) et un
système Phalanx (à tribord).
Ce dernier est souvent
surnommé R2D2 du fait de
sa ressemblance avec le
petit robot de Star Wars.

6
classe iZUmo le Japon aFFirme
ses ambitions maritimes

p Le porte-hélicoptères USS Essex est un LHD


de la classe Wasp. Il déplace plus de 41 000 t et
possède un radier quand l’Izumo ne fait « que »
27 000 t et n’est pas équipé de radier à la poupe.
US Navy

u et y Le SH-60K est un hélicoptère construit sous licence


par Mitsubishi et équipé d’une électronique japonaise. 17 de
ces appareils devraient être acquis par le Japon en 2016.

Un avis confirmé par l’aménagement dans l’un des îlots


d’une salle de commandement interarmées. Son rôle ?
Coordonner les actions de différentes unités des trois
Armes et piloter les manœuvres de la flottille. « La classe
Izumo est conçue pour être la pièce maîtresse d’une
flotte de chasse », affirme pour sa part Alessio Patalano,
spécialiste naval au War College du King’s College à
Londres. Une tâche qui s’ajouterait donc à la projection
d’assauts aéroportés et au soutien de forces navales.
Pour répondre à cette dernière mission, la classe Izumo
peut effectivement servir de ravitailleur en fournissant
jusqu’à 3 300 000 litres de combustible ou d’eau douce
aux navires de sa flotte. Cela permet d’éviter d’indispen-
sables rotations vers la terre ferme, et ainsi maintenir
la cohésion des escadres.

patroUille et protection
Des roUtes maritimes
contre les sUbmersibles
Les deux DDH ont été conçus pour patrouiller les routes
maritimes contestées d’Asie et protéger le trafic japonais,
une préoccupation à mettre en rapport avec la destruction
par les sous-marins américains de la flotte de commerce
nippone lors de la guerre du Pacifique, avec les consé-
quences que l’on connaît : un effondrement complet de
l’économie, l’asphyxie de l’archipel et sa capitulation.


actU

Ce que Tokyo n’avoue qu’à demi-mot, c’est que la classe pour opérer depuis un navire dénué de catapulte et de
Izumo constitue une contre-mesure au « nombre croissant tremplin. Les imperfections de cet appareil expliqueraient
de sous-marins Diesel-électriques chinois opérant sur cependant pourquoi aucune commande n’a été passée
les littoraux et armés de torpilles et de missiles antinavi- par Tokyo. Ses tuyères pourraient détériorer le pont, qui
res », dixit Guy Stitt, président de AMI International, une n’a pas été conçu pour son emploi : orientées vers le
société de veille et d’analyse stratégique spécialisée dans qq Le porte-hélicoptères bas, les tuyères dégagent effectivement une chaleur à
Hyūga au sein d’une
le domaine maritime. Sur les 14 hélicoptères embarqués formation nippo-américaine
même de détériorer la piste… Enfin, le F‑35B est inca-
sur chaque bâtiment, 7 seront en effet des SH‑60K, des lors d’un exercice annuel. Ce pable pour le moment d’emporter un armement lourd
appareils d’origine américaine construits sous licence bâtiment est la tête de série ou des réservoirs auxiliaires.
par Mitsubishi et spécialisés dans la lutte ASM, tandis de la classe précédant celle
de l’Izumo. Mis en service
que les autres seront des AgustaWestland MCH101 de en 2009, il déplace 18 000 t
guerre des mines [1]. Certains observateurs notent que,
en temps de crise, les Izumo pourraient même emporter
et peut embarquer jusqu’à
16 voilures tournantes. la coUrse
un total de 28 à 30 appareils. Leur pont d’envol est
en effet d’une taille suffisante pour être utilisé comme
q Mis sur cale en janvier
2012, l’Izumo a été lancé en à la gUerre électroniqUe
parking permanent sans que cela ne gêne les opérations août 2013. Ses essais ont
d’appontage. Ces DDH alignent une flotte aérienne qui débuté un an plus tard, et il Les Izumo et Kaga sont conçus pour participer à un
fait dire au général Nakatani, ministre de la Défense japo- a été officiellement mis en vaste dispositif de couverture navale du Pacifique. Pour
service le 25 mars dernier.
naise, qu’ils « renforcent la capacité anti-sous-marine Le Kaga devrait l’être à leurs communications, les deux DDH sont équipés du
de la FMAJ », une évidence lorsqu’on se souvient des son tour en mars 2017. système NORA‑1C, reconnaissable à ses deux antennes
trois uniques hélicoptères déployés auparavant par le
destroyer Shirane.
Toujours dans l’optique de la lutte ASM, les Izumo doivent
être capables d’accueillir des aéronefs à rotors basculants
ou à voilure fixe. En janvier 2015, le Parlement japonais
a validé l’achat de cinq V‑22 Osprey, des appareils com-
binant une grande autonomie et une vitesse de croisière
plus élevées que celles d’un hélicoptère conventionnel.
À cette fin, des tests d’appontage avaient été menés sur
les Ise et Huyga dès 2013. Mais un autre appareil est
susceptible d’intéresser la Marine nippone : le chasseur
américain de dernière génération F‑35B à décollage court
et atterrissage vertical, une machine théoriquement idéale

[1] Certains appareils sont livrés par la compagnie anglo-


italienne, tandis que les autres sont construits au Japon
par Kawasaki. Le premier MCH101 a été livré en mars
dernier et doit entrer en service l’an prochain.

8
classe iZUmo le Japon aFFirme
ses ambitions maritimes

paraboliques montées sur la partie inférieure du mât et p et q Le Hyūga précédant objectif est identifié. Sous la ligne de flottaison, ce que
à l’avant de la cheminée. Il permet de communiquer en l’USS George Washington l’on pourrait prendre pour un simple bulbe d’étrave se
(classe Nimitz) lors de
temps réel avec les autres navires alliés via le satellite nip- manœuvres conjointes en
révèle être un sonar OQQ‑23. Pour la lutte antimissile,
pon Superbird‑B2 qui couvre tout l’ouest du Pacifique. 2009. Le porte-avions est l’Izumo dispose de trois mortiers Mk.36 SRBOC à courte
Ils disposent aussi du système de contre-mesure NOLQ3C alors basé au Japon depuis portée, placés l’un en avant de l’îlot, un autre sur tribord
qui peut détecter les communications et les émissions 2005, ce qui en fait le seul avant et le dernier à la poupe. Chacun d’eux comprend
bâtiment à propulsion
radar provenant de sources potentiellement hostiles et nucléaire de l’US Navy à six tubes de 130 mm orientés selon un angle de 45°
émettre un signal de brouillage. Afin de localiser les être stationné de façon ou 60° et projetant des leurres infrarouges et radio pour
forces de surface adverses et fournir des informations permanente en dehors contrer différents types de missiles antinavires. Les DDH
au système de conduite de tir, un radar OPS‑50 AESA du continent américain. seront aussi armés du Floating Acoustic Jammer, un
est placé au‑dessus de chacun des blocs passerelles. mortier qui tire des leurres destinés à perturber les tor-
Sa grande antenne en bande C (détection et poursuite pilles en approche, soit en reproduisant le bruit d’héli-
de missiles balistiques) à balayage électronique a été éla- ces du bâtiment, soit en émettant un faux écho radar.
borée spécifiquement pour la Marine japonaise. Le radar Ce lanceur a une portée de 1 000 m, et le dispositif de
d’acquisition de cible OPS‑28 prend le relais lorsqu’un brouillage a une durée de 7 minutes. Les destroyers dis-
posent de deux systèmes de défense antimissile courte
portée Mk.15 Phalanx Block 1B, l’un à l’avant, l’autre
à l’arrière, couplés au radar de direction de tir OPS‑50
AESA, ainsi que deux lanceurs Raytheon de missiles
sol-air RIM‑116 Rolling Airframe et deux affûts triples
de tubes lance-torpilles.

Une tension régionale


palpable DU norD aU sUD
Le lancement de la classe Izumo répond à une mon-
tée des tensions dans le Pacifique. Le Japon estime
devoir défendre son intégrité maritime : 6 852 îles,
dont 430 sont habitées, soit 300 000 km de côte et
4,5 millions de km² de territoire maritime revendiqués.
Revendiqués mais contestés par ses trois plus proches
voisins. La Russie occupe ainsi les îles Kouriles du Sud.


actU

[2] Et rochers Liancourt


par la France.

u Comparé à un Nimitz, le
Hyūga fait clairement figure
de nain ! Les destroyers
porte-hélicoptères japonais
ne sont pourtant pas des
coques de noix. L’Izumo
pourra ainsi mettre en œuvre
des appareils de dernière
génération, comme le
V-22 Osprey et le F-35B.

Annexées en 1945 sans que jamais un traité de paix ne ratifie cette comme par exemple le verrouillage d’un destroyer de la FMAJ par une
conquête, elles demeurent au centre d’un contentieux avec Tokyo. direction de tir embarquée chinoise, ou bien le contact un peu trop
À l’ouest, Tokyo aspire à intégrer à son territoire les îles Takeshima, serré d’un avion japonais par un chasseur chinois. » En 2013, Pékin
aussi appelées Dokdo [2] en Corée du Sud, pays qui les occupe avait déjà dépêché dans la région son unique porte-avions, le tout
de facto depuis 1945. Enfin, au sud, les îles Senkaku (Diaoyu en nouveau Liaoning, pour affirmer ses revendications territoriales.
mandarin, et Tiaoyutai à Taiwan) sont trois îlots de 7 km2 disputés Ce conflit larvé a contraint le Japon à réévaluer sa doctrine militaire,
par la Chine et « nationalisés » par Tokyo. Ces zones sont riches en alors que la constitution de 1947 stipulait par son article 9 que
ressources halieutiques, en hydrocarbures et très certainement en « le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit
gisements de manganèse, lithium ou cobalt, des minerais nécessaires souverain de la nation, à la menace ou à l’usage de la force comme
à l’industrie électronique nippone. D’autre part, les routes maritimes moyen de règlement des conflits internationaux ». Pour atteindre le
du Japon pour son approvisionnement en énergies fossiles passent but fixé, « il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales
obligatoirement en mer de Chine Orientale par les Sendaku, un et aériennes, ou tout autre potentiel de guerre. Le droit de belligé-
sérieux problème pour Tokyo, qui dépend à 93 % de cette route rance de l’État ne sera pas reconnu ». Jusqu’à présent, il était donc
pour le transit de ses énergies fossiles. interdit au Japon d’utiliser des moyens coercitifs pour sa défense.
D’un côté comme de l’autre, on ne compte plus les provocations. Mais le gouvernement a réinterprété les textes sous un nouveau
Ce passage du livre blanc 2015 du ministère de la Défense japonais jour : puisque l’ONU reconnaît la légitime défense pour se protéger
en témoigne : « Des incursions sporadiques dans les eaux territoriales et aider ses alliés, il en a déduit que le pays est en droit de posséder
du Japon font partie intégrante de la politique navale chinoise. Cette une force armée minimale, surtout face à des voisins développant à
activité maritime de Pékin est constituée d’actions à haut risque, grande vitesse leurs capacités navales. Ainsi, à la doctrine chinoise

mUltiplication Des porte-aéroneFs en asie


À elles seules, six puissances régionales possèdent, ou vont posséder d’ici 2020, 20 porte-aéronefs.

pays en service prévus / en construction


australie 2 LHD STOVL (Canberra et Adelaide) 1 LHD STOVL (classe Canberra)
1 porte-avions STOBAR mis sur cale en 2015
chine 1 porte-avions STOBAR (Liaoning) 1 porte-avions CATOBAR mis sur en cale en 2018
1 porte-avions nucléaire CATOBAR de 100 000 t (aucune date)
corée 1 LPH (Dokdo) 2 LPH (Marado et Baek-Ryong)
1 porte-avions STOVL (Viraat, ex-HMS Hermes)
inde 1 porte-avions STOBAR (Vikramaditya, ex-Amiral Gorshkov) /

3 LHA (Osumi, Shimokita, Kunisaki)


Japon 2 DDH/LHD (Hyuga, Ise) 1 DDH/LHD (Kaga)
1 DDH/LHD (Izumo)
thaïlande 1 porte-aéronefs STOVL (HTMS Chakri Naruebet) /
total 13 7

10
classe iZUmo le Japon aFFirme
ses ambitions maritimes

sigles
• CATOBAR : Catapult Assisted Take Off But Arrested Recovery – porte- • LHD : Landing Helicopter Dock – porte-aéronefs à pont d’envol
avions équipé de catapultes et de brins d’arrêt. Il permet l’emploi continu disposant d’un grand radier
d’avions navalisés. • LPH : Landing Platform Helicopter – porte-hélicoptères à pont d’envol
• CV: Carrier Vessel – porte-avions à propulsion classique continu sans radier
• CVN : Carrier Vessel Nuclear – porte-aéronefs à propulsion nucléaire • STOBAR : Short Take-Off But Arrested Recovery – porte-avions
• CVL : Aircraft Carrier Light – porte-avions léger équipé de tremplin et brins d’arrêt. Il permet l’emploi d’avions
• CVS : Support Aircraft Carrier – porte-aéronefs de lutte ASM conventionnels.
• CVSG : porte-aéronefs de lutte ASM et armé de missiles antinavires • STOVL : Short Take-Off, Vertical Landing – porte-aéronefs ne dis-
• DDH : destroyer porte-hélicoptères posant que d’un tremplin. Il permet l’emploi d’appareils à décollage
• LHA : Landing Helicopter Assault – porte-aéronefs à pont d’envol et atterrissage verticaux
continu disposant d’un petit radier

du « collier de perles » [3] répond l’antique concept japo-


nais « offensive défensive », renommé depuis « paci-
fisme proactif » par le Premier ministre Abe. De quoi
s’agit‑il ? La première ligne de défense du Japon est
constituée d’îles éloignées, des terres qui contribuent
à la profondeur stratégique indispensable de l’archipel.
En retour, les forces navales doivent être en mesure de
les défendre efficacement par une projection de for-
ces. C’est cette dernière qui, sous couvert de légitime
défense, a servi d’argument à la Diète (le Parlement
japonais) pour voter, dans une atmosphère électrique
le 19 septembre dernier, des lois controversées sur la
sécurité nationale. Désormais, le Japon pourra envoyer
des troupes à l’étranger pour soutenir ses alliés au nom
de « l’autodéfense collective » et intervenir à l’extérieur
de ses frontières lorsque ses intérêts stratégiques seront
menacés. Ce changement a été préparé, puisque, l’an
dernier, il a déjà été décidé d’augmenter les dépenses
militaires de 5 % d’ici 2019 : 238 milliards de dollars
seront ainsi consacrés au réarmement du pays. Soit le
prix de 158 DDH ! Désormais, le temps des seules
manœuvres navales conjointes avec l’US Navy semble
dépassé. Kaga et Izumo en sont une illustration. 
x et p L’Izumo possède
un équipage de 470 marins,
tandis que les « véritables »
destroyers de la classe
Akizuki ont à leur bord
tout juste 200 hommes
et officiers. Les DDH
ont un rôle central et
névralgique dans les
capacités de projection
de la Marine japonaise.

[3] La Chine a constitué en


Asie un réseau de plusieurs
bases navales et d’appui
logistique pour assurer
son approvisionnement
énergétique. L’empire
britannique s’est reposé, au
XIXe siècle, sur un réseau
identique pour asseoir
son hégémonie navale.

11
JeU actU

le JeU De plateaU
tHEY ComE UNSEEN
se Jette à LoS !
par xavier tracol
Un jeu d'Andrew Benford, édité par Osprey Games
disponible sur https://ospreypublishing.com/store
environ 50 €

D
epuis une dizaine d’années, les wargames traitant de la guerre

en ces périodes de fÊte oÙ il est de bon ton sous-marine font recette. Compass Games avait ainsi sorti, en
2005, Silent War, une simulation stratégique des submersibles
américains dans le Pacifique entre 1941 et 1945, suivie, cinq ans
de noyer les enfants sous une avalanche de plus tard, de Steel Wolves, son équivalent sur la U-Bootwaffe en
Jouets coÛteux, bruyants et encoMbrants, Atlantique (1939-1943). Récemment, Consim Press a repris le
flambeau en éditant, en 2013, The Hunters, un jeu de gestion
la rédaction de LOS! adresse ses pensées de carrière d’un commandant de U‑Boot, et se prépare à mettre en vente
Silent Victory, un jeu similaire sur les Gato et autres Balao. De son côté,
aux adultes incoMpris de leurs proches Dan Verssen Games propose deux titres comparables dans sa série Leader
(U-Boat Leader et Gato Leader). Ces productions ont toutes comme point
qui, alors qu’ils désiraient pour noËl commun, outre la forte similitude des thèmes abordés, d’avoir été conçues
pour jouer en solo. L’initiative est louable, mais pèche très souvent au final par
un livre d’histoire navale ou une boÎte de les limites qu’impose immanquablement cet exercice de style : des répétitions
incessantes d’actions et de décisions dans un ordre préétabli, et/ou une très
WargaMe, se sont vu offrir une écharpe large place laissée au hasard (généralement par le tirage de dés) pour simuler

qui gratte et un roMan de guillauMe


des événements sur lesquels le joueur n’a pas prise (apparition d’un ennemi,
d’une panne, etc.).

Musso. courage, vous n’Êtes pas seuls. Or, un nouvel acteur vient de faire son apparition sur le micro-marché du
jeu de sous-marin. C’est Osprey, l’éditeur anglais bien connu des amateurs
d’histoire militaire pour ses livres souples traitant de batailles, d’unités, de
matériels ou d’uniformes. Depuis 2012, il vend aussi des wargames his-
toriques (certains sont à imprimer soi-même) et il s’est lancé, cette année,
dans le jeu de société. Présent au salon d’Essen [1] en octobre dernier, il y
a exposé They Come Unseen (TCU), qui ne reprend aucune des recettes de
ses concurrents. C’est en effet un jeu pour 2 à 5 joueurs, une configuration

12
THEY COME UNSEEN

rarement proposée d’habitude. De plus, ce n’est ni un véritable war- par un bâtiment les éperonnant. Une règle avancée fait entrer en ligne
game (i.e. aux règles touffues et aux parties interminables), ni un de compte la météo, qui peut avoir d’importantes conséquences sur
simple jeu de plateau, mais un mélange des deux [2]. Enfin, vous n’y la conduite des opérations : rayon d’action réduit, impossibilité de
trouverez aucun bâtiment allemand ou américain : TCU est l’œuvre ravitailler et de recharger les batteries, etc.
d’un ancien commandant du Silent Service qui a choisi de simuler un Ici, pas de débauche de figurines ou de cartes, ce qui fait dire que
combat en pleine guerre froide entre des submersibles Diesel-électriques la boîte est clairement surdimensionnée. Le matériel est toutefois de
britanniques et des destroyers ASM soviétiques. qualité, avec des tuiles et cartes de carton fort bien imprimées, chaque
joueur ayant à sa disposition des panneaux de contrôle pour gérer
son autonomie. La règle (en anglais) tient en quelques pages, mais
nécessite tout de même la mise à jour, publiée par l’éditeur sur Internet,
LE PRINCIPE pour clarifier certains points. Osprey a eu par contre l’excellente idée
d’accompagner son jeu d’un livret historique et stratégique, où l’auteur
Un plateau central représente une zone littorale imaginaire supposée explique la vie à bord d’un submersible conventionnel ainsi que divers
être située en Arctique. Deux submersibles de l’OTAN ont reçu pour autres aspects techniques (thermocline, etc.), avant de conclure par
mission de débarquer des commandos pour détruire 4 des 6 bases quelques conseils tactiques au profit de chacun des joueurs. Dans
navales soviétiques qui s’y trouvent. Or, ces dernières sont fortement TCU, les Soviétiques vont devoir apprendre à maîtriser convenablement
défendues : 2 destroyers ASM patrouillent le secteur, et ils peuvent leur sonar s’ils veulent détecter l’adversaire, qui, lui, aura toutes les
compter sur 3 bâtiments de soutien logistique pour se ravitailler en peines du monde à gérer son autonomie en fonction de la profondeur
carburant et en munitions. Le ou les joueurs « OTAN » vont devoir disponible sous sa quille, de la charge de ses batteries et de la présence
progresser discrètement en plongée pour éviter les navires adverses, de l’adversaire. L’intérêt du jeu réside dans le fait que les deux camps
mais ils vont rapidement se heurter à divers problèmes : le ou les ne connaissent qu’une partie des informations concernant la stratégie
joueurs « URSS » traquent les intrus au sonar, alors que les submer- adverse et que leurs moyens sont nettement asymétriques.
sibles ont besoin de remonter à intervalles réguliers à la profondeur Avec TCU, Osprey propose un jeu simple d’accès mais possédant une
périscopique pour recharger leurs batteries grâce à leur schnorchel… certaine profondeur. Ce n’est ni de la micro-gestion d’un sous-marin en
ce qui permet aux Soviétiques de repérer précisément leur position et patrouille, ni une simulation de combat naval, mais un jeu de combat
leur direction pendant un court moment. Enfin, vitesse et discrétion tactique bien conçu et finement réglé. 
dépendent directement de leur profondeur d’évolution (4 niveaux étagés
entre la surface et 180 m). Les sous-marins peuvent se défendre en [1] Le plus important salon européen consacré à
l’industrie du jeu de société et du wargame.
mouillant des mines sur le chemin probable de leurs agresseurs, mais
ils risquent aussi d’être détruits par des salves de grenades ASM ou [2] Certains médias et spécialistes parlent alors de « warteau » pour ce type de jeu.

13
gUerre De sécession
1864

CSS H.L. HUNLEYp Gravure d’époque du CSS Hunley


par vincent bernarD

à Mobile en 1863. DR
Sauf mention contraire, toutes photos :
© Friends of the Hunley
et la gUerre soUs-marine FUt
ès l’annonce de la rupture entre Nord

D
il faut attendre la guerre de sécession qui déchire les et Sud au début de l’année 1861, avait
germé dans l’esprit des ingénieurs des
états-unis de 1861 À 1865 pour voir, pour la toute pre- deux camps, avides d’innovation techni-
que, l’idée d’un véritable navire de guerre
MiÈre fois dans l’histoire, un engin subMersible couler un submersible, un rêve souvent caressé, par-
fois même brièvement réalisé, mais jamais
adversaire en conditions réelles de coMbat. ce petit navire vraiment pérennisé. Les tout premiers engins issus de
ces réflexions sont à mettre sur le compte du Sud et
avait pour noM H.L. HUNLEY, et ce n’était ni le preMier d’initiatives privées : ce sont le Bayou Saint John — dont
l’épave sabotée fut retrouvée au XXe siècle en Louisiane
ni le plus iMpressionnant, ni MÊMe le Mieux conÇu de ces et dont, à dire vrai, on ne sait pas grand-chose — et le
Pioneer — un tout petit navire submersible cylindrique de
« proto-sous-Marins » de « l’Âge héroÏque ». et, coMMe 10 m de long, propulsé à la force des bras par seulement
deux hommes actionnant une manivelle entraînant une
tant d’autres par la suite, il allait, ainsi que son équipage, hélice, et ce dans une étrange résurgence du temps des
galères. Ce dernier est construit à la Nouvelle-Orléans en
payer le prix de sa victoire. 1861 sous la direction de James McKlintock, associé à
Baxter Watson, et avec l’aide, tout au moins financière,
t Horace Lawson Hunley
d’un certain Horace L. Hunley, un avocat et représen-
(1823-1863), ingénieur naval
confédéré et concepteur de tant élu de Louisiane. Sans lien direct avec la petite
plusieurs submersibles. Il meurt marine confédérée, le Pioneer reçoit, dès le début de
lors des essais de l’engin, 1862, une lettre de marque officielle du gouvernement
qui gardera son nom. DR
de Richmond pour arraisonner ou détruire tout navire
de l’Union. Les principaux objectifs avoués des promo-
teurs du minuscule corsaire, bien incapable de gagner la
haute mer, sont alors deux bâtiments de guerre nordistes
u James R. McClintock,
personnage hautement
sillonnant en toute quiétude les eaux saumâtres du lac
mystérieux et au destin sulfureux, Ponchartrain, au nord de la Nouvelle-Orléans, lequel est
co-concepteur du Hunley. DR relié par une série d’étroits chenaux au golfe du Mexique.

14
CSS H.L. HUNLEY et la gUerre
soUs-marine FUt
Mais le Pioneer, par ailleurs infiniment lent et peu pratique,
avec son autonomie d’air de seulement 15 à 20 minutes, les racines lointaines De la gUerre soUs-marine
n’aura jamais l’occasion de démontrer ses possibilités :
il est sabordé en avril 1862 lorsque, par un audacieux On s’étonnera peut-être d’apprendre qu’il est possible de remonter l’histoire de la
coup de force de la marine de l’Union, la Nouvelle-Orléans guerre sous-marine jusqu’à des racines antiques. Tout au moins, l’idée d’actions
est capturée presque sans coup férir par une expédition militaires immergées est-elle mentionnée en Égypte ou en Grèce sous la forme
remontant le cours du Mississippi. de soldats respirant à l’aide de tubes. Par la suite, divers inventeurs — le plus
De son côté, et bien que la nécessité apparaisse pour elle célèbre étant évidemment l’infatigable Léonard de Vinci — tentent d’imaginer
moins critique, l’US Navy nourrit également des projets un engin immergé, et il est notamment mentionné l’existence d’une cloche de
comparables : le 1er mai 1862 est ainsi lancé l’Alligator, plongée à Alexandrie dès le XIIe siècle. Le premier véritable submersible toutefois
un submersible conçu par l’ingénieur français Brutus (de) attesté est l’œuvre d’un Hollandais, Cornelis Drebbel, au début du XVIIe, suivi
Villeroi [1]. L’engin cylindrique de plus de 14 m de long par une multitude d’expériences plus ou moins heureuses au cours des siècles
partage, faute de mieux, le mode de propulsion « manuel » suivants. C’est pendant la guerre d’indépendance américaine (1776-1783) que,
du petit Pioneer — d’abord à l’aide de 16 rames (!), puis pour la première fois, un engin submersible baptisé Turtle tente de s’en prendre
par une manivelle actionnant directement une hélice – tout à la flotte britannique avant de disparaître corps et biens. En 1800, en France,
en étant d’une conception beaucoup plus aboutie. Outre apparaît le Nautilus, conçu par l’Américain Robert Fulton : un engin étrange,
l’air comprimé utilisé pour chasser l’eau des ballast, l’engin propulsé immergé à force d’homme et en surface à l’aide d’une voile. Le potentiel
emploie également, pour la première fois, un système de de l’arme semble même être démontré lorsque le Nautilus parvient à miner et
renouvellement d’air grâce à deux tubes maintenus en couler deux navires cibles lors d’une démonstration, mais ce n’est qu’un feu de
surface par des flotteurs et reliés à une pompe manuelle paille. Les expérimentations continuent ça et là sans convaincre, les incrédules
interne. Mais le destin de l’Alligator n’est guère plus heu- ne voyant là qu’un « gadget » dangereux et sans avenir. Jusqu’à un beau et
reux que celui du Pioneer : le 1er avril 1863, alors qu’il triste jour de l’hiver 1864.
est remorqué en direction de Charleston pour rejoindre la
flotte de blocus et accomplir ses premières missions de
guerre, il sombre corps et biens au large du cap Hatteras Diver, ferait 12 m de long, serait entièrement métallique
lors d’une tempête. et, là encore, propulsé « à la main » par quatre hommes,
après semble-t-il une tentative infructueuse d’y adapter
un « moteur électromagnétique », technologie alors tout
juste balbutiante avant le succès de Zénobe Gramme quel-
hUnley et ses engins ques années plus tard. Très lent et sans doute bien trop
[1] Il semble que la lourd pour quatre paires de bras, le Pioneer II ne semble
Malgré l’échec du Pioneer, faute d’avoir eu le temps de particule fut un « ajout pas avoir été apte à une action de guerre. Néanmoins,
tardif », peut-être pour
démontrer son potentiel, Horace Hunley croit dur comme asseoir un certain prestige les rapports de la marine fédérale le décriront — s’il s’agit
fer aux potentialités de ce type d’engin. Alors que, paral- auprès des Américains, bien du même engin, ce qui est vraisemblable mais pas
lèlement, sont conçus dans les deux camps de petits alors aussi profondément certain —, le 26 février 1863, tentant de s’approcher
« torpilleurs » à vapeur semi-immergés, tel le CSS David républicains que souvent sans succès de la flotte de blocus et devant renoncer à
fascinés par la vieille
— souvent confondus avec les premiers véritables sub- noblesse européenne. cause de la force des courants. Le sort final du Pioneer II
mersibles [2] —, le Louisianais, toujours en cheville avec n’est guère plus glorieux que sa tentative de sortie : très
McKlintock et Watson et désormais replié sur le port [2] Les Confédérés en endommagé, échoué et envasé sur la côte, il est purement
construiront plus d’une
de Mobile (Alabama), se remet en quête d’un endroit et simplement abandonné par son petit équipage.
vingtaine, tous destinés aux
et d’hommes pour l’aider à construire un nouvel engin. attaques nocturnes. Seuls En dépit de ce nouvel échec, le groupe ne se décou-
Il trouve bientôt le premier sous la forme du petit atelier le haut de la coque ainsi rage pas et reprend le travail. Quelques semaines plus
de construction navale Park & Lyon’s et les seconds sous que la cheminée restent tard, la quille d’un nouvel engin est donc posée aux
émergés, permettant alors
les traits de William Alexander et de George E. Dixon, une relative discrétion. Le
ateliers de Mobile. Son nom de baptême semble être
tous deux ingénieurs et officiers d’infanterie confédérés David parviendra à attaquer le Fish Boat, mais il sera connu plus tard sous celui de
au 21e régiment de volontaires de l’Alabama. Le dernier et à endommager, sans son principal mécène, H.L. Hunley. Le navire reprend
a d’ailleurs été récemment blessé à la bataille de Shiloh. toutefois le mettre hors de les principes ayant présidé à la conception des deux
combat, le cuirassé fédéral
Le nouvel engin conçu, toujours à partir de fonds privés, New Ironsides en octobre
Pioneer : une forme cylindrique avec deux petits bal-
par la petite équipe reste pour l’histoire à peine plus 1863, plusieurs mois avant lasts aux extrémités d’une section centrale découpée
qu’une rumeur ; il se serait appelé Pioneer II ou American la victoire du Hunley. dans une chaudière à vapeur qui constitue l’habitacle.

CSS H.L. HUNLEY - Février 1864

10 12
1
2 3 4  6  8  11

1 ballast arriÈre 10 systÈMe de renouvelleMent d'air


2 - 3 places du second 11 place du coMMandant
4 -  places de l'équipage 12 ballast avant

1
gUerre De sécession 1864

De Drame en Drame
Le 12 août 1863, c’est une étrange machine oblon-
gue montée sur un wagon-plateau qui entre en gare de
Charleston, le grand port de Caroline du Sud, face auquel
croise depuis des mois l’escadre de blocus Sud de l’amiral
John Dahlgren [4]. Le secret le plus absolu entoure le nou-
vel engin qui, après plusieurs mois d’essais à Mobile, a dé-
truit une épave cible, ce qui semble avoir démontré ses
capacités. Pourtant, le très conservateur amiral Buchanan,
un vieux loup de mer commandant la marine sudiste à
Mobile [5], n’a pas été vraiment convaincu. Plutôt que
d’éconduire purement et simplement l’équipe d’Hunley,
il l’a adressée à un « terrien », le général Beauregard,
en charge de la défense des côtes Sud-Est à Charleston.
Celui-ci ne fait d’abord guère confiance à un groupe lar-
gement composé de civils pour mettre en œuvre l’arme
révolutionnaire en conditions réelles, d’autant que, le
22 août, s’abattent sur la ville les premiers obus nordistes
tirés par une batterie à longue portée. Rapidement agacé
par les tergiversations de McClintock et après deux sor-
ties avortées et quelques échanges houleux, Beauregard
décide qu’en plus d’être rattaché aux services secrets de
la Confédération, le navire sera officiellement réquisitionné
par la marine et, outre un équipage de volontaires, sera
désormais placé sous commandement d’un officier de
la Confederate States Navy.
C’est donc sous la direction du lieutenant John Payne,
détaché de l’ironclad CSS Chicora, que sept volontaires,
et semble-t-il un neuvième homme sans doute « obser-
vateur » officiel, embarquent à bord du Fish Boat au
matin du 29 août 1863 pour sa première croisière de
combat. Le navire s’éloigne de son discret repaire des
abords de Charleston sous le regard inquiet de ses

[3] On a très longtemps cru, à partir de la maigre


documentation existante avant la redécouverte de
l’épave au XXIe siècle, qu’ils étaient huit.

[4] L’escadre Nord était basée au Fort Monroe et assurait


le blocus des côtes de Virginie et de Caroline du Nord.

[5] Lire « La mêlée de Mobile Bay – quand Farragut rencontre


Buchanan » de Sylvain Ferreira dans LOS! n° 22.

Le gouvernail est situé dans le prolongement d’une p Les « torpilleurs »


hélice métallique tripale, qui est toujours actionnée confédérés protégeant les
ports, tel le CSS David,
manuellement par un arbre mû cette fois par sept mem- parfois confondus avec
bres d’équipage [3], auxquels s’ajoute l’officier en charge le Hunley, sont des
de la navigation. Plusieurs minuscules hublots percent semi-submersibles
propulsés par la vapeur.
la coque en tôle rivetée ainsi que deux écoutilles sur-
US Nara
montant le navire. À la force des bras, l’engin donne 3
ou, au mieux, 4 nœuds avec des courants favorables.
L’armement ? Bien sûr, il est exclu sur ce type d’engin
d’employer une quelconque artillerie, et son faible dépla-
cement (de l’ordre de 7 t) rend inopérante la technique
de l’éperon. Alors ? L’idée initiale est de tracter par
câble une mine de contact. Le submersible plongeant
sous la coque du navire visé, la mine viendrait heurter la
carène sous la ligne de flottaison du côté opposé. Mais
plusieurs essais montrent la dangerosité du système
(défendu notamment par Dixon) et conduisent finale-
ment à adopter celui d’une « torpille », comme sur les
torpilleurs à vapeur : une simple charge de poudre noire
(35 kg à l’origine, bientôt portée à 70 kg) placée dans
un réceptacle étanche fixé au bout d’une perche de u Pierre Gustave Toutant
proue de 6,5 m qui, tel un dard, doit se planter dans la Beauregard (et non « de
coque visée. Une fois fixée, la charge est libérée lorsque Beauregard »). En 1863-64,
le général louisianais est de
le submersible fait « machine » arrière pour s’éloigner
la défense des côtes Sud-
de sa victime. Un second filin permet alors de faire Est de la Confédération.
détoner la charge sur le flanc de l’adversaire. US Nara

16
CSS H.L. HUNLEY et la gUerre
soUs-marine FUt
Le drame n’a pas trois jours que,
loin de s’émouvoir, Beauregard
adresse à la marine un ordre impé-
rieux : « Poisson torpille toujours
au fond de la baie, et personne
n’y travaille. Prenez des mesures
immédiates pour le renflouer. »
Le 15 octobre 1863, le navire est
à nouveau prêt à sortir, et, cette
fois, Hunley lui-même a demandé et
obtenu de piloter « son » bâtiment.
En dépit du drame, un équipage
entièrement nouveau de volontaires
a été assemblé, Hunley ayant fait
lui-même le voyage jusqu’à Mobile
pour rameuter le groupe de l’atelier
Park & Lyon. Hélas, le résultat n’est
pas plus heureux. Lorsque le navire
s’enfonce dans les eaux glacées de
la baie de Charleston ce matin-là, les
écoutilles sont cette fois pourtant
hermétiquement fermées. Mais les
heures défilent rapidement, et il ne
parrains mais aussi de quelques curieux qu’il a été p Le Fish Boat, futur reparaît plus. On comprend bien vite le sort funeste de
impossible d’éloigner de cet étrange cigare. Quelques H.L Hunley, représenté l’équipage, et lorsque des plongeurs équipés de lourds
à Mobile. Le drapeau
minutes s’écoulent avant qu’il ne s’enfonce dans la Stars and Bars arboré
casques de cuivre sont envoyés explorer le fond là où
baie… écoutilles ouvertes ! Quatre hommes parvien- ici n’est plus l’emblème le submersible a été observé pour la dernière fois, leur
nent à s’extraire in extremis, dont le lieutenant Payne. officiel de la confédération découverte est saisissante : sa proue s’est plantée telle
L’un des hommes expliquera le drame par une fausse après avril 1863. DR une lourde flèche dans une couche de vase noire, et
manœuvre de l’officier, qui n’a eu que quelques jours il gît là, incliné à 30°, panneaux verrouillés. C’est un
pour se familiariser avec l’engin et aura actionné pré- problème de valve du ballast qui semble avoir provoqué
maturément les barres de plongée… On ne le saura le naufrage. Dans la panique, ni Hunley ni ses hommes
jamais avec certitude. « Pauvres gars, à cinq dans un n’ont pu y remédier ni essayer de s’extraire du cercueil
cercueil… », conclut dans une lettre adressée à sa q Préparation des
sous-marin. Quelques instants après la plongée, la jeune
femme un soldat de la garnison du fort Johnson, voisin opérations de renflouement et déjà si tragique histoire des sous-mariniers comptait
et témoin de la sortie malheureuse du « torpilleur ». du Hunley en 2000. déjà huit victimes de plus.

1
gUerre De sécession 1864

p et q Le Hunley au moment de son renflouement


en 2000. Particulièrement complexe, l’opération
a demandé d’importants moyens. Une armature
métallique a été amenée au-dessus de l’épave, puis
plusieurs câbles et coussins d’air ont été passés
dessous, à intervalle régulier, pour soutenir l’ensemble
sans casser la coque. Longuement et minutieusement
étudié en laboratoire, l’engin restera couché jusqu’en
2011 dans un bassin spécialement conçu.

18
CSS H.L. HUNLEY et la gUerre
soUs-marine FUt
Cette fois, Beauregard est ébranlé et pense à aban-
donner purement et simplement le projet. Quelques la « torpille » DU HUNLEY
jours à peine avant le second naufrage, un torpilleur
semi-immergé, le CSS David, est parvenu au prix d’un
risque insensé à approcher et à endommager le navire
amiral de l’escadre de blocus, le cuirassé New Ironsides.
Peut-être est-ce là la meilleure arme finalement… L’idée
d’un véritable submersible relèverait-elle de la chimère ?
Mais l’urgence militaire est toujours là, de plus en
plus pesante, et l’un des hommes d’Hunley refuse de
s’avouer vaincu par les circonstances : c’est le lieute-
nant Dixon qui, en dépit de sa singulière phobie « d’être
sous l’eau sans air ni lumière », garde une confiance
totale dans le navire et parvient à persuader Beauregard
de le renflouer. Rebaptisé sans doute à ce moment en
l’honneur de son mécène, le H.L. Hunley est ainsi une poudre noire aMorces
seconde fois remis en état et préparé minutieusement
pour tenter à nouveau la folle aventure. Quel équipage
accepterait en toute connaissance de cause de monter percuteur Monté sur ressort
dans ce funeste cigare de tôle ayant déjà coûté la vie
à treize hommes, la quasi-totalité de ses deux premiers
équipages et jusqu’à son inventeur ? Dixon les trouve
pourtant, dans les rangs de l’armée et de la marine, tous x Sortie de l'eau de l'épave soigneusement arrimée à son armature
conscients du danger et tous volontaires : les officiers q L’étroite étrave où était fixée la « torpille », en réalité une mine fichée
mariniers Wicks, Lumpkin et Ridgway, le caporal d’artil- au bout d’une sorte de harpon et actionnée par un câble.
lerie Carlsen, les matelots Becker et Collins ainsi que le
soldat Miller. Il avait fallu à Hunley construire trois sub-
mersibles pour en voir un suffisamment abouti et espérer
conduire une mission de guerre en conditions réelles.
Dans l’après-midi du 17 février 1864, le H.L Hunley est
remorqué vers le large pour sa troisième sortie.

le HUNLEY attaqUe !
Il est 20h45 ce 17 février 1864. La nuit est tombée
depuis longtemps, et le maître Crosby, officier de pont
du fier sloop de guerre à propulsion mixte de 1 200 t et
11 canons USS Housatonic, lance un regard à tribord
et écarquille soudain les yeux. Ce qui vient d’attirer
son attention, reflété par la clarté lunaire, il le décrira
comme une sorte de planche ou de rondin de bois
semblant affleurer la surface à une centaine de mètres
du navire, surmonté de deux petites protubérances et
se dirigeant tout droit vers lui par tribord. Crosby est
trop expérimenté pour hésiter plus de quelques secon-
des, et d’ailleurs tous à bord ont en tête l’attaque du
navire amiral New Ironsides. Il n’y a aucun doute, un
« torpilleur » ennemi a réussi, contre toute attente,
à franchir la première ligne des piquets de veille sans
être repéré et se précipite sur le navire ! La cloche de
pont sonne immédiatement à toute volée sur le bâti-
ment de l’Union qui, en un instant, est en état d’alerte.

1
gUerre De sécession 1864

« Levez l’ancre ! Tout le monde à son poste ! Machine p Mue à la main par L’engin sudiste n’a pas cessé de se rapprocher et se
arrière toute ! » Les ordres se succèdent, tandis que l’équipage actionnant trouve désormais à quelques mètres à peine du flanc
une manivelle, l’hélice du
deux officiers se précipitent sur le bastingage, dégainent du navire lorsqu’il s’immobilise, entouré par un nombre
submersible confédéré
leurs revolvers et tirent au jugé. Une minute… Par un permettait d’atteindre croissant de petites gerbes provoquées par les bal-
surcroît de malchance, les pièces sur pivot sont toutes 4 nœuds en surface. les de l’équipage cherchant désespérément à percer
orientées à bâbord, et aucune n’est prête à faire feu. la coque. Trois minutes… Une formidable explosion
Dans la confusion, aucune chance de les retourner à secoue soudain le Housatonic entre le mât de misaine
q Le CSS H.L Hunley,
temps et de les pointer sur la « planche » importune. et le grand mât, soulevant la proue hors de l’eau et
renfloué en 2000 après
Les marins ont déjà compris qu’elle sera sur eux bien presque 140 ans au fond éventrant la coque de bois du navire, qui embarque en
avant que le Housatonic ne puisse l’éviter. Deux minutes… de la baie de Charleston. quelques secondes des torrents de mer. Il n’y a d’ores
et déjà aucun doute quant à l’issue finale. Le sloop
commence doucement à s’enfoncer tout en roulant
une dernière fois sur bâbord. Les membres d’équipage
se sont précipités vers les gréements, où ils s’accro-
chent avec désespoir. Le commandant Pickering a été
gravement blessé par l’explosion, mais son second, le
lieutenant Higginson, l’a fait transporter en un éclair
sur l’un des deux canots immédiatement mis à l’eau et
qui s’éloignent déjà vers le Canandaiga, où, à quelque
distance, l’explosion étouffée n’a pas été entendue.
La réactivité de l’équipage du Housatonic et de celui
du Canandaiga permet d’accomplir ce qui s’apparente
à un vrai petit miracle : en moins de deux heures,
150 hommes sont sauvés du naufrage, et il ne sera
dénombré que 5 officiers et marins portés disparus.
En quelques minutes, le fier Housatonic ne venait
pas moins de sombrer par 9 m de fond au cours de
la première attaque de sous-marin réussie de toute
l’histoire navale.
En réalité, les Nordistes ne comprennent pas d’abord
qu’ils viennent d’avoir à faire à un navire entièrement
submersible et propulsé « à la main », et non à une
nouvelle attaque de torpilleur semi-submersible. À l’an-
nonce de cette perte toutefois, le commandement de

20
CSS H.L. HUNLEY et la gUerre
soUs-marine FUt
l’Union est en émoi, comme au lendemain du désastre
d’Hampton Roads [6] en mars 1862. Un conseil de
guerre est réuni quelques jours plus tard, concluant à
baie De charleston
l’absence de toute faute de la part des officiers et de 1864
l’équipage du malheureux bâtiment. Parmi les mesures
mises en place par la Navy pour parer à ce genre de Dewee
mésaventure figurera bientôt de disposer à son tour de Island
Daniel
petits torpilleurs légers capables de prendre la marine Island
confédérée à son propre piège en allant couler ses « cui-
rassés » au milieu de la baie. L’histoire des torpilleurs,
Drum Long Island
elle aussi, venait de franchir un pas décisif. Island
Mount
CHARLESTON Pleasant
rEQUiESCat iN paCE Fort Marshall
Cette gloire de la première victoire sous-marine de Sullivans Island Route du
Fort Sumter CSS Hunley
l’histoire ne devait rien changer au cours de la guerre,
et aucun membre de l’équipage du Hunley ne devait James Island Fort Putnam
d’ailleurs en jouir. La nouvelle du succès du « poisson Fort Strong
torpille » est bientôt connue, mais conduit à une certaine
confusion : la batterie Marshall de Charleston a bien
observé et répondu au signal de retour du navire — une Morris USS Housatonic
Island
fusée bleue — et a cru qu’il rentrait à bon port. Mais
plusieurs jours sans aucune nouvelle laissent finalement
peu d’espoir. Ce n’est que le 10 mars que le général
Beauregard confirme officiellement au commandement [6] Lire « Le duel d’Hampton Que s’est-il passé ? Le Hunley a-t-il été brisé par
confédéré ses « craintes que le vaillant officier et ses Roads – l’an Un de l’ère l’explosion qu’il a provoquée ? Le signal envoyé peu
cuirassé » de Vincent
braves compagnons aient péri » à bord du « bateau Bernard dans LOS! n° 9.
après le « torpillage » et des investigations nordistes
torpilleur H.L. Hunley ». à 500 m autour du Housatonic semblent démontrer
rapidement que non. Pendant de nombreuses années,
des chasseurs d’épave, motivés par la valeur prêtée
au Hunley, et les importantes récompenses promises,
vont sillonner le secteur. Plusieurs fois sera annoncée
à tort sa localisation. Mais ce n’est qu’en 2001, avec
les moyens technologiques modernes, qu’il est finale-
ment découvert, enseveli sous une épaisse couche de
limon, à une centaine de mètres à peine de sa victime.
On le tire bientôt de son repos maritime de 137 ans,
apprenant au passage que les seuls croquis existants
de la main d’Alexander (et donc la réplique grandeur
nature abritée au musée de Charleston) étaient très
approximatifs. Parmi les découvertes, le navire s’avère
un peu plus long qu’on le croyait, notamment son
gouvernail. On apprendra également qu’au moment
de l’explosion du Housatonic, il était beaucoup plus
p Le sloop de guerre USS Housatonic (1 250 t, 11 pièces) est la première
victime de l’Histoire coulée par un sous-marin en opération. US Nara proche de sa cible qu’on ne l’avait imaginé, ravivant la
thèse d’un naufrage consécutif à l’onde de choc. Quant
q Réplique du CSS H.L Hunley au musée de Charleston, en Caroline du Sud. On sait au malheureux équipage, il aura cette fois droit à une
désormais qu’elle ne reproduit qu’approximativement le célèbre submersible confédéré. sépulture terrestre à Charleston, les membres étant
Des études sont toujours en cours pour déterminer précisément l’aménagement identifiés notamment à l’aide de toute une collection
intérieur du bâtiment et la manière dont était fixée la mine en bout de perche. DR
d’objets personnels, dont une émouvante pièce en or
fétiche, ainsi gravée de la main même du lieutenant
Dixon : « Shiloh, 6 avril 1862, Elle m’a sauvé la vie,
G.E.D ». Le 17 février 1864, ces 20 $ en or l’avaient
abandonné. 

poUr aller plUs loin


• Official records of the Union and Confederate
Navies in the War of the Rebellion – Series I,
Volume 15
• Chaffin (T), The H.L. Hunley: The secret hope of
the Confederacy, H&L, 2010
• Kloeppel (J), Danger beneath the waves, a his-
tory of the confederate submarine H.L. Hunley,
Adele, 1987
• Ragan (M), The Hunley, Sandslapper, 2006

21
technologie
118-14

ENigma
par éric DUmont
eqebZD lpaxsZ nimomo yJripJ bUnbrk
lZZpnt JvmWag ygvgpq egraaa [1]
p Gros plan sur les rotors d’une machine Enigma. Chaque frappe sur le clavier [1] le 1er lecteur qui nous enverra le texte « en clair » par courriel gagnera un
déclenche une rotation de chacun d’eux, mais à une vitesse différente. abonnement gratuit ! Texte codé sur un émulateur d’Enigma M4 (réflecteur B /
Sauf mention contraire, toutes photos : DR
Ordre des rotors : Beta, I, II et III / Ringstellung : AAAA / Grundstellung : AAAA /
Permutation A=B, B=A) sur le site web http://enigma.louisedade.co.uk

a
vec l’emploi massif de matériel et de soldats sur les champs
la Machine alleMande de codage des coMMuni- de bataille, la Première Guerre mondiale démontre l’impor-
tance des transmissions : la confidentialité des messages
cations était réputée inviolable. grÂce au génie importe plus que leur quantité, et, à cette époque, des
spécialistes de la cryptographie mettent au point des codes
de MathéMaticiens polonais et anglais, À un ser- de plus en plus sophistiqués. Mais ce que l’esprit crée, l’es-
prit peut le démonter ; aussi, la guerre des codes n’est-elle alors qu’une
vice spécial de 10 000 personnes et À d’heureux compétition entre brillants esprits. Le colonel français Étienne Bazeries
fut ainsi capable de « casser » tous les codes en vigueur dans les années
hasards, les alliés réussirent finaleMent À en 1920 et parvint même à décoder le Grand Chiffre des Rossignol [2] du
XVIIe siècle, demeuré jusque-là impénétrable. Il faut donc inventer des
pénétrer les secrets sans que l’enneMi ne l’ap- machines capables de dépasser l’esprit humain et de produire des codes
incassables. L'ancêtre d'Enigma voit le jour en Allemagne la dernière année
prenne. ce n’est pas cela qui perMit de gagner de la Première Guerre mondiale. Arthur Scherbius, un ingénieur allemand
en électricité, dépose, le 23 février 1918, le brevet d’une machine des-
la bataille de l’atlantique – que les alliés ne tinée à protéger les secrets industriels. À l’origine, elle n’a donc aucune
vocation militaire. En 1919, Scherbius achète à un Hollandais, Hugo
pouvaient pas perdre –, Mais cette « guerre des Koch, les droits d’un appareil au procédé de codage voisin. Il se lance
ensuite seul dans la commercialisation de son invention, mais le succès
cerveaux » écourta le conflit d’une année. n’est pas au rendez-vous.

22
enigma comment casser les coDes
De la kriEgSmariNE ?

principe De Fonctionnement D'Une enigma m3/m4

H E F
G D E
F C D
E B C
D A B
C Z A 3
B Y Z
A X Y
 Z
Y
W X
W
V
6  4

QWERTZUIO p Pupitre de permutations avec les fiches sur une Enigma à trois rotors.
A S D F 8G H J K q Enigma H, appelée aussi Enigma II, avec huit rotors installés, dont seuls
PYXCVBNML quatre servent à coder/décoder. Mise au point en 1929, cette machine imprime
le message directement sur papier. Elle sera surtout utilisée par la Reichswehr.

QWERTZUIO
A S D F 1G H J K
PYXCVBNML

Q W E R T Z U I O

A S D F G H J K

P Y X C V2 B N M L

1 CLavIER  RotoR INtERMédIaIRE


2 PuPItRE dE PERMutatIoNs 6 RotoR LENt
3 dIsquE d'ENtRéE fIxE  RéfLECtEuR
4 RotoR RaPIdE 8 tabLEau À LaMPEs [2] Famille de cryptographes
ayant servi la couronne de
France sur trois générations
contrôlées par la touche pressée. Il arrive alors au pupitre en mettant au point un
le principe de permutations. Situé sur la face avant de la machine,
il permet à l’utilisateur de modifier les connexions entre
système de chiffrement par
substitution à répertoires.

Enigma est une machine électromécanique, c’est-à-dire le clavier et le disque d’entrée afin de complexifier l’en- [3] Ce réflecteur est une
combinant des éléments mécaniques et électriques. La codage des touches. Le courant se dirige ensuite vers le innovation importante à
l’époque, et seule Enigma
partie mécanique est composée d’un clavier, d’un jeu de disque d’entrée. Il parcourt alors l’assemblage des rotors, en est alors équipée.
rotors adjacents et d’un dispositif entraînant la rotation suivant la position de chacun de ceux-ci jusqu’à atteindre
[4] Système basique
d’un ou plusieurs rotors chaque fois qu’une touche est le réflecteur, qui renvoie le signal jusqu’au disque d’en- consistant à décaler les
pressée. Le mouvement continu des rotors permet des trée par un chemin différent [3]. Le courant passe enfin lettres de l’alphabet d’un
transformations cryptographiques différentes à chaque par un autre des interrupteurs à deux positions et allume nombre n. Par exemple,
pression d’une touche. La partie électrique de l’appareil l’une des lampes correspondant à l’encodage de la touche avec un décalage n=3, il
faut remplacer « A » par
est constituée d’une pile reliant les touches du clavier pressée. Afin d’éviter un simple chiffrement par substi- « D », « B » par « E », etc.
à des lampes : lorsqu’on appuie sur l’une des touches, tution mono-alphabétique [4], chaque touche pressée sur
[5] Chiffrement s’obtenant
l’une des lampes s’allume. Par exemple, pour chiffrer la le clavier provoque l’entraînement d’au moins un rotor.
à l’aide d’une clé indiquant
séquence « LOS », l’opérateur commence par presser la Cela garantit pour chaque nouvelle frappe une substitution le nombre de décalages à
touche « L » ; la lampe « K » pourrait s’allumer, ce qui différente, dite polyalphabétique [5], car les rotors produi- réaliser et sa récurrence.
signifierait que « K » est alors la première lettre du texte sent un nouvel alphabet de substitution à chaque pres- Par exemple, la clé « 123 »
indique que le 1er caractère
chiffré. L’opérateur procède alors au chiffrage de la lettre sion de touche. Avec une machine Enigma à trois rotors,
sera décalé d’une seule
« O » de la même manière, et ainsi de suite. Le courant part chaque lettre « en clair » peut être codée par une autre position, le 2e de deux et
de la batterie et traverse un interrupteur à deux positions provenant d’un des 18 000 alphabets de codage possibles. le 3e de trois positions.

23
technologie 118-14

l'ascenDance Directe De la machine ENigma m4


Modèles A BàD D I M1 M2 M3 M4
1923 1924-1927 1927 1932 1934 1938 1940 1941

Reichswehr Wehrmacht Kriegsmarine Kriegsmarine Kriegsmarine U-Bootwaffe

Machines à usage militaire équipées d'un pupitre de connexions


Machines à usage civil
1927-1944

Pour se servir de l’appareil, il faut posséder une clé de les U-Boote, dont l’efficacité repose notamment sur la
codage déterminant le numéro des rotors utilisés, leur mobilité. La marine militaire allemande est d’ailleurs la
position exacte ainsi que celle de l’anneau de crantage. première à s’intéresser à Enigma. Le 9 février 1926, elle
La guerre de mouvement, dont les Allemands dévelop- q Le général Guderian met en service la Funkschlüssel C, une version légè-
pendant la campagne de
pent les principes dans les années 1930, nécessite une France en 1940. Il est rement modifiée de la machine commerciale. Elle sera
coordination entre les blindés, l’infanterie et l’aviation. debout dans un semi- ensuite adoptée par l’armée de Terre, puis améliorée
Aussi, chaque unité de combat doit-elle être en relation chenillé de commandement en 1928 (Funkschlüssel G) avant que ne soit mise au
équipé d’appareils radio
avec le commandement. Simple d’utilisation, fiable, por- point l’Enigma I en juin 1930. En 1934, les trois Armes
et d’une Enigma I.
table et réputée inviolable, Enigma devient alors le rouage Bundesarchiv Bild-101I-769- de la Reichswehr décident d’utiliser une même machine
incontournable du « Blitzkrieg ». Il en sera de même avec 0229-12A (Borchert, Erich) (appelée Enigma M1 dans la Marine) avec un jeu de cinq
rotors, dont trois seulement sont installés pour son fonc-
tionnement. En 1938, la Kriegsmarine fait bande à part en
adoptant un jeu de sept rotors afin de rendre le cryptage
encore plus sûr (Enigma M2). Deux ans plus tard, elle
ajoute un huitième rotor (Enigma M3) et elle introduit
la notion de « groupe d’utilisateurs » par catégorie de
navires, théâtres d’activités ou types d’opérations, ce
avec des clés de codage différentes.
Pour une machine Enigma de base à trois rotors, il existe
ainsi 18 000 combinaisons possibles de codage pour
chaque lettre entrée par l’opérateur ! Quant au nombre
de clefs envisageables, il est de 1015 (10 millions de
milliards, soit 10 billiards). Avec huit rotors au choix,
Enigma M3 dispose d’un nombre de clés encore plus
important, qui dépasse en fait toutes les capacités de
calcul imaginables à l’époque. En 1939, la Wehrmacht
possède un total de 30 000 machines ; 200 000 autres
seront fabriquées au cours du conflit.

24
enigma comment casser les coDes
De la kriEgSmariNE ?
exploiter pleinement. En revanche, les Polonais, qui en ont intuitive-
les bombes ment construit une (leur « bombe »), peuvent décoder les messages
des trois branches armées allemandes dès 1933. Ils y parviendront
Dès le début des années 1930, les pays voisins de l’Allemagne s’inté- jusqu’à l’ajout par la Wehrmacht en 1938 de rotors supplémentaires,
ressent à Enigma, notamment la Pologne, qui dispose du meilleur ser- destinés à renforcer la sécurité des transmissions.
vice de cryptanalyse d’Europe. Redevenue un État régalien en 1919, En juillet 1939, alors que les menaces de guerre se précisent, Français et
la Pologne sait son territoire menacé par les visées expansionnistes de Polonais échangent leurs connaissances sur Enigma, et, dès l’invasion
l’Allemagne et de la Russie et elle cherche à anticiper leur attaque en de la Pologne, tous se mettent en liaison avec les services britanniques
déchiffrant leurs communications militaires. Ainsi, en 1933, les mathé- pour obtenir une machine opérationnelle et ses principes de cryptage.
maticiens du bureau du chiffre, Marian Rejewski, Henryk Zygalski Mais dans le chaos de la défaite, la bombe de Rejewski est détruite
et Jerzy Rozycki, parviennent à déterminer le principe d’Enigma. à Varsovie, tandis que les mathématiciens polonais disparaissent.
Pour la première fois dans l’histoire de la cryptanalyse,
ces spécialistes sont des mathématiciens, et non plus
des linguistes, qui ont compris que le décryptage doit
reposer sur de colossales capacités de calcul. Après
avoir mis en équation le principe de cryptage d’Enigma,
Marian Rejewski met au point un calculateur puissant
facilitant les opérations de décryptage. La machine est
baptisée « bombe de Rejewski » en raison du clique-
tis émis lors de son fonctionnement. Enigma compte
alors trois rotors, et les messages respectent toujours
un même protocole, la répétition du message pour
pallier les mauvaises réceptions ou transmissions.
C’est cela qui permet aux Polonais de comprendre que
chaque message comporte :
• Une partie non chiffrée, pour l’expéditeur, le destinataire,
la date, l’heure, le nombre de lettres du message et le
réseau d’utilisateurs.
• Une partie chiffrée contenant la clé du message (six
lettres jusqu’en 1940, trois ensuite).
La France est également en quête d’informations rela-
tives à la machine. En 1931, Hans-Thilo Schmidt, un
agent du chiffre au ministère allemand de la Défense,
vend aux services secrets français des documents
d’encodage d’Enigma. Ne disposant d’aucun exem-
plaire de cette machine, les Français ne peuvent les
p Bombe électromécanique
mise au point par les
Britanniques pour
« casser » les codes
allemands. La version de
fin de guerre équivaut à
la puissance de calcul de
36 machines Enigma.
IWM

t Intérieur d’une des


huttes (des préfabriqués en
bois installés dans le parc
du manoir) de Bletchley
Park. Chacune d’elles
est spécialisée dans un
domaine de recherche.
La n° 8 s’occupe ainsi du
trafic de la Kriegsmarine.
IWM

tt Alan Turing (1912-1954)

2
technologie 118-14

Conscients de l’importance d’Enigma, les Anglais s’ap- [6] Qui posera également procèdent en chaîne à des calculs pour décoder les mes-
puient sur leur bureau du chiffre, la Government Code par la suite les concepts sages interceptés et en identifier rapidement la clé (car
modernes de la program-
& Cypher School (GC&CS), pour créer un service spé- mation informatique.
les Allemands en changent au bout de quelques dizaines
cialisé, installé en septembre 1939 à l’écart des grands d’heures seulement).
centres urbains et à l’abri des curieux, dans le manoir et
le domaine afférent de Bletchley Park, à 80 km au nord-
ouest de Londres, avec une unique mission : décrypter les
messages codés par Enigma. L’équipe de spécialistes est les cryptanalystes
réduite, mais a déjà remporté quelques succès, comme
de casser les codes diplomatiques soviétiques dans les contre ENigma m
années 1920. En janvier 1940, une « bombe cryptologi-
que » est mise au point pour effectuer le plus rapidement En mai 1940, les Britanniques sont en capacité de décoder
possible d’importantes quantités de calculs. C’est une les messages de la Wehrmacht et de la Luftwaffe. Aussi,
machine électromécanique conçue par un mathémati- le plan de bataille et l’ordre de marche allemands pour une
cien génial de 27 ans, Alan Turing [6], et capable de offensive générale à l’Ouest sont-ils connus des services
tester des milliers de positions de rotors possibles sur secrets franco-anglais. Paris refuse cependant de prendre
une réplique d’Enigma. Mi-février 1940, la bombe déchif- q Que ce soit aux USA (en au sérieux ce qu’elle considère être « des divagations de
fre quatre courts messages de la Luftwaffe concernant haut) ou en Grande-Bretagne Professeurs Nimbus »… Lors de la bataille de Dunkerque
une mutation de personnels. Un calculateur peut donc (en bas), les bombes sont (21 mai – 4 juin), par contre, les Anglais interceptent et
mises en œuvre par des
décoder des messages brefs contenant des mots faciles auxiliaires féminines (Waves décryptent les ordres d’Hitler transmis par Enigma : ils sa-
à deviner. Cette première bombe électromécanique se et Wrens). Les besoins sont vent ainsi que les Allemands les laisseront embarquer leurs
présente sous la forme d’une armoire de 2,5 m de haut, tels que, en 1945, Londres corps expéditionnaires. C’est le premier succès décisif
3,5 m de large et 80 cm de profondeur. Elle associe dispose de 155 bombes d’Ultra, nom d’une source fictive unique d’où proviennent
fonctionnant à la chaîne dans
des courants électriques et des roues crantées avec des 3 centres ultra-secrets. en réalité tous les renseignements concernant Enigma.
contacteurs. À la fin de la guerre, 200 unités identiques US Navy / IWM En effet, pour garder le secret sur le déchiffrement des
communications de l’Axe, les Alliés décident de créer
un niveau de confidentialité supérieur au plus haut alors
existant (le « Most Secret »), appelé « Ultra Secret » et
surnommé « Ultra ». Car les Allemands ne devront jamais
savoir que les Anglais savent… Ultra va jouer un rôle
important au cours de la bataille d’Angleterre. Chaque
offensive aérienne allemande est décryptée : nombre
d’avions, types d’appareils, objectifs, moment de l’atta-
que, routes suivies, etc. Tout est connu à l’avance, ce qui
permet à la RAF d’engager avec parcimonie et précision
ses chasseurs en infériorité numérique. Les messages de
la Luftwaffe sont facilement décodés, mais l’Angleterre
est une île tributaire de son approvisionnement par mer.
Churchill a en mémoire la campagne des U-Boote de
1915 lorsqu’il était Premier lord de l’Amirauté. Il faut
donc casser les codes de la Kriegsmarine, il en va de la
survie de la Grande-Bretagne.
Toutes les énergies de Bletchley Park se focalisent
alors sur cette priorité : étude des messages, répéti-
tions de mots, termes intuitifs, tout doit être exploité.
Mais pour progresser, il faut à tout prix capturer une
machine Enigma M, des livres de codes ou d’autres
éléments annexes (jeux de rotors, etc.). Rapidement,
sur ordre de Churchill, chaque bâtiment de la Royal
Navy organise une équipe de prise pour monter à bord
des submersibles allemands qui seraient en perdition
en surface suite à une attaque. Ces hommes ont pour
mission de récupérer tout document en relation avec
le cryptage des messages. Chaque U-Boot dispose
effectivement de sa propre Enigma M3, avec une clef
changée quotidiennement, et parfois même toutes les
huit heures, à partir d’un livre de clefs mensuel. Tous
les sous-marins possèdent leur propre fréquence pour
transmettre et recevoir des messages en morse. Et
le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils l’utilisent
fréquemment : deux fois par jour, un bulletin météo
leur est envoyé ainsi que des ordres de route, tandis
qu’après chaque attaque victorieuse, l’équipage rend
compte à Berlin de son succès. Le 12 février 1940, le
beau mécanisme allemand se grippe : le HMS Gleaner
grenade le U-33, qui fait brièvement surface avant
de couler. 17 survivants sont faits prisonniers. Or, un
officier a conservé sur lui trois rotors qu’il avait ordre
de jeter à la mer, dont deux (les n° VI et VII) sont spé-
cifiques à Enigma M. Jusqu’alors, Polonais, Français et

26
enigma comment casser les coDes
De la kriEgSmariNE ?

Britanniques étaient persuadés que toutes les machines p Bombe de l’US Navy et ne perdent que 22 submersibles. La Grande-Bretagne
de la Wehrmacht ne disposaient que de trois rotors. conservée au NSA National étant plus que jamais menacée, Bletchley Park intensifie
Crytographic Museum,
Les Anglais découvrent ainsi que la Kriegsmarine utilise dans le Maryland. son activité. En août 1942, plusieurs bombes fonction-
une machine plus complexe que les modèles de la Heer NSA nant à la chaîne (il y en aura 200 à la fin de la guerre)
et de la Luftwaffe, car dotée d’un jeu de rotors plus permettent à nouveau de décoder les messages de la
nombreux permettant plus de permutations. Kriegsmarine en une heure. Les Alliés disposent alors
Le 7 mai 1941, les Britanniques arraisonnent le München, d’informations précises sur les positions des U-Boote,
un bâtiment météorologique allemand à bord duquel ils sur leurs points de rendez-vous pour les attaques de
trouvent des codes et procédures en cours pour Enigma. convois et avec les bâtiments ravitailleurs. Le 30 octo-
En outre, ils prennent connaissance d’une faiblesse dans bre de la même année, un nouveau succès est à met-
la procédure d’envoi des bulletins météo : chacun d’eux tre au crédit de la Royal Navy, en Méditerranée cette
comprend toujours en en-tête le même mot, « Wetter » fois-ci : au nord-est de Port-Saïd, le Typ VIIC U-559
(« temps »). Appelé « Crib », cet indice est paramétré est intercepté et endommagé par des destroyers. L’un
sur une bombe de Bletchley Park qui va effectuer toutes d’eux, le HMS Petard, envoie une équipe de prise sur le
les combinaisons possibles afin de déterminer la confi- submersible en train de couler ; deux des marins anglais
guration du réseau Enigma. Deux jours plus tard, nou- se noient au cours de l’opération, mais les Britanniques
veau succès de la Royal Navy dans la guerre des codes : [7] Seuls quelques officiers récupèrent des livres de codes Enigma et les clés pour
les destroyers HMS Bulldog et Broadway, avec la corvette haut placés reçoivent des le mois. Bletchley Park accueille maintenant des milliers
renseignements « Ultra »,
HMS Aubretia, grenadent, endommagent et capturent le de spécialistes en tout genre (ils seront 10 000 sur le
et ils ne peuvent en men-
U-110, un Typ IXB opérant entre le Groenland et l’Islande tionner la source devant des site en 1944), mais seule une poignée d’entre eux ont
(15 tués, 32 prisonniers). Une équipe de prise saisit une personnes non habilitées. accès aux informations décodées [7].
Enigma M3 ainsi que ses livres de codes, ce avec d’infi-
nies précautions, car l’encre utilisée est conçue pour se
dissoudre au contact de l’eau de mer. Le submersible est les secrets De la hUtte n°8
coulé le lendemain pour laisser croire aux Allemands qu’il
a été perdu corps et biens au cours d’un combat. Cette Les messages de la Kriegsmarine ne concernent que la Hutte n° 8, l’un des
prise exceptionnelle reçoit un nom de code (opération 14 préfabriqués jouxtant le manoir de Bletchley Park, et les informations qui en
« Primerose ») et ne sera communiquée à Roosevelt que sont tirées sont envoyées à l’Operational Intelligence Center (OIC) de l’Amirauté
deux mois plus tard par Churchill. pour analyse, sous le nom de code « Hydro ».
À partir d’août 1941, grâce à ces différents éléments L’OIC est en effet chargé, à partir de 1939, de l’évaluation et de l’interprétation
capturés, Bletchley Park peut casser les codes de la des informations sensibles collectées par les différents services de renseignements
Kriegsmarine en 24 heures. En décembre 1941, il ne lui existants. Sa Submarine Tracking Room est plus spécifiquement missionnée pour
faut plus qu’une heure, mais en février 1942, la Marine l’évaluation de la menace sous-marine. Son équipe travaille 24 heures sur 24
allemande se dote de machines Enigma M4 qui fonction- dans la Room 13 de l’Amirauté (avant de s’installer, au cours de la guerre, dans
nent avec 4 rotors installés, à choisir parmi un jeu de 8, des locaux plus adaptés, Room 41) à coordonner toutes les bribes d’informations
empêchant du même coup le décryptage des messages qui lui parviennent concernant les U-Boote. Elle doit pouvoir établir leurs posi-
par les Alliés. De février à août 1942, au cours de ce tions, estimer les tendances à long terme et définir les progrès technologiques
second « Âge d’or », les sous-mariniers allemands cou- de l’ennemi.
lent 609 navires ennemis (soit 3,1 millionsde tonneaux)

2
technologie 118-14

un simple (mais chanceux) vol de reconnaissance. La bataille qui


D’importantes conséqUences s’ensuit non loin du cap Matapan est la conséquence directe du
décryptage des messages italiens par Ultra. Pour un avion torpilleur
sUr le terrain Fairey Swordfish abattu, les Italiens perdent trois croiseurs lourds,
deux destroyers, 2 300 marins et voient le cuirassé Vittorio Veneto
2 mars 141 : les Anglais apprennent par Ultra l’appareillage prochain sévèrement endommagé. Cela marque la fin de la menace que faisait
de la flotte cuirassée italienne, le type et le nombre de navires. Une peser la Regia Marina en Méditerranée sur les forces alliées.
information d’autant plus facile à décoder que la Regia Marina utilise 24 mai 141 : le Bismarck coule le Hood au large de l’Islande, puis
des machines Enigma de la version commerciale datant des années réussit à s’échapper. En Angleterre, c’est la consternation ; mais,
1920 ! À Alexandrie, le chef de la Mediterranean Fleet, l’amiral dès le lendemain, les Britanniques interceptent un message du cui-
Cunningham, ordonne alors la mise sous pression des chaudières rassé allemand bien vite décodé par Ultra : ce rapport complet de
de ses bâtiments… avant de partir faire un golf ! Ce n’est qu’un situation fait état d’une perte de carburant à la suite d’une avarie
leurre : en pleine nuit, il monte en catimini à bord du navire amiral survenue au cours du combat. Le message est radiogoniomètré,
et ordonne l’appareillage de l’escadre. Pour que l’ennemi ne se ce qui permettra aux Anglais de localiser le Bismarck.
doute pas que ses communications ont été décodées, Cunningham 22 décembre 143 : le croiseur de bataille Scharnhorst appareille avec
envoie un hydravion suffisamment proche des unités adverses pour 5 destroyers pour intercepter le convoi JW-55B signalé par une
se faire repérer et ainsi faire croire que leur localisation est due à reconnaissance aérienne. Or, son message de désignation d’objectif,
codé par Enigma, est rapidement lu en clair à Bletchley
t Enigma de la Luftwaffe
en 1943. Cette machine
Park. La Royal Navy monte alors un piège mortel dans
est moins complexe à lequel tombe le Scharnhorst le 26 décembre. Le convoi
« casser » que les modèles allié arrivera sans encombre à Mourmansk.
de la Kriegsmarine. Ces succès posent cependant le problème du secret, car
Bundesarchiv Bild-183-
2007-0705-502 (Walther)
les Allemands ne doivent pas se douter de la capacité
de décodage des Alliés. Ceux-ci vont alors adopter une
véritable stratégie de protection des origines de leurs
sources. Or, les positions américaine et britannique
divergent. Certains de la supériorité de leur industrie
et de leur technologie, les Américains pensent que
seule la guerre totale est efficace. Si les Allemands
modifient leurs codes, avec du temps, leurs services les
casseront, et l’ennemi ne pourra jamais compenser ses
pertes. Les Anglais, quant à eux, considèrent comme
essentiel de conserver une capacité de décryptage pour
prendre l’avantage sur leurs ennemis. Finalement, fort
du prestige de son pays acquis à lutter seul contre les
q Le grand amiral Raeder
faisant un discours devant nazis en 1940-41, Churchill convainc Roosevelt d’adop-
les hommes du U‑505 en ter une stratégie unique et commune de protection
1942 à Lorient. Cet U-Boot des sources. Ainsi, pour ne pas alerter l’ennemi, les
sera arraisonné en 1944 par
un Task Group américain, qui
Alliés dérouteront parfois leurs convois quand ils auront
récupérera à son bord des connaissance de la présence d’une meute de U-Boote
livrets de codes Enigma. sur son chemin, mais ne le feront pas systématique-
Collection Caraktère ment. De même, lors de l’attaque d’une meute, ils ne
u Feuillet Schluesselzettel
servant à décoder les
messages provenant
d’Enigma M3/M4. Les
4 cases des 2 colonnes
centrales se réfèrent
aux 4 rotors de ce
type de machines.

28
enigma comment casser les coDes
De la kriEgSmariNE ?

bletchley park
En septembre 1939, pour des raisons de confiden-
tialité, le bureau du chiffre, la « Government Code
and Cypher School » [8], s’établit dans le manoir de
Bletchley Park, à 80 kilomètres au nord-ouest de
Londres. 50 au début, ils seront plus de 10 000 en
1944, avec des mathématiciens, des joueurs d’échec
et des spécialistes des mots croisés. On enregistrait
24 heures sur 24 les messages en morse, puis les
machines étaient chargées. Jusqu’à 18 000 messages
furent traités chaque jour. Seules une vingtaine de
personnes avaient accès aux informations décodées
par Ultra.
[8] École gouvernementale des codes et chiffres

À partir de 1943, en partie grâce au décryptage


d’Enigma en une heure par Bletchley Park, la durée
de survie d’un submersible allemand n’est plus que de
deux patrouilles. Sur les 1 154 U-Boote lancés au cours
de la guerre, 822 seront coulés, entraînant la mort de
30 000 sous-mariniers. Mais les loups de Dönitz détrui-
sirent dans le même temps 2 828 bâtiments.
Encore aujourd’hui, Enigma fait l’objet de très nom-
breuses publications scientifiques. Étudiée dans de
nombreuses universités et grandes écoles, il n’est pas
rare qu’elle soit également le sujet d’une conférence
à Polytechnique. 

détruiront pas tous les submersibles et feront même p Livret de codes


récupéré sur le U‑505.
en sorte d’en laisser s’échapper certains. Ils enverront
aussi des patrouilles aériennes sur les zones de présence
des U-Boote avant de les intercepter avec leurs des-
troyers pour laisser croire à une coïncidence. En 1943, pp Ultra s’avère être
par exemple, un important convoi doit parvenir à tout une source d’informations
prix en Afrique du Nord. Churchill ordonne de couler extrêmement fiable en ce qui
concerne les mouvements
tous les U-Boote rencontrés, puis adresse un message des submersibles allemands.
de félicitations à un espion imaginaire à Naples : les Dönitz ne s’apercevra
Allemands seront persuadés d’avoir été trahis par un jamais que les Alliés
agent. En Méditerranée, les Alliés intoxiquent les services « lisent par-dessus son
épaule » les ordres qu’il
de renseignements allemands en montant des attaques envoie à ses unités.
combinées : des avions et des submersibles ne cessant IWM
d’émettre des messages sont envoyés, pour les premiers
dans des secteurs vides d’ennemis, et pour les seconds
dans les zones de patrouille des U-Boote. Les Allemands
estiment ainsi avoir à faire à 400 submersibles et à de u Enigma M4 dans
très nombreuses escadrilles britanniques de patrouille son coffret de transport.
maritime. En réalité, il n’y eut jamais plus de 25 sous- Les 4 rotors sont bien
visibles. Les fiches du
marins simultanément en opération et dix appareils de pupitre de permutations
reconnaissance basés à Malte ! ne sont pas branchées.

la bataille De l'atlantiqUe en chiFFres


Année 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 Total
Tonnage coulé 810 4407 4398 8245 3611 1422 451 23344
(en milliers de tx.)
U Boot coulés 9 22 35 85 287 241 143 822

2
paciFiqUe
141-14

célÈbres pour avoir détruit une bonne partie de la flotte Marchande Japonaise,
les gato sont les descendants d’une longue lignée de subMersibles océaniques
apparue dans les années 1920. bien conÇus, faisant appel À des technologies
Matures et innovantes, ils seront construits À la chaÎne.
par xavier tracol

30
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise
t L’USS Porpoise, ici
en juillet 1944 à l’arsenal
de Philadelphie. Son
massif a été modifié, mais
conserve les hublots de la
passerelle de navigation,
tandis qu’est visible, à
la proue, l’un des tubes
lance-torpilles externes.

Toutes photos :
US Nara / US Navy

Au
sortir de la Première Guerre ses submersibles. À Washington, en 1921, ils s’opposent [1] Conçue pour améliorer
mondiale, la Marine amé- ainsi à une proposition britannique d’interdiction de l’arme l’autonomie, la taille et
l’emport de torpilles des
ricaine met en œuvre de sous-marine et négocient même d’en construire 90 000 t. classes précédentes, cette
nombreux submersibles Mais pour réussir un tel virage stratégique, il faut faire classe de 33 bâtiments,
côtiers des classes O, R et S. évoluer le matériel, car il est utopique de demander à des construits entre 1918 et 1922
Au rayon d’action et à l’ar- engins côtiers d’effectuer des patrouilles transpacifiques (plus 6 autres en 1924),
n’est pas particulièrement
mement limités, ces bâti- ou d’attaquer des bâtiments de ligne. Ils n’ont en effet ni réussie, et plusieurs unités
ments possèdent des dimensions réduites, et leurs lignes l’autonomie, ni la vitesse, ni la puissance de feu nécessaires. seront cédées aux Marines
ne sont pas sans rappeler celles des engins britanniques Aussi, après avoir constaté avec la classe S [1] l’inutilité de alliées durant la guerre.
de la même époque. Or, une fois la paix retrouvée, les repartir des modèles existants dans l’espoir de les améliorer, [2] Leur déplacement
Américains changent d’avis quant à l’emploi de leur force les Américains se concentrent sur de nouveaux projets de est au moins deux fois
sous-marine. Ils croient toujours en son potentiel, mais submersibles océaniques, des Fleet Submarines rapides et à supérieur à celui de n’importe
quel autre submersible
plus pour escorter les convois en Atlantique ou faire le même d’opérer à grande distance de leurs ports d’attache. américain de l’époque.
blocus des ports ennemis ; au contraire, ils la considè- Pour ce faire, ils devront avoir des dimensions plus impor-
rent maintenant comme un maillon essentiel de la chaîne tantes que celles de leurs équivalents européens.
de protection que la Navy est censée tendre autour du Développés sur le modèle des U-Kreuzer ayant fait régner
continent américain contre de potentielles flottes hostiles, la terreur parmi les convois jusqu’au large de Terre-Neuve
en particulier celle du Japon. Au vu de l’étendue de la durant la Grande Guerre, trois prototypes de bâtiments
côte Est et des intérêts américains dans le Pacifique (des océaniques rapides sont construits entre 1916 et 1920.
Philippines à Hawaii en passant par Guam et Midway), Cette classe AA-1 (plus tard renommée T Class) ne verra
ce cordon sanitaire se doit d’être lâche et lointain, ce qui jamais le service actif, car, malgré (ou à cause de) ses
nécessite que le Submarine Service soit à la fois une force 4 moteurs Diesel principaux, elle n’a pas, au final, la vitesse
de reconnaissance et d’attaque et puisse coordonner ses et l’autonomie requises. Trop lourde [2], sa grande carcasse
actions avec les escadres de surface (cuirassés, croiseurs se traîne à 11 nœuds en surface, bien loin des 20 nœuds
et porte-avions). Ainsi, alors même que la Grande Guerre a exigés au minimum. De cet échec, les ingénieurs en tirent
démontré que le submersible pouvait être une redoutable néanmoins des leçons applicables aux projets suivants.
arme stratégique contre le trafic marchand, l’US Navy en Au cours des années 1920 se succèdent ainsi les clas- x La classe AA-1, plus tard
fait un bâtiment auxiliaire, conçu pour repérer et s’attaquer ses V (plus tard appelée Barracuda), avec 3 unités produites renommée classe T, est
aux Capital Ships de l’adversaire ; bref, un rôle identique entre 1921 et 1926, et Narwhal (2 unités entre 1927 et composée de trois unités
à celui que donne, à la même époque, la Marine impériale 1930). Ces bâtiments font plus d’une centaine de mètres expérimentales construites
entre 1916 et 1919. Elles
nippone à ses propres submersibles : l’attrition des forces de long, entre 8 et 10 m de large, et emportent 6 tubes serviront de bancs d’essai au
de surface ennemies en amont d’une bataille décisive lance-torpilles. Surtout, ils possèdent une autonomie dou- concept de Fleet Submarine.
entre escadres cuirassées. Une telle fonction exige un ble de celle des classes précédentes : 12 000 nautiques à On aperçoit ici le T-1 (SS-52)
à gauche, et à droite le
grand nombre d’unités, et c’est pourquoi les États-Unis 11 nœuds en surface pour un Barracuda, 18 000 nautiques
T-3 en 1925 lors d’une
demanderont toujours, lors des négociations internatio- à 8 nœuds pour un Narwhal ! Le tout pour une vitesse de inspection de membres du
nales, le tonnage constructible le plus élevé possible pour pointe « raisonnable » de 17 à 18 nœuds en surface. ministère de la Marine.

31
paciFiqUe 141-14

l’ancÊtre sUbmersibles américains De l'entre-DeUx-gUerres


Au début des années 1930, les ingénieurs américains conçoivent le
Porpoise, le premier véritable Fleet Submarine de l’US Navy. Pour ce
faire, ils sont partis de l’expérience acquise avec les unités expérimentales
de type Dolphin et Cachalot [3], tout juste développées mais qui n’ont
pas eu de descendance directe à cause de la Grande Dépression et de
certaines lacunes techniques. Le Porpoise est finalement une version
agrandie et améliorée du Cachalot, et de cet engin océanique à double
coque découleront tous les submersibles américains qui lui succéderont
jusqu’en 1945.
Très moderne pour l’époque, la classe P (ou Porpoise) fait appel à la
soudure électrique pour l’assemblage de la coque [4], tandis que la pro-
pulsion est seulement électrique, une première sur un submersible !
En effet, les moteurs Diesel ne sont pas directement connectés aux
arbres d’hélices, mais servent à entraîner les générateurs qui alimentent
les moteurs électriques. Un système qui sera repris sur tous les modèles
suivants, car il s’avère simple d’emploi en opération. De grands réser-
voirs de carburant placés dans les ballasts et une consommation réduite
à la vitesse de croisière permettent d’effectuer de longues patrouilles
océaniques : 10 000 nautiques à 10 nœuds en surface pour un bâti-
ment aux dimensions plus que raisonnables (91,7 m de long et 7,6 m
de large) et au déplacement bien moins important que celui des gros
Barracuda (1 330 t contre 2 150 t en surface). De plus, il n’emporte
que 55 hommes (contre 80 à 90 pour un Barracuda), ce qui autorise un
confort sans commune mesure pour l’équipage par rapport à ce qui se
fait ailleurs à la même époque. Ainsi, contrairement aux U-Boote Typ IXA
par exemple (76,5 m de long, 1 051 t et 48 hommes), les engins de la
classe Porpoise bénéficient d’espaces exclusivement réservés au repos
de l’équipage et de l’air conditionné, ce qui améliore grandement les
conditions de vie des sous-mariniers opérant sous les Tropiques (et
réduit aussi drastiquement le risque de courts-circuits dus à la conden-
sation). Solides, les engins de la classe P ont une bonne tenue à la mer,
mais souffrent d’un défaut alors récurrent sur nombre de modèles de
submersibles : un temps de prise de plongée beaucoup trop long, plus
de 60 secondes, soit une éternité pour une unité attaquée en surface
par un avion ou un escorteur ! Mais la principale critique porte sur le
manque de tubes lance-torpilles (TLT), au nombre de six tout de même
(4 à l’avant et 2 à l’arrière avec 16 torpilles), un chiffre jugé insuffisant
en regard des dimensions imposantes de cette classe [5].
Entre 1933 et 1937, 10 Porpoise sont construits, essentiellement par
deux chantiers navals, le Navy Yard de Portsmouth, appartenant à l’État,
et celui de Groton, propriété d’Electric Boat, le seul industriel privé du Uss DrUm (ss-228)
pays capable de fabriquer des engins submersibles. Cette compétition
non officielle entre les deux concurrents a pour résultat de développer,
dès avant la guerre, des chantiers navals spécialisés dans la production
de sous-marins, tout en ajustant les plans des bâtiments aux capacités
des différents chantiers. Les Américains vont effectivement standardi-
ser leurs normes de construction en gardant une certaine souplesse.

32
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise
Les arsenaux d’État (Portsmouth, Mare Island, Boston) sui- sont un peu plus rapides en surface comme en plongée.
vront ainsi des plans spécifiques (« Government Design ») Leur taille permet d’embarquer deux fois plus de batte-
quand les sites d’Electric Boat (« EB Design ») en auront ries, ce qui leur procure un rayon d’action en immersion
d’autres à disposition, qui diffèrent par certaines pièces double de celui des Porpoise (85 contre 42 nautiques
utilisées, comme par exemple les générateurs Diesel. à 5 nœuds). D’apparence extérieure très similaire à ces
[3] Ce dernier emporte deniers, les Salmon ont par contre un aménagement
le premier Torpedo Data intérieur bien différent, avec 8 TLT internes (4 à l’avant,
Computer (TDC), appareil autant à l’arrière et 24 torpilles), ce qui montre que les
salmon / sargo et tambor électromécanique servant
à calculer une solution de
critiques des sous-mariniers ont été prises en compte
lancement de torpilles. par les ingénieurs [6]. Certains commandants jugent tout
Profitant du plan de relance économique mis en place de même le nombre de tubes encore insuffisant, sou-
[4] Ce qui permet d’alléger
par le président Roosevelt pour lutter contre la crise, haitant avoir 6 TLT à l’avant ; une configuration qui ne
l’ensemble tout en éliminant
les bureaux d’études n’attendent pas la fin de la pro- les fuites de carburant, verra pas le jour avant plusieurs années. Moins visible
duction des Porpoise pour commencer à plancher sur un problème récurrent mais tout aussi important, la motorisation est complè-
la classe suivante. Cette dernière est conçue comme sur tous les modèles tement revue, car la propulsion électrique des Porpoise
une évolution directe devant intégrer plusieurs amélio- américains précédents. avait d’indéniables défauts : faibles rendements, perte
rations. Construites entre 1936 et 1938, ses 16 unités [5] D’ailleurs, au de puissance et risques d’incendie n’en étant pas les
peuvent en réalité être réparties en deux sous-classes déclenchement de la moindres, les ingénieurs décident de revenir à un sys-
(6 Salmon et 10 Sargo), se distinguant l’une de l’autre guerre, 5 des premières tème plus conventionnel le temps de trouver une solu-
par l’aménagement du kiosque et leur propulsion, la der- unités (USS Porpoise, Pike, tion. Pour conserver de hautes vitesses en surface, ils
Tarpon, Perch et Permit)
nière sous-classe comprenant elle-même deux groupes recevront 2 tubes externes
vont choisir un système dit « composite », fruit d’un
(6 Sargo et 4 Seadragon) ne se différenciant qu’au niveau supplémentaires pour compromis entre le « tout électrique » et le classique
de leur motorisation. Malgré tout, leurs performances augmenter à moindre coût Diesel-électrique : les deux Diesel avant servent de géné-
et leur armement sont identiques, et si les spécialistes leur puissance de feu. rateurs, tandis que les deux blocs arrière sont couplés
les rangent en différents sous-ensembles, l’US Navy [6] Durant la guerre, aux arbres d’hélices via des réducteurs. Prudente sur le
les considère tous comme faisant partie de la même l’USS Stingray sera en outre papier, cette solution va s’avérer difficile d’utilisation,
classe. Avec les Salmon/Sargo, les Américains cher- équipé de 2 TLT externes et, pour les 4 dernières unités mises sur cale à partir de
chent à obtenir une classe techniquement mature de supplémentaires, preuve de 1938 (sous-groupe Seadragon), la Navy reviendra au
l’importance accordée à cette
Fleet Submarines. À peine plus grands que leurs pré- arme par les sous-mariniers tout-électrique pour ne plus en changer sur l’ensemble
décesseurs, ils sont plus lourds d’environ 100 t, mais opérant dans le Pacifique. de ses engins jusqu’à l’arrivée de la propulsion nucléaire.

t L’USS Sargo en avril 1943


sur la côte californienne. Il
a grosso modo les mêmes
lignes et les mêmes
dimensions que les Gato.

33
paciFiqUe 141-14

u Le Portsmouth Navy
Yard en pleine activité
en juillet 1942. Trois
submersibles sont ici en
cours de construction.
De gauche à droite : le
Scamp, le Scorpion et le
Steelhead, des exemplaires
de la classe Gato.

uu Lancement
spectaculaire de l’USS Peto
à Manitowoc le 30 avril
1942. L’opération exige un
angle de bascule de 48°.
Premier Gato construit par
MSC, le Peto sera chargé
sur une barge en décembre
pour être convoyé sur
environ 1 800 km jusqu’à
la Nouvelle-Orléans, où il
pourra enfin prendre la mer.

Les Salmon/Sargo souffrent cependant d’un grave défaut de concep- leurs prédécesseurs, les Tambor en conservent les performances de
tion au niveau de la valve principale d'admission d'air extérieur pour vitesse et d’autonomie. Mais si les sous-mariniers sont globalement
les moteurs Diesel. Mal dessinée, elle provoque des inondations très satisfaits de ces bâtiments, certains officiers généraux de la
inopportunes du local moteurs. En 1939, elle cause ainsi le naufrage Navy critiquent dès 1938 cette propension à ne développer que des
du Squalus lors de ses essais (23 morts), un accident qui détruit injus- submersibles de grande dimension et de fort déplacement : en cas
tement mais irrémédiablement la réputation de toute la classe. de guerre, leur construction ne constituerait-elle pas un gaspillage de
Malgré ce défaut, les Salmon/Sargo sont des engins matures, tout temps et de ressources qui seraient mieux employées au profit de la
à fait adaptés aux patrouilles offensives à long rayon d’action que flotte de surface [7] ? L’argument est des plus faibles et ne survivra
la Navy leur confierait en cas de guerre. Aussi, leurs successeurs pas à la livraison de deux unités expérimentales (classe Mackerel)
sont-ils directement développés à partir des plans des Sargo, dont au déplacement intermédiaire. Avec 838 t en surface, 73,9 m de
ils sont, au final, des versions améliorées : regroupées au sein de la long et 6 TLT, le Mackerel est peu ou prou l’équivalent américain
classe Tambor, les 12 nouvelles unités construites entre du U-Boot Typ VII qui sévit alors quasi impunément en
1939 et 1941 possèdent deux TLT supplémentaires à [7] L’amiral Thomas Hart Atlantique, mais c’est le fruit d’une vision stratégique
propose ainsi de construire
l’avant (avec 24 torpilles), ce qui porte leur total à dix, plutôt des bâtiments de lutte
erronée : les submersibles de l’US Navy ont vocation à
un chiffre enfin jugé acceptable par les commandants antiaérienne (les croiseurs combattre dans le Pacifique et ne peuvent donc pren-
les plus combatifs. À peine plus longs et plus lourds que légers de la classe Atlanta). dre exemple sur des engins bataillant en Atlantique

34
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise

{ Procédure de lancement de torpilles dans le local avant


du Cero. L’ordre final viendra de l’homme équipé d’un
micro et d’écouteurs, à gauche, en relation avec l’équipe
poUrqUoi gato ?
présente dans le kiosque auprès du TDC et du périscope.
À partir des années 1920, les sous-marins américains reçoivent tous le nom
d’une espèce de poissons ou de cétacés (exception faite de l’USS Argonaut,
— où, d’ailleurs, les performances limitées des Typ VII un submersible mouilleur de mines). Si certains noms anglais sont facilement
sont un frein à leur déploiement. La Marine américaine compréhensibles (Cachalot, Narwhal, Dolphin ou même Salmon), d’autres
a besoin de Fleet Submarines à long rayon d’action, méritent d’être traduits : l’USS Sargo fait ainsi référence au sar commun (famille
rapides et fortement armés, et le Mackerel n’en est pas des Sparidés) et le Porpoise au marsouin. Tambor est l’un des nombreux
un : il ne peut pas couvrir les vastes distances séparant la noms américains servant à désigner un Sebastes (ou perche de mer). Plus
côte Ouest des divers théâtres d’opérations, ni suivre les transparent, Tench donne « tanche » en français (un poisson d’eau douce),
évolutions d’une escadre au combat, ni rester longtemps alors que Balao est le nom vernaculaire de l’Hemiramphida (un Beloniforme
en mer. Alors que la guerre dans le Pacifique semble de vivant en Atlantique). Et le Gato dans tout ça ? C’est en fait l’un des noms
plus en plus inévitable à court ou moyen termes, les sous- hispaniques du requin-chat, que les Américains appellent Catshark, mais parfois
mariniers réclament donc, pour succéder au Tambor, un aussi Dogfish… qui n’a pourtant rien à voir avec l’espèce que nous appelons
engin qui en soit directement dérivé. « poisson-chien » et qui évolue dans le Danube.

1 massif recouvrant le kiosque


orifices de remplissage /
2
évacuation des espaces vides de la superstructure
3 emplacement des principaux ballasts
4 quille antiroulis tribord

3
paciFiqUe 141-14

compartiment batteries avant : au niveau inférieur prennent place 126 accu-


Un gato en tranches mulateurs électriques, soit la moitié de la capacité du navire. Le niveau
supérieur est réservé aux officiers. Il compte le carré, où ils prennent
Début 1939, il est officiellement décidé que la Marine commandera, leurs repas, un garde-manger qui leur est attribué et trois cabines.
l’année suivante, de nouveaux submersibles océaniques pour succéder L’une accueille trois officiers subalternes, l’autre est réservée au second
aux Tambor. Par contre, les sous-mariniers doivent faire un compromis (appelé Executive Officer ou XO) et au 1st Lieutenant (plus ou moins
de taille : il est question de n’en produire que six exemplaires, répartis l’équivalent du 1er officier de quart dans la U-Bootwaffe), et la dernière
à part égale entre le chantier EB de Groton (Connecticut) et le Navy est celle du commandant. Le reste de l’espace sert au logement des
Yard de Portsmouth (Maine). C’est bien peu, mais les événements officiers mariniers (de 5 à 10 selon les engins et les patrouilles), mais
internationaux vont en décider autrement. Les succès de l’Axe et la comprend aussi un bureau pour le commissaire du bord (le Yeoman)
chute de la France en mai 1940 poussent les États-Unis à un réarme- ainsi que des toilettes et une douche réservées aux officiers.
ment massif. En juillet, le Congrès vote ainsi un budget de 4 milliards central navigation : centre névralgique du bâtiment, ce compartiment est le
de dollars pour créer une « Two Ocean Navy », une Marine capable seul par lequel on accède au kiosque. Au niveau inférieur prennent place
d’aligner deux flottes, l’une en Atlantique et l’autre dans le Pacifique. les pompes et compresseurs n’ayant pas de lien avec la propulsion,
L’heure n’est plus à la tergiversation : 22 submersibles supplémentaires ainsi qu'une soute. Le pont principal comprend, à l’avant, le centre
sont immédiatement commandés. L’encre des contrats n’est pas encore de navigation en plongée, qui est équipé entre autres d’un appareil
sèche qu’est passé un nouvel accord portant sur 43 autres unités ! de contrôle d’ouverture/fermeture des panneaux et de pression des
Ces nouveaux bâtiments forment la classe Gato, dont les plans sont différents compartiments (le Hull Opening Indicator Panel, surnommé
volontairement figés pour permettre une production de masse simul- « Arbre de Noël » à cause de ses lampes rouges et vertes), de barres
tanée par plusieurs constructeurs, même non spécialisés. Car, pour de de plongée et de direction, et d’un tableau de commande des ballasts.
telles commandes, les deux chantiers navals historiques ne suffisent Un local radio est installé à l’arrière.
pas, et il est décidé d’ouvrir la production au Mare Island Navy Yard compartiment batteries arrière : c’est le plus vaste compartiment du bâtiment.
(Californie) et à la Manitowoc Ship Building Company (MSC, Wisconsin). 126 accumulateurs électriques sont stockés au niveau inférieur, à côté
Cette « décentralisation » est relative, puisque, au final, Electric Boat du principal garde-manger du bord, une soute à provisions faisant office
construira 41 des 73 unités produites entre 1940 et 1944. Malgré de congélateur et de réfrigérateur. Au-dessus sont installés une armoire
tout, cela représente un développement industriel important : le chantier à pharmacie, le carré de l’équipage, la cuisine et 36 à 40 bannettes.
de Groton passe ainsi de 11 cales à submersibles en juillet 1941 à Enfin, deux toilettes, des douches, une machine à laver le linge et des
21 en mars 1943, sur lesquelles les ouvriers travaillent 24 heures sur placards sont placés tout à l’arrière.
24. En juillet de cette année-là, EB livrera un nouveau
sous-marin chaque semaine ! MSC n’en produira que dix
durant la même période, ce qui s’explique par le fait que,
jusqu’en 1940, ce constructeur installé sur les rives du
lac Michigan n’a encore jamais fabriqué de submersibles.
Or, il livrera toutes ses unités (une par mois en moyenne)
en respectant les délais, voire en les devançant [8].
Le Gato diffère du Tambor seulement sur des détails.
Il est légèrement plus lourd et plus long afin d’empor-
ter des moteurs Diesel plus puissants et d’être équipé
d’une cloison étanche séparant les deux locaux machines.
La double coque est entièrement constituée de plaques
d’acier soudées. La coque épaisse (interne) est de forme
cylindrique, aux extrémités tronconiques, et est divisée en
compartiments rendus étanches par des cloisons conçues
pour résister aux mêmes pressions que la coque elle-
même. Le submersible peut ainsi descendre jusqu’à 90 m
de profondeur en toute sécurité, et jusqu’à 150 m en
1 local torpilles avant
cas d’extrême nécessité. Entre les deux coques prennent 2 compartiment batteries avant
place les 10 ballasts principaux, 6 autres pouvant contenir
du Diesel, et 4 soutes classiques à carburant. L’espace 3 central navigation
restant est vide et non étanche, l’eau y circulant librement
grâce à des orifices pratiqués dans la coque externe pour 4 kiosque blindé
faciliter la prise de plongée. L’emplacement et le nombre
de ces orifices constituent d’ailleurs les seuls éléments  compartiment batteries arrière
visibles depuis l’extérieur qui permettent de savoir de quel
chantier provient le bâtiment : car, comme pour leurs pré- 6 compartiment Diesel avant
décesseurs, les Gato font appel à un « EB Design » pour
les chantiers privés (EB et MSC) et à un « Government  compartiment Diesel arrière
Design » à destination des arsenaux publics. Le premier
présente des trous concentrés au niveau de la proue
8 compartiment moteurs électriques
quand le second en possède de plus nombreux répartis  local torpilles arrière
tout le long de la coque. La coque épaisse compte huit
compartiments aménagés sur deux niveaux. Le kiosque
blindé n’en fait pas partie, mais est relié au central par
un panneau étanche.
local torpilles avant : cet espace comprend six tubes lance- 8
torpilles, dont deux situés sous un faux plancher esca-

motable, 16 torpilles (6 dans les TLT et 10 de réserve)

ainsi que 14 couchettes pour les hommes d’équipage.
C’est de ce compartiment que sont manœuvrés l’antenne
rotative du sonar et le loch à tube de Pitot.

36
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise

p Des officiers du Cero se sont installés au carré pour rédiger leurs rapports
au calme. On note la présence d’un cendrier sur la table, preuve que fumer
est un « vice » largement accepté à bord, même en opération.

u L’homme assis est l’opérateur de la barre de plongée avant.


La scène se déroule dans le central de navigation du Cero.

[8] Chaque submersible livré par MSC est lancé sur le


lac Michigan. Il rejoint ensuite les eaux salées du golfe du
Mexique via le Mississippi, un trajet d’environ 1 800 km.


3
2 1

3
paciFiqUe 141-14

camoUFlages
Les premières unités à entrer en service sont
intégralement peintes en noir, couleur jugée la
meilleure pour un submersible évoluant en plongée
pour ne pas être repéré depuis le ciel. À partir de
décembre 1941, certaines unités expérimentent
un camouflage bleu foncé, dit Ocean Gray, censé
être plus discret dans les eaux tropicales. De mau-
vaise qualité, il devient laiteux avec le temps,
ce qui explique que de nombreux submersibles
garderont leur teinte d’origine, parfois jusqu’à la
fin de la guerre. Ce n’est qu’en juin 1944 que
l’US Navy émet deux nouvelles directives pour
réguler le camouflage de ses sous-marins : les
Measures 32/3SS et 32/9SS font appel à plusieurs
teintes de gris ombrés à appliquer sur une couche
de noir brillant sur les surfaces verticales, tandis
que les surfaces horizontales sont peintes en noir
mat. Ces nouveaux schémas de camouflage vont
s’avérer très performants en surface, de nuit ou
par temps couvert.

{ L’homme à la barre de direction fait face à divers cadrans de contrôle, ainsi qu’à une compartiment moteurs avant : 2 des 4 moteurs Diesel du bâtiment
reproduction du poisson ayant donné son nom au submersible, le Cero, ou maquereau roi. (les n° 1 et 2) y sont installés, chacun relié à son générateur
q Ce cliché a été pris dans le kiosque blindé du Cero en août 1943. Un officier observe
(positionné au niveau inférieur) servant soit à charger les
la surface au périscope, tandis qu’un autre estime une trajectoire à l’aide d’un petit disque batteries, soit à alimenter les moteurs électriques. Ce sont
de calculs. Au second plan, un opérateur est au TDC, le casque sur les oreilles. des moteurs de 1 600 cv à deux temps, plus simples et
chauffant moins que ceux à 4 temps.
compartiment moteurs arrière : identique au compartiment pré-
cédent, il loge les moteurs Diesel n° 3 et 4, leurs généra-
teurs respectifs ainsi que deux compresseurs à air à haute
pression.
compartiment moteurs électriques : ce local minuscule abrite, au
niveau inférieur, les deux moteurs électriques principaux
ainsi que les réducteurs les connectant aux arbres d’hé-
lices. Au-dessus prend place un panneau de commande
pour le passage des Diesel aux électriques, ainsi que pour
la transmission.
local torpilles arrière : 15 bannettes et 4 TLT sont installés dans
ce dernier compartiment, avec un total de 8 torpilles.
massif : il compte deux éléments superposés. De forme
cylindrique, le premier est le kiosque blindé, une extension
du central pour la navigation en surface et les manœuvres
d’attaque en plongée. Il est équipé d’une barre de direction,
de deux périscopes et d’un radar. Il sert aussi de centre de
contrôle pour les opérations de combat grâce à un TDC.
C’est aussi là que sont installés les terminaux des radars
et du sonar, ainsi que les répétiteurs des principaux pan-
neaux de contrôle et de mesure présents dans le central.
Au cours d’une attaque en plongée, l’endroit est donc très
encombré, avec le commandant et le XO à la manœuvre,
1 ou 2 opérateurs au TDC, autant au sonar, et un dernier
homme communiquant avec les autres compartiments.
Le kiosque est englobé dans une superstructure de forme
rectangulaire, faisant place juste au-dessus à une passerelle
couverte mais non étanche, traversée en son centre par les
puits des périscopes et des mâts radio et radar. Au début
de la guerre, la partie supérieure de cette superstructure
est enlevée, les Américains jugeant que son volume ralentit
la plongée et manque de discrétion. Cette transformation
permet l’aménagement de plusieurs plates-formes, sur les-
quelles seront montées des pièces de DCA ou qui serviront
de postes de veille. La plate-forme située à l’arrière des
périscopes est communément surnommée le « Cigarette
Deck ». Les aménagements du massif sont d’une telle
variété que, au final, tous les Gato auront une silhouette
distinctive, quand bien même il est souvent difficile d’en
pointer tous les particularismes.

38
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise

1 safran (replié) de la barre de plongée tribord avant  protections fixes des hélices
2 orifices de remplissage / évacuation des espaces vides 6 portes extérieures de 2 des 4 tubes lance-torpilles arrière
3 chaumard d’étrave pour le remorquage  hélice quadripale bâbord
4 portes extérieures de 3 des 6 tubes lance-torpilles avant 8 safran horizontal de la barre de plongée arrière
 safran vertical de la barre de direction


6

 

3
paciFiqUe 141-14

conFort
Il suffit de lire les témoignages de sous-mari-
niers américains, comme par exemple celui de
Forest J. Sterling [9], pour se rendre compte
que la vie à bord d’un Gato n’a absolument rien
à voir avec ce que subissent à la même époque
les équipages des U-Boote en Atlantique [10].
Tandis que ces derniers endurent, dans leurs
« cigares d’acier », des conditions de vie pres-
que insupportables de promiscuité et de man-
que d’hygiène, les hommes des Gato sont logés
à bien meilleure enseigne : avec 70 coucha-
ges pour l’équipage, le principe de la bannette
chaude n’est ainsi pas systématique, mais
dépend des effectifs embarqués : 60 hommes
et officiers en temps de paix, mais parfois plus
de 80 en temps de guerre, ce d’autant plus
que certaines bannettes sont inaccessibles tant
que plusieurs torpilles de réserve n’ont pas été
chargées dans les tubes… L’équipage a donc
à sa disposition un espace relativement vaste
et surtout bien aménagé, un critère essentiel
pour effectuer de longues patrouilles avec un
minimum de stress. Chacun a une armoire pour
ses effets personnels ; les officiers peuvent se délasser ou rédiger leurs est abondante et de qualité grâce à une chambre froide, ce qui permet
rapports au carré, tandis que les hommes du rang peuvent se rendre au chef de proposer parfois de la crème glacée en dessert, un luxe
à tout moment, en dehors de leur temps de service, au réfectoire impossible sur un bâtiment anglais ou allemand. Les photos prises en
pour manger ou boire un quart de café (disponible à discrétion) tout opération montrent aussi des équipages toujours très correctement
en lisant, en jouant aux cartes et même en fumant (si le submersible vêtus. La présence d’une machine à laver (manuelle, époque oblige),
n’est pas en plongée), chose impensable à bord d’un U-Boot ! En effet, de rangements individuels et de véritables douches explique qu’on
contrairement aux unités allemandes, les Gato sont équipés de l’air n’y retrouve pas les tenues sales et les airs hirsutes qu’arborent
conditionné pour éliminer l’humidité ambiante et renouveler l’air en généralement les hommes de Dönitz à la même période…
permanence lorsqu’ils évoluent en surface. Fumer est généralement
prohibé en plongée pour économiser l’air respirable, mais plusieurs
scènes décrites dans le livre de Sterling montrent que l’interdiction
n’est pas respectée à la lettre, et cela sans que les officiers ne s’en armement
émeuvent outre mesure. De plus, le « Cigarette Deck » ne s’appelle
pas ainsi pour rien, les hommes pouvant y fumer en toute liberté Avec 20 à 24 torpilles embarquées, les submersibles classe Gato ont
durant le voyage entre leur base et la zone des combats. La « belle un armement comparable à celui des Typ IXC de la même période
vie » des sous-mariniers américains ne s’arrête pas là : la nourriture (22 torpilles), mais ils possèdent plus de tubes (10 TLT contre 6).
{ Pause-café pour des
hommes d’équipage du
Corvina en août 1943. Nous
sommes ici dans l’un des
deux locaux torpilles du
submersible, certainement
celui de l’arrière.

u L’USS Dace à Pearl


Harbor en 1944. Le massif
a reçu de nombreuses
modifications : « Cigarette
deck » complètement
découvert, pose de
deux pièces de 40 mm,
armature alvéolée autour
des puits de périscopes
avec une nacelle de
veille. Le radar SD est
repositionné très à l’arrière
pour que puisse être
installé l’aérien du radar SJ
le plus haut possible.

[9] Forest J. Sterling,


Glorieux Wahoo, Éditions
France-Empire, 1960.
[10] Lire LOS! Hors-
série n° 9 « La vie à
bord des U-Boote – En
patrouille avec les sous-
mariniers allemands »
de Xavier Tracol.

40
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise
Ironie du sort, les forces sous-marines allemandes et
américaines connaîtront toutes les deux, au début
de leur engagement, une « crise des torpilles »,
une série de problèmes techniques mettant à mal la fiabi-
lité de ces anguilles au rôle pourtant essentiel en opéra-
tion… La torpille Mk 14 du Submarine Service a en effet
la fâcheuse habitude d’exploser soit prématurément,
soit pas du tout en raison de plusieurs défauts au niveau
de ses mises de feu magnétique et à impact, et de ses
gouvernes de direction. Les variations du champ magné-
tique (qui dépend en partie de la situation géographique
du submersible) sont aussi en cause, ce que les ingé-
nieurs n’avaient visiblement pas anticipé. Le problème
ne sera véritablement réglé que dans la seconde moitié
de l’année 1942. Dans l’intervalle, le moral des équipa-
ges est souvent durement affecté par ces défaillances
qui rendent dangereux tout lancement de torpilles contre
une cible armée. En 1943, les Américains mettent en
service une torpille électrique (qui aura, au départ, les
mêmes défauts), la Mk 18. Beaucoup plus lente que sa
consœur (20 nœuds au lieu de 46), elle s’avère cepen-
dant plus discrète (aucun sillage en surface) et bien
moins chère à produire (6 500 dollars contre 10 000).
u Les servants de la pièce de pont de 101,6 mm à l’exercice.
Tandis que deux hommes pointent le canon, deux autres
manœuvrent la culasse, un cinquième en extrait la douille
usagée, et un dernier apporte un obus prêt à servir.

1 pièce de pont de 101,6 mm


2 canon antiaérien oerlikon de 20 mm
3 passerelle découverte
4 mât radar sJ
 puits du périscope d’attaque 4

6 puits du périscope d’observation 6

 mât radar sD

41
paciFiqUe 141-14

Uss DrUm (ss-228)

42
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise

43
paciFiqUe 141-14

le tDC
Le Torpedo Data Computer (TDC) est un calculateur électromé- à jour. Le TDC s’en distingue justement par sa capacité à intégrer
canique placé dans le kiosque et spécialement dédié à l’obtention automatiquement certains de ces changements d’informations
d’une solution de lancement de torpilles. Datant de 1933, il est grâce à un couplage permanent avec le gyrocompas, le loch Pitot
perfectionné au cours des années 1930, et, au début du conflit, et surtout le sonar du submersible. Plus tardivement, les données
les unités de la classe Gato emportent une version Mk III, qui sera radar seront aussi intégrées. Avec ces informations, le TDC cal-
remplacée en 1943 par une nouvelle, dite Mk IV, développée en cule la route prévisionnelle de la cible et, de là, une solution de
lien avec la nouvelle torpille Mk 18. lancement fiable. Cette dernière est mise à jour en temps réel
Pour toucher une cible en mouvement, un submersible doit défi- grâce à la capacité de l’appareil – révolutionnaire pour l’époque !
nir de façon précise plusieurs paramètres : la distance entre le – de « suivre » automatiquement la cible désignée, les éventuelles
chasseur et sa proie, la vitesse d’évolution de chacun d’entre eux corrections étant apportées manuellement par l’opérateur.
et le gisement (c’est-à-dire l’angle formé par l’axe longitudinal Malgré les espoirs placés avant-guerre dans le sonar, il ne s’avère
du submersible et celui de son objectif). Avec ces données, un pas possible, en réalité, de calculer une solution de tir en se basant
calcul trigonométrique permet d’obtenir l’angle de gyrodéviation (ou uniquement sur sa précision : le TDC nécessite des corrections
angle gyro) idéal, soit l’angle formé entre l’axe du sous-marin et la que seule peut livrer une observation au périscope. En cas d’atta-
trajectoire de sa torpille (en ligne droite) jusqu’au point d’impact. que en surface (donc généralement de nuit), l’équipage utilise le
Durant la Seconde Guerre mondiale, les submersibles de toutes Target Bearing Transmitter (TBT), un puissant binoculaire monté
les nations possèdent généralement un appareil faisant plus ou sur un répétiteur de gyrocompas et fournissant électriquement le
moins rapidement ce genre de calculs, mais ils demandent tous gisement de la cible observée. Un exemplaire de ce TBT se trouve
d’entrer manuellement des données chiffrées constamment mises en passerelle et un second sur le « Cigarette Deck ».

Les Gato embarqueront souvent un lot panaché de tor- le kiosque. Très similaire à l’antenne du SJ, l’aérien du
pilles, réservant les Mk 14 pour les attaques nocturnes SV est toutefois beaucoup plus volumineux.
et les électriques pour celles en journée. Or, avec 261 à Mis en service en juin 1942, le SJ est un radar décimé-
292 kg de TNT dans le cône de combat, ces torpilles sont trique de nouvelle génération dédié à la veille-surface.
relativement peu puissantes comparées à celles mises au Il donne la distance et la position d’une cible (jusqu’à
point par les autres nations à la même époque. La chose 15 nautiques pour un destroyer) avec suffisamment de
se vérifiera en opération : les submersibles de l’US Navy q Le Cero de retour de sa précision pour que puisse être calculée une solution de
8e patrouille qui l’a amené
auront souvent bien du mal à envoyer par le fond les plus lancement de torpilles directement à partir de ses infor-
au large d’Honshu. Même
gros bâtiments. En octobre 1943, il ne faudra ainsi pas redessiné, son massif mations. C’est néanmoins un appareil fragile, peu fiable
moins de 20 torpilles (lancées par deux unités) pour couler est très volumineux. à ses débuts, qui nécessite un opérateur expérimenté.
le Kazahaya, un pétrolier de 18 594 t ! À l’origine, les
Gato emportent une pièce de pont de 76,2 mm à l’arrière
du massif, deux mitrailleuses de 12,7 mm et/ou deux
autres de 7,62 mm. Au cours de la guerre du Pacifique,
le canon verra augmenter son calibre (du 101,6 ou du
127 mm), tandis que se renforcera la DCA, avec plusieurs
pièces de 20 ou 40 mm sur affûts simples ou doubles.

senseUrs :
la cerise sUr le gato
En collaboration avec les Britanniques, les Américains
mettent au point, dès 1938, un premier radar « naval »
très largement amélioré en 1940. Destiné à l’origine aux
grands bâtiments de surface, il est ensuite attribué aux
croiseurs et destroyers, mais les submersibles devront
attendre fin 1941 pour disposer enfin d’un instrument
d’alerte aérienne suffisamment petit pour être embar-
qué sur les premiers exemplaires de la classe Gato.
Ce radar SD est non directionnel, ce qui signifie que s’il
peut calculer la distance d’un objet jusqu’à 6 nautiques
(avec une précision relative, à 900 m près), il ne peut en
donner la position par rapport au sous-marin. Son antenne
en « T » est montée sur un mât installé derrière les deux
périscopes. Il connaît plusieurs améliorations ; la der-
nière est le SD-2, en 1943, qui intègre l’identification
ami/ennemi. Ce radar est toutefois remplacé, début
1945, par le SV, centimétrique, beaucoup plus précis
et fiable que son prédécesseur (jusqu’à 10 nautiques de
portée de détection pour un bombardier). Il a l’avantage
supplémentaire d’utiliser le même système d’affichage
des données (PPI) que le radar de veille-surface SJ (voir
ci-dessous), ce qui permet d’économiser de l’espace dans

44
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise
Son antenne parabolique (dont la forme évoluera au cours
de la guerre) est montée à l’avant des périscopes, et les périscopes
données sont établies sur un système d’affichage PPI [11]
à partir de septembre 1943. Le SJ est remplacé par le Les deux périscopes ne peuvent être manipulés que depuis le kiosque. Celui à
radar SS à la toute fin du conflit. En 1944 apparaît le tête très étroite, pour ne pas produire un sillage trop visible, est un périscope
radar ST, conçu pour déterminer précisément la distance d’attaque Type 2, tandis que l’autre est un Type 3 d’observation, à l’angle
d’une cible au profit du TDC lors des attaques nocturnes de vue plus ouvert. Il est remplacé, à partir de 1944, par un Type 4 très utile
à la torpille en plongée (donc lorsque les périscopes ne pour les combats de nuit : sa tête plus grosse et son mât plus court laissent
sont plus d’aucune utilité). Son antenne est montée sur effectivement passer plus de lumière. Il abrite aussi l’antenne du radar ST,
la tête du périscopes de veille, et il nécessite un affichage qui peut calculer la distance d’un bâtiment naviguant en surface tandis que le
A-Scope particulier. Les submersibles américains possè- submersible reste à l’immersion périscopique.
dent aussi un détecteur d’ondes radar APR-1 capable d’in-
tercepter les émissions des radars embarqués japonais.
Avant-guerre, le sonar est une technologie qui a été peu
mise en avant par les Américains et donc peu développée. les changements De massiF
Monté en arrière de la proue, le WCA, dont les Gato
sont tout d’abord équipés, possède deux modes (actif/ La volumineuse superstructure englobant le kiosque
passif), mais reste peu employé par les commandants avait été conçue à l’origine pour réduire la résistance
d’unité, qui craignent d’être repérés au bruit émis (les de l’écoulement de l’eau lors de la prise de plongée.
fameux « Ping »). Il faut attendre fin 1942 pour que les Or, les premiers retours d’expérience en temps de [11] Plan Position Indicator,
bâtiments reçoivent en sus un sonar passif performant, guerre montrent que ce massif est beaucoup trop ou vue panoramique à
le JP, à l’aérien rotatif en forme de « T » placé sur la voyant en surface. Des portions sont donc enlevées angle d’élévation constant
plage avant (comme le KDB des U-Boote). Très précis, pour en réduire la silhouette, d’autant que, à la même en français. Il permet à
l’opérateur de connaître
il est cependant peu utilisé, car il est très fragile et ne époque, la mise en service programmée de divers la position approximative
peut fonctionner à haute vitesse ou à grande profondeur. appareils de communication et/ou de détection exige de la cible illuminée par
Une version améliorée JT sera mise en service en 1945. que le massif soit réaménagé pour qu’y soient ins- le signal radar, ce que
l’affichage précédent
WCA et JP/JT sont finalement remplacés à la toute fin de tallés des mâts et des antennes. La dernière raison
(A-Scope) ne pouvait faire,
la guerre sur certaines unités par le WFA, dont l’antenne à la nécessité d’améliorer le massif est l’importante se contentant de donner la
a une tête sphérique positionnée sur la plage avant. distance séparant les bases des théâtres d’opérations : distance sur une échelle.

1 porte tribord menant au kiosque blindé


« cigarette Deck » avec une pièce
2
antiaérienne oerlikon de 20 mm
target Bearing transmitter (tBt), binoculaire
3
monté sur un répétiteur de gyrocompas
plateforme de veille traversée par les
4
puits des périscopes et du mât radar sD

4
paciFiqUe 141-14

Fiche techniqUe / classe gato


Déplacements standards 1 549 t en surface / 2 463 t en plongée
Longueur 95,05 m
Largeur 8,3 m
Tirant d’eau 5,2 m
Motorisation 4 moteurs Diesel General Motors ou Fairbanks
Morse / 4 électriques Elliot ou General Electric
Puissance maximale 5 400 cv en surface / 2 740 cv en plongée
Vitesse maximale 20,25 nœuds en surface / 8,75 nœuds en plongée
Rayon d’action 11 800 nautiques à 10 nœuds en surface /
95 nautiques à 5 nœuds en plongée
Profondeur maximale 95 m
Emport de carburant 378 t
Armement • 10 tubes lance-torpilles (6 à l’avant et 4 à
l’arrière)
• 24 torpilles de 533 mm (ou 40 mines à la place
de 14 torpilles)
• 1 canon de 76,2 mm, puis 1 de 101,6 mm ou
de 127 mm
• 2 mitrailleuses de 12,7 mm et / ou de 7,62 mm
Équipage 60-80

u Intéressante vue du massif de l’USS Cero en août 1943. Le commandant


est en passerelle, avec une équipe de veille « dans les hauts », jumelles
rivées aux yeux. Deux aériens de radars sont bien visibles : à gauche
celui du SD, à droite celui du SJ, tous les deux dans leur 1re version.

1 pièce de pont de 101,6 m


massif recouvrant le kiosque blindé
2 surmonté de la passerelle
de navigation (baignoire)
3 projecteur
4 pièce antiaérienne arrière de 20 mm
panneau donnant dans le réfectoire
1 
(compartiment batteries arrière)

46
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise
de si longs temps de transit exigent que les bâtiments naviguent beau-
coup plus souvent que prévu en surface – quand bien même il y aurait DiFFérentes recettes De gato
du danger –, ce qui demande qu’ils soient puissamment armés pour
se défendre en cas de rencontre impromptue avec un avion ou un modèle a Extension de la plate-forme de veille vers l’arrière sur les
destroyer ; d’où la multiplication des pièces de DCA installées sur des exemplaires produits par EB ; ajout de l’aérien du radar SD
plates-formes surélevées au-dessus du kiosque. Ces transformations (1940).
des superstructures ne seront pas standardisées, certaines étant effec- modèle b Réduction de la longueur de la passerelle couverte sur les
tuées sur cale, tandis que d’autres sont réalisées sur des navires-ateliers exemplaires produits par EB.
avec les moyens du bord. Les spécialistes différencient ainsi au moins modèle c Suppression du franc-bord entourant le « Cigarette Deck »
sept schémas principaux d’aménagement du massif sur les Gato, sans (mai 1942) chez tous les constructeurs.
compter les innombrables exceptions et sous-versions. modèle D Suppression des carénages entourant le haut des puits des
Aussi nombreuses soient-elles, ces modifications ne réduisent en rien périscopes [12] (fin septembre 1942) ; installation d’armes
le temps de prise de plongée des engins. Or, les premiers mois d’opé- de DCA sur le « Cigarette Deck ».
rations ont montré que ce défaut, qui aurait été fatal en Atlantique, modèle e Suppression d'une partie du massif au niveau de la pas-
n’a pas une grande importance dans le Pacifique : les escorteurs et serelle de navigation ; ajout d’une plate-forme et, parfois,
avions ennemis sont peu nombreux, concentrés en des points et sur installation de la pièce de pont à l’avant du kiosque (fin
des routes bien définis, et, de plus, le radar permet d’être alerté suffi- 1942).
samment tôt de leur approche. modèle F Suppression du panneau étanche arrière du massif [13],
remplacement de la face arrière concave du kiosque par
une paroi convexe (bombée vers l’extérieur) procurant
plus d’espace intérieur (au printemps 1943, en priorité
les sUccesseUrs sur les nouvelles constructions). Le mât du radar SD est
déplacé sur l’arrière, hors du kiosque, pour prendre place
Tandis que les Gato sont en cours de construction, l’US Navy passe sur le « Cigarette Deck », ce qui permet de repositionner
commande, début 1942, de 132 exemplaires d’une nouvelle ver- le mât du radar SJ derrière les périscopes (fin 1944).
sion. Appelée classe Balao, ses plans reprennent ceux du Gato, modèle g Installation d’une armature métallique alvéolée autour des
mais intègrent plusieurs modifications et améliorations censées faci- périscopes (début 1944) faisant place à deux étroites nacel-
liter la production, généraliser la préfabrication et renforcer la soli- les de veille.
dité structurelle de la coque à grande profondeur. Le changement
le plus important réside dans le choix de plaques d’acier plus épais- [12] Ce qui ne manquera pas de provoquer des vibrations
inopportunes des mâts à certaines vitesses.
ses et résistantes pour réaliser la coque étanche, pour descendre
sans risque jusqu’à 122 m, et jusqu’à 182 m en ultime recours. [13] Qui n’est plus utile maintenant que le canon de pont est à l’avant.

x L’USS Balao de retour de patrouille en 1945 ; à noter les


lignes retravaillées du massif et des puits de périscopes.

4
paciFiqUe 141-14

u L’USS Greenling
au cours de sa 12e et
dernière patrouille dans le
Pacifique. Il sert ensuite à
l’instruction de réservistes
jusqu’en 1960, date à
laquelle il sera ferraillé.

y Vue prise depuis la


passerelle découverte du
Cero en juillet 1943. Sont
visibles le répétiteur de
compas, le tube de la pièce
avant de 20 mm et le canon
de pont de 101,6 mm.

Le massif des Balao est abaissé, mais ressemble encore énormé- eux seuls l’essentiel de la campagne sous-marine américaine dans le
ment à celui des Gato. Les premiers exemplaires entrent en service Pacifique. Quatre unités (USS Shad, Herring, Haddo et Gunnel) seront
en février 1943, et 101 unités seront produites à temps pour effec- bien envoyées effectuer quelques missions de reconnaissance de plages
tuer au moins une patrouille de guerre. Au final, 122 Balao seront en Afrique du Nord en 1942-43, mais elles retourneront rapidement
réalisés : la construction de 10 engins est effectivement annulée en dans le vaste Pacifique pour combattre le Japon. Et le moins que l’on
1944, lorsque la Navy décide de passer à une nouvelle version de puisse dire, c’est que les Fleet Submarines y brillent par leurs actions :
Fleet Submarines. Extérieurement, rien ou presque ne distingue un au total, ils coulent 39 destroyers et de nombreux autres escorteurs
Tench (nom donné à cette sous-classe) d’un Balao ; par
contre, l’aménagement intérieur est entièrement revu : les
ballasts sont intégrés à la coque épaisse pour simplifier
le système de canalisation, et l’un d’eux est transformé
en soute à carburant, ce qui accroît substantiellement
l’autonomie du bâtiment (16 000 nautiques à 10 nœuds
en surface). Par ailleurs, la discrétion des moteurs et du
système propulsif est très largement améliorée par le
travail d’un ingénieur des plus prometteurs, le Captain
Hyman G. Rickover, qui sera à l’origine du programme
américain de sous-marin nucléaire dans les années 1950.
Sur les 146 unités initialement commandées, seules 31
seront livrées entre 1944 et 1951.

les opérations
La fonction normale des sous-marins américains est de
mener des patrouilles offensives sur les lignes de com-
munication de l’ennemi ainsi que d’effectuer, au large des
îles tenues par l’adversaire, des chasses à l’affût. Ils sont
cependant aussi très souvent employés pour mouiller des
mines, transporter du ravitaillement (pour la résistance
philippine par exemple), faire des reconnaissances de
plages et même, à la fin du conflit, des bombardements de
sites côtiers. Le sauvetage en mer de pilotes abattus fait
aussi partie de leurs attributions : 86 unités récupéreront
ainsi 380 aviateurs. Les Gato et Balao vont supporter à

48
sUbmersibles classe gato les boUrreaUx
De la marine Japonaise
et submersibles (dont deux U-Boote engagés dans cette
partie du monde), mais surtout, ils envoient par le fond
1 178 navires de commerce (4 800 000 t), soit presque
les deux tiers de la flotte marchande nippone ! Quant à
leurs propres pertes, elles sont insignifiantes comparées
à celles de la U-Bootwaffe à la même époque : entre
décembre 1941 et août 1945, 19 Gato et 10 Balao sont
perdus au combat ou suite à diverses autres causes
(collision, etc.).
Une fois la paix retrouvée, de nombreuses unités sont
placées en réserve, mais beaucoup d’autres restent en
service pour servir de banc d’essai à de nouvelles techno-
logies. Certaines reçoivent ainsi un schnorchel ; à partir de
1946-47, la plupart intègrent les programmes « GUPPY »
(Greater Underwater Propulsion Power), censés apporter
de meilleures performances en plongée : installation de
batteries plus puissantes, élimination complète de l’ar-
mement de surface, partie avant de la coque redessinée
et massif aux lignes hydrodynamiques, etc. C’est alors la
première étape vers le sous-marin moderne tel que nous
le connaissons aujourd’hui. C’est également la fin d’une
lignée de submersibles initiée avec le Porpoise, conclue
par le Tench et rendue célèbre par le Gato. 

poUr aller plUs loin


• Stern (R. C.), Gato-Class Submarines in action,
Squadron Signal Publications, 2006
• Walkowiak (T. F.), Fleet Submarines of World War
Two, The Floating Drydock, 2001
• Stern (R. C.), US Subs in action, Squadron Signal
p Le Tench arborant son pavillon de victoire de retour de mission. Publications, 1983
Le massif a une ouverture positionnée à l’avant. • Cracknell (W. H.), USS Barb (SS-220) Gato Class
Submarine, Profile Warship n° 34
q Les submersibles placés en réserve à Mare Island en janvier 1946. Leurs pièces d’artillerie
sont mises « sous cocon », c’est-à-dire enveloppées de bâches blanches de protection.

4
bataille
141

le sacriFice
p Le HMS Barham photographié lors d’un ravitaillement en baie
de Souda (Crète). Sister-ship du Warspite, ce cuirassé de la classe
Queen Elisabeth a participé à la bataille du Jutland. Modernisé
entre les deux guerres, il s’illustre au sein de la Mediterranean
Fleet avant d’être coulé le 25 novembre 1941 par le U-371.

De la roYaL NavY
Sauf mention contraire, toutes photos : IWM

épreUve De Force
en méDiterranée orientale
constaMMent harcelée par l’aviation adverse, la par gUy JUlien
Marine britannique a subi des pertes terribles

D
ébut avril 1941, la guerre qui couve dans les Balkans depuis
lors des évacuations conduites au printeMps plus de six mois embrase d’un seul coup l’Adriatique avant

1941 en grÈce continentale puis en crÈte. de se propager vers le sud, en mer Ionienne. Sous la pression
des Panzer, la Yougoslavie s’effondre en quelques jours,

cependant, l’aMiral cunninghaM, en charge puis la Grèce est attaquée à son tour. Au matin du 6 avril,
rejouant le « Blitzkrieg » qui lui a si bien réussi un an plus
de la MEDITERRANEAN FLEET, avait d’eMblée saisi tôt, la Wehrmacht déferle par le nord et enfonce les défenses gréco-britan-
niques. En trois semaines, l’essentiel du territoire grec est conquis. Le roi,
tout l’enJeu de la confrontation et Justifié une partie du gouvernement, ce qui reste de l’Armée et de la gendarmerie
grecques, ainsi que les troupes du Commonwealth aux ordres du général
par avance les sacrifices À venir d’une phrase Bernard Freyberg – évacuées in extremis dans les derniers jours d’avril
– se trouvent dès lors concentrés en Crète. Il y a là environ 40 000 com-
lapidaire : « il faut deux ans pour construire battants privés d’armes lourdes si l’on excepte une poignée de blindés de
fabrication italienne (capturés et réexpédiés depuis l’Égypte), quelques
un cuirassé, Mais il en a fallu deux cent pour pièces d’artillerie dépareillées et une demi-douzaine d’avions de chasse à
bout de potentiel (Hurricane, Gladiator et Buffalo). Le seul atout dont ils
bÂtir le coMMonWealth. » disposent demeure la maîtrise de la mer. Le succès remporté par l’escadre

0
le sacriFice De la roYaL NavY épreUve De Force
en méDiterranée orientale

[1] Lire « Gaudo & Matapan


– La véritable histoire, les
véritables erreurs » de David
Zambon dans LOS! n° 21.

[2] Lire « Les trois jours


du Keith – Destroyer,
Dunkerque, Dynamo »
de Jean Poirriez
dans LOS! n° 20.

de l’amiral Andrew Cunningham à Matapan [1] en mars p En Grèce continentale, En tout état de cause, cette confrontation s’inscrit dans
lui assure une certaine tranquillité vis-à-vis des grandes la Wehrmacht rejoue une suite d’engagements aéronavals qui ont ponctué les
le Blitzkrieg qui lui a si
unités de la Regia Marina. Cependant, que vaut en pra- bien réussi jusque-là en
opérations conduites autour des îles grecques pendant
tique cette prééminence maritime confrontée à un ciel combinant étroitement les tout le printemps 1941, et sur lesquelles nous allons
désormais allemand ? Si la coûteuse évacuation de Grèce actions aéroterrestres. revenir maintenant en détail.
(opération « Demon ») a bien été une réussite, on peut Pourtant, si les Panzer
dominent le champ de
douter qu’elle puisse être rééditée si la Crète devait être bataille, la mer échappe
abandonnée à son tour. La menace aérienne serait alors
décuplée par le seul fait des distances à couvrir pour
encore et toujours à
l’emprise de l’Axe.
Coll. Caraktère
opération « Demon »
ramener en Égypte les restes du corps expéditionnaire.
Le vieil axiome de Nelson selon lequel « tout marin qui La situation militaire se dégradant vite en Grèce dès la
défie un fortin est un fou », vérifié 25 ans plus tôt aux mi-avril, une évacuation des troupes du Commonwealth
Dardanelles, va-t-il se trouver confirmé à une époque où est rapidement envisagée. Or, Churchill a donné sa
les avions ont remplacé les batteries côtières ? Tel est q Soldats grecs et anglais parole aux Grecs de ne jamais rembarquer sans leur
profitant d’un des moments
l’enjeu historique de la bataille que la Luftwaffe et la Royal de calme chichement accord, et, le 18 avril, alors même que les lignes de
Navy s’apprêtent alors à livrer aux abords de la Crète. octroyés par les Stuka. défense cèdent les unes après les autres, aucun ordre
en ce sens n’a donc encore été donné. Le suicide du
Premier ministre grec Korisis, opposé à tout retrait,
débloque opportunément la situation. Reconnaissant
immédiatement la nécessité d’un repli, le roi George II
donne alors des garanties à Londres : pour peu que la
Royal Navy fournisse suffisamment de navires, l’Armée
grecque couvrira de son mieux l’évacuation du corps
expéditionnaire. Onze mois après Dunkerque [2], c’est
une opération à haut risque qui s’engage. Certes, les
effectifs terrestres sont moins importants, mais les
difficultés tactiques sont d’une tout autre ampleur à
cause de l’émiettement des contingents à rembarquer
et de l’absence presque totale de couverture aérienne.
Le Pirée est le seul port adapté à la réalisation d’une
opération de si grande envergure, mais il a été ravagé
et rendu quasiment inutilisable quelques jours plus tôt
par un raid aérien qui a provoqué l’explosion en chaîne
de plusieurs cargos chargés de munitions et de combus-
tible. La Marine britannique devra donc opérer à partir
de plages ou de petits ports de pêche, très difficiles à
protéger du fait d’un manque chronique de pièces anti-
aériennes. Dès lors, l’embarquement devra être réalisé
de nuit, ce qui ajoutera encore aux difficultés.

1
bataille 141

Confiée au petit état-major interarmes de l’amiral Baillie-


Grohman, et d’abord prévue pour le 28 avril, l’opération
« Demon » est avancée au 24 après l’annonce de la capi-
tulation d’une partie de l’Armée royale grecque. Dans ces
conditions, une grande souplesse, davantage contrainte
que choisie, va prévaloir, tant dans la préparation que dans
la mission de sauvetage elle-même. Six sites de regrou-
pement (Rafina, Raftis, Magara, Nauplie, Monemvasia, et
Kalamata) sont d’abord sélectionnés en Attique et dans
le Péloponnèse, les Grecs devant contenir l’ennemi au
niveau des Thermopyles. Pendant ce temps, des dizai-
nes de navires partis d’Égypte, du caboteur au croiseur
antiaérien, affluent en Crète, dans la baie de Souda, et
se tiennent prêts à intervenir.
24 avril : les premières navettes sont réalisées à la faveur
de l’obscurité. À Rafis, les croiseurs HMS Calcutta et
HMAS Perth, escortant le transport HMS Glengyle, par-
viennent sans trop de difficulté à prendre à leur bord
5 700 hommes du corps expéditionnaire. À Nauplie,
avec le concours des caïques du Lieutenant Commander
Carr (RNR), le croiseur antiaérien Phoebe (classe Dido)
accompagné des destroyers HMAS Stuart et Voyager,
de la corvette HMS Hyacinth et du transport de troupes
HMS Glenearn (légèrement endommagé en début de
soirée par un raid aérien) récupèrent près de 6 685 fan-
tassins. Seule ombre au tableau, le ferry Ulster Prince
s’échoue et ne peut être désensablé avant le lever du jour,
préludant l’arrivée inéluctable des bombardiers ennemis…
Effectivement, ces derniers le réduiront à l’état d’épave
en quelques heures. Cependant, le bilan de cette nuit
est encourageant, puisque plus de 13 000 combattants
p Interface nécessaire entre les Stuka et les Panzer pour une bonne coordination, ce véhicule de ont pu être évacués avant que ne soit perdu le premier
commandement allemand est utilisé ici comme relais radio lors de la campagne de Grèce. navire. La tragédie se joue en fait ailleurs : au cours du
Coll. Caraktère
bombardement du port du Pirée, la destruction du grand
q Junkers Ju 52/3m, Ju 87 B‑2 ou R‑2 et Panzer II lors de l’invasion de la Grèce. Pour faire simple, le R‑2 yacht à vaeur Hellas fait plus de 400 victimes.
est un B‑2 susceptible d’emporter 2 réservoirs supplémentaires sous les ailes à la place des bombes. DR 2 avril : les opérations nocturnes se poursuivent autour
de Megara, mais à un rythme moins soutenu (5 700 éva-
cués), une conséquence due au flux irrégulier des troupes
et à l’omniprésence d’une Luftwaffe maîtresse du ciel.
Cela entraîne souvent une grande désorganisation aux
points d’embarquement. Touché, le Thurland Castle
parvient malgré tout à gagner la haute mer et de là l’île
de Crète avec 3 500 hommes. Le Pennland n’aura pas
cette chance et sera coulé par les bombes ennemies,
un LCT partageant son funeste sort.
26 avril : au matin, les Fallschirmjäger s’emparent du canal
de Corinthe, ce qui a pour effet immédiat de rendre
les manœuvres alliées encore un peu plus délicates.
Le soir venu, le vieux croiseur HMS Calcutta, la cor-
vette Salvia (classe Flower) et le transport de troupes
Glengyle enlèvent à Raftis 8 823 soldats au nez et à
la barbe des Allemands. Sans doute occupée ailleurs,

© Jean-Marie Guillou / LOS! 2015


savoia-marchetti s.-ii 281a Squadriglia Siluranti
34° Gruppo Autonomo
Gadurra (Rhodes), avril 1941

2
le sacriFice De la roYaL NavY épreUve De Force
en méDiterranée orientale

la Luftwaffe n’intervient pas. Les résultats obtenus à p Un bombardier en piqué


Nauplie (4 527 hommes) demeurent en revanche infé- Junkers Ju 87 B‑2 avec ses
marques jaunes appliquées
opération « merkUr »
rieurs aux prévisions du fait de retards accumulés et de pour l’opération « Marita ».
la pression exercée par les forces de l’Axe. Le paque- Déclaré obsolète au début Écartelée entre la défense de Malte, la protection des
bot néerlandais Slamat appareille ainsi presque vide. de la bataille d’Angleterre, communications vers l’Égypte et le front de Crète, la
À Kalamata, au contraire, 8 650 fantassins peuvent le Stuka prend pourtant une Royal Navy se trouve en rupture de capacité. Seuls le
part active aux combats en
être répartis sur les marchands Dilwara, City of London Grèce et en Crète, aussi dévouement des équipages, l’audace tactique de
et Costa Rica, tandis que le destroyer HMS Defender bien contre des cibles Cunningham et les décryptages de ce qui deviendra
prend à son bord 250 soldats… ainsi que les joyaux de terrestres que navales. bientôt Ultra lui permettent encore de tenir malgré les
la couronne de Yougoslavie ! Enfin, les croiseurs Orion ww2images.com pertes subies. Intensivement engagés depuis le début
et Perth, accompagnés du destroyer HMAS Stuart, de l’année, les navires nécessitent tous une période
parviennent à enlever quelques centaines d’hommes de radoub plus ou moins prolongée, qu’empêche
bloqués à Tolo, faisant de cette nuit le point d’orgue de bien entendu le contexte en Méditerranée. Quant aux
l’opération : plus de 22 000 combattants sont en effet hommes, ils sont épuisés, comme le note Cunningham
rembarqués en quelques heures. dans une lettre adressée à l’Amirauté le 3 mai 1941 :
2 avril : ayant appareillé trop tardivement
de Nauplie, le Slamat est surpris par le jour
YO U G O S LAVIE
et coulé par l’aviation ennemie, entraînant B U LG A RIE
avec lui plus de 500 tués et disparus. Les Rayon d'action
des bombardiers
destroyers Diamond et Wryneck s’attar-
dent pour porter secours aux naufragés, ITA LIE Rayon d'action
A LB A NIE des chasseurs
mais subissent le même sort ! Le Griffin ne
pourra finalement recueillir sur les lieux du G RÈ C E
drame que 50 survivants. Également atteint, TU RQ U I E
le LCT‑5 (avec à son bord un détachement
australien laissé en arrière-garde à Nauplie)
parvient à se traîner jusqu’à Momenvasia, où
les « Aussies » sont débarqués juste avant
que leur transport ne coule !
28 avril : la nuit suivante, une dernière opéra- C H Y P RE
tion de rembarquement est conduite au nord CRÈTE
du canal de Corinthe, action durant laquelle
la Mediterranean Fleet parvient encore à arra-
cher 4 650 hommes du piège de Raftis et
P A LE STINE

Rafena, ce sans subir de pertes malgré les


attaques allemandes. Le rôle moteur joué à
cette occasion par une flottille des petites
LIBY E
barges de débarquement mérite d’être sou-
ligné, tout autant que les efforts déployés rayon D'action DepUis la crète
par le général Freyberg et l’amiral Pridham- É GY P T E
Wippell, qui ont ensemble coordonné les printemps 141
opérations en première ligne.

3
bataille 141

dont il dispose. Sont d’abord constituées deux flottes


de ligne, les forces « A » et « A1 ». Elles regroupent les
vieux cuirassés Queen Elisabeth et Barham d’une part,
Warspite et Valiant d’autre part, escortés par 2 croi-
seurs et 16 destroyers, le tout aux ordres du vice-amiral
Pridham-Wippell. Celui-ci fait porter sa marque sur le
Queen Elisabeth qui, de tous les bâtiments engagés, dis-
pose du système radar le plus performant. Il assure à son
bord le commandement opérationnel direct de l’escadre
« A », tandis que « A1 » est confiée au contre-amiral
Rawlings. Naviguant de concert à l’ouest de la Crète,
elles doivent contrer toute action de la Regia Marina en
direction de l’île. S’opposer directement à une éventuelle
flotte de débarquement est du ressort des croiseurs de
la force « C », confiée au contre-amiral King et organi-
sée autour des HMS Naïad, Calcutta et Carlisle et du
HMAS Perth, ainsi que de la force « D » du contre-amiral
Glennie (HMS Dido, Orion et Ajax) ; 4 destroyers sont
en outre rattachés à chacune de ces unités constituant
les 15th et 7th Cruiser Squadrons. Jusqu’à ce que soit
repéré l’ennemi, ces deux derniers ont pour consigne de
« Pridham-Whippell et moi avons constaté au sein des équipages, et demeurer au sud de la Crète le jour et de venir patrouiller la côte Nord
particulièrement de ceux des croiseurs antiaériens et des destroyers, la nuit venue afin de parer à toute éventualité.
les signes d’une évidente fatigue, tant physique que nerveuse. Il est vrai Tandis que King doit emprunter la passe de Kasos à l’est, Glennie
qu’ils n’ont connu, depuis le 4 mars – date du début du transport de a pour mission de reconnaître les parages d’Anticythère avant de
l’Armée en Grèce –, aucun moment de répit, étant bombardés chaque poursuivre son exploration en obliquant vers l’ouest.
fois qu’ils prennent la mer. » À la mi‑mai 1941, les munitions pour la 20 mai : le dispositif est en place lorsque débute l’assaut aéroporté
DCA commencent à faire défaut, non seulement à bord des navires, allemand sur la Crète (opération « Merkur »). Les croiseurs entrepren-
mais également dans les magasins des arsenaux. Les stocks d’obus nent leur première sortie nocturne. Afin de soutenir les parachutistes
de 133 mm et 102 mm atteignent seulement le quart de la dotation allemands qui ont pris pied en Crète, les Italiens mettent à disposi-
normale ! Si les duels entre navires sont rares et, la plupart du temps, tion leur flotte du Dodécanèse, soit 2 contre-torpilleurs, 4 torpilleurs,
peu concluants, en revanche, la pression aérienne exercée tant par la 9 submersibles et 14 vedettes MAS.
Luftwaffe que par la Regia Aeronautica est intense. Le porte-avions Les contingents que la Kriegsmarine se propose de transporter par
Formidable, seul « pont plat » opérant dans le secteur, ne peut plus mer pour renforcer les Fallschirmjäger sont amenés du Pirée à Milos,
guère aligner alors que quatre chasseurs biplaces Fairey Fulmar, un ef- qui constitue leur port d’embarquement. Ces mouvements de troupes
fectif ridicule pour couvrir une zone immense sur laquelle croise une sont repérés par les Britanniques, qui s’empressent de mouiller des
escadre soumise aux assauts de centaines d’appareils de l’Axe. mines sur les voies d’accès possibles. Ils mettent aussi en alerte leurs
Malgré tout, un nouvel effort est demandé à la flotte d’Alexandrie propres vedettes.
afin de protéger la Crète d’une tentative de débarquement ennemi par 21 mai : dans la nuit, alors que l’assaut sur la Crète ne semble
voie maritime. À cette fin, Cunningham décide de diviser les moyens pas évoluer aussi favorablement que prévu, les forces de l’Axe
p Le HMS Formidable est
le 2e représentant de la
classe Illustrious. Navire
moderne capable de
mettre en œuvre jusqu’à
54 avions, il ne dispose
malheureusement, en mai
1941, que d’une dotation
anémique en appareils
et sera endommagé au
large de la Crète.

u Cliché de la baie de
Souda datant de mai 1941.
L’incendie fait rage à bord de
deux navires alliés touchés
par des bombes allemandes.

uu Moto semi-chenillée
allemande chargée à bord
d’un caïque en partance
pour la Crète. Ce type
d’embarcation est très
répandu au sein de la
« poussière navale »
tenant lieu de flottille de
débarquement à l’Axe.
Bundesarchiv Bild-101I-167-
599-26A (Kisselbach)

4
le sacriFice De la roYaL NavY épreUve De Force
en méDiterranée orientale
prennent la mer. Il s’agit d’un petit convoi
composé de 18 caboteurs, chalutiers ou Évacuation du 28 au 29 mai
caïques, escortés par le torpilleur Lupo,
la bataille De crète
Athènes Évacuation du 28 au 31 mai
qui emportent vers Maleme un peu plus mai 141
de 2 300 chasseurs de montagne et artil- Corinthe
leurs. À cause de mauvaises conditions
de mer, la formation n’excède guère les
2 nœuds et se trouve, au lever du soleil,
encore à plus de 50 nautiques de sa desti- pé l opon n è se
cy cl ade s
nation. En fin de journée, elle est intercep-
tée au large du cap Spada par les croiseurs HMS IMPERIAL
de Glennie, qui se livrent alors à un vérita- Sparte 29/05 /1941
ble carnage. Bien qu’atteint à 19 reprises,
le Lupo réussit à s’échapper après avoir HMS Greyhound Karphatos
essayé courageusement de s’opposer 22/05 /1941
HMS gloucester
au massacre de ses protégés. En défi- 22/05 /1941
nitive, 10 transports sont coulés, mais Kasos HMS HEREWARD
les pertes en hommes sont malgré tout 29/ 05/1941
relativement légères, avec « seulement » Malème
297 tués et disparus. Pendant les deux Héraklion
Hania Rétimno
heures qu’a duré l’engagement, Glennie HMS JUNO
crè t e HMS KASHMIR 21/05 /1941
a cependant épuisé une grande partie HMS fiji 22/05 /1941
de ses munitions et décide sagement de 22/05 /1941
HMS kelly
faire cap au sud-est pour aller ravitailler. 22/05 /1941
Pendant ce temps, dans le secteur de
Kasos, les croiseurs de King subissent
les assauts de 6 vedettes italiennes, qui n’ont cependant du Perth. Cependant, les manœuvres des Britanniques
d’autre résultat que de lui faire réduire sa vitesse et d’user sont limitées par la vitesse du Carlisle (21 nœuds) ainsi
les nerfs des équipages. Au même moment, un second que par de multiples attaques aériennes. Dans ces
convoi de l’Axe – pompeusement qualifié de 2. leichte conditions, et compte tenu de la belle défense du [3] Lire « La Regia Marina
Flottille par les Allemands – quitte à son tour Milos à des- Sagittario, la flottille réussit à faire demi-tour sans dans la bataille de Crète
– L’amnésie britannique, le
tination d’Héraklion. Sur ses 38 coques de noix se sont enregistrer d’autres pertes. Confronté à des hordes de mépris allemand » de David
entassés pas moins de 4 000 combattants protégés par Stuka, l’amiral King a donc renoncé à la poursuite et Zambon dans LOS! n° 16.
un seul torpilleur, le Sagittario [3]. ordonné la retraite. Déjà, la veille, le destroyer Juno
22 mai : repérée au lever du jour, la flottille se voit tout a été touché à trois reprises par des bombardiers
d’abord amputée d’un caïque victime des canonniers Cant Z.1007 de la 210a Squadriglia avant de couler.


bataille 141

endommagé par une bombe, au point qu’il devra être


retiré des opérations pendant près de 18 mois afin d’être
réparé aux États-Unis. Engagé en début de matinée,
le combat se poursuit toute la journée sans faiblir :
10 bombardiers allemands sont ainsi abattus par la DCA
embarquée, tandis que 16 autres, accidentés ou trop
gravement endommagés, seront rayés des contrôles
à leur retour à la base. En contrepartie, le destroyer
Greyhound est coulé par des Junkers Ju 87, dont la
ténacité est récompensée quand, peu après 14h00,
ils coulent le Gloucester. Quelque minute plus tard,
le croiseur Fiji est incendié à son tour et achevé par un
chasseur bombardier. À la nuit tombée, l’ordre parvient
de se replier sur Alexandrie. Cunningham peut ainsi
sauver une bonne partie de sa flotte, même s’il doit
sacrifier pour cela certains de ses meilleurs équipages
de destroyers. Envoyée en renfort, l’aviation de Malte
couvre la retraite, mais les HMS Kashmir et Kelly dispa-
raîtront effectivement en combattant le 23. L’obscurité
finit par sauver l’équipée de Rawlings. Quand le jour
se lève, ce qui reste de ses forces est en vue des
côtes égyptiennes, désormais hors du rayon d’action
de l’aviation ennemie. Mais, au soir du 22, grâce à
la précision des frappes des Junkers Ju 87 Stuka, la
piste d’aviation de Maleme a été prise. Dès lors, des
nuées d’appareils de transport vont y déverser un flot
continu de renforts allemands. Les caïques deviennent
p Ces renforts allemands Mais ce n’était là qu’un avant-goût, car les raids aériens alors inutiles, et le succès si chèrement acquis par
appartiennent aux troupes redoublent maintenant d’intensité. À court de munitions les croiseurs britanniques se transforme en moins de
de montagne. Embarqués
dans un Junker Ju 52, les
et en avarie, le croiseur antiaérien Naïad doit réduire sa 24 heures en victoire à la Pyrrhus. La Royal Navy en est
hommes ont revêtu un vitesse, à l’instar du Carlisle, ravagé par un incendie, réduite à faire transporter nuitamment à ses destroyers
gilet de sauvetage, ce qui tandis que les Dornier Do 17 de la Kampfgeschwader 2 des vivres et des munitions à Souda. Ils embarquent
laisse supposer que leur (KG 2, une escadre de bombardement) poursuivent vague en retour des blessés, qu’ils ramènent aussi vite que
destination est la Crète.
Bundesarchiv Bild-146-
après vague leurs attaques en vol horizontal. Pour éviter possible à Alexandrie.
1981-159-22 (o.Ang.) l’anéantissement, King n’a d’autre choix que de venir se 26 mai : soucieux d’alléger la pression exercée par la
placer sous le feu protecteur des cuirassés de Rawlings, Luftwaffe sur les défenseurs de l’île autant que sur ses
en entraînant dans son sillage les escadrilles de l’Axe. propres unités, Cunningham engage alors son unique
Or, es vieilles coques de la force « A1 », bien que moder- porte-avions, le HMS Formidable, escorté par des des-
nisées et refondues à des degrés divers, ne sont pas troyers et les cuirassés Barham et Queen Elisabeth, dans
q Le HMS Gloucester en capacité d’offrir une protection sérieuse aux unités un raid visant les bases aériennes ennemies établies
accablé sous les coups plus petites. En effet, elles ne disposent pas d’un arme- sur l’île de Scarpanto. Avec seulement une douzaine
portés par l’aviation de ment antiaérien moderne, comparable à celui de la nou- de Fulmar escortant une poignée de biplans Albacore,
l’Axe le 22 mai 1941. velle classe King George V. Du fait de leur lenteur, elles ses moyens apparaissent dérisoires. Ceux‑ci parvien-
L’aviateur allemand qui
a photographié la scène
offrent, au contraire, des cibles de choix à l’ennemi… nent néanmoins à causer quelques dommages aux ins-
verra bientôt sombrer le C’est ainsi que le vénérable Warspite — lancé en 1913 tallations ennemies, mais la contre-attaque est féroce.
bâtiment britannique. et vétéran de la bataille du Jutland — est gravement Atteint par une bombe de 500 kg provenant d’un Stuka,

6
le sacriFice De la roYaL NavY épreUve De Force
en méDiterranée orientale

© Hubert Cance / LOS! 2015


JUnkers JU 88a-4

le Formidable est mis hors de combat. Le destroyer


Nubian subit un sort identique. Naviguant de concert,
les deux bâtiments regagnent malgré tout Alexandrie.
Ainsi délivré de l’escorte du « toit plat », le Barham
assure la couverture d’un dernier train de ravitaillement
constitué du mouilleur de mines Abbiel et des destoyers
Hero et HMAS Nizam, mais il est également atteint
par une bombe au niveau de sa tourelle Y. Il parvient
néanmoins à abattre deux de ses assaillants.
2 mai : la situation britannique en Crète est telle qu’y
envoyer des renforts n’apparaît même plus nécessaire.
Au contraire, le commandement songe maintenant à
une évacuation, tâche énorme à laquelle va s’atteler
une nouvelle fois la Mediterranean Fleet.

oUt oF « coloraDo » [4]

L’évacuation qui se profile constitue la plus difficile de


toutes celles entreprises jusqu’à ce jour par la Royal
Navy. Tout d’abord à cause de l’importance des moyens
aériens dont dispose l’adversaire. Les Stuka station- p Affût quadruple à tir rapide QF-2 Mk VII de 40 mm. C’est une arme de
nant sur l’île de Karphatos, à proximité immédiate de la saturation peu précise, mais capable de tirer jusqu’à 4 000 m. Elle équipe
massivement les destroyers et croiseurs de la Royal Navy.
Crète, offrent à l’Axe un terrible multiplicateur de force.
q Le HMS Fiji est un croiseur léger de la classe Crown Colony. Il sombre le 22 mai sous les
[4] Nom de code attribué à la Crète par l’état-major britannique. coups des chasseurs bombardiers de la JG 77 et des Junkers Ju 88 de la 1. Lehr-Geschwader.

x Le HMS Kelly du Captain Lord Louis


Mountbatten. Ce destroyer de la classe K
est un vétéran des combats de Norvège
et de Méditerranée. Il est coulé par des
Stuka au large de la Crète le 23 mai 1941.


bataille 141

© Jean-Marie Guillou / LOS! 2015


JUnkers JU 8 r-2 stUka 3./St.G.1
Argos (Péloponnèse), mai 1941

L’absence d’un porte-avions opérationnel entre la Crète et de la Luftwaffe finit par disparaître, et les survivants
l’Égypte n’arrange pas les choses. En outre, les équipages d’Héraklion embouquent l’entrée du port d’Alexandrie
sont épuisés physiquement et nerveusement. L’entretien le 29 en début de soirée. Sur les 4 000 rescapés pris en
des navires, qui laissait déjà à désirer avant l’ouverture de charge la veille, 800 ont disparu en mer. Les bâtiments
la campagne, devient désormais tout à fait problématique ayant participé à l’opération ont tous souffert à des degrés
compte tenu des contraintes du combat et, pour certains divers. Pourtant, le général Wavell et l’amiral Cunningham
bâtiments, des dommages subis. Enfin, les munitions décident de poursuivre les évacuations. Elles se dérou-
des pièces de DCA ont été consommées à un rythme leront désormais à partir de la plage de Sfakia, encore
effarant et font toujours autant défaut. tenue par les forces alliées. 14 000 hommes s’entassent
28 mai : ayant réquisitionné le reliquat d’obus disponi- sur les pourtours de cette anse, repoussant les assauts
bles et ayant rassemblé sous sa marque les unités de l’adversaire tout en espérant voir arriver les navires
les plus aptes au combat, l’amiral Rawlings appareille de secours. Dès le 28, agissant de concert avec les
d’Alexandrie dans l’après-midi. Les croiseurs Orion, bâtiments de Rawlings, les destroyers Napier, Nizam,
Ajax et Dido, escortés par 6 destroyers, constituent Kandahar et Kelvin ont déjà pu livrer des vivres et des
cette flotte de secours faisant désormais route à grande munitions aux défenseurs et embarquer en retour un
vitesse vers Héraklion. C’est en effet le seul port sus- premier contingent. Le 29, à la faveur de l’obscurité, les
ceptible de servir de base à une évacuation à grande croiseurs HMS Phoebe, Calcutta et Coventry ainsi que
échelle. Vers minuit, l’escadre arrive en vue de son le HMAS Perth, 3 destroyers et le transport Glengyle
objectif. Tandis que les plus gros navires restent au q L’un des deux affûts
récupèrent à leur tour plus de 7 000 hommes. Il faut dire
large, 4 escorteurs s’activent en transbordant sur les quadruples Vickers de que Sfakia n’est pas comme Héraklion, située à portée
croiseurs les troupes rassemblées sur des quais pilonnés 12,7 mm montés sur le des Stuka. Néanmoins, la Luftwaffe réussit à placer une
par l’artillerie ennemie. Cependant, le HMS Imperial HMS Hero. Ce destroyer bombe sur le Perth.
récent de la classe H
tombe en panne en plein milieu de la passe de Kasos, est armé en outre de
30 mai : alors que la pression s’accroît autour de la plage, les
alors qu’il importe d’avoir quitté les lieux avant le point 4 canons de 120 mm. Napier et Nizam retournent poursuivre le rembarquement.
du jour… Rawlings n’hésite pas : il ordonne au Hotspur
de recueillir l’équipage et les passagers de l’Imperial,
puis de le torpiller !
2 mai : cette décision permet au convoi de s’éloigner
ensuite rapidement. Pas suffisamment vite toutefois
pour échapper aux raids de la Luftwaffe qui, dès les
premiers rayons du soleil, se succèdent au-dessus de
la flottille. Après moins d’une demi-heure de combat,
le HMS Hereward est atteint par une bombe, faisant
75 tués. Privé de propulsion, il est sabordé par les sur-
vivants, qui seront ensuite récupérés par un patrouilleur
italien. Pendant ce temps, le Decoy est lui aussi endom-
magé, de même que l’Orion et le Dido. Ce dernier est
incendié, mais continue pourtant de faire tonner ses
pièces antiaériennes. Chargé de troupes, il n’est pas
question de l’abandonner. Cependant, il fait tomber la
vitesse de l’escadre à moins de 21 nœuds. Vers 11h00,
l’Orion encaisse un nouvel impact, qui cause de lourdes
pertes, tant au sein de l’équipage que des 2 000 soldats
qui encombrent les ponts et les coursives. 360 morts
seront décomptés, dont deux tiers de marins. Désemparé
et en proie aux flammes, le croiseur léger se traîne à
12 nœuds en direction des côtes africaines. La pression

8
le sacriFice De la roYaL NavY épreUve De Force
en méDiterranée orientale

t Destroyer HMS Stanley


à Gibraltar à l’été 1941.
La chute de la Grèce et
de la Crète est un coup
dur pour le Royaume-Uni,
qui n’a plus que Malte en
Méditerranée centrale
pour protéger les routes
maritimes reliant Alexandrie
aux îles britanniques.

q 12 000 soldats de l’Anzac


rejoindront les camps de
prisonniers de l’Axe suite à
l’évacuation de la Crète.
Bundesarchiv Bild-183-
L19113 (Jesse)

Le Kandahar, victime d’un problème mécanique, et


le Kelvin, endommagé par une bombe, ne peuvent
prendre part à l’opération, ce qui en limite forcément
le résultat.
31 mai : une poignée de bâtiments (les Jackal, Kimberley,
Hotspur et Abdiel) escortant le Phoebe parviennent
in extremis à embarquer 4 000 fantassins. Ce seront
les derniers. De petits contingents ou des soldats
isolés réussiront encore à s’échapper pendant plu-
sieurs semaines, voire plusieurs mois, parfois avec
le concours de la Marine, mais sans plan concerté et
toujours à petite échelle.
1er juin : le HMS Calcutta est le dernier navire perdu
lors de ces opérations, coulé par l’aviation de l’Axe
dans l’après-midi à moins de 150 km d’Alexandrie
alors qu’il se porte à la rencontre du Phoebe ren-
trant de Crète ; 255 survivants seront secourus par
le HMS Coventry.

conclUsion
En définitive, du 21 mai (date du départ du roi George II pour la Crète) d’importants moyens d’autodéfense avec ses croiseurs antiaériens
au 1er juin, un peu plus de 17 000 défenseurs auront été arrachés à la de la moderne classe Dido. Encore eut-il fallu que ceux-ci bénéficient
mort ou à la capture sur un total de 24 000 combattants. Tactiquement, d’une dotation en munitions suffisante ! Malgré ces déficiences, la
l’Axe a certainement remporté une grande victoire en détruisant ou Royal Navy s’est montrée à la hauteur de ses traditions et a tenu le
mettant durablement hors d’état de combattre une vingtaine de grands choc. Dans ses mémoires, l’amiral Cunningham a de fait rendu un
navires britanniques. Pour autant, la Royal Navy a réussi à rapatrier bel hommage au courage et à l’abnégation dont ont fait preuve ses
suffisamment de forces en Égypte pour que la défaite en Grèce n’en marins : « il n’y a guère de gloire à attendre dans la conduite d’opé-
entraîne pas une autre dans le désert libyen et plonge l’empire dans rations de rembarquement. Pourtant, la ténacité dont ont fait preuve
une déroute aux effets incalculables. D’un strict point de vue aérien, les ceux qui y ont participé est digne d’éloge. Ces hommes avaient atteint,
attaques de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica ont été conduites au fil des semaines, un point de fatigue physique ou nerveuse tel qu’ils
sans coordination et ont manqué d’une flotte suffisamment nombreuse n’auraient pas dû être renvoyés au combat. Ils ont cependant combattu
de bombardiers torpilleurs, mais elles ont bénéficié des lacunes de la jusqu’à l’extrême limite de leur force sans jamais lâcher prise. » Un avis
Fleet Air Arm : 2 porte-avions de la classe Illustrious, équipés chacun qu’aurait sans doute partagé ce soldat néo-zélandais qui conclut à sa
de deux flottilles de chasseurs Sea Hurricane ou Grumman Martlet, manière ce dramatique épisode de la guerre en mer : « nous avons
auraient pu troubler très sérieusement le ballet aérien des escadrilles lancé un SOS au moyen d’une lampe torche. À notre grand soulage-
de bombardiers moyens et de Stuka et contraindre les chasseurs- ment, nous avons reçu une réponse immédiate ! La Marine était là et
bombardiers au combat en leur faisant perdre instantanément toute allait s’occuper de nous. Nous qui avions espéré et tant prié pour elle
valeur offensive. Même sans couverture de chasse, la flotte disposait tout au long de notre retraite. » 


gUerre FroiDe
1 - 200

Destroyers p L’Ingersoll dans les années 1970. Il n’a pas encore reçu les CIWS
Phalanx, et il apparaît rapidement qu’il ne saurait être question de
remplacer les FRAM nombre pour nombre. Toutes photos : US Nara / US Navy

classe sprUance les lévriers


par pascal colombier De la marine américaine

À son entrée en service en 1975, l’USS SPRUANCE, preMier bÂtiMent de la classe [1] Pour Fleet Rehabilitation
and Modernization.
éponyMe, est considéré coMMe « le navire des records ». ce grand bÂtiMent, repris [2] Dans les années 1960, il

coMMe destroyer dans la noMenclature de la Marine aMéricaine, a effectiveMent existe dans certains cercles
une fascination pour la
« barre » des 40 nœuds.
les Mensurations d’un croiseur de la seconde guerre Mondiale. si leur arMeMent [3] Le sonar SQS-53 et le

paraÎt faible au regard de leur taille, les spruance représentent une étape système ASM LAMPS I
basé sur l’hélicoptère
Kaman SH-2 Seasprite.
iMportante de la Modernisation de la Marine aMéricaine et son accession définitive [4] SQS pour Surface

À l’Ère de l’électronique et de la nuMérisation des systÈMes d’arMes.


ship – Q sonar – Search
(recherche veille).

60
Destroyers classe sprUance les lévriers
De la marine américaine

AU
début des années 1960,
33 destroyers classe Allen
M. Sumner et 94 Gearing,
construits durant la Seconde
Guerre mondiale, font l’ob-
jet des programmes de
modernisation FRAM [1] 1
et 2. Par ailleurs, 39 Fletcher sont également moder-
nisés et modifiés en destroyers d’escorte. Ces bâti-
ments assurent alors une bonne part des missions de
lutte anti-sous-marine (ASM) de l’US Navy, mais il
faut préparer leur retrait prévu à l’aube de la prochaine
décennie. Les discussions, qui débutent à l’occasion du
budget 1961-1962, vont durer près de huit ans, donner
naissance à plusieurs projets et aboutir finalement aux
caractéristiques techniques de la future classe Spruance,
présentées dans un mémorandum remis au président
Nixon en janvier 1969.
Devant atteindre 40 nœuds [2] avec de nouvelles tech-
nologies sonar permettant une vitesse de détection de
25 nœuds et un drone hélicoptère anti-sous-marin, le p Les destroyers de la classe Gearing, tel le Charles P. Cecil, ont beau avoir été modernisés FRAM,
projet « Seahawk » est trop ambitieux pour l’époque et ils atteignent leurs limites capacitaires. L’ajout d’installations aéronautiques, de lanceurs ASROC
doit être abandonné en 1964. Mais certains systèmes et de sonars les alourdit considérablement. Leur différence avec les Spruance est saisissante.
développés dans le cadre de ce programme [3] — et qui
arriveront à maturité dix ans plus tard — seront intégrés
dans le projet « SCB-224 », futur Spruance. Mais, en cette
année 1961, le temps presse, le sonar le plus évolué en
dotation sur les bâtiments américains, le SQS-23 [4], sera,
selon les prévisions, techniquement dépassé en 1965,
alors que commencent à entrer en service les premiers
sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) soviétiques, dont,
à l’époque, on ne sait pas grand-chose.

le proJet « Dx »
Le remplacement des FRAM occasionne une redéfinition
de l’enveloppe de missions. Certes, la lutte ASM reste
prioritaire, mais le nouveau bâtiment doit pouvoir mener
des frappes antinavires et vers la terre ; il doit en outre
assurer son autodéfense contre la menace aérienne.
Les premiers projets évoquent un navire de 6 000 t,
capable de filer 32 nœuds, de parcourir 6 000 nautiques
à 20 nœuds et ayant une très bonne tenue à la mer.
L’armement doit aussi largement faire appel aux missiles.
p Le John Rodgers est l’un
des 7 Spruance à recevoir
2 conteneurs lance-missiles
Tomahawk sur la plage
avant. Ces ABL – que
l’on retrouve à l’époque
également sur les cuirassés
de la classe Iowa – limitent
l’emport à 8 missiles
de croisière, mais ne
nécessitent pas de travaux
d’installation trop lourds.

t Le Paul F. Foster dans


des conditions typiques
des mers septentrionales.
Les Spruance avaient
notamment pour mission
la protection des porte-
avions en mer de Norvège
contre les SNA soviétiques.
Dans ces zones, la tenue
à la mer est primordiale
pour le bon rendement
du système d’armes et
le repos de l’équipage.

61
gUerre FroiDe 1 - 200

Les différentes expériences retirées des opérations de p À l’image d’un chien grâce aux hélicoptères et aux missiles ASM, un destroyer
l’après-guerre montrent que ce nouvel escorteur océani- de berger, l’USS Thorn peut détruire sa cible de bien plus loin qu’un SNA, dont
manœuvre en compagnie
que constituera une catégorie à part, n’ayant plus rien à de l’Enterprise. La mission
les capacités d’engagement à longue distance se limitent
voir avec les bâtiments qu’il remplace. La première cible principale des Spruance alors au missile SUBROC à charge nucléaire [5]… Selon
d’acquisition est de 70 exemplaires. Les points clés du reste l’escorte des porte- eux, de défensive, la lutte ASM peut devenir offensive
programme sont la discrétion acoustique, la stabilité, avions. Sachant que grâce à un bâtiment de surface dédié, discret et capable
ces derniers voient leur
l’endurance, la vitesse et la facilité de modernisation au vulnérabilité augmenter de traquer les sous-marins avant que ceux-ci ne se placent
cours de sa vie opérationnelle. Les capacités accrues fortement à des vitesses en position d’attaque.
des nouveaux sonars de coque permettent des vitesses inférieures à 28 nœuds, La vitesse de détection du nouveau destroyer doit être de
la rapidité et la tenue à la
de détection plus importantes, passant ainsi de 10 à 25 nœuds par mer force 4 (c’est-à-dire avec des creux
mer ont été des éléments
20 nœuds. La taille et le poids croissants des équipe- clés du cahier des charges de 2,5 m), avec une endurance de 5 000 nautiques à
ments et les marges prises en vue de l’intégration de du futur destroyer lors cette allure. Par rapport aux FRAM, la capacité de détec-
nouveaux équipements à mi-vie amènent à envisager une de sa conception. tion sonar est portée à 16 000 m (+60 %), celle des
coque plus grande de moitié et un déplacement en forte périscopes est augmentée de 100 %, et la vitesse de
augmentation (6 000 t, soit une hausse de 200 %) par traitement des données du sonar croît de 50 %. Le « DX »
rapport à ceux des bâtiments à remplacer. En matière de intègre le Naval Tactical Data System (NTDS), un système
propulsion, les concepteurs envisagent, pour la première [5] Néanmoins, la lutte ASM informatique de traitement des données développé dans
fois, de faire appel aux turbines à gaz TAG. L’idée d’un dans la doctrine de l’USN les années 1950 qui permet un affichage automatique et
va peu à peu devenir
grand bâtiment ASM ne fait pourtant pas l’unanimité. une représentation synthétisée des données recueillies
une spécialité des SNA,
L’amiral James, qui dirige le Bureau of Ships en 1961, culminant avec la mise en par les senseurs du bâtiment. Selon ComDesLAnt [6],
fait remarquer que les sonars, certes de plus en plus per- service des « 688 » de la une unité destinée à combattre des SNA doit pouvoir
formants, doivent aussi être utilisés à des profondeurs de fameuse classe Los Angeles. filer 30 nœuds sans efforts afin de réacquérir un contact
plus en plus importantes pour pouvoir travailler de manière [6] Commandant des flottilles détecté dans une zone de convergence [7] et disposer
efficace sous la thermocline. Dès lors, autant employer de destroyers de l’Atlantique. d’hélicoptères pour rechercher et engager les cibles à
des SNA, dont les vitesses et les capacités de détection longue distance. Pour se porter rapidement au-devant
[7] Zones où se concentrent
s’améliorent constamment. Les débats entre sous-mari- d’un contact, le destroyer doit être rapide mais également
les rayons sonores
niers et surfaciers sont vifs, ces derniers ayant beau jeu après avoir parcouru des
discret. C’est à ces seules conditions qu’il devient alors
de dire que leurs collègues vont vite en besogne. En effet, distances de 40 à 60 km. envisageable d’intégrer des destroyers spécifiquement
ASM aux groupes aéronavals accompagnant les porte-avi-
ons. Ces impératifs (vitesse, accélération, silence) dictent
la Doctrine lehman la taille de la coque et les caractéristiques de la propulsion,
notamment celles d’une grande souplesse et des hélices
Contrairement à la vision défensive de protection des convois de renfort vers de grand diamètre à faible vitesse de rotation.
l’Europe, la stratégie navale mise en place par le Secrétaire à la Marine du pré- Ces performances doivent être obtenues avec des bud-
sident Reagan, John Lehman, est basée sur l’offensive. Cette doctrine propose gets maîtrisés. Dans ce but, le secrétariat à la Défense
d’aller débusquer les sous-marins soviétiques dans les atterrages de la mer de impose la mise en place d’une cellule de coordination qui
Barents avant que ceux-ci ne puissent aborder l’Atlantique. utilise un système d’analyse et de planification propre
à l’industrie et portant la patte de Robert McNamara.

62
Destroyers classe sprUance les lévriers
De la marine américaine
Les analystes ont compris que la principale menace
pesant sur les programmes d’après-guerre est l’en-
volée des coûts liée aux technologies faisant appel
à l’électronique, qui représente 50 % du prix d’un
bâtiment. Or, le Spruance sera le premier navire
de l’US Navy à disposer d’un système « Combat/
Command/Communication » électronique partielle-
ment numérisé. Pour ce faire, l’un de ces analystes,
Russel Murray, imagine les bases d’une organisation
qui est toujours d’actualité :
Une série longue : en septembre 1966, le projet se
décline en deux versions. La première (DXG) compte
18 navires lance-missiles à vocation mixte ASM
et antiaérienne. La seconde (DX) comprend 75 à
85 bâtiments uniquement ASM, sans missiles autres
que ceux d’autodéfense. Ces destroyers doivent
remplacer les navires existants dans la proportion
de 1 pour 2.
Un haut degré de standardisation : les deux classes par-
tagent la même coque, les mêmes aménagements
et la même propulsion.
Un seul chantier : le constructeur choisi doit être capable
d’innover en matière de techniques de construction
(blocs préfabriqués avec un haut degré de finition).
p Le David R. Ray peu après son entrée en service. La partie supérieure des mâts
Une conception modulaire : l’armement et les équipements
et des cheminées est encore peinte en noir pour limiter l’effet visuel des salissures. principaux ont des cotes standardisées permettant
Cette couleur disparaîtra pour des questions de commodité et de meilleur camouflage des changements de matériels sans modifier la struc-
de la silhouette. En 1984, ce bâtiment servira aux essais du missile RAM. ture du bâtiment. Cette solution, prônée dès 1951
par l’architecte naval Francis F. Gibbs, nécessite une
q Le Kidd, chef de file des 4 Spruance vendus à l’Iran, mais dont la livraison est finalement
suspendue pour cause de révolution. Ils représentent la version polyvalente à vocation
coque plus grande que la normale, mais qui offre une
antiaérienne. L’acquisition de ces quatre superbes unités fut une excellente affaire pour l’US Navy. carène plus performante et permet des évolutions
Elles portent le nom des quatre amiraux « surfaciers » tués au combat dans le Pacifique. importantes en cours de vie opérationnelle.

63
gUerre FroiDe 1 - 200

p Le Fife en 2002. Les superstructures droites trahissent l’absence de recherche d’une diminution
de la surface équivalent radar, une préoccupation omniprésente sur les bâtiments des générations
ultérieures. Le canon multitube Phalanx avant est visible au-dessus du bloc passerelle.

u Le VLS 41 est installé progressivement, à partir de 1987, sur 24 Spruance.


Avec cet armement, un destroyer acquiert une capacité d’action vers la terre
qui lui faisait défaut jusqu’à présent et qui devient primordiale dans les conflits
modernes auxquels participe l’US Navy depuis la guerre du Golfe.

« Littoral Fire Support Ship », qui devait mettre en œuvre le canon de


Un bÂtiment polyvalent 175 mm à tube long de l’US Army. Le choix se porte sur deux tourelles
de 127 mm de 24 t, économiques et offrant un bon rendement sur les
Le destroyer « DX » est conçu comme devant évoluer et pouvoir cibles peu protégées. Là encore, il est prévu de remplacer la tourelle
accueillir des systèmes (armes et détection) encore en développement avant par une évolution du 175 mm, la tourelle de 203 mm Mk.71
lors de sa construction. En 1967, il se voit adjoindre une capacité d’ac- d’un poids de 78 t, quand son développement sera achevé. À terme
tion vers la terre (AVT) en raison de l’abandon par l’US Navy du projet devraient être réalisées l’intégration d’hélicoptères plus lourds succédant
au Seasprite, la mise en œuvre d’une antenne sonar passive remorquée
et l’installation de deux rampes lance-missiles doubles Mk.26 pour
Fiche techniqUe classe sprUance le missile ASROC anti-sous-marin, le Tartar antiaérien et l’Harpoon
Longueur 171,68 m, antinavire. Elles sont prévues pour être installées en lieu et place du
lanceur ASROC à l’avant et du lanceur Sea Sparrow à l’arrière. Cette
Largeur 16,76 m modernisation doit donner naissance à deux sous-versions :
Tirant d’eau 8,84 m • une version ASM-AVT dotée d'une rampe Mk.26 à la place de
Déplacement 8 040 t en ordre de combat (8 250 t pour le DD-997) l’ASROC, d’une tourelle de 203 mm et de missiles Harpoon ;
• une version défense aérienne équipée de deux Mk.26 et de deux
Vitesse 32,5 nœuds sur 4 TAG (max.) ; 28 nœuds sur 2 TAG (croisière tourelles de 127 mm. Cette version est proposée à l’Iran. Suite à la
rapide) révolution islamique de 1979, les quatre bâtiments – encore aux États-
Accélération de 12 à 32 nœuds en 53 secondes Unis – seront intégrés à l’US Navy pour former la classe Kidd.
Armement 2 canons de 127 mm (1 200 obus) ; 8 missiles Harpoon (IVx2) ; Dans les années 1960, ces notions de modularité et d’évolution sont
1 lanceur Mk.29 Sea Sparrow (8 missiles + 24 en soute) ; totalement nouvelles et expliquent les marges prises lors de la concep-
1 lanceur Anti-SubmarineROCket (ASROC) RUR-2 octuple (+ tion du destroyer et son apparent sous-armement, qui seront large-
2 × 8 missiles en soute) ; 6 tubes lance-torpilles (IIIx2) Mk.32 ment critiqués initialement. Le contrat doit être finalisé en 1968, et les
(14 torpilles en réserve) ; 1 ou 2 hélicoptères SH2 F Seasprite premiers bâtiments admis en service actif en mars 1973, à un coût
(LAMPS I) unitaire de 41 millions de dollars, en une version de base destinée à
Détection radar 1 radar SPS 55 (bande I, IFF, veille surface et désignation valider, dans un premier temps, le système d’armes retenu. Finalement,
d’objectifs ; portée de 5 nautiques) ; 1 radar SPS-40 puis 40 E le programme « DXG » est abandonné, la Navy considérant que les
(bande E/F veille air 2D ; portée de 250 nautiques) ; 1 radar capacités d’évolution du « DX » rendent inutile la réalisation d’une
SPQ-9A et 1 radar SPG-60 (désignation et poursuite de cibles série spécifiquement lance-missiles.
aériennes), Mk.23 TAS
Détection sonar 1 sonar SQS-53 A, puis SQQ-89 A
Propulsion 4 turbines à gaz General Electric LM 2500 de 20 000 cv
(25 000 cv en urgence) chacune ; 2 hélices à pas variable Bird
le choix De litton
Johnson (vitesse de rotation : 168 tr/min à 30 nœuds) En juin 1970, la compagnie Litton Ingalls décroche le contrat de fabri-
Autonomie 3 300 nautiques à 30 nœuds, 6 000 à 20, 8 000 à 17 cation de 30 unités, qui formeront la classe Spruance, pour un coût
Puissance électrique 3 Allison 501-K17 (moteur du C-130 Hercules), soit global de 2,14 milliards de dollars de l’époque. Le choix de Litton
3 × 2 000 kw/h n’est pas vraiment une surprise. Son bureau d’études a fait le pari
de concevoir un bâtiment dans une logique de maîtrise des coûts de
Équipage 24 officiers, 272 officiers mariniers et matelots construction et de mise en œuvre. Dans cette perspective, son chantier

64
Destroyers classe sprUance les lévriers
De la marine américaine

p La capacité à naviguer longtemps à grande vitesse sera illustrée par l’USS Elliot les 1er et
2 septembre 1983 : entre Sasebo (Japon) et la zone du crash du vol Korean Air Lines 007, il
couvrira 1 000 nautiques à 32 nœuds durant plus de 30 heures et arrivera le premier sur zone.
Cette vue aérienne dénote la grande élégance de ses lignes et une carène taillée pour la vitesse.

de Pascagoula (Mississippi) a été modernisé dès 1968 en vue de réali- d’une réserve de déplacement de près de 2 000 t. Pour faciliter la
ser une production par modules préfabriqués. La coque est construite maintenance, des espaces sont réservés dans le bordé et les supers-
en trois sections constituées à partir d’éléments de 120 à 150 t. tructures pour y découper des accès larges et pratiques donnant dans
Les superstructures sont également élaborées en trois sections. les compartiments importants du bâtiment. Il faut cependant veiller
L’assemblage s’opère sur un terre-plein, puis le bâtiment est chargé au devis de poids du destroyer. C’est ainsi que le choix de moteurs
sur une barge qui est mise à l’eau et immergée. Ces techniques, électriques de propulsion — bien qu’offrant fiabilité et souplesse —
banales aujourd’hui, constituent à l’époque des innovations. À partir est écarté. L’inversion de marche se fera par l’intermédiaire d’hélices
d’août 1974, le Litton East Bank Shipyard réalise en moyenne six à pales orientables ; néanmoins, cette solution est moins satisfaisante
lancements par an. sur le plan de l’acoustique (la forme des pales n’est pas optimale)
Les turbine à gaz sont choisies pour des raisons d’économies sur le et est techniquement plus complexe, car elle n’a jamais été adoptée
carburant et l’entretien. Le destroyer doit être initialement propulsé avec de telles puissances sur les lignes d’arbres.
par trois TAG de 20 000 cv. Avec cette puissance relativement sage Le chantier est responsable de l’activité de l’ensemble des sous-
pour un bâtiment d’un déplacement de plus de 7 000 t, l’ingénieur traitants et doit livrer le bâtiment « clefs en main ». Cependant, les
du génie maritime Reuven Leopold fait le choix d’une carène fine aléas de la construction militaire et une inflation importante font
et très longue. Dans ce schéma tri-turbine, la vitesse de croisière rapidement exploser le budget initial. De 71,3 millions de dollars en
économique de 20 nœuds est obtenue en embrayant une seule tur- 1972, le prix unitaire d’un Spruance passe à 120 puis 124,3 millions !
bine aux deux lignes d’arbres par
l’intermédiaire d’un système de
couplage électrique des deux Destroyer USS SprUaNCE (DD-963)
groupes de réducteurs. Mais
la Navy rejettera ce choix jugé
techniquement peu sûr au profit
de deux paires de turbines avec
des réducteurs attaquant chacun
une ligne d’arbre. Désormais, les
Spruance disposent d’une puis-
sance de 80 000 cv, le paradoxe
étant que si Litton avait d’em-
blée conçu son projet sur la base
d’une telle puissance, le destroyer
n’aurait pas eu besoin d’une si
longue coque pour atteindre (et
dépasser) les 30 nœuds contrac-
tuels ! Le choix des TAG pour la
propulsion, mais aussi pour la
production électrique, est aussi
dicté, on le verra, par la quête
d’une discrétion acoustique
maximale. Devant pouvoir être
modernisé, le bâtiment dispose

6
gUerre FroiDe 1 - 200

p et y Le Deyo dans le L’enveloppe globale sera finalement de 3,7 milliards de mesure que le combustible est consommé, il est remplacé
canal de Suez. Le VLS 41 dollars, soit un dépassement de plus de 65 % ! En cette fin par un volume équivalent d’eau de mer ; ainsi, le bâtiment
mod.1, au premier plan, se
compose de 8 ensembles de période de croissance économique, ces dépassements navigue à poids quasi constant et conserve ses qualités
de 8 silos ; 3 de ces sont considérés comme acceptables au vu du caractère nautiques.
derniers sont occupés ambitieux du programme, et un 31e bâtiment, le Hayler, Divisée en 13 tranches, la coque est en acier à haute
par une grue repliable sera d’ailleurs commandé en 1979, après les quatre unités résistance. Les superstructures sont constituées de trois
théoriquement dédiée au
rechargement à la mer des iraniennes (future classe Kidd). blocs en sandwich « nid-d’abeilles/alliage léger » permet-
emplacements vides. De fait, tant un gain de masse important, tandis que les soudures
les Spruance n’emportent bi-métalliques acier/aluminium ont fait l’objet d’une atten-
« que » 61 missiles.
tion particulière. Le bloc avant regroupe la passerelle, le
caractéristiqUes générales central opérations, les locaux de direction du bâtiment
et le bloc cheminée avant (désaxé sur bâbord), au droit
La mission principale d’un Spruance est la lutte ASM au duquel se trouvent le compartiment propulsion avant et les
sein d’un groupe aéronaval. Viennent ensuite l’action vers deux TAG attaquant l’arbre d’hélice bâbord. Le bloc milieu
la terre et l’escorte des convois. Il doit pouvoir suivre un est occupé par divers postes d’équipage et le magasin
porte-avions en toutes circonstances et
tenir une vitesse de 28 à 30 nœuds dans
des creux de 2,5 m lors d’une traversée
de l’Atlantique. Conçue pour une tenue
à la mer optimale et une grande stabilité,
la carène a des entrées d’eau très fines,
tandis que la coque dispose d’importants
élancements : la plage avant mesure 50 m,
le franc-bord avant est d’une dizaine de
mètres. L’étrave est particulièrement haute
et élancée en raison de la présence du gros
bulbe du sonar, ce qui explique aussi le
positionnement « face à la mer » de l’ancre
principale, l’ancre tribord étant uniquement
là en secours. Grâce à la grande taille de la
coque, le bâtiment n’a pas besoin d’ailerons
[8] Produite sous licence
stabilisateurs, qui sont autant de sources
par Fiat-Avio, elle équipe
les FREMM et les FDA d’indiscrétion. De plus, les Spruance utili-
de la Marine nationale. sent le système du Ballasting : au fur et à

66
Destroyers classe sprUance les lévriers
De la marine américaine
à torpilles. Le bloc arrière est constitué du bloc che-
minée arrière (décalé sur tribord) et du hangar double
pour hélicoptères. À partir de 1981, les superstructures
vont faire l’objet de modifications visant à augmenter
leur résistance au feu.

la propUlsion,
aspect maJeUr DU programme
Les Spruance sont les premiers bâtiments de l’US Navy
intégralement dotés de turbines à gaz (TAG) pour la pro-
pulsion et la production d’énergie. Chaque arbre d’hélice
est attaqué par un double réducteur à embrayage et frein
pneumatique entraîné par deux TAG. Le double réduc-
teur offre une meilleure fiabilité et limite les « coups
de bélier » lors des changements d’allure. L’embrayage
pneumatique règle certains problèmes d’alignement et
offre de meilleures tolérances à la dilatation. Les hélices
pentapales de grand diamètre améliorent la discrétion
en limitant les phénomènes de cavitation. Les Spruance
sont en outre dotés du système « Prairie Masker » qui
génère des rideaux de bulles d’air autour de la carène
et des hélices pour limiter les bruits rayonnés.
Le choix des TAG est dicté par des impératifs éco-
nomiques et opérationnels. La turbine LM 2500 [8]
utilise le corps du même réacteur militaire propulsant
l’avion-cargo C5 Galaxy, sa version civile équipant, à
l’époque, une grande partie des appareils moyens et
gros-porteurs des flottes commerciales. Ce matériel
éprouvé offre peu d’aléas techniques, et ses cycles p L’USS Hewitt en 1986. La plate-forme hélicoptère est placée le plus haut possible
pour limiter les mouvements de la zone de poser ainsi que les projections d’eau
de maintenance sont connus. Il fonctionne au Diesel et permettre une mise en œuvre plus aisée des hélicoptères par mer formée. La
marine, un carburant peu coûteux à produire. L’entretien disposition de la tourelle arrière contribue à abaisser le centre de gravité.
s’opère soit par échange standard de modules, dont
q Le Cushing sera le dernier Spruance à demeurer en service. À ce titre, il aura
la durée de vie est quantifiée, soit par la dépose
droit à d’ultimes modernisations : VLS 41, SH-60B, système RAM de défense
complète de la turbine, un ensemble compact pou- antiaérienne rapprochée à l’extrême arrière, etc. Les deux radars visibles sur le
vant être extrait du bâtiment par le bloc cheminée. mât avant sont le SPQ-9A et le SPS-60 de conduite de tir du Sea Sparrow.

6
gUerre FroiDe 1 - 200

t Le Seahawk est le
segment aérien du Light
Airborne Multi-Purpose
System Mk.III, qui confère
au destroyer une allonge
considérable face aux sous-
marins qu’il a mission de
traquer. Les informations
recueillies par l’hélicoptère
sont automatiquement
traitées par le navire via
une liaison de données.

[9] L’ensemble propulsion


d’un Spruance pèse 920 t.

[10] Théoriquement, un
seul homme suffit, mais
ils peuvent être jusqu’à 12
aux postes de combat.

Bien que le choix du « tout TAG » ait donné lieu à est optimal à des vitesses de rotation proches des maxima
polémiques, il offre certains avantages en opération : (3 500 tours/min). Pour tenir des vitesses faibles, deux
un poids modéré [9], un faible encombrement et un bon voire trois turbines sont donc simplement stoppées.
ratio poids/puissance. De plus, au niveau acoustique, les Pour les vitesses inférieures à 11 nœuds, les pales de
TAG émettent peu de basses fréquences (plus bruyant, l’hélice en fonctionnement sont orientées de manière à
le Diesel occasionne de fortes vibrations). Les LM 2500 en dégrader le rendement.
sont capotées et montées sur berceaux suspendu, une q Le Kinkaid en 1982. Les TAG présentent aussi des inconvénients auxquels il
façon d’optimiser encore leur discrétion. Par ailleurs, les Les faibles moyens de a été tenté de remédier. Leur gros désavantage est de
frappe vers la terre installés
TAG ne nécessitent pas de refroidissement par eau de initialement (2 tourelles de
voir leur rendement diminuer fortement à bas régime,
mer, ce qui rend inutiles les manchons de coque (orifices) 127 mm) seront un sujet surtout par temps chaud, un problème qui ne sera réglé
et simplifie la structure de la coque et son entretien. de critiques à la fin des qu’avec les turbines à échangeur de chaleur. De plus, leur
La conduite de la propulsion est gérée électroniquement années 1960, à une époque consommation unitaire est importante (5,68 t/h à pleine
où la Navy dispose encore
depuis un PC spécifique [10] d’où est contrôlée l’admission des cuirassés Iowa et de
puissance) et leur signature infrarouge forte, car, malgré
automatique de carburant, les paramètres des turbines plusieurs croiseurs équipés des dispositifs de refroidissement, les gaz d’échappement
(tours/min, température), etc. Le rendement d’une TAG de canons de 203 mm. sortent encore des cheminées à 200° ! Par conséquent,
les conduits d’admission et d’échappement nécessitent de
gros volumes de superstructures. Une TAG de 20 000 cv
aspire en effet 85 m3 d’air à la seconde, soit quatre fois
plus qu’un Diesel de même puissance. Cela nécessite des
conduits droits de grand diamètre, dotés d’encombrants
silencieux et des orifices d’admission hauts en superstruc-
ture pour limiter les entrées d’eau. Les TAG contribuent
donc à donner aux superstructures de ces bâtiments un
aspect carré et massif très caractéristique.

Un système D’armes
perFormant mais limité
Les Spruance sont des destroyers spécialisés dans la
lutte ASM, dotés d’importantes capacités antinavires et
de simples moyens d’autodéfense contre avions.
Le sonar d’étrave actif/passif AN/SQS-53, successeur
du SQS-26 et conçu par General Electric, constitue le
cœur du système d’armes. En 1975, ce sonar d’une
taille importante est le nec plus ultra de la détection
sous-marine. Trop grosse pour être installée sur les bâti-
ments ASM des classes précédentes, l’antenne cylindrique

68
Destroyers classe sprUance les lévriers
De la marine américaine
de près de 30 t se compose de 576 éléments disposés dans un bulbe (aujourd’hui Lookheed Martin). À partir de 1985, les Spruance intègrent
d’étrave en résine et caoutchouc. Dans les versions A et B équipant le SQR-19 TACTAS, une antenne filaire d’écoute passive remorquée
les Spruance au début de leur carrière, l’électronique associée au (câble de 1 700 m, immersion à 400 m, antenne longue de 222 m).
sonar occupe un vaste espace : 4 niveaux sur 15 m de long sous Les performances en mode passif du SQS-53 sont encore jugées
la plage avant. La version C, entrée en service au milieu des années largement suffisantes, mais il devient désormais nécessaire de pouvoir
1980, offre des capacités de traitement informatique accrues. Et pister les SNA à grande profondeur, sous la thermocline, là où les
la place prise diminue de moitié pour un poids en nette réduction. émissions des sonars de surface pénètrent difficilement. Ces deux
Le SQS-53 est de type actif moyenne fréquence (MFA) et fonctionne systèmes constituent l’ensemble SQQ-89, qui intègre et traite les
dans la bande des 1 à 10 kHz, vraisemblablement 3,5 kHz. Installé données des deux sonars ainsi que celles recueillies par l’hélicoptère
7 m sous la surface, il permet la recherche active sur 240° en hori- SH-60B grâce à une liaison de données SQQ-28. La conduite de tir
zontal ou l’écoute passive basse fréquence. La classification et l’atta- Mk.116 gère soit l’ASROC, qui délivre une torpille ASM Mk.46 via
que des pistes sont désignées via l’Underwater Fire Control System une roquette porteuse jusqu’à 22 km de la cible, soit le lancement
et la conduite de tir Mk.116 mod.0 conçus par Singer Librascope d'une Mk.46 directement depuis les TLT fixes du bâtiment.

les Destroyers De la classe sprUance (12-200)


nom n° coque sur cale mise en service retrait budget Devise abl vls 41* ram
Spruance DD-963 17/11/72 20/09/76 23/03/05 1969/70 Wisdom, Fortitude, Reason _ 1986-87 ** _

paul F. Foster DD-964 06/02/73 21/02/76 06/04/04 1969/70 _ _ 1987-88 X


kinkaid DD-965 19/04/73 10/07/76 07/01/03 1969/70 Steadfast and True _ 1987-88 _

Hewitt DD-966 23/07/73 25/09/76 05/06/02 1970/71 Be Just and Fear not _ 1987-88 _

Elliot DD-967 15/10/73 22/01/77 02/12/03 1970/71 Courage Honor Integrity _ 1988-89 X
arthur W. radford DD-968 14/01/74 16/04/77 06/04/04 1970/71 Patriotism Perseverance and Preparedness _ X _

peterson DD-969 29/04/74 09/07/77 06/11/02 1970/71 Proud Tradition _ 1991-92 _

Caron DD-970 01/07/74 01/10/77 05/06/02 1970/71 Vision Victory Valor _ 1989-90 _

David r. ray DD-971 23/09/74 19/11/77 28/02/02 1970/71 Determind Ready Ressourceful _ 1988-89 _

oldendorf DD-972 27/12/74 04/03/78 20/06/03 1971/72 To the Fight and Victory Ahead _ 1991-92 X
John Young DD-973 17/02/75 20/05/78 19/09/02 1971/72 « Prends La Mer Avec Courage » _ X X
Comte de grasse DD-974 04/04/75 05/08/78 05/06/98 1971/72 «Sans précédent» 1984 _ _

o’Brien DD-975 09/05/75 03/12/77 24/09/04 1971/72 Loyalty Unity Freedom _ 1988
merril DD-976 16/06/75 11/03/78 26/03/98 1971/72 Spirit of ‘76 1982 ** _ _

Briscoe DD-977 21/07/75 03/06/78 02/10/03 1971/72 Efficiency and Valor _ X X


Stump DD-978 25/08/75 19/08/78 22/10/04 1971/72 Tenacity: Foundation of Victory _ 1990-91 X
Conolly DD-979 29/09/75 14/10/78 18/09/98 1973/74 Leading the way 1984 _ _

moosbrugger DD-980 03/11/75 16/12/78 15/12/00 1973/74 More than required _ X _

John Hancock DD-981 16/01/76 10/03/79 16/10/00 1973/74 First for Freedom _ X _

Nicholson DD-982 20/02/76 11/05/79 18/12/02 1973/74 Fortune Favors the Brave _ X X
John rodgers DD-983 12/08/76 14/07/79 04/09/98 1973/74 Sea Eagle Triumphant 1984 _ _

Leftwich DD-984 12/11/76 25/08/79 27/03/98 1973/74 Superiority Through Teamwork 1985 _ _

Cushing DD-985 02/02/77 22/09/79 21/09/05 1973/74 Not for Self but for Country _ X X
Harry W. Hill DD-986 01/04/77 10/11/79 29/05/98 1974/75 Speed Surprise Success _ _ _

o’Bannon DD-987 24/06/77 01/12/79 19/08/05 1974/75 Discipline Pride Performance _ X X


thorn DD-988 29/08/77 12/01/80 25/08/04 1974/75 Sharply Perseverant _ X X
Deyo DD-989 14/10/77 22/03/80 06/11/03 1974/75 Brave and Proud 1985 1990-91 _

ingersoll DD-990 05/12/77 12/04/80 24/07/98 1974/75 Known by the Results 1985 _ _

Fife DD-991 06/03/78 31/05/80 28/02/03 1974/75 Endeavour to Deserve Success _ X X


Fletcher DD-992 24/04/78 12/07/80 01/10/04 1974/75 In Peace and War Prepared _ X X
kidd (ex-kouroush) DDG-993 26/06/78 27/06/81 12/03/98 Iran _ _ _ _

Callaghan (ex-Daryush) DDG-994 23/10/78 29/08/81 31/03/98 Iran _ _ _ _

Scott (ex-Nader) DDG-995 12/02/79 24/10/81 10/12/98 Iran _ _ _ _

Chandler (ex-andushirvan) DDG-996 07/05/79 13/03/82 23/09/99 Iran _ _ _ _

Hayler DD-997 20/10/80 05/03/83 25/08/03 1977/78 Courageous in conflict _ 1991 _

*Au cours de leur second entretien majeur, les bâtiments reçoivent également la capacité LAMPS III/SQQ-89/Mk 23 TAS ** Prototype

6
gUerre FroiDe 1 - 200

u Le Lake Champlain de
la classe Ticonderoga.
Dédiés à la protection
antiaérienne des groupes
aéronavals, ces croiseurs
ont les mêmes coques et
les mêmes proportions
que les Spruance. Leurs
superstructures intègrent
4 antennes du radar de veille
SPY-1, le cœur du système
de défense aérienne AEGIS.

q En mai 1997, l’USS Arthur


W. Radford est équipé du
prototype de l’Advanced
Enclosed Mast/Sensor conçu
chez Ingalls. Cette structure
légère offre une surface
équivalent radar réduite et
accueille divers senseurs.
Cette technologie se retrouve
aujourd’hui sur les LPD-17
de la classe San-Antonio,
mais aussi sur le patrouilleur
Adroit de la Marine nationale.

Les radars AN/SPS-40 et 55 assurent essentiellement la veille air et sur- excellent armement antiaérien en sus de leurs capacités ASM, mais
face. Ce sont des matériels standards sur les bâtiments de l’US Navy. ils verront aussi leur coût unitaire grimper à 330 millions de dollars,
Les Spruance n’ont pas vocation à engager des avions ou des missiles soit presque trois fois le prix d’un Spruance !
à longue distance, et leurs moyens d’autodéfense dans ce domaine se
limitent donc à un lanceur pour missiles Sea Sparrow à courte portée
(19 km) et à deux canons de 20 mm multitubes Phalanx.
La conception des Spruance marque un frappant changement de phi- moDernisations
losophie : désormais, ils offrent une importante marge d’évolution en
termes de déplacement [11]. L’intégration du TACTAS, et plus tard du Dans les années 1980, la classe Spruance fait l’objet de modernisations,
système de lancement vertical pour missiles (Mk.41 VLS), en est une intervenues notamment à l’occasion de leur deuxième entretien majeur
preuve. Néanmoins, alors qu’ils ont un déplacement près de trois fois d’une durée de 12 à 18 mois. Au total, environ 55 modifications sont
supérieur à celui des escorteurs ASM qu’ils remplacent, leurs faibles introduites sur les bâtiments.
capacités antiaériennes sont très largement critiquées. C’est cependant • Amélioration de la résistance aux dommages de combat : les cloisons
un fait totalement assumé, puisque ces bâtiments ont pour vocation sont doublées d’un feutre réfractaire conçu pour retarder la fonte de
première d’œuvrer au sein d’un groupe aéronaval, où la lutte antiaé- l’aluminium, qui intervient à 600°. Cette modification octroie un délai
rienne est du domaine des navires spécialisés (classes Leahy, Belknap, de 30 minutes aux équipes de sécurité pour combattre un incendie.
Ticonderoga et Arleigh Burke) et de la chasse embarquée. D’ailleurs, Un système de diffusion de gaz halon est installé dans le compartiment
les quatre bâtiments de la « sous-classe » Kidd disposeront certes d’un propulsion. De plus, un blindage en aramide kevlar de 140 t est posi-
tionné au niveau des soutes à munitions, compartiments
propulsion et central opérations sur tous les bâtiments à
partir de 1981. Ultérieurement, les superstructures rece-
vront une peinture absorbant, dans une certaine mesure,
les ondes radar.
• Installation du sonar remorqué SQR-19 TACTAS et
remplacement de l’antenne du sonar d’étrave SQS-53 A
par la version C. Cet ensemble constitue le SQQ-89.
• Mise en œuvre du SH-60B Seahawk sur 20 unités.
Les données, recueillies soit par le détecteur d’anomalies
magnétique de l’hélicoptère, soit par les bouées sonar qu’il
largue, sont transmises vers le destroyer via le système
SQQ-28. Cette liaison de données permet également de
transmettre les coordonnées d’une cible pour le tir de
missiles Harpoon.
• Nouvelle direction de lancement de torpilles Mk.116
mod.5 et système de transmission sous-marine
WQS-5.
• À partir de 1982, les Spruance reçoivent une capacité
de frappe vers la terre grâce à l’intégration du missile
Tomahawk, d’une portée de 1 250 km. Sur les premiè-
res unités, huit de ces missiles sont répartis en deux
lanceurs ABL (Armored Box Launcher), des ensembles en

0
Destroyers classe sprUance les lévriers
De la marine américaine
aluminium qui s’élèvent hydrauliquement à 35° pour le tir après le retrait des FRAM. Elles sont considérées comme [11] Ce sera aussi le cas
des Arleigh Burke et des
et se rabattent ensuite sur le pont. Cette installation simple bien trop sophistiquées par le chef d’état-major de la Marine,
FREMM, de grandes
mais encombrante n’entraîne pas la dépose de l’ASROC. l’amiral Zumwalt, qui décide le lancement d’un programme frégates de plus de 5 000 t.
• 24 bâtiments de la classe sont équipés, à partir de 1987, d’escorteurs aux capacités plus réduites mais à construire
du Vertical Launch System (VLS), à raison de 8 modules à en plus grand nombre à partir de 1975 : les frégates de la
8 lanceurs chacun. Sur les Spruance, le VLS permet l’emploi classe Oliver H.Peary.
panaché du Tomahawk et de l’ASROC. L’ensemble pèse Au tournant du siècle, la classe Spruance devient relative-
environ 230 t, mais est disposé bien plus bas que les ABL et ment coûteuse à maintenir en ligne en raison de la masse
permet un tir sur 360°. L’installation a simplement nécessité salariale qu’elle génère : une de ses unités exige autant
le démontage du lanceur ASROC et de ses deux soutes. d’hommes d’équipage qu’un Arleigh Burke tout en étant
• Des améliorations sont apportées aux brouilleurs électro- moins polyvalente. Malgré l’adjonction du VLS, les Spruance
niques SLQ-32. demeurent des bâtiments de lutte ASM. Les premiers
• Mise en place du radar Mk.23 TAS de détection, acquisi- Spruance (ceux équipés des ABL) sont décommissionnés
tion et poursuite automatique de cibles à grande vitesse et en 1998 après seulement 20 ans de service, chose rare,
faible signature. Ce radar est dédié à la défense antiaérienne même dans l’US Navy, surtout pour une classe réputée
dans un rayon de 90 nautiques et antimissiles dans un rayon réussie. À partir de 2002, les 19 derniers bâtiments sont
de 20 nautiques, soit la limite d’engagement des missiles à progressivement retirés du service. Les temps ont changé :
vol rasant. Il contrôle le lanceur Sea Sparrow. ce n’est pas contre les sous-marins soviétiques que les
• Mise en place d’un lanceur RAM (Rolling Airframe Missile) Spruance vont connaître leurs principaux faits d’armes,
sur affût Mk.49 (21 missiles) sur 12 Spruance. mais au large de l’Irak et de la Yougoslavie…
Par ailleurs, le USS Harry W. Hill sert à la mise au point du En janvier 1991, au déclenchement de la première guerre
concept « Smart Ship » d’automatisation des systèmes de en Irak, cinq d’entre eux tirent 112 des 297 Tomahawk
combat et de gestion des bâtiments militaires (conduite, lancés par l’US Navy sur les forces de Saddam Hussein
propulsion, sécurité) à l’aide d’un logiciel informatique spé- (USS Caron 2, Leftwitch 8, Spruance 2, Fife 60, Paul
cialisé (le Computer Aided Acquisition and Logistic Support). F. Foster 40, dont le premier du conflit). Au cours des
Ce système permet sur un Spruance de diminuer les effectifs opérations qui suivent, plusieurs Spruance accueillent des
de 20 %. Il équipe désormais les porte-avions des classes hélicoptères OH-58D Kiowa Warrior du 160th Special
Nimitz et Roosevelt et préfigure le Total Ship Computing Operation Aviation Regiment. Guidés par les radars des q L’entrée en service
Environment des grands destroyers de la classe Zumwalt. SH-60B, ces appareils mènent des attaques nocturnes massive des Arleigh Burke
lors de la reconquête des îles situées au large du Koweït. (ici le Mustin de la série
En décembre 1998, durant l’opération « Desert Fox », Flight IIA), à raison de 2
à 3 exemplaires par an,
le Nicholson tire à nouveau plusieurs Tomahawk et appuie
Une retraite anticipée les Marines au 127 mm lors des actions menées dans le
accélère le retrait des
Spruance au tournant
sud de l’Irak après l’échec des négociations avec l’ONU. des années 2000. Plus
polyvalents que leurs aînés,
Alors que le programme est à peine lancé, il apparaît vite que Enfin, en mars 1999, le même Nicholson fait partie des
ils correspondent mieux
les 31 unités de la classe Spruance ne constituent qu’une bâtiments qui tirent les premières salves de missiles sur des au nouvel environnement
réponse partielle à la forte déflation du nombre d’escorteurs objectifs serbes durant l’opération « Allied Force ».  stratégique du XXIe siècle.

1
sUbmersible
143-14

hUnt & ULtor par stephan caZenave


l’as Des soUs-mariniers
De sa maJesté
Un granD merci à arromanches militaria
poUr avoir aUtorisé la pUblication De ses photographies.
p Retour triomphal du HMS Ultor revenant au Royaume-
Uni après deux ans d’opérations en Méditerranée.

u George Hunt, un véritable loup de mer de 1,72 m. Ayant obtenu la Distinguished Service
Cross le 30 juin 1942, il recevra une Bar à sa DSC le 8 février 1944, puis le Distinguished
Service Order le 5 septembre 1944 et une Bar à sa DSO le 5 décembre 1944.

Sauf mention contraire, toutes photos : Arromanches Militaria

george hunt deMeure relativeMent Méconnu, alors qu’il


s’agit de l’un des Meilleurs officiers sous-Mariniers bri-
tanniques de la seconde guerre Mondiale. en quelques
Mois, le HMS ULTOR a exécuté sous son coMMandeMent
pas Moins de 27 attaques À la torpille, dont 23 avec
succÈs, soit 85,2 % de réussite ! des 68 torpilles
tirées, 32 (plus 2 probables) ont atteint leur cible, soit
47 % de coups au but, le taux le plus élevé de tous les
subMersibles britanniques.
2
hUnt & Ultor l’as Des soUs-mariniers
De sa maJesté
eorge Edward Hunt est né le 4 juillet

G
1916 dans le village de Milton of
Campsie, situé dans le comté écossais
d’East Dumbartonshire, à une quinzaine
de kilomètres de Glasgow. Entré dans
la Royal Naval Reserve (RNR) en janvier
1930, puis dans la marine marchande en
1932, il est formé comme Sub-Lieutenant
sur le HMS Sheffield en 1937 et intègre la Royal Navy
en février 1938. Volontaire pour le Submarine Service,
il est accepté et commence son instruction de base
d’officier sous-marinier à terre, au centre de Gosport
HMS Dolphin, le 1er janvier 1939. En avril, le Lieutenant
Hunt est affecté comme officier navigateur et officier
des transmissions sur le HMS Unity. Basé à Blyth, ce
bâtiment appartient à l’une des flottilles de la mer du Nord
dont le rôle tactique est de surveiller les entrées et sorties
des bases navales allemandes de la baie de Heligoland
et du Jutland. Le 2 août 1939, Hunt prend la mer pour
une première patrouille de deux semaines au large de
Heligoland. Le 22, le HMS Unity repart dans le même
secteur pour une mission identique qui, le 3 septembre
1939, devient une patrouille de guerre. S’ensuivent cinq
autres croisières en mer du Nord. Parti de Blyth pour
une septième mission au large de la Norvège, l’Unity p Chargement de torpilles le 5 janvier 1942, le croiseur auxiliaire Città di
entre en collision avec le cargo Alte Jarl dans la nuit à bord du submersible Palermo (5 413 GRT) est coulé au large du cap
ORP Sokół, une unité de
brumeuse du 29 avril 1940. Le submersible coule en la U‑Class britannique Ducato. Pour Hunt, la sixième patrouille de guerre en
cinq minutes, le Lieutenant John Low et le matelot Henry « prêtée » aux Polonais Méditerranée aurait cependant pu être la dernière : ayant
Miller se sacrifiant en restant dans le central jusqu’au de 1941 à 1945. quitté Alexandrie le 29 janvier, le Proteus recharge ses
IWM
bout pour permettre à leurs camarades d’évacuer. En mai batteries en surface dans la nuit du 8 février lorsqu’une
1940, Hunt est déjà muté comme Liaison Officer sur le forme sombre est repérée et identifiée comme étant un
HNLMS O 10, une unité néerlandaise chargée de sécuriser U‑Boot ! Aussitôt, une attaque en surface est effectuée,
les opérations d’évacuation de Dunkerque. En juillet, il mais les torpilles manquent leur cible… qui fonce droit
est promu Second sur le HMS H31 et prend part à deux sur le Proteus ! Le commandant manœuvre pour éviter
patrouilles de guerre en mer du Nord puis dans le golfe d’être coupé en deux, mais ne peut empêcher la colli-
de Gascogne avant d’être appelé, en novembre, à servir sion avec… le torpilleur Sagittario ! La barre de plongée
comme Liaison Officer sur l’ORP Sokol polonais au cours bâbord avant laboure le flanc du navire italien jusqu’à
d’une nouvelle patrouille nordique. sa salle des machines, où elle reste figée. À bord du
Au printemps 1941, George Hunt est affecté sur le Proteus, les hommes s’activent à colmater les voies
HMS Proteus du commandant Phillip Francis en tant d’eau apparues dans le local torpilles, et l’immersion
que Second et rejoint la Méditerranée en septembre. périscopique est ordonnée. Il faut toute l’expérience
La première patrouille en mer Ionienne est décevante, de Hunt pour maintenir l’assiette du submersible avec
mais les suivantes s’avéreront plus fructueuses : dans ses seules barres de plongée arrière. L’engin arri-
les Cyclades, durant la nuit du 3 au 4 novembre 1941, vera cahin-caha à Alexandrie le 13 février pour être
le Proteus torpille et endommage le pétrolier italien réparé à Port Said. Obéissant à un ordre de transfert,
Tampico (4 958 GRT). C’est alors la première atta- George Hunt quitte alors l’Égypte pour se présenter
que effectuée au radar par un submersible britannique. à Portsmouth : il y suit les cours de qualification de
Six jours plus tard, le transport de troupes allemand commandant d’avril à juin 1942 avant de prendre en
Ithaka (1 773 GRT) est coulé à deux nautiques au sud- q Le HMS Proteus en
charge le H33 à Loch Long en juillet. Par ailleurs, le
ouest de Milos. Le 30 décembre, c’est le cargo italien Méditerranée en 1942. 28 juillet, il est décoré de la Distinguished Service Cross
Città di Marsala (2 480 GRT) qui est endommagé, et, IWM. par le roi George VI pour son travail sur le Proteus.

3
sUbmersible 143-14

sUbmersible classe U

En août, il passe sur le H50 et effectue plusieurs patrouilles


dans le golfe de Gascogne et en mer du Nord. Fin octobre,
Hunt reçoit le commandement du P53 encore en chan-
tier. Après les essais de réception, l’unité est rebaptisée
HMS Ultor (« Vengeur », en référence au dieu romain
Mars Ultor) et est envoyée en janvier 1943 en mission
en mer du Nord.

143 : premières patroUilles


À son retour en Écosse, Hunt reçoit l’ordre de rallier
la 8th Submarine Flotilla basée sur le navire dépôt
HMS Maidstone à Alger. La première patrouille au large
de la côte d’Azur sera plus tranquille et fructueuse que
celles menées dans le « chaudron de Malte » fin 1941
du temps du Proteus, comme le montre cet extrait du
journal de bord. Le 12 avril 1943, 3 torpilles du Ultor
manquent les cargos Condé (français) et Nicoline Maersk
(allemand) à environ 8 nautiques à l’est de cap Camarat,
mais, deux jours plus tard, Hunt coule le français Penerf
(2 151 GRT) au large de Nice.
Le Ultor arrive à Malte le 2 mai ; il rejoint la 10th Sub-
marine Flotilla basée sur Manoel Island, au nord de

u « Back from Patrol », été 1943. Le Ultor revient


à Malte avec le Jolly Roger battant haut.

q Le 24 septembre 1943, le Ultor torpille le


Champagne (9 946 GRT) à l’est de Bastia.
Endommagé, le pétrolier s’échouera sur la côte.

4
hUnt & Ultor l’as Des soUs-mariniers
De sa maJesté
La Valette [1], et l’équipage s’installe dans des quartiers rudimentaires. « 15 juin 1943 : le Ultor a torpillé et a coulé le chasseur de mines
Avec l’opération « Husky » (invasion de la Sicile) prévue début juillet, auxiliaire italien No.92 Tullio (137 GRT) au large du cap Vatican […].
la 10th Flotilla est très sollicitée pour harceler le trafic maritime ennemi À 12h20, de la fumée a été aperçue au nord. À 12h42, une attaque
en mer Tyrrhénienne et mener différentes missions, dont du transport a été commencée sur un navire escorté par un destroyer qui a été
de commandos pour des reconnaissances de plages ou des opérations rejoint par un autre à 13h00. À 13h40, trois torpilles ont été lancées
spéciales. Hunt appareille le 6 juin pour une 3e patrouille de guerre en de 900 m ; 50 secondes plus tard, une torpille a touché […], le navire
Méditerranée. Le 13, le submersible fait surface à environ 2 000 m du a coulé immédiatement. À 13h47, un des escorteurs a lancé une
rivage de Salina, l’une des îles de l’archipel des Éoliennes situé au nord grenade sous-marine. »
de la Sicile, pour bombarder un centre de communication ennemi. Sous Ayant rejoint Malte, le Ultor repart dans la soirée du 1er juillet avec les
la direction du Gunnery Officer, le Lt Mangnall, le canon de pont de Sokol et Unruly pour prendre position au nord du détroit de Messine :
76,2 mm le détruit en 43 coups, puis le sous-marin met le cap à l’est, « 8 juillet 1943 : le Ultor a torpillé et coulé le cargo italien Valfiorita
en immersion périscopique, maraudant au nord du détroit de Messine (6 200 GRT […] au large de Rasocomolo, Sicile […]. À 22h29, un
comme le montrent ces extraits du journal de bord : gros cargo escorté par un destroyer a été aperçu à une distance
de 7 300 m. Le Lieutenant Hunt a changé de cap pour attaquer.
À 22h44, 4 torpilles ont été lancées sur le cargo de 5 000 à 6 000 t
à 1 500 m. Trois torpilles sont supposées avoir atteint la cible.
Le ltor a commencé à plonger après le lancement de la 1re torpille.
À 22h56, des grenades ASM ont été lancées. Pendant plus d’une
heure, plus de 30 charges de profondeur ont été larguées, mais
aucune n’était proche. »
Le 15 juillet, les 3 submersibles rallient Bizerte et y stationnent jusqu’au
24. Le Ultor rejoint ensuite Alger pour préparer une mission avec le
SOE [2], mission qui sera finalement annulée. Le 28 août, il coule le
torpilleur italien Lince (670 t) au large de Punta Alice (Calabre). Mais
le débarquement de Salerne et la reddition de la flotte italienne chan-
gent la donne tactique, et le commandement ordonne bientôt que
toutes les unités de la 10th Flotilla restent à quai jusqu’à nouvel ordre.
Le 14 septembre, seul le Sokol est encore en mer… Le Ultor intervient
ensuite dans les eaux corses pour prévenir l’évacuation des troupes alle-
mandes, et c’est ainsi que, le 24 septembre, il endommage le pétrolier
allemand (ex-français) Champagne (9 946 GRT) à 11 nautiques à l’est
de Bastia. Le navire s’échoue et sera à nouveau torpillé le 27, mais par
le HMS Uproar cette fois‑ci. Comme Malte est trop distante, la majorité
des patrouilles effectuées en octobre se fait au départ d’Alger auprès
du HMS Maidstone, base de la 8th Submarine Flotilla. Le 11 octobre,
le Ultor quitte le port français pour le golfe de Gênes, qui est alors la
zone d’opérations favorite des U-Boote de La Spezia ou de Toulon.

z Intéressante vue du
HMS Ultor en mer donnant
une bonne idée des
dimensions du kiosque et
du canon de ce submersible
côtier. Hunt se tient dans
la baignoire sur la gauche,
l’officier artilleur semble
s’amuser de la situation,
tandis que le second, Rowe,
tourne le dos à l’objectif.

t L’officier Barry Charles


(sur la photo) visite l’épave
du Champagne avec Daniel
Pels et George Hunt.
On note la présence de
plusieurs pièces d’artillerie
de campagne allemandes
sur le pont incendié.

[1] Lire « Les sous-marins de


Malte », un article de Xavier
Tracol paru en deux parties
dans LOS! n° 16 et 17.

[2] Le Special Operations


Executive est un service secret
britannique chargé d’aider
les différents mouvements
de résistance opérant
contre l’Axe en Europe,
Afrique et Extrême-Orient.


sUbmersible 143-14

Le 19, Hunt coule le cargo allemand Aversa (ex-Kakoulima


grec, 3 723 GRT) au large de Rapallo. Le submersible Gênes
Marseille Principales routes
nécessite cependant une maintenance approfondie et des convois de l'Axe
revient sur Malte. Il y reste jusqu’au 7 décembre, date à Toulon Florence
laquelle il appareille pour croiser au large de Toulon.

ITALIE
CORSE
entre malte et la maDDalena La Maddalena
Naples
Fin décembre, tous les sous-marins de la classe U sont ALBANIE
basés à La Maddalena, petite île du nord de la Sardaigne
que quitte Hunt début 1944 pour prendre part à l’opé- SARDAIGNE
ration « Shingle », le débarquement allié à Anzio. Il rallie Détroit GRECE
Naples le 14 janvier pour stationner plusieurs jours au de Messine
Cap San Vito
large des plages et faire de la détection de champs de
mines à l’Asdic. Le soir du 21, après avoir consulté son
Cap Bon Cap Spartivento
officier de navigation, Hunt positionne son bâtiment à Palerme
500 m au large d’une plage qu’il « marque » pour la Cap Del Armi
Force P transportant la British 1st Division. En février, Annaba
le Ultor patrouille vainement au large de la côte d’Azur ; Champs
de mines
le 1er mars, il fait route vers Malte pour renforcer la ALGERIE Sousse MALTE
présence sous-marine en mer Égée, puis croise au large
TUNISIE
de la côte Nord-Ouest de la Crète. De retour de mission, Lampedusa
il quitte de nouveau Malte fin mars et prend position Sfax
au large de Cythère, où il revendique la destruction au
canon de cinq petits navires à voile les 3 et 4 avril, puis
encore de trois autres le 6 à l’est de Paralia. Le lende-
main, il torpille l’Allemand Agios Dionyssios (200 GRT)
au large de Monemvassia. Le Ultor retourne enfin à
Malte le 12 avril avec 25 030 t de navires ennemis Tripoli
coulés ou endommagés. Benghazi
méDiterranée centrale LIBYE
q George Hunt et son second photographiés à l’automne 140-143
1943 dans la baignoire. L’exiguïté de l’espace, due notamment Syrthe
au puits du périscope d’attaque, est ici bien visible.

6
hUnt & Ultor l’as Des soUs-mariniers
De sa maJesté

« French riviera »
Afin de renforcer la 1st Flotilla, Hunt revient à
La Maddalena, puis reprend la mer le 5 mai pour aller
marauder à l’est d’Hyères. Le 15, il endommage au canon
un chalutier français au large du cap Camarat. Le 29, au
départ de sa 14e mission de guerre, il part patrouiller au
large de Toulon. Le lendemain, 4 de ses torpilles ratent
un poseur de filet allemand surpris à 4 nautiques de
cap Camarat. Il coule par contre le patrouilleur auxiliaire
Vinotra III et, le 31, détruit au canon un petit patrouilleur
au large de Cassis. Toutefois, pendant l’engagement, la
baignoire du submersible écope d’un obus blessant Hunt à
la cuisse droite, ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre
la mission : le 2 juin, il torpille et coupe en deux l’escorteur
allemand SG‑11 (ex-Alice Robert français) au nord de
Port Vendres. Après un court passage à La Maddalena,
le Ultor reprend la mer le 16 pour une 15e patrouille, qui
s’avérera être l’une des plus victorieuses.
20 juin : Hunt envoie par le fond le remorqueur allemand
Cebre au sud de Cannes.
2 juin : alors qu’il patrouille au large de Nice, il coule
le cargo allemand Felix 1 (3 316 GRT, ex-Cap Blanc
français) à 05h04, puis le pétrolier allemand Tempo 3
(5 259 GRT, ex-Pallas) trois heures plus tard : « à 04h15,
au moment de plonger pour la journée, des échos ont
été entendus […], le Lt Hunt décida de rester en surface
aussi longtemps que possible pour identifier le navire
responsable. À 04h21, il n’y avait toujours rien en vue,
mais le Lt Hunt a dû plonger, car l’horizon derrière le Ultor
commençait à se lever […]. À 04h26, une forme sombre
a été repérée au périscope, mais il faisait beaucoup trop
sombre pour identifier quoi que ce soit. […]. À 04h38,
le Lt Hunt a pu identifier plusieurs formes et un plus
gros navire. […] À 04h55, les navires devenaient chaque
minute plus visibles. Le convoi se composait d’un navire
de 3 000 t avec une corvette à l’avant, un destroyer à
tribord (le côté d’attaque de l’Ultor) et d’un destroyer
aux quatre angles. À 05h00, le Ultor a dépassé le des-
troyer par l’intérieur en direction des cibles de tribord.
À 05h04, 4 torpilles ont été lancées d’une distance de
900 m contre le cargo à la position 43°38’N, 07°19’E.
Deux torpilles ont été entendues toucher, suivies, une p Le canon de 76,2 mm en action. Un tiers des victoires confirmées
du Ultor sera le fait des canonniers du bord.
minute plus tard, par une énorme explosion […]. À 05h14,
la 1re grenade ASM a été larguée par l’un des escorteurs q Au vu du nombre de navires et de leur formation serrée, il est fort probable
[…]. Dans la demi-heure suivante, 10 grenades supplé- que ce cliché de Daniel Pels ait été pris lors de l’opération « Shingle ».
mentaires ont été lancées isolément. À 06h10, […] le
Lt Hunt est remonté en immersion périscopique et a
vu que les 4 escorteurs avaient été maintenant rejoints
par quatre R-Boote. Le Ultor s’est replié au sud-ouest.
À 06h55, un gros pétrolier a été repéré au sud-ouest.
[…] Les mâts et les superstructures de plusieurs autres
navires sont aussi apparus. Le Ultor s’est orienté vers
le nord pour intercepter le pétrolier qui se dirigeait sur
Nice. Cela a aussi permis de recharger les tubes lance-
torpilles. L’escorte se composait d’une corvette, d’un
destroyer, d’un gros U-Jäger-Boot et de deux R-Boote.
À 07h45, il était observé que les 4 escorteurs du navire
attaqué et coulé auparavant avaient rejoint l’escorte de
ce pétrolier. Cinq avions tournaient également au-des-
sus. À 08h00, le Ultor a commencé à manœuvrer pour
pénétrer le rideau défensif et lancer ses 2 dernières tor-
pilles à faible distance. À 08h15, le Ultor s’est glissé
à travers l’escorte, et il a été observé que le pétrolier
de 7 000 t était tiré par 2 gros remorqueurs. À 08h31,
le Ultor a lancé 2 torpilles de 1 300 m sur le pétrolier
à la position 43°38’N, 07°17’E. Les torpilles ont été
entendues toucher tandis que le Ultor essayait de s’es-
quiver. À 08h39, la 1re grenade ASM a été lancée […].


sUbmersible 143-14

u De retour de l’une de ses


dernières patrouilles, une
partie de l’équipage pose
fièrement avec le Gunnery
Officer, le Lt Mangnall,
devant le Jolly Roger qui
arbore 19 navires coulés
(dont 2 bâtiments de guerre)
et un marchand endommagé.
Le phare cousu symbolise un
marquage de plage pendant
l’opération « Shingle ».

Pendant la demi-heure suivante, 36 autres ont été comp- reste de la cible a coulé. Les escorteurs étaient toujours
q George Hunt et son tabilisées […] mais il était devenu évident que le Ultor en chasse […]. Le Lt Hunt a commandé une plongée
second, Barry Rowe. avait pu s’échapper ; aussi, à 09h22, le Lt Hunt est profonde et s’est dirigé vers la base. À 10h30, 50 grena-
Les deux hommes remonté à l’immersion périscopique. La cible a été aperçue des ASM supplémentaires ont été lancées, mais aucune
s’appréciaient. Au cours
de ses 17 patrouilles, le
immobilisée avec la poupe arrachée. À 09h30, la poupe n’était très proche. À 11h08, la dernière grenade sous-
HMS Ultor a détruit plus de de la cible a coulé. Les escorteurs ont été repérés, répartis marine a été lancée, et des échos […] étaient perçus sur
50 000 t de navires ennemis. en groupes dont l’un se dirigeant sur le Ultor. À 10h00, le l’arrière. À 12h00, le Lt Hunt est remonté à l’immersion
périscopique. Les escorteurs ont été repérés à
l’horizon, vers le nord. »
2 juin : de retour de patrouille, le Lt Hunt va faire
son rapport après ces belles victoires, et le Captain
Roberts, de la 10th Submarine Flotilla, rédigera
la mention suivante : « L’attaque du cargo de
3 000 t a été brillamment exécutée, je n’ai aucune
hésitation à affirmer cela au vu de ma considé-
rable expérience de sous-marinier. L’attaque sur
le pétrolier seulement trois heures plus tard est
la démonstration la plus exceptionnelle que j’aie
entendue. Ce que le Lt Hunt a dû réaliser sans être
vu, à 1 300 m à l’intérieur d’un rideau d’escorteurs
si compact et zigzaguant brutalement, suggère une
habileté technique parfaite, mais démontre aussi
une détermination et un courage de tout premier
ordre… Lors de son retour, le Lt Hunt m’a fort
sérieusement décrit le rideau [de protection] et
ses manœuvres comme « très rébarbatifs », une
sous-estimation plutôt intéressante… Une perfor-
mance qui sera difficile d’égaliser par son propre
submersible ou par n’importe quel autre. »
18 juillet : départ du Ultor pour sa 16e patrouille en
Méditerranée. Au soir du 21, alors au large du
cap Lardier à l’immersion périscopique, il torpille
le UJ-2211 (916 GRT) escorté par le Chasseur,
un ex-français réquisitionné.
26 juillet : Hunt rentre à la base en raison notam-
ment d’une avarie de machine. Le débarquement
de Provence est un franc succès, et la maîtrise de

8
hUnt & Ultor l’as Des soUs-mariniers
De sa maJesté
la Méditerranée n’impose plus le déploiement d’une
aussi importante force sous-marine alliée. Aussi, fin
août, le Ultor fait route vers le Royaume-Uni après
deux ans de bons et loyaux services en Méditerranée
et peut s’amarrer fièrement au Holy Loch, sur le Firth
of Clyde. Et pour cause ! Selon un rapport de l’Ami-
rauté daté du 5 septembre, il a coulé 20 navires, en
a endommagé 2 autres par torpillage et coulé 10 bâti-
ments au canon ! De plus, l’unité a participé à un
bombardement, à un marquage de plage et à une
opération spéciale. Il a effectué 27 attaques à la tor-
pille, dont 23 avec succès, soit un spectaculaire taux
de réussite de 85,2 % ! Sur les 68 torpilles lancées,
32 ont été des coups au but (plus deux probables),
soit 47 % de succès, un taux plus élevé que celui de
n’importe quel autre submersible britannique. Pour ces
hauts faits d’armes, George Hunt est fait compagnon
du Distinguished Service Order par le roi, la remise
de la décoration se déroulant à Buckingham Palace
le 7 novembre 1944.
Le même mois, il est nommé commandant du
HMS Taku et le reste jusqu’en avril 1945. Puis,
élevé au grade de Lieutenant Commander, il est
ensuite affecté sur le porte-avions Triumph, avant
de revenir sur sous-marin en mars 1947, à bord du
HMS Ambush, qui sera envoyé faire des essais sous la
glace en Arctique en novembre. Il termine sa brillante
carrière par diverses affectations sur différents navires
ou par des fonctions à terre, puis prend sa retraite
en 1963 avec le grade de Captain. Il émigre alors
en Australie et commence une nouvelle carrière au
service diplomatique de ce pays comme membre du
haut-commissariat britannique jusqu’en 1976. George
Edward Hunt est décédé à Brisbane le mardi 16 août
2011 à l’âge de 95 ans. 

poUr aller plUs loin


• Dornan (Peter), Diving Stations – The story of
George Hunt & the Ultor, Pen&Sword, 2010

{ Rassemblement sur le pont de l’équipage en


tenue de sortie. Hunt et Pels sont au centre de
l’image. Le submersible est accosté à Lazzaretto
(Manoel Island), la base sous-marine de Malte.

u Été 1944. Le First Lieutenant Rowe relaie au mégaphone


les ordres de George Hunt surveillant la manœuvre sur sa
gauche. Le Jolly Roger semble porter toutes les marques de
victoire. Il s’agirait de l’une des dernières images du Ultor.

q 11e des 12 submersibles du 3e groupe de la U‑Class,


le HMS Ultor est commandé le 23 août 1940. Il finit
sa carrière opérationnelle le 14 août 1945, pour
être démoli à Briton Ferry le 22 janvier 1946.


lexiqUe

y Sous-marinier soviétique
faisant des signaux à bras depuis
la baignoire du submersible
Shch-215 en mer Noire. DR

signaUx à bras, aUDibles, par patrick toUssaint

et vocaUx
À l’étranger, ou en présence de navires d’autre
nationalité, toutes les Marines utilisent les signaux
du code international. Mais chacune conserve des
protocoles qui lui sont propres, qu’ils soient de pavillon spécifique, le signaleur adopte successivement différentes

type visible (À bras ou par pavillons différents positions des bras (variant d’une Marine à l’autre), chacune corres-
pondant à l’une des 26 lettres de l’alphabet ou à un chiffre (de 0 à 9).
de ceux du code), luMineux ou audible. Les caractères sont ainsi figurés l’un après l’autre, avec une courte
pause de séparation, en clair ou en code, s’agissant alors presque tou-
jours du Morse, dont le point (les deux bras à la verticale) et le trait (les

c
es moyens de communication présentent un avantage deux bras à l’horizontale) sont émis selon sa codification. La position
certain, en particulier en cas de conflit : au contraire des notifiant l’espace (les deux bras le long du corps) est commune aux
transmissions radio, susceptibles d’être interceptées et signaux en clair et codés, de même que diverses indications, dont
décryptées, ils sont d’une grande discrétion et souvent l’erreur, la non-compréhension d’un signal, l’avertissement prévenant
utilisés pour les liaisons au sein d’une flotte ou entre d’une émission de chiffres ou de Morse, etc. Les signaux à bras peuvent
deux navires à la mer. être utilisés de nuit, le transmetteur employant alors deux lumineux
adéquats, remplaçant ou agrémentant ses pavillons.
Les signaux sémaphoriques peuvent aussi être passés grâce à un
appareil dont les navires sont parfois dotés : le sémaphore. Mécanique
signaUx visibles et/ou lumineux, il est intégré à un mât ou encore est un agencement
particulier installé en superstructures. Il peut émettre vers la terre
Employés pour la transmission du Code international, ou de tout autre ou un autre bâtiment de façon similaire à celle des signaux à bras
code des signaux propres à chaque Marine, les messages (ou signaux) (sémaphore mécanique) ou selon une gamme spécifique de signaux
à bras reposent sur le principe de communication à vue dit séma- lumineux. Le sémaphore « terrestre », construction élevée, souvent
phorique. Ils permettent de transmettre n’importe quelle information, imposante et agrémentée d’une plate-forme d’observation, est pour sa
indication, directive ou consigne, complexe ou non. part surtout destiné à arborer des signaux d’avertissement, dangers,
Le procédé relève d’un code simple, l’alphabet sémaphorique (dont il situation, marée ou encore d’interdictions (hissage à son mât de cônes,
existe pratiquement autant de versions que de pays utilisateurs), appelé boules, pavillons, etc., ou tir de fusées blanches, vertes ou rouges
alphabet des signaux dans la Marine. Tenant à chaque main un petit selon l’indication à faire connaître).

80
signaUx à bras,
aUDibles et vocaUx
toutes les deux minutes, entre autres pour éviter les abordages. De jour
cas particUliers comme de nuit ou par visibilité réduite, le code prévoit ainsi toute
une gamme d’émissions précises, dont une série de cinq coups brefs
Tirées du principe de liaison sémaphorique, diverses indications pour signifier « soyez attentifs à ma manœuvre », un coup bref pour
à bras, sans pavillons et reprenant en partie celles produites au « je viens sur tribord », deux coups brefs pour « je viens sur bâbord »
sifflet (voir plus loin), peuvent être transmises à un navire ou à ou encore trois coups brefs pour dire « je bats en arrière » (battre pour
une embarcation proche et en cours d’évolution. Par exemple, venir), etc. Ce protocole est également en partie applicable au sifflet
debout à la lisse, le transmetteur peut ainsi signifier « venez à de manœuvre, utile à petite ou moyenne distances, et dont la modu-
couple », « amarrez-vous comme cela », « restez au large », etc. lation des sons permet d’exprimer un nombre important (plus qu’on
Enfin, énième moyen de communication visuelle, les signaux émis ne le pense en général) de signaux, commandements ou indications
par le « Batman » sur un porte-aéronefs pour guider les appontages (y compris du Code international). Dans la brume, la sirène peut être
sont eux aussi issus et adaptés du procédé sémaphorique. doublée du tintement de la cloche du bord ou des cloches si le navire
en possède deux (il peut en effet disposer d’une cloche fixe ou mobile
à l’avant, normalement destinée à indiquer chaque maillon de chaîne
Durant la Seconde Guerre mondiale, la Kriegsmarine testera un système mouillé lors des manœuvres d’ancres).
optique de signalisation particulier, adapté du sémaphore lumineux et
basé sur l’allumage ou l’extinction de lampes. Les fameuses « bar-
res » du Bismarck par exemple, situées à l’avant et sur les flancs du
haut de la tour de combat, dont la nature a longtemps été discutée signaUx vocaUx
(un système radar type FuMB a même été évoqué), étaient ainsi
destinées à recevoir des séries de lampes de couleur permettant la Lorsque des interlocuteurs sont assez proches pour communiquer
transmission de signaux simples portant entre autres sur la navigation. par mégaphone, ils peuvent bien entendu s’exprimer librement, mais
Ce système était complété d’une « circulaire » montée sur l’arrière aussi, s’ils sont de nationalité différente, utiliser l’alphabet phoné-
du mât principal qui, selon les lampes ou les secteurs allumés à sa tique du Code international. Dans cet alphabet, initialement créé
circonférence, délivrait des indications de manœuvre aux bâtiments par l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale), chaque
évoluant dans le sillage. lettre ou chiffre est traduit en phonétique par un mot simple et clair
ne pouvant être confondu avec un autre (reprenant leur initiale s’il
s’agit des lettres). De fait, sont simplement transmis à la voix les
caractères correspondant au message à passer, et un bâtiment qui,
signaUx aUDibles par exemple, émet par mégaphone « India – Tango », soit les lettres
« I » et « T » du Code, indique « ai un incendie à bord », signal que
Si, par exemple, le temps est à la brume ou bouché, un navire doit tout interlocuteur comprend en se référant au manuel dudit Code.
émettre un signal régulier à l’aide de sa sirène (ou corne de brume Cette transposition phonique universellement reconnue a été reprise
selon un règlement spécifique pour les petits bâtiments, comme les par l’OTAN, mais chaque Marine dispose de son alphabet spécifique
plaisanciers). S’il est en marche, il doit lancer une émission prolongée pour ses propres communications. 

les coDes internationaUx

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COMPOSITION DES PORTFOLIOS
Cuirassé Bismarck 1 6 3
Cuirassé Richelieu 1 8 1
Porte-avions Graf Zeppelin 1 8 1
Porte-avions Akagi 1 8 1
Cuirassé Iowa 1 8 1
Croiseur lourd Gneisenau 1 8 1
Cuirassé de poche Deutschland/Lützow 1 1 8
Cuirassé de poche Admiral Scheer 1 3 6
Cuirassé de poche Admiral Graf Spee 1 5 4
Croiseur de bataille HMS Hood 1 8 1
U-boot U-47 Typ VIIB 1 8 1
U-boot U-2540 Typ XXI 1 8 1
Cuirassé Dunkerque 1 8 1
Sous-marin Surcouf 1 8 1
Croiseur lourd Prinz Eugen 1 8 1
Cuirassé Yamato 1 8 1
Porte-avions ShŌkaku 1 8 1

 Je m’abonne à pour une année, soit 6 numéros, à partir du n°25 inclus.


France met. : 35.00 € - UE et Suisse : 40.00 € - DOM-TOM et reste du monde : 45.00 €
Bon de commande à retourner à :  Je m’abonne à pour deux années, soit 12 numéros, à partir du n°25 inclus.
Caraktère SARL France met. : 65.00 € - UE et Suisse : 75.00 € - DOM-TOM et reste du monde : 85.00 €
Résidence Maunier
3120, route d’Avignon  Je commande les anciens numéros de cochés ci-dessous :
13090 Aix-en-Provence au prix de 8.00 €, frais de port inclus pour toutes les destinations.
Plus d'infos sur  LOS! n°9 / L’USS Block Island (709)  LOS! n°17 / Le Vittorio Veneto (717)
www.caraktere.com  LOS! n°10 / Le U-boot Typ XXI (710)  LOS! n°18 / L’USS South Dakota (718)
Tél. : 04 42 21 06 76  LOS! n°11 / Le Dunkerque (711)  LOS! n°19 / Le Shokaku (719)
 LOS! n°12 / Sous-marins de la guerre froide (712)  LOS! n°20 / Le U-Boot Typ XXIII (720)
 LOS! n°13 / Yamato, mythes & réalités (713)  LOS! n°21 / Le Prinz Eugen (721)
Nom : ………………………… Prénom : ……………………………
 LOS! n°14 / Le Yamato face à son destin (714)  LOS! n°22 / La bataille du Jutland (722)
 LOS! n°15 / Le Viribus Unitis (715)  LOS! n°23 / Cuirassés géants ! (723)
Adresse : …………………………………………………………………  LOS! n°16 / U-Boot Typ IX, le loup solitaire (716)  LOS! n°24 / Submersibles classe Gato (724)
………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………  Je commande les Hors-série
Code postal : ……………… Ville : ………………………………… au prix de 14.90 €, frais de port inclus pour la France Metropolitaine.
Pays : …………………………………………………………………… UE et la Suisse : 18.90 € - DOM-TOM et reste du monde : 22.90 €

E-mail : ……………………………………………………………………  HS N°1 : Les cuirassés de poche (771)  HS N°3 : Les sous-marins de la 2e G.M. (1943-45) (773)
 HS N°4 : U-Boote en Atlantique (774)  HS N°5 : Petite histoire du porte-avions (775)
RÈGLEMENT :  HS N°6 : BISMARCK, de la genèse au combat d’Islande (776)
 Chèque à l’ordre de Caraktère  HS N°7 : BISMARCK, de la traque à l’exécution (777)  HS N°8 : La guerre des convois (778)
 Virement Swift  Mandat postal
 Carte Bancaire :  Je commande les portfolios cochés ci-dessous :
Numéro : ……………………………………………………………
PRIX PUBLIC : France : 34.50 € - UE et Suisse : 39.50 € - DOM-TOM et reste du monde : 44.50 €
Date d’expiration : …………………
PRIX ABONNÉS : France : 30.50 € - UE et Suisse : 35.50 € - DOM-TOM et reste du monde : 40.50 €
Cryptogramme visuel : ……………
(3 derniers chiffres au dos de la carte)  Le Bismarck  Le Richelieu  Le Graf Zeppelin
Signature :  L’Akagi  L’Iowa  Le Gneisenau
 Le Deutschland/Lützow  L’Admiral Scheer  L’Admiral Graf Spee
 Le HMS Hood  Le U-47 TYP VIIB (U-boot)  Le U-2540 Typ XXI
 Le Dunkerque  Le Surcouf
NOUVEAUX :  Le Prinz Eugen  Le Yamato  Le ShŌkaku
EMbaRquEZ À boRd dEs PLus PREstIgIEux bÂtIMENts dE guERRE
n o u v e a u x ! avEC La CoLLECtIoN dE PoRtfoLIos Los!

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Constitué de dix planches A3 (297 × 420 mm) imprimées sur un papier de qualité, et livré
dans une pochette à dessins, chaque portfolio représente une riche documentation technique
et propose de saisissantes vues 3D accompagnées de plans filaires d’une grande précision
ainsi que de profils couleurs rigoureusement détaillés qui sauront satisfaire tous les amateurs
d’histoire navale.
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Prinz Eugen 

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France métropolitaine : 34.50 €


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Shōkaku 

Dans la même collection :


Shōkaku 

le Bismarck, le Richelieu,
le Graf Zeppelin, l’Akagi,
l’Iowa, le Gneisenau,
4.50 €
le Deutschland/Lützow,
shokaku

40.50 € Shōkaku 

l’Admiral Scheer, le HMS Hood,


l’Admiral Graf Spee, le U-47 Typ VIIB,
le U-2540 Typ XXI,
shok

le Dunkerque & le Surcouf.


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