Je suis resté dans le silence
Je ne comprenais pas combien tu me manquais
Et me demandais si tu reviendrais jamais.
Il baisse les bras.
– Maintenant, vous comprenez pourquoi j’écris des chansons et non de la poésie.
Tout le monde le regarde, l’air de chercher ce qu’il a voulu dire avec ce poème, mais lui garde les yeux fixés sur
les miens, sa fossette plus marquée que jamais.
J’examine nerveusement chacun des membres du groupe tandis qu’ils essaient comprendre. Le visage de
Chelsea s’illumine. Emily agite un doigt, nous désignant alternativement, AJ et moi. Sydney laisse échapper un petit
cri qui sonne faux.
AJ descend de la scène pour venir s’asseoir à côté de moi, me passe une main dans la nuque.
– Ils savent, me murmure-t-il à l’oreille.
– Tu crois ? dis-je en riant contre son épaule.
– Désolé. C’était mauvais.
– Pas du tout, c’était parfait.
– Tu ne m’en veux pas ?
– Bien sûr que non.
Je lui donne un rapide baiser, ce qui nous vaut un concert de sifflets et de ouaaah.
Alors, les choses prennent un tour bizarre. Ils se lèvent tous, rassemblent leurs sacs et leurs cahiers, pour se
diriger vers la sortie.
– Attendez ! lance AJ en se levant à son tour. Tout le monde a lu un poème ?
– Tout le monde sauf Caroline, dis-je en la désignant.
Je ne suis pas certaine qu’il m’ait entendue. Il sort déjà sa clé de sa poche et s’en va déverrouiller la porte.
Caroline m’adresse un signe de la tête, comme pour dire que tout va bien. De toute façon, elle n’avait pas l’intention
de lire quoi que ce soit.
Nous grimpons tous les neuf l’escalier sans dire un mot, traversons la scène et remontons l’allée du théâtre. Une
fois dehors, on se dit au revoir et chacun s’en va dans une direction différente, sauf AJ et moi, qui restons ensemble
derrière.
Euphorique, débordante de joie, je l’enveloppe de mes bras, lève la tête vers lui. Comme si on était revenus à la
piscine, flottant, nous embrassant, bavardant, riant, tout seuls, ensemble. Notre histoire n’a désormais plus rien de
secret. C’est incroyable.
– Tu veux que je te ramène chez toi ? dis-je en lui caressant les cheveux. Tu pourrais ainsi me regarder
redémarrer et te demander si je ne suis pas en train de mettre au point un plan pour me glisser dans ta chambre.
– Tu ferais ça ?
– Absolument.
J’ignore d’où me vient cette audace, mais c’est agréable.
– Alors, d’accord.
Il rouvre ma parka, jusqu’en bas cette fois, passe les mains dans mon dos, m’attire contre lui, m’embrasse plus
fort que jamais, et je m’agrippe à son cou. Si seulement ce baiser pouvait durer une éternité ! Je n’ai aucune envie de
le ramener chez lui et de lui dire au revoir.
Je murmure d’une voix tremblante :
– Je me demande si on n’a pas laissé allumé, en bas.
– Tu crois ?
– Oui.
– Hum. Non, je n’ai pas oublié.
Le sentant sourire, je lui souris à mon tour.
– Moi non plus.
Si j’ai souvent pensé à faire l’amour, je ne me suis jamais demandé comment se passerait ma première fois. Je
sais que ce sera bizarre et que viendra ce moment où il-faudra-songer-au-préservatif ; et quand ce sera fini, on se
rhabillera l’un à côté de l’autre sans plus savoir quoi se dire. Je me suis toujours représenté ma première fois comme
une étape à franchir.
Pour l’instant, ça n’y ressemble pas.
AJ m’embrasse sur le front.
– Arrête de réfléchir, murmure-t-il.
– Je ne réfléchis pas !
Mais, si, bien sûr, il a raison. Je réfléchis constamment.
– Si. Tu as le front tout plissé.
Il l’embrasse encore et je sens mes muscles se détendre.
– On n’est pas obligés, Sam.
On est allongés sur le canapé orange, où on a disposé une couverture, avant d’envoyer promener nos vêtements
par terre. Il a déjà passé ce préservatif multicolore. Et j’ai envie de continuer. On est presque en train de le faire.