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Le document présente une préface sur Tchicaya U Tam'si, un poète congolais qui a défié les conventions de la négritude et a influencé la poésie africaine. Il évoque son parcours personnel, marqué par une séparation précoce d'avec sa mère et ses luttes scolaires, ainsi que ses débuts littéraires. Tchicaya U Tam'si est reconnu pour sa capacité à exprimer des émotions individuelles tout en abordant des thèmes collectifs liés à l'identité congolaise.

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Le document présente une préface sur Tchicaya U Tam'si, un poète congolais qui a défié les conventions de la négritude et a influencé la poésie africaine. Il évoque son parcours personnel, marqué par une séparation précoce d'avec sa mère et ses luttes scolaires, ainsi que ses débuts littéraires. Tchicaya U Tam'si est reconnu pour sa capacité à exprimer des émotions individuelles tout en abordant des thèmes collectifs liés à l'identité congolaise.

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CONTINENTS NOIRS
Collection dirigée par Jean-Noël Schifano

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Les littératures dérivent de noirs continents.
Manfred Müller

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TCHICAYA U TAM’SI

J’étais nu
pour le premier baiser
de ma mère
ŒUVRES COMPLÈTES, I

Édition présentée et préparée


par Boniface Mongo-Mboussa

CONTINENTS NOIRS GA LLI MA RD

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Volume publié avec l’aide
des Services Culturels de l’Ambassade du Congo

© Éditions Gallimard, 2013.

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Préface

Tchicaya U Tam’si (1931-1988) :


« Je m’interdis aux fines bouches »

Quand Léopold Sédar Senghor publie, en 1948, son Antho-


logie de la poésie nègre et malgache, avec la célèbre pré-
face de Jean-Paul Sartre, la part africaine dans cette compi-
lation est bien mince. Sur les seize poètes qu’elle compte,
trois seulement sont africains (Birago Diop, David Diop et
L. S. Senghor). Tous sénégalais. Sept ans plus tard, Tchicaya
U Tam’si fait voler en éclats les certitudes de la négritude...
On n’a pas assez souligné cette audace. Oser s’attaquer
au père de la négritude au faîte de sa gloire, titiller ensuite
les négrologues, il fallait une bonne dose d’insouciance.
Seul Sony Labou Tansi, lui-même poète rimbaldien, a saisi
la geste du maître. « On ne fête pas les rebelles hélas,
observait-il, il y aurait des tonnes de livres à écrire sur ce
poète... » Plus tard, bien plus tard, viendront Négritude et
négrologues, l’essai du Béninois Stanislas Adotevi, et Le
devoir de violence, le roman vénéneux du Malien Yambo
Ouologuem. Mais c’est bien Tchicaya U Tam’si qui, dix ans
auparavant, avait réussi à lézarder l’édifice nègre, libérant
par son insolence le talent de ses compatriotes et d’autres
poètes du continent. On oublie souvent de signaler combien
Tchicaya U Tam’si est présent dans les interstices de
Négritude et négrologues. En écrivant ceci, je ne suggère
pas que Stanislas Adotevi doive son succès à Tchicaya
U Tam’si. Je veux mettre en exergue la primauté du cri
poétique sur le concept. Or, dans cette controverse afri-
caine autour de la négritude, nous avons élu le concept et

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le roman au détriment de la poésie. Cet oubli mérite répa-
ration.

Gérald-Félix Tchicaya est né le 25 août 1931 à Mpili


(Congo). Fils d’Élisabeth Boanga et de Jean-Félix Tchicaya,
un ancien instituteur, employé dans l’administration colo-
niale en qualité d’« écrivain ». Très tôt, l’enfant est sevré de
sa mère. Élisabeth Boanga est une liaison coutumière de
Jean-Félix Tchicaya. Le futur député du Moyen-Congo sous
la quatrième République se marie avec Cécile Concko, une
ancienne élève des sœurs du Saint-Esprit. À quatre ans,
Gérald-Félix Tchicaya est emmené par son père de Mpili
à Pointe-Noire, qui le confie à son épouse. Cette sépara-
tion de la mère le marquera à jamais. Dans un témoignage
poignant paru dans l’ouvrage de Marcel Bisiaux et Cathe-
rine Jajolet (2006) consacré à la relation entre les écri-
vains et leur mère, Tchicaya U Tam’si revient longuement
sur ce sevrage : « J’ai été sevré de ma mère très tôt, à trois
ou quatre ans, séparé d’elle par mon père qui la quittait
pour une autre femme à qui il m’a confié. Une belle-mère
avec qui j’allais très bien m’entendre, que j’ai même tétée
jusqu’à l’âge de sept ans, qui m’a vraiment élevé comme si
j’étais son fils. Ce fut comme lorsqu’on donne un petit
chaton étranger à une chatte. Le petit chaton l’adopte,
même s’il n’est pas le préféré, et il fait tout ce qu’il faut pour
se faire accepter comme les vrais petits de cette mère
chatte. Mais d’avoir une mère par procuration a développé
en moi une sensibilité extrême. »
En 1945, son père est élu député du Moyen-Congo à
l’Assemblée constituante à Paris. Il le suit. On l’inscrit au

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lycée Eugène-Pothier à Orléans. Commence alors pour le
jeune Congolais une saison en enfer. Sa scolarité est chao-
tique. Premier handicap : l’âge. Il entreprend ses études
au collège quasiment au moment où les autres les bouclent.
Vu son âge, il est dispensé de suivre les cours de troisième.
Il est immédiatement admis en seconde. Mais redouble
la première. Dans les cours de récréation, il est seul, infirme
de la jambe gauche, le pied en chanterelle. Les camarades
par dérision le surnomment « le poète ». Il joue le jeu,
endosse le statut d’Orphée. Mais un poète sans poèmes
est-il encore poète ? Gérald-Félix Tchicaya semble pris à
son propre piège. Et ce d’autant plus que l’un de ses
copains, le Camerounais Elolongué Epanya Yondo, futur
auteur de Kamerun ! Kamerun !, écrit déjà et séduit les filles.
Ce qui le rend jaloux. Et, comme chez lui, rien n’est jamais
facile, il est amoureux de la petite amie d’Epanya. Lassé
par ses copains, qui ne cessent de le chahuter, Gérald-Félix
Tchicaya, mû aussi par le désir de séduire la petite amie de
son ami, s’approprie une chanson de Tino Rossi, l’exhibe.
La supercherie est vite découverte. Blessé, il donne à lire
une nouvelle version d’Horace, dans laquelle il sauve
Camille. De là date sa passion pour le théâtre. Très vite, il
abandonne l’écriture, s’entiche de peinture, le père s’y
oppose. Alors, il sera architecte. Nouveau refus du père. Le
député du Moyen-Congo au Palais-Bourbon nourrit de
grandes ambitions pour son fils. Mais Gérald-Félix Tchicaya
n’aime que les rimes. Doté d’une mémoire prodigieuse, il
récite Marot, Ronsard, Du Bellay, Villon, Aragon, découvre
les poètes de la Résistance, lit Lorca, etc. Les violences colo-
niales en Côte d’Ivoire l’inspirent. Comme Kateb Yacine,
qui vint à l’écriture à la suite des massacres de Sétif en
1945, Tchicaya écrit son premier poème pour saluer la

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résistance du RDA (Rassemblement démocratique africain)
de Félix Houphouët-Boigny contre le pouvoir colonial. Son
père le fait lire à son collègue Aimé Césaire. La réaction du
Martiniquais est sans équivoque : « Votre fils est poète. »
L’enthousiasme de Césaire conforte l’artiste en herbe. Et
chaque jour, sa présence au lycée est un chemin de croix.
Il fugue dans le Massif central, devient garçon de ferme.
Son père le fait chercher par la police. On l’inscrit au lycée
Jeanson-de-Sailly. Mais, déjà, Tchicaya est habité par les
mots. Il quitte définitivement les bancs de l’école. Rue
Vaneau où il habite, il s’aperçoit qu’André Gide est son
voisin. Dans les pages du Figaro littéraire, des Lettres fran-
çaises, des Nouvelles littéraires, etc., il lit des articles signés
Gide, Camus, Pierre Emmanuel, Louis Aragon. Lui qui
croyait que tout avait été écrit une fois pour toutes, et qu’on
était condomané à imiter les chefs-d’œuvre, sans pour
autant se les attribuer comme lui-même l’avait fait avec une
chanson de Tino Rossi, découvre, pour ainsi dire, les écri-
vains vivants. Cette révélation le libère : il sera lui aussi
poète. En attendant, il faut gagner sa vie. Il est tour à tour
manutentionnaire, laborantin, portier de restaurant au bois
de Boulogne, puis reproducteur de calques de dessins
industriels à Puteaux où, à la lecture de ses poèmes, un
de ses collègues, Nicolas Guillén (l’homonyme du poète
cubain), le pousse à imiter Rimbaud. Nous sommes en
1953. Chaque mercredi soir, il se rend boulevard Saint-
Germain, dans un café, Le Radar. Là, il rencontre Luc
Estang, Maurice Fombeure, Jules Supervielle, Alain Bos-
quet, Robert Sabatier, avec lequel il se lie d’amitié.
En 1955, il publie Le Mauvais Sang, d’abord intitulé par
lui-même Quasi una fantasia. D’emblée, cette poésie inti-
miste tourne le dos à l’esthétique de la négritude : une réac-

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tion à une blessure collective nègre ; celle de Gérald-Félix
Tchicaya est individuelle et congolaise. Dès les premiers
vers, il crie sa solitude, s’attarde sur son pied en chante-
relle, décrit sa tristesse dans un jeu de miroir où le spleen
répond en écho à la pluie, qui tombe sur la ville. Le Mau-
vais Sang, c’est certes Rimbaud, c’est aussi Verlaine. La
forme est encore scolaire (il écrit en alexandrins), le ton l’est
moins. Mais la réception (hormis l’accueil chaleureux de
Lomami Tchimbamba depuis la revue Liaison au Congo) est
tiède. La souscription pour l’édition ne rapporte même pas
un pour cent de la somme requise. René Maran, auréolé de
son prix Goncourt (1921), le considère comme un pâle épi-
gone de Mallarmé. Senghor, en bon « maître ès langues »,
recommande l’achat d’un dictionnaire de rimes. Et le père
supporte difficilement cette confusion entre lui et son fils.
Car, à l’Assemblée nationale, certains collègues qui tolé-
raient à peine la double ascension littéraire et politique
des Senghor, Césaire et Damas gloussent en confondant le
député et le fils. Dans les rues, certains passants s’extasient
devant le père : « Monsieur le député vous avez du talent. »
Ce qui l’agace d’autant plus qu’il s’agit d’un fils rebelle ;
d’autres, en revanche, s’étonnent de la jeunesse du député
quand ils croisent le fils. Pour mettre un terme à l’ambiguïté,
le fils opte pour un pseudonyme, Tchicaya U Tam‘si. C’est
sous ce nom qu’il signe son second recueil, Feu de brousse
(1957). Un texte capital dans son itinéraire, parce qu’il
institue une double rupture. Rupture exhibée avec la géné-
ration de la négritude à travers des vers iconoclastes,
notamment le fameux : « Sale tête de nègre / voici ma tête
congolaise ». On a épilogué sur ce sarcasme. D’aucuns lui
pardonnent à peine encore ce crime de lèse-majesté,
oubliant que le meurtre du père est intrinsèque à la vie litté-

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raire. « Le premier qui compara la femme à une rose était
un poète, le second un imbécile. » Cette formule, que l’on
prête à Nerval, résume bien la logique de la vie littéraire.
Or, en littérature, Tchicaya était loin d’être un imbécile. Plus
tard, revenant sur sa relation aux poètes de la négritude, il
mit en avant l’écart générationnel, puis finit, lors d’un entre-
tien à Dakar avec les journalistes du Soleil (4 février 1988),
par s’exclamer : « Et puis être nègre, c’est le regard de
l’autre vers moi et ça veut dire me soumettre à ce regard-
là. J’ai refusé de me soumettre à ce regard-là. J’ai dit “je
suis congolais”, car c’est mon regard qui se porte sur le
monde qui importe plus que le regard que le monde porte
sur moi. Surtout quand ce monde vient comme domina-
teur. » Mais la rupture la plus importante, et également la
moins affichée, est interne à sa poétique. Feu de brousse
innove. Présenté comme un long poème en dix-sept visions,
le recueil expérimente plusieurs procédés : le collage, l’in-
terview imaginaire, qui sera repris dans Épitomé, surtout, il
réinvente les contes et légendes de Loango, sa région
natale, située non loin de Pointe-Noire.
Un an après Feu de brousse, Tchicaya U Tam’si publie À
triche-cœur (1958), recueil qui concilie la quête de l’absolu
du poète et le réalisme de la vie quotidienne, avec son lot
de compromis. À triche-cœur est un alliage heureux du
Mauvais Sang et de Feu de brousse. C’est un recueil dans
lequel le mal du pays (le Congo) et le spleen du poète se
confondent.
Sur le plan social, cette période renvoie aux débuts de
Tchicaya U Tam‘si dans le journalisme à la Sorafom (Société
radiophonique de la France d’outre-mer), ancêtre de RFI. Il
propose des émissions audacieuses : réactualise les contes
africains sous forme de feuilletons, adapte vingt-quatre épi-

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sodes de Chaka de Thomas Mofolo, qui deviendra une
pièce de théâtre, Le Zulu (1977). Quant aux contes, il les
regroupera dans un volume, Légendes africaines (1968).
En 1960, il retrouve l’Afrique au moment de l’indépen-
dance du Congo démocratique. Il est pendant trois mois
intenses rédacteur du journal Congo publié par le Mou-
vement national congolais de Patrice Lumumba. De retour
à Paris après la mort tragique de Lumumba, il intègre
l’Unesco. En 1962, il publie Épitomé. Un abrégé d’une
double passion pour le Congo et Lumumba. Inconsolable
de la mort de celui que le cinéaste haïtien Raoul Peck
appelle le prophète, il lui consacre quatre ans plus tard un
recueil incandescent, Le ventre. Journal d’agonie et théâtre
anti-théâtre selon la critique Claire Céa, Le ventre est un
recueil expressionniste, qui s’inscrit dans la tradition du Cri
de Munch. Si Le ventre est un texte de refus dans lequel
éclate la révolte de Tchicaya U Tam’si, Arc musical publié
en 1968 est un recueil harmonieux, qui alterne humour et
lyrisme. La veste d’intérieur, qui paraît en 1977, renoue
avec la veine intimiste du Mauvais Sang. Les deux recueils
se répondent. Le Mauvais Sang était un poème sur la vie,
La veste d’intérieur, celui de la mort. En réalité, depuis Le
Mauvais Sang, Tchicaya U Tam’si n’a cessé de méditer sur
la mort. Parce que poser la question de savoir comment
vivre, c’est aussi se demander comment mourir. La veste
d’intérieur est un livre bilan. C’est le recueil de l’adieu offi-
ciel à la poésie. Car, malgré la reconnaissance unanime
par ses pairs, Tchicaya U Tam’si est, à la fin des années
1970, enclin à la dépression, doutant de la légitimité de
l’acte d’écrire. C’est son ami le poète haïtien René Depestre
qui, pour atténuer son désarroi, le pousse vers le roman. En
1980, il publie un ensemble de nouvelles, La main sèche ;

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puis une tétralogie romanesque, Les cancrelats (1980), Les
méduses (1982), Les phalènes (1984), Ces fruits si doux de
l’arbre à pain (1987), une réécriture de l’histoire du Moyen-
Congo, depuis la colonisation jusqu’aux indépendances.
Parallèlement, il s’investit dans l’écriture théâtrale. Sa pièce
Le Zulu — tragédie du pouvoir et réflexion sur la moderni-
sation de l’Afrique — s’inspire de l’histoire de Chaka, fon-
dateur de l’empire Zulu au début du XIXe siècle. En 1979, il
écrit une farce, Le destin glorieux du maréchal Nnikon
Nniku, prince qu’on sort. Le bal de Ndinga (1988), adap-
tation au théâtre d’une de ses nouvelles, connaît un grand
succès posthume.

À certains de ses lecteurs qui lui rappelaient combien sa


poésie était prétendument hermétique, Tchicaya U Tam’si
leur opposait cette réponse sibylline : les clefs sont sur la
porte. C’est-à-dire dans les titres. C’était une boutade. Au
fond, il enrageait, jugeant cette lecture discriminatoire. Une
lubie d’une critique, au mieux, inculte ; au pire, insidieuse...
Et lorsque son œuvre poétique commença à s’imposer au
pays natal, Tchicaya U Tam‘si, mi-amer mi-conquérant,
écrivit à sa cousine Aimée Gnali (lettre du 2 juin 1980) :
« N’est-ce pas un mauvais procès que l’on m’a fait, une
forme de censure qu’on a voulu instaurer en décrétant que
j’étais hermétique ? Et voilà que j’émeus les incultes, les
analphabètes — par quel miracle ? »
Que les non-Congolais, plaidait-il, trouvent tel vers ou tel
aspect de son poème obscur soit, mais que ses compa-
triotes, avec lesquels il a en partage un fonds culturel, un
fleuve et des paysages, le jugent difficile, cela, Tchicaya U

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Tam’si ne pouvait ni l’entendre ni le comprendre. Ma
poésie, disait-il, est « en vrac, c’est un bric-à-brac si l’on
veut, une espèce de ruée, d’écoulement, c’est la lave qui
descend d’une colline, qui ne choisit pas un itinéraire et
vraiment ramasse tout sur son passage ». Et d’ajouter : « Je
m’interdis aux fines bouches en poésie. »
Il s’agit à coup sûr d’une poésie éclatée, à la syntaxe
désarticulée, une poésie travaillée par des ruptures de ton
et des collages, une poésie juxtaposant souvent le pro-
saïque et le sublime, etc. J’ai écrit quelque part qu’elle sus-
citait une tension, qui à son tour provoquait l’intranquillité
du lecteur. Et qu’en cela, Tchicaya U Tam’si était notre pre-
mier poète moderne. Plus je le lis, plus sa modernité s’im-
pose, étant entendu que l’obscurité et la dissonance sont
indissociables de la poésie moderne.
La poésie, disait T. S. Eliot, peut être transmise avant
d’être comprise. Or, l’un des meilleurs recueils de Tchicaya
U Tam’si, Feu de brousse, porte le sous-titre de « Poème
parlé en dix-sept visions »... Cette poésie baroque et intime,
sarcastique et tendre, n’est jamais un simple jeu verbal.
Derrière cette luxuriance d’images et de rythme, il y a une
souffrance, qui vire parfois au désespoir. Or, ce qu’il y a
de remarquable dans cette poésie, c’est qu’elle nous parle
de malheurs, de solitude, et pourtant elle nous rend furieu-
sement heureux. « On dirait que cela n’a ni queue ni tête,
la logique est désarçonnée, et pourtant c’est une véritable
médication que poursuit Tchicaya. [...] » Ce qu’écrivait en
1963 Pierre Gaucheron dans la revue Europe sur la poésie
du Congolais demeure plus que jamais d’actualité.
Poète de la passion et de la déchirure, Tchicaya U Tam’si
a cultivé trois genres. Mais cette distinction est arbitraire.
Sa poésie est théâtralisée. Son théâtre, lyrique. Ses récits,

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des romans-poèmes. Avec tout cela, il nous parle toujours
au cœur, et en immense poète méconnu, mort d’aimer.
B. M.-M.

Ce volume réunit l’œuvre poétique de Tchicaya U Tam’si,


dans l’ordre, pas toujours chronologique, qu’il lui a sou-
haité.
Deux tomes suivront, consacrés à ses textes narratifs et à
son théâtre.

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J’ÉTAIS NU
POUR LE PREMIER BAISER DE MA MÈRE

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À Sammy

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Récurer l’aube 529
Skasmos 530
Ter 532
Mort 538
La clé 539
Le tombeau d’U 541
Régisseur... 543
Geste 545
Danse rituelle 547
Fête 550
Syncope 555

NOTES DE VEILLE

Pourquoi n’est-elle pas venue... 561

Appendices 579

Bibliographie 581
Gérald-Félix Tchicaya dit Tchicaya U Tam’si
repères biographiques 583

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J’étais nu pour le premier
baiser de ma mère
Tchicaya U Tam’si

Cette édition électronique du livre


J’étais nu pour le premier baiser de ma mère de Tchicaya U Tam’si
a été réalisée le 4 novembre 2013
par les Éditions Gallimard.
Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage
(ISBN : 9782070142064 - Numéro d’édition : 254196).
Code Sodis : N56088 - ISBN : 9782072493751 -
Numéro d’édition : 254198.

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