SEANCE N°2 / TD ANALYSE DES POLITIQUES PUBLIQUES.
THEME : Définition, Objets et Méthodes
SUJET : La boîte à outils de l’Analyse des Politiques Publiques
L’analyse des politiques publiques est considérée comme une science sociale comprise
entre une multitude de pratiques et disciplines, notamment celles faisant appel à la production
et le tri des données et des informations pour analyser et mettre à jour des phénomènes
empiriques. L’APP ne se définit pas par une approche méthodologique particulière. Elle
emprunte en effet ses techniques et ses méthodes aux autres sciences sociales, qu’il s’agisse des
entretiens avec les acteurs de l’action publique, de l’observation participante, du dépouillement
d’archives, des analyses statistiques ou encore des techniques de terrain de l’anthropologie.
C’est dans cette optique que s’oriente notre sujet à savoir : << La boîte à outils de l’Analyse
des Politiques Publiques >>. .
Par définition, on entend par analyse des politiques publiques, une science sociale qui étudie
les interventions des autorités investies de puissance gouvernementale, qu’il s’agisse des
collectivités locales, des États ou des organisations supranationales. Elle met l’accent sur la
façon par laquelle les politiques publiques sont conçues et élaborées par les décideurs publics.
Etudier ce sujet revient à mettre l’accent sur les outils conceptuels et surtout les outils
méthodologiques de l’analyse des politiques publiques.
Dès lors, il conviendrait de se poser la question à savoir : comment peut-on appréhender la boite
à outils de l’analyse des politiques publiques en sciences sociales ?
L’étude de ce sujet admet un intérêt pratique dans la mesure où il nous permet de comprendre
un certain nombre de approches et de modèles développés par des chercheurs des politiques
publiques pour nous aider à comprendre l’action publique et ses logiques de raisonnement. Pour
répondre à la problématique posée ci-dessus, nous allons dans un premier temps examiner les
modèles conceptuels de l’analyse des politiques publiques en (I) et dans un second temps, parler
des outils méthodologiques de l’analyse des politiques publiques en (II).
I – les modèles conceptuels de l’analyse des politiques publiques.
L’analyse des politiques publiques nécessite une recherche approfondie et un cadre spécifique
afin d’en comprendre les détails. Ainsi, une variété de modèles sont utilisés afin d’examiner le
processus d’élaboration et de la mise en œuvre desdites politiques. Les modèles d’analyse que
nous essayerons d’étudier, dans cette partie de notre travail, sont des modèles conceptuels
proposés par les chercheurs des politiques publiques. Il s’agira de mettre l’accent sur le modèle
des étapes en (A) et du modèle rationnel et l’incrémentalisme en (B).
A – le modèle des étapes de l’analyse des politiques publiques.
L’un des modèles les plus populaires entre les théoriciens et praticiens des politiques publiques
est le modèle des étapes. En effet ce modèle illustre bien l’utilité des cadres d’analyse en
politique publique. Il permet de présenter, de manière relativement simple, le cheminement
complexe des politiques publiques. Dans ce modèle, la première étape est celle de la mise à
l’agenda. Il n’y a pas de cheminement typique, linéaire ou mécanique, qui fait des problèmes
sociaux des problèmes qu’on peut qualifier de « politiques », ou qui doivent tout simplement
faire l’objet d’une intervention des pouvoirs publics. La mise à l’agenda des enjeux dépend de
plusieurs facteurs, à l’instar des rapports de forces politiques, de logiques médiatiques,
d’anticipations administratives, de pressions des groupements d’intérêts organisés et des
attentes des gouverneurs. La mise à l’agenda peut prendre cinq modèles, le modèle le plus
classique est celui de la mobilisation qui conjugue un travail symbolique et un travail militant,
le second modèle est celui de l’offre politique qui introduit les partis politiques sur la scène
politique, principalement durant les périodes électorales où les décideurs tentent à redéfinir les
programmes d’action, le troisième modèle est le modèle de médiatisation qui cristallise
l’impact des médias, quelles que soient leurs formes ( radio, télévision, presse…etc.) sur la
genèse des politiques publiques, le quatrième modèle est celui de l’anticipation, il tire ses
principes du volontarisme politique et concerne la mobilisation du centre, la capacité de prise
d’initiative des autorités publiques elles-mêmes et enfin le modèle du corporatisme
silencieux, qui fait allusion au lobbying. En guise d’exemple on peut reprendre l’exemple
proposé par Kubler et Maillard pour illustrer l’évolution historique du concept de la mise à
l’agenda, est celui de la maltraitance d'enfants, qui a commencé en tant que petite préoccupation
réservée à des organisations de charité, pour devenir par la suite, un problème d'intervention
sociale mobilisant des millions de dollars et impliquant profondément les pouvoirs publics sur
plusieurs niveaux. La maltraitance peut être vue comme un problème privé, interne aux
familles, ou un délit, nécessitant l'intervention des autorités publiques. Après avoir été la source
de débat au cours des années 1870, cette question est redécouverte au milieu des années 1950,
à une époque marquée par des tracas pour l'équité et la justice sociale dans la société américaine.
On peut ajouter cette étape d’autres comme la formulation qui est une phase qui a toujours
suscité l’intérêt des chercheurs en sciences politiques, vu que c’est là où les rapports de force
se cristallisent pour préciser les orientations d’une politique donnée. La formulation d’une
politique publique est une phase au cours de laquelle une panoplie d’actions sont mobilisées en
interaction ; l’étude et analyse techniques, l’imagination, la conception, ainsi que les modes
d’ajustement, la création de coalitions, la propagande, les discours et la persuasion. Ensuite, la
phase de l’adoption d’une politique publique, la phase d’implémentation et enfin la phase
d’évaluation.
B – le modèle rationnel et l’incrémentalisme dans l’analyse des politiques publiques
Les travaux dans la tradition des chercheurs traitant le choix rationnel et ses dérivés dépassent
très largement la question des politiques publiques. Leurs travaux recouvrent une variété de
domaines comme la sociologie de l’action collective, le fonctionnement des systèmes
démocratiques, l’économie, le marketing et la théorie des organisations …etc.
Le modèle rationnel est l’un des modèles les plus utilisés dans le cadre des théories de l’action
publique est le public choice. Ce modèle repose principalement sur la modélisation
microéconomique, et vise, avant tout, à qualifier les relations entre l’État, le marché et les
citoyens. Il représente le versant de public de l’économie néoclassique, sa thèse récurrente est
celle d’un État optimal-minimal maximisant son efficience en réduisant son périmètre d’actions
aux corrections des insuffisances du marché (Balme & Brouard, 2005). Le noyau dur de la
rationalité complète est l’accès à l’information parfaite, la capacité à anticiper avec certitude
absolue et la maximisation de la fonction d’utilité des décideurs. Ce paradigme privilégie le
critère de l’efficience économique, qui consiste à optimiser la rentabilité. Dans ce cadre, les
décisions prises ne permettant pas au moins une péréquation entre les coûts marginaux et les
bénéfices marginaux attendus sont en conséquence écartées du processus décisionnel.
Quant à l’incrémentalisme, c’est une approche qui consiste à apporter de grands changements
aux différentes politiques ou lois en y apportant de petites modifications au fils de temps. Ce
modèle est également connu sous le terme gradualisme, car il consiste principalement à adopter
des changements graduels plutôt que des changements radicaux, pour monter, modifier et
améliorer les politiques publiques. En effet, le principe central de l’incrémentalisme stipule que
les politiques publiques évoluent le plus souvent de façon graduelle et par un mécanisme de
petits pas. Lindblom (1958) est considéré comme le père fondateur de l’incrémentalisme
comme approche d’analyse des politiques publiques. Dans son fameux travail, « the science of
muddling through », Lindblom a illustré que les décisions prises par les individus représentants
les organes publics ayant la légitimité et l’obligation, d’agir face à un problème faisant partie
de leur agenda, doivent être intégrées aux décisions des autres pour former la mosaïque de la
politique publique. L'incrémentalisme est survenu pour remédier aux insuffisances et aux
défaillances adossées aux autres approches d’analyse des politiques publiques, il offre une
critique puissante du modèle des étapes et remet ainsi en question les commentaires classiques
sur les politiques publiques. Donc, l’étude de la boite à outil de l’analyse des politiques
publiques commence avant tout, l’étude de ses différents modèles conceptuels dont le modèle
des étapes, du modèle rationnel et celui de l’incrémentalisme. Certes, il est important de mettre
sur les modèles conceptuels de l’analyse des politiques publiques dans l’etude de sa boite à
outil, il n’en demeure pas moins qu’important de mettre l’accent sur ses outils méthodologiques.
II- Les outils méthodologiques de l’analyse des politiques publiques.
La logique veut que l’élaboration d’une politique publique s’appuie sur des études, des
analyses, des consultations, une évaluation des diverses options et, enfin, une synthèse des
informations disponibles. L’analyse des politiques publiques, comme tout autre sous-discipline
des sciences politiques, met en avant une variété de méthodes d’analyse, d’évaluation ou encore
d’examiner le processus d’élaboration des politiques publiques. Dans cette partie de notre
travail, l’accent sera mis sur les méthodes d’évaluation des politiques publiques en (A) et sur
l’importance de la comparaison dans l’analyse de ces politiques en (B).
A – Les méthodes d’évaluation des politiques publiques.
En tant que pratique de recherche appliquée, la démarche d’évaluation a constitué un creuset
d’innovation méthodologique pour les sciences sociales. Une panoplie de méthode est à la
portée des évaluateurs, toutes ces méthodes visent a ̀ délivrer une estimation proche de la réalité
de l’impact causal de la politique en question. Parmi les apports de la pratique d’évaluation, on
peut citer le recours aux méthodes d’analyser quantitatives et qualitatives.
Les méthodes quantitatives sont des méthodes d’évaluation des effets des politiques publiques
à travers l’approche expérimentale et l’approche pseudo-expérimentale. En effet, le
développement remarquable de la statistique et de l’économétrie, ainsi que les avancées
récentes dans le data science, Big Data et les solutions informatiques utilisées par les sciences
sociales pour mieux analyser les données relatives aux phénomènes sociaux, ont conduit au
développement de méthodes expérimentales appliquées à l’évaluation des politiques publiques.
L’approche pseudo-expérimentale quant à elle est une approche qui s’appuie sur les
vulnérabilités des politiques antérieures ou présentes pour approcher les conditions de
l’expérimentation aléatoire contrôlée.
Les méthodes qualitatives d’évaluation des politiques publiques sont aussi des méthodes les
chercheurs en politiques publiques. Si l’influence d’une politique publique sur une population
donnée donne lieu à des observations quantitatives, l’utilisation de méthodes qualitatives, issues
notamment de la sociologie et de l’anthropologie, s’est également développée dans le domaine
de l’évaluation. Les chercheurs utilisant ces méthodes travaillent avec des données basées sur
le langage et des représentations visuelles afin de comprendre la qualité ou la nature des
phénomènes sociaux, et non pas leur quantité. L’approche qualitative prend plusieurs formes,
les plus utilisées sont : les entretiens avec les acteurs qui est une méthode qui permet de
récolter et d’analyser plusieurs éléments : l’avis, l’attitude, les sentiments, les représentations
de la personne interrogée. Cette méthode permet de récolter et d’analyser plusieurs éléments :
l’avis, l’attitude, les sentiments, les représentations de la personne interrogée. Ensuite, nous
avons l’observation directe de l’enquêteur qui est une méthode trop souvent utilisée comme
complément, des autres approches d’évaluation. Et enfin, les études de cas ou monographies.
B – L’importance de la comparaison dans l’analyse des politiques publiques.
Il convient dans cette sous-partie de parler de l’importance de comparaison dans l’analyse des
politiques publiques. En effet, comme pour l’ensemble des sciences sociales, la comparaison
est une méthode centrale en analyse des politiques publiques, car elle permet de se substituer à
une expérimentation quasi impossible dans cette discipline (les faits politiques sont en effet de
nature historique et on ne peut les reproduire de façon artificielle). Comme la déjà écrit
Durkheim dans Les Règles de la méthode sociologique : « Nous n’avons qu’un moyen de
démontrer qu’un phénomène est cause de l’autre, c’est de comparer les cas où ils sont
simultanément présents et absents, et de chercher si les variations qu’ils présentent dans ces
différentes combinaisons de circonstances témoignent que l’un dépend de l’autre. » Si la
démarche comparative a été, dans un premier temps, délaissée par l’APP française (et la science
politique dans son ensemble), elle est devenue un impératif dans les grands lieux de la recherche
française depuis la fin des années 1990. Et les chercheurs comparatistes qui justifiaient
auparavant le recours à la comparaison, en indiquant par exemple les apports d’une telle
méthode, se contentent désormais d’expliciter l’usage qui en est fait à partir des questions de
recherche qu’ils tentent d’élucider ; car il est désormais acquis, dans la discipline, qu’il s’agit
d’une démarche valable, légitime et heuristique. Ainsi, on peut citer aussi la Comparaison
internationale, comparaison transnationale qui sont deux manières de procéder pour une
recherche comparative, communes à l’ensemble des sciences sociales, se retrouvent bien
évidemment en APP. Le constat est même celui d’une évolution dans le temps entre ces deux
modalités21 : alors que pendant longtemps les analystes de l’action publique comparaient afin
d’expliquer des différences entre pays (pratique de la différence), depuis une vingtaine
d’années, dans un contexte mondial en évolution (globalisation, régionalisation, développement
de politiques supranationales, etc.), ce sont les recherches analysant la convergence (pratique
de la concordance) qui se multiplient, ce qui implique des changements méthodologiques
importants. Donc, l’étude de la boite à outils de l’analyse des politiques publiques conviendrait
à examiner c’est différentes méthodes d’analyse.
En définitive, après avoir analysé la littérature portant sur les modèles conceptuels que
sont le modèle des étapes qui est une représentation du processus d'élaboration de la politique
en question, commençant par sa conception jusqu’à la phase de son évaluation. Et le modèle
rationnel etl’incrémentalisme assimilé à la méthode classique pour étudier une politique
publique consistant à sélectionner un modèle idéal (de la politique) et le comparer au monde
réel. Quant aux outils méthodologiques donc les méthodes d’évaluation des politiques
publiques et la méthode comparative, la littérature nous a démontré l’importance de l’évaluation
dans le processus de mise en place des politiques publiques. L’accent a été mis sur la panoplie
d’outils dont dispose l’évaluateur pour mesurer l’effet d’une politique. Il démontre aussi que
les approches quantitatives de mesure de l’impact et approches qualitatives peuvent être
mobilisées de manière complémentaire pour évaluer les expérimentations. Ainsi, on peut
déduire que les sciences sociales en ce qui concerne les politiques publiques sont marquées
jusqu’à ce jour, par des désaccords flagrants, notamment sur les principales raisons justifiant
les comportements des décideurs politiques. Dès lors, l’efficacité des approches ne serait être
aujourd’hui contradictoire ?