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L'article souligne l'absence de dispositions légales en République Démocratique du Congo concernant le crime d'agression, tel que défini par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Il met en avant la nécessité d'opérationnaliser la répression de ce crime pour engager la responsabilité pénale des représentants des États voisins impliqués dans des attaques contre la RDC. L'auteur appelle à une réforme législative pour aligner le droit pénal congolais sur les normes internationales relatives à ce crime.
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Manwement Enjvce Sociace- Revue Internationale des Dynartignes Soaks
L'OPERATIONNALISATION DE LA REPRESSION
DU CRIME D’AGRESSION :
Une nécessité pour la République Démocratique du Congo
par
Espoir MASAMANKTIZIRI
Chef de Travaux, Doctorant, Faculté de droit
Université de Kinshasa
EEE
Résumé
« En l'état actuel du droit congoluis, la légistation pénale congolaise ne comtient pas des normes
susceptibles de prendre en charge le crime d'agression tel qu'il est défini par le Statut de Rome de la
Cour pénale internationale, Alors que plusieurs attaques dont est victime Ia RDC dans sa partie Est,
peuvent tre qualifiées dagression susceptible de constituer un crime d'agression, engageant la
responsabilité pénale des hauts représentants des Etats « voisins » qui y sont impliqués. Le présent
article démontre la nécessité de I opérationnalisation de la répression du crime d'agression en RDC et
expose sur les différentes étapes du processus de réalisation de la muse en cewvre de la répression de ce
crime en RDC. A cet effet, il met en évidence e rile du législateur congolais en fant qu'acteur majeur
et privilégié de cette opérationnalisation, et le contenu des modalités de mise en ceuore de la répression
du crime d'agression que ce dernier deora construire »
Mots-clés : opérationnalisation, répression, crime dagression, nécessité, République Démocratique
du Congo
Abstract
"In the current state of Congolese law, Congolese criminal legislation does not contain norms
capable of dealing with the crime of aggression as defined by the Rome Statute of the International
Criminal Court. While several attacks suffered by the DRC in its eastern part can be qualified as
aggression that could constitute a crime of aggression, engaging the criminal responsibility of the high
representatives of the "neighbouring" states involved, This article demonstrates the need to
operationalise the repression of the crime of aggression in the DRC and outlines the different stages of
the process of implementing the repression of this crime in the DRC. To this end, it highlights the role
of the Congolese legislator as a major and privileged actor of this operationalisation and the content of
the modalities of implementation of the repression of the crime of aggression that the latter will have
totuild”,
Keywords : operationalization, repression, crime of aggression, ne
Congo
INTRODUCTION
LeStatut de Rome, tel qu’amendé a Kampala, définit le crime d’agression comme « la
planification, la préparation, le lancement ou I’exécution par une personne effectivement en
mesure de controler ou de diriger Yaction politique ou militaire d'un Etat, d’un acte
dagression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une violation manifeste
de la Charte des Nations Unies »*. Il ressort de cette définition que le crime d’agression est
un crime trés particulier et complexe dune part, parce qu'il ne peut étre commis que par des
dirigeants ou représentants étatiques (la clause de leadership étant basé sur V'exigence de contrdle
ou direction) et dautre part, parce qu’il a pour fondement un acte étatique internationalement
illicite, en Yespéce, Vacte d’agression qui renferme une dimension politique. Et cet acte est
défini comme « l'emploi par un Etat de la force armée contre la souveraineté, l'intégrits
ty, Democratic Republic of
Statut de Rome de la CPI, art. 8 bis par. 1*.
‘MES-RIDS, n°125, Novembre - Décembre 2022 www messids.orgMonseent et Eno Seine - Reve Intereaionale des Dynaigues Sas 80
territoriale ou I'indépendance politique d’un autre Etat, ou de toute autre maniére
incompatible avec la Charte des Nations Unies »®.
11 faut dire que ces particularités placent le crime’ d’agression dans une catégorie
différente de celle des autres principaux crimes internationaux (crime de génocide, crimes
de guerre et crimes contre 'humanité) qui se concoivent dans le cadre du jus in bello. Crest
précisément a ce niveau que réside davantage sa complexité, pour autant qu'il demeure a ce
jour le seul crime de la compétence de la Cour pénale internationale qui se rapporte a la
légalité du recours a la force ou a la guerre elle-méme (jus ad bellum), et non ala légalité du
comportement pendant la guerre. Il est donc dirigé contre I’Etat et vise la protection de la
souveraineté, de I'intégrité territoriale et de Tindépendance politique de ce dernier. C’est
entre autres pour cette raison que Sayman Bula-Bula et Pal Wrange le qualifient
Tespectivement de «crime au coefficient politique élevé »* et de « crime politiquement
chargé »57,
Cependant, en dépit de ces particularités, le Statut de Rome a maintenu le régime de
complémentarité qui s‘applique également au crime d’agression®s, Ce qui implique que les
juridictions pénales nationales ont la priorité en matiére de répression de ce crime, car « il
est du devoir de chaque Etat de soumettre & sa juridiction criminelle, les responsables des,
crimes internationaux »59 et que la répression de ces crimes « doit étre effectivement assurée
Par des mesures prises dans le cadre national »®, La Cour pénale internationale ne conserve
done qu’une compétence subsidiairest. A cet effet, lexercice de cette priorité des juridictions
nationales suppose que les Etats parties au Statut de Rome doivent disposer des normes
dopérationnalisation de la répression de ce crime, Ce qui nest pas le cas avec la République
démocratique du Congo dont la législation nationale ne dispose pas de modalités de mise
en ceuvre de la répression de ce crime, Ainsi, nous allons d’abord exposer sur [état de la
legislation congolaise sur la question du crime d’agression (I) avant de nous appesantir sur
les deux grandes étapes a franchir pour opérationnaliser la répression de ce crime, a savoir :
Vinternalisation du crime d’agression (ll) et adaptation du droit pénal congolais & la norme
internationale sur le crime a agression (IID
I. VETAT DE LA LEGISLATION CONGOLAISE SUR LE CRIME D’/AGRESSION
La legislation pénale congolaise ne contient pas de dispositions relatives au crime
d'agression dans le format du crime contre la paix de Nuremberg et Tokyo, Il n'y a aucune
loi qui criminalise la guerre d’agression et les différents modes de participation a cette
guerre, comme c'est le cas dans quelques législations nationales des pays de Europe de Est
et de I'Asie centrale qui ont été influés par ce modéle de Nuremberg et de Tokyo. On n'y
trouve pas non plus des incriminations qui utilisent explicitement I'expression « guerre
dagression » comme I'incitation & commettre une guerre @agression et la préparation d'une telle
guerre consacrées notamment dans les Codes pénaux polonais et allemand®. Méme s'il faut
% Statut de Rome de la CPI, art 8 bis, par.2.
® Lire: S. BULA-BULA, «La Cour pénale intemationale envisagée dans ses rapports avec le Conseil de
sécurité des Nations Unies »,L ¢frique et les enjeus ce la mondialisation, African Society of International and
Comparative Law, Proceedings, 1999, pp. 321-333 ;
% P. WRANGE, « The crime of aggression and complementarity », in Roberto Bellelli ed.) International
Criminal Justice : Law and Practice from the Rome Statute to ls Review, Ashgate, 2010, p. 600
% Statut de Rome de la CPI, art. 20 (3),
5 Starw de Rome de la CPI, Préambule, par.6.
Starut de Rome de la CPI, Préambule, pat
8 Statue de Rome de la CPI, art. 17.
© 8. SAYAPIN, « The compatibility of the Rome statute's draft definition of the crime of aggression with
national criminal justice systems », Revue internationale de droit pénal, vol. 81, n° 1, 2010, p. 174
®anicle 117 (2) du. Code——penal.—polonais, "disponible sur
liv legislationline.org/documents/section/criminal codesleountry/10, Art. 80 et 80 a du Code pénal
allemand, disponible sur _httpsz/iwww, internet de/stg’/BJNRO0127087 html. ons,
agissant de "Allemagne, que [article 80 a été 16 depuis que le Code pénal i malas
MES-RIDS, 1125, Novembre - Décembre 2022 smnwamesrids.orgMorecments et Ene Seca - Reva Internationale des Dyraiques Solr at
signaler que toutes les législations nationales qui font référence a la guerre d’agression,
suivant le modale de Nuremberg et Tokyo, ne fournissent pas un modele cohérent suffisant
pour former un ensemble clair de paramttres du crime d'agression en tant que crime de droit
international. Elles sont formulées en termes généraux, manquent de précisions quant aux
éléments du crime et ne traduisent pas la mise en ceuvre du droit international ou de
Vhéritage de Nuremberg,
En outre, la législation pénale congolaise ne contient pas de dispositions qui répriment
le crime d’agression dans le format du Statut de Rome de la Cour pénale internationale,
malgré le fait que la République démocratique du Congo soit Etat partie a ce Statut.
harmonisation du droit congolais avec les dispositions de ce Statut en 2015 wa pas
concerné le crime d’agression pourtant défini en 2010 a l'occasion de la Conférence de
révision a Kampala,
Bien plus, cette législation ne contient pas des infractions internes susceptibles de
prendre en charge, & titre d’alternative, les comportements individuels visés par ce crime
conformément au Statut de Rome : la planification, Ia préparation, le lancement ou lexécution
dun acte dagression par les hauts représentants des Etats,
En effet, il est vrai que pour protéger la sGreté extérieure de I'Etat® et les intéréts
fondamentaux de la nation®, le Code pénal congolais et le Code militaire congolais
contiennent des dispositions qui sanctionnent, dans une certaine mesure, le recours a la force
par un Etat contre la RDC. C'est a travers notamment les infractions de trahison? et
despionnage*, ainsi que les actes d’hostilités pouvant mettre en danger la RDC#. Mais les
éléments de ces infractions nationales ne se recoupent pas ceux du crime d’agression dont la
sanction pénale vise exclusivement les hauts représentants des Etats pour avoir préparé,
planifié, lancé ow exécuté un acte d’agression dirigé contre I'Etat, en I'espace I'Etat congolais,
Ceci dans la mesure oii, dans I'infraction de trahison, le droit congolais sanctionne le national
(congolais) qui entretient des intelligences avec une puissance étrangere ou avec ses agents
pour engager cette puissance étrangére a entreprendre les hostilités contre la RDC, ou pour
lui en procurer les moyens. C'est donc le conspirateur congolais qui est sanctionné pour
avoir engagé une puissance étrangére a attaquer la RDC ou pour lui avoir fourni les moyens.
La sanction pénale ne vise pas ici le représentant de I'Etat étranger quia participé a ’attaque
contre la RDC. Ienest de méme dans I'infraction d’espionnage parce que le droit congolais
sanctionne l’étranger qui commet les actes de trahison, sans exiger, en termes de condition,
une quelconque qualité en lien avec son Etat. Eta Yarticle 190 du Code pénal Congolais, le
législateur sanctionne celui qui, par des actes hostiles non approuvés par le gouvernement,
expose la RDC a des hostilités de la part d’une puissance étrangére.
Mest donc clair que ces infractions, bien qu’elles fassent référence au recours a une
force déterminée contre la souveraineté nationale ou Vintégrité territoriale de I'Etat™, ne
srime d'agression au sens du Statut de Rome. Le Code pénal, & la lumiére du Code pénal international,
sanetionne plut6t Pineitat ression criminelle (art, 80.
‘“'M. GILLET, « The Anatomy of an International Crime : Aggression at the International Criminal Court»,
International Criminal Law Review, vol. 13, n° 4, 2012, p. 833.
‘ Voir: Section I du Titre VIII du Code pénal congolais (Décret du 30 avril 1940 tel que modifié et complete
par la loi 15/022 du 31 décembre 2015).
Voir: Titre 111 du Code pénal militaire (Loi n°024-2002 du 18 novembre 2002 telle que modifige et compléide
parla loi n°15/023 du 31 décembre 2015).
© Code pénal congolais, art, 181-184 ; Code pénal militaire, art, 127-128.
Code pénal congolais, art, 185 ; Code pénal militaire, art, 129 et ss
© Code pénal congolais, art. 190
” Lire: Q. WERLE, « The Crime of Aggression between Intemational and Domestic Criminal Law », iS.
MANACORDA and A. NIETO (éds), Criminal law between war and peace : justice and cooperation in
criminal matters in international military interventions, Cuenca, Ed. Universidad de Castilla-La Mancha,
2008, p. 410.
MES-RIDS, 0125, Novembre - Décembre 2022 w.mesrids. orgMovements Ene Sociace- Rema Internationale des DynarcquesSecas 82
sauraient étre des alternatifs pour la répression du crime d’agression en droit congolais. Non
seulement parce que certains éléments clés (élément de leadership par exemple) de ce crime
ne sont pas pris en compte, mais aussi et surtout parce que Ia conduite individuelle
sanctionnée nest pas la participation de I'individu a I’acte d’un Ftat contre un autre. Cette
approche de criminalisation du recours a la force, que l'on qualifie d’approche dintégrite
territoriale ou d'indépendance politique”, ne traduit pas la mise en ceuvre du crime
agression tel que défini par le Statut de Rome
Ainsi, en état actuel de la Iégislation pénale congolaise, les juridictions pénales
congolaises ne sont pas en mesure de prendre en charge les actes constitutifs du crime
dagression, malgré la priorité que leur reconnait Ie Statut de Rome. Pourtant, notre pays est
victime plus d'une fois d’attaques agressives surtout dans sa partie Est, Meme si A ce stade
les différentes incursions et attaques des armées étrangeres sur le terrtoire congolais ne sont
pas qualifiges d'agression”, il r’est pas exclu que les récentes attaques des M23 et
Yoccupation militaire qui en est résultée, soient qualifiées comme telle, s'il est démontré que
ces troupes irréguliéres ont été envoyées par un Etat ou ont agi au nom de cet Etat”
Pour toutes ces raisons, lopérationnalisation de la répression du crime d’agression est
une nécessité pour la RDC, encore que la capacité de ’action de la Cour pénale internationale
est trés limitée en matidre d’exercice de sa compétence a I’égard de ce crime. Ceci dans la
mesure oit le Statut de Rome consacre, s‘agissant du crime d’agression, un régime
dérogatoire”> au droit commun des conditions préalables a I'exercice de la compétence,
‘mettant un accent particulier sur le consentement des Etats-agresseurs et agressés-”,
Cette opérationnalisation s‘inscrit dans le cadre de la complémentarité qui régit les
relations entze la Cour pénale internationale et les juridictions pénales étatiques, tout en
reconnaissant a ces dernieres, Ia priorité de juger les crimes les plus graves, malgré le flow
entretenu par les éléments d’'interprétation sur la compétence nationale a l'égard du crime
dagression”. A cet effet, elle devra se réaliser en deux temps : dans un premier temps, le
crime dagression doit etre internalisé, et dans un second temps, le droit pénal congolais doit
tre adapté a la norme internationale sur ce crime.
Tl L'INTERNALISATION DU CRIME D’AGRESSION
Vinternalisation du crime d’agression est le point de départ ou la premiére étape de
Yopérationnalisation de sa_ répression au niveau interne. Elle consiste en la domestication de
ce crime d’autant plus qu'il s‘agit d’un crime consacré dans une norme internationale, en
™ Lire: A. REISINGER CORACINI, «National Legislation on Individual Responsibility for Conduct
-Amounting to Aggression » in Roberto Bellelli (ed), International Criminal Justice * Law and Practice from
‘the Rome Statute to its Review, Ashgate, 2010, p. $68 ; S. SAYAPIN, op. cil. p. 175.
Lire :G. PRUNIER, « L’Ouganda et les guerres congolaises », Poliigue aficaine, n°75, 1999, pp. 43-59,
* En 1996, la Résolution 1078 (1996) du Conseil de Sécurité a retenu comme qualificatif « les actes de
violences » ; La Cour internationale de justice, dans Vaffsire des activités armées du Congo qui @ opposé la
RDC l'Ouganda, s'est limitée & considérer que I'Ouganda avait violé le principe de non-recours & la force
(Voir : Arrét du 19 décembre 2005, par. 163 ; 345.1)
% Voir: Resolution 3314 (XXIX) de "AG de 'ONU de 1974, art. 3:8,
%X. PACREAU, « Article 15 bis-Exereice de la compétence A I'égard du crime d'agression (Reavoi par un
Etat, de sa propre initiative)», J. FERNANDEZ et X. PACREAU (dit), Le Statut de la Cour pénale
‘internationale. Commentaire article par article, Patis, Pedone, 2012, p.663,
® Statut de Rome de ia CPI, art. 15 bis (4-5) et 121 (5).
« Les amendements ne doivent pas dire interprétés comme eréant un droit ou une obligation dexercer la
compétence nationale & I'égard d'un acte d’agression commis par un Etat » (Annexe II] de la Résolution
RC/Res.6, 11 juin 2010, par.5). Cet élément interpretation n'interdit pas application de la complémentarité
au crime d'agression, mais peut & la limite décourager les Etats intégrer ce crime dans leurs législations
rationales. Les éléments 4’interprétation des amendementy peuvent étre considérés comme un moyen
complémentaire d'interprétation qui n'est pertinent qu’en cas dambigilté ou d’obscurité du Statut de Rome.
Ce qui n'est pas le cas en l'espéce car le Statut de Rome n'a pas modifié le régime de complémentarité 4
Pégard du crime d’agression,
MES-RIDS, n°125, Novembze - Décembre 2022 senumesridsorgMontemetse Ej Soiace- Reon Internationa des Dynarigaes Scie 8
Vespace le Statut de Rome de la CPI. A cet effet, elle doit se réaliser suivant la logique de
domestication du droit international en droit congolais (A) et se matérialiser grace a certaines
opérations (B).
24, La logique de domestication du crime d’agression en droit congolais
Aucune convention internationale ne contient des régles concernant les rapports entre
les normes internationales et les systémes nationaux, méme pas les traités en matiore des
droits fondamentaux”’, Cette relative indifférence, de ne rien préciser dans le texte
international, tient principalement du fait que les Etats parties ont une obligation de résultat,
celle de se conformer a leurs obligations internationales, et non une obligation de moyens®.
Le Statut de Rome n’a pas non plus échappé a cette réalité, dans la mesure ott il ne détermine
pas les modalités de son intégration au niveau des Etats parties, dja parce qu'il est le fruit
de la rencontre des systémes juridiques différents. Le choix a faire serait certainement
difficile. Meme les amendements relatifs au crime d’agression napportent aucune précision
quant & ce, au point méme que les éléments d’interprétation de ces amendements ont
tendance a décourager les Etats a domestiquer le crime dagression. Il revient donc a chaque
Etatde choisir librement les mécanismes par lesquels il souhaite s/acquitter de ses obligations
conventionnelles®.
En droit congolais, est la logique d’introduction automatique qui ‘applique en
matiére de réception d’une norme internationale. Cette logique est consacrée a l'article 215
de la Constitution du 18 février 2006 qui n’exige pas une réception spéciale du droit
international en droit interne. Cet article dispose ce qui suit
« Les traités et accords internationaux réguligrement conclus ont, dés
leur publication, une autorité supéricure celle des lois, sous réserve
pour chaque traité ou accord, de son application par l'autre pat
Il faut dire que la logique d’introduction automatique du droit international dans
Yordre interne est une logique soutenue par le syst#me moniste (applicable en RDC) qui
implique lidée dun seul ordre juridique dans lequel le droit international et le droit interne
sont superposés". II est fondé sur le postulat de I’unité de ordre juridique international et
de ordre juridique interne, englobés dans un systéme juridique unique, et dont tous les
éléments devraient obéir en dernier ressort au méme principe de validité®’. En d'autres
termes, les deux droits, qui sont en réalité des systémes, ne font qu’un et constituent un
méme ensemble juridique. I] n’existe pas, entre les deux ordres juridiques, une difference
de nature, mais plutt de degré qui peut apparaitre a la suite des imperfections techniques
du droit international par rapport au droit interne.
Ainsi, selon cette logique d’introduction automatique, les normes produites au niveau
international sont intégrées en droit interne aprés les exigences minimales de ratification et
de publication qui constituent des opérations de domestication. Ces normes font donc partie
% C. NAPOLI, « Le caractére auto-exéoutoire de la Convention internationale relative aux droits de enfant
Réflexions générales et situation frangaise (& Toccasion du 208me anniversaire de la ratification) », Revue
juridique de V Ouest, n°3, 2010, p. 339.
% J, DHOMMEAUX, « Monismes et dualismes en droit international des droits de ’homme », Annuaire
francais de droit international, vol. 41, 1995, p. 448,
S1C, NAPOLI, op. ci, p.339,
*'JoM. SOREL, «Le destin des normes internationales dans le droit inteme : perspectives européennes », x
Curso de Derecho Internacional, Rio de Janeiro, 1998, p. 250.
© M. KAMARA, «De l'applicablité du droit international des droits de homme dans l'ordre juridique
interme », ACDI, vol4, 2011, p. 102.
© C. SANTULLI, Le statu international de U ordre juridique étatique. Etude du traitement du droit interne par
le droit international, Paris, Pedone, 2001, p. I
*C. EMANUELLI, « L’application des tratés internationaux et des régles dérivées dans les pays de droit civil
‘et de common law», Revue générale de droit, vol. 37, n°2, 2007, p. 272 ; §. BOKOLOMBE BATULI,
Réception du droit international pénal en droit congolais. Les lois ‘adaptation du 31 décembre 2015 &
Faune de la question de Uimégration normative descendante, Kinshasa, D.E.S, 2020, . 83.
MES-RIDS, n0125, Novembre - Décembre 2022 wwMourements Ej Stic - Revue Intermatonae der Dynamique Satay 84
de ordre juridique interne dés que ces exigences sont remplies, sans qu’aucune autre
condition supplémentaire ne soit imposée. C’est occasion de préciser que cette introduction
automatique, en tant que méthode d ‘insertion du droit international dans Y'ordre juridique
interne, ne peut se confondre a 'applicabilité dinecte du droit international lige aux modalites
application du droit international par les juridictions nationales.
Ten ressort que I'internalisation du crime dagression en droit congolais doit se réaliser
suivant la logique de l’introduction automatique, gréce notamment a la ratification et la
Publication des amendements au Statut de Rome relatifs aus crime d’agression,
22, Les opérations de domestication du crime d’agression en droit congolais
On ne le dia jamais assez, deux opérations principales permettront de matérialiser
Vintemalisation du crime d’agression en droit congolais. Il s'agit de la ratification et de la
Publication des amendements au Statut de Rome relatifs au crime d’agression,
~ La ratification des amendements: De maniére générale, la ratification d'un traité
intemational se comprend comme étant « lpprobation donnée au traité par les organes internes
compétents et qui a pour but d’engager internationalement de I'Etat & respecter le traité »*, Elle vise
Tacte par lequel Tautorité étatique compétente exprime engagement ’Etat sur le plan
international en entérinant un traité ou méme ses amendements a I’élaboration desquels
VEtat a participé, par l'intermédiaire de ses plénipotentiaires. Le plus souvent, c‘est le Chet
de Bat quia la charge de ratifier les traités,
Dans plusieurs constitutions, ce pouvoir de ratification est soumis a approbation
Parlementaire, s'agissant de quelques traités dont les matiéres sont généralement énumérées
Par ces constitutions. Cest le cas de la Constitution de la RDC qui exige cette autorisation
préalable pour les traités de paix, les traités de commerce, les traités et accords relatifs aux
Organisations internationales et au réglement des conflits internationaux, ceux qui engagent
{es finances publiques, ceux qui modifient les dispositions legislatives, ceux qui sont relatifs
a Vétat des personnes, ceux qui comportent échange et adjonction de territoire®. Ce qui
tevient dire qu’en Tespace, les amendements au Statut de Rome relatifs au crime
d'agression doivent étre ratifies par le Président de la République qu’ en vertu d'une loi. est
Ja loi d‘autorisation de la ratification,
~ Lapublication des amendements : Les amendements ratifiés, doiventensuite etre publiés
au Journal officiel dela République démoczatique du Congo. Bien que de maniére générale
ies modalités insertion au journal officiel ne soient définies ni par la Constitution®, ni par
Ia loi sur le journal officiel, encore moins par la loi relative a la publication et la notification
des actes officiels®, cette publication est une opération purement matérielle qui a pour
finalité de porter le traité a la connaissance des citoyens afin qu’ils sen prévalent notamment
devant le juge™. Elle garantit également au plan interne l'authenticité découlant de la
Signature du traité. En ce sens, au-dela de la ratification, la publication constitue, a n’en point
douter, une opération décisive de domestication du droit international en droit interne et
permet de faire appliquer la régle « nul rest censé ignorer la loi», La publication des.
amendements au Statut de Rome relatifs au crime d’agression crée, dans le cas d’espece,
“© Une definition de Jean Salmon reprise par LUNDA-BULULU, La conclusion des traités en droit
constittionnel zatrois. Etude de droit internattonal et de droit interne, Bruxelles, Bruylant, 1984, 15%
* Constitution de ta RDC, 18 févries 2006, at. 214, al. 1°.
Constitution de la RDC, 18 février 2006, art. 141 et 142.
Décret n°046-A/2003 du 28 mars 2003 portant création, organisation et fonctionnement d'un service spécialisé
dénommé « Journal officiel de la République démocratique du Congo »,en abrégé « LORD. »
"° Ordonnance-loi n°68-400 du 23 octobre 1968 relative a la publication eta la notification des actesofticiels
telle que modifige et complétée parla loi n°10/007 du 27 février 2010.
‘© IDZUMBUIR ASSOP, Place de la Convention relative aux droits de l'enfant en dit Zairois, Kinshasa,
les enfants d'abord UnicefiZaire, 1994, p. 29,
® LUNDA-BULULU, op. cit, p. 232.
MES-RIDS, 29125, Novembre - Décembre 2022 www mesrids orgMouvement Ej Seine -Revw Interatonale des Dynamique: Soar 85
Topposabilité des normes y relatives A tous les hauts représentants des Etats qui participent
a T'agression contre la RDC.
Par ailleurs, ces deux opérations peuvent etre précédées par un controle de
constitutionnalité et méme une révision constitutionnelle dans Je but de faciliter
Tintemnalisation du crime d’agression. Flles peuvent étre considérées comme des opérations
préparatoires a la domestication du droit international en droit interne. En réalité, elles ne
sont pas des opérations courantes de domestication du droit international pour autant
quielles ne sont pas généralement obligatoires, mais permettent a IEtat qui a signé les
engagements internationaux de les exécuter sans que son droit interne n’en constitute un
obstacle conformément a l'article 27 de la Convention de Vienne sur le droit des traités,
~ Le contréle de constitutionnalité des traités (amendements) : Ce controle porte sur la
conformité du traité a la constitution. Dans le cas d’espéce, il s’agira d’ examiner la conformité
des amendements au Statut de Rome relatifs au crime d'agression a la Constitution dur 18
fevrier 2006. Ce controle est a priori® et méme facultatif™. Il est Yeuvre de la Cour
Constitutionnelle™ qui doit étre saisie, soit par le Président de la République, soit par le
Premier ministre, soit encore le Président de I’ Assemblée nationale ou le Président du Sénat,
ou méme par un dixitme des députés ou un dixitme des sénateurs. La Cour
Constitutionnelle constatera certainement que les amendements ne sont pas conformes a la
Constitution du 18 février dans la mesure ot ceux qui sont visés comme auteurs de ce crime
bénéficient sur le plan interne des immunités, des inviolabilités et méme des privileges de
juridiction, Dans cette hypothese, il faudra procéder a la révision de la Constitution avant de
ratifier ces amendements,
+ La révision constitutionnelle: En tant qu’opération de domestication du droit
international en droit interne, la révision constitutionnelle est une conséquence du controle
de conformité du traité (les amendements) avec la Constitution. Ceci dans la mesure of la
Cour Constitutionnelle arrive a déclarer non conformes a la Constitution les amendements
au Statut de Rome relatifs au crime d’agression, Pour autant qu’elle conditionne, en espace,
la ratification de ces amendements, elle devient une véritable preuve de la bonne foi d’un
Etat et, sur Ie plan théorique, une garantie au moins de Vapplication de la norme
internationale en droit interne une fois qu'elle est domestiquée. Toutefois, elle doit obéir aux
Prescrits des article 218 a 2020 de la Constitution du 18 février 2006.
Cette révision constitutionnelle sera d’ailleurs une belle occasion de corriger les
incompatibilités entre le Statut de Rome et la Constitution du 18 février 2006, Car, la RDC a
ratifié Te Statut de Rome le 11 avril 2002 sans procéder a la révision des dispositions
constitutionnelles comportant des clauses contraires a ce Statut. Et depuis que ce Statut est
publié au Journal officiel le 5 décembre 2002, aucune révision constitutionnelle n’a été initiée
cet effet. Meme la révision constitutionnelle de 2011 n‘a réglé aucun aspect se rapportant a
la Cour pénale internationale, Le législateur s‘est simplement contenté de poser en 2015 le
Principe de non pertinence de la qualité officielle dans le Code pénal congolais®,
Cependant, l'internalisation du crime d'agression, qui se réalise par sa domestication,
ne peut suffire a elle seule pour que la répression de ce crime soit opérationnelle en droit
congolais, et que les juridictions pénales congolaises exercent leur priorité de compétence.
‘ E, DECAUX, « Le régime du droit international en droit interne », Revue internationale de droit comparé,
vol. 62, n°2, 2010, p.478 ; D. KALUBA DIBWA, La justice constituionnelle en République démocratique
du Congo, £4, Académie-Harmatian, 2013, pp. $52 ets.
J. KAZADI MPIANA, « La Cour pénale internationale et la République Démocratique du Congo : 10 ans
aprés, Etude de Uimpact du Statut de la Cour pénale internationale dans le doit inteme congolais », Revue
québécoise de droit international, n°25-1, 2012, p. 63.
™ Constitution de la RDC, 18 févriet 2006, rt, 216 ; Loi sur la Cour consttutionnelle congolaise, 1 octobre
2013, art 43,
* Décret du 30 avril 1940 portant Code pénal congolais, a. 20 quater
MES-RIDS, n0125, Novembre - Décembre 2022 www.mestids.org
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