qu'il estime utile, qu'il n'a pas été mis fin aux conditions indignes de détention, il rend, dans
un délai
de dix jours, l'une des décisions suivantes :
1° Soit il ordonne le transfèrement de la personne dans un autre établissement pénitentiaire ;
2° Soit, si la personne est en détention provisoire, il ordonne sa mise en liberté immédiate, le cas
échéant sous contrôle judiciaire ou sous assignation à résidence avec surveillance électronique ;
3° Soit, si la personne est définitivement condamnée et si elle est éligible à une telle mesure, il
ordonne une des mesures prévues au III de l'article 707.
Le juge peut toutefois refuser de rendre l'une des décisions prévues aux 1° à 3° du présent II au
motif que la personne s'est opposée à un transfèrement qui lui a été proposé par l'administration
pénitentiaire en application du dernier alinéa du I, sauf s'il s'agit d'un condamné et si ce
transfèrement aurait causé, eu égard au lieu de résidence de sa famille, une atteinte excessive au
droit au respect de sa vie privée et de sa vie familiale […]
Cass. Crim., 8 juillet 2020, n° 20-81.739, la Cour de cassation a jugé que « le juge judiciaire a
l'obligation de garantir à la personne placée dans des conditions indignes de détention un
recours préventif et effectif permettant d'empêcher la continuation de la violation de l'article 3 de
la Convention »,
« en tant que gardien de la liberté individuelle, il lui incombe de veiller à ce que la détention
provisoire soit, en toutes circonstances, mise en œuvre dans des conditions respectant la dignité
des personnes et de s'assurer que cette privation de liberté est exempte de tout traitement inhumain
et dégradant ».
DONC « lorsque la description faite par le demandeur de ses conditions personnelles de détention
est suffisamment crédible, précise et actuelle, de sorte qu'elle constitue un commencement de
preuve de leur caractère indigne, il appartient alors à la chambre de l'instruction, dans le cas où le
ministère public n'aurait pas préalablement fait vérifier ces allégations, et en dehors du pouvoir
qu'elle détient d'ordonner la mise en liberté de l'intéressé, de faire procéder à ds vérifications
complémentaires afin d'en apprécier la réalité » et qu' « après que ces vérifications ont été effectuées,
dans le cas où la chambre de l'instruction constate une atteinte au principe de dignité à laquelle
il n'a pas entre-temps été remédié, elle doit ordonner la mise en liberté de la personne, en
l'astreignant, le cas échéant, à une assignation à résidence avec surveillance électronique
ou à un contrôle judiciaire »
Section 2 : Les applications principales de la notion de dignité
Comme on l’a vu précédemment, la dignité est une notion qui traverse l’intégralité des droits et
libertés fondamentales. Toutefois, elle va jouer un rôle accru dans le domaine de la protection de
l’intégrité physique, notamment en matière de conditions de détention et de bioéthique. Or ces
éléments relèvent respectivement du droit à la vie (Paragraphe 1) et de l’interdiction des mauvais
traitements (Paragraphe 2). Ces deux droits ont en commun de se rattacher à la catégorie de droits
civils et politiques, mais également à celle des droits intangibles, à savoir insusceptibles de
dérogation, même lors de circonstances exceptionnelles (état d’urgence, état de siège, etc.)
Paragraphe 1 : Droit à la vie
Ce droit n’apparait pas en ces termes dans les instruments de droit français, toutefois, il est protégé
par le Conseil constitutionnel sous l’angle de l’intégrité physique (nous en reparlerons). En outre,
le Conseil d’État a consacré ce droit comme une liberté fondamentale au sens de l’article L. 521-2
du CJA (CE, sect., 16 novembre 2011, Ville de Paris et Société d’économie mixte PariSeine,
353172-353173).
En revanche, ce droit existe bel et bien en droit français du fait de la ratification par la France de la
CEDH (art. 2) et du PIDCP (art. 6) qui le proclament. Ce droit signifie que les autorités françaises
doivent s’abstenir de provoquer la mort de manière irrégulière (volontaire ou non), mais également
prendre toutes les mesures nécessaires à la protection de la vie de personnes relevant de sa
juridiction (Cour EDH, 9 juin 1998 LCB c. RU). Le droit implique donc des obligations négatives
et des obligations positives pour l’État.
A- Obligations négatives
Ce principe trouve fondamentalement à s’appliquer lors de l’utilisation de la force publique qui doit
être nécessaire et strictement proportionnée à un objectif légitime poursuivi.
L’utilisation de la force meurtrière a été examinée pour la première fois en détail dans l’arrêt
McCann et autres c. Royaume-Uni du 27 septembre 1995 : l’article 2 n’admet des exceptions
au droit à la vie que si le recours à la force est rendu « absolument nécessaire ». Il s’agit d’un critère
de nécessité plus strict et impérieux que celui normalement employé pour déterminer si
l’intervention de l’État est « nécessaire dans une société démocratique », au sens du paragraphe 2
des articles 8 à 11 de la Convention (§ 149). Nous y reviendrons, mais retenez pour le moment que
cela marque le caractère renforcé de la protection accordée au droit à la vie par rapport aux autres
droits et libertés protégés par la Convention.
L’affaire concernait le décès de trois membres de l’IRA soupçonnés de porter sur eux un détonateur
pour déclencher une bombe à distance. Ils furent abattus dans la rue par des militaires du Special
Air Service (SAS) à Gibraltar. La Cour a conclu à la violation de l’article 2 au motif que l’opération
aurait pu être organisée et contrôlée de telle manière qu’elle ne conduise pas à la mort des suspects.
Application récente : Toubache c. France 7 juin 2018
L’affaire concerne la nécessité et la proportionnalité du recours à la force par les forces de l’ordre,
s’agissant des circonstances dans lesquelles le fils des requérants a été tué par le tir d’un gendarme,
alors qu’il était passager arrière d’un véhicule en fuite.
La Cour n’entend pas imposer un fardeau insupportable aux autorités. Elle relève que les
gendarmes avaient préalablement utilisé des méthodes alternatives pour tenter d’arrêter la voiture
et que le décès du fils des requérants a eu lieu lors d’une opération inopinée, pendant laquelle la
gendarmerie a dû réagir sans préparation préalable. Cependant, au vu de l’absence de danger
immédiat posé par le conducteur et de l’absence d’urgence à arrêter le véhicule, l’usage d’une arme
à feu par le gendarme O.G. n’était pas absolument nécessaire pour procéder à une arrestation
régulière au sens de l’article 2 § 2 b) de la Convention.