Partie I : Le règlement pacifique des différends internationaux
L’obligation générale du règlement pacifique des différends se trouve contenu
dans l’article 1er de la convention pour le règlement pacifique des conflits
internationaux signée à la Haye le 18 octobre 1907. Aux termes de cette
disposition : « en vue de prévenir autant que possible le recours à la force dans les rapports
entre les Etats, les Puissances contractantes conviennent d’employer tous leurs efforts pour
assurer le règlement pacifique des différends internationaux. » Cette disposition, fidèle au
volontarisme classique se contente uniquement de procéder à un souhait car elle
n’exige des États ni abstention de recourir à la force dans leurs relations
mutuelles, ni le règlement pacifique de leurs différends.
A l’époque contemporaine, l’interdiction de l’emploi de la force dans les
relations internationales est hissée au niveau d’une norme impérative de valeur
très large. Parallèlement, l’obligation de résoudre les conflits par des moyens
pacifiques, qui en est le pendant acquiert le caractère impératif. Elle est affirmée
par plusieurs articles de la Charte des NU :
L’article 2§3 qui dispose que « les membres de l’Organisation règlent leurs différends
internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité
internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger. »
L’article 33 de la Charte dispose également que « Les parties à tout différend dont la
prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales
doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d'enquête, de médiation,
de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords
régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques de leur choix. »
Ces dispositions de la Charte ont été renforcées par la « Déclaration relative aux
principes du DI touchant les relations amicales et la coopération entre les
États » votée par l’AGNU le 24 octobre 1970 qui précise que « tous les États
doivent régler leurs différends internationaux avec d’autres États par des moyens
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pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la
justice ne soient pas en danger ».
Le droit international général ne contient pas d’obligation pour les États de
faire usage de telle modalité de règlement pacifique plutôt que telle autre.
L’article 33 de la Charte dresse uniquement une liste non limitative des modes
de règlement sans imposer aucun. Cette liberté de choix est le leitmotiv de la
déclaration de Manille sur le règlement pacifique des différends approuvée par
l’AGNU le 5 novembre 1982, selon laquelle « les différends internationaux
doivent être réglés sur la base de l’égalité souveraine des États et en accord avec le
principe du libre choix des moyens, conformément aux obligations découlant de la
Charte des NU et aux principes de la justice et du droit international. »
Cependant, si le principe est celui du libre choix, les États peuvent perdre leur
liberté de choix lorsqu’ils se sont engagés à l’avance par la voie conventionnelle
à se soumettre à un procédé déterminé de règlement.
D’un point de vue juridique, il est constant d’opposer les modes de
règlement qui permettent d’imposer une solution aux parties à un différend, et
ceux par lesquels une solution leur seulement proposée, qu’ils ne sont pas tenus de
respecter.
Chapitre I : Les modes non juridictionnels de règlement des différends
A l’origine, le règlement non juridictionnel des conflits internationaux
s’inscrivait dans un cadre interétatique
Section 1- La négociation diplomatique
C’est le procédé le plus ancien et le plus simple de règlement de tout
différend international. Toutefois, la négociation est impossible si les États
n’entretiennent pas ou n’entretiennent plus de relations diplomatiques.
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Très souvent, la négociation n’est qu’un préalable nécessaire à une procédure plus
complexe (l’arbitrage ou le règlement juridictionnel par exemple).
De nombreux traités comportent une clause dite de négociation préalable. Ainsi pas
exemple, selon l’article 283 de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer
« lorsqu’un différend surgit entre des États parties à propos de l’interprétation ou de l’application
de la convention, les parties en litiges procèdent promptement à un échange de vue concernant le
règlement du différend par la négociation ou par d’autres moyens pacifiques. »
Cependant l’obligation de négocier n’implique pas l’obligation d’arriver à une
solution concertée ; tout au plus elle exige la poursuite de la négociation aussi
longtemps que nécessaire.
La négociation peut être bilatérale ou multilatérale. Elle consiste en des
conversations et débouche soit sur l’acceptation concertée d’une solution
(éventuellement consacrée par une convention), soit sur le constat de l’échec.
Les conversations directes peuvent constituer un blocage, c’est pourquoi, il est
courant de faire appel à des tiers par rapport au litige ou d’accepter leur
intervention pour débloquer une situation, éviter une escalade ou donner une
meilleure opposabilité internationale à la solution négociée. De ce fait, la
conférence diplomatique constitue l’un des moyens établis de conduire des
négociations internationales.
Section 2- L’intervention de tiers
Il est possible que les parties à un litige de faire appel, dès le départ de la
négociation ou au cours de celle-ci, à d’autres États ou aux organes d’OI, dans
l’espoir de faciliter cette négociation.
Paragraphe 1 : L’intervention d’un tiers sous forme de bons offices ou de
médiation
A- Les bons offices
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Ils permettent l’intervention d’une tierce puissance qui juge « bon
d’offrir » son entremise pour faire cesser un litige entre deux États, ou qui
est invitée à le faire par l’un ou les deux États parties en conflit. L’État
tiers utilise son influence morale ou politique pour établir le contact – ou
de rétablir s’il a été rompu – entre les parties et faciliter l’organisation
matérielle de la négociation.
En principe, l’État tiers ne prend pas une part directe aux conversations,
qui restent l’œuvre exclusive des parties au différend. Sa tâche est
terminée dès que les adversaires acceptent de se rencontrer et entament la
négociation.
En d’autres termes, les bons offices visent essentiellement la reprise des
négociations entres les parties.
B- La médiation
Elle peut être offerte ou demandée et consiste en premier lieu comme les
bons offices à mettre en présence les protagonistes d’un conflit. Mais elle
ne s’en tient pas là. Le médiateur propose des bases de négociation et
intervient dans le déroulement de la négociation pour favoriser un
rapprochement des points de vue des intéressés, sans chercher cependant
à imposer une solution.
En d’autres termes, dans la médiation, le tiers propose aux parties une
solution à leur différend.
Exemple : la médiation menée par Jimmy Carter dans la négociation des
accords de camp David entre Israël et l’Égypte en 1978.
Somme toute, alors que dans les bons offices, l’intervention du tiers se
limite à favoriser la discussion entre les parties sans leur proposer des
solutions, dans le cadre de la médiation, il leur en proposera.
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La différence essentielle entre les deux modes réside donc dans l’étendue
des tâches confiées au médiateur, qui l’autorise à suivre et même à guider
la négociation jusqu’à son aboutissement. Les deux modes présentent
des caractères communs, au point qu’ils sont parfois confondus ; il
est vrai que dans la pratique, une mission réussie de bons offices
est de nature à inciter les parties à accepter une offre de médiation
pour la conduite des négociations. En outre, par définition, une
négociation inclut les bons offices.
Paragraphe 2 : L’enquête internationale
Elle a pour but de faciliter le règlement d’un conflit par une connaissance
exacte des faits élucidés par un organisme offrant toutes les garanties
d’impartialités. Cet organisme est chargé d’établir la matérialité des faits ayant
causé le différend.
La commission d’enquête est constituée librement par les parties par un
accord spécial entre les parties et est généralement composée des nationaux
des États en litige et de tiers choisis en fonction de leurs compétences.
Le rapport de la commission d’enquête n’a aucun caractère obligatoire : les
parties restent entièrement libres des suites à lui donner. D’autant que la
mission de la commission reste limitée à l’examen des faits sans chercher à
en tirer la moindre conclusion, même lorsque celle-ci découle nécessairement
des faits.
Ces caractéristiques font que l’enquête ne se suffit pas à elle-même comme
moyen de règlement. Elle est complémentaire des procédés de la négociation
ou du règlement juridictionnel ou arbitral.
Paragraphe 3 : La conciliation internationale
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Elle consiste à faire examiner un différend par un organe, préconstitué ou
accepté par les parties à l’occasion d’un litige, qui fera à celles-ci des
propositions en vue d’un arrangement.
La conciliation est en réalité une procédure contradictoire qui fait intervenir
une commission composée de personne ayant la confiance des parties en vue
de mettre d’accord les adversaires.
Elle repose toujours sur un accord, une coopération des États concernés. En
d’autres termes, elle ne s’impose aux États qu’en vertu d’un engagement
conventionnel.
A la différence de l’arbitrage international, la solution que va proposer la
commission de conciliation est toujours facultative.
Chapitre II : Les modes juridictionnels de règlement des différends
Contrairement au mode de règlement non juridictionnel, le mode juridictionnel
conduit à une solution imposée aux États en litige par des tiers.
Deux options sont proposées par le droit international : le recours à l’arbitrage
ou le recours au juge international.
Section 1- Le règlement arbitral
Il consiste à régler un litige par des juges choisis par les parties.
L’avantage de cette option réside dans sa souplesse notamment la définition du
litige, le choix des arbitres et le droit applicable. Il permet également aux parties
de contrôler le déroulement du procès (déterminer la publicité ou non des
débats et des documents de la procédure écrite) ; il est également simple et
rapide.
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En effet, l’arbitrage international repose sur le consentement des parties et le
libre choix des arbitres. Elles peuvent décider de constituer un tribunal arbitral
composé le plus souvent de 3 ou 5 membres ou opter pour un arbitre unique.
Le consentement des parties à faire l’objet d’une procédure d’arbitrage peut
s’exprimer dans un traité ad hoc qui est le compromis d’arbitrage.
Les États, qui sont libres de recourir à l’arbitrage, peuvent décider d’y recourir
après l’apparition du contentieux. Ainsi par un compromis d’arbitrage, les États
vont décider de le soumettre à un organe arbitral.
Mais les États peuvent aussi décider à l’avance de recourir à ce mode de
règlement des différends. Ce consentement préalable à l’arbitrage peut prendre
la forme d’une clause compromissoire (clause conventionnelle organisant la
procédure en cas de contentieux relatif à l’application d’un traité international)
ou d’un traité d’arbitrage.
Le compromis d’arbitrage d’un traité détermine le choix des règles qui ont été
retenues pour traiter le différend, l’engagement des parties de se conformer à la
sentence arbitrale, le litige qui est soumis aux arbitres et l’organisation du
tribunal arbitral.
L’organe arbitral ne peut statuer au-delà de ce qui est demandé dans le
compromis d’arbitrage qui lie les parties. Il ne peut statuer ultra petita.
Il doit statuer en se fondant sur les règles de droit déterminées par les parties.
La sentence arbitrale doit être exécutée de bonne foi par les parties. Elle se
présente comme une décision de justice. Les sentences arbitrales, qui sont
adoptées à la majorité des membres de l’organe arbitral, publient les opinions
dissidentes des arbitres minoritaires.
La sentence bénéficie de l’autorité relative de la chose jugée. Elle peut toujours
faire l’objet d’un recours en interprétation devant le tribunal arbitral qui l’a
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rendue. Elle peut également faire l’objet d’un recours en révision devant le
tribunal qui l’a rendue en cas de fait nouveau « de nature à exercer une influence
décisive sur la sentence ».
Section 2- Le recours au juge international
Le règlement judiciaire qui est le deuxième mode de règlement juridictionnel des
différends internationaux, fait intervenir une juridiction permanente et garantit à
chaque État le respect d’une stricte égalité. Historiquement, l’établissement
d’une juridiction permanente n’a pu être créé que sous les auspices des
organisations internationales, toute tentative d’établissement dans un cadre
purement interétatique fut des échecs. Exemple : la conférence de la Haye de
1907 a tenté de le faire.
C’est le pacte de la SDN qui a engagé de manière irréversible l’évolution vers
une juridiction universelle permanente avec l’apparition de la Cour permanente
de justice internationale puis avec la CIJ apparue avec l’ONU.
La CPIJ fut créée en 1920 sous les auspices de la SDN ; elle a tranché les
différends juridiques des États qui acceptaient volontairement sa compétence et
a cessé de fonctionner après 1940.
La CIJ qui est l’organe juridictionnel des NU siège à la Haye. Elle a succédé à
la CPJI en 1945.
Seuls les États ayant accepté la compétence de la Cour, à l’exclusion des OI
(sauf pour les avis consultatifs) et des particuliers, peuvent se présenter devant la
Cour. Tous les États n’ont pas reconnu le caractère obligatoire de la
compétence de la CIJ. Le Royaume Uni est le seul membre permanent du
CSNU à avoir signé la clause facultative de juridiction obligatoire.
La déclaration facultative d’acceptation de la juridiction obligatoire peut être
faite pour une durée limitée. Cette déclaration, qui peut être assortie de réserves,
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peut aussi être dénoncée : la France en 1974 à la suite des essais nucléaires a
retiré sa déclaration d’acceptation de la CIJ.
Un État peut par ailleurs accepter la juridiction obligatoire de la CIJ en
devenant partie à une convention internationale incluant une clause
compromissoire, une clause attribuant compétence à la Cour pour les différends
éventuels relatifs au traité en cause.
Enfin, à l’occasion de l’apparition d’un différend, les États concernés
peuvent décider d’un commun accord de le soumettre à la CIJ (art. 36 statut de
la CIJ).
Les jugements prononcés par la CIJ sont obligatoires pour les parties (art. 94
de la charte des NU) : « Chaque Membre des Nations Unies s'engage à se conformer à la
décision de la Cour internationale de Justice dans tout litige auquel il est partie. Si une partie
à un litige ne satisfait pas aux obligations qui lui incombent en vertu d'un arrêt rendu par la
Cour, l'autre partie peut recourir au Conseil de sécurité et celui-ci, s'il le juge nécessaire, peut
faire des recommandations ou décider des mesures à prendre pour faire exécuter l'arrêt. »
La CIJ peut être autorisée par les parties à statuer ex aequo et bono, c'est-à-dire
en équité. Elle peut indiquer des mesures conservatoires. Ses ordonnances
indiquant des mesures conservatoires sont obligatoires.
Le règlement de la CIJ permet à l’État partie au différend, qui ne dispose pas
d’un juge permanent de sa nationalité, de procéder à la désignation d’un juge ad
hoc. La procédure se déroule en deux temps avec une phase écrite et une phase
orale.
Les décisions de la Cour sont prises à la majorité des juges présents ; en cas
de partage des voix, la voix du président ou de celui qui le remplace est
prépondérante.
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La CIJ donne aussi des avis consultatifs à la demande de certains
organismes internationaux. L’AGNU ou le CSNU peut lui demander un avis
consultatif sur toute question juridique.
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Partie II : Le recours à la force dans les relations internationales
Parce qu’ils ont l’obligation de régler pacifiquement leur différend, les États se
trouvent limiter dans leur action à recourir à la force comme moyen d’action. Le
recours à la force doit être entendu comme toute forme de pression armée ou non
armée destinée à faire infléchir la décision d’une personne physique (représentant
de l’État) ou de l’État lui-même. Le recours à la force armée, monopole de l’État, a
longtemps été le procédé de règlement des différends. Face aux conséquences de
cette pratique, la société internationale a entendu en limiter l’usage (chapitre I) tout
en aménageant les mesures de contrainte non militaires (chapitre II).
Chapitre I : La limitation du recours à la force armée
Le droit international pose le principe de l’interdiction du recours à la force armée
(section I) tout en prévoyant des cas limités à la force armée (section II).
Section I : Le principe de l’interdiction du recours à la force armée
La limitation du recours à la force armée s’est faite progressivement. Dans sa
conception classique, le DI n’a jamais cherché à restreindre l’usage de la guerre, les
États avaient toute la latitude d’y recourir.
Les premières interdictions ont été faites avant la Charte des Nations unies qui
consacre une interdiction générale du recours à la force.
Paragraphe I : Les tentatives d’interdiction avant la Charte des NU
La première interdiction est faite par la deuxième Convention de la Haye de 1907
dite Convention Drago-Porter concernant « la limitation de l’emploi de la force pour le
recouvrement des dettes contractuelles ». Cette convention limitée au recouvrement des
dettes contractuelles interdisait aux États de ne pas recourir à la force armée pour
leur recouvrement. NB : L’État créancier avait le droit de recourir à la force que
lorsque l’État débiteur s’engageait à recourir à des moyens pacifiques de règlement
du différend.
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La seconde limitation est faite par le Pacte de la SDN qui considérait comme
illicites certaines guerres, les autres étant implicitement licites.
Ainsi étaient illicites, la guerre d’agression, toute guerre entreprise avant toute
procédure de règlement pacifique.
Etaient par contre licites, celles entreprises dans l’exercice du droit de légitime
défense, la guerre dirigée contre un État qui refuse d’exécuter une décision arbitrale
ou juridictionnelle ou de se conformer à un rapport unanime du Conseil de la
SDN.
C’est en dehors de la SDN que l’interdiction générale du recours à la guerre va se
faire à travers la convention du 26 août 1928 dite Pacte Briand-Kellogg. A travers
ce pacte ouvert à la signature de tous les États, « les hautes parties contractantes déclarent
solennellement qu’elles condamnent le recours à la guerre dans le règlement des différends
internationaux et y renoncent en tant qu’instrument de politique nationale dans leurs relations
mutuelles. »
NB : Ce pacte consacre le volontarisme des États à renoncer à guerre et couvre
toutes les hypothèses de guerre.
Paragraphe II : L’interdiction du recours par la Charte des NU
La Charte des NU consacre pour tous les États, l’acquis du Pacte Briand-
Kellogg en prohibant tout recours à la force dont la guerre n’est qu’une forme
extrême. L’article 2 paragraphe 4 de la Charte dispose que « les membres de
l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à
l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit
de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. »
Les États non-membres de l’ONU sont également contraints à se conformer de la
Charte à travers l’article 2 paragraphe 6 qui dispose que « l'Organisation fait en sorte
que les États qui ne sont pas Membres des Nations Unies agissent conformément à ces principes
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dans la mesure nécessaire au maintien de la paix et de la sécurité internationales. » Dans son
arrêt en date du 27 juin 1986 relatif aux activités militaires et paramilitaires au
Nicaragua, la CIJ a pu dire que « le principe du non-emploi de la force peut être
considéré comme un principe de droit international coutumier, non
conditionné par les dispositions relatives à la sécurité collective ».
La Charte autorise l’emploi de la force dans certains cas.
Section II : Les cas limités de recours à la force armée
Deux cas de recours à la force armée restent autorisés par la Charte : l’exercice de la
légitime défense (Paragraphe I) et l’action concertée pour le maintien de la paix
(Paragraphe II).
Paragraphe I : Le droit de légitime défense
Inhérente à tout système juridique, la légitime défense s’exerce essentiellement en
matière répressive. Elle peut être définie comme la réaction justifiée à une
agression injustifiée.
En droit international, elle se trouve justifier par l’article 51 de la Charte qui en fait
un droit naturel des États en indiquant qu’« Aucune disposition de la présente Charte ne
porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective ». La CIJ a reconnu
le caractère coutumier de ce droit en 1986 dans son arrêt relatif aux activités
militaires et paramilitaires au Nicaragua puis dans un avis du 8 juillet 1996 portant
sur la licéité de la menace et de l’emploi de l’arme nucléaire en affirmant qu’elle « ne
saurait au demeurant perdre de vue le droit fondamental qu’a tout État à la survie, et donc le
droit qu’il a de recourir à la légitime défense, conformément à l’article 51 de la Charte, lorsque
cette survie est en cause ».
Ce droit naturel ainsi reconnu peut être exercé individuellement ou collectivement.
La légitime défense collective peut s’exercer lorsque par accord librement consenti,
des États parties s’engagent à considérer qu’une agression dirigée contre l’u e
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d’entre elles est une agression contre une autre ou toutes les autres parties. Par
ailleurs, un État agressé peut solliciter l’intervention des autres États.
Quelles sont les conditions de son exercice ? Selon l’article 51 de la Charte,
seule l’agression peut justifier le recours à la force au titre de la légitime défense.
L’agression est définie par la résolution 3314 de l’AGNU du 14 décembre 1974
comme « l’emploi de la force armée par un État contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou
l’indépendance politique d’un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte de
NU. » Cette définition est celle qui a également été retenue par le statut de Rome
instituant la CPI au cours de la conférence de révision tenue en 2010 à Kampala.
En tout état de cause, le droit de légitime défense ne peut être invoqué que lorsque
le CSNU n’a pas pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix.
Dans son avis sur les conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le
territoire palestinien occupé, la Cour a pu dire que la légitime défense n’est
invocable qu’en cas d’agression armée d’un État contre un autre État. Dans ses
résolutions 1368 et 1371 de 2001, le CSNU a eu une interprétation très large de la
légitime défense en admettant le droit naturel de légitime défense à l’égard non pas
d’actes d’agression étatiques, mais d’attaques terroristes, et alors que ces attaques
ont cessé. Par ailleurs, la légitime défense est autorisée dans les situations dans
lesquelles, face à une agression imminente, l’efficacité de la défense nécessite
l’anticipation de l’attaque. Dans ce cas, l’État menacé peut recourir en premier à la
force armée, en se fondant sur la légitime défense anticipée. Sur ce fondement, les
USA ont invoqué aux lendemains des attaques contre les tours jumelles, la guerre
préventive, qui ne peut trouver son fondement dans l’article 51.
Outre l’agression, l’exercice de la légitime défense exige une dose de
proportionnalité des moyens mis en œuvre qui ne doivent pas aller au-delà de ce
qu’appelle l’agression.
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Paragraphe II : L’action pour le maintien de la paix et de la sécurité
internationales
Les organes des NU peuvent recourir à la force dans les conditions fixées par la
Charte.
Le système institué par la Charte repose principalement sur le CSNU même si
l’AGNU n’est pas dépourvue de compétence en la matière. Si sur la base du
chapitre IV, l’AGNU peut « discuter de toutes questions se rattachant au maintien
de la paix » dont elle aurait été saisie (article 11 paragraphe 2) et qu’elle puisse
même « recommander les mesures propres à assurer l’ajustement pacifique de toute
situation…de nature à nuire au bien général » (article 14), il revient cependant au
CSNU, en sa qualité d’organe principal chargé du maintien de la paix (article 24) de
la faire en se fondant sur le chapitre VII de la Charte.
A ce titre, le CSNU peut d’abord sur le fondement de l’article 39 constater
« l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix, ou d’un acte
d’agression ». Après cette constatation qui vaut qualification juridique des faits, et
aux fins d’empêcher la situation de s’aggraver, le CSNU peut inviter les parties à se
conformer aux mesures provisoires qu’il juge nécessaires et souhaitables.
Le CSNU peut agir en prenant dans un premier temps des mesures non coercitives
prévues à l’article 41. Celles-ci peuvent prendre la forme de « l'interruption complète ou
partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes,
postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la
rupture des relations diplomatiques. » Si le CSNU édicte l’une de ces mesures, elle
devient obligatoire pour l’État.
Le CSNU peut dans un second temps prendre des mesures coercitives. Ainsi peut-
il, sur le fondement de l’article 42 de la Charte, « entreprendre au moyen de forces
aériennes, navales ou terrestres toute action qu’il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement
de la paix. »
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Selon l’article 53, les organismes régionaux de sécurité peuvent entreprendre des
actions coercitives lorsqu’elles ont été autorisées par le CSNU.
Chapitre II : L’aménagement des mesures de contrainte non militaires
Les mesures de Contrainte visent à l’exercice d’une pression non militaire sur des
Etats en guise de riposte donnée à un acte illicite commis par l’Etat contre lequel
elles sont dirigées.
La pratique des Etats montre que ces mesures sont diverses : elles peuvent pendre
la forme de mesures de rétorsion (section I) ou de contre-mesures (section II).
Section I : les mesures de rétorsion
La rétorsion est une mesure licite qui s’inscrit dans le cadre de l’exercice des
compétences reconnues à l’Etat en droit international.
Il existe une panoplie de mesures de rétorsion. Elles peuvent consister à l’expulsion
de certains ressortissants de l’Etat (les diplomates), ou se traduire par la rupture des
relations diplomatiques ou le rappel de diplomate. Elles prennent de nos jours la
forme d’entraves à des relations commerciales ou économiques normales (embargo
commercial par l’interdiction des importations en provenance dudit Etat, la
suspension ou la réduction de l’aide publique.)
Section II : Les contre-mesures
Appelées représailles non armées, les contre-mesures sont des mesures de
contrainte illicite par nature qui sont prises en réponse à des actes illicites commis à
son préjudice. La contre-mesure est donc une riposte à un acte illicite. En outre,
l’Etat lésé doit avoir fait une sommation restée infructueuse. La riposte doit être
proportionnelle au dommage subi.
Elles peuvent consister en l’augmentation de la fiscalité de porte, le gel des avoirs
de l’Etat, la suspension de l’application des traités, la fermeture des Ports.
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