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Al Odg Postambule

Olympe de Gouges, dans son 'Postambule' de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, appelle les femmes à prendre conscience de leur oppression et à se révolter contre l'injustice masculine. Elle inscrit son discours dans le contexte des Lumières, utilisant des procédés rhétoriques puissants pour légitimer la revendication féminine et encourager une résistance courageuse. Son message prophétise une égalité harmonieuse, affirmant que la libération des femmes dépend de leur volonté d'agir.

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Olympe de Gouges, dans son 'Postambule' de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, appelle les femmes à prendre conscience de leur oppression et à se révolter contre l'injustice masculine. Elle inscrit son discours dans le contexte des Lumières, utilisant des procédés rhétoriques puissants pour légitimer la revendication féminine et encourager une résistance courageuse. Son message prophétise une égalité harmonieuse, affirmant que la libération des femmes dépend de leur volonté d'agir.

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Analyse littéraire détaillée

Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la


citoyenne, "Postambule", 1791

INTRODUCTION

Présentation

Au siècle des Lumières, période d'émancipation intellectuelle et de remise en question des


dogmes traditionnels, la Révolution française (1789) bouleverse l'ordre social et politique
établi. C'est dans ce contexte révolutionnaire que s'épanouit un mouvement d'idées
progressistes réclamant l'égalité et la liberté pour tous. Olympe de Gouges (1748-1793),
dramaturge et femme de lettres engagée, incarne cette aspiration à l'émancipation universelle.
En 1791, elle rédige sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, réponse directe
à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui oubliait la moitié de l'humanité. Le
postambule de cette œuvre révolutionnaire constitue un appel véhément à la prise de
conscience féminine.

Problématique

Comment l'autrice interpelle-t-elle les femmes pour les pousser à l'action et à se révolter ?

Annonce de plan

Nous analyserons d'abord l'inscription de ce texte dans le contexte des Lumières et de la


Révolution (l.1-8), puis l'appel à la prise de conscience et à la révolte (l.8-21), enfin
l'encouragement à une résistance courageuse face à l'entêtement des hommes (l.21-30).

Analyse

Mouvement 1 : L'inscription dans le contexte des Lumières et de la Révolution


(l.1-8)

Apostrophe solennelle : "Femme, réveille-toi" (l.1)

L'apostrophe inaugurale interpelle directement et personnellement chaque lectrice, créant un


effet de proximité et d'urgence. Le vouvoiement cède place au tutoiement familier qui établit
une complicité militante.

Olympe de Gouges instaure d'emblée un rapport de sororité révolutionnaire, transformant


chaque femme en destinataire privilégiée de son message d'émancipation.
Métaphore révolutionnaire "le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers" (l.1-
2)

Le tocsin, signal d'alarme des révolutions, devient ici métaphore de l'éveil intellectuel.
L'hyperbole ("tout l'univers") universalise ce mouvement des idées.

L'autrice inscrit l'émancipation féminine dans le grand mouvement révolutionnaire des


Lumières, légitimant ainsi sa revendication par son appartenance à l'esprit du temps.

Impératif «reconnais tes droits" (l.2)

L'impératif exprime l'urgence de la prise de conscience. Le verbe "reconnaître" implique que


ces droits existent déjà, qu'il s'agit de les identifier plutôt que de les créer.

Olympe de Gouges ancre son discours dans le droit naturel cher aux philosophes des
Lumières, présentant l'égalité comme une évidence rationnelle.

Personnification de la nature "Le puissant empire de la nature n'est plus environné de


préjugés" (l.2-3)

La nature, personnifiée en souveraine, se libère de ses entraves. L'accumulation "de préjugés,


de fanatisme, de superstition et de mensonges" énumère les obstacles à la vérité.

L'autrice mobilise la référence au droit naturel pour démontrer que l'inégalité entre les
sexes relève de constructions sociales arbitraires, non de la nature.

Métaphore "Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de


l'usurpation" (l.4-5)

L'opposition lumière/ténèbres structure la métaphore. Le passé composé ("a dissipé") ancre


cette victoire dans l'accompli.

Olympe de Gouges s'inscrit dans l'imaginaire des Lumières où la raison triomphante


chasse l'obscurantisme, positionnant son combat dans cette marche du progrès.

Antithèse de la condition masculine "L'homme esclave a multiplié ses forces [...] Devenu
libre, il est devenu injuste" (l.5-7)

Le parallélisme syntaxique souligne le contraste entre l'évolution masculine


(esclave→libre→injuste) et l'immobilisme féminin. L'adjectif "injuste" charge moralement
cette libération masculine.

L'autrice dénonce la trahison des hommes qui, une fois émancipés grâce au soutien
féminin, refusent cette même émancipation à leurs compagnes.

IDÉE PRINCIPALE DU MOUVEMENT : Ce premier mouvement établit la légitimité


historique et philosophique de la revendication féminine en l'inscrivant dans la dynamique
révolutionnaire des Lumières, tout en dénonçant l'ingratitude masculine qui refuse aux
femmes les bénéfices de cette émancipation qu'elles ont contribué à obtenir.
Mouvement 2 : L'appel à la prise de conscience et à la révolte (l.8-21)

Double apostrophe dramatique "Ô femmes ! femmes" (l.7-8)

L'interjection lyrique ("Ô") et la répétition du vocatif amplifient l'émotion. Cette double


apostrophe mime l'appel désespéré.

Olympe de Gouges intensifie son interpellation pour réveiller ses concitoyennes de leur
passivité, créant un effet de proximité émotionnelle.

Question rhétorique accusatrice "quand cesserez-vous d'être aveugles ?" (l.8)

L'interrogation rhétorique implique un reproche. L’adjectif ("aveugles") dénonce


l'aveuglement volontaire des femmes face à leur condition.

L'autrice provoque une prise de conscience en transformant ses lectrices en complices


involontaires de leur propre oppression.

Question ironique "Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ?"
(l.8-9)

L'interrogation feint la curiosité pour mieux révéler l'amertume. Le verbe "recueillir" évoque
ironiquement une récolte décevante.

Olympe de Gouges utilise l'ironie pour dénoncer l'exclusion des femmes des bénéfices
révolutionnaires, soulignant l'absurdité de cette situation.

Réponse en accumulation "Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé" (l.9-10)

Les deux groupes nominaux en parallélisme expriment la gradation dans l'humiliation. Les
comparatifs de supériorité ("plus marqué", "plus signalé") soulignent l'aggravation.

L'autrice quantifie paradoxalement la dégradation de la condition féminine pour mieux


révéler l'injustice révolutionnaire.

Antithèse temporelle «Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse
des hommes. Votre empire est détruit" (l.10-12)

L'opposition passé/présent structure l'antithèse. La métaphore politique ("régné", "empire")


ironise sur le pouvoir féminin d'Ancien Régime

. Olympe de Gouges démonte l'illusion du pouvoir féminin traditionnel pour mieux


révéler la réalité de l'oppression actuelle.

Questions rhétoriques en cascade

"que vous reste-t-il donc ? [...] qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ?"
(l.12-15)
L'enchaînement interrogatif mime le questionnement intérieur. L'adjectif "belle" valorise
positivement l'action revendicatrice

. L'autrice guide ses lectrices vers la conclusion logique : l'action révolutionnaire s'impose
comme seule issue rationnelle.

Référence biblique détournée «le bon mot du Législateur des noces de Cana" (l.15-16)

L'allusion évangélique est euphémisée ("bon mot") et contextualisée par la périphrase. Cette
référence détourne ironiquement l'autorité religieuse

. Olympe de Gouges neutralise l'argument d'autorité religieuse en le réduisant à une


boutade, affaiblissant ainsi les justifications traditionnelles de l'infériorité féminine.

Discours rapporté hypothétique "femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout,
auriez-vous à répondre" (l.17-19)

Le dialogue fictif oppose la question masculine méprisante à la réponse féminine


catégorique. L'adverbe "Tout" détaché a valeur d'emphase.

L'autrice arme rhétoriquement ses lectrices en leur fournissant la réplique parfaite,


transformant l'exclusion en argument d'inclusion universelle.

IDÉE PRINCIPALE DU MOUVEMENT : Ce passage opère un retournement dialectique


majeur en transformant la prise de conscience de l'oppression en élan révolutionnaire,
utilisant l'ironie et l'interrogation pour guider les femmes vers la conclusion de la nécessité
de l'action revendicatrice.

Mouvement 3 : Une résistance courageuse à l'entêtement des hommes (l.21-30)

Hypothèse de l'obstination masculine "S'ils s'obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre


cette inconséquence en contradiction avec leurs principes" (l.19-21)

La proposition conditionnelle introduit une éventualité probable. L'antiphrase ("dans leur


faiblesse") retourne ironiquement l'accusation de faiblesse contre les hommes.

Olympe de Gouges prévoit la résistance masculine pour mieux préparer la riposte


féminine, inversant habilement les rapports de force traditionnels.

Impératif "opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de


supériorité" (l.21-22)

L'impératif exprime l'ordre tactique. L'antithèse oppose "force de la raison" et "vaines


prétentions", valorisant la cause féminine. L'adverbe "courageusement" ennoblit le combat.
L'autrice transforme ses lectrices en combattantes de la raison, légitimant leur résistance
par la supériorité morale et intellectuelle.

Métaphore militaire "réunissez-vous sous les étendards de la philosophie" (l.22-23)


Le vocabulaire militaire ("étendards") transpose la lutte sur le terrain intellectuel. La
"philosophie" devient bannière de ralliement.

Olympe de Gouges militarise le combat des idées, conférant une dimension héroïque à
l'engagement philosophique féminin.

Injonction "déployez toute l'énergie de votre caractère" (l.23)

Le verbe "déployer" évoque l'épanouissement et la manifestation. L'adjectif "toute" exprime


la totalité de l'engagement personnel.

L'autrice encourage l'affirmation authentique de la personnalité féminine contre les


conventions sociales contraignantes.

Prophétie de la victoire "vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs
rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Être Suprême" (l.23-
26)

La périphrase temporelle ("bientôt") annonce l'imminence du changement. L'antithèse ("non...


mais") oppose deux types de soumission masculine. La métaphore religieuse ("trésors de
l'Être Suprême") sacralise l'égalité.

L'autrice prophétise une réconciliation honorable entre les sexes, remplaçant la


domination par la collaboration respectueuse dans un idéal déiste.

Métaphore "Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose" (l.26-27) La concessive
universalisante ("Quelles que soient") anticipe toutes les résistances. La métaphore spatiale
("barrières") matérialise les obstacles sociaux.

Olympe de Gouges prémunit ses lectrices contre le découragement en relativisant


d'avance tous les obstacles possibles.

Affirmation du pouvoir féminin "il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à
le vouloir" (l.27-28)

La périphrase de possibilité ("il est en votre pouvoir") affirme la capacité d'action. La


restriction ("vous n'avez qu'à") simplifie l'action révolutionnaire à un acte de volonté.

L'autrice conclut sur l'autonomisation complète de ses lectrices, leur rendant la


responsabilité et le pouvoir de leur émancipation.

IDÉE PRINCIPALE DU MOUVEMENT : Cette péroraison transforme définitivement les


femmes en actrices de leur propre libération en leur fournissant les armes intellectuelles et
morales nécessaires pour affronter la résistance masculine, concluant sur une vision
prophétique d'égalité harmonieuse fondée sur la seule volonté féminine.
CONCLUSION
Bilan synthétique

L'analyse révèle une progression argumentative remarquablement construite : Olympe de


Gouges ancre d'abord son discours dans la légitimité révolutionnaire des Lumières, puis opère
un retournement dialectique transformant la prise de conscience de l'oppression en élan
révolutionnaire, pour culminer sur l'autonomisation complète de ses lectrices. Les procédés
rhétoriques s'articulent autour de trois registres principaux : l'apostrophe interpellative qui
crée la proximité militante, l'ironie révélatrice qui démasque les contradictions, et la
métaphore guerrière qui héroïse le combat féminin.

Réponse problématique

Olympe de Gouges interpelle les femmes pour les pousser à l'action révolutionnaire en
déployant une stratégie rhétorique d'une efficacité redoutable. Elle procède par phases
successives : légitimation philosophique de la revendication, révélation ironique de
l'oppression, puis armement intellectuel pour la résistance. Son génie consiste à transformer
l'exclusion en argument d'inclusion, la faiblesse supposée en force rationnelle, et la passivité
en responsabilité révolutionnaire. L'interpellation constante, les questions rhétoriques et les
impératifs d'action créent un discours performatif qui ne se contente pas de décrire l'injustice
mais produit directement l'éveil des consciences.

Ouverture

Ce postambule révolutionnaire annonce les combats féministes ultérieurs, de l'obtention du


droit de vote aux luttes contemporaines pour l'égalité salariale. La stratégie rhétorique
d'Olympe de Gouges, mêlant légitimation philosophique et appel à l'action directe, préfigure
les modalités du militantisme moderne. Son inscription dans l'universalisme des Lumières
résonne encore aujourd'hui dans les débats sur l'égalité, questionnant notre capacité collective
à traduire les principes en réalités sociales.

Grammaire

1. Subordonnées circonstancielles (à repérer et analyser)

1. « S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en


contradiction avec leurs principes, opposez courageusement la force de la raison aux
vaines prétentions de supériorité. »
2. « Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les
affranchir. »
2. Phrases interrogatives (à identifier et classer)

1. « Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? »
2. « Qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? »
3. « Femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? »

3. Phrases négatives (à identifier et analyser)

1. « Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de


superstition et de mensonges. »
2. « Vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. »
3. « Il est devenu injuste envers sa compagne. »

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