Ophélie Rimbaud V 1, I à 8, II
II
1 Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
1 Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
2 La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
2 Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
3 - C'est que les vents tombant des grands monts de
3 Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
Norwège
4 - On entend dans les bois lointains des hallalis.
4 T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté.
5 Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
5 C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
6 A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
6 Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir :
7 Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
8 Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits.
7 Voici plus de mille ans que sa douce folie
8 Murmure sa romance à la brise du soir.
9 Le vent baise ses seins et déploie en corolle
10 Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
11 Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
12 Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
13 Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
14 Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
15 Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
16 - Un chant mystérieux tombe des astres d'or.