APPRECIATION CONSTITUTIONNELLE DE LA RÉPARTITION DES COMPÉTENCES EN
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Introduction
La République Démocratique du Congo (RDC), vaste pays d'Afrique centrale, est régie
par une Constitution adoptée en 2006 qui établit un État unitaire fortement
décentralisé. Ce choix constitutionnel repose sur une répartition des compétences entre
le pouvoir central, les provinces et les entités territoriales décentralisées. L'objectif
affiché est de rapprocher l’administration des citoyens et de favoriser un
développement plus équilibré sur l'ensemble du territoire national. Toutefois, malgré
cette volonté affichée, la réalité de la mise en œuvre de cette décentralisation soulève
de nombreuses interrogations. Dans le présent travail, nous analyserons
successivement la répartition formelle des compétences, les difficultés pratiques
rencontrées, avant de proposer une réflexion critique qui milite pour l'option fédérale.
1. Répartition formelle des compétences
La Constitution congolaise distingue trois types de compétences : les compétences
exclusives du pouvoir central, celles des provinces et les compétences concurrentes.
Les compétences exclusives du pouvoir central concernent notamment les domaines
régaliens comme la défense nationale, la diplomatie, la monnaie, la justice nationale, la
sécurité intérieure, et la gestion des ressources naturelles stratégiques.
Les provinces, quant à elles, disposent de compétences exclusives dans les domaines
tels que l'éducation primaire et secondaire, la santé publique, l'agriculture, les
infrastructures routières provinciales, la culture locale et la gestion de l’environnement
à l’échelle régionale.
Les compétences concurrentes, partagées entre le pouvoir central et les provinces,
concernent des secteurs mixtes comme la fiscalité locale, le développement
économique, l’aménagement du territoire, ou encore la protection de l’environnement.
En cas de conflit, la loi nationale prime.
Les entités territoriales décentralisées (communes, secteurs, chefferies), quant à elles,
sont en charge de la gestion de la vie communautaire, la planification urbaine, l’état
civil, la collecte de certaines taxes locales, et la mise en œuvre de projets de
développement communautaire.
2. Appréciation critique de la mise en œuvre
La mise en œuvre effective de la décentralisation se heurte à plusieurs obstacles
majeurs :
- Rétrocession partielle : la Constitution prévoit que 40 % des recettes nationales soient
rétrocédées aux provinces. Or, dans la pratique, cette rétrocession est irrégulière et
souvent insuffisante, mettant à mal la capacité financière des provinces à assumer
leurs compétences.
- Persistance du centralisme : malgré les textes, le pouvoir central conserve une
mainmise importante sur les décisions stratégiques, ce qui réduit considérablement la
marge de manœuvre des autorités provinciales.
- Faiblesse des capacités locales : les administrations provinciales et locales manquent
de moyens humains, matériels et financiers. Le manque de personnel qualifié,
l'absence de formation continue, et le faible équipement entravent leur efficacité.
- Report des élections locales : la décentralisation politique demeure incomplète car les
élections à la base (communes, secteurs, chefferies) sont systématiquement
repoussées, laissant ces entités sans véritables représentants élus.
- Opacité et corruption : le manque de transparence dans la gestion des ressources
transférées du niveau central aux provinces contribue à fragiliser la confiance dans le
système de décentralisation.
3. Appréciation personnelle : pour un État fédéral
Face à ces limites structurelles, il apparaît nécessaire de réfléchir à une réforme plus
profonde du système de gouvernance. Le passage d’un État unitaire décentralisé à un
État fédéral pourrait constituer une réponse adaptée aux réalités spécifiques de la RDC.
3.1 L'immensité du territoire
Avec une superficie de plus de 2,3 millions de km², la RDC est confrontée à un véritable
défi logistique. La centralisation des décisions à Kinshasa empêche une action rapide et
pertinente dans les régions éloignées. Un système fédéral permettrait aux entités
fédérées de prendre en charge leurs propres affaires, selon leurs priorités locales.
3.2 L’autonomie financière
Les provinces, dans un système fédéral, pourraient disposer de leurs propres systèmes
fiscaux et budgétaires, avec des leviers de financement autonomes, renforçant leur
indépendance et leur responsabilité dans la gestion des affaires publiques.
3.3 La démocratie de proximité
Le fédéralisme garantirait une gouvernance locale plus responsable et démocratique.
Les institutions locales seraient dotées de pouvoirs réels, avec des élus véritablement
redevables devant leurs électeurs, favorisant une culture de responsabilité politique et
de transparence.
3.4 La lutte contre le sentiment de marginalisation
Certaines régions de la RDC se sentent abandonnées par l’État central. Le fédéralisme
permettrait à chaque entité de valoriser ses atouts, de répondre à ses besoins et de
prendre en main son développement, ce qui contribuerait à réduire les frustrations et à
renforcer l’unité nationale.
3.5 Inspiration de modèles africains
Des pays africains comme le Nigeria, l'Éthiopie ou l'Afrique du Sud ont mis en place des
systèmes fédéraux ou semi-fédéraux, avec des résultats variables mais globalement
encourageants. Ces exemples montrent que le fédéralisme, bien pensé, peut offrir un
cadre propice à la paix, à la cohésion et au progrès économique.
Conclusion
La RDC a fait le choix de la décentralisation dans sa Constitution, mais cette volonté
reste largement théorique. La centralisation persistante, le non-respect des
engagements financiers, et la faiblesse des capacités locales sapent l’efficacité du
système. Dans ce contexte, un changement de paradigme s’impose. Le fédéralisme
pourrait offrir une solution institutionnelle crédible et durable pour mieux gérer la
diversité territoriale, culturelle et économique du pays. Il offrirait aux entités fédérées la
possibilité de bâtir leur avenir tout en renforçant le lien national.