Rousset Forme Et Signification
Rousset Forme Et Signification
véritable
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FORME ET SIGNIFICATION CLÈVES 19
LA PRINCESSE DE
entendu
le « romap > invente, il dú prononcer.. > 3 car il reste
qu'ils auraient change pas dans sa manière d'aimer
18
roman »
au c comme notre imagination se les ne
nouvelle que T'homme à l'imagina-
c choses « nouvelle doit un peu davantag:
présenteles que c la de le dire. Et voilà les portes ouvertessemblait
la réalité ordinaire 1. et du « cæur humain >. 0n nous
tandis
> et de disciple Mme de
figure>, I'histoire peul-étre
De tion, à l'analyse réalisme s'insère aussi-
mais ce
tenir de amieet confidences sur la Lafayette,de
Princesse
promettre un réalismc, jdéaliste qui le remet en ques-
esthétique
méme,son sesrares
n'est pas
un roman , mais tôt dans une très surprenant au xvir siècle.
dans I'une de
que ce <
des tion: rien làde
Clèves. prétend c'est-à-dire < une
partaite
imitation de sévère et rigoureux Saint-Réal applique
manière dont on y vit >2,A Lorsque le encore qu'il se tienne
mémoires >,
ces à son Don Carlos,
cour et de la
les brefs réits de ces principes tout autre des annales puisque ses prota-
la viede dejàconformés
vuess'etaient Mme de VVilledieu. Ce nouveau roman
Segrais, gonistes
que
plus prèssont des figures historiques de premier plan,
il
Saint-Réal,deconcevoir d'abord comme une relation reconstituer les mouvements d'une
de s'occupe surtout à
semble donc se pseudo-historique d'événements
situés passion et
l'enchainement secret des causes et des
historique ou Contre Tarbitraire et l'ima- persOnnages sont attestés et
peu éloign. efets: de sorte que, si les
situation relatée, l'auteur se
dans untempsaventures fabuleuses > où le romancier ont réellement vécu ladavantage en romancier qu'en
ginaire des < on prétend recourir cependant
maitre de son invention, comporte
est seul censee se substituer au romancier historien 4,
qui est Saint-Réal l'est bien plus encore
a T'histoire, L'auteur n'est cependant pas un Ce qui est vrai de
sa place. invente ses principaux
et inventer à
on lui reconnait une certaine auto- de Mme de Lafayette. Celle-ci recourt à Phistoire que
simple historien, fournit un cadre, le romancier le fait béros de toutes pièces et ne
nomie : l'histoire Il reste
subsidiairement et pour servir un dessein d'art.nouveau
de tout ce que Phistorien ne
vivre en le remplissant conversations que son roman apparient
étroitement à ce
retient pas dans ses
ilets : privées, mou- récit « historique >. C'est donc par l'analyse
passions. C'est ici type de d'abor
vements intimes, ressorts cachés des
des fonctions du cadre historique qu'il convient
texte de
que linvention va prendre sa revanche. Un préten der la composition de la Princesse de Clèves.
Mme de Villedieu montre bien comment cette
due fidélit» à l'histoire peut conduire à un romanesque
galantes, Paris, 1670, Avant-propos.
du cSur: J'avoue que j'ai ajoutéquelques ornemens (3) Mme DE VILLEDIEU, Annales
de Villed)eu d'avoir mis à la mode
à la simplicité de l'histoire... Quand l'histoire d'Espagne Bayle reprochera plus tard à Mme et ses intrigues
une Histoire romancée où l'on prÁte « ses inventions
derniers siècles >. Cità Dar
m'apprend qu'une comtesse souveraine de Castille sui galantes aux plus grands hommes desnarrativa nellï seconda metà
vit en France un pèlerin de saint Jacques, je présuppose A. PIzzORUSSO, La concezione dell" arte >, vol. III,
del seicento francese, in «Studi mediolatini e volgari
que cette grande résolution ne se prend pas dans un Bologne. 1955. D. 124. Sur les théories du roman au xvir® S., on aura
moment, il faut se parler, il faut se voir pour s'aimer grand profit A lire cette étude, aussi pénétrante qu'informée.
se compren
(4) Certaines critiques faites à la Princesse de Clèves
jusques à cet excès. J'augmente donc à l'Histoire quel nent mieux à la lumitre de ce précédent : on lui a reproché de
ques entrevues secrètes, et quelques discours amoureux. mettre en Suvre des personnages qui n'étajent pas attestés historiles
Si ce ne sont ceux qu'ils ont prononces, ce sont ceux quement (Mme de Cléves) ou, quand ils l'étaient (Nemours), , de non
éformer au point d'en faire des caractères c chimériques
moins imaginaires que ceux de n'importe quel roman. Mais"si Mme de
Lafayette voulait faire autre chose qu'un croman >, autre chose que
)) SzGRAIs, Nouvelles françoises, 1656, éd. Zaide ou Clélie, elle n'a pas non plus cherché à refaire Don Carlos.
(2) Lettre à Lescheraine, 13 avril (1678), Paris, 1722, t. 1, p. 155-b. Ce n'est pas la politigue ni les lois de lhistoire qui l'intéressent au
Lafayette, Paris, 1942, t. II, p. 63. Correspondance de Mme ue premier chef.
ronME ET SIGNIrICATION
LA PRINCESSe DE CLAVEs
21
le poude. n'est plus à nos yeux qu'un
l'alternance. mngniflque et fallacicux. ¬ Si vous jugez surcérémonisl,
1.- econtrepoint et Jes appa-
e0e en ce lieu-ci.., vous serez souvent trompée : ce
La flction y gagne d'abord d'etre garantie par la ui parait n'est presque jamaís la vérité. » 6 Aussi le
s'y retour aux événements du ceur est-il ensuite ressenti
réalit historiquemcnt attestée qui amalgame,
cetle verlu est
commune À tous les récits de ce type,mais
et par Ir Tecleur comme un refoúr au réel. Une façade
unanimement reconnue par les erngques. Ce qui est n ayant été dressée puis écartée, le drame qui se joue
derrière elle gagne en intensitéct impose sa vérité, sa
ticulier à la Princesse de Clèves, c'est quc le cadre his-
torique y remplit des Mme fonctions proprement roma- gravité nvec une force ncerue. Bien loin que ce soit
nesqucs. La reussite de de Lafayette tient à "bistoire qui garantisse Ja iction, comme le voulait la
l'art ibáorie. c'est le nonde imaginaire qui s'imp0se avec la
avec lequel clle organise les rapports de l'histoire f fascination du réel, rejefant la réalité historique au
In fiction, du décor et du drame. Les aventures royales rale de décor futile et de fastes dérisoires.
qut s½ dessinent à 'arrière-plan du récit 5 l'enrichissent Dans le tissage serré de son roman, Mme de Lafavette
d'un commentaire voilé et d'arabesques intermittentes va donc faire alterner l'endroit et l'envers, en d'autres
qui doublent le dévcloppement principal : passion termes : les situalions où la princesse parait en société.
jalouse du roi pour la duchcsse de Valentinois. passion
sous le regard d'autruí, et les moments de solitude et dc
seerèle de la reine pour le vidame, où se perçoivent rélexion où elle peut se regarder et se reconnaitre.
en écho les thèmes dominants du secret et de la ialous Ce passage du dehors au dedans, qui tourne toujours
sie inséparables de la passion. davantage au profit du dedans à mesure qu'on avance,
Mais ce n'cst pas toul : Mme de Lafayette recourt au jusqu'à la suppression complte dufond historique dans
fond bistorique, àla socieléde coUr en vue de composer
Ja dernière parlic, représente chaque Tois un passage
un contrepoint. Pour l'essentiel, son récit déroule une du factice au vrai, de l'illusion au réveil, des conduites
progression de sentiments caçhés; la passion de son aveugles à la clairvovance consternée d'un étre qui se
héroine couve à l'intérieur d'une conscience close. En découvre envahi par la passion. Quand Madame de
coupant celte trame continue de brefs appels aux Der Clèves est dans le monde, ses gestes s'accomplissent à
sonnages de l'arrière-plan : roi, reine, dauphine, clan son insu et dans une demi-conscience; mais dès qu'elle
des Guise, etc.., la narratrice modifie par moments la revicnt à la solitude, elle ouvre es yeux et elle se voit
perspective et fait passer son lecteur de l'intérieur à telle qu'elle est : « Mme de Clèves demeura seule.., elle
l'extérieur, du cSur au comportement. Ce faisant, elle revint comme d'un songe. » (p. 329) Le sentiment qui
modifie notre champ visuel et le sentiment que nous la domine alors, c'est la stupeur ou l'épouvante devant
prenons de la réalit :c'est l'envers, le secret, l'existence ce qu'elle a fait sans le savoir, devant ce qui s'est passé
invisible des_passions, leurs mouvements infimes qui en elle sans qu'elle le connot : « elle regarda avec
nous semblent seuls vrais et seuls digncs d'attention. etonnement la prodigieuse différence de l'état où elle
Comme cette vie de cour se réduit à des conversations était le soir d'avec celui où elle se trouvait alors...; elle
feutrées chez la dauphine, à des intrigues et à des fêtes, ne se re connaissait plus elle-même. » (ib.) II en và
de mëmne sitot l'aveu prononcé : « Lorsque ce prince
(6) Sur les allusions à la cour de Louis XIV que les
contemporalns
n'ont pas nanque d'y voir, cf. A. ADAM, Introduction aux Romanciers (6) Princesse de Clèves, p. 265. Toutes mes citations renvoient
sitele, Pléiade, 1968, p. 54. "ed. Magne des Romans et ouvelles (Garnier).
FORME ET SIGNIFICATION
23
LA PRINCESSE DE CLÉVES
fut parti, que Mme de Clèves demeura seule, qu'clle
venait de faire, elle en fut persOnne... ?, Mmc de Lafayette proclame
du cuur de
regarda
INIntée qu'à peine pul-elle s'imaginer que ce sifüt une
ce qu'elle épou- ses romans que lon ne
pénètre pas au fond
à travers Ceur, et que le seul regard perspicace est
vérité. » (p. 336) Ainsi, après nous avoir fait vivre un propre
esterne de l'héroime, on nous
de son dd'aulrui. Si Nemours et Cleves connaissent
le regardavanl elle et inieux qu'elle, c'est qu'ils n'ont
instant la vie
brusquenent dans sa
pensee, nous en suivons le
nous y voyons surgir à la
ramène
travail
Prarotmc
pas les raisons
s'aveugler et de
qui sont les siennes de d'cux-mmes et
de
reconoaissance,
les
les motifs etc'est-à-dire dans la cécit. Aux
conscidevant
signilications d'actes accomplis ence s donner le change;
quand
de leurs propres M.passions,
il s'agit
ne sont pas
ils moins aveugles
Le roman
autres,
la réllexion rétrospcctive.
apPparences
succède alors la réalité, aux conduites perturbatrices
les et
impuissants, de Clèves en fait la preuve.
parfaite démonstration, par sa structure
est uneconnaissance objective est avantagée aux dépens
même,
Mais il est toujours trop tard, car lêtre en èlat de que laconnaissance interne.
passion ne se connait ni ne se conduit, ii agit par impul- de la pas nouvelle que l'homme
sions et malgré aoi, el quand il revit dans son esprit Sans doute l'idée n'est-elleconscience obscure. Depuis
qu'il a dit ou n'aurait n'a de soi-même qu'une XVIrr siècle gui
a fait, tout ce
qu'ilpour pas doa au
Montaigne, nombreux soDt ceuxMalebranche , Nicole.
dire, cec'est
tout constater avec effroi que la passion
gangrène et que, chose Paffrment avec force : Pascal, se connait pas d'une
progressé comme une Racine. La Rochcfoucauld.. On ne
spontanes Turent autant pire atfeindre son propre
encore, tous ces gestes d'compo-
aveux connaisance claire, nul ne peut
involontaires. Cette vie au dehors a beau ne se Phomme tel qu'il est en lui
fond. Dieu seul connait
ser que de propos couverts et d'actes masqus, chacun
mme; Dieu est I'unique regard
le regard objectif de Transportant
d'eux vous livre et vous découvre, tout est signe trans- cette théo
infailliblement clairvoyant.
parent aux veux intéressés de l'amant ou du mai
logie dans le roman, Mme de Lafayette privilégie la
héroïne traquéc
amoureux qui ont sur le coæur de Theroine la clair- connaissance externe et présente une toujours apres
trop perspicaces, courant
vovance qu'elle n'a pas encore et qui lisent avantelle par des regards connaissance de soi, parlant et agissant
sens caché qu'elle va decouvrir en se retrouvant une impossible de réveils impuis
seule. Ce n'est qu'avec un retard fatal, un retard ui na dans un demi-somnambulisme coupé que révèle dans la
sants. Tele est Ta signification
se rattrape jamais, q°'elle porte sur elle-mÁme le regard composition l'alternance des scènes de société et des
d'autrui. De là le système d'alternance et de ¿calage. instants de solitude.
les abandons puis les reprises du soliloque réflexif qui Ne nous pressons donc pas trop
de voir dans ce
gouvernent le récit. La passion est une puissance trom la volonté
et de
roman le joyau de la conscience claire
peuse et obscurcissante dont on a tout à craindre: le
lucide. C'est toujours « malgré elle >, « sans qu'elle le
roman, dénouenent compris, est construit sur cette sans en avoir presque eu le dessein > que
sût >, «
vérité amère pour des esprits avides de clarté. Mme de Clèves commet les actes qui l'engagent. Agir soli
De ces observations suggérées par une composition C'est se trahir. Puis vient le regard sur soi, dans la
en contrepoint, il ressort que la connaissance interne
que l'on a de soi-même est une connaissance incertaine opposition centrale dans
et confuse. Contrairement à ce que dira Benjamin Cons (7) Lettre du 1or février 1796. De cette
peut-être la diférence
l'ezpérience de la connaissance de soi dérivepersonne
tant : J'ai souvent pensé que l'on ne connaissait chez Mme de
des modes de présentation : récit à la 3o Constant.
jamais que soi dans le monde; on ne pénètre au fond Lafayette, récit autobiographique à la 1re personne chez
roNME T SIGNIEICATION
LA PRINCESSE DE CLÈVES 25
24
reconnaít pns. Ce que la
on neAseconnaftre, c'est
tude apprend :alors
cesse retrouvée Prin-
lu prèsence I'béroine à 0, Mais, outre d'importantes diflé-
rences duns les cÉrconstances et les suiles de l'aveu
puissance sourde et dangereuse, qui
cle d'une
d'abord
l'empéche à sa conscience et qut, TN fois échappe
recomle,
de vivre. Le parcours de l'héroine va de
comme dans la conduito d''un récit qui n'oflre ni decou-
verte progressive de Ja passion ni intrusion dans la
connnissance d'un pensée des personnage8, le dénouement des Désordres
l'ignorance initiale à la seerl redou- de 'amour fait éclater par comnparaison l'art de Mae de
> que la passion cngendre Lafayetle; cheZ su prelendue rivale, les amants devenus
tahle : ce < lrouble l'innocence
libres se marienl et bientöt se désunissent, le nouvel
Ele va du repos de
dans lequcl
monstre
désespér
elle se jetle Ala fin pour échapper A
qu'clle n découvert en clle ct avec qui il n'y a
époux cesse d'aimer puis abandonne sa femme, C'est
donc exactement T'issue que redoule. Mncde Cèves
pas d'urrangement possible. I| ne Iui reste plus qu'a lors de son ultine entretien avec Nemours. On sent
prcndre la fuite devant son ceur. C'est pour cela, et mieux encore à ce rapprochement tout ce qu'on per
nUsSi paree que cetle fin maintient jusqu'nu bout ln drait à un dénouement selon le veu de Nemours: la
couleur sombre et lourde dans laquelle baigne lout le perspective eutière de T'euvre serait modifiée en mème
lemps que serait faussée l'expérience de la passion qui
récil, que Mme le Clèves ne recommencera pas à vivre, en fait le centre. Valincour ne veut voir dans le refus
n'énousera pas M. de Nemours, tout autant que pour le et la retraite de l'héroine que le délire d'une précieuse;
rnisons qu'elle lui donne. Quand la passion s'est cmpa- nous yreconnaissons une science trs süre e lumé
rée d'un itre, il ne peut plus vivre. Cette expricne. de ton et de l'accord d'une forme avec une signification.
s'aceorde nvec une exigende cstiaique pour rendre
inconcevable une in oplimisle. L.oin de conduire vers
le bien., comme dans la tradition romancsque antú.
rieure, ou d'enrichir la vitalité de l'étre comme chez
II. - L'impossible contact.
les Romuntiques, I'amour est pour Mmc de Lafaycte
un muléfice et une perte de subslance qui contraint les Louange ou blàme, on constate qu'une large part de
malheureux alteints de ce mal a se deruire, à se retirer la critique du xvIr siècle porta sur les rapports de
de la vie. Après Bélusire et le jaloux Alphonse de Zaide, l'euvre et de la réalit. Travers qui n'est pas propre
M. de Clèves montre le chemin. Destin exemplaire au xvIr siècle. Le principal inconvénient de ce douteux
d'une victime de la passion, il annonce le sort de critère, c'est qu'il détourne l'attention de l'aæuvre ct
I'héroinc; elle aussi cesse d'exister. Le couple s'unit dans risque de rendre aveugle à ses vertus essentielles de
cette commune manière de renoncer à vivre, C'est cohérence interne. L'appréciation de la conduite de
Nemours dans une scène centrale du livre fournit de
pourquoi les dernières pages n'ofrent pas le dénoue cette perversion un bon exemple, qui cst un cas témoin.
ment qu'atiendent Nemours et le lecteur, mais lu brève On sait que l'aveu de Mme de Clèves à son mari fut au
histoire d'une extinction. centre du débat et se trouva généralement condamné,
Les conlemporains ont immédiatement établi un rap
prochement entre la PrinceSse de Clèves et les Désordres (8) VALIN COVN, Lettre à Mme la Marquise
de I'amour de Madáme de Villedieu parus quclques sIr le sujet de la
Princesse de Cldoes, Paris, 1678, bd. Cazes, Paris, 1926, p. 195 8s.
Dnnées auparavant, en ruison surlout d'un aveu de CuARNK8, Conversutiona sur la critique de la Princesse de Clèves,
Paris, 1679, p. 231 s.
26 roRME ET SIGNIFICAT7ON CLÉVES 27
LA PRINCESSe DE
m»me des chauds admirateurs du et la puit des
rubans. Deux scènes
invraisemblable et « extravagant >. S'il roman, comme jour de I'aaveu
rigoureusement symétriques 9,
deuXvauwqui se cor-
scene soit approuvee Fontenelle), c'est arrive
nlors laque la
le
completent. Après 1'aveu à M ê
la
sence pré-
de Nemours, invisible eouteur, que l'on censure respondent et se Nemours en tiers inconnu.
4 cela sent le roman >. : Clàves aúquel assiste Nemours invisible surprend de
Si l'on s'en tient au seul critère de la belle nuit solitaire oç et contem
le même pavilloninvolontaire
vraisemblance,
il faut convenir que la coincidence est un peu suspecte nouveau la Princesse dans d'aveu, encore plus
Mais la vraie question cst ailleurs, c'est celle-ci:te, nle une seconde scène combien plus grave: l'amante cette
ue la première, et les
ment la romancière a-t-elle été amenée à produire répandant c suY son visagepeut
Das une fois mais deux OS, ans euX SCencs capitalcs iois ne cache plus rien, dans le cSur... On ne
sentiments qu'elle avait Nemours dans ce moment.
el particulièrenent étudiécs, cette situation dont a
exprimer ce que sentit M. de dans le plus beau lieu du
faible vraisenblance n'a-pas.dú. lui cchapper B Voir au milieu de la nuit, adorait, la voir sans qu'elle
gu'elle passåt oulre, il fallait de fortes raisons, cons.
cicntes ou non, et ce sont ces raisons que le critigue doit monde, une personne qu'il tout occupée de choses qui
voir
sót gu'il la voyail, et la lui lui
cssaver de mellre au jour. Ces raisons, je les trouve
avaient du rapport à et à la passion qu'elle
été goúté ni imaginé
dans la position constante du personnage de Nemours cachail, c'est ce qui n'a jamais
c'est toul au long du roman quil est en posture de » (p. 367).
par nul autre amant c'est leur nuit nuptiale.
speclaleur indiscret. Toujours spectateur de Mme de Cette nuít chaste et brolante,
Clives puisqu'clle lui refuse toute entrevue, et specta
Jamais ils ne seront plus proches, et pourtant on ne
lcur cach» puisqu'elle sc soustrait à ce regard qu'elle Clèves s'épanche
saurait être plus séparé : Mme dela contemple à tra
redoute, toujours songeant à la voir sans songer à devant un portrait, M. de Nemours
en ètre vu (p. 380) : ces mots du texte donnent la vers une fentre. S'il s'approchait, tout serait rompu.
mcilleure déinition du ròle de Nemours dans le Chez Mne de Lafayette, la communication ne se fait
roman. Il n'a d'autre moyen de contempler celle qu'il qu'à distance et_par voies indirectes.
Tout contact récl
uimc que de lui dérober son portrait ou de louer une est tenu pour impossible.
chambre chez un marchand de soie d'où l'on avue sur Souvenons-nous a ce propos que Zaide mettait déjà
ne peuvent
ses fenétres à travers des jardins ; quand il la regarde, en scène deux êtres qui s'ainent, mais qui la meme
c'est toujours de loin et à son insu. La destinec de communiquer parce qu'ils ne parlent pas tout de
Nemours, c'est d'étre partout ce témoin qui voit ce qui langue. Ne sachant s'ils sont aimés, ignorant
se dérobe à ses regards, alors que la destinée de la qui occupe le partenaire, ils se trouvent réduits à
ce
Princesse semble étre de ne pouvoir se soustraire à s'épier, à se surprendre, à interprter des gestes, des
cetlte inquisition qu'clle fuit sans cesse et retrouve dans mots privés de sens, des signes incertains; on y utilis
tous les lieux ou elle cherche refuge : < elle évitait la aussi le tableau d'un peintre à titre de langage de
présence ct les yeux de M. de Nemours > (p. 340): mais rechange, mais ce langage reste obscur; il s'y rencontre
elle n'échappe pas àsa fatalité. même une scène où le héros, en posture d'auditeur
Cette guerre perpéluelle de regards interdits et de incognito, recueille une confidence qui est un aveu.
regards dérobés, ce recours à des images de rempla
cement, à des contacts à distance, ce jeu savant d'un l'atten tion sur cette rigueur et sur cette
amant qui veut voir et d'une amante qui se cache, voilà (9) Michel Butor a attiré
symétrie dans d'excellentes pages de son Répertoire. Seule I'inter
qui suffirait àjustifier la présence invisible de Nemours réticent.
prétation freudienne de la caDne me laisse fort
28 FORME ET SIGNIFICATION 29
CLÈVES
LA PRINCESSE DE
Consalve offrait déjà le type d'un amant qui Camus
loin à l'existence secrète de son amante, assiste de le goût a changé en une génération:
eur leguel
sons une constante de l'auteur: la passion Nous
voulaient des incidents pour sus-
spare saisis-
contemporains
el ses retarder la conclusion; le Scudéry
qui s'aiment, elle les contraint Ta ceux pendre l'intérêt et
« des beautés >
indirecte ct finalement, dans la Princesse de
la communication impossible. CommuniClèves.
À
cation dans Jes <
d'lbraim (1641), trouvait
de Ia Préfncediverses_histoires>. Or, dans la Princesse
satellites sont rares et
courts.,
de Clèves, les récits les nouer solidement. et
I'auteur prend grand soin de
principale. Ators pourguoi
très visiblement, à l'action
des Valincour et
Fontenelle ?
cette censure de la part si grande à une unité si peu
III, Les « digressions ». Pourquoi cette sensibilité lâches ordonnances
compromise, en comparaison des très
Un fait de composition a particulièrement du roman antérieur '?
Cest qu'ils ont le sentiment
I'intérét des critiques de 1680, ce sont les épisodesretenu net d'avoir affaire à un tout autre type_ de narration,
ui parce qu'obéis
semblent interrompre le cours de la narration. Comme sOumis àd'autres critères de jugement,
composition ; dans cette
on va le voir, le problème est important, il est étroi. de
sant à un autre principenormal
nouvelle, il est que l'pisode, même
tement li à la transformation des structures g»nérales facture digression, car il
du nouveau roman. très court et bien soudé, paraisse une
les récits emboités de
Il y aquatre récits insérés dans le rcit de la Prin. n'est pas de même nature que
cesse de Clèves. Ils sont gnralement mal reçus par la Scudéry ou de La Calprenède. Zaide,
critique., Valincour et même Fontenelle n'y veulent voir Comparons à la Princesse de Clèves son ainée
de composi
que « digressions > et e hors-d'euvre > 10, dtournant qui appartient encore au type archaique paternité revient
inutilement l'attention de l'action principale. On tion, en ce qui regarde le plan, dont la
à Segrais : < Il est vrai que j'y ai eu quelque part, mais
s'étonne de cette sévérité; ces mêmes lecteurs en avaient
pourtant vu d'autres avec les longs récits intercalés seulement pour la disposition du roman, où les règles
>11, S'il a
dans les < romnans à dix tomes > où les histoires annexes de l'art sont observées avec grande exactitudeentendons
disposé le roman selon «les règles de l'art >,
finissaient par cacher le corps central. C'est un point
qu'il en a fait le plan sur le modèle du poème héroique :
on sait que tous les théoriciens, ans ta premiëre moitié
(10) VALINCOUR, op. cit., p. 98 et 167 : 1'histoire de Mme de Tournon du siècle et même au delà, tiennent le roman pour le
est < hors-d'euvre, et trop longue de la moltié >, l'auteur lui devait
donner « plus de liaison avec le reste de l'ouvrage >. Charnes répond
frère infrieur en prose de I'épopée 12; or, la première
p. 185 ss. de ses Conversalions; il defend assez maladroitement ihis
toire de Mme de Tournon en invoquant les épisodes de l'Enéide,
alors qu'il admet ailleurs, très justement, que le nouveau roman
n'obéit plus aux lois du poème épique. Quant à Fontenelle (Mercure (11) SEGRAIS, Mémoires-Anecdotes, Eubres, éd. 1755, t. II, p. 7.
galant, mai 1678), la mort de Mme de Tournon l'a « extrêmement (12) Ménage est des plus nets : « I1 faut avoir bien peu de connais
fach... Voilà le malheur de ces actions principales qui sont si sance pour ne pas voir que le Cyrus et la Clelie sont dans le genre
belles >, on vondrait que rien n'en détournAt. Conf. également Du du poème épique. Le poène épique doit embrasser une cerlaine quan
PLAISIR, Sentiments..., p. 90-91. tité d'événements pour suspendre le cours de la narrallon qui,irait ne
Les commentateurs du xx" siècle ont souvent blámé, eux aussi, les comprenant qu'une partie de la vie du héros qu'on a choisi,artilce
trouverait point sans cet
épisodes. On n'a pourtant pas eu grand peine à montrer leur lHen
avec l'action et leur nécessité
trop tÔt à sa fAn sans cela. On n'y
a la An par la
v. à ce sujet les pages excellentes cet agrément que produit lespèce de spectacle formé du Romnan.
de Jean FABRE, L'art de l'analyse dans la P. de Clèves, « Publ. de la reunion de la plupart des épisodes au sujet príncipal dans ce genre
Fac. des Lettres de Strasbourg >, Mélanges 1946, t. II, p. 261-306. Mlle de Scudéry a si bien manié sa matière... que rien
FORME ET SIGNTPICATION CLÀVES 31
30 LA PRINCESSE DE
Ii
règle de I'épopée, c'est qu'elie commence par le milieu : se nomme Du Plaisir 19,
romans en dix tomes et Celui qui s'exprime ainsi rOnaMS des
sinsi font tous les
n'ee avoir pas dix, fait comme
Zaide. pour
eux ; les épisodes inter. 80, celui qui a la
du Douveau
est. parmi les critiques conscience la plus nette des
la conséquence necessaire de
années Tancier romaT: il
calés soat celle disposi-
tion : il faut faire connaitre au lecteur toul ce qui a pr. caractères qui le distinguent Á histoire s; c Ce
de
dégage avec sagacite ta th¿¡rieromans est ce que l'on doit
cédé I'action introductrice, qui n'est pas
ment initiale, temnpte, tremblement de combat chronologique-
terre, qui a fait hair les anciens n'est pas dificile de
d'abord éviter dans les romans. l leur longueur pro
entre deux inconnus : comme Enée raconte la Dise aversion :
trouver le sujet de cette d'histoires diverses, leur
Tmie. Oroondate, par sonZaide.
conident, revèle son Passé digieuse, ce mlange de tant
et ses amours ; et
dans Consalve puis trop grande antiquit de
disent leur histoire, bien avant qu'on ait celle de Alfonse grand nombre d'acteurs, la construction, leur peu
clie-méme. On Foit dès lors qu'il y a une
Zaide Jeurs sujets, l'embarras de leur leur caractère sont des
essentielle entre les épisodes de Zaide ou difference
des grands de vrav-semblance, l'exces dans
> (p. 89-90)
romans ct les récits annexes de la Princesse de Clèves . choses qui paroissent assez d'elles-mesmes.qui est après
Si le roman est désormais plus court, ce
les premiersS sont retrospectifs, ils récupèrent tout le qu'on le centre sur cun seul év
tout secondaire, c'est cirons
Dassé une narration qui commnence près de la fn :
nement principal, et on ne le charge point de
ceux de la Princesse de Clèves pouvaient donc paraitre evetoppements
tances... >; ainsi se trouvent exclus les
inutiles, puisque le passé des protagonistes est conpu adventices, < le mlange d'histoires >, où la nouvelle
et que les episodes Dntroduisent que des figurants génération ne voit plus au lieu de la < suspension
Mme de Valentinois, Mme de Tournon, Anne Boulen: auparavant souhaite -- que rupture et dispersion d'in
comme les autres nouvellcS > ses contemporaines, la térêt : « Les lecteurs se rebutent, ils sont fâchez de se
Princesse de Clèves, en efet, n'obeit plus aux « rè gles
de l'art >, c.-à-d. à la < disposition > épique; elle com voir interrompus par le detail des aventures de per
sonnes pour qui ils s'intéressent peu.., > (p. 91). A la dis
mence par le commencement ; la narration suit Te A parition des récits intercalés, Du Plaisir voit un autre
du temps. On y a vu t'époque un double progrès :
clarte de la narration, et vérité dans le sens naturaliste, avantage : l'unité de point de vue dans la narration ;
puisque le récit, et respectant le cours du temps, imite celle-ci émane toujoua, en igue direeter-deteuteur toi
la réalité; c'est ce qu'exprime nettement Charnes mme qui ne cède ptus sa pBace à des récitants >
quand il écrit : < Ce ne sont plus des poèmes ou des interposés : On ne recite plus ans le roman. Il n'est
romans assujettis àl'unité de temps, de lieu et d'ac plus de confident qui fasse l'histoire de son maitre ;
tion.., ce sont des copies simples et fidèles de la vérita
ble histoire... II ne s'agit pas ici d'un poème
épique,
d'un roman, ni d'une tragédie. Il s'agit d'une histoire
(13) Du PLAISIR, Sentiments sur les lettres et sur 'histoire, avec
des serupules sur le stgle, Paris, 1683. L'ouvrage, anonyme, est révél
suivie... . (p. 135). Un critique trop ignoré le dira mieux par A. Pizzorusso, op. cit., p. 149-156. La Princesse de Cleves a'y est
encore quelques années plus tard : on a renoncé à pas nommée ; cependant, la théorie dégagée par Du Plaisir s'y
applique parfaitement, comme d'ailleurs au roman attribu à ce
«cette fatiganle beauté de neme Du Plaisir, La Duchesse d'Estramne, Paris, 1683, dont toute
commencer par la fin >. la première moitld est remarquable. On reconnaft une allusion à la
Princesse de Cltves et une réponse A certaines critiques dans ces
lignes des Sentiments, p. 99 : « loin d'etre prevenu contre une his
D'est comparable àce qu'elle a fait>. Quant auz « petites toire oû l'on parlerait d'une jeune personne qui refuse d'epouser son
qo'on a données depais, elles ne nouvelles» aDiant, parce qu'elle s'imagine l'aimer trop, j'aurais impatience de
goût de Dotre temps >. Menagiana, t.sont qu'une preuve c du
I, p. 205-206 (de la 3" éd.,mauvais la lire, et je jugerais par avance que son auteur est d'un génie
1713). tlev... .
rORME ET SIGNIFICATION
32 LA PRINCESSE DE CLÈVES 33
amants de Clélie y font l'aveu voilé de leur soublie pUs complètement. Duns
dont Ja présence seneraconte
Horace tient pour la < surprise > parce qu'il a amour,
aim Clé. Zaide, Consalve
à Alfonse,
A
Olmond.
puis Alfonse ne
lic dès le premier regard, tandis qu'Aronce l'a racontera o Consalve, Félime à
longtemps avant de l'aimner, puisqu'il est connue
son frère Ces insertions de frag1nents
autobiographiques dans
d'allinnce. Ceci admis, la conversaation est àla 3 personne auraient pu conduire direc
indpendante,
comme beaucoup d'aulrçs dans ce roman, elle vaut par
elle-mëme ; on pourrait presque dire que cest Te
la narration romnan-mémoires
tement au qui florira des la in du
fait, on s'en tient pour
yIr sÍècle-et surtout tr IMIr : en va pas (oujours sans
qui cxisle pour les conversations. roman Pinstant à un comprOmis, qui ne
I) en vn tout autrement chez Mme de Lafayette . l malaise pour le lecteur: le narraleur qui prêsente non
däbat de Zaide cst parfaitement intégré; il annonce la à la fo1s Comme sujet, dont le
propre passé se comporte limit son champ de vision,
Conduite de chacun des participants ; tout l'episode' SA voir est inévitablement à
ofre
est contenu à l'avance, et Tà suite ne sera qu'un omnjscient. Le récit de Consalve
démonstration rigoureusc des thèses posées dans et comme auteur exemple très clair : il cst
de cette cote mal taillée un
discussion, qui n'est nullement académigue. trahi par ses amis, par sa maitresse qui
trament toute
La demonstration de Mme de Lafayctte conduit au insu; il raconte ces événements qu'il
des positions de MIle de Scudéry : une intrigue à son
renversement
ignorait comme s'il les connaissait ; il y a là une confu
l'omour est irrationnel, connaître et aimer ne sont en sion entre la perspective du présent et la perspective
aucune manière synonymes. C'est au prince que les évé. du passé, confusion à laquelle un lecteur Inoderne,
nements donnent raison et Consalve est réfute par sa habituê à la vision subjective, à l'immersion dans
propre expérienCe il se voit trahi par Nugna Bella l'instant, à de nouvelles conventions, est particulière
qu'il a choisi d'aimer, et plus tard, épris de Zaide, il se ment sensible; mais Mme de Lafayette a do l'être
trouve dans la siluation mme qu'il avait d'abord tenue le besoin de nous dire
aussi, puisqu'elle a éprouv
pour irrecevable: il aime une inconnue, dont il ne peut comment son personnage avait été informé turdive
rien connaitre, puisqu'il ignore même sa langue; il ment, et avait fait bénficier son récit d'un savoir
doit, amerement, convenir de sa défaite, qui est celle rtrospectif :Je le príai donc de ne me rien cacher. Je
de la liberté dans les affaires de cSur : <Ah ! don Gar ne vous redirai point tout ce qu'il me dit, parce que je
cic, vous aviez ra ison ; il n'y a de passions que celles vous en ai déjà raconté la plus grande partie pour
qui nous frappent d'abord et qui nous surprennent ; les donner quelque ordre àmnon récit. Ce fut par lui que
autres ne sont que des liaisons où nous portons volon jappris toutes les choses que j'avais ignorées dans le
tairement notre cSur. Les véritables inclinations nous temps qu'elles se passaient... > (p. 85). Pour donner
l'arrachent malgré nous et l'amour que jai pour Zaide quelque ordre å mon récit, c'est-à-dire : pour le rendre
est un torrent qui m'entraîne sans me laisser un plus clair au lecteur, doté ainsi non pas des seules Con
moment le pouvoir d'y résister. > (p. 88). naissances dë personnage, mais d'un savoir d'auteur,
Cette <Histoire de Consalve > est racontée par l'inté qui en sait plus que son personnage n'en peut embras
ress lui-même; c'est une confession à la 1 personne, ser sur le moment même, le récit se conforme, non pas
forme normale de ces épisodes enchâssés dans les à la chronologie de perception des faits, mais à leur
<grands romans >, où un «récitant > prend la parole ordre réel de succession. Mais qui perçoit cet ordre
et se substitue temporairement à l'auteur; mais ces réel ?
autobiographies sont encore une forme de la conversa De cette difficulté de l'autobiographie, Marivaux
tion ; ce genre de recit est toujours adressé à quelqu'un, lirera au siècle suivant de surprenants effets de double
37
FORME ET SIGNIFICATION LA PRINCESSE DE CLVES
36
registre,tandis que l'abbé Prévost en prendra une cODs- férence. Charnes
avait déja relev cette absence;
cience bien plus netle quce Mme de Lafayette, (out en disait-il dans sa Pré-
Princesse de Clèves,
I'auteur de la caché
comme elle. Il vaut
la peine de
citer voit point dans son ouvrage. Il y est
procédant une
page de Cleveland qui vient confirmer et compléter face, ne se e son livre... 2, allusion à l'ano
comme dans le
titre de
l'aveu énoncé dans Zaide :C... j'aurais dù remellre à parut le roman. Mais Du Plaisir va
nymat sous lequel exigences : l'auteur doit
la fin de mon ouvrage l'éclaircissement que je me suis nius loin dans l'analyse et lesde témoigner gu'il admire
háté de donner en cet endroit... Qu'on se souvienne seu disparaitre, il doit sabstenir
dans les
événements que j'ai à personages; SOn ròle est de s'effacer
lement raconler,
mon sortquem'ètait plus obscur quil ne l'est maintenant à ou réprouve ses
derrière eux, en se
bornant à les faire agir de la cou-
mes lecleurs, el que Ja source principale de mes peines
Jisse : pas de connivence DË de complaisance : «Ce
les mà l'histoire défend
n'avoir pas eu plus tòt mêmes
lumières. > désintéressement si nécessaire dans
est... deQuiconque lira cette funcste partie de mon histoireet nom quelque
gux historiens de joindre mesme à un Autrement ils
instruit de la cause de mon malheur que je terme flatteur, quoyque facile à justifier.
sera mieux
ne l'étais moi-même au temps qu'il m'est arriv. Qui le sortiroient de leur indifférence, et parlassent-ils mesme
comprendrait sans cette clef ? Mais après le soin que Prince. Ce
du Roy, ils ne pourroient pas dire ce grand
d'un héros, ils
i'ai pris de préparer de si loin mes lecteurs à ce reoit n'est point à eux d'estre juges du mérite
s ne trouveront rien d'obscur dans les ténèbres où ils doivent uniquement représenter ses sentiments ou sa
me verront marcher. lls jouiront clairement du speo. conduite, et les lecteurs seuls peuvent lui donner les
(acle de mes peines. Hélas ! que aavais-je alors. noue louanges dont il est digne. > (p. 129-30).
les éviter, les lumières que je donne ici pour les fairo Ce qu'on veut sauvegarder ici, on le devine, c'est la
entendre. > (éd, Amsterdam, 1744, III, 176 et IV, 117), liberté du lecteur contre les pressions d'un auteur qui
On comprend que Prvost soit revenu plus d'une fois sortirait de sa fonction en se manifestant comme înven
sur cette anomalie, elle devait préoccuper un roman teur. Cette exigence s'accorde très logiquement avec les
cier dont l'euvre entière revêt la forme autobiographi prétentions du nouveau roman à se donner pour simple
que. Pour Mme de Lafayetle, le problème était secon chronique de faits que l'on suppose s'être produits tels
daire :et avec la Princesse de Clèves, elle allait revenir qu'ils sont relatés; puisqu'il n'y a pas d'autre auteur
au pur récit à la 3 personne, tout_en sauvegardant au que la réalité, on attend du romancier qu'il se com
maximum les avantages de la confession ; ce sera pour porte en simple rapporteur d'événements dans lesquels
le roman l'occasion d'une conquete décisive. il feint de n'ètre pour rien, de manière que le lecteur
Ainsi se trouve posée la question de la présence de ait l'illusion de se trouver devant la réalité même.
l'auteur dans son roman et dans ses personnages. Du Plaisir se montre critique subtil et exact quand il
prohibe certains tours de syntaxe par lesquels l'écrivain
trahit une présence abusive; tel est, par exemple, le
sort de tellement ou de si...que ; chaque fois qu'il use
IV. Présence et absence de l'auteur. de tournures de ce genre, le romancier sort_ de son
incognito, il semble prendre parti, déçlarer sa passion
Sil y a un mrite que le critique reconnait en effet pour ses créatures, faire un signe au lecteur par-dessus
au nouveau roman, c'est une espèce de non-intervention T'épaule de son personnage pour l'incliner dans son pro
de l'auteur dans sa création, une distance volontaire pre sens, il enfreint le nécessaire < désintéressement >.
que Du Plaisir nomme désintéressement » ou cindif l vaut la peine de citer la démonsiration du critique :
38 rORME ET SIGNIFICATION LA PRINCESSE DE CLÈVES 39
<Il me semble aussi que dans l'usage de ces mots, I'hi tenant les fls de leurs marionnettes >16, Rien
torien paroist trop s'intéresser pour la matière ¢bateleurs dans la « nouvelle >, puisqu'elle se couvre
semblable
traite, et qu'il ne peut dire, Elle prenoil tant de soinqu'il de l'Histoire et résigne entre ses mains son pou-
derrière
n'estre pas siIrprise à sa toiletle, qu'o la
d'estre un peu oblige de sa beauté à la parure
secrets. Il me semble, dis-je, qu'il ne peut
soupçonnoit
et ou
voir fabulateur,.
Ioi surgit une difficulté. Mme de Lafayette s'inté
mouvemen ts secrets de ses prota-
écrire elle avant tout aux
noit tant de soin, oubicn au contraire elle estoi! natunPre- resse I'historien situé à
lement belle, sans faire voir une affectation à le perss donistes. Si elle adopte l'attitude de les voir gque de
distance de ses personnages et censé ne l'intérieur ? Ce
der, Cet intérest est opposé à son caractère, de racont 'extérieur, comment en révèlera-t-elle
les choses nuement, de ne pretendre point estre cru ne peut être
sa parole, de nous faire connoistre le mérite ou le dêmá ui se passe au plus secret d'eux-memes
d'eux-mÇmes ou, à la
connu, en stricte logique, que
rite par leurs effets, ou par leur pcinturc, et de noe ou le
rigueur, d'un proche confident. La solution serait
laisser juger nous-mesmes combien l'un et l'autre sont journal, l'autobiographie à la première personne
grands. > (p. 225-7).
II vaurait quelque anachronisme à invoquer jci Fla solution moderne des xIX° et xXX* siècles ou la déposi
tion d'un intime. C'est cette seconde solution qui ViÇnt
bert, sauf en un point: on notera que l'absence de normalement à l'esprit d'un lecteur du xv1r siècle :
l'auteur se traduit ici et là, du moins dans la théorie Valincour fait à ce propos une observation qui ne pou
par le rêve d'un style linéaire et continu, d'un tissI vait émaner que d'un homme formé aux grands romans
dense et lisse ; c'est lidéal de <la ligne droite » er du antérieurs: Mais la jalousie de Mme de Clèves, à l'oc
< mur tout nu > chez Flaubert, c'est < l'uniformité de casion de la lettre,. et mille autres choses de cette
style >chez les <classiques »; Du Plaisir prône e son nature, comment ('auteur) les a-t-il pu savoir ? > II
côté <l'égalité ordinaire » d'un discours que nul < acci aurait dú, commne dans les < grands romans >, donner
dent > ne devrait rompre ; or, 1es tournures quil vient à chacun de ses héros un confident de qui l'on eût pu
de condamner comme personnelles sont précisément de apprendre leurs aventüres secrètes > 16,
ces accidents : eil me paroist que ces manières font Puisque la « nouvelle > renonce aux épisodes rétros
dans le style une cspèce de saillie, et de transport, qui pectifs, Mme de Lafayette était contrainte de s'octroyer
le mettent hors de cet état égal et uni, si propre ct si des pouvoirs plus étendus que ceux du s)mple htstorien,
nécessaire à l'histoire ; elles y répandent un air d'or qui sont précisment Tes pouvoirs d° romaneier- Ele
gueil et de dureté trop contraire à sa facilité naturelle ; devait intervenir.
et par toutes ces raisons, je mne contenterois de réciter D'autre part, en donnant à son héroine une passion
naivement les choses, de joindre sans aucun enbarras dont celle-ci ne connaît pas d'abord l'existence et
l'effet à la cause... > (p. 227-8). qu'elle ne peut exprimer qu'à son insu, à travers toutes
Cette occultation de l'auteur est liée, dans le senti sortes de voiles et de détours, Mme de Lafayette ne se
ment des contemporains, à une vertu qui distingue rendait pas la tâche aisée, si elle prétendait en même
leurs yeux la < nouvelle des romans antérieurs, coupa temps demeurer fidèle à ce væu de son époque: se
bles d'amonceler les événements surprenants, les ren cacher derrière sa création. Comment dire ce qui se
contres fortuites, les miracles ; tout cela trahit la main
d'un inventeur indiscret, d'un <maître du jeu >, qui (15) SoREL, Connaissance des bons livres, Paris, 1671, p. 117.
accommode les choses comme il veut, à la façon des (16) VaLINCOUN, Letlres à Mme la Marquise.., p. 147.
ORME ET SIGNIEICATION
40 LA PRINCESSE DE CLÈVES
41
ceur de Mnie de Cleves, si celle-pi
passe
dissimule aux du
au fond aulres aUssi bfem qut ette-meme, 1st elle dnns le mouvement de ln narration 1", attestent un goût
Te ¿cntag dune e la complexit, des enroulements de sentiments luc
ne le connait
toujours quavee
en retard sur l'évenement ? Au moment où Son
Tntrospcction
ceur vibre, un voile l'enveloppe qui le dérobe à ses
nts nussi proche de Montaigne que du «
cantinucl > de La Rochefoucauld; mais ce mouvemernt
Sont autant
yeux ct ne le laisse voir qu'nux tiers intéresss par leur d'interventibns qui ignalent l'auteur, et l'arrachent à
passion pour elle. Ni lc confident de Valincour, ni la son anonymat.
personne n'y Cependant, sa volonté de se dissimuler Jui fait saisir
confession à la première dans ce cOCurseraient habilités.
Et pourtant,
nous lisons comme s'il toutes les occasions de déléguer sa fonction àun de ses
verre, C'est que nous avons en l'auteur un
interm-tait personnages i ainsi le voit-on se retrancher errière
de le plus intimo des Mme de Chartres, et regarder à travers la
diaire plus savant que voile. et nous fait
cC' soulève ce amoureux;
connaitre
ui qui nc sait pas encore et tout ce qu'elle s'ef-
queest l'héroine ce
de la mère dans l'ingnuit de la fille :
dessein formé de lui cacher, elle ne lui sans
perspicacité
avoir un
cacher N avtrëi: iT Tui semblait Mais Mme de Chartres ne le voyait que trop, en parla point.
force de affliction tait ce que ce qui que le penchant que sa file avait pour lui »aussi bien
faisair l'aigreur e celte qui
nassé dans cette journée. qu'elle trouvait
trompaits'était
Mais elle sise insupportable,
el ailleurs, ce sont les regards de Guise, de Clèves, (p. 270) :
de
même; et ce mal, Nemours surtout qui, comme amoureux de Ta jeune
était la jalousie avec toutes les horreurs dont ellle, femme, l'épient, la pénètrent et nous font bénéficier de
Il a bien fallu
être accompagnée > (p. 310). que l'auteur leur pénétration; relayant la narratrice, l'amant
inter
intervint. Ce n'est pas Mme de Clèves qui dégaged prète la mauvaise humeur de l'héroine et y
confusion actuelle du sentir cette jalousie et lui preuve secrète d'amour: décèle une
son nom, c'est la narratrice qui la connaît
donne de ce refus : une marque de
Ce prince ne fut pas blessé
mieuxnequ'elle
ne se connait, et distingue aTavarnce ce quette froideur, dans un temps
où elle pouvait avoir de la jalousie,
qu'avec retard. Ce faisant, elle rend le lecteur comnlk vais augure (p. 323). n'était pas un mau
de sa clairvoyance et lui accorde ce plaisir exquisd'¿tra Seulemnent, ces occasions sont rares, et se raréfient de
un peu en avance sur Théroine, et de faire plus en plus au fil du récit, puisque,
simultan-
ment ce que celle-ci est condamne à expérimenter sne on
Clèves nous est montrÃe le plus souventl'a vu, Mme de
cessivement: vivre sa passion et la regarder, vilbrer à lire en elle-même et à se seule, occupée
découvrir. Grande
et analyser. Cet art si subtil qui montre l'héroine se livre, mais tentation pour l'auteur de venirbeauté du
donnant le change sur des sentiments contradictoires ment au premier plan et e onner exagéré
et enchevetres, éprouvant ce qu'elle ne s'avoue pas. des mÕuvements intimes de son elle-meme l'analyse
heroine : c'est
oblige a romancière à dissocier, à rectifier à sa place: vement ce qui se produit au cours des admirablesefiecti
ainsi p. 274 : « Mme de Clèves avait d'abord été fãchée
que M. de Nemours eût eu lieu de croire que c'était lui
loques qui font la trame continue de l'æuvTe, mátssoliil
fâkt aussitôt remarquer le soin que prend la
qui l'avait empêche d'aller chez le maréchal de Saint de n'en pas dire plus que ce que Mme de Clèves narratrice
Andrë ; mais ensuite elle sentit quelque espèce de cha se dit à
elle-même et de ne faire apparaitre en sa conscience
grin que sa mère lui en eût entièrement ôté l'opinion que ce qu'elle y voit elle-même;ces soliloques n'ont
ou trois pages plus Join : « Elle ne pouvait s'empcher de commun avec certains monologues rien
d'êre troublée de sa vuc, et d'avoir pourtant du plaisir intérieurs du
à le voir... Ces pages raffnées, qui insèrent l'analyse (17) C{. Jean FABRE, Op. cit.
FORME ET SIGNIFICATION LA PRINCESSE DE CLÈYES 43
42
images, les se réfugier, dans un dénouement qui est l'accomplis-
noderne, où cesont les
I'inconscient qui penses sou-
sement de sa
destinée.
roman pullulement de
ple-méle le
terraines, affleurent
au jour : on ne lit ici que les penses claires, Ence qui regarde la technique du récit, les nombreux
soliloques de Mme de Clèves contribuent à assurer sa
najssent à la clart : « elle fit
l'entrainait...rëllexion
où clles Tinclination qui posilion prédominante : c'est de son point de yue que
àl'instant ; elle
violence de T nous vivons le roman. Il y avait là pour la romancire
à la n'était plus maîtresse de ses paroles et de
trouva qu'elle pensa que.. Elle se souvenait... Ce partie ddélicate à jouer, si elle voulait garder le
que une de la chronique : se maintenir dans l'anonymat toul
ton
son visage; elle dit... lui revint dans l'esprit ; il
M. de Clèves lui avait I'inclination qu'elle en allant aussi loin que possible dans l'introspection;
qu'elle lui devait avouerpensée ces séquences confidentielles où afleure le
lui sembla en effet, en
avait pour M.
de Nemours. Cette l'occupa
fut étonnée de I'avoir eue, elle
long- trouble des profondeurs, l'auteur reste au niveau de
temps; ensuite elle et retomba dans l'embarras de ne connaissance de son héroine, s'abritant pour ainsi dire
trouva de la folie, derrière elle, ce qui est une manière de se cacher dans
prendre > (p. 303-4).
savoir quel parti moments mêmes où il veut éviter de s'exhiber en
Si les soliloques
de Mme de Clèves suivent avec sOu- les
position de témoin omniscient révélant des secrets
passionnels, jils na
plesse les détours des mouvements discours d'une conscience inconnus au personnage
lui-même.
déroulent cependant que le Pour que le narrateur pot se confondre absolument
pas le langage du trouble,
organisée; le trouble ne parle réflexive, de ce momer avec son héros jusqu'en
sa conscience obscure, tout en
mais celui de la connaissance respectant le statut de l'auteur invisible, il eût fallu
clair dans son
second oç T'esprit fait effort pour voir passion est chez recourir à une technique différente : celle du récit à
trouble. On sait pourtant que la Ne Ja première perSonne. Blle est employée occasionnel
Mme de Lafayette foncièrement désorganisatrice, Où est le lement au xvir siècle, dans les Cas oû un personnage
parlera-t-elle nulle part son propre langage ?
«style du cSur »? Il est dans le comportement de interrompt le récit objectif pour raconter sa propre
Mme de Clèves en présence d'autrui; ce sont les gestes. bistoire; mais on a vu que cette méthode était condam
silences de née en 1680. Mme de Lafayette en avait usé pour les
les propos dialogues, les rougeurs ou les discours récits intercalés de Zaide ; lautobiographie d'Alfonse
l'héroine en compagnie qui représentent le
désorganisé de la passion. Le roman fait donc alterner analysant le <labyrinthe > de sa jalousie est une excep
les deux modes d'expression, celui des actes au contact tionnelle réussite. Il y avait là un moyen d'avenir,
d'autrui et celui des retours sur soi, le langage du ceur auguel on semble renoncer momentanément; on y
troublé et le langage du soliloque réflexif. Nous retrou reviendra un peu plus tard quand, par la fusion du
vons ici, au niveau du langage, l'alternance déjà cons roman et des mémoires en pseudo-mémoires, le recit
tatée. Ainsi, par un retournement significatif, c'est dans tout entier passera à la première personne. Mais la
le monde, où tout est masque et mensonge, que l'héroine Princesse de Clèves, composée selon la méthode de la
met à nu le désordre de son cSur; et c'est dans la soli relation historique, ne pouvait échapper au discours à
tude qu'elle se compose et s'ordonne. Tout à l'opposé la troisième personne. En combinant les ressources du
d'une duchesse de Valentinois ou d'une Madame de rapport impersonnel avec l'introspection du soliloque
Tournon, dont les histoires insérées accusent par au style indirect, Mme de Lafayette a réussi le plus
contraste le caractère de l'héroine, celle-ci nous est pre heureux composé du il et du je, de la relation et de
sentée comme une ingénue, inapte à se déguiser et 'analyse, de l'absence et de la présence de l'auteur.
destinée à la vie cachée, a la retraite où elle finira par Les contemporains, quelles que fussent les discor
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