Chapitre 3
L'inconscient L'inconscient Terminale L
Philosophie
RÉSUMÉ
Le concept d'inconscient a un sens déterminé : il s'agit d'un concept forgé par la psychanalyse pour rendre
compte du fonctionnement du psychisme humain. Cependant, le travail philosophique sur cette notion implique
d'interroger plus largement les sens de l'inconscient. On peut ainsi parler d'inconscience pour désigner une
conduite irresponsable, mais aussi pour désigner ce dont une personne ne se rend pas compte (par exemple
lorsqu'elle dort). Quel que soit le sens retenu pour parler de l'inconscient, cette notion renvoie au problème de la
connaissance de soi et de la liberté du sujet agissant.
I L'inconscient avant Freud : ce qui n'est pas conscient
A Les perceptions qui nous échappent
On pense souvent que le sujet est transparent à lui-même : il aurait conscience de tout ce qu'il
sent, de tout ce qu'il perçoit, et de tous ses désirs. Pourtant, l'expérience commune nous apprend
que nombre de ces choses peuvent nous échapper : c'est ce qu'illustrent les actions réflexes,
comme éteindre son réveil ou éviter un projectile. Il y a donc un certain nombre d'actions que nous
faisons sans même y réfléchir.
Leibniz, dans ses Nouveaux essais sur l'entendement humain, s'intéresse de près à ces choses qui
échappent à un sujet, et remarque notamment qu'un grand nombre de perceptions ne sont pas
conscientes.
DÉFINITION
Perception
La perception correspond, pour un sujet, au fait de saisir par l'esprit la réalité à travers les
informations que lui donnent les sens.
Ce que remarque Leibniz, c'est qu'il y a un certain nombre de petites perceptions dont nous
n'avons pas conscience : trop petites pour être perçues isolément, elles ne sont perçues que
lorsqu'elles forment un tout. C'est par exemple le cas du bruit d'une vague : le sujet ne perçoit pas
le bruit de chacune des gouttes d'eau qui composent la vague, en revanche, il perçoit, comme un
tout, le bruit que fait la vague.
Il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion,
EXTRAIT
c'est-à-dire des changements dans l'âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les
impressions sont ou trop petites, ou en trop grand nombre ou trop unies, en sorte qu'elles n'ont
rien d'assez distinguant à part, mais jointes à d'autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et
de se faire sentir, au moins confusément dans l'assemblage.
Leibniz
Nouveaux essais sur l'entendement humain
1765
Ces perceptions sont donc trop petites, ou en trop grand nombre, ou bien encore trop unies les
I N T E R P R É TAT I O N
unes aux autres pour que le sujet parvienne à les percevoir séparément. En revanche, bien qu'on
ne saisisse que le tout de ces perceptions, chacune produit bien un effet sur nous.
B L'inconscient comme envers de la conscience
Il y aurait une différence de degré entre les perceptions conscientes et les perceptions
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Il y aurait une différence de degré entre les perceptions conscientes et les perceptions
inconscientes. Poser une différence de degré entre le conscient et l'inconscient présuppose donc
une continuité de l'un à l'autre : contrairement à l'idée d'un sujet pleinement conscient de lui-
même, il semblerait alors que l'inconscient puisse être compris comme fondement de la vie
psychique. Le philosophe Schopenhauer propose de concevoir le psychisme sur le modèle d'une
opposition entre d'une part les pensées conscientes, et d'autre part toutes nos pensées
inconscientes.
Comparons notre conscience à une eau de quelque profondeur ; les pensées nettement
conscientes n'en sont que la surface ; la masse, au contraire, ce sont les pensées confuses,
les sentiments vagues, l'écho des intuitions et de notre expérience en général, etc.
Schopenhauer
Le Monde comme volonté et comme représentation
1818
Alors que les pensées inconscientes sont extrêmement nombreuses, les pensées conscientes ne
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représentent qu'une infime partie de ce à quoi le sujet a accès.
Il y aurait donc une opposition entre d'un côté les pensées conscientes, celles auxquelles le sujet a
accès, et, d'un autre côté, la masse de ses pensées inconscientes, qui constituent la matrice, le
fondement de toutes ses pensées connues.
C Le mode d'existence des pensées inconscientes
Si l'Homme n'a accès qu'à ses pensées conscientes, lesquelles ne sont que le reflet de pensées
inconscientes beaucoup plus nombreuses, il importe de préciser le mode d'existence de ces pensées
inconscientes.
Bergson s'est intéressé à cette question de l'existence de ces pensées inconscientes. Généralement,
on considère que les états psychologiques passés, tels que les souvenirs ou les rêves, n'existent pas
ou plus, car ils ne sont pas conscients. Contrairement à cette idée répandue, Bergson tente de
mettre en évidence que le fait de n'avoir pas conscience de ces états psychologiques ne signifie pas
qu'ils n'existent pas, et qu'ils n'ont pas d'effet sur le sujet. Pour expliquer cette idée, il procède
par analogie, c'est-à-dire par comparaison, avec l'existence des objets matériels : ce n'est pas
parce que je n'ai pas conscience de l'existence de la ville autour de moi en un instant précis que
celle-ci n'existe pas. De la même façon, ce n'est pas parce que je n'ai pas une représentation
consciente de mes souvenirs à un instant précis que ceux-ci n'ont pas d'existence.
C'est ainsi que Bergson distingue deux types de mémoires :
La mémoire habitude : il s'agit d'une utilisation du passé tournée vers l'action et l'utile.
L'usage de la mémoire nous permet alors d'agir dans le présent.
La mémoire pure : il s'agit de ces souvenirs qui restent comme endormis dans les profondeurs
de notre conscience. Ces souvenirs, qui ne sont pas utiles à l'action, ne sont pas présents pour
notre conscience, ce qui ne signifie pas qu'ils n'existent plus.
Les souvenirs que ma mémoire conserve ainsi dans ses plus obscures profondeurs y sont à
l'état de fantômes invisibles.
Bergson
L'Énergie spirituelle
1919
Les souvenirs continuent donc d'exister dans le sujet malgré le fait qu'il n'en ait pas à tout
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moment une représentation consciente.
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A RETENIR
Il est donc possible de parler de représentations inconscientes, dès lors que l'on comprend sous
cette idée le fait qu'il existe un certain nombre de contenus mentaux qui, tout en n'étant pas
conscients à un moment précis, n'en continuent pas moins d'exister et d'avoir un effet sur le
sujet. Ainsi, si seuls les souvenirs momentanément utiles à l'action arrivent à notre conscience,
alors tout souvenir peut remonter à la conscience, dès lors qu'il présente un intérêt pour une
action à réaliser.
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II L'inconscient psychanalytique
A La révolution psychanalytique
1 L'invention de la psychanalyse
A l'origine, Freud est un médecin qui se spécialise dans l'étude du système neurologique.
Les travaux qu'il présente sont donc d'abord conçus comme des hypothèses scientifiques,
et plus particulièrement comme des outils cliniques destinés à soigner les névroses.
DÉFINITION
Névrose
Selon Freud, la névrose est le résultat d'un conflit entre les pulsions inconscientes et
les exigences morales de la conscience. Elle est différente de la psychose, dont le
malade n'a pas conscience et qui est plus grave.
Si Freud est considéré comme le père de la psychanalyse, c'est parce qu'au cours de ses
travaux sur les névroses, il en vient à forger l'hypothèse de l'existence, dans le psychisme
humain, d'un inconscient. Formuler l'hypothèse de l'inconscient est donc pour lui à la fois
une nécessité théorique, pour comprendre comment fonctionne le psychisme, mais aussi
pratique, puisqu'elle doit permettre de guérir des malades ne présentant pas de symptômes
physiques expliquant leurs névroses.
La psychanalyse est donc une méthode d'investigation psychologique visant à élucider la
signification inconsciente des conduites, et dont le fondement se trouve dans la théorie de
la vie psychique formulée par Freud.
2 La rupture introduite par Freud
La formulation du concept d'inconscient est décisive pour la pensée philosophique du sujet.
En effet, ce concept introduit l'idée que l'Homme n'est pas transparent à lui-même. L'idée
d'un homme ou d'une femme au moins en partie gouverné par son inconscient psychique
que développe Freud s'oppose en effet à l'idée d'une suprématie de la conscience. En
induisant la vision d'un sujet décentré par rapport à lui-même à cause de ses pulsions
inconscientes, lesquelles représenteraient les neuf dixièmes de l'appareil psychique, Freud
fait de la conscience une partie infime du psychisme humain.
Le moi n'est pas maître dans sa propre
maison.
Freud
Essai de psychanalyse appliquée
1920
Freud introduit une vraie révolution en s'attaquant à la vision classique du sujet conçu
I N T E R P R É TAT I O N
comme entièrement conscient de lui-même et pouvant avoir une totale maîtrise de ses
passions .
C'est pourquoi Freud affirme que la théorie de l'inconscient est la troisième des trois
grandes "blessures narcissiques" de l'humanité :
La première a été introduite par Copernic, qui nous a appris que la Terre n'était pas le
centre de l'univers.
La seconde par Darwin qui a démontré que l'Homme n'était pas le centre de la
création.
Finalement, Freud et la psychanalyse introduisent l'idée que l'Homme n'est pas maître
de sa propre conscience.
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B Le concept d'inconscient freudien
1 La structure de l'appareil psychique
L'inconscient freudien comprend d'abord tout ce à quoi nous ne pensons pas. Par exemple,
nous avons sans cesse des automatismes, dans les gestes, les pensées et les paroles.
Qu'une chose se passe dans ton âme ou que tu en sois de plus averti, voilà qui n'est
pas la même chose.
Freud
Essai de psychanalyse appliquée
1920
Ce n'est pas parce que nous ne percevons pas ce qui se passe en nous, que des choses
I N T E R P R É TAT I O N
n'existent pas à l'intérieur de nous.
Mais la définition freudienne de l'inconscient n'inclut pas seulement ces choses auxquelles
nous ne pensons pas. En effet, l'inconscient comprend aussi des pensées volontairement
refoulées par l'esprit. Il s'agit en fait de désirs et de pulsions refoulés dans l'inconscient en
raison de leur incompatibilité avec les exigences morales et sociales intériorisées par le
sujet.
Pour rendre plus claire sa conception du psychisme humain, Freud propose une première
division de l'appareil psychique, qu'il décrit comme une maison à trois étages :
Le conscient est ce qui permet l'adaptation du sujet au réel.
Le préconscient regroupe tout ce dont nous n'avons momentanément pas conscience.
L'inconscient, qui représente la plus grande part de l'appareil psychique, regroupe
l'ensemble des désirs qui cherchent à rejoindre le préconscient mais qui sont refoulés,
sous l'effet d'une censure morale interne au sujet.
Toutefois, à partir des résultats de ses nouveaux travaux, Freud décide de proposer une
nouvelle division de l'appareil psychique :
Le "ça" est le réseau désordonné et inconscient des pulsions, entièrement régi par le
principe de plaisir.
Le "surmoi" est l'instance morale, également inconsciente, qui regroupe les normes
sociales et familiales intériorisées par le sujet.
Le "moi" (qui représente la plus petite part de l'appareil psychique) est un médiateur,
qui cherche à concilier les pulsions du "ça" avec les interdits du "surmoi". De cette
instance dépend l'équilibre psychique de la personne.
DÉFINITION
Refoulement
Le refoulement est un mécanisme psychique de défense consistant à mettre à
distance, à reléguer dans l'inconscient, un souvenir, un désir, une émotion qui entre en
conflit avec la conscience. Le refoulement est un mécanisme inconscient : le sujet
conscient ne sait pas qu'il refoule une pensée, celle-ci lui est donc inaccessible en
dehors des diverses manifestations de son inconscient.
2 Les manifestations de l'inconscient
Si le concept d'inconscient est forgé afin de guérir des patients atteints de troubles du
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Si le concept d'inconscient est forgé afin de guérir des patients atteints de troubles du
comportement importants, les handicapant dans leur vie quotidienne, la structure de
l'appareil psychique mise en évidence par Freud concerne tous les êtres humains. Ainsi,
même chez les patients sains, les pulsions inconscientes sont actives et tentent en
permanence de se satisfaire.
Elles se manifestent donc sous des formes déguisées, afin de tromper la vigilance de la
conscience. Les actes manqués (erreurs, oublis, lapsus), les rêves, ainsi que certains
symptômes pathologiques tels que les phobies ou troubles de la parole, sont autant de
manifestations de l'inconscient. Freud recense d'ailleurs ces manifestations dans
Psychopathologie de la vie quotidienne.
Parmi ces différentes manifestations de l'inconscient, les rêves jouent un rôle majeur :
remplis de symboles qui doivent être interprétés, leur analyse constitue pour Freud "la voie
d'accès royale à l'inconscient". Pour la psychanalyse, le rêve est en effet la réalisation
imaginaire de désirs refoulés, et il doit être analysé en fonction de son double contenu :
Le contenu "manifeste" : c'est le récit que l'on peut en faire consciemment.
Le contenu "latent" : c'est la signification réelle du rêve du point de vue de
l'inconscient.
L'interprétation du rêve consiste donc, à partir du contenu manifeste, d'essayer de
remonter au contenu latent, qui est au départ indéchiffrable. L'interprétation des rêves est
une activité très difficile, dans la mesure où les significations dépendent de chaque individu,
de son histoire et de ses désirs. C'est la raison pour laquelle il n'existe pas une méthode
valant absolument pour expliquer les rêves : le rêve ne peut se comprendre que rapporté
par celui qui l'a fait et interprété selon son histoire personnelle.
3 Sublimation et cure psychanalytique
L'hypothèse de l'inconscient semble donc mettre en évidence le fait que l'Homme n'est pas
entièrement maître de lui-même, de ses pensées et de ses actions. Néanmoins, cette
réduction du pouvoir qu'il a sur lui-même ne doit pas être pensée comme une fatalité :
l'inconscient et ses manifestations peuvent aussi faire l'objet d'une appropriation positive
par le sujet. C'est notamment l'enjeu de la cure analytique : lorsqu'un patient entame avec
un psychanalyste un travail sur lui-même, les manifestations de l'inconscient dans le
quotidien du patient seront étudiées, en même temps que le passé de l'individu.
Là où était le Ça, le Moi doit
advenir.
Freud
Leçon
1933
Le but de la cure psychanalytique pour le patient est d'être à nouveau capable de vivre
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normalement, en faisant advenir à la conscience les mécanismes inconscients qui jouent
comme autant de blocages.
La cure psychanalytique a pour but, grâce à un travail que les diverses manifestations de
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La cure psychanalytique a pour but, grâce à un travail que les diverses manifestations de
l'inconscient d'un patient éclairé par son histoire personnelle, d'aider celui-ci à vaincre ses
troubles du comportement. Cette cure repose largement sur l'usage de la parole, et
notamment sur la libre association d'idées. Il s'agit pour le sujet de conquérir un pouvoir
sur cette partie de son psychisme qui lui échappe.
Parallèlement à la cure psychanalytique, Freud évoque aussi le mécanisme de
sublimation, mécanisme par lequel un individu parvient, seul, à exprimer
positivement ses pulsions, empêchant ainsi qu'elles soient à l'origine de pathologies.
C'est en particulier ce qui se passe dans l'exercice d'activités telles que l'art, la littérature
ou bien encore la recherche scientifique.
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III Les critiques adressées au concept d'inconscient
A Critique théorique
Pour Freud, la psychanalyse, bien qu'encore en construction, constitue une science à part entière :
elle est donc supposée avoir le même degré de scientificité que les autres sciences de la nature.
Ainsi les observations et analyses des cas cliniques viennent-elles selon lui prouver son hypothèse
de l'existence de l'inconscient. Or c'est justement ce critère de scientificité de la psychanalyse que
le philosophe des sciences Popper remet en question.
En effet, selon lui, une théorie n'est scientifique que s'il est possible d'énoncer les conditions dans
lesquelles elle serait fausse : c'est le critère de falsifiabilité. Autrement dit, une théorie n'est
scientifique que dans la mesure où l'observation ou l'expérience peuvent théoriquement la réfuter.
Or il est impossible de tester expérimentalement la psychanalyse. Aucun type d'expérience ne
permet de penser une réfutation possible.
Quant aux deux théories psychanalytiques, elles relèvent d'une tout autre catégorie. Elles sont
EXTRAIT
purement et simplement impossibles à tester comme à réfuter. Il n'existe aucun comportement
humain qui puisse les contredire. […] Certes, les théories psychanalytiques étudient certains faits,
mais elles le font à la manière des mythes. Elles contiennent des indications psychologiques fort
intéressantes, mais sous une forme qui ne permet pas de les tester.
Karl Popper
Conjectures et réfutations
1963
Certes, le concept d'inconscient a une valeur explicative non négligeable, mais il ne s'agit pas
I N T E R P R É TAT I O N
d'une explication de type scientifique.
A RETENIR
Popper ne rejette donc pas la psychanalyse en tant que telle, puisqu'il reconnaît sa forte
valeur explicative des comportements humains. Néanmoins, il refuse qu'on lui octroie le statut
de science en raison de son caractère non falsifiable.
B Critiques morales
La contestation la plus directe des théories de l'inconscient de Freud vient probablement du
philosophe Alain. En effet, celui-ci adresse deux reproches majeurs à la théorie de l'inconscient, et
notamment aux dérives auxquelles donne lieu cette théorie. D'une part, il semble absurde
d'affirmer l'existence de pensées auxquelles on ne pense pas : toute pensée requiert un sujet qui
les pense. De ce point de vue, l'inconscient n'est pour lui pas une découverte, mais une invention,
à la manière d'un personnage mythique. D'autre part, Alain souligne que dire du sujet qu'il n'est
pas la source de ses pensées, qu'un autre pense en lui (l'inconscient), c'est lui ôter toute
responsabilité quant à ses actes. C'est ce qui pour Alain est inacceptable.
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Il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d’inconscient. La plus grave de ces erreurs est
EXTRAIT
de croire que l'inconscient est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses ;
une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu'il n'y a point
de pensées en nous sinon par l'unique sujet, Je ; cette remarque est d'ordre moral.
Alain
Éléments de philosophie
1916
Accepter l'hypothèse de l'inconscient, compris comme l'existence dans un sujet d'une instance qui
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lui est étrangère et prend des décisions à sa place, constitue une faute morale. En effet, cela
revient à se dégager de la responsabilité de ses actions et de ses pensées.
Sartre reprendra cette critique morale de l'inconscient tout en la radicalisant. Pour comprendre
cette critique, il faut prendre en compte l'idée majeure de Sartre selon laquelle l'Homme est
condamné à être libre.
Pour lui, ce qui définit l'homme, c'est d'abord le fait d'exister. Il n'y a donc pas d'autre nature
humaine que le fait d'exister et de pouvoir librement choisir sa vie. L'existence est donc première
par rapport à l'essence, c'est-à-dire à la nature de l'Homme, qui n'est que le résultat de ce qu'il
fait de sa vie. De ce point de vue, la liberté humaine est totale et inaliénable, mais elle comprend
des conséquences inévitables, à commencer par la responsabilité. C'est cette idée qu'exprime
Sartre lorsqu'il dit que l'Homme est "condamné à être libre". En effet, c'est parce que sa liberté
est entière que l'Homme ne peut justifier ses manquements à la morale.
C'est en raison de cette entière liberté de l'Homme que l'hypothèse d'un inconscient psychique ne
peut être acceptée : l'Homme ne se définit pas par son essence, ni par un inconscient, ni par des
déterminismes, ni par un destin ou une volonté divine, mais uniquement par son existence.
L'Homme est donc responsable de chacun de ses actes et de chacune de ses pensées : il ne peut
pas invoquer, à titre d'excuse, un inconscient qui déciderait à sa place. Affirmer l'existence de
l'inconscient est faire preuve de ce qu'il nomme "mauvaise foi", car cela permet de se
dédouaner de sa responsabilité morale. L'individu qui invoque l'inconscient tente ainsi de se
cacher derrière quelque chose d'autre, afin de ne pas assumer les conséquences de ses choix. En
réalité, la liberté totale de l'Homme lui confère également une responsabilité pleine et entière de
ses actes. C'est pourquoi l'Homme est "condamné à être libre".
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