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6yves Franz

Le document analyse l'effet Matthieu dans le régime fiscal de la rémunération en République Démocratique du Congo, soulignant l'importance du travail et de la rémunération pour le développement socio-économique. Il aborde la définition de la rémunération, ses éléments constitutifs, et les règles fiscales qui la régissent, tout en mettant en lumière les inégalités et les pratiques fiscales inappropriées. L'étude vise à promouvoir les droits des travailleurs dans un contexte de reconstruction nationale.

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Le document analyse l'effet Matthieu dans le régime fiscal de la rémunération en République Démocratique du Congo, soulignant l'importance du travail et de la rémunération pour le développement socio-économique. Il aborde la définition de la rémunération, ses éléments constitutifs, et les règles fiscales qui la régissent, tout en mettant en lumière les inégalités et les pratiques fiscales inappropriées. L'étude vise à promouvoir les droits des travailleurs dans un contexte de reconstruction nationale.

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LES MANIFESTATIONS DE L’EFFET MATTHIEU DANS LE

RÉGIME FISCAL DE LA RÉMUNÉRATION EN RÉPUBLIQUE


DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Par Yves-Junior MANZANZA LUMINGU

INTRODUCTION

De tous temps, le travail est considéré comme la clé de tout développement socio-
économique. Toutes les sociétés recourent à ce moyen afin de faire face aux aléas de la vie
et de garantir un avenir plus ou moins meilleur en se mettant à l’abri des risques.
Aujourd’hui plus qu’hier, les efforts de modernisation nécessitent encore beaucoup plus
d’assiduité au travail afin d’être au même diapason que nos contemporains. Le travail
ennoblit l’homme, lui rend sa dignité et l’élève. L’heure n’est plus en effet à l’inertie, à
l’attentisme ni à l’interventionnisme divin à outrance, car la manne du ciel appartient à une
époque révolue.
Ainsi, l’importance du travail n’étant plus à démontrer, diverses législations au monde, se
fondant sur les principaux instruments relatifs aux droits de l’homme, ont perçu
l’impérieuse nécessité d’ériger le droit au travail parmi les droits fondamentaux. Il en est
ainsi de la République Démocratique du Congo dont la Constitution proclame que « le
travail est un droit et un devoir sacrés pour chaque congolais » (1).
Par ailleurs, s’il est vrai que l’ardeur au travail et la conscience professionnelle sont pour
une grande partie affaires de tempérament, de culture, de rectitude morale et de sens de
l’honneur, elles sont cependant pour une partie importante aussi affaire de rémunération.
Car le travail, s’il est création et service, est également gagne-pain. Par son travail,
l’homme s’efforce d’améliorer sa situation matérielle et d’assurer à sa famille une bonne
éducation et un avenir radieux. C’est pourquoi tout effort de valorisation du travail au sein
d’une nation comporte nécessairement un effort pour améliorer les conditions de travail,
les salaires et le pouvoir d’achat des travailleurs.
Certes, engageant sa personne même dans le contrat du travail, le salarié doit recevoir en
échange les moyens de mener une vie convenable. Et bien que la valeur économique du
travail fourni puisse justifier parfois les différences de salaire, elle ne permet pourtant pas
de descendre en dessous d’un certain montant (2), ni de recourir à certains procédés en vue
d’amaigrir l’enveloppe du salarié.
Néanmoins, il existe certaines dérogations occasionnant les prélèvements autorisés par les
textes légaux et réglementaires. Il en est ainsi des retenues légales sur la rémunération.
Celles-ci, en tant qu’elles affectent l’enveloppe salariale du travailleur, demeurent souvent
une charge que ce dernier n’accepte pas de bon cœur.
Nous allons dans le cadre de cette réflexion analyser exclusivement l’impôt professionnel
sur la rémunération afin de présenter les différentes règles fiscales qui concourent à son
prélèvement.


Assistant à l’Université de Kikwit (Bandundu/RD Congo), Doctorant en Droit.
1
Art. 36, al. 1er de la Constitution du 18 février 2006.
2
Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG).
2

En effet, l’on assiste souvent à des pratiques contra legem initiées par certains employeurs
tantôt pour favoriser une certaine catégorie de leur personnel au détriment du fisc, tantôt
pour exploiter d’autres de connivence avec les agents de fisc. Il convient de signaler
également le cas des contribuables qui recourent au trafic d’influence pour organiser
« l’incivisme » fiscal et faire peser toute la charge fiscale sur les honnêtes gens.
C’est donc là le lieu principal de notre réflexion qui part du postulat selon lequel les
bénéficiaires d’importantes rémunérations seraient les plus favorisés.
En vue de vérifier cette hypothèse, la collecte des données a été réalisée grâce à l’usage
cumulatif des techniques d’interview, d’observation des groupes et de la technique
documentaire. L’interprétation, quant à elle, a été effectuée grâce à une approche
pluridisciplinaire et transversale qui dépasse la simple exégèse normative pour s’interroger
sur les pratiques, les réalisations effectives, les obstacles et les perspectives. Par ailleurs,
nous avons emprunté essentiellement aux organisations professionnelles, en l’occurrence
celles des travailleurs, les « vérités » contenues dans les rapports qui leur servent de base
d’action pour décrypter l’état des lieux des conditions socio-économiques de leurs
membres et ce, en recourant à l’histoire politique et à la sociologie.
Ainsi circonscrite, cette démarche revêt un intérêt certain à plusieurs égards. En effet, elle
s’inscrit dans une logique de promotion et de protection des droits des travailleurs dans un
contexte de reconstruction nationale que nécessite le développement socio-économique de
l’Etat congolais.
Dès lors, l’appréciation du principe de l’égalité des citoyens devant l’impôt à travers l’effet
Matthieu passe par l’étude du régime fiscal de la rémunération. Cette approche permettra
de circonscrire la notion de rémunération, ses éléments constitutifs ainsi que toutes les
règles fiscales qui s’y attachent avant de parcourir in concreto les réalités qui l’affectent.
3

I. REGIME FISCAL DE LA REMUNERATION

La rémunération en tant qu’elle constitue la contrepartie de la prestation de travail dans le


contrat synallagmatique du travail, présente un caractère alimentaire. C’est le revenu qui
assure la subsistance de la presque totalité des salariés. Ainsi la nécessité d’allouer au
travailleur un salaire suffisant, périodique et régulier, est absolument vitale.
Par conséquent, le régime fiscal qui régit les revenus résultant des prestations de travail
doit reposer sur des règles qui tiennent compte de l’aspect social de cette matière
imposable dont il convient d’expliciter la notion.

I.1. Notion de rémunération

Notons in limine litis que les termes rémunération et salaire sont souvent employés
indistinctement pour désigner une même réalité. Aussi allons-nous, dans le cadre de cette
réflexion, faire allusion à l’un ou l’autre concept.
Certes, la notion du salaire présente un grand intérêt pratique ; et pour la préciser, il faut
l’envisager d’un double point de vue. C’est que le salaire est, selon la conception classique,
la contrepartie du travail ; mais l’évolution va aujourd’hui dans le sens de ce que Philippe
LANGLOIS a appelé une socialisation du salaire, celui-ci devant être considéré en tant
que revenu du travailleur (3).
Par conséquent, il conviendra de parcourir la notion de salaire selon sa conception
classique avant d’en analyser la définition extensive.
I.1.1. Définition classique
La définition classique du salaire est celle qui résulte notamment du code du travail
congolais où les expressions salaire et rémunération sont employées indistinctement.
En effet, aux termes de l’article 7, litera h) de la loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002
portant Code du travail, la rémunération est « la somme représentative de l’ensemble des
gains susceptibles d’être évalués en espèces et fixés par accord ou par les dispositions
légales et réglementaires qui sont dus en vertu d’un contrat de travail, par un employeur à
un travailleur ».
Il s’agit en d’autres termes de toute somme ou tout avantage accordé en contrepartie de la
prestation du travail (4).
I.1.2. Définition extensive
Le salaire est étudié dans son sens le plus large notamment en droit de la sécurité sociale
où il sert à calculer les cotisations dues par l’employeur et certaines prestations versées aux
assurés sociaux ; la loi adopte ici une définition très large (…) et englobe toute somme
perçue à l’occasion du travail (5).
Ainsi donc, les sommes versées en l’absence de toute prestation effective de travail sont
assimilées au salaire. La doctrine fait alors appel à la notion de salaire social.
En effet, écrit LUWENYEMA LULE, si l’on se référait à la notion de salaire proprement
dit, c’est-à-dire au salaire lié à la présence effective du travailleur et à sa prestation de
travail, celui-ci devrait disparaître avec la suspension ou l’arrêt. Or, le droit de travail

3
LANGLOIS, P., Droit du travail, 6ème éd., Paris, Sirey, 1987.
4
Comp. LUWENYEMA LULE, Précis de droit du travail zaïrois, Kinshasa, Editions Lule, 1989, p. 169
5
LANGLOIS, P., Op. cit., p. 205
4

contemporain s’efforce au contraire d’assurer la garantie de la continuité des moyens


d’existence du travailleur malade ou en congé (6).
Le droit fiscal adopte également une définition très large du salaire, en intégrant en
particulier la rémunération de beaucoup de dirigeants de sociétés qui, cependant, ne sont
pas liés par un contrat de travail (7). C’est également dans ce sens que la législation fiscale
belge entend par travailleurs « tous les fonctionnaires et agents du secteur public dont
l’emploi est statutaire, les militaires de carrière, les magistrats, les ministres d’un culte
public » (8), en vue d’étendre le régime fiscal des rémunérations à leurs revenus
professionnels.
Enfin, il y a lieu de signaler que selon le Bureau International du travail (BIT), le terme
rémunération tel que défini par la Convention n° 100 sur l’égalité de rémunération ratifiée
par la République Démocratique du Congo est entendu de la façon la plus large et inclut les
allocations familiales légales, les soins de santé, les frais de voyage ainsi que les avantages
accordés exclusivement en vue de faciliter au travailleur l’accomplissement de ses
fonctions.
I.1.3. Eléments de la rémunération
Aux termes l’article 7 h) du code du travail, la rémunération comprend notamment :
 le salaire ou traitement ;
 les commissions ;
 l’indemnité de vie chère ;
 les primes ;
 la participation aux bénéfices ;
 les sommes versées à titre de gratification ou de mois complémentaires ;
 les sommes versées pour prestations supplémentaires ;
 la valeur des avantages en nature ;
 l’allocation de congé ou l’indemnité compensatoire de congé ;
 les sommes payées par l’employeur pendant l’incapacité de travail et pendant la
période précédant et suivant l’accouchement ;
 les allocations familiales pour la partie dépassant le montant légal.
En revanche, ne sont pas éléments de la rémunération (sic) :
 les soins de santé ;
 l’indemnité de logement ou le logement en nature ;
 les allocations familiales légales ;
 l’indemnité de transport ;
 les frais de voyage ainsi que les avantages accordés exclusivement en vue de faciliter
au travailleur l’accomplissement de ses fonctions.
En réalité, il est question de déterminer si telle ou telle somme suit le régime du salaire ou
pas. Il serait erroné pour le législateur de prétendre que les avantages indiqués ci-haut ne
sont pas des éléments de la rémunération, alors qu’ils en font réellement partie sauf qu’ils
ne suivent pas le régime du salaire (9).
Remarquons donc qu’en dehors du salaire qui est le traitement d’activité ou traitement de
base, le salarié peut recevoir des sommes à des titres divers ou bénéficier d’avantages
6
LUWENYEMA LULE, Op. cit., p. 169
7
LANGLOIS, P., Op. cit., p. 205
8
Commentaire du Code des impôts sur les revenus, n° 20/21. Voy. MALHERBE, J. et THILMANY, J.,
Cours de droit fiscal. Impôts sur les revenus, UCL, 1992-1993, p. 67
9
Comp. KUMBU ki Ngimbi, Droit du travail. Manuel d’enseignement, Kinshasa, Galimage, 2010, p. 49
5

accordés par l’employeur. Les sommes ainsi versées ou l’équivalent monétaire des
avantages octroyés n’ont pas toujours le caractère d’un salaire. Il faut certes distinguer
entre les sommes qui sont des compléments de salaire et celles qui représentent soit des
remboursements de frais, soit des libéralités de l’employeur. Il est essentiellement question
des avantages en nature d’une part et des avantages en espèces d’autre part.
Les avantages en nature (10) concernent essentiellement le logement et la nourriture. En
effet, le code du travail impose à l’employeur l’obligation de fournir le logement en nature
au travailleur muté ou engagé en dehors du lieu d’emploi. A défaut, l’employeur verse au
travailleur une indemnité conséquente. En outre, l’employeur doit fournir des aliments
dans le cas où le travailleur ne peut, par ses propres moyens, se procurer des denrées
alimentaires de première nécessité.
Quant aux avantages en espèces, allusion est faite aux gratifications, primes,
remboursements des dépenses professionnelles et aux indemnités.
Les gratifications sont des libéralités faites par l’employeur au travailleur. Philippe
LANGLOIS les définit comme « des sommes d’argent versées par l’employeur pour
marquer sa satisfaction au regard du travail accompli ayant contribué à la prospérité de
l’entreprise » (11). Leur particularité est qu’elles ne sont pas en relation directe et
nécessaire avec l’accomplissement du travail à la différence de la prime de rendement ou
de productivité.
Parlant de leur nature exacte, la jurisprudence, la doctrine et diverses conventions
collectives distinguent entre la gratification bénévole et la gratification contractuelle.
On parle de gratification bénévole ou libéralité, lorsque l’employeur peut décider en toute
liberté de l’opportunité de son versement ainsi que de son montant. Elle échappe au régime
du salaire et il n’en sera pas tenu compte dans le calcul de l’indemnité de préavis ou de
congé payé. En revanche, la gratification contractuelle ou complément de salaire prend sa
source soit dans le contrat individuel soit dans la convention collective soit dans les usages.
Dans ce cas, elle devient obligatoire et suit le régime du salaire. Mais elle doit présenter les
trois caractères suivants : la constance, la fixité et la généralité.
Les primes, elles, sont inspirées par le souci pour l’employeur d’obtenir un résultat, une
production accrue, continue, de meilleure qualité et au moindre prix de revient. Elles
peuvent être classifiées de la manière suivante :
- Les primes de rendement : qui consistent en un supplément proportionnel à
l’élévation de la production.
- Les primes tenant à récompenser la fidélité du salarié : elles peuvent se traduire
aussi en prime d’ancienneté.
- Les primes de pénibilité : pour les travaux pénibles ou dangereux.
Il faut aussi mentionner que dans plusieurs cas, le salarié reçoit des versements qui n’ont
pas de contrepartie dans son travail, mais qui se réfèrent au contrat de travail. Les
indemnités réparatrices, c’est-à-dire celles qui réparent un préjudice, ne font pas partie du
salaire, alors que celles qui compensent le salaire (indemnités compensatrices) en font
partie.
Enfin, il y a les dépenses professionnelles qui, elles, sont exclues du régime du salaire
parce qu’elles ne peuvent être considérées comme la contrepartie du travail du salarié.
Exemple : les frais de transport, la prime d’usure des vêtements.

10
Art. 138 du Code du travail.
11
LANGLOIS, P., Op. cit., p. 207
6

I.1.4. Taux et paiement du salaire

Le taux du salaire dépend de plus en plus de l’autorité publique ou parfois des conventions
collectives. Et l’interventionnisme étatique en cette matière se perçoit à travers la fixation
du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) (12).
A. La fixation du salaire (13)
Le montant du salaire est déterminé soit à l’heure, soit à la journée, soit à la semaine ou au
mois, soit à la pièce, soit à la tâche. En conséquence, on peut relever deux modes de
fixation de salaire.
- Le salaire au temps qui peut être défini comme celui qui résulte du travail effectué
par un salarié sans qu’il soit fait référence à une production quantitative déterminée.
C’est le mode de rémunération le plus répandu et le plus simple.
- Le salaire au rendement : c’est un mode de rémunération par lequel la
rémunération varie en fonction de la quantité de production réalisée par un individu
ou une équipe dans un temps donné. Mais cette technique de rémunération tend à
disparaître pour certaines raisons.
En effet, dans l’ordre psychologique, elle tend à établir une concurrence entre les
travailleurs et risque ainsi de rompre leur solidarité vis-à-vis de l’employeur. Il faut
aussi souligner des difficultés juridiques et techniques concernant les normes de
production et le montant de la rémunération.
Enfin, il faut noter que tout travail effectué au-delà de 45 heures légales par semaine donne
lieu obligatoirement à une majoration : c’est le paiement des heures supplémentaires.
B. Les modalités de paiement du salaire
Par modalités de paiement, nous voudrions faire allusion à la forme, à l’époque et au lieu
ainsi qu’aux garanties de paiement du salaire.
Certes, en raison du caractère alimentaire de la créance du salaire, il importe que le
travailleur soit payé en monnaie métallique ou fiduciaire. Tel est l’esprit du législateur
quand il précise à travers les articles 89 et 98 que le salaire doit être stipulé en monnaie
ayant cours légal et doit être payé en espèces. Aussi, le paiement en nature est-il interdit ;
mais il est possible d’utiliser des procédés modernes de règlement par chèque et par
virement postal ou bancaire.
Quant à l’époque et au lieu, les parties sont libres de déterminer la périodicité de paiement
du salaire ; à défaut, il est fait référence aux usages. Mais le rôle de la volonté ou des
usages s’est trouvé singulièrement limité par l’intervention du législateur qui veut que le
paiement de la rémunération soit effectué à des intervalles réguliers n’excédant pas un
mois (14), étant donné que la fin première de la rémunération consiste à assurer la
subsistance du travailleur (15). C’est dans ce sens que le législateur congolais dispose que

12
Cfr Ordonnance n° 08/040 du 30 avril 2008 ayant abrogé les décrets n o 079/2002 du 3 juillet 2002
déterminant les modalités de fixation du SMIG, des allocations familiales minima et de la contre-valeur du
logement et no 080/2002 du 3 juillet 2002 portant fixation du SMIG, des allocations familiales minima et de
la contre-valeur du logement.
13
Art. 89, al. 2 et art. 92 du code du travail.
14
Art. 99 du Code du travail.
15
NZANGI BATUTU, « L’institution du salaire », in NDOMELO KISUSA Kaïmba et KIENGE-KIENGE
Intudi (dir.), Droits et obligations du travailleur en droit congolais. Apparence ou réalité d’un conflit
d’intérêts, Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, Kinshasa, Editions Kazi, 2003, pp. 113-126
7

le paiement doit avoir lieu au plus tard dans les six jours suivant la période à laquelle il se
rapporte.
Le non paiement justifie le recours du salarié à l’exception d’inexécution (16) en plus des
condamnations prévues à l’article 321 du Code du travail. Alain BENABENT estime qu’il
est conforme au bon sens que le contractant qui ne reçoit pas son dû ne veuille pas payer
immédiatement sa prestation corrélative : par exemple le salarié de continuer à travailler
tant qu’il n’est pas payé (17).
Mais certains compléments du salaire échappent par nature à une périodicité rapprochée et
le principe de la périodicité est écarté par le recours à des pratiques comme les acomptes,
les avances et les rappels (18).
Et le lieu de paiement est généralement le siège de l’établissement ; mais les parties sont
libres de convenir dans leur contrat individuel ou dans les conventions collectives d’un lieu
différent de ce siège, à condition que ce lieu ne soit pas un débit de boisson, ni un magasin
de vente (sauf pour les salariés qui y prestent déjà) et que le paiement s’effectue un jour
ouvrable et pendant les heures de service (19).
Enfin, conscient des dangers susceptibles de menacer le salaire, lesquels dangers
proviendraient soit de l’employeur, soit de ses créanciers, soit enfin des créanciers du
salarié, le législateur a institué des mécanismes de garantie du salaire vis-à-vis de ces trois
groupes.
A l’encontre de l’employeur, le législateur a mis en place un dispositif protecteur
garantissant le paiement effectif. Cependant, l’employeur peut procéder à des retenues
notamment dans des cas ci-après (20) : retenues fiscales (l’impôt professionnel sur la
rémunération), cotisation due à l’Institut national de sécurité sociale, retenues à titre
d’avances, retenues à titre d’indemnités compensatoires (21), retenues à titre de
cautionnement et à titre d’avances, etc.
Puis, envers les créanciers de l’employeur, le travailleur dispose d’un privilège et d’un
super privilège (22). C’est que le salarié constitue un créancier privilégié par rapport à
d’autres créanciers en cas de liquidation d’une entreprise (23). Autrement dit, les salaires
doivent être payés nonobstant l’existence de toute autre créance, même celle du Trésor
public.

16
L’exception d’inexécution ou exceptio non adimpleti contractus est le droit qu’a chaque partie à un contrat
synallagmatique de refuser d’exécuter son obligation tant qu’elle n’a pas reçu la prestation qui lui est due.
A celui qui lui réclame l’exécution de ce qu’elle doit, elle répond : « donnant-donnant », « trait pour trait »,
« droit pour droit ». L’origine de cette institution se trouverait chez les canonistes, sensibles à des
préoccupations morales, avec comme argument l’adage « fragenti fidem non est fides servanda » (on n’a
pas à tenir sa parole envers celui qui ne la tient pas). Cf. Philippe MALAURIE et Laurent AYNES, Cours
de Droit civil. Tome VI, Les obligations, 6ème éd., Paris, Cujas, 1995, pp. 413-414 ; Gérard LEGIER, Droit
civil. Les obligations, 14ème éd., Paris, Dalloz, 1993, p. 84.
17
Alain BENABENT, Droit civil. Les obligations, 4ème éd., Paris, Montchrestien, 1994, p. 179
18
Les acomptes sont une sorte de paiement anticipé : le salarié bénéficiaire ne touchera plus que le reliquat
de sa rémunération. Par contre, les avances sont des prêts consentis au salarié. Ici l’employeur n’est en
droit d’effectuer une retenue que jusqu'à concurrence du montant autorisé par la loi (art. 114). Enfin, les
rappels viennent compléter le salaire qui n’a pas été entièrement libéré à l’échéance.
19
Art. 98 du Code du travail.
20
Cfr art. 112 du Code du travail.
21
Ces retenues se justifient uniquement en cas de violation par le travailleur de l’article 52 du code du travail,
lequel article fait obligation au travailleur de restituer en bon état à l’employeur les marchandises, produits,
espèces et, d’une façon générale, tout ce qui lui a été confié dans le cadre de l’exercice de ses fonctions.
22
Art. 109 et 110 du même Code.
23
Comp. Frédéric-Jérôme PANSIER, Droit du travail. Relations individuelles et collectives, 3ème éd., Paris,
Editions du Juris-Classeur, 2003, p. 123.
8

Et vis-à-vis des créanciers du salarié, l’article 114 du code du travail soumet la créance du
salaire à un régime d’insaisissabilité et de cessibilité partielle.
Le parcours ainsi fait de la notion de rémunération, de ses éléments constitutifs et de ses
modalités de paiement nous permet d’analyser l’impôt professionnel sur la rémunération
(IPR).

I.2. Impôt professionnel sur la rémunération

L’étude de l’IPR nécessite de circonscrire sa place dans l’ordonnancement fiscal congolais


avant de présenter la matière imposable à cet impôt et les revenus immunisés, le taux
d’imposition ainsi que les règles relatives à la déclaration et au versement.

I.2.1. Contexte

Le contexte de l’impôt professionnel sur la rémunération nous amène à présenter la base


légale de l’impôt professionnel en général ainsi que les différentes catégories des revenus
professionnels.
Dans l’état actuel de la législation fiscale congolaise, l’impôt professionnel en général a
pour base légale l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 relative aux impôts sur les
revenus telle que modifiée et complétée à ce jour (24). Cet impôt vise certaines catégories
des revenus professionnels.
La législation fiscale congolaise retient quatre catégories des revenus provenant des
activités professionnelles exercées en République Démocratique du Congo, mais les
soumet à trois régimes qui recourent aux mêmes principes comportant des adaptations dans
leur mise en œuvre respective (25). Il s’agit des revenus ci-après (26) :
 Les bénéfices de toutes entreprises industrielles, commerciales, artisanales, agricoles
ou immobilières, y compris les libéralités et avantages quelconques accordés aux
associés non-actifs dans les sociétés autres que par actions ;
 Les rémunérations diverses de toutes personnes rétribuées par un tiers, de droit
public ou de droit privé, sans être liées par un contrat d’entreprise, celles des associés
actifs dans les sociétés autres que par actions ou que l’exploitant d’une entreprise
individuelle s’attribue ou attribue aux membres de sa famille pour leur travail, ainsi
que les pensions, les rémunérations diverses des administrateurs, gérants,
commissaires, liquidateurs des sociétés et de toutes personnes exerçant des fonctions
analogues ;
 Les profits, quelle que soit leur dénomination, des professions libérales, charges et
offices ;
 Les profits autres que les trois premières catégories des revenus.
Notons, à la suite de Robert UMBA di NDANGI, que les dispositions légales pouvant être
considérées comme le régime général de ces revenus, il se révèle qu’en outre, les deux
premiers ont chacun un régime spécifique tandis que le troisième régime spécifique régit
les deux catégories des profits (27).

24
Cfr art. 1er 3° de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 relative aux impôts sur les revenus.
25
UMBA di NDANGI, R., Finances publiques. Commentaires de principes, procédures, pratiques des
origines à nos jours en République Démocratique du Congo, Kinshasa, B.E.C.I.F., 2006, p. 229
26
Art. 27 de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 relative aux impôts sur les revenus telle que
complétée par le décret-loi n° 109/2000 du 19 juillet 2000.
27
UMBA di NDANGI, Op. cit., p. 229
9

Notre réflexion ne se consacre qu’à la deuxième catégorie de ces revenus, à savoir les
rémunérations diverses (…) soumises à l’impôt professionnel sur la rémunération (IPR).

I.2.2. Assiette de l’impôt

A l’origine, l’IPR se définissait comme un impôt frappant les rémunérations de toutes les
personnes rétribuées par un tiers sans être liées par un autre contrat que celui de la
subordination (le contrat de travail) ; c’est que les contribuables de l’IPR devraient se
trouver dans un lien de subordination vis-à-vis de la personne à qui ils rendent service et
qui les rémunère (28).
Mais ce critère d’existence d’un contrat du travail n’est pas exclusif parce qu’en vue
d’enrayer l’éventualité d’une évasion fiscale, même le contrat de mandat y a été assimilé
chaque fois que le législateur fiscal a estimé qu’une confusion délibérée pouvait être créée
entre les deux catégories de contrat pour échapper à cet impôt (29).
C’est que cette définition a été battue en brèche depuis 2000 et semble dépassée. En effet,
renseigne le Professeur Kola Gonze, même les personnes ayant un mandat politique sont
aujourd’hui assujetties à cet impôt (30). Cette solution a déjà été mise en évidence en droit
fiscal français où l’on établit la différence entre traitements et salaires : la première notion
désigne la rémunération perçue en fonction d’un statut professionnel, alors que la
deuxième désigne la rémunération perçue au titre d’un contrat de travail écrit ou verbal
(31).
Nous allons donc parcourir ici les différents revenus imposables avant d’évoquer ceux qui
sont immunisés, c’est-à-dire qui ne rentrent pas, au vœu du législateur, dans l’assiette de
l’impôt.
A. Des revenus imposables (32)
Les revenus imposables à l’IPR comprennent les éléments de la rémunération constituant
un enrichissement chez le salarié. Ces éléments sont notamment :
 Les traitements, les salaires, les émoluments, les indemnités qui ne représentent pas
le remboursement des dépenses professionnelles effectives, les gratifications, primes
et toutes autres rétributions fixes ou variables, quelle que soit leur qualification ;
 Les traitements des administrateurs, gérants, commissaires, liquidateurs des sociétés,
gouverneurs, régents, censeurs et toutes personnes exerçant des fonctions analogues ;
 Les traitements et jetons de présence des présidents-délégués généraux, des
administrateurs et commissaires des entreprises publiques et sociétés d’économie
mixte ;
 Les traitements, salaires et avantages octroyés aux membres des institutions
publiques et aux agents de carrière des services publics d’une part et, d’autre part, les
traitements, salaires et avantages accordés aux membres des cabinets politiques (33) ;

28
Voy. notamment Marcel GONTHIER, Droit fiscal appliqué, Foucher, Paris, 2001, p. 174
29
Idem, p. 230
30
KOLA GONZE, Cours de Droit fiscal, Université de Kinshasa, Faculté de droit, 1ère licence, 2008-2009 ;
Voy. également le Décret-loi n° 109-2000 du 19 juillet 2000 et la circulaire ministérielle n° 0023 du 9
janvier 2001.
31
Christine NOEL, Droit fiscal, Paris, Gualino éditeur, 2009, p. 336
32
Voy. art. 47 de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 relative aux impôts sur les revenus telle que
modifiée et complétée par la loi n° 73/003 du 5 janvier 1973, par la loi n° 77/016 du 25 juillet 1977, par
l’ordonnance-loi n° 84-022 du 30 mars 1984 et par le décret-loi n° 109/2000 du 19 juillet 2000.
33
Voy. commentaires de Jean-Marie F. MBOKO N’DJANDIMA, Code général des impôts, 2ème éd.,
Kinshasa, Presses Universitaires du Congo, 2009, p. 114. Certes, il convient de relever que les
10

 Les pensions de toute nature, quelles que soient les circonstances ou les modalités
qui en conditionnent l’octroi, ainsi que les sommes payées par l’employeur ou le
mandant, contractuellement ou non par suite de cessation de travail ou de rupture de
contrat d’emploi ou de louage de service ;
 La rémunération que l’exploitant d’une entreprise individuelle s’attribue ou attribue
aux membres de sa famille pour leur travail.
Sont ajoutés à ces éléments, les avantages en nature à l’exception de ceux visés à l’article
48. 3° de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 précitée.
De ce qui précède, il sied de signaler que la base imposable de cet impôt reste la base brute
(34). Néanmoins, certains détails méritent d’être tirés au clair en vue de permettre tant aux
employeurs qu’à leurs salariés d’en avoir une nette perception. En effet, si pour le salaire
ou traitement de base les choses semblent claires, il est pourtant nécessaire d’expliciter le
régime des indemnités, des pensions et des avantages en nature.
Ainsi, deux conditions permettent d’imposer les indemnités au titre de l’IPR : que celles-ci
ne constituent pas les remboursements des dépenses supportées par le salarié dans
l’exercice de sa profession et qu’elles ne soient pas expressément exonérées par la loi.
C’est qu’en dehors des remboursements et de l’exonération, toutes les indemnités
demeurent imposables à l’IPR.
Concernant les pensions, il existe une différence entre les pensions accordées gratuitement
et celles octroyées sur base des retenues antérieures. La première catégorie concerne
notamment les pensions accordées aux membres du personnel qui ont atteint un certain âge
ou qui sont incapables de travailler ; elles équivalent à un traitement et sont par conséquent
imposables à l’IPR. Tandis que la seconde catégorie concerne les pensions octroyées sur
base des retenues antérieures, lesquelles sont également astreintes à l’IPR. Notons
cependant que ne sont pas prises en considération dans cette rubrique les pensions
alimentaires et les pensions pour décès d’un être cher.
Enfin, quant aux avantages en nature, à savoir la fourniture des vivres ou denrées
alimentaires, la fourniture gratuite d’eau et d’électricité, la fourniture gratuite des
vêtements non professionnels, les communications privées à charge de l’entreprise, la
fourniture des repas pris sur place dans l’entreprise, les frais médicaux, la réparation, le
ravitaillement en carburant, il convient de retenir que la base d’imposition est leur valeur
réelle.
B. Des revenus immunisés (35)
Ne rentrent pas dans l’assiette imposable à l’IPR :
 les indemnités ou allocations familiales réellement accordées aux employés et
salariés dans la mesure où elles ne dépassent pas les taux légaux ;

rémunérations et avantages accordés à toute personne liée à l’Etat par un pacte ou mandat quelconque sont
imposables à l’IPR. Il s’agit notamment des traitements, salaires, jetons de présence, avantages alloués aux
membres des institutions publiques (Gouvernement, Parlement Cours et tribunaux), aux fonctionnaires et
agents des services publics de l’Etat, etc.
34
La circulaire départementale n° 4133 du 23 décembre 1988 portant interprétation de l’article 48-3° de
l’Ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 entend par « traitement brut » ou « base brute » le total des
sommes payées en espèce à titre de rémunération, à l’exclusion par conséquent de la valeur des avantages
en nature et des sommes présentant le caractère d’indemnités ou avantages sociaux (logement, transport,
frais médicaux, allocations familiales légales, etc.) et sans déduction des cotisations sociales ou syndicales.
Voy. MBOKO N’DANDIMA, Op. cit. p. 115
35
Art. 48 de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 telle que modifiée par l’O.-L. n° 84-022 du 30
mars 1984 et par le décret-loi n° 109/2000 du 19 juillet 2000.
11

 les pensions, rentes et indemnités accordées en vertu des lois qui régissent les
pensions de vieillesse, l’octroi de secours en cas d’invalidité prématurée ou de
décès ; les pensions aux invalides, aux veuves, orphelins et ascendants de
combattants, aux victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles et
aux estropiés congénitaux ; les pensions alimentaires ;
 les indemnités et avantages en nature concernant le logement, le transport et les frais
médicaux pour autant que :
- l’indemnité de logement soit inférieure ou égale à 30% du traitement brut.
- l’indemnité journalière de transport soit égale au coût du billet pratiqué
localement avec un maximum de quatre courses de taxi pour les cadres et
quatre courses de bus pour les autres membres du personnel, et dans la mesure
où la nécessité et la réalité du transport sont démontrées : certes, l’employeur
est tenu d’assurer le transport de ses travailleurs lorsque ceux-ci résident à plus
de 3 km du lieu de travail (36).
- les frais médicaux ne revêtent pas un caractère exagéré.
Mais si ces indemnités dépassent, la partie supplémentaire doit être réintégrée pour être
soumise à l’IPR. La circulaire ministérielle n° 0023 du 9 janvier 2001 précise la notion de
caractère exagéré pouvant justifier pareille réintégration.
Ces précisions ont été également apportées par plusieurs auteurs dont JAGENEAU qui
s’exprime en ces termes : « ne constituent pas les éléments de la rémunération à intégrer
dans la base imposable ou taxable : les soins de santé, les allocations familiales, les frais de
voyage, le transport » (37). Pour sa part, François DUQUESNE rappelle qu’en principe, il
incombe à l’employeur de rembourser au salarié les frais qu’il justifie avoir exposés pour
les besoins de son activité et dans l’intérêt de l’entreprise (38).
De même, Gabriel GUERY confirme que doivent être déduites de l’assiette imposable, les
primes ou indemnités de transport, dès lors qu’elles ont pour objet de rembourser des frais
réellement subis par des salariés pour couvrir la distance séparant leur domicile de leur
travail (39) ; ce point de vue est exprimé dans des termes similaires par Brigitte HESS-
FALLON et Anne-Marie SIMON (40).
La matière imposable ci-haut identifiée est l’élément économique qui est à la source de
l’impôt ; son évaluation permet d’établir la base imposable, c’est-à-dire le montant auquel
s’appliquera le tarif de l’impôt.
I.2.3. Taux d’imposition
Les taux de l’IPR sont progressifs et varient entre 3 et 50% suivant les tranches des
revenus annuels. Toutefois, le Décret-loi n° 109/2000 du 19 juillet 2000 tel que modifié et
complété par le Décret-loi n° 015/2002 du 30 mars 2002 relatif à l’impôt cédulaire sur les
revenus a introduit un taux forfaitaire en matière d’IPR pour le personnel domestique et les
salariés patentés.

36
Il en est de même en droit français où le principe est que les frais de déplacement entre le domicile et le
lieu de travail sont des frais professionnels déductibles, à condition que la distance soit inférieure ou égale à
40 km. Cf. Hamid DJOUNIDI, Droit fiscal, Paris, Hachette, 2000, p. 91
37
JAGENEAU, GH., Bref aperçu de droit congolais du travail, Editions Shalamo, Likasi, 2001, p. 26
38
François DUQUESNE, Droit du travail, 2ème éd., Paris, Gualino éditeur, 2003, p. 199
39
Gabriel GUERY, Pratique du droit du travail, 11ème éd., Paris, Gualino éditeur, 2003, p. 284
40
Brigitte Hess-Fallon et Anne-Marie SIMON, Droit du travail, 16ème éd., Paris, Dalloz, 2004, p. 187
12

A. Notion et domaine de progressivité


Contrairement au taux proportionnel qui est constant et reste inchangé quelle que soit la
quantité de la matière soumise à l’impôt (41), le taux progressif augmente en fonction de
cette quantité.
Mais l’application de ce taux suppose la connaissance des biens et des revenus des
assujettis. Aussi, dans le cas d’espèce, le domaine de progressivité doit-il être précisé, en
distinguant bien sûr la progressivité globale ou par classe de la progressivité par tranche ou
par palier.
Pour le premier cas, les revenus sont atteints dans leur totalité par des taux d’imposition
qui vont en augmentant en même temps qu’augmentent lesdits revenus. Ces derniers sont
repartis dans des classes préalablement fixées. Chaque classe comporte un taux supérieur à
celle qui la précède ou inférieur à celle qui la suit. L’on observe donc dans la progressivité
globale que la matière imposable est rangée dans telle ou telle classe selon son montant et
le taux augmente de classe en classe. Ce procédé est simple même s’il constitue un facteur
d’inégalité, dans la mesure où une faible différence des matières imposables suffit pour que
deux individus soient imposés différemment.
Quant à la progressivité par tranche ou par palier, tous les revenus, quelle que soit leur
importance, sont découpés à un certain nombre des tranches, partant du principe que les
revenus compris dans la même tranche sont destinés à la satisfaction de mêmes besoins et
doivent être imposés au même tarif. Chaque tranche est atteinte par un taux qui va en
croissant. Ce système est conçu pour éviter l’inconvénient de la totalité ou de sauts
brusques provoqués par la progressivité globale (42).
B. Tableau synoptique (43)
Pour les rémunérations autres que celles versées au personnel domestique et aux salariés
patentés, le taux de l’IPR est fixé de la manière suivante :

Tranches annuelles des revenus en Francs Taux


Congolais
0 à 72.000 3%
72.001 à 126.000 5%
126.001 à 208.000 10%
208.001 à 330.000 15%
330.001 à 498.000 20%
498.001 à 788.400 25%
788.401 à 1.200.000 30%
1.200.001 à 1.686.000 35%
1.686.001 à 2.091.600 40%
2.091.601 à 2.331.600 45%
Au-delà de 2.331.600 50%

41
Comp. BAKANDEJA wa MPUNGU, G., Les finances publiques. Pour une meilleure gouvernance
économique et financière en République Démocratique du Congo, Bruxelles, Larcier, Kinshasa, Afrique
Editions, 2006, p. 84
42
KOLA GONZE, Cours de Droit fiscal, Université de Kinshasa, Faculté de Droit, 1ère Licence, 2008-2009.
43
Source : MBOKO DJ’ANDIMA, Code général des impôts, 2ème éd., Kinshasa, PUC, 2009, p. 130
13

I.2.4. Perception de l’impôt


Présentons d’abord les redevables de l’impôt avant d’exploiter ses modalités de perception.
Sont redevables de l’IPR, les personnes physiques, les communautés, les sociétés et les
autres personnes juridiques qui paient ou attribuent à un titre quelconque des revenus
mentionnés à l’article 27.2° de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 telle que
modifiée et complétée à ce jour (44).
Il ne s’agit là que des redevables légaux qui ont la charge de procéder aux prélèvements au
bénéfice du fisc. En tant que tels, ils doivent souscrire une déclaration mensuelle dans les
dix jours qui suivent le mois au cours duquel les rémunérations imposables ont été versées
ou mises à la disposition des bénéficiaires qui demeurent les contribuables réels de cet
impôt.
Par ailleurs, trois procédés sont généralement utilisés pour le prélèvement des recettes
fiscales (45) :
 le versement direct par le contribuable ;
 le prélèvement par un tiers ;
 le timbre (qui est peu usité).
Pour l’IPR, l’on recourt au deuxième procédé, à savoir le prélèvement par un tiers : on
parle alors du système de retenue ou de stoppage à la source.
Tout compte fait, il sied de se demander si les différentes règles mises en œuvre dans le
cadre du régime fiscal de la rémunération veillent au respect du principe de l’égalité des
citoyens devant l’impôt.

II. EFFET MATTHIEU OU ATTEINTE AU PRINCIPE DE L’EGALITE DES


CITOYENS DEVANT L’IMPOT

Dans l’histoire des nations et des peuples, il a souvent été constaté des injustices sociales
dues notamment à l’influence ou à la puissance des uns sur les autres, surtout au rapport
des forces sur le plan économique. C’est ainsi que les détenteurs ou les bénéficiaires
d’immenses richesses ont souvent été les plus protégés et les moins imposés. En revanche,
c’est au petit peuple qu’il revient de subir constamment la pression fiscale ! Ainsi, c’est

44
Art. 77. 2°) de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 telle que modifiée et complétée à ce jour.
45
Voy. Grégoire BAKANDEJA wa MPUNGU, Op. cit., p. 85
14

non sans raisons que s’exclamait, avec un cynisme brutal, la veuve d’un milliardaire
américain spéculateur immobilier : « payer des impôts, c’est bon pour les pauvres ».
Toutefois, avant d’exposer les différentes manifestations de l’injustice fiscale telle que
constatée dans le régime de la rémunération en République Démocratique du Congo, il
importe d’expliciter la portée de l’expression « Effet Matthieu » et du principe de l’égalité
des citoyens devant l’impôt.
II.1. Position du problème
Corriger par l’impôt l’inique répartition des richesses n’a guère inspiré des politiques
généralement conduites, au mieux de leurs intérêts, par les classes dominantes et leurs
représentants dont la constante préoccupation est de transférer sur d’autres la charge fiscale
chaque fois que le rapport de forces sociales le permet.
C’est que les classes dominantes ont su mettre en place des structures et des dispositions
telles que les « déjà plus favorisés », les « illuminés », les détenteurs des rennes de la
société ne se sentent pas inquiétés par le fisc, ce qui justifierait le recours à l’expression
« effet Matthieu » en matière fiscale.
II.1.1. De l’expression « Effet Matthieu »
L’effet Matthieu (Matthew effect) désigne, de manière très générale, les mécanismes par
lesquels les plus favorisés tendent à accroître leur avantage sur les autres.
Le terme est dû au sociologue américain Robert K. Merton (46). Celui-ci, dans un article
publié en 1968 (47), cherchait à montrer comment les scientifiques et les universités les
plus reconnus tendaient à entretenir leur domination sur le monde de la recherche. D’autres
chercheurs ont par la suite réutilisé la formule d’effet Matthieu dans d’autres contextes,
notamment dans des études montrant pourquoi, lors d’un processus d’apprentissage, les
meilleurs tendent à accroître leur avance.
Il en est ainsi de Derek de Solla Price qui parlera plus tard plus généralement de théorie
des « avantages cumulés » (48) et l’idée rejoint l’adage selon lequel la richesse entraîne la
richesse (49). Dans ce sens, l’Effet Matthieu est le phénomène qui permet aux déjà plus
favorisés (dans n’importe quel domaine) d’obtenir plus que les autres (50).
Pour sa part, Jacques BICHOT se penche sur cette notion et son impact sur les politiques
de réduction des inégalités sociales ; il constate ici une réelle inadéquation qualitative des
systèmes sociaux (santé, éducation, logement...) qui contribue à maintenir la stratification
et l’inégalité des classes sociales (51).

46
Né à Philadelphie en Pennsylvanie le 5 juillet 1910 et décédé à New York le 23 février 2003, Robert K.
Merton fut étudiant à Harvard où il a été l’élève de Pitirim Sorokin et de Talcott Parsons. Il est le fondateur
de la sociologie des sciences ; il se situe juste avant les interactionnistes et il est tenant d’un
fonctionnalisme dit de "moyenne portée". Il est le père de Robert Merton, l’économiste Prix Nobel.
47
Robert K. MERTON, « The Matthew effect », Science, vol. 159, no 3810, 1968, p. 56-63. Il synthétise sous
le vocable d’Effet Matthieu le fait que les chercheurs les plus reconnus, les plus en vus, reçoivent toujours
plus de mérite que leurs collègues à travail égal (souvent dans le cas de collaborations ou de découvertes
simultanées). Selon les propres mots de Merton : The Matthew effect consists to the accruing of greater
increments of recognition for particular scientific contributions to scientists of considerable repute and the
withholding of such recognition from scientists who have not yet made their mark.
48
Comp. J. Cole et S. Cole, Social Stratification in Science, University of Chicago Press, 1973
49
The Matthew effect is the phenomenon consisting for the rich to get richer.
50
Cf. [Link]
51
Jacques BICHOT, « L’effet Matthieu revisité », in Droit social, no 6, Paris, Librairie technique et
économique, 2002, pp. 575-581
15

Dans le cadre précis de cette réflexion, nous désignons par effet Matthieu le phénomène
des inégalités qui se constatent dans le régime fiscal de la rémunération en République
Démocratique du Congo où les gagnes-petits subissent les charges de l’impôt alors que les
bénéficiaires d’importantes rémunérations voient leurs revenus être exemptés.
Mais pourquoi Effet Matthieu ? Cette appellation fait référence à une phrase de l’évangile
selon saint Matthieu : « A celui qui a, il sera beaucoup donné et il vivra dans l’abondance,
mais à celui qui n’a rien, il sera tout pris, même ce qu’il possédait ». C’est qu’aux riches il
sera donné, et aux pauvres, il sera retenu ; ce qui, dans le langage de tous les jours, signifie
que les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent.
II.1.2. Du principe de l’égalité des citoyens devant l’impôt
Les impôts sont des prestations pécuniaires mises à la charge des personnes physiques et
morales en fonction de leurs capacités contributives et sans contrepartie déterminée en vue
de la couverture des dépenses publiques et de la réalisation d’objectifs économiques et
sociaux fixés par la puissance publique (52).
En tant que tels, ils postulent certains principes généraux qui, dans bon nombre d’Etats, ont
acquis une valeur constitutionnelle. Il en est ainsi des principes de la légalité et de l’égalité.
La légalité voudrait qu’à la différence des autres prélèvements obligatoires, l’impôt ne
puisse être établi et recouvré qu’en vertu d’un acte du pouvoir législatif. Ce principe est
consacré par l’article 174 de la Constitution congolaise du 18 février 2010 aux termes
duquel la loi fixe les règles concernant l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement
des impositions de toute nature.
C’est que la contribution aux charges publiques constitue un devoir pour toute personne
vivant sur le territoire national. Et il ne peut être établi d’exemption ou d’allègement fiscal
qu’en vertu de la loi.
En revanche, le principe de l’égalité vise l’égale répartition de l’impôt entre tous les
citoyens sur base de leurs facultés contributives. C’est que tous les contribuables qui se
trouvent placés dans une situation identique doivent être soumis à un même régime fiscal.
Il n’en demeure pas moins que le législateur est libre de déterminer les règles selon
lesquelles les facultés contributives des contribuables doivent être appréciées (53).
Ce principe est très déterminant pour la mobilisation des recettes publiques étant donné
que le glissement d’un système vers sa négligence est source de démotivation pour les
loyaux contribuables (54).
En France, renseigne Christian De Brie, « le gouvernement s’était engagé à baisser
l’imposition des hauts revenus afin de ne pas décourager les plus riches de gagner de
l’argent. En attendant, ils devraient bénéficier de la solidarité des autres citoyens qui
devraient prendre en charge la moitié du salaire de leurs employés de maison ; ils étaient
ainsi incités financièrement à déclarer un personnel généralement employé au noir,
autrement dit à respecter la loi. Grâce à cette réduction d’impôt, les foyers aisés devraient
être exonérés, tandis que leur personnel, même payé au salaire minimum, acquitterait
l’impôt sur le revenu » (55).

52
Hamid DJOUNIDI, Droit fiscal, Paris, Hachette, 2000, p. 21
53
Ibidem, p. 40
54
Cf. UMBA di NDANGI, Op. cit., p. 220
55
Christian De BRIE, « Une fiscalité au service des privilégiés », in [Link]
[Link]/1995/01/DE_BRIE/1123
16

En résumé, soulignons que nombre d’irrégularités enregistrées dans les opérations de


perception de recettes constituent diverses modalités d’atteinte au principe constitutionnel
d’égalité devant l’impôt. C’est que toutes les fraudes, les évasions fiscales et les
favoritismes sous quelque forme que ce soit portent entorse à ce principe dans la mesure où
ils épargnent à un groupe d’assujettis tout ou partie des dépenses nécessaires au paiement
de l’impôt que les autres effectuent en intégralité.
II.2. Manifestations de l’injustice fiscale
L’impôt professionnel sur la rémunération est l’un des impôts dont le recouvrement est
relativement facilité par le système de retenue à la source évoqué supra. Nonobstant, il
laisse entrevoir certaines injustices fiscales dont les unes sont légales et d’autres de fait.
Dans le cadre de cette réflexion, trois cas nous préoccupent, à savoir les différentes
exemptions et exonérations, les abus orchestrés par certains employeurs (surtout les ONG
internationales) et la réticence observée chez des membres des institutions politiques à
payer l’impôt.
II.2.1. Exemptions et exonérations
Sont exemptés et exonérés de l’IPR (56) :
1) L’Etat, les Provinces, les Villes, les Territoires, les Communes, les Circonscriptions
administratives ainsi que les Offices et autres établissements publics de droit
congolais n’ayant d’autres ressources que celles provenant de subventions
budgétaires ;
2) - Les institutions religieuses, scientifiques ou philanthropiques créées par application
de l’article 1er du décret du 28 décembre 1888 et satisfaisant aux conditions requises
par le décret-loi du 18 septembre 1965 ;
- Les associations privées ayant pour but de s’occuper d’œuvres religieuses,
scientifiques ou philanthropiques qui ont reçu la personnalité civile par application
de l’article 2 du décret du 28 décembre 1888 et visées à l’article 5 du décret-loi du
18 septembre 1965 ;
- Les établissements d’utilité publique créés par application du décret du 19 juillet
1926 ;
- Les associations sans but lucratif ayant pour fin de s’occuper d’œuvres religieuses,
sociales, scientifiques ou philanthropiques qui ont reçu la personnalité civile en
vertu de décrets spéciaux ;
3) Les employés des organismes internationaux, du chef des rémunérations touchées par
eux et payées par lesdits organismes ;
4) Les diplomates et agents diplomatiques, les consuls et agents consulaires accrédités
en RDC du chef des rémunérations et profits touchés par eux en leur qualité officielle
lorsqu’ils sont de l’Etat qu’ils représentent et ce, sous réserve de réciprocité, c’est-à-
dire à la condition que les Gouvernements dont ils sont mandataires accordent la
même immunité aux diplomates et agents consulaires de la RDC.
Il faut par ailleurs signaler qu’en vertu de l’Accord de Cotonou signé en 2000 entre les
pays ACP et l’Union Européenne, les primes versées à des nationaux dans le cadre de la

56
Art. 94 de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 telle que modifiée et complétée à ce jour.
17

mise en œuvre des projets financés sur fonds de l’Union Européenne sont exonérées de
l’IPR (57).
De tout ce qui précède, nous reconnaissons que la fiscalité préférentielle n’est pas
mauvaise en soi ; mais elle doit être entourée des mécanismes d’encadrement afin d’éviter
des abus. Certes, certaines exonérations et exemptions comporteraient en elles-mêmes des
germes, mieux des ingrédients d’une éventuelle évasion fiscale, provoquant ainsi de
l’animosité dans le chef des contribuables honnêtes et privant même l’administration
fiscale d’importantes recettes.
A titre d’exemple, la loi fiscale dispense les missions diplomatiques et les organismes
internationaux, dont les agences du Système des Nations Unies, de l’obligation de déclarer
les rémunérations payées à leurs salariés.
Signalons que si le problème ne se pose pas pour les bénéficiaires des « immunités
fiscales », l’inquiétude demeure quant aux engagés locaux en dépit de la brèche ouverte
par la loi n° 06/003 du 27 février 2006 modifiant et complétant certaines dispositions de la
loi n° 004/2003 du 13 mars 2003 portant réformes des procédures fiscales.
Pour rappel, la loi précitée fait obligation aux engagés locaux des missions diplomatiques
et des organismes internationaux de souscrire personnellement la déclaration sur les
rémunérations leur allouées et d’acquitter l’impôt correspondant.
A tout bien considérer, cette solution constitue à notre sens « une utopie », étant donné que
la culture fiscale n’est pas encore profondément enracinée dans le mental de l’homme
congolais. En effet, constate Ernest Midagu Bahati, « dans un monde essentiellement
tourné vers le matérialisme, monde où la recherche de l’argent et de la richesse sont érigées
en véritable culte, les hommes cherchent à amasser toujours plus d’argent et, une fois
arrivés à leurs fins, ils déploient des trésors d’imagination pour dépenser moins et surtout,
payer moins d’impôts » (58).
Abondant dans le même sens, Kola Gonze écrit : « l’odeur de la sainteté ou de la perfection
n’est pas l’apanage du genre de commun de mortels. En fait, l’on ne peut la sentir que, du
moins pour ceux qui se disent croyants, en s’approchant du divin créateur ou de ses anges
messagers. L’imperfection qui caractérise l’être humain a été manifestée depuis sa création
lorsque ce dernier, fait à l’image de son créateur, a violé les principes de bonne
gouvernance et de loyauté établis dans sa première sphère d’existence terrestre » (59).
C’est que la criminalité économique et financière en général et la fraude en particulier ont
pris racine à cette époque de l’existence terrestre de l’homme. En effet, comme le
soulignait André Bossard, ancien secrétaire général de l’Interpol, « les caractéristiques de
la grande criminalité rappellent celles de la société moderne à savoir la recherche constante
du profit, la maîtrise des instruments existants et le recours à la technologie ainsi que la
mobilité » (60).

57
Cfr Lettre n° 042/COFED/FINANCES/2005 du 4 mai 2005 du Ministre des Finances et Ordonnateur
national du Fonds Européen de Développement, lettre citée par MBOKO DJANDIMA, Op. cit., p. 117
58
MIDAGU BAHATI, E., « Fraude et évasion fiscales : problématique et lutte », in Congo Fiscalité, n° 001-
2008, pp. 12-15.
59
KOLA GONZE, « La lutte contre les prédations et prévarications économiques et financières comme
élément de politique criminelle. Cas de fraude fiscale et douanière », in AKELE ADAU, Réforme du Code
pénal congolais, tome II : A la recherche des options fondamentales du Code pénal congolais, Kinshasa,
Editions du Cepas, 2008, p. 274
60
André BOSSARD, cité par KOLA GONZE, « La lutte contre les prédations et prévarications économiques
et financières comme élément de politique criminelle. Cas de fraude fiscale et douanière », Op. cit.
18

Par conséquent, la liberté laissée aux engagés locaux des Organismes internationaux ne
peut que renforcer ces trésors d’imagination destinés à éluder l’impôt. Il suffit, pour s’en
convaincre, de consulter les archives de la Direction Générale des Impôts afin de se rendre
compte des statistiques de ceux qui accomplissent ce devoir légal. Pourtant, à comparer
avec les salariés des entreprises locales, ceux des organismes internationaux sont
relativement mieux payés.
II.2.2. La réticence à l’IPR chez les membres des institutions politiques
Il convient de rappeler que les rémunérations et avantages accordés à toute personne liée à
l’Etat par un pacte ou mandat quelconque sont imposables à l’IPR. Il s’agit notamment des
traitements, salaires, jetons de présence, avantages alloués aux membres des institutions
publiques (Gouvernement, Parlement Cours et tribunaux), aux fonctionnaires et agents des
services publics de l’Etat, etc (61).
Malheureusement, le manque de culture fiscale qui habite tous les congolais en général et
le trafic d’influence qui est devenu un véritable culte congolais rendent ces dispositions
légales inefficaces.
L’imposition des traitements, salaires et autres avantages alloués aux membres des
institutions politiques et aux membres de leurs cabinets reste plus que livresque.
A. Feuilleton des députés
Le Gouvernement congolais avait décidé la retenue à la source de 30 % sur le salaire de
tout le personnel politique pour augmenter les recettes de l’Etat. Et le Ministre du Budget
avait précisé, en son temps, que l’opération ne concernait pas que les députés nationaux,
mais l’ensemble du personnel politique de la République.
Cependant, le séjour dans l’eau ne pouvant pas transformer un tronc d’arbre en crocodile,
quelques mois seulement ont suffi pour voir les élus congolais verser dans l’incivisme
fiscal.
En effet, renseigne [Link], les députés avaient boudé de toucher leurs émoluments du
mois de mars 2009 (62); les fonds avaient été, certes, mis à la disposition de la chambre
basse à cet effet, mais les élus du peuple avaient refusé de toucher à cet argent, pour
protester contre la manière dont le gouvernement a retenu à la source l’impôt sur leurs
revenus.
« Nous devrions déjà entrer en possession de nos émoluments, mais il y a eu une erreur qui
s’est glissée dans les calculs de nos émoluments. C’est ainsi que nous avons retourné
l’argent à la Banque pour qu’on corrige l’erreur. Alors, nous avons demandé à la questure
de l’Assemblée nationale de corriger l’erreur qui s’était glissée », avait expliqué à la radio
onusienne Okapi le député Boongo Nkoy du MLC. A la question de savoir de quelle erreur
il s’est agi, le même député avait fait allusion au prélèvement à la source sur les
émoluments des élus, de l’impôt.
Modeste Bahati, alors questeur du bureau de l’Assemblée nationale avait confirmé le
mécontentement de ses collègues, en précisant que les députés, à l’unanimité, avaient
refusé de percevoir leurs émoluments, et avaient estimé que le gouvernement avait violé la
loi en amputant leur traitement à la base, le système fiscal congolais étant déclaratif (sic).
Ce feuilleton prouve l’ignorance de la loi par son propre auteur, le législateur. En effet, le
système déclaratif ne concerne pas tous les impôts. Dans le cas d’espèce, l’impôt
61
Voir supra
62
Lire Okapi/MCN, « Les députés refusent de percevoir leurs émoluments pour protester contre la retenue à
la source de l’impôt », in [Link] 15 avril 2009.
19

professionnel sur la rémunération est toujours retenu par celui qui attribue ladite
rémunération, à l’exception des organismes internationaux qui sont exemptés de cette
obligation vis-à-vis des rémunérations allouées à leurs engagés locaux.
Cette attitude affichée par les députés dont les émoluments sont enviés par les communs
des Congolais ne pouvait que troubler la paix sociale. On entendait les fonctionnaires
menacer de boycotter leur « SIDA » (63) au motif qu’on leur demande trop de sacrifice
pendant que le sommet se la coule douce ! Si les temps sont durs pour les députés à qui
l’on a retiré 30%, ils sont encore plus durs pour les fonctionnaires dont les derniers
gagneraient aujourd’hui, environ 30 dollars. Or, même avec ce prélèvement à la source, il
n’y a aucun député avec moins de 3.000 dollars, signale le quotidien Le Palmarès (64).
Toutefois, les congolais n’en sont pas à leur premier. En effet, Paulin Manwelo cite parmi
les cas présentés par Mabika Kalanda dont il analyse l’œuvre, le cas des responsables
politiques véreux et cupides et reprend les termes de l’auteur : « à peine élus, nos
parlementaires et nos ministres discutent indemnités (…). Lors de la première séance, ils
parlent de porter leurs indemnités de 100.000 à 500.000 francs par an » (65).
Il convient cependant de noter que ce mal n’est pas le propre des « enfants gâtés » (66) de
« l’Hémicycle de Lingwala ». En effet, constate non sans regret le Professeur Roger Kola
Gonze, « beaucoup d’activités politiques et militaires échappent au paiement de l’impôt.
Certains hommes politiques et militaires s’arrosent des exonérations et exemptions à
volonté. [Or] cette utilisation abusive de la notion d’autorité et de force publique crée un
impact négatif dans la perception fiscale. En effet, on ne mesure pas les effets réels de ces
exonérations et exemptions dans le développement du pays » (67) ; d’où la nécessité
d’appliquer à juste titre la politique de tolérance zéro par la criminalisation du trafic
d’influence.
B. Criminalisation du trafic d’influence
Pour contrer le trafic d’influence qui constitue la pierre d’achoppement dans l’imposition
des revenus des « kuluna en cravate » (68), il convient de faire intervenir les dispositions
pénales incriminant ce genre des mentalités.
En France, ce comportement serait qualifié de délit d’opposition à l’établissement ou au
recouvrement de l’impôt (69). En effet, le législateur français réprime les agissements de
toute personne qui met obstacle, par son comportement, à l’établissement de l’impôt, en
63
Entendez par là non pas le traditionnel « Syndrome d’immunodéficience acquise », mais plutôt le « Salaire
insuffisant difficilement acquis »
64
Le Palmarès n° du 16 avril 2009
65
Paulin MANWELO, « Le procès de la mentalité congolaise dans l’œuvre de Mabika Kalanda », in Congo-
Afrique, n° 441, janvier 2010, pp. 41-54
66
L’expression est de TSHITENGE LUBABU M. K., « Les députés, ces "enfants gâtés" de la République »,
in Jeune Afrique, n° du 24 février 2010.
67
KOLA GONZE, « Analyse de l’économie populaire et de sa formalisation en RDC », in BAKANDEJA wa
MPUNGU et Bernard REMICHE, D’une économie populaire à une économie fiscalisée. Actes du Colloque
international de l’INEADEC (19 septembre 2008), Bruxelles, Larcier, 2010, pp. 143-190
68
Le « Kuluna » est un phénomène qui a pris des proportions inquiétantes à Kinshasa où des groupes
constitués en gangs et armés de machettes, couteaux et même parfois d’armes à feux terrorisent les
populations de certains quartiers de la capitale congolaise. Et l’expression « kuluna en cravate » est utilisée
pour désigner les criminels en col blanc, lesquels se retrouvent malheureusement parmi l’élite et même au
sein des Institutions publiques. Retrouver l’expression dans les articles ci-après : Le Phare, « La chasse aux
‘’Kuluna (voleurs) en cravate’’ relancée résolument par le Chef de l’Etat dans le cadre de la ‘’Tolérance
zéro !’’, in [Link] 26 juillet 2010 ; La République, « Tolérance zéro en
marche. Des ‘’Kuluna en cravate’’ aux arrêts, in [Link] 30 juillet 2010 ;
LP/MCN, « Tolérance zéro : Luzolo Bambi s’attaque aux intouchables », in [Link], 30 août 2010.
69
Art. 1737 et 1746, Code général des impôts (CGI)
20

organise le refus collectif, incite le public à en refuser ou à en retarder le paiement ou


s’oppose, de manière plus générale, à l’accomplissement des fonctions des agents chargés
de l’application de la loi fiscale (70).
Et l’article 1741 CGI vise toute personne qui s’est frauduleusement soustraite ou a tenté de
se soustraire volontairement à l’établissement ou au paiement partiel de l’impôt. Deux
éléments servent à caractériser le délit de fraude fiscale :
- L’élément matériel, c’est-à-dire l’existence des faits visant à permettre au
contribuable de se soustraire à l’impôt ;
- Elément intentionnel : avoir été animé par une volonté de fraude.
Ainsi, quiconque, par voie de fait, menaces ou manœuvres concertées, aura organisé ou
tenté d’organiser le refus collectif de l’impôt sera puni des peines prévues l’article 1 er de la
loi du 18 août 1936 réprimant les atteintes au crédit de la Nation (71).
En résumé, il convient de retenir que l’organisation du refus collectif de l’impôt nécessite
la mise en œuvre des voies de fait, des menaces ou des manœuvres concertées qui peuvent
être dirigées aussi bien contre les agents des impôts que vers les contribuables. D’autre
part, la mise en œuvre de ces moyens doit viser le refus du paiement de l’impôt par un
ensemble de personnes ou une catégorie de contribuables.
Aussi peut-on, à la suite de Jacques BRURON, qualifier le comportement des membres
d’institutions politiques congolaises d’agitation antifiscale ou d’opposition collective à
l’établissement de l’assiette de l’impôt (72).
II.2.3. Parabole de « la petite brebis du pauvre » (73)
Epris de Bethsabée, femme de Urie le Hittite, le roi David commit l’adultère avec cette
femme et fit tuer son mari à la guerre. Et pour lui annoncer la colère de Yahvé, le prophète
Nathan lui parla en parabole comme suit :
Il y avait dans une ville deux hommes, l’un était riche, l’autre était pauvre. Le riche
avait beaucoup de petit et de gros bétail, le pauvre n’avait qu’une seule brebis qu’il
avait achetée. Il la nourrissait, elle grandissait à côté de lui avec ses fils, elle
mangeait de son pain, buvait de sa coupe et dormait sur son sein : elle était pour lui
comme une fille. Un jour, l’homme riche reçut de la visite ; comme il ne voulait pas
prendre sur son petit ou sur son gros bétail pour préparer un repas au voyageur qui
lui arrivait, il vola la brebis du pauvre et la prépara pour son visiteur.
Cette parabole s’applique ici aux abus constatés chez certains employeurs dans le
traitement réservé à leurs salariés. En effet, des recherches menées auprès des salariés de
certaines entreprises et des ONG, surtout internationales, nous avons décelé des violations
répétées des dispositions fiscales et sociales applicables en RDC.
Il s’agit surtout des prélèvements opérés au mépris des règles régissant l’assiette de l’IPR.
Certes, nos enquêtes sur terrain révèlent que certains employeurs abusent de l’expression
« traitement brut » utilisé par le législateur fiscal pour la détermination de la matière
imposable à l’IPR. Par ailleurs, le taux appliqué est parfois très élevé.

70
Gérard LEGRAND, La responsabilité fiscale des dirigeants d’entreprise, Paris, Editions du Juris-Classeur,
2003, p. 221
71
Art. 1747 Code général des impôts.
72
Jacques BRURON, Droit pénal fiscal, Paris, LGDJ, 1993, pp. 73-74
73
Cf. 2 Samuel 11 et 12.
21

A. Des revenus imposables


Certains employeurs prélèvent l’impôt non seulement sur les revenus imposables tels que
mentionnés à l’article 47 de l’ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 relative aux
impôts sur les revenus telle que modifiée et complétée notamment par la loi n° 73/003 du 5
janvier 1973, par la loi n° 77/016 du 25 juillet 1977, par l’ordonnance-loi n° 84-022 du 30
mars 1984 et par le décret-loi n° 109/2000 du 19 juillet 2000, mais aussi sur les revenus
qui, en vertu de l’article 48 du même texte, sont immunisés.
Or, à ce propos, la circulaire départementale n° 4133 du 23 décembre 1988 portant
interprétation de l’article 48-3° de l’Ordonnance-loi n° 69/009 du 10 février 1969 est
claire : elle entend par « traitement brut » ou « base brute » le total des sommes payées en
espèce à titre de rémunération, à l’exclusion par conséquent de la valeur des avantages
en nature et des sommes présentant le caractère d’indemnités ou avantages sociaux
(logement, transport, frais médicaux, allocations familiales légales, etc.) et sans
déduction des cotisations sociales ou syndicales (74).
De même, une bonne partie de la doctrine (75) qui se penche sur cette question signale que
pour le calcul de l’IPR, la rémunération brute ou base imposable est analysée par tranche
au fur et à mesure, le taux augmentant de tranche en tranche. Mais l’on déduit de cette
somme les frais de logement (au maximum 30% du salaire), le transport et les allocations
familiales pour n enfants à charge ; il reste une rémunération nette comme base
d’imposition.
En réalité, l’impôt professionnel sur la rémunération en tant qu’impôt cédulaire sur les
revenus vise toute idée d’enrichissement de la part du bénéficiaire de ces revenus.
Pourtant, le transport pour ne citer que ce cas, ne peut être considéré comme un revenu
encaissé par le salarié qui en serait enrichi ; c’est plutôt le remboursement d’une dépense
professionnelle engagée par le travailleur. Le logement et les soins médicaux, quant à eux,
sont des avantages sociaux que le législateur a expressément soustraits de l’assiette de
l’IPR.
B. De l’application du taux d’imposition
Il a été indiqué plus loin que le taux d’imposition de l’IPR est progressif et évolue suivant
la consistance des revenus. Cette progressivité est soit globale, soit par tranche ou par
palier.
Malheureusement, le taux appliqué dans certaines entreprises ne reflète en rien les
dispositions fiscales en vigueur. C’est que non seulement que ces employeurs considèrent
les revenus tous azimuts de leurs salariés, mais ils y appliquent des taux très élevés.
A titre d’exemple, Mme Mimie-Aimée M., agent d’une ONG internationale œuvrant dans
le domaine humanitaire à Kinshasa nous a déclaré qu’elle gagnait un salaire de base de
271.116, mais que son impôt s’élevait à plus de 101.086FC (76). En fait, cet impôt porte sur
le salaire brut contenant, outre les 271.116FC de salaire de base, l’indemnité de logement
(100.584FC) et l’indemnité de transport (31.896FC).

74
Voy. MBOKO N’DANDIMA, Op. cit. p. 115
75
Voy. notamment JAGENEAU, GH., Op. cit., pp. 68-69 ; Jean-Pierre CASIMIR et Martial CHADEFAUX,
Droit fiscal. Manuel et applications, 2ème éd., Paris, Nathan, 2008, p. 301 ; Jean-Jacques BIENVENU et
Thierry LAMBERT, Droit fiscal, 3ème éd., Paris, PUF, 2003. p. 104 ; Emmanuel DISLE et Jacques SARAF,
Droit fiscal, Paris, Dunod, 2004, p. 435
76
Interview réalisée à Kinshasa, le 03 décembre 2009.
22

Pour réprimer ce comportement des employeurs, il sied de recourir à l’article 321 du Code
du travail qui punit d’une amende qui ne dépasse pas 20.000FC, les auteurs des infractions
aux dispositions de certains articles, notamment l’article 112 qui nous intéresse dans le
cadre de cette réflexion, lequel article rend nulle de plein droit toute stipulation attribuant à
l’employeur le droit d’infliger des réductions de rémunérations à titre de dommages-
intérêts, même s’il autorise certaines retenues.
En effet, bien que ces retenues soient autorisées, elles ne peuvent être opérées que
conformément aux dispositions légales et réglementaires les régissant. C’est que tout
employeur qui les aura appliquées de manière arbitraire, c’est-à-dire sans respecter les
règles requises pour leur prélèvement, devrait répondre de ses actes devant la loi en vertu
de l’article 321 précité.
Malheureusement, la sanction à encourir n’est pas de nature à dissuader les employeurs
véreux de recourir à des pratiques contra legem.
En fait, l’on assiste à une ingéniosité juridique face à l’inefficacité des mécanismes
traditionnels de condamnation des infractions commises en matière du travail. Certes,
lorsque le gain espéré de la commission est supérieur à l’amende à laquelle l’auteur pourra
éventuellement être condamné, ce dernier a souvent tendance, par rationalité économique,
à transgresser la loi. Il est donc plus facile, par exemple, pour un industriel ou un
commerçant d’accepter de perdre sur le terrain juridique alors qu’il est convaincu d’avoir
gagné économiquement (77).

77
MANZANZA LUMINGU, « La condamnation aux dommages-intérêts punitifs : une nouvelle dimension
dans la répression de la contrefaçon des œuvres de l’esprit », in Paroles de Justice, 2010.
23

CONCLUSION

L’étude que nous venons d’entreprendre sur le régime fiscal de la rémunération en


République Démocratique du Congo nous a permis de découvrir certaines difficultés
rencontrées d’une part par les salariés et d’autre part par le fisc.
Pour ce faire, nous avons parcouru le régime de la rémunération dans la réglementation du
travail et ce, en précisant sa notion et en circonscrivant ses éléments constitutifs avant de
déterminer les modalités de son paiement.
Ensuite, nous avons présenté l’IPR comme régime fiscal de la rémunération en le situant
dans le contexte général des impôts cédulaires sur les revenus professionnels. Nous avons
noté que l’IPR vise aujourd’hui les rémunérations diverses, incluant même les traitements
des membres des institutions politiques.
Dans tous les cas, nous avons déploré les abus occasionnés par les employeurs dans les
prélèvements de cet impôt. C’est que dans la détermination de l’assiette de l’impôt,
certains employeurs incluent même des revenus qui seraient immunisés. Il faut, par
conséquent, que les inspecteurs du travail et les agents du fisc œuvrent pour la protection
des salariés victimes de pareils abus.
En outre, les réticences observées dans le chef des membres des institutions politiques
brisent le principe d’égalité de tous les citoyens devant l’impôt. Aussi faut-il prévoir des
mécanismes efficaces pouvant permettre au fisc de recouvrer cet impôt dans le chef de
ceux qui gagnent beaucoup de fortunes grâce aux recettes de l’Etat, mais qui refusent de
contribuer au Trésor public.
Certes, comme on le sait, le système fiscal congolais est déclaratif. Cela veut dire qu’il est
basé sur la bonne foi du contribuable appelé à déclarer sa matière imposable dont
l’évaluation sera finalement confirmée par l’agent du fisc. C’est à ce niveau que se joue la
prédation économique et financière constituée par les fraudes fiscales (78). C’est donc là
que le recours au droit pénal fiscal devrait être de mise. En effet, il a été observé en droit
comparé que, « même réduit à un rôle adjuvant, le droit pénal fiscal est une discipline
riche : riche en incriminations, en spécificités procédurales et particularismes relatifs aux
sanctions » (79), ce qui n’est pas le cas en droit congolais où les pratiques de fraude
semblent être tolérées (…) (80).

78
BAKANDEJA wa MPUNGU, « La lutte contre les prédations et les prévarications économiques et
financières comme éléments de police criminelle », in Réforme du Code pénal congolais, tome II : A la
recherche des options fondamentales du Code pénal congolais, Kinshasa, Editions du Cepas, 2008. pp.
255-271
79
Voy. Jean Didier WILFRID, Droit pénal des affaires, 6ème éd., Paris, Dalloz, 2005.
80
BAKANDEJA wa MPUNGU, « La lutte contre les prédations et les prévarications économiques et
financières comme éléments de police criminelle », in [Link].
24

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