Structures algébriques
Emmanuel Vieillard-Baron1 , Alain Soyeur2 , and François Capaces3
1
Enseignant en CPGE, Lycée Kléber, Strasbourg
2
Enseignant en CPGE, Lycée Pierre de Fermat, Toulouse
3
,,
11 août 2023
1 Structures algébriques
Structures algébriques de base.
Pour bien aborder ce chapitre
La notion de groupe est apparue dès la fin du 18 e de manière parallèle dans différents domaines
des mathématiques.
En 1798, Karl Friedrich Gauss, dans ses « Disquisitiones Arithmeticae », utilise implicitement
la notion de groupe abélien. Plus tard, au milieu du 19 e , Ernst Kummer établie des résultats de
factorisation sur les groupes dans une tentative de prouver le grand théorème de Fermat.
Dans la première moitié du 19 e siècle, le jeune mathématicien prodige Évariste Galois cherche
à prouver que les équations polynomiales de degré > 5 à coefficients complexes ne peuvent être
résolues par radicaux, ce qui signifie que leurs racines ne peuvent être écrites au moyen des opérations
usuelles. Pour ce faire, il s’intéresse à un groupe relié aux racines de l’équation considérée. Son génie
consiste alors à comprendre que les difficultés pour résoudre l’équation ne proviennent pas de son
degré mais des propriétés mathématiques de ce groupe.
À la fin du 19 e , Félix Klein utilise les groupes pour classifier les nouvelles géométries tout juste
découvertes.
Les mathématiciens savent depuis que les groupes interviennent dans de très nombreux do-
maines. L’ensemble des isométries de l’espace ou du plan est un groupe appelé groupe orthogonal,
voir le chapitre ??. L’ensemble des isométries préservant un objet donné (un polygone régulier, un
solide platonicien, etc...) a une structure de groupe. L’ensemble des permutations Sn d’un ensemble
fini est un groupe qui fut étudié par Cauchy et Cayley à la fin du 19 e siècle. Le chapitre ?? lui est
consacré. Le groupe découvert par Galois est d’ailleurs un sous-groupe de ce groupe. L’ensemble
1
des transformations qui, en relativité restreinte, permettent de changer de référentiel galiléen tout
en préservant les lois de la physique et la vitesse de la lumière, forment un groupe appelé groupe de
Lorenz. En chimie, les symétries des molécules permettent de leur associer des groupes qui aident à
comprendre mieux leurs propriétés. Plus concrètement encore, l’ensemble des manipulations qu’on
peut effectuer sur un Rubik’s cube a lui aussi une structure de groupe. L’étude de ce groupe permet
de mettre en place des stratégies gagnantes pour le reconstituer.
L’objet de ce chapitre, peu ambitieux, est d’introduire la notion de groupe ainsi que le voca-
bulaire attenant. Nous le terminerons par l’étude de deux autres structures, celles d’anneaux et de
corps, qui sont elles aussi omniprésentes en mathématiques.
1.1 Groupe
1.1.1 Loi de composition interne
Définition 0.1 Loi de composition interne
Soit E un ensemble. On appelle loi de composition interne une application de E × E dans E :
E×E −→ E(a, b)
ϕ:
7−→ ϕ(a, b)
Exemple 0.1
— Si E = N, la multiplication ou l’addition des entiers forme une loi de composition interne.
— Si E est un ensemble, la composition des applications est une loi de composition interne sur
l’ensemble des fonctions de E dans E : F (E, E)
— Si E est un ensemble, l’intersection ou la réunion sont des lois de composition interne sur
l’ensemble des parties de E : P (E)
✎ Notation 0.2
— Pour alléger les notations, on écrit plus simplement ϕ(a, b) = a ϕ b ou ϕ(a, b) = a ⋆ b par
exemple, ou encore ϕ(a, b) = a.b, et pour les moins courageux ϕ(a, b) = ab etc.
— On note alors (E, ⋆) un ensemble E muni d’une loi de composition interne ⋆.
Remarque 0.1
— Ce qui est important, bien entendu, c’est que ϕ(a, b) reste dans E.
— Il n’y a aucune raison à priori pour que a ⋆ b = b ⋆ a.
— On peut itérer une loi de composition interne : si (a, b, c) ∈ E 3 , on notera
(a ⋆ b) ⋆ c = ϕ ϕ(a, b), c
a ⋆ (b ⋆ c) = ϕ a, ϕ(b, c)
Il n’y a aucune raison à priori pour que ces deux éléments soient égaux.
✎ Notation 0.3 Pour simplifier les notations, on utilisera, suivant le contexte, pour la loi
de composition interne ⋆ :
— une notation additive : a + b = a ⋆ b = ϕ(a, b).
— ou une notation multiplicative : ab = a ⋆ b = ϕ(a, b).
Définition 0.2 Loi associative, commutative
Soit ⋆ une loi de composition interne sur un ensemble E. On dit que ⋆ est :
— commutative si et seulement si ∀(a, b) ∈ E 2 , a ⋆ b = b ⋆ a,
— associative si et seulement si ∀(a, b, c) ∈ E 3 , a ⋆ (b ⋆ c) = (a ⋆ b) ⋆ c.
On dit que plus que ⋆ admet e ∈ E comme élément neutre si et seulement si ∀x ∈ E,
e⋆x=x⋆e=x
Plan 0.1 : Pour montrer que...
... ⋆ est commutative : 2. x ⋆ (y ⋆ z) = (x ⋆ y) ⋆ z
1. Soit (x, y) ∈ E 2 3. Donc ⋆ est associative
2. x ⋆ y = y ⋆ x ... e ∈ E est neutre :
3. Donc ⋆ est commutative 1. Soit x ∈ E
... ⋆ est associative : 2. e ⋆ x = x, x ⋆ e = x
1. soit (x, y, z) ∈ E 3
3. Donc e est neutre.
Proposition 0.1 Unicité de l’élément neutre
Si (E, ⋆) possède un élément neutre, il est unique.
Démonstration Supposons que e′ soit un autre élément neutre pour ⋆. Alors e = e ⋆ e′ = e′ et
donc e = e′ .
Exemple 0.4
— Pour le couple (N, +), + est commutative et associative, l’élément neutre est 0.
— Pour le couple (N, ×), × est commutative et associative, 1 est l’unique élément neutre .
— Pour le couple (P(G), ∪), la loi est commutative, associative, la partie ∅ est neutre pour cette
loi.
— Soit E un ensemble. On considère l’ensemble des applications de E dans E muni de la compo-
sition : (F (E, E) , ◦). La loi de composition interne ◦ est associative mais pas commutative.
IdE est l’élément neutre de cette loi.
Remarque 0.2 Si une loi de composition interne est commutative et associative, on définit
les notations suivantes pour (x1 , . . . , xn ) ∈ E n :
— Lorsque la loi est notée additivement, on définit
n
X
xi = x1 + · · · + xn ,
i=1
— et lorsque la loi est notée multiplicativement,
n
Y
xi = x1 ⋆ · · · ⋆ xn .
i=1
Exemple 0.5 Soit E un ensemble. On considère l’ensemble des applications de E dans E
muni de la composition : (F (E, E) , ◦). La loi de composition interne ◦ est associative mais pas
commutative. IdE est l’élément neutre de cette loi.
Dans la suite, on suppose que ⋆ est associative et admet un élément neutre.
Définition 0.3 Symétrique
On suppose que (E, ⋆) possède un élément neutre e. Soit un élément x ∈ E. On dit qu’un élément
y ∈ E est un symétrique (ou un inverse) de l’élément x si et seulement si :
x⋆y =y⋆x=e
Si tel est le cas, y est unique et est appelé le symétrique de x.
Démonstration Supposons que x possède deux symétriques y1 ∈ E et y2 ∈ E, alors, par application
de la définition et par associativité de ⋆, il vient :
y2 = (x ⋆ y1 ) ⋆ y2 = (y1 ⋆ x) ⋆ y2 = y1 ⋆ (x ⋆ y2 ) = y1 ⋆ e = y2 .
Plan 0.2 : Pour montrer que y ∈ E est le symétrique de x ∈ E
1. On montre que x ⋆ y = e ;
2. On montre que y ⋆ x = e ;
3. Donc y est le symétrique de x.
Remarque 0.3 L’élément neutre est toujours son propre symétrique : e−1 = e.
✎ Notation 0.6 Si un élément x de (E, ⋆) admet un symétrique :
— on l’appelle inverse de x et on le note x−1 lorsque la loi est notée multiplicativement
— on l’appelle opposé de x et on le note de x et on le note −x lorsque la loi est notée additivement.
Exemple 0.7
— Le seul élément de (N, +) qui admet un opposé est 0.
— Tout élément n ∈ Z muni de l’addition admet un opposé.
— Les deux seuls éléments de Z∗ muni de la multiplication qui admettent un inverse sont 1 et
−1.
— Tout élément p/q de Q∗ admet un inverse donné par q/p.
— Si f ∈ F (E, E) muni de la loi de composition, f est inversible si et seulement si elle est
bijective.
Proposition 0.2 Règles de calcul avec les inverses
−1
— Si x est symétrisable alors x−1 est aussi symétrisable et : x−1 =x.
−1
— Si x et y sont symétrisables, x ⋆ y est aussi symétrisable et : (x ⋆ y) = y −1 ⋆ x−1 .
Démonstration
— Soit x un élément symétrisable de E et soit y = x−1 . Comme y ⋆ x = x ⋆ y = e, y est symétrisable
−1 −1
−1
et x = y = x .
— Supposons que x et y sont symétrisables, alors, par associativité de ⋆, on a :
(x ⋆ y) ⋆ y −1 ⋆ x−1 = x ⋆ y ⋆ y −1 ⋆ x−1 = x ⋆ e ⋆ x−1 = x ⋆ x−1 = e.
On montre de même que y −1 ⋆ x−1 ⋆ (x ⋆ y) = e, ce qui prouve bien que x ⋆ y est symétrisable
et que (x ⋆ y)−1 = y −1 ⋆ x−1 .
−1
Remarque 0.4 La propriété (x ⋆ y) = y −1 ⋆ x−1 dit simplement que l’on se déshabille
dans l’ordre inverse de l’habillage. Si x désigne l’opération « je mets ma chaussette droite »
et y l’opération « je mets ma chaussure droite », les opérations inverses sont x−1 , « j’ôte ma
chaussette droite » et y −1 l’opération « j’ôte ma chaussure droite ». L’opération « je mets ma
chaussette droite, puis ma chaussure droite » est désignée par x ⋆ y. Son opération inverse est bien
−1
(x ⋆ y) = y −1 ⋆ x−1 c’est-à-dire « j’ôte ma chaussure droite, puis ma chaussette droite ».
L’opération z « je mets ma chaussette gauche » commute avec x et y, (donc avec x−1 et y −1 ).
−1
De ce fait (x ⋆ z) = z −1 ⋆ x−1 , ce qui peut être facilement vérifié expérimentalement.
1.1.2 Groupe
Définition 0.4 Groupe
Soit G un ensemble. On dit que (G, ⋆) est un groupe si ⋆ est une loi de composition interne sur G
vérifiant :
1. la loi ⋆ est associative ;
2. G possède un élément neutre ;
3. tout élément x de G admet un symétrique.
Si de plus la loi ⋆ est commutative, on dit que le groupe est abélien (ou commutatif ).
Exemple 0.8
— Les couples (Z, +), (Q, +), (R, +) et (C, +) sont des groupes.
— Les couples (Q∗ , ×), (R∗ , ×), (C∗ , ×) sont des groupes.
— Rappelons que U = {z ∈ C | |z| = 1} = {z ∈ C | ∃θ ∈ R : z = eiθ }. On a montré dans la
proposition ?? page ?? que (U, ×) est un groupe.
— Les couples (N, +), (Z \ {0}, ×) ne sont pas des groupes. Pourquoi ?
Présentons maintenant un autre exemple essentiel.
Proposition 0.3 Groupes des bijections d’un ensemble
Soit E un ensemble. On note S (E) l’ensemble des bijections de E dans E. Alors (S (E) , ◦) est
un groupe (en général non abélien).
Démonstration
— On a déjà prouvé que ◦ est une loi de composition interne : si (f, g) ∈ (S (E))2 alors f ◦ g et g ◦ f
sont encore des bijections sur E.
— On a aussi déjà prouvé que ◦ est associative.
— S (E) possède un élément neutre IdE .
— Toute application f de E possède une application symétrique : son application réciproque f −1 .
Évariste Galois né à Bourg-la-Reine le 25 octobre 1811, mort à Paris le 31 mai 1832.
Malgré une scolarité en dents de scie, Galois montre des capacités extraordinaires en mathématiques.
Il a un tel goût pour cette matière qu’un de ses professeurs dira « C’est la fureur des mathématiques
qui le domine ; aussi je pense qu’il vaudrait mieux pour lui que ses parents consentent à ce qu’il ne
s’occupe que de cette étude ». En 1826, il obtient un prix en mathématiques au concours général. En
1828, il essaie d’intégrer l’école Polytechnique alors qu’il n’est pas élève, comme c’est normalement
l’usage, en mathématiques spéciales. Il est recalé. Il entre alors en mathématiques spéciales à Louis-
le-Grand dans la classe de Louis-Paul-Émile Richard. Ce dernier prend vite conscience du génie de
son élève. Il conservera d’ailleurs ses copies. Le père de Galois se suicide pour des raisons politiques
quelques jours avant que Galois ne se présente à nouveau à Polytechnique. Il est une seconde fois
recalé, à la stupéfaction de son maître. La légende veut qu’il ait jeté le chiffon servant à effacer le
tableau à la tête de son examinateur devant la stupidité des questions posées ... Il intègre cependant
l’École préparatoire (appelée maintenant l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm). Il publie cette
même année son premier article de mathématiques dans les Annales de mathématiques pures et
appliquées de Gergonne.
Il soumet dans les mois qui suivent plusieurs autres articles sur la résolubilité des équations algé-
briques. La légende veut que Cauchy, qui en était le rapporteur, les aurait égarés. Il est plus probable
en fait qu’il les ait conservés pour que Galois puisse concourir au grand prix de mathématiques de
l’Académie des sciences en 1830. Galois candidate à ce concours et Fourier qui est chargé de rap-
porter son manuscrit meurt peu après ... Le grand prix échoit à Abel et Jacobi.
Suite à la révolution de juillet 1830, Galois s’engage en politique au côté des républicains. Fin dé-
cembre 1830, il est expulsé de l’école préparatoire suite à la rédaction d’un texte critique à l’égard de
son directeur. En 1831, lors d’un banquet, Galois porte maladroitement un toast à Louis-Philippe
avec un couteau à la main ... Il est arrêté et passe un mois en prison. Quelques mois après, il est à
nouveau arrêté et passe six mois en prison pour port illégal de l’uniforme de l’artillerie. Cette même
année, il soumet un nouveau manuscrit à l’Académie des sciences, toujours sur la résolubilité des
équations polynomiales. Poisson, qui le rapporte est rebuté par sa difficulté et le refuse. En prison,
Galois poursuit ses recherches mathématiques et s’intéresse aux fonctions elliptiques.
Le 30 mai 1832, Galois se bat en duel au pistolet suite, semble-t-il, à une bête querelle amoureuse.
Il décède le lendemain de ses blessures. La nuit précédant le duel, il rédige une lettre 1 à son ami Au-
guste Chevalier lui enjoignant de faire connaître ses travaux à Jacobi et Gauss. Elle se termine par
cette phrase très émouvante qui permet de mesurer l’optimisme de Galois quant à l’issue du duel :
« Après cela, il y aura, j’espère, des gens qui trouveront leur profit à déchiffrer tout ce gâchis ».
Liouville, dix ans plus tard, re-découvrira les travaux de Galois et qui les popularisera.
Théorème 0.4 Règles de calcul dans un groupe
Soit (G, ⋆) un groupe.
1. L’élément neutre est unique .
2. Tout élément possède un unique symétrique ;
−1
3. Pour tout élément x d’un groupe, on a x−1 = x.
4. Règle de simplification : ∀(a, x, y) ∈ G3 ;
(
a ⋆ x = a ⋆ y ⇒ x = yx ⋆ a = y ⋆ a
.
⇒x=y
1. On peut consulter cette lettre à l’adresse http ://[Link]/oliver/galois/[Link]
5. Soit (a, b) ∈ G2 . L’équation a ⋆ x = b possède une unique solution :
x = a−1 ⋆ b.
6. ∀(x, y) ∈ G2 , (x ⋆ y)−1 = y −1 ⋆ x−1 .
Proposition 0.5 Groupe produit
On considère deux groupes (G, ⋆) et (H, •) et sur l’ensemble G × H, on définit la loi ⋆ par :
∀((x, y), (x′ , y ′ )) ∈ (G × H)2 , (x, y)⋆(x′ , y ′ ) = (x ⋆ x′ , y • y ′ )
Alors (G × H, ⋆) est un groupe appelé groupe produit.
Démonstration La preuve est laissée en exercice. Il suffit de vérifier chacun des axiomes définissant
un groupe.
Définition 0.5 Sous-groupe
Soit (G, ⋆) un groupe. On dit qu’une partie H ⊂ G est un sous-groupe de G si et seulement si :
1. e ∈ H.
2. la partie H est stable par la loi : ∀(x, y) ∈ H 2 , x ⋆ y ∈ H.
3. ∀x ∈ H, x−1 ∈ H.
Exemple 0.9
— Z est un sous-groupe de R pour l’addition.
— nZ est un sous-groupe de Z pour l’addition.
— L’ensemble des bijections croissantes est un sous-groupe du groupe des bijections de R dans
R.
— L’ensemble des isométries du plan est un sous-groupe du groupe des bijections du plan. (Rap-
pelons qu’une isométrie est une bijection conservant les distances).
Proposition 0.6 Caractérisation des sous-groupes
Soient (G, ⋆) un groupe et H une partie non vide de G. H est un sous-groupe de G si et
seulement si
1. e ∈ H ;
2. ∀(x, y) ∈ H 2 , x ⋆ y −1 ∈ H .
Démonstration
— Soit H un sous-groupe non vide de G et soit (x, y) ∈ H 2 . y −1 est élément de H et il en est de
même du produit x ⋆ y −1 .
— Soit H une partie non vide de G vérifiant : ∀ (x, y) ∈ H 2 , x ⋆ y −1 ∈ H. Soit x ∈ H. On a :
e = x ⋆ x−1 ∈ H donc l’élément neutre de G est élément de H. Pour tout (e, x) ∈ H 2 , e ⋆ x−1 ∈ H
−1
donc x−1 ∈ H. Enfin, pour tout (x, y) ∈ H 2 , on a (x, y −1 ) ∈ H 2 et donc x ⋆ y −1 ∈ H, soit
x ⋆ y ∈ H.
Plan 0.3 : Pour montrer que H ⊂ G est un sous-groupe du groupe (G, ⋆)
1. e ∈ H ;
2. Soit (x, y) ∈ H 2 ;
3. Vérifions que x ⋆ y −1 ∈ H ...
4. Donc H est un sous-groupe de G.
Théorème 0.7 Un sous-groupe a une structure de groupe
Si la partie H est un sous-groupe de (G, ⋆), alors puisque cette partie est stable pour la loi de
composition interne, on peut définir la restriction de la loi ⋆ à H qui est une loi de composition
interne sur H. Muni de cette loi restreinte, (H, ⋆) est un groupe.
Ce théorème est d’une grande utilité pour prouver rapidement que des ensembles sont des
groupes.
Plan 0.4 : Pour montrer qu’un ensemble a une structure de groupe...
...il suffit de montrer que c’est un sous-groupe d’un groupe connu.
Exemple 0.10 Montrons que (U, ×) est un groupe avec : U = {z ∈ C | |z| = 1}. Il suffit de
prouver que c’est un sous-groupe de (C∗ , ×).
1. Comme |1| = 1, il est clair que 1 ∈ U.
2. Soient x, y ∈ U.
3. On a xy −1 = |x| |y|−1 = 1 donc xy −1 ∈ U.
4. Donc U est un sous-groupe de (C∗ , ×) et (U, ×) admet par conséquent une structure de groupe.
Théorème 0.8 L’intersection de deux sous-groupes est un sous-groupe
Si H1 et H2 sont deux sous-groupes d’un groupe G, alors H1 ∩ H2 est un sous-groupe de G
Démonstration Notons H = H1 ∩ H2 et montrons que H est un sous-groupe de G. Utilisons la
caractérisation précédente. Soit (x, y) ∈ H 2 . On a alors (x, y) ∈ H12 ce qui amène que x⋆y −1 ∈ H1 car H1
est un sous-groupe de G et (x, y) ∈ H22 ce qui amène aussi que x⋆y −1 ∈ H2 . Donc x⋆y −1 ∈ H1 ∩H2 = H
et H est bien un sous-groupe de G.
Attention 0.11 H1 ∪ H2 n’est pas un sous-groupe de G, sauf si G1 ⊂ G2 ou G2 ⊂ G1 . Voir
exercice ?? p. ??.
1.1.3 Morphisme de groupes
Définition 0.6 Morphisme
Soient deux groupes (G1 , ⋆) et (G2 , •). Une application f : G1 −→ G2 est un morphisme de
groupes ou homomorphisme si et seulement si :
∀(x, y) ∈ G21 , f (x ⋆ y) = f (x) • f (y)
On dit de plus que ϕ est un :
— endomorphisme lorsque G1 = G2
— isomorphisme lorsque f est bijective
— automorphisme lorsque f est un endomorphisme et un isomorphisme.
Plan 0.5 : Pour montrer que f : G1 −→ G2 est un morphisme
1. Soit (x, y) ∈ G21 ;
2. On a bien f (x ⋆ y) = f (x) • f (y).
Remarque 0.5
— Un morphisme entre un groupe (G1 , ⋆1 ) et un groupe (G2 , ⋆2 ) permet de transformer des
produits pour la loi ⋆1 dans le groupe de départ en des produits pour la loi ⋆2 dans le groupe
d’arrivée.
— La notion d’isomorphisme est fondamentale en mathématiques. Le mot isomorphisme pro-
vient du grec et peut se traduire en « même forme ». Deux groupes isomorphes ont non
seulement le même nombre d’éléments mais aussi des tables de multiplication identiques. Du
coup toute propriété algébrique vraie pour un des deux groupes est vraie pour l’autre. Si un
de ces deux groupes est plus simple à étudier que l’autre, on préférera travailler avec celui-ci
et on en tirera les propriétés de l’autre. Cette idée est à la base de la théorie des représenta-
tions. Par ailleurs, il est intéressant pour un groupe donné, de chercher s’il est isomorphe à
un groupe connu. C’est ce qu’on appelle un problème de classification. La classification des
groupes finis, terminée au 20 e siècle pour ceux qu’on dit simples, occupe à l’heure actuelle
encore de nombreux mathématiciens.
Proposition 0.9 Propriétés des morphismes de groupes
Si (G1 , ⋆) est un groupe d’élément neutre e1 , si (G2 , •) est un groupe d’élément neutre e2 et si
f : G1 −→ G2 est un morphisme de groupes, alors
1. f (e1 ) = e2 ;
2. ∀x ∈ G1 , [f (x)]−1 = f (x−1 ) .
Démonstration
1. Remarquons que f (e1 ) = f (e1 ⋆ e1 ) = f (e1 ) • f (e1 ) = (f (e1 ))2 . On a par ailleurs l’égalité
f (e1 ) • e2 = (f (e1 ))2 . En multipliant cette égalité des deux côtés à gauche par (f (e1 ))−1 , on
obtient e2 = f (e1 ).
2. Soit x ∈ G. Comme f est un morphisme de groupes,
f x ⋆ x−1 = f (x) • f x−1 . D’autre
part,
f x ⋆ x−1 = f (e1 ) = e2 . Donc f (x)•f x−1 = e2 . On montrerait de même que f x−1 •f (x) =
e2 . Ce qui prouve que f x−1 = [f (x)]−1 .
Théorème 0.10 Image directe et réciproque de sous-groupes par un morphisme
Soient (G1 , ⋆) et (G2 , •) deux groupes et soit f : G1 7→ G2 un morphisme de groupes.
1. Si H1 est un sous-groupe de G1 , alors f (H1 ) est un sous-groupe de G2 ;
2. Si H2 est un sous-groupe de G2 , alors f −1 (H2 ) est un sous-groupe de G1 .
Démonstration
1. Comme e2 = f (e1 ) et que e1 ∈ H1 alors e2 ∈ f (H1 ). Soient y, y ′ ∈ f (H1 ). Montrons que
y • y ′−1 ∈ f (H1 ). Il existe x, x′ ∈ H1 tels que f (x) = y et f (x′ ) = y ′ . Comme f x′−1 =
−1
(f (x′ )) = y ′−1 , il vient y • y ′−1 = f (x) • f x′−1 = f x ⋆ x′−1 . Mais H1 est un sous-groupe
′−1 ′−1
de G1 donc x ⋆ x ∈ H1 . On prouve ainsi que y • y est l’image d’un élément de H1 par f et
donc que y • y ′−1 ∈ f (H1 ).
2. Comme e2 = f (e1 ) et que e2 ∈ H2 , e1 ∈ f −1 (H2 ). Soient x, x′ ∈ f −1 (H2 ). Montrons que
x ⋆ x′−1 ∈ f −1 (H2 ). Pour ce faire, il suffit de montrer que f x ⋆ x′−1 ∈ H2 . Mais f x ⋆ x′−1 =
−1
f (x) • (f (x′ )) ∈ H2 car H2 est un sous-groupe de G2 . On montre ainsi que f −1 (H2 ) est un
sous-groupe de G1 .
Définition 0.7 Noyau, image d’un morphisme de groupes
On considère un morphisme de groupes f : G1 7→ G2 . On note e1 l’élément neutre du groupe
G1 et e2 l’élément neutre du groupe G2 . On définit
— le noyau du morphisme f :
Ker f = {x ∈ G1 | f (x) = e2 } = f −1 {e2 }
— l’image du morphisme f :
Im f = f (G1 ) = {y ∈ G2 | ∃x ∈ G1 f (x) = y}
Proposition 0.11 Le noyau et l’image d’un morphisme de groupes sont des sous-
groupes
On considère un morphisme de groupes f : G1 7→ G2 . Alors
— Ker f est un sous-groupe de G1
— Im f est un sous-groupe de G2 .
Démonstration
— Comme f (e1 ) = e2 , Ker f est un sous-ensemble non vide de G1 . De plus, {e2 } est un sous-
groupe de G2 et Ker f = f −1 ({e2 }) donc Ker f est un sous-groupe de G1 d’après la proposition
précédente.
— Comme Im f = f (G1 ), on sait que Im f est un sous-groupe de G2 d’après la proposition précédente.
Théorème 0.12 Caractérisation des morphismes injectifs
Un morphisme f de (G1 , ⋆) dans (G2 , •) est injectif si et seulement si Ker f = {e1 } .
Démonstration
— Supposons que f est injectif. Comme f est un morphisme, on a e1 ∈ Ker f . Comme f est injectif,
e1 est le seul élément de f −1 (e2 ) dans G1 , ce qui prouve que Ker f = {e1 }.
— Réciproquement, supposons que Ker f = {e1 }. Soient (x, y) ∈ (G1 )2 tel que f (x) = f (y). Montrons
que x = y. On multiplie à droite l’égalité f (x) = f (y) par (f (y))−1 . On obtient f (x)• (f (y))−1 =
f (y) • (f (y))−1 = e2 . D’après les propriétés des morphismes de groupe f x ⋆ y −1 = e2 . Donc
x ⋆ y −1 ∈ Ker f et nécéssairement x ⋆ y −1 = e1 . On multiplie à droite par y les deux membres de
cette égalité et on obtient x = y, ce qui prouve que f est injectif.
Plan 0.6 : Pour montrer qu’un morphisme f : (G1 , ⋆) 7→ (G2 , •) est injectif
1. Soit x ∈ G1 tel que f (x) = e2
2. Alors x = e1 ;
3. Donc Ker f = {e1 }, et puisque f est un morphisme, f est injectif.
Théorème 0.13 Caractérisation des morphismes surjectifs
Un morphisme f de (G1 , ⋆) dans (G2 , •) est surjectif si et seulement si Im f = G2 .
Démonstration Par définition de la surjectivité !
Ajoutons, à titre indicatif, les deux propositions suivantes. Leur preuves forment un exercice
instructif laissé au lecteur.
Proposition 0.14 Composition de morphismes de groupes
— La composée de deux morphismes de groupes est un morphisme de groupes.
— La bijection réciproque d’un isomorphisme de groupes est un isomorphisme de groupes.
Proposition 0.15 L’ensemble des automorphismes d’un groupe est un groupe pour
la composition
Si (G, ⋆) est un groupe, on note Aut (G) l’ensemble des automorphismes de G. (Aut (G) , ◦) est
un groupe.
1.2 Anneau, corps
1.2.1 Structure d’anneau
Définition 0.8 Anneau
Soit A un ensemble muni de deux loi de composition interne notées + et ×. On dit que (A, +, ×)
est un anneau si et seulement si :
1. Le couple (A, +) est un groupe commutatif ;
2. la loi × est associative ;
3. la loi × est distributive par rapport à la loi + :
∀(x, y, z) ∈ A3 , x × (y + z) = x × y + x × z (x + y) × z = x × z + y × z;
4. il existe un élément neutre pour ×, noté 1.
Si en plus la loi × est commutative, on dit que (A, +, ×) est un anneau commutatif.
Exemple 0.12
— Les triplets (Z, +, ×), (Q, +, ×),(R, +, ×),(C, +, ×) sont des anneaux commutatifs. Ce n’est
pas le cas de (N, +, ×).
— Si E est un ensemble, l’ensemble F (E, R) des applications définies sur E et à valeurs dans
R muni de l’addition et du produit des fonctions est un anneau commutatif.
— L’ensemble des fonctions polynômes de R dans R muni de l’addition et du produit des fonctions
est un anneau commutatif.
— L’ensemble des suites réelles (ou complexes) S (R) (ou S (C)) muni de l’addition et de la
multiplication des suites est un anneau commutatif.
— On verra au chapitre ?? que l’ensemble des matrices carrées à coefficients réels (ou complexes)
muni de l’addition et du produit des matrices est un anneau en général non commutatif.
✎ Notation 0.13 Dans un anneau (A, +, ×), on note −x le symétrique de l’élément x pour la
loi + et 0 l’élément neutre de la loi +. Attention, un élément x ∈ A n’a pas forcément de symétrique
pour la loi ×, la notation x−1 n’a pas de sens en général.
Théorème 0.16 Règles de calcul dans un anneau
On considère un anneau (A, +, ×). On a les règles de calcul suivantes :
1. ∀a ∈ A, a × 0 = 0 × a = 0 ;
2. ∀a ∈ A, (−1) × a = −a ;
3. ∀(a, b) ∈ A2 , (−a) × b = −(a × b).
Démonstration Soit (a, b) ∈ A2
1. La distributivité de la loi × par rapport à la loi + permet d’écrire : 0×a+0×a = (0 + 0) a = 0×a.
Par soustraction de 0 × a des deux côtés de cette égalité, on obtient : 0 × a = 0. On prouve de
même que a × 0 = 0.
2. Toujours par distributivité de la la loi × par rapport à la loi +, on a : a+(−1)×a = 1×a+(−1)×a =
(1 − 1) × a = 0 × a = 0. De même, on montrerait que (−1) × a + a = 0. Donc (−1) × a est l’opposé
de a et (−1) × a = −a.
3. La dernière relation se prouve de la même façon.
Remarque 0.6 Si (A, +, ×) est un anneau, (A, ×) n’est pas un groupe . Sauf dans le cas où
1 = 0 et A = {0}.
Attention 0.14 En général,
a × b = 0 6⇒ a = 0 ou b = 0 .
( diviseurs de zéro. Par exemple, dans l’anneau F (R, R),
On dit que de tels éléments a et b sont des
0 si x 6= a1
considérer les fonctions δa : R → R, x 7→ pour a ∈ R. Il est clair que δ2 δ0 = 0
si x = a
et pourtant δ2 et δ0 ne sont pas identiquement nulles.
Définition 0.9 Anneau intègre
Soit un anneau (A, +, ×). On dit que cet anneau est intègre si et seulement si :
1. A 6= {0} ;
2. la loi × est commutative ;
3. ∀(x, y) ∈ A2 , x × y = 0 ⇒ x = 0 ou y = 0.
Remarque 0.7 Dans un anneau intègre, on peut « simplifier » à gauche et à droite : Si
(a, y, z) ∈ A3 , avec ax = ay, et si a 6= 0, alors x = y, que a soit inversible ou non. Cette propriété
est fausse dans un anneau général.
Définition 0.10 Notations
On considère un anneau (A, +, ×). Soit un élément a ∈ A et un entier n ∈ N. On note
· · + a si n 6= 0
|a + ·{z }
— na =
n fois
0 si n = 0
— (−n)a = n(−a) = (−a) + · · · + (−a)
| {z }
n fois
|a × ·{z
··× a si n 6= 01
}
— an = n fois
si n = 0
n
— a−n n’a de sens que si a est inversible pour ×. On a alors a−n = a−1 .
Définition 0.11 Élément nilpotent
Soit un anneau (A, +, ×). On dit qu’un élément a ∈ A (a 6= 0) est nilpotent s’il existe un entier
n ∈ N∗ tel que an = 0.
Le plus petit entier n vérifiant an = 0 s’appelle l’indice de nilpotence de l’élément a.
Remarque 0.8 Si l’anneau A est intègre, il n’y a pas d’élément nilpotent dans cet anneau.
Théorème 0.17 Formule du binôme de Newton et formule de factorisation
Dans un anneau (A, +, ×), si (a, b) ∈ A2 vérifient
a×b=b×a
Alors pour tout n ∈ N, on a la formule du binôme de Newton
n
X n k n−k
(a + b)n = a b
k
k=0
et pour tout n > 1, la formule de factorisation suivante
n−1
X
an − bn = (a − b)(an−1 + an−2 b + · · · + abn−2 + bn−1 ) = (a − b) an−1−k bk .
k=0
Démonstration La démonstration de la formule du binôme dans le cas où a et b sont des éléments
d’un anneau A tels que ab = ba se fait comme dans le cas où a et b sont des complexes. On consultera
alors la démonstration ?? page ??
Prouvons la seconde formule :
(a − b)(an−1 + an−2 b + · · · + abn−2 + bn−1 )
an + an−1 b + · · · + a2 bn−2 + abn−1 − an−1 b + an−2 b2 + · · · + abn−1 + bn
=
an + an−1 b − an−1 b + · · · + a2 bn−2 − a2 bn−2 + abn−1 − abn−1 − bn = a n − bn .
=
Théorème 0.18 Calcul d’une progression géométrique
Soit un anneau (A, +, ×) et un élément a ∈ A. On considère un entier n ∈ N, n > 1. De la
formule de factorisation, on tire :
1 − an = (1 − a)(1 + a + a2 + · · · + an−1 )
En particulier, si l’élément a est nilpotent d’indice n : an = 0, alors l’élément (1 − a) est inversible
pour la loi × et on sait calculer son inverse :
(1 − a)−1 = 1 + a + a2 + · · · + an−1
Définition 0.12 Sous-anneau
On considère un anneau (A, +, ×) et une partie A′ ⊂ A de cet anneau. On dit que la partie A′
est un sous-anneau de A si et seulement si :
1. (A′ , +) est un sous-groupe du groupe (A, +) ;
2
2. la partie A′ est stable pour la loi× : ∀(a, b) ∈ A′ , a × b ∈ A′ ;
3. l’élément neutre de l’anneau A est dans A′ : 1 ∈ A′ .
1.2.2 Structure de corps
Définition 0.13 Corps
On considère un ensemble K muni de deux lois de composition interne, notées + et ×. On dit
que (K, +, ×) est un corps si et seulement si :
1. (K, +, ×) est un anneau intègre ;
2. (K \ {0}, ×) est un groupe commutatif.
Remarque 0.9 Comme (K, +, ×) est intègre, la loi × (ou plutôt sa restriction à K \ {0} ×
K \ {0}) est interne, ce qui permet d’envisager que (K \ {0}, ×) soit un groupe (commutatif).
Exemple 0.15 (Q, +, ×), (R, +, ×), (C, +, ×) sont des corps, mais (Z, +, ×) n’en est pas un
car ses seuls éléments inversibles sont 1 et −1.
Définition 0.14 Sous-corps
Soit K ′ \ K un sous-ensemble d’un corps (K, +, ×). On dit que la partie K ′ est un sous-corps du
corps K si et seulement si :
1. K ′ est un sous-anneau de l’anneau (K, +, ×) ;
2. l’inverse de tout élément non-nul de K ′ est dans K ′ .
Théorème 0.19 Calcul d’une somme géométrique dans un corps
Soit un élément k ∈ K du corps (K, +, ×). Alors la formule suivante permet de calculer une
progression géométrique de raison k :
n
(
X
i 2 n (1 − k)−1 1 − k n+1 si k 6= 1(n + 1)1K
k = 1 + k + k + ···+ k =
i=0
si k = 1
Démonstration Laissée en exercice.
Références