LES STREPTOCOQUES
Généralités
1-Définition
• CGP, ovoïdes en diplocoque ou en chainettes • Apsorulés, parfois capsulés
• Catalase - et oxydase – • Fermentation du glucose +
• Ana-aérotolérants • Exigeant des facteurs de croissance
2- Taxonomie
• Famille : Streptococcaceae
• Genres : streptocoques, entérocoques et lactocoques.
• Genre streptocoque : plus de 44 espèces dont 3 en pathologie humaine : Strepto agalactiae, S.pyogéne, S.pneu
I. Classification
1. Classification selon le pouvoir hémolytique
• Hémolyse complète : strepto β-hémolytiques: Strepto A (Pyo), B (Agalactiae), C et G
• Hémolyse incomplète : strepto α-hémolytiques : strepto oraux (pneumocoque)
• Pas d'hémolyse : streptocoques ɣ hémolytiques : streptocoques du groupe D (bovis)
2. Classification antigénique de Lancefield (1993)
• Basée sur les propriétés antigéniques du polyoside C:
- 18 groupes sérologiques (de A-H et K-T)
- Non groupables (S.pneumoniae : Absence de poly C)
- Utilisée pour les strepto β hémolytiques (non utilisée pour les α hémolytiques)
3- Classification biochimique
• Catalase (-) • Oxydase (-) • Gaz (-) • Glucose (+) • Ac lactique (+)
4- Classification génomique
• Basée sur l’hybridation ADN/ADN, ADN/ARN et sur le séquençage du gène ARN 16S.
II. Principaux streptocoques pathogènes
A-Streptocoques du Groupe A (Strepto pyogenes)
1. Epidémiologie
Réservoir : Homme (nasopharynx, de la peau, du vagin ou du rectum.)
Transmission : aériennes+++, cutanée (contact direct ou indirect), digestive/ ingestion d’aliments
Facteurs favorisants : Promiscuité, Age extrêmes, ID
Aspects épidémiologiques : endémie, Epidémies dans les collectivités
2. Facteurs de virulences et physiopathologie
Protéine M (Protéine transmembranaire) : « principal facteur de virulence ». Inhibition de la phagocytose,
adhérence, Induit la production d’AC protecteurs.
Capsule : Ac hyaluronique => Anti-phagocytose/PNN & MQ
Facteurs d’adhésion : Ac lipoteichoiques => Adhésion aux épithéliums (Colonisation initiale → infection)
Enzymes: Hyaluronidase (Lyse du tissu conjonctif = Essaimage); Streptodornase (Lyse des Ac nucléiques=
Pullulation), Streptokinase (Plasminogéne en plasmine)=>Inhibition du complément et de rxn inflammatoire.
Toxines :
• Toxines cytolytiques (hémolytiques) : formant des pores
✓ Streptolysine O : Immunogéne
- Secrétée par strepto A et pneumocoque et rarement C et G.
- Lyse les GR, GB et les PLQ
- Ac antistreptolysine ASLO (excellent marqueurs sérique)
✓ Streptolysine S : Idem streptolysine O mais non immunogène
• Toxines érythrogènes : 4 variétés A, B, C et F
Super Ag : Activation des LT Sd du choc toxique + Éruption scarlatiniforme
3. Clinique
• Infections cutanées ou muqueuses non invasives : Angines, otites, sinusites, vaginites, scarlatines
• Infections cutanées invasives : lymphangites, lymphadénites, Erysipèle, cellulite, impétigo
• Septicémies avec des localisations pleuro-pulmonaires, ostéoarticulaires, péritonéales, endophtalmiques,
endocarditiques et cérébroméningées.
• Syndrome de choc toxinique
• Complications post streptococcique: RAA, GNA (glomérulonéphrite aigue post streptococcique)
B-Streptocoques du Groupe B (Strepto agalactiae)
1. Epidémiologie
Réservoir : Homme et Animal. Bactérie commensale des voies génitales, oropharynx, intestinales.
Transmission : Sexuelle. Lors d’accouchement. Indirect (Lait non pasteurisé : vache atteinte d’une mammite).
Facteurs favorisants : ID, Sexe F, Grossesse, Nné
Aspects épidémiologiques : endémie.
2. Facteurs de virulences et physiopathologie
Capsule polysaccharidique => Anti-phagocytose/PNN & MQ
Facteurs d’adhésion : Ac lipoteichoiques, Polyosides, Protéines S, R et X => Adhésion aux épithéliums et
endothéliums (Colonisation initiale → infection)
Enzymes: Phospholipase A2 => Nné (septicémies, méningites néonatales). Enfants + adultes (IU, suppurations,
arthrites septiques, ostéomyélites, pneumonies, endocardites).
3. Clinique
• Infections néonat, urogénitales, endocarditiques, Septicémies
C- Streptocoques pneumoniae
1. Epidémiologie
Réservoir : Homme (nasopharynx, peau, vagin, rectum.)
Transmission : Voies aériennes+++, cutanée (contact direct ou indirect), digestive
Facteurs favorisants : IR, IC, Ages extrêmes, Diabè, Sd néph, I resp, Cirrhose
Aspects épidémiologiques : endémie, Epidémies/collectivités, pneumonies communautaires.
2. Facteurs de virulences et physiopathologie
Capsule polysaccharidique => Anti-phagocytose/PNN & MQ
Facteurs d’adhésion : Protéine A de surface des pneumocoques (Psp A), adhésine A (Psa A), perméase, Ac
lipoteichoiques => Adhésion aux épithéliums (Colonisation initiale → infection)
Enzymes: Hyaluronidase et Neuraminidase (Lyse du TC), IgA-protéase, sérine, protéase (Destruction des Ig).
Toxines : Pneumolysine (appartient à la SLO de S. pyogène) : Intracytoplasmique, Activité cytotoxique via les c
respir et endothéliales. Lyse des c épithéliales, GR et GB
3. Clinique
• Pneumopathie, Otites, sinusites, Méningites, Bactériémies, Infections suppuratives et non suppuratives
III. DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE
1. Phase pré analytique :
• GBEA +++ • Correctement identifié + renseignements cliniques +++
• Avant toute antibiothérapie • Respecter les conditions d’asepsie.
• A T° ambiante, le + Transport rapide, Milieu Portagerm (<2h).
•Prélèvements : LCR, HémoC, urine, liquide pleural, PDP, LBA, Crachat, Ecouvillonnage (Plaies, Amygdales..),…
2. Examen macroscopique : Couleur, Aspect, Odeur…
3. Examen microscopique :
• Etat frais : GB, GR, cellule épithéliale, Levures,…..
• Coloration de Gram : CGP, groupés en diplocoques ou en chainettes, Rxn à PNN.
- Pneumocoque : paire de cocci, ovoïdes ou lancéolés, G+ entourées d’une capsule « Aspect en flamme
de bougie »
• Encre de chine : Capsule de pneumocoque
• Coloration au bleu de méthylène ou MGG : Formule leucocytaire
4. Recherche directe d’Ag à partir du prélèvement :
• Recherche d’Ag de Strept B/LCR (méningite néonatale) ou /sérum (septicémie néonatale).
• Recherche d’Ag de pneumocoque chez l’adulte/ LCR.
• Recherche d’Ag de Strept A à partir du PLV pharyngé
• Techniques : Immunochromatographie (TDR) ou Agglutination sur des particules de latex sensibilisées
5. Techniques moléculaires d’identification :
• Utilisation de sondes d’ADN marquées ou PCR multiplex, Rapide mais couteux
6. Culture et isolement : méthode de référence
• Germes exigeants, cultures sur milieux gélosés enrichis :
- Gélose au sang : αH (pneumocoque) et βH (strepto A et B)
- Gélose chocolat Polyvitex®
- Bouillon d’enrichissement CC (BHI =Brain Heart Infusion)
• Milieux sélectifs siprélèvements polymicrobiens :
- ANC : Milieu gélosé colistine acide nalidixique
- Milieu de l’azide de sodium et cristal violet
- Gélose BEA (bile esculine azide) sélectif des Strept D et des enterocoques.
• Incubation à 35-37°C en atmosphère enrichie en CO2 (5 à 10%) voir en anaérobiose. Les streptocoques sont
anaérobies aéro-tolérants
7. Identification
• Aspect des colonies : Petite taille, bombées, transparentes, +/- grisâtre
• Gram (CGP), catalase (-)
• Type d’hémolyse : 3 types sur GS
- ß-hémolyse: hémolyse totale des hématies avec éclaircissement de la gélose autour des colonies
- α hémolyse: hémolyse incomplète avec décoloration verte du milieu
- ɣ hémolyse : Absence d’hémolyse
• Groupage antigénique de Lancefield
- Extraction des Ag par méthode enzymatique ou thermique puis mise en évidence par Agglutination.
• Tests biochimiques
- BEA : Bile-esculine : Culture positive + noircissement du milieu→ strepto D ou entérocoque
- Bouillon NaCl à 6,5% : Test de tolérance au NaCl, entérocoques (pousse), strepto D ( pousse pas)
- Bacitracine S : Strepto A
- Optochine S : Pneumocoque
- Hydrolyse de l’hippurate de sodium:
Réaliser à partir d’une culture pure de S. ß-hémolytique.
Réaction positive → Coloration violacée à la partie supérieure du tube
Souches sensibles: Strepto B.
- Solubilité dans la bile : pneumocoque est soluble dans la bile
• Identification des streptocoques non groupable : par galeries API20, Rapid ID30 STREPT
8. Diagnostic indirect : recherche d’AC spécifiques
• ASLO (Ac antistreptolysine O) ; ASK (Ac antistreptokinase) et ASD (Ac antistreptodornase).
• Indication : infection post-strepto A (RAA, GNA)
• Dosage d’au moins 2 Ac pour poser le diagnostic
• 2 sérums à 15 jrs d’intervalle (ASLO apparaissent 10 jrs après l’infection aigue, le max après 1 mois)
• Taux résiduel après 6 mois
• Si titre>200 UI/ml => Significatif d’une infection streptococcique ≠ titre<200 UI/ml => non significatif.
• Dans 20% des cas d’infection à streptocoque A le taux des ASLO est normal, faut doser les ASD et ASK.
IV. SENSIBILITE AUX ANTIBIOTIQUES
1. Résistance naturelle du genre Staphylococcus (et tous CGP)
• MEC (Mécillinam), AZT (aztréonam), CAZ (ceftazidime), NAL (Ac nalidixique), PEF (péfloxacine), FUS, COL
(colistine), PMB (polymyxine B)
2. Antibiogramme (ATB CA-SFM 2021)
• Méthode par diffusion en milieu gélosé. Milieu : Mueller-Hinton + 5% sang de cheval défibriné et
20 mg/Lde β-NAD (MH-F). Inoculum : 0,5 McFarland. Incubation : 5% CO2, 35±2ºC, 20±4H.
❖ Streptocoques du groupe A, B, C et G
ATB Recommandations
• Se déduit de la sensibilité à la PenG.
B-lactamines
• Ø PenG ≥ 18 mm => S - Ø PenG < 18 mm => R
• Par norfloxacine :
FQ - Nor = S => lévo + moxi = S et cipro + oflo = I.
- Nor = R => la sensibilité des FQ doit être déterminée.
• Ery est utilisée pour déterminer la sensibilité à l’azithr, la clarithro et la roxithromycine.
MLS • Si E=R et Clinda ou Linco= S→ chercher l’induction entre la clinda/linco et l’Ery (D-test).
- Si pas d’induction => Spira, Josa, Linco et Clinda : Sensible, - Si induction les rendre Resistant
• Les souches sensibles à Tétra sont sensibles à la Doxy et à la Mino
Tétracyclines • certaines souches résistantes à la Tetra peuvent rester sensibles à la Mino et/ou à la Doxy.
• Si nécessaire, cas de Tetra R, faire la CMI de la doxy
Glycopeptides • Généralement sensible, pour un diamètre < 17mm → CMI
• Résistance naturelle de bas niveau (BNR) à tous les aminosides qui n’empêche pas d’obtenir un
effet synergique bactéricide entre un aminoside et une pénicilline (ou un glycopeptide).
- Ø d’inhibition Genta 500 ≥ 17 mm=> Souche sauvage (BNR) et synergie possible
Aminosides
- Ø d’inhibition Genta 500 < 11 mm=> Souche a acquis un HNR à la genta, kana, Tobra,
dibékacine, amika, siso et nétil, mais pas à la streptomycine dont la sensibilité doit être évaluée
séparément si nécessaire.
❖ S pneumoniae
ATB Recommandations
• Pneumocoque de sensibilité diminué à la pencicilline (PSDP*) :
- Ø Oxa 1 μg ≥ 20 mm => B-lactamines S (céfaclor I)
- Ø Oxa 1 μg < 20 mm => CMI AMOX, céfotaxime, CTX, PenG (PenG R si meningites)
• NB : Résistance aux B-lactamines par modification de PLP
B-lactamines
- Résistance de bas niveau (I) : PSDP (altération de la PLP1a et PLP2b => R au PG et
pénème et PLP2x => R au céphalo
- Résistance de haut niveau (R) Aucune ß- lactamine ne peut être conseillée : altération
PLP1a et PLP2b + PLP2x
• Les souches sauvages de S. pneumoniae sont intermédiaires à la cipro :
FQ - Si Nor=S→ lévo + moxi = S et ciprofloxacine + ofloxacine = I.
- Si Nor = R, la sensibilité des FQ doit être déterminée.
Aminosides, Tétra • Idem Streptocoques du groupe A, B, C et G
MLS, Glycopeptides
*PSDP : résistance par modification qualitative et quantitative des PLP issues de recombinaison de l’ADN du pneumocoque
avec l’ADN de streptocoques oraux
VI. PREVENTION
1. Prophylaxie générale :
-Isolement des malades présentant des pneumonies
-Hygiène de la peau et traitement des contacts avec des infections cutanées
2. Antibioprophylaxie :
- TTT ATB des porteurs sains de strepto A au niveau du rhinopharynx => prévention des angines
-Traitement par pénicilline des malades atteints de RAA (éviter les rechutes)
-Prévention des infections néo-natales (TRT du portage génital chez les femmes enceintes et des
nouveau-nés infectés par streptocoques B)
3. Vaccination :
-Vaccin préparé à partir d’Ag pneumococciques purifiés
-Deux types de vaccins sont utilisés :
-Vaccin conjugué à l’anatoxine tétanique (Prevenar ®) : efficace chez l’enfant de moins de 2 ans
-Vaccin polysaccharidique, capsulaire, immunisant pour 23 sous-types (Pneumo 23®), Utilisé dans les
situations à risques.
CONCLUSION
Le pouvoir pathogène du genre Strepto diffère considérablement selon l’espèce d’où l’ntérêt du
diagnostic bactériologique. Impact utilisation abusives ATB
Surveillance des résistances aux ATB et rationalisation ATBthérapie.