FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
PERSPECTIVES
ÉCONOMIQUES
RÉGIONALES
NOTES
AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Enrayer la tendance : stabilisation
de la dette en Afrique subsaharienne
AVRIL
2025
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
PERSPECTIVES
ÉCONOMIQUES
RÉGIONALES
NOTES
AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Enrayer la tendance : stabilisation
de la dette en Afrique subsaharienne
AVRIL
2025
©2025 International Monetary Fund
Breaking the Trend: Debt Stabilization in Sub-Saharan Africa (French)
Prepared by Athene Laws, Thibault Lemaire, Rachid Pafadnam, Nikola Spatafora,
and Khushboo Khandelwal (AFR)*
Édition française
Département services intégrés et équipements du FMI
Division services linguistiques, section française
Names: Laws, Athene, author. | Lemaire, Thibault, author. | Pafadnam, Rachid, author. | Spatafora, Nikola,
author. | Khandelwal, Khushboo, author. | International Monetary Fund, publisher.
Title: Breaking the trend : debt stabilization in Sub-Saharan Africa / Athene Laws, Thibault Lemaire, Rachid
Pafadnam, Nikola Spatafora, and Khushboo Khandelwal.
Other titles: Debt stabilization in Sub-Saharan Africa. | IMF Notes.
Description: Washington, DC : International Monetary Fund, 2025. | Apr. 2025. | Includes bibliographical
references.
Identifiers: ISBN: 9798229008679 (English paper)
9798229008730 (English ePub)
9798229008778 (English WebPDF)
9798229008686 (French paper)
Subjects: LCSH: Debt—Sub-Saharan Africa. | Economic development—Africa, Sub-Saharan.
Classification: LCC HJ8834.7.L3 2025
MISE EN GARDE : Les notes d’analyse du FMI visent à permettre une diffusion rapide d’analyses succinctes du
FMI sur des questions économiques essentielles auprès de ses pays membres et des décideurs en général. Les
avis qui y sont exprimés sont ceux de leurs auteurs, et ne correspondent pas nécessairement à ceux du FMI, de
son conseil d’administration ou de sa direction.
RÉFÉRENCE RECOMMANDÉE : Laws, Athene, Thibault Lemaire, Rachid Pafadnam, Nikola Spatafora et
Khushboo Khandelwal. 2025. « Enrayer la tendance : stabilisation de la dette en Afrique subsaharienne ».
Note du FMI 2025/001, Fonds monétaire international, Washington.
La présente note a été rédigée par les services du département Afrique du FMI, sous la direction
*
d’Andrew Tiffin et de Catherine Pattillo.
1
Enrayer la tendance : stabilisation
de la dette en Afrique subsaharienne
L’expérience passée donne à entendre qu’il est encore possible de stabiliser la dette de la plupart des
pays d’Afrique subsaharienne, en dépit de niveaux d’endettement élevés et de nombreux facteurs
de vulnérabilité.
Ces dernières décennies, les pays de la région sont souvent parvenus à stabiliser, voire réduire, leurs
ratios d’endettement sans avoir recours à des restructurations de dette. De nombreux pays l’ont fait
récemment, y compris après la fin du cycle exceptionnellement favorable des produits de base.
Plusieurs éléments doivent être réunis pour stabiliser l’endettement : l’assainissement des finances
publiques, la mise en place d’un environnement macroéconomique sain, l’existence d’institutions
solides et la mise en place de réformes structurelles propices à la croissance.
En Afrique subsaharienne,
les consolidations de la dette
ont été fréquentes
et de grande ampleur
Que nous enseignent ces réussites ?
AVRIL 2025 • FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
2 PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES RÉGIONALES : AFRIQUE SUBSAHARIENNE — NOTE
Une trajectoire ambitieuse et incertaine
Les ratios d’endettement public des pays d’Afrique subsaha- Graphique 1. Projections des paiements
rienne se sont largement stabilisés, mais demeurent plus élevés d’intérêts de la dette publique, 2025–27
qu’avant la pandémie de COVID-19. Les projections de réfé- (En pourcentage des recettes, hors dons)
rence laissent entrevoir la poursuite de la stabilisation — voire
une certaine réduction — de l’endettement au niveau régional, 40
mais reposent sur l’hypothèse que les récentes initiatives de
rééquilibrage budgétaire seront maintenues et, dans certains
30
cas, amplifiées. La part des recettes consacrée aux paiements
d’intérêts et à l’ensemble du service de la dette est élevée,
20
aussi bien d’un point de vue historique que par rapport à
d’autres régions du monde, ce qui restreint les dépenses de
développement essentielles (graphique 1). Le ratio médian 10
intérêts/recettes a fortement augmenté jusqu’à atteindre plus
de 12 % en 2024 (chapitre 1) et devrait se maintenir à un niveau 0
élevé, en partie à cause du manque de financement conces- Pays Autres Afrique
sionnel, qui contraint les pays à se tourner vers des emprunts avancés PEPD subsaharienne
plus onéreux sur le marché de la dette. Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie
mondiale ; calculs des services du FMI.
Par ailleurs, les facteurs de vulnérabilité et d’incertitude Note : PEPD = pays émergents et pays en développement.
demeurent. Les ratios d’endettement pourraient considé-
rablement augmenter sous l’effet d’événements imprévus — chocs sur la croissance, sur les conditions financières
mondiales et sur l’aide publique au développement, instabilité, conflits, chocs sur les cours des produits de base, et
catastrophes naturelles. En outre, le durcissement des conditions financières extérieures est susceptible d’accroître le
risque de refinancement ; par ailleurs, les restructurations de dette, parfois indispensables, sont socialement coûteuses
et extrêmement complexes (Bonizzi, Laskaridis et Toporowski, 2019 ; Horn et al., 2022 ; FMI, 2023).
Au vu de toutes ces difficultés, les pays d’Afrique subsaharienne sont-ils en mesure de réduire progressivement leurs
niveaux d’endettement, même en l’absence de restructurations de dette ?
Les exemples de stabilisation de l’endettement
sont légion, y compris en Afrique subsaharienne
L’endettement des pays d’Afrique subsaharienne fait souvent l’objet d’un traitement médiatique assez pessimiste ;
cependant, leur expérience passée donne maintes raisons d’espérer des améliorations : les pays de la région sont
souvent parvenus à stabiliser et à réduire nettement et durablement leurs ratios d’endettement public, y compris en
dehors des épisodes de restructuration de dette. Une nouvelle série de données portant sur l’ensemble des épisodes
de réduction de la dette publique survenus en Afrique subsaharienne depuis 2000 permet de mettre en évidence
quand, à quelle fréquence, dans quelle mesure et de quelle manière s’est effectuée la stabilisation de l’endettement1.
Les épisodes de réduction de la dette sont relativement fréquents. On en a dénombré plus de 60 ces 25 dernières
années, ce qui signifie qu’un pays a une chance sur quatre de connaître un tel épisode au cours d’une année donnée.
Des épisodes de désendettement se sont produits même lorsque l’environnement extérieur s’y prêtait relative-
ment peu, y compris après la fin du cycle exceptionnellement favorable des produits de base et au lendemain de
la pandémie de COVID-19 (graphique 2). Ces épisodes surviennent plus fréquemment dans les pays exportateurs
de pétrole, les pays à revenu intermédiaire et les pays qui ne sont pas considérés comme fragiles ou touchés par un
conflit ; pour autant, des épisodes de réduction de la dette se sont également produits dans des pays à faible revenu
et dans des États fragiles.
1
On définit un épisode de désendettement comme une baisse du ratio dette/PIB sur une période d’au moins deux ans (en permettant que ce
ratio augmente de manière temporaire et limitée au cours d’épisodes plus longs). Cette définition exclut l’ensemble des restructurations de
dette, qu’elles soient bilatérales ou multilatérales. Les données sur lesquelles s’appuie cette analyse couvrent 39 pays de la région entre 2000
et 2023, et proviennent de la base de données de l’édition d’octobre 2024 des Perspectives de l’économie mondiale.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL • AVRIL 2025
Enrayer la tendance : stabilisation de la dette en Afrique subsaharienne 3
Graphique 2. Afrique subsaharienne : Graphique 3. Afrique subsaharienne :
dette publique, 2000–23 déterminants de la réduction
(En pourcentage du PIB) de la dette publique, 2000–23
200 (En pourcentage du PIB)
25
150
100
–25
Total
50
–50
0 1 2 3 4 5
2000 2005 2010 2015 2020 Croissance du PIB réel Taux d’intérêt nominal
Épisodes de réduction Ratio de la dette, Déflateur du PIB Ajustements stocks–flux
de la dette pour chaque pays Solde primaire cyclique Dépréciation du taux
Solde primaire corrigé de change
Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie
des variations cycliques
mondiale ; calculs des services du FMI.
Note : Les restructurations ou remises de dette consenties dans le Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie
cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés ou de mondiale ; calculs des services du FMI.
l’initiative d’allégement de la dette multilatérale sont exclues de la Note : Chaque barre représente les déterminants de la réduction
liste des épisodes de réduction de la dette. de la dette moyenne pour une année donnée de l’épisode de
désendettement. L’ensemble des épisodes de désendettement
sont pris en compte pour les deux premières années ; s’agissant
des trois dernières, les données représentées concernent les
épisodes ayant duré au moins trois, quatre ou cinq ans.
Dans bien des cas, la réduction de l’endettement s’est avérée durable et significative sur le plan économique : la
majorité des épisodes recensés ont vu une diminution de la dette de plus de 10 points de pourcentage du PIB, et
40 % d’entre eux ont duré quatre ans au moins2. Ainsi, en assurant une bonne gestion de ses comptes publics, le
Botswana est parvenu à réduire son ratio d’endettement sans interruption entre 2012 et 2017, et Cabo Verde a vu
le sien baisser de plus de 30 points de pourcentage du PIB entre 2021 et 2023, lors de la période de forte crois-
sance économique et d’amélioration des finances publiques au lendemain du choc de grande ampleur causé par
la pandémie de COVID-193.
Pour rendre compte de tels épisodes, isoler les multiples composantes des variations des ratios d’endettement peut
permettre d’évaluer les contributions directes des différents facteurs qui jouent un rôle immédiat (FMI, 2022). De
manière générale, les réductions durables de l’endettement s’obtiennent par un rééquilibrage budgétaire couplé
à de la croissance en termes réels (graphique 3). Or un rééquilibrage budgétaire (c’est-à-dire une hausse du solde
primaire) a plus de chance de se produire en période de croissance rapide (Ando et al., 2025). À l’inverse, la fin des
épisodes de réduction de la dette coïncide généralement avec des chocs négatifs sur la croissance (correspondant à
un recul de 3½ points de pourcentage en moyenne). Au cours des épisodes de désendettement, les soldes primaires
augmentent rarement de plus de 2 points de pourcentage du PIB par an, ce qui cadre avec l’idée que les consolida-
tions budgétaires durables se heurtent à une « limite de vitesse » (Comelli et al., 2023).
Dans les pays fragiles ou touchés par un conflit, et dans les pays à faible revenu, la croissance économique s’est révé-
lée le facteur déterminant dans de nombreux épisodes de désendettement réussis. Cette tendance illustre le fait que
ces pays parviennent difficilement à recouvrer des recettes, que leurs besoins de développement sont considérables,
que leurs cadres budgétaires sont souvent fragiles et, par conséquent, qu’ils présentent des déficits primaires plus
2
L’épisode médian dure trois ans et la baisse médiane du ratio d’endettement est de 12 points de pourcentage. Comme d’autres analyses sur ce
sujet, l’étude de la dynamique des ratios d’endettement présente certaines limites, du fait des difficultés méthodologiques liées aux variations
soudaines et notables observées dans les mesures du PIB (notamment sous l’effet de chocs de nature temporaire ou de changements d’année
de référence) et aux révisions des données relatives à la dette. Cependant, l’analyse d’épisodes de grande ampleur et de longue durée est
moins susceptible de se heurter à ces limites.
3
D’après les estimations, le ratio d’endettement de Cabo Verde a poursuivi sa décrue en 2024, au-delà de la période étudiée.
AVRIL 2025 • FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
4 PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES RÉGIONALES : AFRIQUE SUBSAHARIENNE — NOTE
élevés que le reste des pays de la région4. Ainsi, la République Graphique 4. Afrique subsaharienne :
démocratique du Congo a vu son ratio d’endettement chuter ASF et gouvernance, 2000–23
de 15 points de pourcentage entre 2010 et 2023, celui de la (Moyenne)
Gambie a été réduit de 10 points de pourcentage depuis 2017 Faible gouvernance
15
Ajustements stocks–flux (% du PIB)
et celui de la Guinée, de 6 points de pourcentage entre 2015 ASF plus élevés
et 2019. Dans chacun de ces exemples, le désendettement
résulte presque entièrement de la croissance économique. 10
Cependant, le rééquilibrage des comptes publics a joué un
rôle important dans d’autres cas, comme au Togo, qui a vu 5
son ratio d’endettement baisser de 5 points de pourcentage
entre 2016 et 2019.
0
À l’inverse, les tentatives de désendettement se heurtent Bonne gouvernance
fréquemment à des « ajustements stocks–flux », terme d’ap- ASF moins élevés
–5
parence technique qui englobe des éléments fondamentaux
–2 –1 0 1
tels que les opérations financières « au-dessous de la ligne » Indice de la gouvernance dans le monde
comme le soutien financier à des entreprises publiques défail-
Sources : Banque mondiale, base de données des indicateurs
lantes ou la recapitalisation des banques publiques, ou encore mondiaux de la gouvernance ; FMI, base de données des
les activités hors budget et l’apurement d’arriérés de paie- Perspectives de l’économie mondiale ; calculs des services du FMI.
ments5. Les ajustements stocks–flux tiennent à de nombreux Note : ASF = ajustements stocks–flux.
facteurs sous-jacents, mais en général leur importance est
moindre dans les pays dotés d’institutions de qualité, où les épisodes de consolidation de la dette tendent à être de
plus grande ampleur (graphique 4).
Bien que l’inflation rogne mécaniquement la valeur réelle de la dette, les dépréciations de taux de change et les
hausses de taux d’intérêt qu’elle entraîne annulent une bonne partie de cet effet (Eichengreen et Esteves, 2022). Les
dynamiques d’endettement public de la région sont particulièrement sensibles aux dépréciations, dans la mesure où
une part importante de la dette y est libellée en devises (plus de la moitié du total de la dette publique, en moyenne).
Une inflation élevée et tenace est particulièrement susceptible de mettre en péril les perspectives de désendettement.
L’inflation a des effets non linéaires sur la stabilité et les résultats macroéconomiques. Or plus l’inflation s’installe dans
le temps, plus les taux d’intérêt et les primes de risques sont susceptibles d’augmenter, en particulier dans les pays
qui empruntent à des conditions non concessionnelles. De fait, l’étude de l’ensemble des épisodes de réduction de
la dette montre qu’une inflation élevée s’accompagne d’un désendettement total moins important6.
Les facteurs déterminants d’un désendettement réussi
Les environnements intérieur et extérieur influent fortement sur les chances de succès du désendettement. Les services
du FMI ont analysé les déterminants profonds des épisodes de stabilisation de la dette. Une réduction de l’endet-
tement a relativement plus de chance de se produire, d’être significative sur le plan économique ou de durer si le
pays concerné dispose en son sein d’institutions solides et d’un environnement propice à la conduite des affaires, si
la croissance mondiale est dynamique et si les conditions financières mondiales sont favorables — et notamment si
les coûts de l’emprunt sont bas (graphique 5)7.
On comprend intuitivement qu’un climat propice aux investissements et des institutions solides sont favorables à
un assainissement durable des comptes publics, à une croissance rapide, à un environnement macroéconomique
4
En moyenne, au cours de leurs épisodes respectifs de réduction de la dette, les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne ont affiché un
déficit primaire de 0,4 % du PIB, tandis que les pays à revenu intermédiaire de la région ont présenté un excédent primaire de 3 % du PIB.
5
Voir l’édition d’octobre 2024 du Moniteur des finances publiques. Notons également que la présence d’importants ajustements stocks–flux
dans certains pays incite à une certaine prudence dans l’interprétation des données portant sur l’ampleur et la temporalité des épisodes de
consolidation de la dette.
6
Plus l’inflation est élevée, plus son effet direct de diminution de la dette est compensé par une augmentation de la dette induite par la hausse
des paiements d’intérêts et l’augmentation des dépréciations.
7
D’autres études récentes sur le rééquilibrage des finances publiques, quoique n’étant pas spécifiques à l’Afrique subsaharienne, sont arrivées
à des conclusions assez proches (Aligishiev et al., 2023 ; Best et al., 2019 ; Balasundharam et al., 2023 ; chapitre 3 de l’édition d’avril 2023 des
Perspectives de l’économie mondiale).
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL • AVRIL 2025
Enrayer la tendance : stabilisation de la dette en Afrique subsaharienne 5
stable et à un niveau limité d’ajustements stocks–flux (c’est- Graphique 5. Déterminants des
à-dire à moins de surprises sur le front budgétaire), autant épisodes de désendettement
de facteurs qui contribuent au désendettement8. Des envi- (Augmentation en pourcentage de la probabi-
ronnements intérieur et extérieur favorables sont également lité d’un épisode de réduction de l’endettement)
susceptibles de s’accompagner d’une plus grande mise à
Rééquilibrage durable
contribution de l’ensemble des capacités de production ; par des comptes publics
conséquent, le rééquilibrage des finances publiques risque
Indice de réforme
moins de contracter l’activité économique — en d’autres structurelle (Passage
termes, les multiplicateurs budgétaires devraient être rela- du 25e au 75e centile)
tivement faibles. Ainsi, à Maurice, par exemple, des envi- Programme du FMI
ronnements intérieur et extérieur favorables, une croissance Indice de gouvernance
(Passage du 25e
solide et une monnaie stable ont permis une réduction du au 75e centile)
ratio d’endettement de près de 20 points de pourcentage Spreads EMBIG
entre 2003 et 2008. (réduction de
100 points de base)
Indice des cours des
Une réduction de dette a plus de chance de se produire produits de base (hausse
en présence d’un programme appuyé par le FMI, ce qui de 10 points de %)
témoigne de l’importance du soutien international. Dans un Demande mondiale
(hausse de 1 point de %)
même ordre d’idées, pour déboucher sur une stabilisation
de la dette, un rééquilibrage budgétaire doit s’inscrire dans 0 10 20 30
la durée. La stabilité du taux de change facilite la consoli- Sources : Banque mondiale, base de données des indicateurs
dation de la dette, mais cela est moins vrai lorsque le taux de développement dans le monde ; FMI, base de données des
Perspectives de l’économie mondiale ; calculs des services du
de change est surévalué, car cette surévaluation peut faire
FMI.
baisser la croissance, alimenter l’inflation future et entra- Note : Les résultats ont été obtenus en effectuant une régres-
ver la stabilité macroéconomique dans son ensemble. Par sion de la probabilité d’un épisode en fonction de chacune des
exemple, au Nigéria, le niveau élevé de l’inflation en 2020– variables, au sein d’un cadre bayésien multiniveaux prenant
en compte les effets propres aux pays. Les dégradés de bleu
22 n’a pas favorisé le désendettement, mais a entraîné une dénotent la densité de probabilité pour différentes valeurs
surévaluation du taux de change réel, qui a fini par déclen- paramétriques ; les segments représentent les éventails des
valeurs les plus probables, et les intervalles crédibles aux 50e et
cher une forte dépréciation monétaire en 2023, un surcroît 75e centiles. « Rééquilibrage durable des comptes publics »
d’inflation, la hausse des coûts de l’emprunt et une augmen- désigne une consolidation budgétaire effective pendant l’année
tation des ratios d’endettement public. en cours et au moins l’une des trois années précédentes.
« Programme du FMI » désigne la mise en œuvre d’un accord
de financement conclu avec le FMI. Les « spreads EMBIG » sont
Quantitativement parlant, les données donnent à penser les écarts observés entre le rendement des bons du Trésor
qu’un environnement intérieur plus propice — par exemple du des États-Unis et celui des obligations des pays émergents, tel
fait d’une amélioration du climat des affaires et de la qualité que permet de le mesurer l’indice des rendements des titres
de dette des pays émergents (Emerging Market Bond Index
des institutions faisant passer un pays donné du quartile Global) de J.P. Morgan. La variable « demande mondiale » est
inférieur au quartile supérieur au niveau régional — pourrait une approximation obtenue à partir du taux de croissance du
PIB des pays du Groupe des Sept et de la Chine.
compenser une dégradation, même sévère, de l’environne-
ment extérieur (prenant, par exemple, la forme d’un ralen-
tissement de 1 point de pourcentage de la croissance mondiale et d’une augmentation de 200 points de base des
écarts observés sur les obligations souveraines au niveau régional).
Prochaines étapes
Cette analyse est porteuse d’un message essentiel à l’intention des décideurs : un rééquilibrage des finances
publiques est susceptible de se traduire par un désendettement plus net et plus pérenne lorsqu’il s’accompagne
de réformes structurelles propices à la croissance et de mesures visant à renforcer les institutions. En appliquant de
telles mesures, et notamment en s’imposant de judicieuses règles budgétaires, les pouvoirs publics devraient veiller
à ce que les opérations au-dessous de la ligne et hors budget ne fassent pas obstacle au désendettement, consti-
tuer des marges de manœuvre budgétaires et réduire la dette lorsque l’économie est dynamique afin de pouvoir
8
Par exemple, une amélioration de la qualité des institutions d’un pays faisant passer ce dernier du 25e au 75e centile au niveau régional
s’accompagne d’une réduction de ses ajustement stocks–flux à hauteur de 1,2 point de pourcentage du PIB.
AVRIL 2025 • FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
6 PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES RÉGIONALES : AFRIQUE SUBSAHARIENNE — NOTE
mettre en place des ajustements plus graduels en cas de choc (édition d’avril 2023 des Perspectives de l’économie
mondiale, chapitre 3). Un rôle essentiel incombe aux réformes qui visent à améliorer la transparence des finances
publiques et la communication de données sur la dette, et qui bénéficient d’un appui international pour renforcer
les mécanismes de responsabilisation. Une meilleure gestion des passifs liés à la dette publique peut aussi contri-
buer à réduire le coût du service de la dette (Jonasson et Papaioannou, 2018). De plus, il importe que les autorités
accompagnent leurs initiatives de rééquilibrage des comptes publics de démarches judicieuses de consultation et
de communication visant à assurer le respect systématique de leurs engagements, afin de susciter l’adhésion du plus
grand nombre à ces stratégies budgétaires (Arslanalp, Eichengreen et Henry, 2024).
Par ailleurs, les pouvoirs publics ont plus de chances de réussir à réduire la dette publique dans un contexte de stabi-
lité macroéconomique. Bien que la présence de bonnes conditions au niveau mondial soit une circonstance favorable,
48 % des épisodes de désendettement ont vu le jour alors que la demande mondiale était en dessous de son niveau
moyen. Dans ce contexte, la stabilité macroéconomique inclut l’existence d’une inflation faible et stable : les pays
de la région ne peuvent guère espérer réduire leur endettement par l’inflation, dans la mesure où ils ont largement
recours à l’endettement à court terme,libellé en devises. De même, la répression financière (telles que des plafonds
sur les taux d’intérêt, ou des restrictions formelles ou informelles sur les portefeuilles financiers visant à encourager la
détention de titres de dette souveraine) ne constitue pas une stratégie de désendettement viable, car le développe-
ment limité du système financier et l’accès restreint au crédit continuent de fortement contraindre la croissance des
entreprises dans la région9. Chercher à maintenir un taux de change surévalué risque d’entraver la croissance, et donc
la réduction de la dette. La priorité doit plutôt consister à faire émerger un environnement macroéconomique sain.
Les pays désireux de se désendetter durablement doivent saisir l’occasion d’accroître l’efficience de leur fiscalité et
de leurs dépenses. Pour redresser les comptes publics tout en favorisant la croissance économique, il convient que
les autorités élargissent l’assiette fiscale, éliminent les exonérations fiscales qui ne sont pas efficientes et améliorent
la qualité de la dépense publique (édition d’octobre 2024 du Moniteur des finances publiques).
Il est essentiel que la communauté internationale apporte son soutien aux pays de la région, notamment en leur
octroyant des financements concessionnels, pour les aider à réduire leurs niveaux d’endettement tout en atténuant
les effets dommageables pour le corps social. La plupart des pays, en particulier les États fragiles et les pays à faible
revenu, ont pour tâche difficile de stabiliser la situation macroéconomique à court terme tout en satisfaisant leurs
besoins de développement à plus long terme et en suscitant l’adhésion de leurs populations aux réformes mises en
œuvre. La difficulté consiste à assurer que le rapide rééquilibrage des finances publiques ne se fasse pas au détri-
ment de la croissance ni des impératifs de développement, et ne bouscule pas les équilibres sociopolitiques. Un
appui extérieur est à même de rendre cette difficulté moins lourde, par exemple en permettant un rééquilibrage
budgétaire plus progressif, et donc plus durable sur le plan socioéconomique.
9
En Afrique subsaharienne, la part des entreprises dont l’accès au crédit est restreint (près de la moitié) est plus élevée que dans toute autre
région du monde (Islam et Meza, 2023).
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL • AVRIL 2025
Enrayer la tendance : stabilisation de la dette en Afrique subsaharienne 7
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AVRIL 2025 • FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL