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Final Project

Le document traite de la distribution internationale des marchandises dans le cadre du droit commercial international, soulignant son importance dans les chaînes logistiques mondiales. Il met en lumière les défis juridiques liés à la distribution, notamment l'absence de régulations spécifiques dans les conventions internationales, ce qui complique la sécurité juridique des acteurs économiques. Enfin, il aborde les différentes formes de distribution et le cadre juridique applicable, en insistant sur la nécessité d'une connaissance approfondie des marchés étrangers et des relations contractuelles.

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Le document traite de la distribution internationale des marchandises dans le cadre du droit commercial international, soulignant son importance dans les chaînes logistiques mondiales. Il met en lumière les défis juridiques liés à la distribution, notamment l'absence de régulations spécifiques dans les conventions internationales, ce qui complique la sécurité juridique des acteurs économiques. Enfin, il aborde les différentes formes de distribution et le cadre juridique applicable, en insistant sur la nécessité d'une connaissance approfondie des marchés étrangers et des relations contractuelles.

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la distribution international des marchandises

Droit commercial international

MASTER :DROIT INTERNATIONAL D’INVESTISSEMENT


ET DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL
encadré par :mme.a.ezzahzi
Salma ANTAR ;Hind JARBOUA
Introduction

Dans un contexte de mondialisation économique croissante, les échanges internationaux


de marchandises ne se limitent plus à l’exportation ou à l'importation brute de produits ; ils
s’inscrivent dans des chaînes logistiques complexes où la distribution joue un rôle
déterminant. Si le transport international constitue le vecteur physique du commerce, assurant
le déplacement des biens d’un pays à l’autre, la distribution internationale en représente la
phase stratégique et commerciale, assurant l’acheminement des marchandises jusqu’aux
consommateurs finaux, souvent situés dans des cadres juridiques, économiques et culturels
très diversifiés.
Or, cette phase de distribution soulève de nombreuses problématiques juridiques
spécifiques, notamment en matière de contrats, de responsabilité, d’harmonisation des
pratiques commerciales ou encore de règlement des différends. Le droit commercial
international intervient alors comme un cadre de régulation visant à sécuriser les relations
entre les différents acteurs impliqués : producteurs, distributeurs, transitaires, franchisés ou
encore plateformes de commerce électronique.
Dans ce cadre, il est essentiel d’interroger la manière dont le droit commercial
international encadre, facilite – ou parfois complique – la distribution internationale des
marchandises, en particulier à travers les conventions, les contrats-types, les usages
commerciaux et les mécanismes de règlement des litiges. Ce questionnement s’inscrit dans la
continuité de la réflexion sur le transport international, en s'intéressant désormais à ce qui se
joue après la livraison physique des marchandises, là où la valeur économique du produit
atteint son aboutissement dans la chaîne commerciale mondiale.

Problématique :
Comment le droit commercial international encadre-t-il la distribution des marchandises
à l’échelle internationale , et les principales difficultés juridiques liées à ce processus ?
Partie I :Le cadre théorique de la distribution des
produits à l’international

1.Définition
° La distribution internationale, au sens large, consiste à faire passer le produit du pays
d’origine au pays de destination. Au sens étroit, il s’agit de gérer un réseau local de
distribution pour assurer la distribution physique et la promotion auprès des clients finaux
(Prime et Usunier, 2012). Selon le mode de pénétration choisi, l’entreprise pourra prendre en
charge les deux étapes (l’entreprise possède une filiale locale et ses propres points de vente)
ou les déléguer à des intermédiaires (elle passe par un importateur qui s’occupera de
distribuer les produits via son réseau local de distribution). 1
°Le terme de « distribution » peut être trompeur, en ce qu’il renvoie à tous les modes de
distribution de biens, de l’usine au consommateur final. Ceci inclut, bien sûr, les magasins
dans lesquels les produits sont vendus, mais aussi les systèmes commerciaux et logistiques
mis en œuvre pour transporter la marchandise de Paris ou Milan vers n’importe quel lieu dans
le monde et la mettre en contact avec le client.2

2.La distinction entre distribution locale et distribution


internationale
La différence entre la distribution locale et la distribution internationale repose
principalement sur la complexité, la portée géographique, et les contraintes liées aux marchés
ciblés.
Distribution locale: Elle concerne un marché national ou régional unique.
Les circuits de distribution sont généralement plus simples, avec une meilleure
connaissance des habitudes, réglementations et préférences des consommateurs locaux.
La logistique, les coûts et les risques sont moindres, car l’entreprise opère dans un
environnement juridique, culturel et économique homogène.
Les canaux sont souvent courts, avec un contrôle direct sur les intermédiaires et une
gestion facilitée des relations commerciales.

1
JOLIVOT, Anne-Gaëlle. Chapitre 5. Distribution et communication à l’international. Les Topos, 2013, vol. 2, p.
101-118.
2
HEILBRUNN, Benoît. Management et marketing du luxe. Décisions Marketing, 2008, no 51, p. 279.
Distribution internationale : Elle implique la commercialisation et l’acheminement
des produits vers plusieurs pays, souvent très différents en termes de culture, législation,
infrastructures et comportements d’achat.
Les canaux de distribution sont plus complexes et peuvent être longs, avec plusieurs
intermédiaires (agents, distributeurs, grossistes, détaillants) adaptés à chaque marché.
La logistique est plus lourde, avec des coûts plus élevés liés au transport, aux droits de
douane, aux normes spécifiques, et aux risques liés aux fluctuations monétaires ou politiques.
L’entreprise doit adapter sa stratégie de distribution à chaque marché, en tenant compte
des différences locales, ce qui nécessite une connaissance approfondie des marchés étrangers
et une organisation plus sophistiquée.
La gestion des partenaires internationaux demande une coordination multiculturelle,
multilingue et juridique complexe.

3.Les formes de La distribution internationale:


La distribution internationale se décline en plusieurs formes selon le niveau de contrôle, les
partenaires impliqués et la stratégie commerciale adoptée. :

1. La distribution directe : La distribution directe consiste pour l’entreprise à vendre


ses produits ou services directement aux clients étrangers, sans passer par des
intermédiaires. Cela peut se faire via un site web propre, une force de vente interne, ou
la participation à des salons internationaux.
2. La distribution indirecte La distribution indirecte implique l’utilisation
d’intermédiaires (agents, distributeurs, grossistes, détaillants) pour commercialiser les
produits à l’étranger. Ces partenaires locaux facilitent l’accès au marché, la logistique
et la connaissance des spécificités locales.
3. L’agence commerciale L’agence commerciale est un type d’intermédiaire qui agit au
nom du producteur pour vendre ses produits dans un pays étranger, sans en devenir
propriétaire. L’agent commercial négocie et conclut des ventes, mais le risque
commercial reste souvent à la charge du producteur.
4. La distribution exclusive La distribution exclusive consiste à confier la
commercialisation des produits à un seul distributeur ou point de vente dans une zone
géographique donnée. Ce mode est souvent choisi pour des produits haut de gamme ou
à forte valeur ajoutée.
5. La Distribution sélective La distribution sélective consiste à choisir un nombre
limité de distributeurs ou points de vente selon des critères précis (expertise, image,
emplacement). Ce mode est adapté aux produits nécessitant un conseil technique ou
une image spécifique (produits de luxe, techniques, parapharmacie).

Partie II : Le cadre juridique de la distribution des


produits à l’international :
La distribution internationale joue un rôle fondamental dans la chaîne commerciale
mondiale, assurant la diffusion des produits entre producteurs et consommateurs à travers
différentes juridictions. Pourtant, ce secteur est confronté à un vide juridique important, car
les principales conventions internationales relatives à la vente internationale ne régissent pas
directement les contrats de distribution. Cette lacune crée un défi majeur pour la sécurité
juridique des acteurs économiques.

1. L'absence de la distribution dans les conventions


internationales majeures
Convention de Vienne (CISG) de 1980
La Convention des Nations Unies sur les contrats de vente internationale de marchandises
(CISG), aussi appelée Convention de Vienne (CVIM) de 1980 s'applique exclusivement aux
contrats de vente internationale de marchandises; Ventes entre professionnels et exclut les
ventes au consommateur final ainsi que les contrats de fourniture de services. Elle traite
principalement de la formation du contrat, des obligations des parties (notamment la
conformité des marchandises), et des droits et recours en cas de manquement Elle exclut
explicitement les contrats-cadres de distribution, qui ne sont pas des contrats de vente en soi,
mais des accords organisant la commercialisation des produits3.
● Le contrat-cadre : juridiquement, est un accord global qui fixe les conditions

générales régissant les relations commerciales entre les parties, souvent complétées par

des commandes ou contrats spécifiques ultérieurs. Il organise les modalités des

échanges futurs sans constituer nécessairement un contrat de vente à chaque étape,

notamment lorsqu’il s’agit de distribution ou de fourniture de services 4.

3
Article 1er, Convention des Nations Unies sur les contrats de vente internationale de marchandises
(CISG), 1980 ; doctrine précisant l’exclusion des contrats-cadres de distribution du champ d’application de
la Convention.
4
Définition juridique du contrat-cadre, voir notamment la doctrine commerciale et les commentaires
jurisprudentiels sur les contrats commerciaux globaux.
Un exemple récent est l'arrêt de la Cour de cassation française du 17 mai 2023 (n° 22-
16290), qui a rappelé que la CVIM exclut l'application des règles nationales, même d'ordre
public, en matière de responsabilité du fait des produits défectueux dans une vente
internationale5. Cette décision souligne l'exclusivité et la primauté de la CVIM dans son
champ d'application, mais aussi la nécessité de distinguer clairement les contrats de vente des
contrats de distribution.

● Convention de La Haye de 1955

La Convention de La Haye de 1955 concerne la loi applicable à la vente internationale

d'objets mobiliers corporels, c’est-à-dire aux contrats de vente de marchandises entre

parties situées dans des États différents. Elle exclut explicitement les contrats-cadres

de distribution, qui ne sont pas des contrats de vente en tant que tels, mais des accords

organisant la commercialisation des produits. Cependant, cette Convention peut

s’appliquer aux ventes réalisées dans le cadre d’un contrat-cadre, ce qui souligne la

distinction entre le contrat-cadre (organisation générale des relations commerciales) et

les contrats de vente spécifiques conclus en son sein 6.

● Par exemple, dans une relation commerciale entre un fournisseur et un distributeur,

un contrat-cadre de distribution peut fixer les modalités générales

d’approvisionnement, de livraison, de prix et de promotion des produits, sans être lui-

même un contrat de vente. Chaque commande passée dans ce cadre constitue alors un

contrat de vente soumis à la Convention de La Haye, si les conditions internationales

sont réunies.

Absence d'un statut uniforme du distributeur

5
Cour de cassation, 1ère chambre civile, 17 mai 2023, n° 22-16290, confirmant la primauté de la CVIM
sur les règles nationales d’ordre public en matière de responsabilité du fait des produits défectueux.
6
Article 1er, Convention de La Haye du 15 juin 1955 sur la loi applicable à la vente
internationale d'objets mobiliers corporels ; doctrine précisant l’exclusion des contrats-cadres de
distribution du champ d’application.
Au niveau international, le distributeur ne bénéficie pas d’un statut juridique uniforme ou
spécifiquement reconnu, contrairement à l’agent commercial qui est encadré par des
conventions internationales telles que la Convention de La Haye de 1978. Cette absence de
statut uniforme complique la protection juridique du distributeur ainsi que la gestion des
relations contractuelles, en raison de la diversité des régimes applicables selon les juridictions
et le caractère souvent innommé du contrat de distribution.
Cette situation entraîne une plus grande complexité pour les parties, qui doivent veiller à
définir précisément les droits et obligations dans leurs contrats, et à anticiper les risques liés à
l’absence de cadre légal harmonisé, notamment en matière de rupture du contrat, de
responsabilité ou de rémunération.

2. La Convention de La Haye de 1978 : une exception partielle


La Convention de La Haye de 1978 traite spécifiquement des contrats d’intermédiaires,
notamment ceux où un intermédiaire agit pour le compte d’une partie, ce qui inclut certains
contrats de distribution. Elle vise à déterminer la loi applicable à ces contrats dans un
contexte international, en tenant compte du lieu d’établissement de l’intermédiaire ou, à
défaut, de sa résidence habituelle 7.
Cependant, cette convention présente un champ d’application restreint et ne couvre pas
l’ensemble des contrats de distribution, laissant un vide juridique pour les autres formes de
distribution internationale 8. Par exemple, si un contrat de distribution ne relève pas
strictement de la représentation ou de l’activité d’un intermédiaire au sens de la Convention,
il ne sera pas soumis à celle-ci, ce qui nécessite alors de recourir aux règles nationales ou à
d’autres conventions internationales.
Un cas illustratif est celui d’un contrat de représentation exclusive conclu entre une
société française et une société étrangère, où la Cour de cassation française a appliqué la loi
étrangère désignée par la Convention de La Haye de 1978, confirmant ainsi son application
aux contrats d’intermédiaires, mais en soulignant ses limites face aux autres types de contrats
de distribution 9.

7
¹ Article 1er et 6 de la Convention de La Haye du 14 mars 1978 sur la loi applicable aux contrats
d’intermédiaires et à la représentation.
8
P. Lagarde, « La loi applicable au contrat de distribution commerciale », Revue générale de droit,
1990, p. 669-685.
9
Cass. 1re civ., 4 avril 2024, n° 21-22949, concernant un contrat de représentation exclusive soumis à
la loi israélienne en application de la Convention .
3. Le cadre juridique applicable en l'absence de

conventions spécifiques

Le Règlement Rome I (CE) n° 593/2008 est un texte fondamental pour déterminer la


loi applicable aux contrats internationaux, y compris aux contrats de distribution. En
l’absence de conventions internationales spécifiques, ce règlement offre un cadre juridique
cohérent permettant aux parties de choisir librement la loi applicable à leur contrat ou, à
défaut de choix, d’appliquer des règles objectives fondées notamment sur le lieu d’exécution
ou la résidence habituelle des parties 10.
Dans le cas des contrats de distribution, Rome I prévoit une règle particulière : en
l’absence de choix des parties, la loi applicable est celle du pays de résidence habituelle du
distributeur, ce qui vise à protéger la partie la plus faible dans la relation commerciale 11.
Cette disposition apporte une sécurité juridique et une prévisibilité accrue dans les relations
commerciales internationales.
Par ailleurs, Rome I encadre la liberté de choix des parties en imposant des limites liées à
l’ordre public, afin d’éviter des choix artificiels ou frauduleux de la loi applicable.

4. Le contrat international de distribution

Le régime juridique du contrat de distribution commerciale, tel qu’analysé par Paul


Lagarde, s’inscrit dans la catégorie des contrats innommés soumis aux règles générales du
droit commun des contrats, notamment en matière de formation, validité et exécution. Il
n’existe pas de régime uniforme spécifique, le cadre juridique étant constitué par un ensemble
de lois nationales et internationales, complété par des règles de droit de la concurrence et de
protection du consommateur. Le contrat de distribution peut prendre différentes formes,
parmi lesquelles on distingue principalement deux catégories : les contrats de revente
(distribution exclusive, franchise, distribution sélective) et les contrats d’intermédiation
(courtage, mandat, commission, agence). Ces contrats peuvent être exclusifs ou non, limités
dans le temps ou dans l’espace, selon ce que les parties conviennent librement. La liberté
contractuelle est large, permettant la négociation de clauses essentielles telles que
l’exclusivité territoriale, les quotas d’achat ou de vente, les conditions de paiement, la durée,
la résiliation ou encore la compétence juridictionnelle. La protection juridique du distributeur
est un élément fondamental du régime, notamment en cas de dépendance économique vis-à-

10
Captain Contrat, « Le règlement Rome I en droit du contrat international », 2023.
11
William Fernando Martínez-Luna, « Applicable Law to Distribution Contracts in the European Union
Regulation 593/2008 (Rome I) », Revista Colombiana de Derecho Internacional, 2016.
vis du fournisseur, avec des mécanismes protecteurs contre la rupture abusive du contrat,
comme le droit à une indemnité dite de clientèle. Concernant la loi applicable, le principe est
celui de la liberté de choix par les parties ; à défaut, la loi du pays où le distributeur exerce
son activité professionnelle est généralement retenue, reflétant une tendance internationale
visant à protéger la partie la plus vulnérable. Cette loi peut toutefois être limitée par
l’application de lois de police nationales, qui s’imposent pour protéger les parties ou réguler
la concurrence. Ainsi, le régime juridique du contrat de distribution est un équilibre entre la
liberté contractuelle, la protection des parties, et le respect des règles impératives de droit
commercial et international. En résumé, le contrat de distribution est un instrument
commercial souple et complexe, dont le régime juridique repose sur un cadre général du droit
des contrats, enrichi par des règles spécifiques selon le type de distribution, la législation
applicable, et les clauses négociées, visant à organiser la relation commerciale, protéger les
parties, et assurer la bonne exécution de la distribution des produits ou services.

Au Maroc ,le contrat de distribution ne bénéficie pas d’un régime juridique


spécifique. Il est classé parmi les contrats innommés, c’est-à-dire qu’il n’est pas
expressément réglementé par un texte particulier, et il est donc soumis aux
règles générales du droit des contrats. En particulier, les dispositions du Dahir
formant Code des Obligations et des Contrats (DOC) s’appliquent naturellement,
notamment celles relatives à la formation, à la validité et à l’exécution des
contrats 12.
Par ailleurs, d’autres textes législatifs spécifiques interviennent dans le
cadre des relations commerciales, notamment la loi n° 31-08 relative à la
protection du consommateur, qui encadre les obligations envers le
consommateur final, ainsi que la loi n° 104-12 sur la liberté des prix et de la
concurrence, qui vise à garantir une saine concurrence entre les opérateurs
économiques 13.
Dans la pratique, les contrats de distribution permettent au fournisseur ou
fabricant de confier la commercialisation de ses produits à un distributeur
indépendant. Bien que la formation de ces contrats semble relever de la liberté
contractuelle, ils sont en réalité encadrés par un ensemble de règles légales et
jurisprudentielles qui forment un régime particulier. Ce régime porte notamment
sur les conditions de formation du contrat, les obligations respectives des

12
Dahir n° 1-59-413 du 12 août 1913 portant promulgation du Code des Obligations et des Contrats
(DOC).
13
Loi n° 31-08 relative à la protection du consommateur (2011) ; Loi n° 104-12 relative à la liberté des
prix et de la concurrence (2014).
parties, les modalités d’exécution, ainsi que sur la protection contre les ruptures
abusives.

5.La compétence juridictionnelle et les litiges

La détermination du tribunal compétent en cas de litige relatif aux contrats de distribution

constitue un enjeu juridique majeur, en raison de la complexité des règles applicables. La

jurisprudence récente illustre cette difficulté. Ainsi, dans l’arrêt « Maison du Whisky » rendu

par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) le 15 décembre 2013, il a été précisé

que les contrats de concession, proches des contrats de distribution, ne doivent pas être

qualifiés de contrats de vente. Cette qualification a une incidence directe sur la compétence

juridictionnelle selon le Règlement Bruxelles I, qui régit la compétence des tribunaux dans

l’Union européenne 14. Par ailleurs, la Cour d’appel de Paris a confirmé en 2014 que les

litiges relatifs aux contrats de distribution relèvent de la compétence du tribunal du lieu où les

services sont effectivement fournis, et non du lieu de livraison des marchandises 15.

En droit interne français, l’article 46 du Code de procédure civile prévoit que, en


l’absence de convention internationale ou de règlement européen applicable à la compétence
judiciaire, la compétence internationale est déterminée par extension des règles de
compétence territoriale interne. Ainsi, en matière contractuelle, le demandeur a le choix de
saisir, outre la juridiction du domicile du défendeur, la juridiction du lieu de la livraison
effective de la chose ou celle du lieu d’exécution de la prestation de service 16. Cette règle
offre une certaine souplesse dans la détermination du tribunal compétent, mais nécessite une
analyse précise du lieu d’exécution du contrat de distribution.

14
CJUE, arrêt Maison du Whisky, 15 décembre 2013, aff. C-84/12, relatif à la détermination de la
juridiction compétente en matière de contrat de distribution au regard du Règlement Bruxelles I.
15
Cour d’appel de Paris, 2014.
16
Article 46 du Code de procédure civile français, relatif à la compétence territoriale en matière contractuelle.
Le cadre juridique des contrats de distribution internationaux repose principalement sur
le Règlement Rome I qui privilégie la liberté contractuelle tout en protégeant le distributeur
par l'application, à défaut de choix, de la loi de son pays de résidence habituelle. Ces contrats,
souvent qualifiés d'innommés comme au Maroc, demeurent soumis au droit commun des
contrats, complété par des dispositions spécifiques relatives à la concurrence et à la protection
du consommateur.
La jurisprudence, notamment l'arrêt "Maison du Whisky" de la CJUE, souligne l'impact
déterminant de la qualification juridique sur la compétence juridictionnelle. Le Règlement
Bruxelles I et les règles nationales de procédure civile établissent généralement cette
compétence au lieu d'exécution effective du contrat.
Face à cette complexité, une rédaction contractuelle rigoureuse s'impose,
particulièrement concernant les clauses de loi applicable et de compétence juridictionnelle,
afin d'assurer la sécurité juridique et de prévenir les litiges dans ces relations commerciales
transfrontalières.

4. La Rupture Abusive des Contrats de Distribution


Internationale : Approche Juridique Comparée

Le contentieux relatif à la rupture des relations commerciales établies dans un contexte


international soulève des problématiques juridiques complexes, à l'intersection du droit des
contrats, du droit de la concurrence et du droit international privé. L'étude du différend
opposant la société marocaine ElectroTech SARL à son distributeur français Domistore SAS
illustre parfaitement ces enjeux juridiques contemporains.

Dans cette affaire caractéristique, le contrat de distribution exclusive signé en 2020


comportait une clause de résiliation sous préavis de six mois, mais fut rompu unilatéralement
et sans préavis par le fournisseur marocain, alléguant un manquement aux objectifs de vente.
Cette rupture brutale a entraîné un préjudice économique significatif pour le distributeur
français, qui a saisi le tribunal de commerce de Marseille.

La qualification juridique de ce contrat transfrontalier révèle ses éléments constitutifs


essentiels : exclusivité territoriale, indépendance juridique des parties, et transfert de propriété
des marchandises. Ces caractéristiques permettent de le qualifier de contrat de distribution
exclusive internationale à durée indéterminée, distinct du mandat ou de la commission.

L'analyse comparative des droits marocain et français met en lumière une conception
distincte de ce type de relation commerciale. Le droit français a développé un régime
spécifique de protection contre les ruptures brutales par le prisme de l'article L.442-1, II du
Code de commerce, contrairement au droit marocain qui s'appuie davantage sur les principes
généraux du droit des obligations.

L'internationalité du contrat soulève inévitablement la question du droit applicable. En


l'absence d'indication contraire, le Règlement Rome I désignerait probablement le droit
marocain en tant que loi du pays du vendeur. Toutefois, l'article L.442-1, II du Code de
commerce français pourrait être considéré comme une loi de police applicable nonobstant le
choix d'une loi étrangère.

Quant à la compétence juridictionnelle, le tribunal de commerce de Marseille fonde sa


compétence soit sur une clause attributive de juridiction contenue dans le contrat, soit sur le
lieu de survenance du dommage économique, conformément au Règlement Bruxelles I bis.

Sur le fond, le contrat stipulait expressément un préavis de résiliation de six mois, créant
une obligation contractuelle manifestement violée par ElectroTech. Cette obligation s'inscrit
dans un principe plus général de bonne foi contractuelle, reconnu tant en droit marocain qu'en
droit français.

La jurisprudence française a développé une conception exigeante du préavis raisonnable,


particulièrement dans le cadre des relations commerciales établies de longue durée. Dans ce
cas d'espèce, la relation de trois ans aurait justifié, selon les standards jurisprudentiels, un
préavis minimal correspondant à la durée initialement prévue dans le contrat.

La rupture opérée par ElectroTech présente les caractéristiques d'une rupture abusive à
plusieurs égards. D'une part, l'absence totale de préavis contrevient aux stipulations
contractuelles. D'autre part, l'invocation d'un manquement aux objectifs commerciaux sans
mise en demeure préalable constitue une violation du principe de bonne foi.

Le droit français appréhende cette situation comme une pratique restrictive de


concurrence, indépendamment de toute atteinte au marché. Cette approche, plus protectrice
que celle du droit marocain, sanctionne la rupture brutale même en présence d'un motif
légitime, dès lors que le préavis accordé est insuffisant.

Concernant la réparation du préjudice subi par Domistore, la juridiction française devra


évaluer plusieurs composantes : perte de marge brute pendant la durée du préavis non
respecté, coûts de restructuration imposés par la rupture soudaine, et éventuellement atteinte à
la réputation commerciale.

La jurisprudence française a développé des méthodes d'évaluation spécifiques, calculant


généralement l'indemnisation sur la base de la marge brute que le distributeur aurait réalisée
pendant la période de préavis manquante. Cette approche quantitative se distingue de celle du
droit marocain, plus restrictive dans l'évaluation du préjudice commercial, notamment en ce
qui concerne la perte de chance et le préjudice d'image.
Au-delà des dommages-intérêts compensatoires, se pose la question de l'exécution
internationale de la décision française. Dans l'hypothèse d'une condamnation d'ElectroTech,
l'exequatur au Maroc serait nécessaire pour toute mesure d'exécution forcée. Cette procédure
s'inscrirait dans le cadre de la Convention franco-marocaine de coopération judiciaire du 5
octobre 1957, qui prévoit la reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires sous réserve de
conditions spécifiques.

Ce contentieux illustre les difficultés inhérentes à l'articulation des régimes juridiques


dans le cadre de la distribution internationale. La rupture abusive d'une relation commerciale
établie, sanctionnée avec rigueur en droit français, révèle la tension entre la liberté
contractuelle et la protection du distributeur contre les comportements opportunistes.

Ce cas d'étude met en évidence la nécessité d'une harmonisation des règles matérielles
applicables aux contrats de distribution internationale, dépassant les divergences entre
traditions juridiques pour offrir une sécurité juridique accrue aux opérateurs économiques.
Dans l'attente d'une telle harmonisation, la prudence contractuelle s'impose aux parties,
notamment par l'inclusion de clauses détaillées relatives à la résiliation et au règlement des
différends, afin de prévenir les incertitudes liées à l'application de régimes juridiques
potentiellement contradictoires.
CONCLUSION
La distribution internationale des marchandises constitue une étape essentielle dans le
fonctionnement des échanges commerciaux mondiaux, au-delà du simple transport physique
des biens. Elle s’inscrit dans une logique stratégique, permettant aux entreprises d’accéder
aux marchés étrangers tout en maîtrisant la relation avec les intermédiaires, qu’il s’agisse de
distributeurs indépendants, d’agents commerciaux ou de partenaires contractuels.
Du point de vue théorique, elle s’articule autour de modèles économiques variés qui
reflètent les objectifs de rentabilité, de maîtrise des réseaux et d’adaptation aux spécificités
locales. Toutefois, cette complexité se double d’un enjeu juridique majeur : encadrer les
relations entre acteurs issus de systèmes juridiques différents, afin de garantir la sécurité
juridique des échanges. Le droit commercial international, à travers des instruments comme
les conventions multilatérales, les incoterms, les contrats-types ou les principes généraux du
commerce, tente de répondre à cette exigence d’uniformisation et de prévisibilité.
L’analyse du cas de la rupture abusive des contrats de distribution internationale illustre
parfaitement les tensions qui peuvent émerger dans ces relations : asymétrie de pouvoir,
absence de cadre légal harmonisé, ou divergences d’interprétation contractuelle. Ce type de
litige met en évidence la fragilité des partenariats internationaux lorsque les mécanismes de
prévention ou de règlement des différends ne sont pas suffisamment clairs ou équilibrés.
En somme, la distribution internationale, bien qu’indispensable à la fluidité du commerce
mondial, reste un domaine sensible, où les considérations économiques doivent
s’accompagner d’une vigilance juridique constante. La montée en puissance de nouvelles
pratiques, comme le commerce électronique transfrontalier ou la digitalisation des chaînes
logistiques, renforce encore la nécessité d’un encadrement juridique adapté, souple mais
protecteur, capable de faire face aux défis d’un commerce international en mutation rapide
Table des matières

Introduction.........................................................................................................................1
Problématique :...........................................................................................................1
Partie I :Le cadre théorique de la distribution des produits à l’international......................2
1.Définition.....................................................................................................................2
2.La distinction entre distribution locale et distribution internationale...........................2
3.Les formes :..................................................................................................................3
Partie II : Le cadre juridique de la distribution des produits à l’international :..................4
1. L'absence de la distribution dans les conventions internationales majeures...............4
2. La Convention de La Haye de 1978 : une exception partielle....................................6
3. Le cadre juridique applicable en l'absence de conventions
spécifiques......................................................................................................................7
4. La Rupture Abusive des Contrats de Distribution Internationale : Approche
Juridique Comparée..............................................................................................................10
CONCLUSION.................................................................................................................13
Table des matières.............................................................................................................14

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