COURS . Indexation : la conscience, l'inconscient, la vérité, la liberté, la raison, le travail...
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Étude de l’œuvre au programme : 2 premières Méditations métaphysiques de Descartes. (MM)
Introduction :
Nous ne laissons à personne le dernier mot à notre sujet lorsqu’il s'agit de se connaître ou de se faire
connaître ; nous affirmons que nous savons ce que nous pensons, disons, faisons. ( « mais je sais ce
que je fais ! ») Le mensonge à soi apparaît d'ailleurs impossible : nous ne pouvons nous cacher ce
que nous savons, nous ne pouvons ignorer ce que nous connaissons. ( Nous ne pouvons être à la fois
menteur et menti).
Cependant, la connaissance que chacun pense avoir de lui-même, la conscience qu'il a de lui-même
peut s'avérer partielle et partiale, illusoire. Certaines expériences (lapsus, actes manqués,
passions...) nous font parfois éprouver un sentiment d'étrangeté à l'égard de nous-mêmes, preuves
que nous ne nous connaissons peut-être pas si bien que cela. Déjà La Rochefoucauld (1665)
remettait en cause cette connaissance de soi, cette transparence à soi que nous affirmons
spontanément : « l'amour propre est souvent invisible à lui-même » ou encore « L'esprit est souvent
dupe du cœur ».
Qui se croit généreux n'est en fait que vaniteux. Je crois faire un don ou un cadeau à un ami, je ne
fais que créer une dette qu'il devra me rembourser (cf ; « le renvoi d'ascenseur »)... Autrement dit, la
signification d'un acte, d'une parole, d'un sentiment peut nous échapper, peut être ignorée, cachée ou
in-consciente.
D'où la question : suis-je bien ce que je pense être spontanément ? La conscience de soi est-elle une
connaissance (vraie) de soi ? Ne faudrait-il pas prendre conscience de soi pour véritablement se
connaître ? Mais comment prendre conscience de soi ? (ou) Qu'est-ce que prendre conscience de
soi ?
* Première conceptualisation des termes de la question :
– Qu'est-ce que = quelles sont les déterminations, quelle est l'essence … ?
– Prendre: verbe d'action ==>acte ; connotation active, dynamique ; acte qui consiste à
s'emparer de, à saisir ( prendre un crayon), à se rendre maître de ( s'emparer d'un territoire),
faire sien ce qui était autre. Un acte # un geste ou une gesticulation. Action = création ; une
réalité nouvelle est construite, créée.
– Que prend-on ici ? Conscience. Étymologie : cum scire : avec savoir. J'ai conscience de
l'arbre dans la cour : je suis conscient de sa présence, je sais qu'il est là, et je sais que je le
sais. Conscience = Aperception immédiate de ce qui se passe en nous (ou hors de nous). Je
perçois l'arbre et j'aperçois que je le perçois. J'éprouve un sentiment et je sais que je
l'éprouve, je ne l'ignore pas. La conscience éclaire le monde intérieur comme extérieur d'une
lumière diffuse ; cette lumière accompagne chacun de nos « actes » psychiques ( percevoir,
éprouver, juger, désirer...)
–
NB. le savoir (rattaché ou associé à la sphère théorique) et l'action (rattachée à la sphère pratique)
sont traditionnellement opposés. Pour savoir, on réfléchit (retour sur soi, sur sa propre pensée) ;
agir, c'est agir dans le monde, modifier ce monde. 2 mouvements contraires.
Savoir, connaître # agir. Théorie # pratique. Réflexion # action.
- De soi # de l'autre, d'autrui. La conscience de soi est savoir de soi distinct d'autrui. Le moi
se prend ici comme objet et essaie de se connaître. Privilège de l'homme # l'animal qui sent mais ne
sait pas qu'il vit. Le moi qui fait ici retour sur lui-même (retour sur soi) suppose une certaine
permanence dans le temps. cf. Bergson : « la conscience, c'est le temps » compris comme durée
intime du moi. Le moi suppose qu'on ne vive pas dans un éternel présent ou un succession de
moment présent mais qu'on se souvienne et qu'on anticipe, qu'on se projette vers l'avenir, qu'on relie
les différents moments du temps (passé, présent, avenir) de manière à saisir une certaine continuité
et identité du « moi ». Cette relation, amalgame permanent est notre durée. La conscience est
mémoire, saisie du présent et anticipation. Sans cette conscience comme temps ou durée, nous ne
pourrions comprendre ce qu'on lit, ni écouter une mélodie. Nous sommes continuité, permanence
dans le temps mais aussi ou en même temps : changement, écoulement (nos états, nos pensées se
succèdent ou plutôt s'interpénètrent, se fondent les uns dans les autres.)
* Reformulation de la question :
En d'autres termes, quelles sont les déterminations de l'acte par lequel nous nous rendons maîtres de
ce qui se passe en nous, le saisissons dans sa clarté et le faisons ainsi nôtre ?
*Recherche du problème posé par la question : chercher les tensions, les paradoxes, toutes
traces de conflit ou contradiction au sein de la question :
cf. analyse des termes ou première conceptualisation.
prendre nous dirige vers la pratique ; action qui mobilise le corps ; projection vers le monde pour le
changer, qui fait advenir du nouveau # conscience nous dirige vers la théorie ; mouvement réflexif ;
retour sur soi ; retour sur ce que existe ou est déjà ce qu'il est # création. Réflexion # action +
Conscience de soi # conscience de l'autre
*Ce qui pose le problème suivant :
La prise de conscience de soi sera-t-elle solitaire, repli théorique sur soi qui exclut tout mouvement
vers l'autre (que je ne suis pas), en un mot réflexion, ou bien au contraire mouvement vers
l'altérité, action et création, nécessaire détour par l'autre pour se connaître ? Prendre conscience de
soi serait-ce alors saisir quelque chose qui existe déjà, ou bien au contraire construire, se faire ?
Quel sera donc le résultat de cette prise de conscience de soi ? (On juge l'arbre aux fruits). Ne
pourra-t-on ultimement unifier ou articuler réflexion et action ?
Enjeu : se connaître ou mieux se connaître permettait de mieux se maîtriser, de diriger son existence
= Enjeu : la liberté.
I. La prise de conscience de soi définie comme réflexion, méditation ( = thèse) :
Référence exploitée pour soutenir cette thèse : Méditations métaphysiques de Descartes.
1- Situation dans l’œuvre de Descartes et projet cartésien :
Descartes a soif de vérité, de certitude, il veut échapper au doute, aux opinions ou jugements qui ne
sont que vraisemblables voire fausses. La philosophie scolastique enseignée dans les écoles ne lui
semble pas certaine mais douteuse. CAR « Il ne s'y trouve rien dont on ne dispute sans fin » ; elle
apparaît comme « un palais fort superbe et fort magnifique mais bâti sur du sable et de la boue » #
du roc !
Il entreprend donc de reconstruire ( après avoir déconstruit l’ancien) tout l'édifice des sciences ou
du savoir en commençant par les premières vérités ( // premières pierres pour construire
solidement). Il cherche une première vérité d'abord, qui servira de modèle à toutes les autres. Voir
fiche sur la métaphysique. + texte 1° MM
2- Le moyen pour atteindre la fin = la méthode : le doute (+ texte 1°MM)
Descartes veut échapper à l'erreur et plus encore au doute, à l'incertitude, aux opinions (slt) vrai-
semblables (# identiques). Il veut échapper au doute ( aux opinions douteuses ), c'est pourquoi il
doutera (méthode)! Il prend la résolution (expression d’une volonté libre) de douter de tout ce qui
lui laissera le plus petit motif de douter. S'il a un doute, un motif de douter, il révoquera en doute les
jugements douteux. Révoquer = rejeter. Par élimination des jugements douteux, il entend accéder à
une première vérité, jugement certain ou indubitable. Descartes désire la vérité et veut aussi le doute
comme méthode. Le doute est ici volontaire (# subi), une méthode de tri afin de séparer le vrai du
faux mais aussi le vrai du vraisemblable, une méthode de séparation des jugements douteux des
jugements certains. Il veut l'absolue vérité, c'est pourquoi le PLUS PETIT motif de douter suffira à
révoquer en doute ( = rejeter) tel ou tel jugement. Son doute méthodique ( # sceptique), volontaire
( # subi) se fera radical et même hyperbolique au cours de ses méditations.
Cependant prendre les jugements (en nombre infini) un par un pour les passer au crible du doute
serait une entreprise sans fin. Descartes classe donc les jugements en deux groupes, par catégorie,
selon leur origine ou principe : les jugements qui dérivent des sens et les jugements qui dérivent ou
nous viennent de la raison. Tout ce que nous affirmons ou nions provient des sens ou de la raison.
EX. de jugements qui nous viennent des sens : « cette tour est carrée ». C'est ainsi que je la vois.
« La musique est forte ». C'est ainsi que je l'entends. « L'eau est tiède » etc...
EX. de jugements qui dérivent de la raison : « 2+3=5 » ou « un carré a quatre côtés ». Jugements
mathématiques qui ne doivent rien aux sens.
3- les motifs de douter des jugements qui nous viennent des sens :
Texte 1° MM. § 3 et 4 ou texte 9. p 187.
Un constat, une expérience vécue : « j'ai déjà éprouvé que... » + Conséquence : révocation en doute
des jugements qui nous viennent des sens. Les sens nous trompent parfois donc on ne peut pas s'y
fier. EX. de la tour ronde que de loin je vois carrée.EX. du bâton dans l'eau ( ou de la rame) que je
vois brisé alors qu'il est droit hors de l'eau. Ma perception était trompeuse ; j'ai dit les choses telles
que je les voyais et je me suis trompé. Maintenant que je cherche la vérité, je dois reconnaître que je
ne peux leur faire aveuglément confiance et j'ai un motif de douter de ce que les sens me présentent,
je n'ai pas de critère fiable pour distinguer le vrai du faux ou du vraisemblable. Comment savoir en
effet quand mes sens me trompent et quand ils ne me trompent pas? On ne peut décidément rien
fonder sur eux. Toutes les sciences faisant appel aux sens, à l'observation ne sont donc pas la
science que je cherche, ne contiennent pas la première vérité que je cherche et n'énoncent pas de
vérité à proprement parler puisque nous avons là un motif d'en douter .
NB . Se rappeler de la méthode que Descartes a choisi et décidé d'appliquer avec résolution,
détermination, constance.
« mais encore que les sens nous trompent quelquefois.... » : Descartes hésite à révoquer en doute
ces jugements qui dérivent des sens parce la plus grande partie de nos jugements tenus pour vrais
viennent des sens ( « je ne crois que ce que je vois ! »). Descartes tente alors de sauver certains
jugements en faisant une distinction : jugements qui portent sur des choses sensibles et proches #
jugements qui portent sur des choses peu sensibles et fort éloignées . EX ? Il en donne lui-même :
ex. de jugements qui portent sur des choses sensibles et proches (mon corps).
« Et comment est-ce que je pourrais nier (révoquer en doute » que ...... » = allusion aux fous : il
faudrait être fou pour douter de ces jugements qui portent sur des objets sensibles et proches et les
révoquer, les rejeter comme n'étant pas la première vérité que je cherche. Nous les tenons pour des
évidences.
« Toutefois... » : le « Descartes qui doute » répond au « Descartes qui cherche et persévère, qui
veut trouver une première vérité » = Dialogue de Descartes avec le doute. Ce qui s'appelle penser,
réfléchir ou méditer, dialoguer silencieusement avec soi-même = propositions + objections i.e
motifs ici de douter et ainsi de suite.
TOUJOURS DISTINGUER QUI PARLE : D1 de D2 = à noter en face de chaque moment au sein
des MM.
Nouveau motif de douter, nouveau motif qui conduit à révoquer en doute les jugements qui nous
viennent des sens : l'argument du rêve.
J'ai quelquefois confondu rêve et réalité = un constat, une expérience vécue. ===> Je peux encore
confondre + il n’y a pas d’indices concluants ou certains qui me permettent de distinguer la fiction
du réel ( aucune certitude pour le moment ) ===>Il se pourrait donc que rien de ce que j'affirme ou
nie, d'après mes sens, ne corresponde à quelque chose de réel si je suis en train de rêver, ce qui ne
peut pas être exclu. Je ne peux ni affirmer ni prouver le contraire.
Pourquoi ? Je ne possède encore aucune vérité ! Je la cherche !
EX. Je peux rêver que les chats sont roses et l'affirmer, cela ne veut pas dire qu'ils le sont
réellement, c' est-à-dire que mon jugement peut ne pas correspondre à la réalité. ICI : la vérité est
implicitement définie comme accord ou adéquation, conformité de mon jugement avec ce qui
EST, avec le réel (#le rêve, la fiction) . L'erreur est le jugement en désaccord avec le réel.
====> la science ne sera pas fondée sur l’observation qui conduit à des jugements issus des sens. =
réfutation de l’empirisme. CF. HUME.
4- Le doute relatif aux jugements qui nous viennent de la raison :
cf. § 8 -9- MM. Ou Texte 10.p.188
« C'est pourquoi....nous ne conclurons pas mal si nous disons que.... »
Par élimination ( Descartes vient de révoquer en doute les jugements qui dérivent des sens),
Descartes propose un autre candidat au titre de science des premiers principes, premières vérités :
les sciences qui ne font pas appel aux sens, les sciences purement rationnelles : les mathématiques
dont la géométrie, l'arithmétique...La question de l'accord de leurs jugements avec le réel, « avec les
choses qui existent dans la nature » ne se pose en effet pas. 2+3 = 5 ou « un carré a 4 côtés » sont
des jugements qui ne se réfèrent pas à la réalité sensible.
Ce type de jugement échappe aux deux premiers motifs de douter des jugements qui dérivent des
sens, et en particulier à l'argument du rêve : « que je veille ou que je dorme », 2+3=5...
L'argument du rêve vient donc ici échouer.
« Toutefois... » : qui relance la recherche, instille le doute, introduit un motif de douter …
Descartes se souvient que parmi ces anciennes opinions, il y a celle de l'existence d'un Dieu tout
puissant. Le motif du Dieu trompeur surgit alors : il se pourrait qu'il existe un Dieu trompeur qui
serait donc capable, parce que tout puissant, de faire que je me trompe lorsque je compte, lorsque je
fais des mathématiques, lorsque j'utilise seulement ma raison pour construire mes jugements. Rien
ne m'assure qu'il n'existe pas ; je n'ai encore aucune vérité. Je ne peux donc écarter cette hypothèse
qui devient un motif de douter des jugements purement rationnels. Je ne peux affirmer en toute
certitude qu'il existe un Dieu bon et vérace ( un Dieu d'amour et de vérité) qui serait le garant du
bon « fonctionnement » de ma raison, qui m'assurerait que je ne me trompe pas lorsque je me sers
de ma raison. D'ailleurs, de fait, je me trompe parfois, je fais des erreurs de calculs...alors même que
je pense ne pas me tromper et fais confiance à la raison.
Il se peut aussi ( aucune certitude du contraire, aucune certitude à propos de quoi que ce soit
d'ailleurs) qu'il n'ait fait ou créé « aucune terre, aucun ciel, aucun corps étendu ... » : au passage,
Descartes propose un nouveau motif de douter de ce dont il doutait déjà, à savoir, les jugements
censés correspondre à quelque chose de réel, les jugements qui dérivent des sens par lesquels nous
appréhendons le monde, les choses sensibles. Car même si on dit qu'il est toute bonté, si le monde
n'existe pas car non créé, mes jugements ne seront pas en accord avec la réalité ou le monde.
L'argument du Dieu trompeur permet d'envisager la possibilité selon laquelle toutes les
représentations qui sont en mon esprit sont illusoires, i.e. que rien ne leur corresponde. ( vérité-
correspondance toujours). Il se pourrait qu’aucun de mes jugements ne soient vrais. (# « tout est
faux ». AUCUNE certitude pour le moment.)
Mais l'argument du Dieu trompeur est d'abord et avant tout destiné à porter le doute sur les
jugements purement rationnels : la confiance en la raison est ébranlée. Il se pourrait que ce Dieu me
trompe, i.e. que je me trompe lorsque je me sers de ma raison pour faire des mathématiques par ex.,
lorsque je compte les côtés d'un carré et affirme qu'ils sont quatre.
Quelle assurance ai-je de ne pas me tromper lorsque j'utilise ma raison ? Qui me dit que ma raison
est « fiable » ? Ma raison elle-même ! Mais peut-on être juge et partie ? Assurément pas. Il se
pourrait donc que ma raison ne soit pas fiable, qu'elle soit mensongère. La confiance que nous
accordons aux mathématiques repose sur la confiance que nous accordons à notre raison. Mais cette
confiance n'est pas ni raisonnable ni rationnelle car il se pourrait qu'il existe un Dieu trompeur (= un
motif)...
A ce moment, le doute méthodique, volontaire devient radical : il va jusqu'à la racine puisqu'il
porte sur la raison elle-même, sur notre faculté de connaître elle-même, faculté naturelle de
distinguer le vrai du faux.
NB. Nous n'avons pas à nous prononcer sur la « valeur » de ce motif du Dieu trompeur et encore
moins sur sa « vérité ». Nous n'avons encore aucune vérité ! Un motif ne saurait d'ailleurs être vrai
ou faux, il est présent ou pas, il existe ou pas. De plus, il faut se rappeler la méthode, la résolution
prise au sujet de la méthode : le plus petit motif de doute suffit à révoquer en doute les jugements
douteux (= dont on a un motif de douter). Le PLUS petit motif suffit car Descartes veut l'absolue
vérité et non le vraisemblable. Il cherche l'absolument certain : un jugement in-dubitable ( Dubito =
je doute).
Transition :
Cependant, Descartes estime que ce n'est pas encore assez douter, que cet argument ou hypothèse
du DT est incapable de nous faire cesser de croire à tout ce qu'on tient pour vrai ou a tenu pour vrai
jusqu'alors. Les jugements que nous avons rejetés, révoqués, ont une tendance quasi-invincible à
revenir hanter nos pensées. Nos anciennes opinions ou « créances douteuses » ont en effet pour
elles ou en leur faveur : - la force de l'habitude + la haute probabilité + l'utilité. Elles sont
familières, hautement probables, utiles à la vie.
EX. …..........................................
Il n'est pas facile de s'en défaire.
Comment donc conjurer le retour de ces anciennes croyances familières, probables, utiles mais
douteuses, seulement vraisemblables (#certaines) ?
5- La fiction du malin génie . Texte 11.p.189 ou MM
Pour s'obliger à perdre cette mauvaise habitude de croire vrai ce qui n'est que vraisemblable car
familier, probable, utile, Descartes envisage un malin génie puissant, rusé et mauvais qui me
tromperait TOUJOURS, i.e. qui ferait que je me trompe lorsque je juge (d'après mes sens ou ma
raison).
Pour ne pas se tromper, il faut prendre le parti de ou décider de penser qu'on se trompe toujours ! =
s'obliger à penser que l'on se trompe parce que le malin génie nous trompe(rait). Cela revient à se
tromper soi-même non pas au sens où l'on déciderait de faire volontairement une erreur mais à
tromper (abuser en se servant d'une ruse, d'un stratagème) en soi cette tendance à croire vrai ce qui
ne l'est pas totalement. Il s'agit de tromper ou d'abuser notre désir de croire vrai ce qui n'est que
vraisemblable. La pente naturelle de l'esprit est en effet celle-ci : nous affirmons ou nions trop vite,
sans certitude aucune, nous affirmons vrai ce qui n'est que vraisemblable i.e. douteux. Comme pour
redresser un bâton courbé, Descartes envisage la fiction du malin génie pour redresser cette
courbure de l'esprit, pente ou tendance naturelle fâcheuse : il s'agira de s'obliger à identifier le
vraisemblable au faux, s’obliger à envisager que ce qui est hautement probable est identique au
faux. Ainsi je ne me tromperai plus !
Le calcul est simple : je ne me tromperai plus si je pense que je me trompe toujours !
===>Je suspendrai mon jugement : donc plus d'erreur.
Descartes passe de la possibilité de se tromper ( DT) à la volonté décidée de se tromper toujours
pour ne pas se tromper (MG) ! Le malin génie # motif de douter de tel ou tel jugement.
Il a une fonction psychologique : lutter contre la pente naturelle de l'esprit.
NB. Manière aussi d'affirmer qu'il n'y a pas d'intermédiaire entre le vrai et le faux ; pas de degré
d'erreur ou de vérité : le vraisemblable n'est pas « plus » vrai que faux, pas « plus proche » du vrai
que le faux. Idem : to be or not to be : pas de degrés. On n'existe ou on n'existe pas # à moitié ou au
trois quart.
6- La première vérité : Texte seconde MM.
« Archimède, pour tirer le globe terrestre de sa place... »
RAPPEL / Construction des MM : dialogue de Descartes avec le doute ou encore : dialogue entre le
Descartes volontaire qui persévère et fait des propositions ( jugements à passer au crible du doute,
au « tamis » du doute pour isoler une « pépite », trouver du roc) ET le Descartes qui doute (motif
de douter) et qui révoque en doute.
EXERCICE : souligner en continu = Descartes qui persévère et en pointillé - - - - - = Descartes qui
doute.
– première proposition : il y a peut-être un Dieu
– le doute ressurgit : cela n'est pas nécessaire car ...= révocation en doute + motif de la
révocation
– deuxième proposition : je suis quelque chose. Moi qui engendre de telles pensées, ne suis-je
pas quelque chose ? Quelque chose = un corps et des sens, un corps sensible ( ce que la suite
du texte permet de préciser).
– Retour du doute : mais j'ai déjà nié que j'eusse un corps et des sens. = révocation en doute +
motif ?? - motifs de douter des sens, argument du rêve ou même DT.
– Troisième proposition : je peux être sans corps, je suis un esprit.
– Quatrième proposition : « ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n'étais point ? »
L'expression « mais je me suis persuadé... » est un rappel de la décision de douter et du
motif du Dieu trompeur mais elle est aussi l'expression qui va empêcher la suspension du
jugement et faire échec au scepticisme puisqu'une première vérité surgit : je suis, j'existe si
je me persuade, si je pense quelque chose. Quant bien même ce que je pense serait
douteux ou faux, il est certain que je pense. Ce que je pense = l'objet de ma pensée. Dans le
moment où je me persuade de quelque chose, dans le moment ou je pense quelque chose
( vrai, faux ou douteux), en tant que je pense quelque chose, je suis, j'existe. Même si rien de
ce que je pense ne correspond à quelque chose de réel ( vérité comme accord du jugement
avec ce qui est), je suis en tant que je le pense, dans le moment où je le pense ou si je pense.
La fiction du malin génie vient ici échouer : c'était « l'assurance tout risque » contre l'erreur =
m’obliger à penser que tout est faux pour ne pas me tromper. En mettant les choses au pire, si
je me trompe toujours, pcq le malin génie me trompe, je pense. Se tromper est encore penser
quelque chose. Si je me trompe, j'existe. Si je pense, j'existe en tant que je pense.
Le doute hyperbolique introduit par la fiction du malin génie se renverse ici en une certitude
radicale. Que le malin génie me trompe tant qu'il voudra, lui-même et sa toute puissance ne saurait
faire que je me trompe lorsque je pense que j'existe en tant que je pense. J'existe (même) si je me
trompe (en pensant que j'existe!). Tout pourrait être faux, il se pourrait qu'il n'y ait aucun monde,
que je n'aie pas de corps, moi qui pense cela, j'existe du seul fait de le penser. Dès l'instant où je
pense, j'existe par l'acte même de penser. La pensée qui doutait qu'il existe quelque chose
(d'extérieur) qui corresponde à ses représentations, ne peut douter d'elle-même. Si elle en doute, si
elle doute qu'elle doute, cela revient au même : douter, c'est penser. De sorte que l'on pourrait dire
aussi : si je doute, je suis. Si je doute que je doute, je suis.
NB. L'objet de ma pensée, CE QUE je pense n'a pas d'importance. Je peux me tromper, cela ne
change rien à l'affaire : j'existe en tant que je pense ou me trompe.
Statut de cette première vérité : elle n'est pas le fruit d'un raisonnement car la raison est disqualifiée
pour le moment ( cf. le DT). Elle est le fruit d'une méthode : le doute. C'est une intuition
intellectuelle : une saisie immédiate de la pensée en acte par elle-même. Ma pensée coïncide en
effet parfaitement avec elle-même : rien dans cette première vérité n'est obscur, confus ou douteux.
Cette première vérité sera le modèle de toute vérité : sera vrai ce qui m'apparaîtra aussi clairement
(sans obscurité : j'ai penser tout ce qu'il y a là à penser) et distinctement ( sans confusion avec une
autre idée) que cette première vérité. # idée obscure et confuse
Intuition immédiate = coïncidence parfaite de ma pensée avec elle-même = une évidence = une
certitude. Aucune zone d'ombre. Si j'essaie de rejeter cette idée, elle s'impose à moi par cela seul
que je pense à en douter. Cette première vérité est une idée claire et distincte, évidente, certaine.
NB. L'existence ne se « déduit » pas ici de la pensée (# je pense DONC je suis = une déduction, une
opération de la raison). Pas plus que la pensée ne se déduit de l'existence (# pour penser, il faut
être ; l'existence comme condition de la pensée). La pensée se pose dans l'existence. Pensée et
existence sont ici consubstantielles.
NB. La vérité n'est plus ici définie comme accord de la pensée avec un objet mais accord,
coïncidence de ma pensée avec elle-même = évidence. « Adequatio intellectus et intellectus » #
« adequatio intellectus et rei ».
7- Que suis-je moi qui suis ? 2° MM. + Texte 13.p. 190
Question qui ne porte pas sur mon identité personnelle ( cf. carte d'identité d'un individu unique,
René) mais sur mon essence, sur l'essence de ce « je » qui existe en tant qu'il pense.
La question de l'identité appelle des réponses diverses, variées, multiples, changeantes. ( marié,
célibataire, riche, pauvre, chrétien, athée, de droite, de gauche, diplômé, jeune, vieux, bien portant,
malade etc...) Ces caractéristiques ou déterminations me différencient et distinguent des autres.
Chacun est unique. Chaque individu est singulier.
La question de Descartes est : que suis-je et que resterai-je, par delà les changements apparents et
in-essentiels? Je dis « je » même lorsque je tombe malade alors que j’étais bien portant.
La question porte sur l'essence, sorte de substrat de toute autre détermination. Le « je » défini ici
sera d'ailleurs universel : chacun est ce « je », ce sujet de la pensée. Descartes ne fait pas de la
psychologie ou de la sociologie mais de la philosophie : il utilise un « je » universel, qui parle à
chacun, à tous ceux qui font ce chemin avec lui. Ce « je » ne renvoie pas à l'individu René
Descartes mais à tout sujet qui pense.
Thèse , deuxième certitude ou vérité : je suis une chose qui pense ou une substance pensante.
Substance : définie par son indépendance et sa permanence. Posée alors même que le monde est mis
entre parenthèses, alors que je ne suis pas certain qu'il existe ni même d’être un corps sensible.
La substance n'a besoin que d'elle-même pour exister. Elle se soutient elle-même dans l’existence,
elle existe par soi et non autre chose ( le monde ou un corps) ; elle subsiste, dure, se conserve, d'où
sa permanence. Elle est le « substrat » de la pensée, une détermination qui lui appartient.
NB. Elle est découverte bien avant le corps, ou la certitude d'être un corps. Elle est distincte du
corps. Je suis certain d'être une substance pensante bien avant que d’être certain d'être un corps. Le
corps sera défini plus loin comme substance étendue, occupant un lieu, une place. Le point de vue
est ici celui de l'essence, pas de l'existence. Corps et âme seront d'essences distinctes mais unis du
point de vue de l'existence. L'homme (#je) sera l'union de 2 substances : « l'âme n'est pas dans le
corps comme un pilote dans son navire. » cf. action / passion.
Descartes ne dit pas ici qu'il est certain qu'il pense ; il le savait déjà : voir la première vérité.
Affirmer « je suis une chose qui pense », ce n'est plus seulement affirmer une activité, c'est
désigner une « chose » ou une « substance » dont on peut dire qu'elle pense.
Mais qu'est-ce qu'une substance pensante ? Qu'est-ce que penser ?
Une chose qui pense est une chose qui doute, conçoit, affirme et nie, veut et ne veut pas, imagine et
sent. Penser = douter, concevoir, vouloir, imaginer, sentir (# digérer)
Passage au crible du doute de toutes ces déterminations ; puis-je douter de ces déterminations,
résistent-elle au doute ? Au DT, à l’argument du rêve, au MG ? :
– Une chose qui doute : le doute appartient bien à sa nature puisqu'il doute de tout. Il ou je
pouvons douter que nous doutons. Il est évident que nous doutons lorsque nous doutons.
– Une chose qui entend ou conçoit ( cf. l'entendement) : cf. concevoir, former des idées. Si
le MG me trompe, il est évident que je conçois bien quelque chose, de faux en occurrence
mais je conçois.
– Une chose qui affirme ou nie ( ce qui est conçu par l'entendement) : j'affirme que j'existe,
même si je me trompe ; je nie que je n'existe pas. Je formule des jugements, il est donc
évident que j'affirme ou nie = actes de ma volonté comme faculté d'affirmer ou de nier ce
qui est conçu par l'entendement.
– Une chose qui veut, ne veut pas = désire, poursuivre ou fuir : qui veut la vérité, ne veut
pas se tromper = volonté comme faculté de poursuivre ou de fuir ce qui est conçu par
l'entendement ; vouloir = désirer dans ce cas. Malin génie ou pas, je veux la vérité et ne
veux pas me tromper ou être trompé.
* la volonté se manifeste dans le jugement, elle statue sur les propositions de l'entendement (
elle affirme ou nie) mais se manifeste également sous la forme d'un désir qui porte sur des
objets conçus par l'entendement et qu'elle poursuit ou fuit. Cette volonté est infiniment libre.
– Une chose qui imagine : qui forme des images ou figures des choses corporelles, que ces
images renvoient ou non à une réalité quelconque. EX. je forme la figure d'un cheval en son
absence ou l'image d'une chimère, d’un centaure. Même si je me trompe ici en imaginant, il
est évident que j'imagine.
– Une chose qui sent : qui perçoit et aperçoit quelque chose par l'intermédiaire des sens. On
peut s'étonner de trouver ici « sentir », dans la liste de mes déterminations. Descartes doute
de l'existence des choses (objets ===> C.O.D) que l'on peut sentir et même de l'existence du
corps par lequel on sent, du moins selon l'opinion commune. C'est la substance pensante qui
sent ici, et non le corps. Le corps ne sent rien à proprement parler : c'est l'âme qui sent
(éventuellement par l'intermédiaire du corps). cf. anesthésie ; le corps peut être touché,
affecté sans que je sente quoi que ce soit. ex. une coupure.
– *se rappeler ici en quoi consiste le doute : Descartes doute de la vérité de ses
représentations, de l'existence même du monde, de son corps mais cela ne signifie pas qu'il
ne sent plus rien. Il tient seulement pour illusoire ce qu'il sent. Je pourrais dormir ou être
abusé par le malin génie, il n’empêche que je sens, que cela appartient à ma nature d'être
pensant ou de chose qui pense.
En résumé : être une chose qui pense ou une substance pensante, c'est être une âme ou une
CONSCIENCE. Toutes ces opérations dont je suis capable sont en effet conscientes : je ne peux
pas sentir et ne pas savoir ou apercevoir que je sens ; je ne peux pas vouloir sans savoir que je veux
ou imaginer sans être conscient de l'image que je forme etc. La conscience est donc : aperception
immédiate de ce qui se passe en moi, en mon âme. Une pensée in-consciente est ici exclue. Une
pensée qui ignore qu'elle pense est impossible. Alain : « Penser, c'est savoir qu'on pense. »