0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
18 vues17 pages

L'Acces A La Terre Chez Les Paysans Basundi (Region Du Pool, Congo)

Le document traite de l'accès à la terre chez les paysans Basundi dans la région du Pool au Congo, mettant en lumière les dynamiques entre la propriété foncière, les traditions lignagères et l'économie de marché. Il décrit comment la terre est principalement gérée par des chefs de lignage selon des règles d'héritage matrilinéaire et comment l'achat et la vente de terres transforment ces rapports sociaux. Enfin, il aborde les mécanismes d'accès à la terre, notamment à travers le concept de kitemo, qui régule l'utilisation des terres entre membres de lignages et alliés.

Transféré par

masterm3e2025
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
18 vues17 pages

L'Acces A La Terre Chez Les Paysans Basundi (Region Du Pool, Congo)

Le document traite de l'accès à la terre chez les paysans Basundi dans la région du Pool au Congo, mettant en lumière les dynamiques entre la propriété foncière, les traditions lignagères et l'économie de marché. Il décrit comment la terre est principalement gérée par des chefs de lignage selon des règles d'héritage matrilinéaire et comment l'achat et la vente de terres transforment ces rapports sociaux. Enfin, il aborde les mécanismes d'accès à la terre, notamment à travers le concept de kitemo, qui régule l'utilisation des terres entre membres de lignages et alliés.

Transféré par

masterm3e2025
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

126 APPROFONDISSEMENT

sociétés africaines qui ont fait un choix idéologique bien déterminé, est que
nous restons encore dans l'ambiguïté la plus totale. »

6. L'ACCES A LA TERRE CHEZ LES PAYSANS BASUNDI


(REGION DU POOL, CONGO)

Dominique DESJEUX

Officiellement, la terre appartient à l'etat congolais, depuis la constitu-


tion du 24 juin 1973 (art. 30-31). En fait la terre circule, et les gens circulent
sur les terres, suivant la logique lignagère traditionnelle et non pas suivant le
droit officiel. Nous verrons avec la « tontine » de l'accès à la terre, le kitemo
de la terre, que la logique de cette circulation renvoit à un modèle dynamique
de gestion du sol entre lignages.
Ce modèle exprime une double logique, celle du développement de l'éco-
nomie de marché à travers la diffusion de techniques et de groupements
précoopératifs dans le cadre d'un projet P.N.U.D..B.I.T., le Projet de déve-
loppement rural (PD.R.) - projet plus « laisser-faire » et souple, qu'autori-
taire ou participatif - et celle des rapports sociaux lignagers qui réinterprètent
une partie du projet ou des nouvelles activités socio-économiques, en réac-
tualisant leurs traditions culturelles.
La paysannerie Basundi est globalement dominée et ne contrôle pas les
règles du marché. Elle possède cependant une autonomie relative qui lui
permet de développer des stratégies offensives ou défensives qui visent à la
reproduction ou à la production d'une nouvelle stratification sociale et tout
particulièrement autour du contrôle de l'accès à la terre par les alnés sociaux
sur les cadets sociaux.

Les formes d'appropriation de la terre et le rôle des chefs de lignage

Nous traitons ici des règles qui déterminent l'appartenance d'une terre
vis-à-vis d'un individu ou d'un groupe. Dans le paragraphe suivant, nous verrons
celles qui déterminent le travail sur telle ou telle terre.

L'héritage et la filiation
La forme principale d'appropriation de la terre est liée à l'héritage par
filiation matrilinéaire. La terre s'hérite d'oncle à neveu, donc par les hommes,
mais en ligne maternelle.
Mais la terre n'est pas une propriété privée individuelle. Elle est gérée par
les chefs de lignage (mfumu kanda). Os contrôlent l'accès à la terre pour les
membres du lignage {bissi kanda}, les alliés {nkuezi) et les locataires. Il n'y a
donc pas de « propriétaire foncier Il, ni de « propriété féodale Il, mais une
appropriation collective des terres et une gestion lignagère. Le chef de lignage
REPRÉSENTATIONS DE L'ESPACE 127

est plus un gérant qu'un propriétaire. Ce n'est pas non plus un féodal car il est
souvent un producteur direct, sauf s'il est trop âgé.
La terre circule donc suivant la filiation matrilinéaire. Elle est gérée par le
chef de lignage qui ne contrOle cependant pas l'organisation du travail, les
moyens de production ou les techniques culturales de chaque producteur
direct.

Achats et ventesde terres


La deuxième forme d'appropriation des terres est celle de l'achat et de la
vente de la terre. Elle exprime la transformation de la question foncière avec le
développement de l'économie de marché. Elle correspond à la transformation
du rapport des paysans à la terre qui devient une marchandise échangeable
à partir d'un équivalent général des échanges, l'argent. La terre, dans le futur,
va devenir un bien impersonnel et individuel et non plus lié au système lignager
et collectif. C'est donc la base d'un nouveau système de rapports sociaux,
« libéré» des rapports lignagers, qui émerge.
Terres achetées et règles lignagères

La terre devient-elle une propriété privée en rupture avec l'appropriation


lignagére matrilinéaire ? Le phénomène est complexe et renvoie à la contra-
diction propre aux sociétés lignagères paysannes du Pool prises entre le déve-
loppement des rapports marchands (et son corollaire l'appropriation du sol
sur une base monétaire et individuelle) et le maintien des rapports sociaux
lignagers qui garantissent une appropriation lignagère et collective de la terre.
La forme d'appropriation des terres par achat exprime à la fois un dépasse-
ment des rapports sociaux lignagers, et donc la base d'une production de
nouveaux rapports sociaux, et une réinterprétation du système par les rapports
sociaux lignagers et donc leur reproduction sur une base matrilinéaire.
Au village de Sakamesso,j'ai noté deux cas d'achat de terre:
- Premièrement, les terres achetées avant 1940 au moment du regroupe-
ment du village. Elles ont été achetées, par des chefs de lignage qui se trouvaient
sans terre, du fait de leur déportation loin de leurs terres lignagères, aux chefs
de lignages qui occupaient le sol à cette époque (et dont la plupart des gens du
lignage ont disparu aujourd'hui). Ces terres ont été réinterprétées par la suite,
bien qu'ayant été achetées, comme des terres lignagères. Cela veut dire qu'elles
respectent les lois d'accès à la terre par filiation et alliance, et les lois d'héritage
par filiation matrilinéaire. Le fruit de la location rentre dans la « caisse ligna-
gère J. Elles ne peuvent être héritées par les enfants en ligne paternelle (bala
ha mbuta].
- Deuxièmement, les terres achetées après la guerre et tout spécialement
après 1970. Celles-ci sont appellées terres personnelles intsi ya yadibeni).
Elles sont achetées sur les fonds de la caisse personnelle de la famille nucléaire
et l'argent de la location va dans la caisse personnelle et non dans la caisse ligna-
gère. On constate que ce sont plutôt des chefs de lignage en titre ou délégués
qui achètent ces terres. fis peuvent être ou paysans, ou anciens salariés (pasteur,
militaire, catéchiste, commerçant, etc.). Os ont accumulé par ailleurs pour
acheter ces terres.
128 APPROFONDISSEMENT

Achat et héritage de la terre


Le problème du statut de la terre se complique au moment de l'héritage:
ces terres personnelles achetées non avec l'argent du lignage, maisavec l'argent
du « père/oncle » - le terme exprime l'importance des deux filiations - vont-
elles aller en héritage aux neveux matrilinéaires (hala ba nkazi) ou aux enfants
patrilinéaires [bala ha mbuta] ? Actuellement les conflits fonciers à propos de
ce problème précis sont nombreux et violents.

L'aire d'appropriation de la terre

Chaque village comprend un certain nombre de terres (ntsi) qui appar-


tiennent aux différents lignages. L'aire géographique d'appropriation des
terres ne se limite pas au village. La plupart des lignages possèdent des terres
hors du village. Lesterres lignagères sont souventdispersées.
Cela est dü à un certain nombre de raisons historiques: segmentation
lignagère - un cadet quitte son village, souvent à cause de la sorcellerie ou
de conflits avec son alné ; regroupements autoritaires des villages par la colo-
nisationpendant les années 30, etc.
La dispersion des terres par rapport aux villages et aux segments de lignage,
entralne le chef de lignage à déléguer ses pouvoirs de gestion de la terre à un
neveu [muana nkazi) ou à un cadet homme (mpangu~ frère cadet ou cousin
cadet maternel) qui est chargé de la gestionde la terre lignagère pour le compte
de son atnë (yaya ou m{umu). C'est lui qui, notamment, répartit les
terres entre les producteurs directs et qui est chargé de reverser l'argent des
locationsdes terres au chef de lignage.
Cette délégation de pouvoir ne va pas sans conflits. Certains « délégués »
refusent de rendre compte et de donner l'argent au mfumu kanda. Le règle-
ment du conflit passera souventpar la sorcellerie, si la conciliationau mbongui,
le lieu du palabre, ne réussit pas. Ainsi au niveau d'un village on constate un
double système de décision:
- Les chefs de lignage « en titre» qui sont chargés de la gestionde la terre
de l'ensemble du lignage, dans et hors le village, qui gèrent la caisse lignagère,
les conflits familiaux importants, et qui contrôlent la circulation des hommes
et des femmes.
- Les chefs de lignage « délégués » qui assument ces mêmes fonctions
au niveau du village pour le compte d'un chef de lignage « en titre lI.
Les terres sont dispersées, mais aussi inégalement réparties entre lignages.
Certains lignages peuvent posséder plus de soixante parcelles en production
ou en jachère, d'autres à peine une dizaine. En outre certains lignages ne sont
composés que de une ou deux personnes alors que d'autres comprennent plus
de dix producteurs directs, sanscompter les enfants. La disponibilité en énergie
humaine ne correspond pas forcément à la disponibilité en terre.
La question foncière renvoie à trois problèmes: le pouvoir de décision sur
l'accès à la terre ; la répartition par lignage entre surface agrïcole disponible
annuellement et quantité d'énergie humaine à utiliser; l'aire d'appropriation
de la terre dépasse le cadre villageois, et englobe souvent 4 à 5 villages sur un
rayon de 8 à 10 km.
Les Basundi de la région ont trouvé une réponse originale à l'ensemble des
contraintes qui pèsent s'ur la terre: jachèreet régénérescence des sols, accès à la
terre pour tous, alliances entre lignages, etc., avec la tontine de la terre.
REPRÉSENTATIONS DE L'ESPACE 129
Le kitemo de l'accès à la terre
Le kitemo n'est pas une forme d'appropriation du sol. Il est cependant
traité ici, car il exprime l'importance des chefs de lignage pour contrôler et
réguler l'accès à la terre entre les membres du lignage.
Le kitemo est un concept du groupe Bakongo. Il est au centre de la plu-
part des mécanismes de la vie sociale. Le kitemo le plus connu, aussi bien au
Congo que dans toute l'Afrique, est celui de l'épargne, appelé aussi tontine.
Mais on retrouve le kitemo autant dans la sorcellerie que dans la circulation
de l'énergie humaine.
Le principe du kitemo est le suivant: c'est un système d'échange égal
de biens ou de personnes avec rotation entre les membres d'un groupe. Le
kitemo fonctionne de deux façons, soit il y a rotation au niveau du receveur,
soit rotation au niveau du donneur, 'par rapport au groupe - ce que l'on pour-
rait appeller un kitemo inversé.
Le kitemo de l'accès à la terre est une rotation de cet accès, contrôlé
par les chefs de lignage : chaque année, suivant les contraintes de l'ëcosys-
tème et de l'agrosystème, du fait des rotations des terres par jachère et cul-
tures itinérantes, un chef de lignage « donne sa terre » (mussitu, champs de
forêt, ou nseke, champs de savane). Les membres des autres lignages pourront
venir y ouvrir une parcelle moyennant une location. L'année suivante un
autre chef de lignage « donnera» sa terre, et ainsi de suite... l'aire de rotation
de l'accès à la terre dépasse le cadre du village. L'aire de rotation des terres
recouvre en partie l'aire d'échange matrimoniale (50 % des femmes s'échan-
gent dans un rayon de 8 à 10 km, autour du village). Les deux aires renvoient
donc au système d'alliance, de contrôle et de décision des alnés sociaux - les
mfumu kanda - sur la circulation de l'accès à la terre et de l'énergie humaine.
Le kitemo est l'expression d'un équilibre instable et contradictoire entre
l'écosystème, l'agrosystème et le système socio-économique : nature des sols,
jachères et disponibilité en énergie humaine.

Les règles d'accès à la terre: les modes de faire-valoir

. L'accès à la terre n'est pas libre dans le Pool. Tout le monde peut cultiver
une terre mais suivant des règles précises. Elles garantissent l'accès à la terre
à tous mais sous le contrôle Iignager. Elles sont définies par rapport aux règles
de la résidence, de la filiation et de l'alliance.

La résidence
En général un producteur direct cultive les terres qui sont autour de son
village. La première contrainte tient donc à la proximité relative entre le lieu
de résidence et le lieu de production. Tout travail et portage se faisant à partir
d'énergie humaine, il existe donc une contrainte évidente en terme de distance
possible et de fatigue à ne pas dépasser.
. Les champs les plus éloignés peuvent être à sept ou huit km du village,
SOIt presque deux heures de marche. La contrainte de proximité, liée aux méca.
. nismes de la jachère et aux règles d'accès à la terre, entralne la solution du
kitemo qui garantit l'accès d'une terre à tous autour du lieu de résidence.
Les règles de résidence sont elles-mêmes liées aux règles de la filiation
et des alliances.
130 APPROFONDISSEMENT

Le système de parenté dans le Pool est de type dysharmonique avec filia-


tion matrilinéaire et résidence virilocale pour les femmes - elleshabitent chez
Jeur mari - et avunculocale pour les hommes - ils habitent dans le village
de leur oncle.
Le problème de l'accès à la terre pour l'homme est relativement simple
puisque son lieu de résidence, et donc de production, correspond à celui de
son oncle, ou de son mfumu, qui lui-même contrôle des terres dans le village.
n n'y a pas, en général, de problèmes d'éloignementpuisqu'il choisit de résider
là où il aura un accès à la terre.
Pour la femme le problème est plus complexe. Tout dépendra de l'aire
matrimoniale, c'est-à-dire du fait qu'elle se marie loin ou pres de ses terres
lignagères et donc de son mfumu. Avec une aire matrimoniale étroite, la femme
augmente sa capacité d'accès à la terre sanslocation puisqu'elle pourra cultiver
sans payer les terres de son lignage et les terres de la famille de son mari. Si
l'aire matrimoniale est large elle sera soumise à l'accès à la terre de ses alliés -
nkuezi. Elle augmente aussises risques d'avoir à louer des terres.

La filiation
La possibilité d'accès à la terre est un droit direct par filiationmatrilinéaire.
Les membres du lignage, homme ou femme, habitant le village où se trouvent
les terres lignagères, ont le droit de cultiver les terresgérées parle chefde lignage
qui est en même temps chef de terre - mfumu ntsi. Dans ce cas il n'y a pas
de prestation foncière lignagère en argent. n peut par contre en exister en
nature, mais avec faible valeurmarchande.
La filiation en ligne paternelle donne aussi un droit d'accès à la terre.
Elle est médiatisée par le chef de lignage/père. Elle est très rarement appliquée
dans la pratique. Elle ne donne pas droit à des prestations foncières en argent.
Elle renvoie à la filiation patrilinéaire en tant que muana mbuta.

L'alliance
En tant qu'allié - nkuezi - le conjoint homme ou femme peut avoiraccès
à la terre du lignage allié sans payer de location. La demande d'accès à la terre
est faite par le conjoint allié auprès de son chef de lignage.

La c location ;,
Quelqu'un qui n'a aucun lien de filiation en ligne maternelle ou pater-
nelle, ou qui n'est pas allié direct pourra demander l'accès à une terre à un
chef de lignage, mais il devra payer une « location » en argent, c'est-à-dire
une prestation foncièrelignagère.
La prestation foncière lignagère est différente suivantles types de champs.
Dansla région de Luingui, j'ai relevé les sommessuivantes:
Mussitu - champsde forêt: 5 000 F C.F.A. sur 3 ans.
Nseké - champsde savane: 3000 F C.F.A. sur 3 ans.
Nsaba - jardin de bas fond: 5000 F C.F.A. par an.
Le calcul de la « location» dépend de la productivité du champ (et donc
de la richesse du sol et du gainmonétaire potentiel) et de la surface du champ.
On peut distinguer deux formes de significations sociales à cette location :
REPRÉSENTATIONS DE L'ESPACE 131

- la prestation foncière lignagère : c'est une location payée dans le cadre


purement lignager. la terre appartient à un lignage. Ce n'est pas encore une
rente foncière liée à un marché de la terre. Elle est payée par les producteurs
directs qui n'appartiennent pas au lignage. C'est donc une forme « d'extor-
sion » économique croisée : les chefs de lignage reçoivent cette prestation
des cadets des autres lignages. fis doivent cependant l'accumuler dans la caisse
lignagère pour répondre aux besoins de la famille en cas de malheur ou pour
les échanges cérémoniels - « dot », matanga, etc.
fis sont donc obligés d'en redistribuer une partie aux cadets sociaux.
Cette prestation sert aussi à renforcer le système d'alliance entre alnés sociaux,
d'où l'apparition de ce qu'on peut appeler un kitemo de la location.
Chaque chef de lignage reçoit chacun à son tour, au rythme de la rotation
de l'accès à la terre et de la rotation des jachères, une somme d'argent représen-
tant la location.
Le kitemo de la location est donc le symétrique inversé du kitemo de
la terre. Remettre en cause la location des terres revient à bouleverser le
système d'alliance entre chefs de lignage, les formes d'accumulation qui con-
ditionnent la reproduction des lignages et donc les formes de domination des
aînés sociaux sur les cadets sociaux.
Cette domination est d'autant plus forte que les alnés sociaux possèdent
le kundu dia kanda - le pouvoir magique du clan. Celui-ci sert à sanctionner
par la maladie ou la mort ceux qui ne respecteraient pas les règles lignagères
dont la prestation foncière lignagère est un des éléments.

- la rente foncière en émergence : c'est une location payée sur une terre
achetée par un individu - ntsi ya yadibeni - et dont le revenu rentre dans sa
caisse personnelle et non dans celle du lignage. la location a une autonomie
relative par rapport au système lignager. Elle est déjà à la base d'une accumula-
tion individuelle, même si celle-ci est encore réinterprétée par le système
lignager, Elle correspond au développement des rapports marchands et donc à
une « libération » des rapports personnels lignagers en transition vers les rap-
ports impersonnels et individuels de l'économie de marché. On constate, paral-
lèlement, une inflation de la location, comme prestation ou rente, qui suit le
développement de la pénétration de l'économie de marché et des échanges
cérémoniels nécessaires aux alliances.

Les possibilités d'accès à la terre


Il existe six possibilités d'accès à la terre pour un producteur direct, cha-
cun n'ayant pas les mêmes chances d'accéder à la terre, suivant qu'il est un
homme ou une femme, un cadet ou un ainé :
- terre familiale matrilinéaire - sans location - fréquent;
- terre en ligne paternelle - sans location - rare;
- terre personnelle - sans location - en émergence;
- terre personnelle - avec location - en émergence;
- terre des alliés - sans location - fréquent;
- terre « étrangère» - avec location - fréquent.

En conclusion, on constate que les règles d'accès à la terre sont diversi-


fiées et donnent lieu à des possibilités de multiples stratégies dans le cadre
des règles de résidence, de filiation, d'alliance et de proximité géographique.
132 APPROFONDISSEMENT

Pour le moment le système lignager garantit un accès pour tous à la terre.


Les prestations foncières renvoient autant aux rapports de pouvoir entre
aînés et cadets sociaux qu'entre lignages dominants et dominés, le kitemo
pouvant rétablir un certain équilibre entre lignages par la dispersion des terres
et donc des revenus éventuels des locations.
TABLE DES MATIÈRES

Préambule :.................... 5

Liste des membres du comité scientifique de préparation. . . . . . . . . 8

PREMIÈRE PARTIE

LES ENJEUX INITIAUX

Critiquer et dépasser une image caricaturale de l'Afrique


noire précoloniale

Introduction, par E. Le Roy Il


The initial stakes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

CHAPITRE 1
Rapport introductif aux journées d'études, par J .-P. Chauveau,
J.-P. Dozon, E. Le Bris, E. Le Roy, G. Salem, F.-G. Snyder.
1. L'émergence de l'objet foncier dans la littérature administrative
et scientifique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2. L'actualité des problèmes fonciers en Afrique noire et les ques-
tions qu'elle suggère. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

CHAPITRE II
Approches thématiques
422 TABLE DES MATIÈRES

I. Le statut du foncier dans l'analyse de l'économie de plantation


au Ghana, par J .-P. Chauveau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
2. Épistémologie du « foncier» dans le cadre des économies de
plantation ivoiriennes, par J.-P. Dozon 56
3. Le statut du foncier dans les études de terroirs menées par les
géographes en Afrique de l'Ouest, par E. Le Bris. . . . . . . . . . . . 61
4. Le régime foncier rural en Afrique noire, par C. Coquery-
Vidrovitch . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
5. Une approche pragmatique des situations foncières, par Ph.
Haeringer 84

CHAPITRE III
Première discussion générale sur le rapport introductif
I. Interventions............................................. 91
2. Débats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92

DEUXIÈME PARTIE

L'APPROFONDISSEMENT DES ENJEUX

La terre dans les discours, les pratiques et les représenta-


tions de l'Afrique contemporaine.

Introduction, par E. Le Roy 97

CHAPITRE IV
Représentations autochtones de l'espace
1. Représentations et organisations endogènes de l'espace chez les
Myene du Gabon (Nkomi et Mpongwe), par P.-L. Agondjo-
Okawe.................................................. 101
2. Lectures de l'espace africain, par Betote Dika Akwa Nya
Bonanbela . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
3. L'espace et l'organisation foncière toucouleur (Sénégal et Mau-
ritanie), par M. Wane 118
4. Rapports des débats, par P.L. Agondjo-Okawe . . . . . . . . . . . . . . 120
5. Synthèse des débats, par E. Le Roy... ... ... ..... . .. .. . .... 122
6. L'accès à la terre chez les paysans basundi (région du Pool,
Congo), par D. Desjeux , . .. .. 126
TABLE DES MATIÈRES 423

CHAPITRE V
La logique foncière de l'État depuis la colonisation
1. Le choix d'une problématique juridique, par R. Verdier... . . . . 133
2. L'expérience ivoirienne, par A. Ley. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
3. L'expérience malienne, par A. Rochegude... 141
4. Rapport des débats, par A. Ley, A. Rochegude et R. Verdier.. 148
5. Synthèse des débats, par E. Le Roy 150

CHAPITRE VI
La rente foncière
1. Genèse de la rente foncière et du capitalisme agraire, par J.
Charmes 155
2. Rapport des débats, par F. Snyder 163
3. Synthèse des débats, par E. Le Bris 165

CHAPITRE VII
Agro-pastoralisme
1. Le processus juridique, les droits fonciers et l'aménagement de
l'environnement dans un canton hausaphone du Niger, par
J.-T. Thompson.......................................... 169
2. Les Leyde du Delta central du Niger: tenure traditionnelle ou
exemple d'un aménagement de territoire classique, par S. Cissé 178
3. Rapport des débats, par E. Grégoire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
4. Synthèse des débats, par E. Grégoire 192
5. Évolution du régime foncier dans une société d'éleveurs noma-
des. Le cas des Twaregs Kel dinnik dans la région de Tahoua
(Niger), par G. Lainé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
6. Un système de production agro-pastoral en crise: le terroir de
Gourjae (Niger), par E. Grégoire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
7. Pastoralisme, agro-pastoralisme et organisation foncière: le cas
des Peuls, par D. Kintz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 212

CHAPITRE VIII
La mise en place des réformes agrofoncières
1. Réflexions sur la réforme foncière sénégalaise de 1964, par M.
Niang. .. . . .. . . . 219
2. Le projet de la mise en valeur de la vallée de Baila en Basse-
Casamance (Sénégal), par M. Diao . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
3. La réforme agrofoncière au Togo, par K. Koffigoh. . . . . . . . . . . 240
4. La réforme agrofoncière et droit coutumier au Togo, par M.
Foli.... .. ... .. ... . ... ... . .... .. . . .. . . . 253
5. Rapport des débats. par M. Foli 263
424 TABLE DES MATIÈRES

6. Synthèse des débats, par E. Le Roy 264


7. Droit d'usage et propriété privée, par J.-M. Gastellu 269

CHAPITRE IX
Les grands projets d'aménagement et de développement dons les
domaines agricoles, forestiers, hydrauliques, miniers ou pastoraux.
1. Transformations « dirigées» de l'espace agraire et réponses
paysannes à la périphérie des lacs volta (Ghana) et kossou
(Côte-d'Ivoire), par V. Lassailly-Jacob , ,.. 281
2. Grands projets de développement et pratique foncière en Côte
d'Ivoire. L'exemple de l'opération San Pedro, par A. Schwartz 293
3. L'aménagement du fleuve Sénégal et ses implications foncières,
par J .-L. Boutillier 301
4. Rapport des débats, par J.-P. Chauveau et G. Pontié · 308
5. Synthèse des débats, par E. Grégoire.. . . . . . . . . .. . .. . .. . . 311
6. Organisation foncière et opération de développement. Le cas
soninke du Sénégal, par J.-Y. Weigel 315

CHAPITRE X
Politique foncière de l'État dons l'aménagement urbain
1. Mimétisme et droit de la planification urbaine en Afrique
noire, par M. Prouzet 325
2. Objet d'une recherche sur les politiques foncières de l'État
dans l'aménagement urbain, par A. Durand-Lasserve et J.-F.
Tribillon 330
3. Rapport des débats, par A. Durand-Lasserve, M. Prouzet et
J.-F. Tribillon 334
4. Synthèse des débats, par E. Le Bris 336

CHAPITRE XI
Stratégies « privées» d'occupation de l'espace en milieu urbain et
péri-urbain
1. Stratégies populaires pour l'accès au sol dans la ville africaine,
par Ph. Haeringer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 341
2. Stratégie spatiale et stratégie familiale: la volonté de maintien
en centre ville (exemple dakarois), par G. Salem 360
3. Rapport des débats, par E. Le Bris. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 370
4. Synthèse des débats, par E. Le Roy. . .. . .. . . . .. . . . . . . . . . .. . 372
TABLE DES MATIÈRES 425

TROISIÈME PARTIE

LES NOUVEAUX ENJEUX

Quels seront les rapports sociaux impliqués par l'espace à


l'horizon de l'an 2000 ?'

Introduction, par E. Le Roy 379

CHAPITRE XII
Discussion générale et bilan
1. Synthèse du débat de clôture, par E. Le Bris 381
2. Bilan des journées d'études, par E. Le Bris et E. Le Roy 382

CHAPITRE XIII
La question foncière en Afrique noire
- Comment la « question foncière» est-elle abordée dans les dis-
cours sur l'Afrique noire à l'époque contemporaine? 391
- Le rôle central de l'État africain dans l'évolution contempo-
raine de la « question foncière » ••••••••••••••••••••••••••• 392
- Les enjeux de la « question foncière » à l'horizon de l'an 2000 395

ANNEXES

1. Liste des participants aux « Journées d'études sur les problè-


mes fonciers », Paris, 22-25 septembre 1980 . . . . . . . . . . . . . . . .. 401
2. Liste des organismes et des sigles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 405
3. Index des noms de groupes et de lieux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 407
4. Index des concepts 413
5. Liste des cartes et des figures , 420
ÉDITIONS KARTHALA

Collection MÉRIDIENS

Christian RUDEL, Guatemala, terrorisme d'État.


Bernard JOINET, Tanzanie, manger d'abord.
Philippe LEYMARJE, Océan Indien, le nouveau cœur du monde.
André LAUDOUZE, Djibouti, nation-carrefour.
Bernard LEHEMBRE, L'Ile Maurice.

Collection LES AFRIQUES

Essedine MESTlRI, Les Cubains et l'Afrique.


I. MBAYE DIENG et J. BUGNICOURT, Touristes-rois en Afrique.
Carlos MOORE, Fela Fela, cette putain de vie.
Bernard LANNE, Tchad-Libye: la querelle des frontières.
J .S. WHITAKER, Les États-Unis et l'Afrique: les intérêts en jeu.
Abdou TOURÉ, La civilisation quotidienne en Côte-d'Ivoire. Procès
d'occidentalisation.
G.R.A.A.P., Paroles de brousse: Des villageois africains racontent.
Jean-Marc ELA, L'Afrique des villages.
Guy BELLONCLE, La question paysanne en Afrique noire.
Collectif, Alphabétisation et gestion des groupements villageoisen Afrique
sahélienne.

Collection HOMMES ET SOCIÉTÉS

1. Sciences politiques et économiques


Abdoulaye Bara DIOP, La société wolof.
J.F. MEDARD, Y.A. FAURE et al., État et bourgeoisie en Côte-d'Ivoire.
Guy ROCHETEAU, Pouvoir financier et indépendance économique en Afri-
que: le cas du Sénégal. En coédition avec l'ORSTOM.
Collectif, Enjeux fonciers en Afrique noire. En coédition avec l'ORSTOM.
2. Histoire et Anthropologie
Joseph AMBOUROUE-AvARO, Un peuple gabonais à l'aube de la coloni-
sation. Le bas Ogowé au x/x' siècle. En coédition avec le Centre de
Recherches Africaines.
Collectif, La civilisation ancienne des peuples des Grands Lacs. En coé-
dition avec le Centre de Civilisation Burundaise.
François GAULME, Le pays de Cama. Un ancien État côtier du Gabon
et ses origines. En coédition avec le Centre de Recherches Africaines.
Antoine GISLER, L'esclavage aux Antilles françaises (XVII'-X/X' siècles).
Juliette BESSIS, La Méditerranée fasciste, l'Italie mussolinienne et la
Tunisie. En coédition avec les Publications de la Sorbonne.
Yoro FALL. L'Afrique à la naissance de la cartographie moderne
(XIV'·XV' siècle). En coédition avec le Centre de Recherches
Africaines.
Zakari DRAMANI ISSIFOU, L'Afrique dans les relations internationales
au XVI' siècle. En coédition avec le Centre de Recherches Africaines,
Louis NGONGO, Histoire des Forces religieuses au Cameroun
(1916-1955).
Françoise RAISON (Et. réunies par), Les souverains malgaches. Cons-
tructions monarchiques et réappropriations populaires.
Bakoly OOMENICHINI-RAMIARAMANANA, Du Ohabolana au Hainteny :
langue, littérature et politique à Madagascar. En coédition avec le
Centre de Recherches Africaines.

3. Langues et cultures
Pierre DUMONT, Le français et les langues africaines au Sénégal. En
coédition avec l'A.C.C.T.
Philippe NTAHOMBAYE, Des noms et des hommes. Aspects psychologi-
ques et sociologiques du nom au Burundi.

Collection RELIRE

Eugène MAGE, Voyage au Soudan occidental (1863-1866). Introduction


d'Yves Person.
David LIVINGSTONE, Explorations dans l'Afrique australe et dans le
Bassin du Zambèse (1840-1864). Introduction d'Elikia M'Bokolo.
Ida PFEIFFER, Voyage à Madagascar (1856). Introduction de Faranirina
Essoavelomandroso.
Victor SCHOELCHER, Vie de Toussaint Louverture. Introduction de J.
Adélaïde-Merlande.

Collection LETTRES DU SUD

Yodi KARONE, Le bal des caïmans.


Max JEANNE, La chasse au racoon.
Merle HODGE, Crick crack monkey,
Gérard CORPATAUX, Voyage sans retour.
Joël LUGUERN, Les parasols de Danang,
José LOUZEIRO, Pixote ou la loi du plus faible.

Collection DE CONTES

Gabriel MFOMO, Soirées au village (Cameroun).


Jacques PUCHEU, Contes haoussa du Niger.
Gabriel MFOMO, Les initiés (Cameroun).
Henri TOURNEUX, Les nuits de Zanzibar (contes swahili).
Marie-Paule FERRY, Les dits de la nuit (contes tenda du Sénégal).

Collection SARABANDE (livres pour enfants)

Chouka la mangouste antillaise (texte de Maryse Cériote et dessins de


Bordeclerc).
Marcy DANS LEE, [bon, l'oiseau des Philippines.

HORS COLLECTION

A.C.C.T.lD.N.A.F.L.A.,lnitiation à la linguistique africaine par les


langues du Mali.
ANSELIN (Alain), La question peule et l'histoire des Égyptes ouest-
africaines.
MICHEL (Andrée) et Coll., Femmes et multinationales.
Collectif, Culture et politique en Guadeloupe et Martinique. En coédi-
tion avec le journal Alizés.
Collectif, Études africaines en Europe,' Bilan et inventaire (2 tomes).
ZHEGIDOUR (Slimane), La poésie arabe moderne entre l'islam et
l'occident.

POLITIQUE AFRICAINE (revue trimestrielle)

1. La politique en Afrique noire: le haut et le bas.


2. L'Afrique dans le système international.
3. Tensions et ruptures politiques en Afrique noire.
4. La question islamique en Afrique noire.
5. La France en Afrique.
6. Le pouvoir d'être riche.
7. Le pouvoir de tuer.
8. Discours populistes, mouvements populaires.
(Pour plus de précisions sur ces titres, demandez le catalogue complet des éditions
Karthala : 22-24, bd Arago, 75013 Paris.)

Vous aimerez peut-être aussi