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PUOOPUN Explication Linéaire 2

Le document explore un débat entre deux personnages, H.1 et H.2, sur la nature du bonheur et la nécessité de la validation sociale. H.1 accuse H.2 de jalousie, tandis que H.2 remet en question les stéréotypes de bonheur imposés par la société. La conclusion souligne l'impossibilité de définir le bonheur sans tenir compte des normes sociales, révélant un conflit intérieur universel entre le désir d'appartenance et la quête de liberté.

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PUOOPUN Explication Linéaire 2

Le document explore un débat entre deux personnages, H.1 et H.2, sur la nature du bonheur et la nécessité de la validation sociale. H.1 accuse H.2 de jalousie, tandis que H.2 remet en question les stéréotypes de bonheur imposés par la société. La conclusion souligne l'impossibilité de définir le bonheur sans tenir compte des normes sociales, révélant un conflit intérieur universel entre le désir d'appartenance et la quête de liberté.

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Explication : de "Un exemple, s'il te plaît..." à " ... vous ne supportez pas.

"

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
Quand H.1 demande à son ami H.2 la raison de la distance prise avec lui, ce dernier invoque une
phrase, « C’est biiien… ça », dont le ton « condescendant » l’a blessé. La dispute naît alors, que les
deux témoins, pris comme juges, H.3 et F., ne tranchent pas : ils ne comprennent pas à quel point la
situation présentée par H. 1, une proposition de H.1 de faire intervenir ses « relations » pour lui
permettre de voyager comme lui-même en a l’occasion professionnellement, justifie la rupture d’une
amitié ancienne. À leur départ, H. poursuit sa tentative pour se justifier, et relance l’accusation, «
tu étales devant moi ». Il précise alors sur quoi portent ces « étalages » : « Le Bonheur. […] Les
bonheurs que tous les pauvres bougres contemplent, le nez collé aux vitrines. » Comment l’évolution
de la discussion sur ce thème du bonheur conduit-elle à mieux comprendre ce qui oppose les deux
personnages ?

La question du bonheur (du début à XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX)

L'exemple donné

Ainsi accusé, H.1 veut concrétiser le reproche : « Un exemple, s’il te plaît. » La riposte de H.2 est
immédiate, et il sous-entend que les exemples sont nombreux : « Oh je n’ai que l’embarras du choix…
Tiens, si tu en veux un, en voilà un des mieux réussis… » Accentué par avance par le superlatif,
l'exemple choisi est celui du comportement de H.2 lors de la naissance de son « premier-né ».

Il dépeint le « bonheur » d’un père, mais son portrait transforme cette réaction de « paternité
comblée », qui paraît bien normale, en une volonté orgueilleuse d’imposer à l’autre une forme de
supériorité. Cela se marque, à ses yeux par la façon dont il se tient assis, « bien carré dans son
fauteuil », et dont il met en valeur le bébé : « debout entre tes genoux ». De même, le choix du verbe,
« tu te présentais », repris par H.1, « Mais dis tout de suite que je posais… », confirme le reproche :
une attitude qui prouverait sa prétention et son mépris envers son ami.

La source du bonheur

La protestation de H.1 banalise la situation décrite : « J’espère bien. J’étais heureux… figure-toi que ça
m’arrive… et alors ça se voit, c’est tout. » Il oblige ainsi à H.2 à développer son reproche. Il ne remet
pas en cause la réalité du « bonheur » de ce père, « Tu te sentais heureux, c’est vrai… », mais la
négation amplifiée par l'épanorthose, « Non, ce n’est pas tout. Absolument pas », déplace la source
de ce bonheur. Il met en évidence l’image du couple « heureux » formé par son ami, « comme vous
deviez vous sentir heureux, Janine et toi, quand vous vous teniez devant moi : un couple parfait, bras
dessus, bras dessous, riant aux anges, ou bien vous regardant au fond des yeux… ». Mais, s’il
reconnaît la force de cet amour entre époux, le verbe « deviez » est ambigu : il permet de formuler
une hypothèse, mais aussi traduit une obligation, une image stéréotypée du couple qu’il est
indispensable de donner aux autres. Ainsi, il refuse d’en faire la raison principale du « bonheur » de
H.1. Il ne serait complet, en fait, que si le regard d’autrui vient le confirmer : « mais un petit coin de
votre œil tourné vers moi, un tout petit bout de regard détourné vers moi pour voir si je contemple…
si je me tends vers ça comme il se doit, comme chacun doit se tendre… » Le choix du verbe «
contemple » insiste sur une source essentielle du « bonheur » : l’imposer aux autres en suscitant leur
admiration. Il ne serait plus alors un élan de l’âme, mais dépendrait de la caution sociale.

Le débat (des lignes xx à xx)


L'accusation inversée

Ainsi accusé, H.1 interrompt l’analyse de H.2 pour l’accuser à son tour, mais les points de suspension
mettent en évidence la gêne éprouvée à qualifier précisément sa critique : « Tu étais jaloux. »

Mais, loin d’accepter cette accusation, H.2 la retourne contre son ami : il y voit la confirmation de son
reproche personnel, le désir de s’imposer aux autres, de leur faire reconnaître sa supériorité : « Ah
nous y sommes, c’est vrai. C’est bien ce que tu voulais, c’est ce que tu cherchais, que je sois jaloux… »
Les verbes "vouloir" et "chercher" insistent sur l’importance prise par ce regard d’autrui pour
cautionner des choix de vie, jusqu’à en faire une exigence absolue pour H.1 par sa répétition, avant
de souligner son propre refus : « Et tout est là. Tout est là : il fallait que je le sois ».

Il dénie alors avec une force croissante ce jugement : « Et tout est là. Tout est là : il fallait que je le sois
et je ne l’étais pas. », « Je n’étais pas jaloux ! Pas, pas, pas jaloux. Non, je ne t’enviais pas…. » Pour
justifier ce déni, le rythme de sa phrase, scandant l’opposition des pronoms, met en avant leur
différence : « J’étais content pour toi. Pour vous… Oui, mais pour vous seulement. Pour moi, je n’en
voulais pas, de ce bonheur. Ni cru, ni cuit… » Par sa comparaison finale à de la nourriture, c’est à
nouveau la mise en valeur de l’importance vitale de la caution sociale pour soutenir ses choix de vie.

Dans les questions qui s’accumulent ensuite, H.2 imagine à quel point son rejet peut déranger son
ami en prenant la parole à sa place : « Mais comment est-ce possible ? Ce ne serait donc pas le
Bonheur ? Le vrai Bonheur, reconnu partout ? Recherché par tous ? Le Bonheur digne de tous les
efforts, de tous les sacrifices ? Non ? Vraiment ? » La majuscule sous-entend l’idée que pour H.1 le
bonheur serait un absolu, « Le vrai Bonheur », qu’il ne dépendrait pas du choix de chacun, mais ne
pourrait prendre qu’une forme unique, stéréotypée. Autrui est le critère de vérité. D’où la
généralisation insistante avec l’adverbe « partout », et la répétition de l’indéfini, « tous », qui
accompagne la gradation : les « efforts » vont jusqu’aux « sacrifices ».

La caution d'autrui

Mais ces questions multipliées révèlent l’inquiétude latente prêtée à H.1, représentant du modèle
social, prolongée par une phrase qui ressemble au début d’un conte de fées : « Il y avait donc là-bas…
cachée au fond de la forêt une petite princesse… » Cette phrase, qui semble sans lien avec la
conversation, surprend H.1, qui accuse aussitôt son ami : « Quelle forêt ? Quelle princesse ? Tu
divagues… » La réponse de H.2, qui feint de l’approuver, se charge d’ironie, « Bien sûr… Je divague…
», mais, en rappelant l’intervention précédente des deux témoins, son ironie s’accentue, en
suggérant, par le discours rapporté direct qu’il lui prête, que H.1 a absolument besoin de leur caution
pour s’opposer à lui : « Qu’est-ce que tu attends pour les rappeler ? ‘‘Écoutez-le, il est en plein délire…
quelle forêt ?’’ » L’interpellation familière qui suit, « Eh bien oui, mes bonnes gens », joue donc sur un
double sens : le reproche ne s’adresse plus seulement à H.3 et F.1, mais aussi à tous ceux qui lisent
l’œuvre ou assistent à la représentation.

La société entière se trouve ainsi placée en position de juge de l’allusion précisée au conte allemand
des frères Grimm, Blanche-Neige et les sept nains, au passage où « où la reine interroge son miroir : ‘‘
Suis-je la plus belle, dis-moi…’’ » Elle a besoin de la caution du « miroir », censé être objectif, pour se
rassurer, comme H.1 a besoin du regard admiratif de son ami sur ses choix de vie. Mais la réponse du
« miroir » renvoie la reine à une douloureuse vérité : « Et le miroir répond : ‘‘Oui, tu es belle, très
belle, mais il y a là-bas, dans une cabane au fond de la forêt, une petite princesse encore plus belle…’’
» Cette allusion, qui se conclut en justifiant la comparaison, « Et toi, tu es comme cette reine, tu ne
supportes pas qu’il puisse y avoir quelque part caché… », nous rappelle le rôle attribué aux contes de
fées, image des peurs et des désirs inconscients en chaque être.
D’où le symbolisme de la « forêt », un lieu obscur et effrayant, qui menacerait la sécurité de H.1, ce «
bonheur » confortable dont il a fait une certitude, mais que H.2, jouant le rôle du « miroir », viendrait
remettre en cause par son refus de la cautionner.

Définir le bonheur ? (de la ligne XX à la fin)

La prééminence des stéréotypes

La question de H.1 montre que la comparaison a déstabilisé son ami, car il a mis en doute la validité
des valeurs qu’il a choisies : « Un autre bonheur… plus grand ? » Mais H.2 refuse de le rassurer en lui
proposant une réponse précise : « Non, justement, c’est encore pire que ça. Un bonheur, à la rigueur,
tu pourrais l’admettre… » L’ironie de H.1 est donc une façon de se protéger, de se défendre de
l’accusation de mépris qui lui a été lancée précédemment : « Vraiment tu me surprends… Je pourrais
être si généreux que ça ? » Mais H.2 poursuit sa dénonciation du poids pris par les stéréotypes : «
Oui. Un autre bonheur, peut-être même plus grand que le tien. À condition qu’il soit reconnu, classé,
que tu puisses le retrouver sur vos listes. Il faut qu’il figure au catalogue parmi tous les autres
bonheurs. » Il fait ainsi de H.1 le représentant du fonctionnement social, qui repose sur des normes
et des règles collectivement admises, exigence soulignée par la locution conjonctive, « à condition
que », et le verbe injonctif : « il faut ». L’obscurité de la « forêt » menace l’ordre social qui, lui, a
besoin de réalités fixes, d’un « catalogue » admis de tous, d’où la nécessité affirmée : « le retrouver
sur vos listes ». Le lexique choisi transforme le « bonheur » en un produit consommable, qui devrait
s’acheter parmi des choix socialement admis, considérés comme acceptables par tous, tels le couple
ou la paternité, qui assurent à la fois l’ordre et la survie de toute société.

À cela l’hypothèse de H.1 oppose un autre choix : « Si le mien était celui du moine enfermé dans sa
cellule, du stylite sur sa colonne… dans la rubrique de la béatitude des mystiques, des saints… ».
Même si l’aposiopèse laisse la phrase sans proposition principale, et même si de tels exemples, le «
moine », le « stylite », ont existé, ils contredisent les exigences sociales. Une société s’inscrit, en effet,
dans une dimension terrestre, tandis que, dans de tels cas, il s’agit d’une dimension spirituelle,
religieuse. Mais, aujourd’hui, à l’époque où écrit Sarraute, cette dimension a perdu sa valeur. Ainsi, la
société ne pourrait admettre le choix de quelqu’un qui préférerait se mettre à l’écart, s’isoler.

La définition impossible

H.1 tente à nouveau de faire preuve d’ironie contre cet exemple, pris comme une prétention de H.2
de s’élever à cette hauteur spirituelle : « Là tu as raison, il n’y a aucune chance que je t’y trouve… »

Par l’épanorthose qui multiplie les négations en gradation, H.2 refuse de répondre à cette ironie : «
Non. Ni là, ni ailleurs. Ce n’est inscrit nulle part. » Il rejette ainsi l’idée d’admettre une conception de
bonheur stéréotypée, imposée par la société, donc de définir le bonheur. Si, en effet, par sa question,
« Un bonheur sans nom ? », H.1 réclame une définition précise, une nouvelle épanorthose, « Ni sans
nom ni avec nom. Pas un bonheur du tout. », rejette toute définition car nommer fige le réel,
emprisonne en quelque sorte. Par la récurrence des négations, H.2 réaffirme donc la liberté de
chacun, le bonheur ne dépendant plus du regard d’autrui : « Alors rien qui s’appelle le bonheur. », «
Personne n’est là pour regarder, pour donner un nom… »

Son refus de codifier le bonheur implique l’aposiopèse qui scande la fin de la tirade : « On est
ailleurs… en dehors… loin de tout ça… on ne sait pas où l’on est ». Si le bonheur n’a pas de contours
déterminés, comment alors le définir par des mots précis ? Son rejet est donc catégorique, marqué
par l’opposition de ceux qui se veulent dégagés des obligations sociales, regroupés dans le pronom
indéfini « on », groupe dans lequel s’inscrit H.2, et ceux qui les acceptent, inclus dans le possessif au
pluriel : « mais en tout cas on n’est pas sur vos listes… » Il explicite ainsi ce « mépris » dont il accuse
H.1, depuis le début de la pièce, manifesté également par tous ceux qui lui reprochent la distance
prise avec son ami, comme les deux témoins : « Et c’est ce que vous ne supportez pas… »

CONCLUSION

Ce débat sur le bonheur met en évidence l’opposition fondamentale entre les deux personnages :
l’accusation de jalousie, lancée par H.1 contre H.2, amène son ami à se défendre : le croire jaloux ne
serait qu’une façon pour H1 de se persuader de la valeur de ses choix d’existence, en niant toute
autre forme de bonheur. Mais, par le conflit ainsi mis en scène, Sarraute va plus loin dans la réflexion
sur le bonheur : elle dépasse la simple idée de sa subjectivité, pour en faire la résultante de normes
imposées par la société pour résister à ceux dont la liberté la menace et qu’elle doit donc
l’exclure. Ainsi il est impossible de poser une définition du bonheur : cela le ferait dépendre de
l'approbation sociale...

Mais, à travers H.2 qui veut s’affirmer en rejetant les normes imposées par la société, et H.1, qui s’en
accommode et même en fait la source de son bonheur, le faut-il pas voir le déchirement présent en
tout être entre le désir de s’insérer dans le groupe pour y être reconnu, et celui de ne pas céder à la
pression sociale pour rester libre ? C’est ce combat intérieur que met en avant Nathalie Sarraute,
dans une interview de 1986 réalisée par Armelle Heliot :

« Dans cette dernière pièce, Pour un oui ou pour un non, à la limite ça aurait pu être presque la
même personne qui entre elle… comme nous avons tous des tendances contradictoires qui luttent
entre elles quelques fois. Ce n’est pas du tout deux personnes qui s’entredéchirent et qui se haïssent
mais c’est deux personnes qui portent chacune des tendances opposées comme ça arrive à chacun de
nous. »

Et comment ne pas y voir aussi une illustration de la place ambiguë de l’écrivain qu’elle a parfois
évoquée : celui qui peut jouir de sa liberté et trouver son bonheur dans son isolement – en accédant
d'ailleurs à une dimension supérieure, comme le « moine » ou le « stylite » – mais qui se fait
difficilement reconnaître par la société, car il ne se comporte pas en travailleur productif, dont l’utilité
s’imposerait.

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