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Imprimé par ALGERIE CERIST le mercredi 17 juin 2015
Biologie médicale
[90500090]
Insecticides
Eric Lacassie : Ph. D., ingénieur hospitalier en chef.
JeanMichel Gaulier : Ph. D., Pharm. D., praticien hospitalier.
Service de pharmacologie et toxicologie, centre hospitalier universitaire Dupuytren, 2, avenue MartinLuther
King, 87042 Limoges cedex France
Vincent Danel : Ph. D., M. D., praticien hospitalier
unité de toxicologie clinique, centre hospitalier universitaire de Grenoble, BP 217, 38043 Grenoble cedex
09 France
Résumé
Les principaux insecticides, substances destinées à la lutte contre les insectes, sont des composés
appartenant aux classes des organophosphorés, des organochlorés, des carbamates ou des
pyréthrinoïdes de synthèse. La plupart d'entre eux ont pour cible le système nerveux des insectes. Or,
comme cette activité s'exerce également visàvis du système nerveux des mammifères, les effets
neurotoxiques prédominent chez l'homme.
Dans ce chapitre, les éléments de toxicité générale, les données cinétiques, les conditions de
prélèvements et les méthodes analytiques envisageables sont successivement abordés.
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GÉNÉRALITÉS
Les insecticides organophosphorés (OP), organochlorés (OC), les carbamates (CBM), les pyréthrinoïdes
de synthèse (PYR) correspondent aux classes de pesticides les plus utilisées dans le monde [11] (fig
1). Aujourd'hui, leur utilisation est variable selon les pays : usages agricoles, ménagers (roténone),
mais aussi vétérinaires (amitraze). La rémanence beaucoup moins importante des nouveaux
pesticides (CBM, PYR) comparée à celle des insecticides OC ou OP, ainsi que des performances
améliorées, font qu'ils sont utilisés de façon croissante. Si les agriculteurs constituent la population la
plus exposée, les particuliers sont, maintenant, également concernés. Les OP et OC sont à l'origine du
plus grand nombre de cas d'intoxication documentés à ce jour [4, 6, 15] et les principaux métabolites
urinaires de ces produits ont pu être identifiés [5, 8, 14] (tableau I). Mais les insecticides CBM et
PYR, utilisés de façon croissante, sont actuellement de plus en plus impliqués dans les intoxications
aiguës et chroniques [1, 9, 12]. Cependant, peu de travaux mettent en évidence une relation dose
effet, d'où la nécessité de développer des méthodes performantes pour une mesure de l'exposition
aussi précise que possible [2].
Par ailleurs, les différentes formulations commercialisées sont souvent constituées de combinaisons
de substances actives en solution dans différents solvants (kérosène, xylène, éthers de pétrole et de
glycol) dont la toxicité doit également être prise en considération en cas d'intoxication [20].
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TOXICITÉ
Les OP et les CBM inhibent les cholinestérases : dans le cas des CBM, cette inhibition est réversible
dans les 24 heures qui suivent l'intoxication, alors qu'elle est réversible puis irréversible dans une
seconde phase après intoxication par les OP. Leur toxicité se traduit cliniquement par l'intrication, à
des degrés divers, des syndromes muscarinique, nicotinique et central. Les intoxications par les OC et
les PYR se traduisent, quant à elles, par des signes neurologiques (stimulation/dépression) associés à
des troubles de la conscience, et par des signes d'hyperadrénergie avec les OC.
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SYMPTOMATOLOGIE
Les OP et les CBM provoquent une baisse de l'activité cholinestérasique proportionnelle au niveau
d'exposition ou d'intoxication. C'est l'accumulation d'acétylcholine non hydrolysée qui est à l'origine
non seulement des symptômes muscariniques (hypersécrétion, myosis, vomissements, augmentation
du péristaltisme, hypotension, voire troubles du rythme) et nicotiniques (paresthésies, paralysies
musculaires, tachycardie, hypokaliémie), mais aussi des symptômes centraux (excitation du système
nerveux central à titre de tremblements et de convulsions, puis dépression traduite par une
somnolence, et dans les cas graves, un coma convulsif). Cette symptomatologie est moins marquée
pour les CBM, notamment sur le plan central. Enfin, il peut apparaître une atteinte respiratoire
compliquée par l'éventuelle toxicité du (ou des) solvant(s) associé(s) [7, 8]. La symptomatologie des
intoxications par les OC, tels que le lindane, évolue en deux phases distinctes : une phase de
stimulation (excitation, tremblements, convulsion), puis une phase de dépression (somnolence et
coma). Par ailleurs, les OC, puissants inducteurs enzymatiques (des cytochromes P450 2B1 et 2B2)
peuvent perturber le métabolisme des médicaments ou de substances endogènes [3]. Les PYR
possèdent un effet irritant marqué se traduisant, selon la voie de contact, par un érythème cutané,
une conjonctivite, une gêne respiratoire, des nausées ou par des vomissements. Toutefois, une
intoxication grave aux PYR se caractérise par des troubles de conscience (somnolence et coma) et des
troubles neuromusculaires (hyperexcitabilité, myoclonies) associés à des tachycardies et des
hypokaliémies.
Enfin, une exposition chronique prolongée, suite à la manipulation de pyréthrinoïdes, de carbamates,
mais aussi à celle des solvants utilisés (huiles de pétrole), peut provoquer des troubles allant de
dermites de contact jusqu'à l'intoxication systémique.
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TOXICOCINÉTIQUE
En cas d'exposition chronique, la pénétration des insecticides est surtout percutanée. L'absorption
respiratoire (favorisée par l'hyperventilation) demeure fonction de la taille des gouttelettes d'aérosols.
Le métabolisme de certains insecticides (DDT, parathion), du fait de leur utilisation importante, a été
particulièrement bien étudié et les principaux métabolites identifiés (tableau I). La
biotransformation s'effectue dans le foie, mais également dans le cerveau et dans certains autres
tissus. L'élimination est fécale et urinaire sous forme de métabolites sulfo ou glucuroconjugués. En
raison de leur lipophilie, certains insecticides comme les OC tendent à s'accumuler dans les tissus
adipeux avec des demivies biologiques de 18 à 20 heures. Une accumulation adipeuse d'OC peut être
la source d'une intoxication par relargage à la suite d'une perte de poids brutale. En revanche, il n'y a
pas de toxicité cumulative lors de l'exposition chronique à faible dose pour les CBM, les pyréthrinoïdes
et le bromure de méthyle. Le métabolisme des CBM est complexe et génère des métabolites polaires
et hydrosolubles qui sont rapidement éliminés en 24 à 72 heures (Propoxur) à 80 % dans l'urine, et
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par voie fécale. Leur demivies sont comprises entre 3 et 8 heures.
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ANALYSE TOXICOLOGIQUE
Prélèvements
Les insecticides et leurs métabolites peuvent être dosés dans l'urine ou le sang. L'échantillonnage (5
mL de sang veineux dans des tubes secs) doit être réalisé aussitôt après la fin de l'exposition. Les
échantillons sériques doivent être conservés à 20 °C jusqu'au dosage pour éviter les faux négatifs.
Méthodologies analytiques
C'est la mesure de l'activité cholinestérasique qui présente le plus d'intérêt pour diagnostiquer une
intoxication aux OP ou aux CBM. Les techniques pour cette mesure sont plus ou moins simples selon
que l'on s'intéresse aux cholinestérases plasmatiques et globulaires séparément ou que l'on se
contente des cholinestérases sériques. Pour la recherche et le dosage des insecticides responsables, il
convient de les extraire des milieux biologiques, à l'aide des méthodes d'extraction liquide/liquide ou
solide/liquide. Pour le dosage des substances et de leurs métabolites, les méthodes
chromatographiques sont les plus performantes [9]. En CPG, adaptée à des molécules volatiles
comme les OP, les OC ou les PYR, les méthodes de détection par capture d'électron ou par
[19]. Des méthodes de dosage par
spectrométrie de masse sont généralement utilisées
chromatographie liquide à haute pression utilisant des méthodes de détection par UV ou par
spectrométrie de masse permettent de doser les carbamates, et surtout les métabolites polaires [10].
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TRAITEMENT
En cas de contact prolongé, la décontamination par lavage à l'eau savonneuse est indiquée, ou le
lavage gastrique en cas d'ingestion accidentelle. Une réanimation cardiorespiratoire doit être réalisée
dans les formes les plus sévères avec intubation/ventilation et administration d'atropine à forte dose.
Après une intoxication aux OP et à certains CBM, le traitement antidote spécifique est l'administration
des pyridiloximes (pralidoxime ou obidoxime) qui permet de restituer l'activité cholinestérasique [12].
Toutefois, les oximes sont plus ou moins efficaces selon les OP impliqués et peuvent même aggraver
la symptomatologie des intoxications aux CBM en raison de la réactivation spontanée de l'activité
cholinestérasique.
Pour les OC et les PYR, le traitement est symptomatique et il n'existe pas d'antidote spécifique.
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SUIVI DE L'INTOXICATION
La mesure des concentrations des matières actives dans le sang et l'urine permet, soit de déterminer
le degré d'exposition, soit d'aider au diagnostic d'une intoxication aiguë. Dans le cas d'une exposition
chronique, le dosage urinaire spécifique des métabolites actifs (OP, OC) ou inactifs (CBM, PYR) ne
permet pas toujours la confirmation du diagnostic d'intoxication.
Si la mesure de l'activité cholinestérasique doit être réalisée avant et après exposition pour pouvoir
mesurer l'exposition réelle, elle s'avère inutile en l'absence de symptomatologie. La mesure d'activité
de la carboxylestérase (la neuropathy target esterase ou NTE) dans les lymphocytes circulants peut
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permettre de prédire une intoxication par les OP lors d'expositions prolongées. Elle demeure
cependant du domaine de la recherche [13].
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LÉGISLATION
Dans la plupart des pays, certains OC sont d'usage interdit. L'Organisation mondiale de la santé (OMS)
a classé certains insecticides de « non dangereux » à« très dangereux » selon les conditions
d'utilisation (professionnelle et domestique) (tableau I).
Références
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Paris) (Ed.) Toxicologie Pathologie professionnelle : 1991; 16059A1014.
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Paris) (Ed.) Toxicologie Pathologie professionnelle : 1997; 16059A1516.
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Fig. 1 :
Fig. 1 :
Structures moléculaires des principaux insecticides.
Tableaux
Tableau I
Tableau I
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Classes Molécules Toxicité Biomarqueurs
OMS DL50 (U : urine, S : sang)
(année) (mg/kg)
Organochlorés DDT II (1979) 113118 S, U : DDE, DDD, DDA
Lindane II (1991) 88270 U : trichlorobenzènes + dérivés
Organophosphorés
Inhibiteurs des cholinestérases
S : paraoxon,
U : nitrophénol + DEP
Parathion II (1991) 88270
Chlorpyriphos II (1986) 135163
S : chlorpyrifosoxon;
U : TCP, DEP
Carbamates
Inhibiteurs des cholinestérases
U : 1naphtol + conjugués
Carbaryl II (1994) 850
Propoxur II (1986) 50 U : 2isopropoxyphénol
Pyréthrinoïdes de Deltaméthrine II (1990) 1355000 U : conjugués
synthèse
Cyperméthrine II (1989) 2504150 U : noyaux benzéniques
hydroxylés
Classification OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : II : risque modéré. Abréviations : DL50 (dose létale chez
le rat par voie orale) ; DDT dichlorodiphényltrichloroéthane ; DDE dichlorodiphényléthylène ; DDD
dichlorodiphényldichloroéthane ; DDA acide dichlorodiphénylacétaldéhyde ; DEP diéthylphosphate ; TCP 3,5,6
trichloropyridinol.
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