Lawani Final
Lawani Final
MINI-MEMOIRE
1
DEDICACE
A ma mère,
I
REMERCIEMENTS
Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à toutes les personnes qui m’ont soutenue et aidée
dans la réalisation de ce mémoire. Tout d’abord, à mon directeur de mémoire Dr. KASSI
Richard, pour ses conseils précieux, son accompagnement, sa disponibilité, sa rigueur et sa
bienveillance qui m’ont permis à mener à bien ce travail.
Je remercie également Dr. ILBOUDO Justin, mon père, mon responsable de département qui
a su taper quand il fallait et soutenir également quand j’avais besoin. Pour vous, un grand
merci.
Enfin, je remercie mes amis qui sont devenus comme une famille pour moi OUATTARA
Malicka, KOUADIO Aurore et en particulier N’GUESSAN Agri Philippe pour son soutien
infini.
II
SIGLES ET ABRAVIATIONS
Et al : et autres
Cp : Code pénal
Art : Article
P : Page
III
SOMMAIRE
INTRODUCTION................................................................................................................................1
SECTION 1 : UNE IMPRECISION AU NIVEAU DES ELEMENTS CONSTITUTIFS...............5
SECTION 2 : LE RISQUE DE CUMULE DE QUALIFICATION JURIDIQUE DE LA
MENDICITE......................................................................................................................................10
CHAPITRE 2 : UNE REPRESSION DIFFICILE...........................................................................13
SECTION 1 : LES DIFFICULTES D’IDENTIFICATION DE LA L’AUTEUR DE LA
MENDICITE......................................................................................................................................13
SECTION 2 : UNE REPRESSION POTENTIELLEMENT DOUBLE.........................................17
CONCLUSION...................................................................................................................................21
IV
INTRODUCTION
« On songe plus à enfermer les mendiants qu’à éteindre la mendicité » 1 Par ces mots,
Marie-Hélène RENAUT tente de montrer que dans la société, il est plus courant de chercher à
sanctionner ou à dissimuler les personnes qui mendient en les enfermant, dans des prisons ou
des établissements spécialisés, plutôt que de s'attaquer aux racines profondes de la mendicité
pour la résoudre. Autrement dit, on met davantage l'accent sur la punition des personnes
démunies plutôt que de lutter contre la pauvreté ou les conditions de vie difficiles qui
conduisent à cette situation. Selon un auteur, il n’est pas de problème plus pressant que celui
du vagabondage et de la mendicité, parce que sa solution correspond à deux grandes idées que
sont « le besoin de sécurité et le devoir de solidarité »2. Ainsi, il y a un déséquilibre du fait de
maintenir la sécurité publique et de respecter les droits sociaux.
Or en Côte d’ivoire, cette logique ce retrouve dans le code pénal car le législateur ivoirien a
plutôt une approche punitive qui ne résout pas le problème social de la mendicité, mais se
contente de sanctionner les personnes défavorisées sans chercher à améliorer leur situation ou
à éliminer la pauvreté elle-même. Dans le contexte où certains voient la mendicité comme une
manifestation de la pauvreté et de la marginalisation, d'autres l'associent à une perturbation de
la tranquillité publique nécessitant une solution juridique appropriée.
De ce fait, lorsque la mendicité quitte un statut social pour rentrer dans le cadre
juridique, les règles et lois prennent une autre tournure et passent à la sanction. La mendicité
qui se présente de ce fait comme un phénomène social, va devenir une infraction à compter du
moment où le législateur ivoirien va la caractériser comme telle et la réprimer. Cette infraction
encadrée par les articles 217 à 220 du code pénal énonce les cas dans lesquels cette pratique
est sanctionnée. En effet, ce cadre juridique qui entoure la mendicité fait naître des confusions
et des interprétations subjectives sur la répression établie par le législateur, ce qui pourrait
influencer négativement la mendicité dans le domaine du droit. Il importe à cet effet de porter
notre réflexion sur « la mendicité en droit pénal ivoirien » afin de lever toute équivoque sur
1
Marie-Hélène RENAUT, « Vagabondage et mendicité : Délits périmés, réalité quotidienne », Revue Historique,
1998, p. 297. https://www.jstor.org/stable/40956215
2
Joseph VIPLE, « La répression de la mendicité », Le Journal du ministère public, tome 47, 1905, p. 212-235,
cité par, Louise MONTESUIT, « Cadre juridique de la mendicité en France »,
https://blog.landot-avocats.net/2021/07/31/le-cadre-juridique-de-la-mendicite-en-france-article-de-l-montesuit/
1
la question. Par ailleurs, nous ne pouvons continuer à entrer dans le vif du sujet sans toutefois
procéder à la définition des mots qui composent le sujet. Il s’agit de « La mendicité », et le «
droit pénal ».
Selon le vocabulaire juridique, la mendicité est le fait de demander l’aumône dans son
intérêt personnel, même sous la fausse apparence d’un acte de commerce, agissement qui
constituait naguère un délit5. En droit Français, la définition de la mendicité est la même que
celle dégagée en 1874 par la jurisprudence de l’article 274 de l’ancien code pénal en ces
termes : « la mendicité consiste à s’adresser à la charité ou à la bienfaisance dans le but
d’obtenir un secours tout à faire gratuit et pour lequel on n’offre en échange aucune contre-
valeur appréciable »6.
Le droit pénal, c’est l’ensemble des règles de droit ayant pour objet la définition des
infractions ainsi que les sanctions qui leur sont applicables. On parle encore de « droit
criminel »7. Quant à la mendicité en droit pénal ivoirien, il est question d’explorer la situation
de la mendicité en Côte d'Ivoire du point de vue de la loi criminelle. Il s'agit de comprendre
comment et pourquoi cette pratique est vue comme un délit, ainsi que d'examiner les
répercussions légales qui en résultent.
En Côte d’Ivoire, la mendicité est l’une des infractions qui est réputée être une
infraction contre la paix et la tranquillité publique. Selon l’article 190 ancien du code pénal, la
répression de la mendicité était sanctionnée comme suit : « Toute personne qui, capable
d’exercer un travail rémunéré, se livre habituellement à la mendicité, est punie d’un
emprisonnement de trois à six mois et peut être frappée pendant cinq ans d’interdiction de
séjour ou d’interdiction du territoire de la République, ou d’interdiction de paraître en
3
La langue française https://www.lalanguefrancaise.com/ 15 mai 2025 à 23h10
4
Le dictionnaire français le petit robert, Edition 2015, p. 1571.
5
Gérard CORNU, Vocabulaire juridique, 14e édition, Paris, Edition puf, 2022, p. 234
6
Bertrand VALERIE, « La mendicité et l’état dangereux : l’historicité des représentations sociales dans l
discours juridique », Connexions, 2003, n°80, https://shs.cairn.info/revue-connexions-2003-2-page-137?lang=fr
7
Serge Guinchard et Thierry Debard (sous dir.), Lexique des termes juridiques, 29e édition, Paris, Dalloz, 2021-
2022 p. 398.
2
certains lieux »8. De par cette disposition, l’on pouvait constater qu’il avait des difficultés au
niveau de la définition de la mendicité. Cependant, avec la nouvelle loi 9 en vigueur, elle
complète cette définition avec zones d’ombres.
La mendicité avant d’être qualifié d’infraction est l’un des phénomènes sociaux qui
existe depuis des années. Cependant, la mendicité à été considéré comme infraction à partie
de la première loi pénale en son article 190 de la loi n° 95-522 du 6 juillet 1995. Après, la loi
sur la mendicité a été modifié par la nouvelle loi pénale 10 qui la détermine tant dans ses
éléments constitutifs et dans sa répression.
8
Article 190 de la loi n° 95-522 du 06 Juillet 1995 portant code pénal.
9
Art 217 de la loi n° 2019
10
Loi n° 2019-574 du 26 juin 2019 portant code pénal.
11
Politique de la mendicité en Côte d’Ivoire : Perceptions et impacts sociaux
https://africacoeurnews.com/2025/01/27/mendicite-en-cote-divoire-phenomene-alarmant/
12
Audrey APIE, « Abidjan : quand la mendicité prend de l’ampleur », publié le 2 août 2021
https://voiedefemme.net/societe/abidjan-quand-la-mendicite-prend-de-lampleur/
3
interdiction a été mené par une brigade anti mendicité 13 et l’opération zéro enfant en situation
de mendicité dans les rues d’Abidjan mené par madame Nassénéba Touré, ministre de la
femme de la famille et de l’enfant14 qui continue d’éradiquer ce phénomène.
En second lieu, la mendicité a un intérêt social dans la mesure où, pendant que le
législateur tente d’enfermer la personne qui mendie, les lois sociales ont une pratique plus
protectrice car il est préférable d’essayer de venir en aide que de s’en prendre à eux.
A travers l’intérêt qui porte sur la mendicité nous pouvons en déduit que sa mise en
œuvre dans le code pénal soulève des interrogations majeures. En effet, ces interrogations
sont surement dues à la complexité de la détermination des éléments qui permettent de la
caractériser mais aussi à travers sa répression tantôt floue tantôt claire. Ainsi, il est important
de poser la question suivante : la mendicité constitue-t-elle une infraction clairement définie et
efficacement réprimée en droit pénal ivoirien ?
Etant donné que la mendicité soulève plusieurs enjeux majeurs, il serait indispensable
d’exploiter les dispositions juridiques sur la clarté et la précision de la définition juridique de
la mendicité dans le droit pénal ivoirien à travers, une incrimination aux contours imprécis
(chapitre 1), et une répression difficile (chapitre 2) qui consistera à montrer les difficultés
dues au manque de précision sur la qualification de l’auteur ainsi que la portée des sanctions
qu’encourt l’individu.
13
Côte d’ivoire : A Abidjan, le retour des brigades anti désordre urbain, France 24.
https://www.youtube.com/watch?v=1g5lQ1sDEhQ Consulté le 23 mai 2025 à 02h58.
14
Opération zéro enfant en situation de mendicité https://www.facebook.com/share/v/16J8nYQGCc/ Consulté le
23 mai 2025 à 03h15.
15
La croix rouge international, en Côte d’Ivoire, les religieux musulmans dénoncent la mendicité autour des
mosquées https://international.la-croix.com/fr/afrique/cote-divoire-religieux-musulmans-denoncent-mendicite-
autour-mosquees
16
https://africacoeurnews.com/2025/01/27/mendicite-en-cote-divoire-phenomene-alarmant/
4
L’incrimination au sens juridique du terme est une mesure de politique criminelle
consistant, pour l’autorité compétente, à ériger un comportement déterminé en infraction, en
déterminant les éléments constitutifs de celle-ci et la peine applicable 17. En d’autres termes,
l’incrimination est un instrument juridique qui permet à l’autorité compétente d’interdire un
comportement en le définissant clairement comme une infraction et en fixant les sanctions.
Cependant, dans un contexte où l’incrimination semble être confuse dans la détermination
d’une infraction, cela peut jouer en défaveur de l’individu présumé coupable, dans la mesure
où il a de fortes chances d’être condamné même en étant innocent. Or, force est de constater
que, dans la rédaction des articles du code pénal ivoirien qui répriment la mendicité, il existe
des éléments fondamentaux dans sa caractérisation qui sont imprécis du fait de sa définition et
de sa répression.
Par ailleurs, cette incrimination n’étant pas clairement établie, il sera nécessaire
d’exploiter les brèches autour de celle-ci en déterminant les imprécisions au niveau des
éléments constitutifs de l’infraction (section 1), sans omettre les risques qui peuvent en
découler dans les cumuls de qualifications juridiques de cette infraction (section 2).
17
https://dictionnaire.lerobert.com/definition/incrimination consulté le 20 mai 2025 à 08h26
5
Tout acte, contraire à l’ordre social, aussi grave soit-il, n’expose pas nécessairement
son auteur à une sanction pénale. Pour donner lieu à répression, il faut qu’il ait été incriminé
par la loi18. Ainsi, pour qu’un fait soit qualifié d’infraction, il faut qu’il soit clairement défini
par les textes qui l’établissent. Cela trouve tout son sens dans l’article 14 du code pénal qui
dispose que : « Le juge ne peut qualifier d’infraction et punir un fait qui n’est pas légalement
défini et puni comme tel ». Toutefois, l’on retrouve une certaine confusion au niveau de la
nature même de la mendicité dans la mesure où, la définition de la mendicité est floue, car on
ne sait réellement pas à quel moment une personne est en train de mendier, de surcroît en train
d’enfreindre à la loi. En effet, en se basant sur la définition de la mendicité du code pénal
ivoirien dans son article 217 alinéa, 1 qui dispose que : « Toute personne qui, capable
d’exercer un travail rémunéré, se livre habituellement à la mendicité, en usant de menaces ou
en entrant contre le gré de l’occupant soit dans une habitation, soit dans un enclos en
dépendant, est punie d’un emprisonnement de dix mois à deux ans », nous pouvons constater
qu’il y a une imprécision au niveau de la personne qui mendie, de sorte que parler de la
capacité à exercer un travail rémunéré laisse une grande marge d’interprétation. A supposer
que la personne capable d’exercer un travail se trouve capable physiquement et non
mentalement, il sera difficile ici d’affirmer que cette personne est en train de commettre une
infraction. Par conséquent, être capable peut s’appréhender de plusieurs façons telles qu'être
capable mentalement, physiquement et même intellectuellement, de sorte que cette absence de
cadre objectif ouvre la voie à une interprétation subjective par les autorités, risquant de
criminaliser des personnes en situation de précarité non volontaire.
Cependant, la loi ne précise pas si la personne doit avoir conscience de commettre une
infraction ou si le simple fait de mendier régulièrement suffit. L’absence d’élément
intentionnel du fait de détenir une arme ou un instrument propre à commettre des vols ou
d’autres délits19 rend difficile de démontrer la culpabilité du mendiant tout simplement, par le
seul fait de détenir une arme, et exige que le mendiant ait eu l’intention d’utiliser cet objet
pour commettre un vol ou un délit. Nous constatons que l’article 219 du code pénal ne précise
pas de quelle violence on parle ici dans la mesure l’on cite le mendiant qui exerce des
violences sur les personnes ou leurs biens est puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans.
Ici, aucune distinction n’est faite entre des violences légères, c’est-à-dire des bousculades, des
menaces verbales ou des violences graves comme les agressions physiques entraînant des
blessures.
18
Stefanie GASTON et al, Droit pénal général, Paris, Dalloz, 1997, p.115.
19
Article 218 du code pénal ivoirien.
6
Pour Eloi Yao KOUAKOU, force est de reconnaitre que l’infraction se distingue très
mal de la déviance dans l’écriture du code pénal ivoirien 20. Ici, l’auteur soulève une difficulté
à différencier clairement les comportements socialement déviants 21 mais non nécessairement
illégaux dans la rédaction du code pénal. En particulier le vagabondage et la mendicité. En
effet, le droit pénal en Côte d'Ivoire présente une ambiguïté notable sur la manière d'encadrer
la mendicité, principalement en raison d'un manque flagrant de définition précise.
Contrairement au droit ivoirien, le droit français démontre historiquement avec précision les
conditions dans lesquelles la mendicité est appréciée comme un délit dans la mesure où, pour
que la mendicité soit qualifiée d’infraction, il faut l’existence de dépôts de mendicité, la
validité des personnes, la mendicité habituelle, des circonstances aggravantes, tel que cité par
Guy HAUDEBOURG en ces termes : « Lorsqu’existe un dépôt de mendicité, toute mendicité
est interdite »22. Dans le même sens le code pénal de 1810, Toute personne qui aura été
trouvée mendiant dans un lieu pour lequel il existera un établissement public organisé afin
d’obvier à la mendicité sera punie de trois à six mois d’emprisonnement, et sera, après
l’expiration de sa peine, conduite au dépôt de mendicité. Par cet article nous pouvons voir
que le législateur français a été clair en conditionnant la répression de la mendicité à
l’existence préalable d’établissements d’assistance. Néanmoins, le code pénal français en
vigueur aujourd’hui a supprimé l’infraction de mendicité. Il appert de préciser que cette
difficulté quant à l’identification de la mendicité se perçoit également dans ses formes
20
Eloi Yao KOUAKOU, « Les choix de politique criminelle dans le code pénal ivoirien », Archives de politique
criminelle, 2005, n°27, p. 206.
21
Opinion, attitude déviante (par rapport à l’opinion communément reçue ou orthodoxe). Le petit Robert de la
langue française, Edition 2017.
22
Haudebourg GUY, Mendiants et vagabonds en bretagne au XIXe siècle, Open Edition Books
https://books.openedition.org/pur/17727
7
une notion, une idée, un évènement, une action, un phénomène se présente 23. Ainsi, sans qu’il
soit établi la manière dont un phénomène se présente, nous ne pouvons pas savoir de quelle
mendicité parlons-nous dans sa répression.
De ce constat, force est de reconnaitre que le législateur ivoirien n’a pas fait de
précision au niveau des formes de mendicité dans les articles 217 à 220 du code pénal dans la
mesure où il n'y a ni précision en que l’on ne sait s’il s’agit d’une mendicité simple, agressive
ou organisée qui est sanctionnée. Non seulement la loi ne précise pas ces différentes formes,
mais encore en cas de mendicité forcée, voire involontaire, et dans les cas de la mendicité
volontaire. Au niveau de la mendicité forcée on fait référence ici aux réseaux organisés, mais
encore à ceux pratiqués par certaines personnes dont le mécanisme est d’attirer des passants
ou certaines autres personnes avec des enfants. La mendicité est souvent exercée comme une
pratique religieuse au Sénégal.
Toutefois cette pratique peut être considérée comme une maltraitance lorsqu’elle est
faite par des enfants. Selon N’DIAYE, la mendicité des talibés est comme une forme de
maltraitance et d'exploitation des enfants, bien que cette pratique soit complexe et
profondément enracinée dans des dynamiques sociales et religieuses plus vastes au Sénégal en
ces termes : Mais notons aussi qu’il existe d’autres interprétations de cette mendicité, comme
n’étant rien d’autre qu’un instrument d’exploitation des enfants, qu’une mendicité forcée et
autres formes de mauvais traitements à l’encontre des enfants 24 . Quant à la mendicité
volontaire, il est question ici de savoir si le mendiant qui quémande avec tant d’insistance
23
Dictionnaire le Petit RoBert de la langue Française.
24
Talibés au Sénégal. Cahiers de la Recherche Sur L Éducation et les Savoirs, 14, 295- Ndiaye, P. O. (2015).
Aumône et mendicité : un autre regard sur la question des 310. https://doi.org/10.4000/cres.2848
8
n’est-il pas dans un état de nécessité pour ça survit ? Car avant de punir il est indispensable de
savoir les conditions dans lesquelles la personne s'est mise à mendier. Hormis ce genre de
forme de mendicité, il existe des cas où la mendicité se définit comme une stratégie de survire
mais encore comme un moyen de revendication lorsque des femmes s’y met pour un but
précis. On peut citer comme exemple le cas des femmes balayeuses d’Abidjan. Se faisant, les
balayeuses déploient des stratégies nouvelles pour faire face à leur situation.
Ainsi, la mendicité prend avec elles un sens symbolique. Elle met en scène des acteurs
qui l’utilisent pour faire une pression psychologique sur leur employeur, dans le but d’obtenir
un meilleur traitement25. En effet, la mendicité peut être vue sous plusieurs formes, comme le
montre celui-ci. Cette pratique ne se limite pas à une demande de soutien financier, mais
représente également un moyen de pression ou une revendication visant à attirer l'attention
des pouvoirs publics ou de la communauté sur des situations d'abandon, d'exclusion ou de
vulnérabilité, en particulier pour des femmes qui sont veuves, rejetées ou laissées pour
compte.
Enfin on peut aborder la question des mères de jumeaux qui mendies non pas parce
qu’elles le veulent mais plutôt parce que ça fait partir de leurs coutumes à elles. De ce fait là
selon une étude, Ce constat confirme les résultats de l’étude de CISSE et de celle de
PAULME qui soulignent que chez les Dogons au Mali, la naissance des jumeaux est tenue
pour un évènement exceptionnel et les jumeaux sont considérés comme des êtres étranges 26
De ce constat, l’on peut retenir que les jumeaux sont des êtres spéciaux et dont leur naissance
nécessite des activités culturelles qui diffère en fonction des Ethniques. De ce fait là en se
tournant vers le Burkina Fasso leur manière à eux d’accueillir les jumeaux c’est de demander
à leurs mères de les envoyés mendié sur la place publique à des fins culturelles. Au Burkina
Faso, chez les populations Moose, il existe des pratiques similaires qui contraignent les mères
de jumeaux au rite de présentation des jumeaux (Zagré, 1982). Cela […] consiste pour la mère
de jumeaux à emmener ses enfants jumeaux sur une place publique, notamment la place du
marché. Les jumeaux sont ainsi présentés à la communauté qui leur offre des présents (galette,
beignet, sésame, argent, etc.). Les membres de la communauté demandent en retour aux
enfants jumeaux leur bénédiction, il s’agit c’est un acte symbolique, culturellement chargé de
25
Jacques Kouamé KONAN, « La mendicité comme moyen de revendication : l’exemple des femmes
balayeuses de rue d’Abidjan », 2016, p. 213-216
26
Honorine Pegdwendé Sawadogo, « La mendicité comme moyen de revendication d’une identité positive :
l’exemple des « mères de jumeaux » » à Ouagadougou, Revue de l’Université de Moncton, n°1, 2018
https://doi.org/10.7202/1064870ar
9
sens. Ainsi il est des populations au nord du pays de Côte d’Ivoire qui ont ce genre de pratique
mais la loi ne distingue pas vraiment ce genre de forme aux vues de la répression de la
mendicité.
La mendicité peut prendre différentes formes mais la loi ivoirienne ne les distingue pas
suffisamment, ce qui peut créer des risques d’interprétation arbitraire au niveau de la
qualification juridique de cette infraction.
La mendicité est l’une des infractions qui est très facilement lié à d’autres infractions
dans la mesure où la mendicité en elle-même lorsqu’elle est faite de façon précise avec des
conditions particulière peut prendre une autre tournure plus délicate. En effet cette
cohabitation avec d’autres infractions peut être complexe dans la qualification juridique de la
mendicité. Car, avec ces infractions tels que l’atteinte à l’ordre public 27, l’exploitation de la
mendicité, le vagabondage ainsi que la mise en danger d’autrui, il est plus facile d’être en
cohabitation avec la mendicité. Toutefois en Côte d’ivoire, le législateur n’a pas énoncé
clairement ces cas de cohabitation mais plutôt l’atteinte à la tranquillité publique, la violation
27
Intitulé de la section 3 du chapitre 3 du titre 1 tiré du livre II de la loi n°2019-574 portant code pénal ivoirien
10
de domicile et les menaces. Selon l’article 217 de la loi pénale ivoirienne en ses alinéas 1 et
2 : « Toute personne qui, capable d’exercer un travail rémunéré, se livre habituellement à la
mendicité, en usant de menaces ou en usant de menaces ou en entrant contre le gré de
l’occupant soit dans une habitation, soit dans un enclos en dépendant est punie d’un
emprisonnement de dix mois à deux ans . La peine est porté au double contre la personne qui
provoque ou incite à la réalisation du délit ». Dans le même sens, l’article 218 de la même
loi dispose que : « Est puni d’une peine de deux à cinq ans d’emprisonnement, le mendiant
qui est trouvé porteur d’une arme, ou muni de tout autre instrument propre à commettre des
vols ou d’autres délits, soit à lui procurer les moyens de pénétrer dans les maisons ». Partant
de ces articles le législateur ivoirien montre une certaine qualification double du fait de la
violation de domicile, d’usage de menace, d’atteinte à la tranquillité publique, et même à la
tentative de vol qui peuvent rendre difficile sa qualification juridique. De ce fait, la question d
cumul de qualification trouve son sens dans l’article 117 du code pénal ivoirien 28 dans la
mesure où, ce cumul de qualification sera soumis à certaines conditions très strictes. Toutefois
les peines ne se cumulent pas.
Néanmoins, force est de constater que le législateur dans sa quête à maintenir l’ordre
public n’a cependant pas émis l’hypothèse selon laquelle les personnes qui mendies ne sont
pas nécessairement les auteurs principaux de cette infraction du fait de leurs contrainte. D’où
l’apparition de l’exploitation des enfants et des personnes vulnérables. Ici nous pouvons
constatés qu’il y a un manque d’élément permettant la répression des auteurs de l’exploitation
des personnes vulnérables. L’article 4 alinéa 4 relative à la lutte contre la traite des personnes
dispose que : « Constitut la traite des personnes, le recrutement, le transfert, l’hébergement ou
l’accueil d’une personne à des fins d’exploitation dans l’une des circonstances suivantes ...
L’exploitation organisée de la mendicité d’autrui s’entend du fait pour toute personne ou
groupe de personne qui organise ou exploite la mendicité d’une personne, entraine ou
détourne une personne pour la livrer à la mendicité, exerce sur une personne une pression
pour qu’elle mendie...»29. Cet article tellement bien explicité montre, défini et explique la
répression de la mendicité contrairement aux articles sur la mendicité en droit pénal ivoirien
dans la mesure où La priorité de cet article, est de protéger les personnes vulnérables et de
sanctionner ceux qui abusent de leur situation en les exploitant pour des gains matériels ou
28
Article 117 : « Lorsqu’un même fait est susceptible de plusieurs qualifications et au cas où les infractions ainsi
commises sont composées d’éléments constitutifs distincts, ce fait peut-être soumis au juge sous ses différentes
qualifications mais ne peut donner lieu qu’à une poursuite ».
29
Loi n°2016-1111 du 8 décembre 2016 relative à la lutte contre la traite des personnes, p. 2.
11
financiers. En rendant ces actes illégaux, la loi vise à prévenir et à punir ces comportements,
tout en établissant une base légale pour poursuivre les fautifs. En gros, ce texte met en lumière
une forme particulière d'exploitation humaine l'organisation et l'exploitation de la mendicité
qui s'inscrit dans le cadre plus large des initiatives visant à lutter contre la traite des êtres
humains.
Bien que le recoupement entre la mendicité et d'autres délits soulève des questions
complexes quant à la catégorisation juridique des faits en jeu, il est évident que cette
complexité va au-delà de la simple identification des infractions. En fait, lorsqu'il s'agit
d'alourdir les peines en raison des circonstances particulières comme la vulnérabilité des
victimes ou la gravité des actes, de nouvelles difficultés pratiques apparaissent. C'est dans ce
cadre que les difficultés pratiques des circonstances aggravantes prennent toute leur
importance, nécessitant une analyse approfondie des mécanismes juridiques et des défis
pratiques qui en résultent.
Les articles 217 et suivants du code pénal ivoirien prévoient des cas de circonstances
aggravantes à travers les expressions « le mendiant trouvé porteur d’une arme 30», « ou muni
de tout autre instrument propre31», « le mendiant qui exerce des violences sur les personnes ou
sur leurs biens32». Ce genre de circonstance aggravante peut rendre la qualification juridique
de la mendicité complexe, dans la mesure où, n’étant pas bien explicite dans son expression «
muni de tout autre instrument » il est laissé à la seule appréciation du juge de décider de quel
acte s’agit en tant que circonstance aggravante. De plus, l’article 219 sanctionne les actes de
violence perpétrés par des mendiants. Si ces actes de violence sont assortis de circonstances
aggravantes comme celles décrites à l'article 218 33, les peines sont doublées. De ce fait, il peut
s'avérer difficile de prouver ces violences, en particulier si les victimes hésitent à témoigner.
Enfin l’article 220 du code pénal quant à lui dispose que : « les peines prévues par le présent
code contre les individus porteurs de faux certificats, faux passeports ou fausses feuilles de
route sont portées au double, quand elles sont appliquées à des mendiants ». En se basant sur
30
Article 218 du code pénal ivoirien.
31
Idem
32
Article 219 du code pénal ivoirien.
33
« Est puni d’une peine de deux à cinq ans d’emprisonnement, le mendiant qui est trouvé porteur d’une arme,
ou muni de tout autre instrument propre à commettre des vols ou d’autres délits, soit à lui procurer les moyens de
pénétrer dans les maisons ».
12
les dispositions de cet article, il est clair qu'il rencontrera des difficultés pour le juge de
qualifier l’acte posé par le mendiant par des circonstances aggravantes dans la mesure où il
peut être compliqué de valider l'authenticité des documents dans toutes les situations, ce qui
peut mener à des erreurs de justice.
Les articles 217 à 220 présentent des défis en matière d'interprétation juridique en ce
sens où il pourrait surgir des difficultés pratiques, dont les juges devront examiner les
circonstances aggravantes, ce qui peut entraîner des différences dans l'application des lois.
Il résulte de ce qui précède que la mendicité, dans ces articles qui la répriment ne la
définit pas concrètement, que ce soit au niveau des éléments constitutifs même de l’infraction
ou sur la qualification juridique de cette infraction. Alors qu’il existe une imprécision au
niveau de l’incrimination de la mendicité, d’autres difficultés font leur entrée car l’auteur
même de la mendicité est difficile à qualifier, mais encore lorsque cette répression
s’accompagne d’autres infractions, le risque des sanctions des peines se multiplie. D’où la
naissance d’une répression complexe.
Selon le code pénal ivoirien, ce n’est pas le fait pour le mendiant de tendre la main qui
est réprimé, mais plutôt lorsqu’elle s’accompagne ici de certaines conditions telles que le faire
de façon habituelle, l’usage de menace, d’être trouvé porteur d’une arme. Or, dans les articles
217 et suivants du code pénal on constate une faiblesse dans la détermination et
l’identification de l’auteur de la mendicité (section 1). Par ailleurs sa répression peut être
double (section 2).
13
Selon l’article 29 du code pénal ivoirien : « Est auteur d’une infraction, celui qui la
commet matériellement ». De ce fait pour qu’on puisse qualifier une personne comme auteur
de l’infraction il faut un acte matériel qui le détermine. Or, en se basant sur les dispositions
pénales relatives à la mendicité nous constatons que le législateur ivoirien n’a pas vraiment
montré qui est l’auteur de la mendicité, car le législateur, dans sa quête de répression n’a pas
établi de cas de mendicité en état d’urgence. Le législateur qualifie de mendiant la personne
qui est capable d’exercer un travail rémunéré et qui se livre habituellement à la mendicité 34
pourtant cette manière de définir le mendiant rend difficile la répression puisque, il sera
compliqué pour le juge de démontrer que le prévenu est dans la capacité à exercer un travail
du fait des différentes forme de capacité qui pourrait exister et dont le législateur n’a pas
précisé. Non seulement il est une faille au niveau de la capacité mais encore au niveau de
l’habitude lorsqu’elle est exercée avec l’usage de menaces ou en entrant contre le gré de
l’occupant soit dans une habitation soit dans un enclos en dépendant, car cette habitude est
presque indémontrable et cela peut rendre ça répression complexe.
Allant de ce même point de vue, une recherche réalisée à Bouaké indique que les
enfants qui mendient sont souvent sous l'autorité de maîtres coraniques qui s'approprient la
majeure partie des revenus de la mendicité, ce qui constitue une forme d’exploitation 38. Cette
situation est accentuée par des éléments socioculturels et économiques, tels que la pauvreté
Cependant, il est des femmes qui utilisent cette pratique à des fins d’exploitation des
enfants. Par exemple, les « mères de jumeaux » utilisent leurs enfants pour apitoyer les gens ;
elles sont convaincues qu’avoir de jeunes enfants à leurs côtés favorise la collecte. Au-delà,
donc, des considérations culturelles et sociales de la gémellité en Afrique, la quête faite par les
« mères de jumeaux » dans les rues de la ville de Ouagadougou s’apparente à une exploitation
de mineurs39 . Dans ce genre de cas, il est très difficile de déterminer l’auteur de l’infraction
au point de le réprimé. De ce fait, cette pratique mais s’inscrit aussi dans des dynamiques
sociales complexes où la pauvreté et la tradition se mêlent. En outre, ces cas démontrent que
la répression ne peut se limiter à punir les individus pris en flagrant délit de mendicité, mais
doit également cibler les structures organisées qui en tirent profit, nécessitant une coopération
entre les forces de l’ordre, les services sociaux et les acteurs communautaires.
En somme, la reconnaissance de ces réseaux dans les lois et les textes est
fondamentale pour éviter que la répression ne s'abatte uniquement sur les mendiants, souvent
les plus vulnérables, sans atteindre les véritables responsables. Cette approche est également
nécessaire pour développer des politiques publiques efficaces visant à protéger les enfants et
les groupes fragiles, et à lutter contre toutes formes d’exploitation.
39
Honorine Pegdwendé, SAWADOGO, « La mendicité comme moyen de revendication d’une identité positive :
l’exemple des « mères de jumeaux » », op.cit, p. 164.
16
Paragraphe 1 : la répression première de la mendicité compromise
17
Enfin, la répression initiale de la mendicité est souvent utilisée pour maintenir l'ordre
public, notamment dans les grandes villes où la présence visible des mendiants est vue comme
une dégradation de l'apparence urbaine. Bien qu'elle puisse avoir une certaine efficacité
immédiate, cette approche sécuritaire est régulièrement critiquée en comparaison avec les
principes de proportionnalité et le respect des droits essentiels.
Ainsi, bien que la répression initiale de la mendicité soit clairement précisée par la loi,
elle rencontre des obstacles concrets liés à l'imprécision des critères juridiques et à la
complexité des contextes sociaux des personnes concernées. Ces éléments incitent à une
réflexion approfondie sur comment concilier l'exigence de l'ordre public avec la protection
des personnes vulnérables.
Tout d’abord, en se référant à l’article 217 alinéa 2 du code pénal ivoirien, nous
constatons que dès cet article, il existe déjà une circonstance aggravante à travers ce passage «
La peine est porté au double contre la personne qui provoque ou incite à la réalisation du délit
» dans la mesure où la personne qui est à la base de cette infraction, c’est-à-dire celle qui a
commandité40 cet acte, a été interpellée. Ainsi, le législateur ivoirien punit durement celui qui
incite ou encourage quelqu’un à mendier en doublant la peine par rapport à celle infligée à
celui qui mendie simplement.
Ensuite, l’article 21841 passe de dix mois à deux ans d’emprisonnement 42 à de deux à
cinq ans d’emprisonnement du simple fait que le mendiant avait sur lui soit une arme soit tout
autre instrument propre a commettre d’autres infractions. Ici, nous constatons que le
40
Article 29, 3° du code pénal ivoirien : « Est auteur d’une infraction, celui qui sciemment et sans équivoque,
incite un tiers à commettre l’infraction, en donnant des instructions pour la commettre ou en provoquant à sa
réalisation par l’usage de dons, de promesses, de menaces, d’abus d’autorités ou de pouvoir, de machination ou
d’artifices coupables, même si l’infraction n’a été ni tenté ni commise. »
41
Article 218 du code pénal ivoirien « Est muni d’une peine de deux à cinq ans d’emprisonnement, le mendiant
qui est trouvé porteur d’une arme, ou muni de tout autre instrument propre soit à commettre des vols ou d’autres
délits, soit à lui procurer les moyens de pénétrer dans les maisons. »
42
Article 217 du code pénal ivoirien
18
législateur ivoirien a plus mis l’accent sur la détention d’arme, ce qui multiplie la sanction
imputée au mendiant. Toutefois, cette sanction peut être plus où moins injuste dans la mesure
où du simple fait d’avoir eu en sa possession un instrument que le juge aura qualifié de
dangereux, on peut faire passer un mendiant qui a été arrêté pour un délit de premier degré à
une personne qui a commis un crime, car la peine encourue peut lui coûter plusieurs années
d’emprisonnement. Ainsi, l’infraction commise par le mendiant peut passer de simple délit à
crime, à compter du moment où le mendiant peut être condamné à plus de dix ans, ce qui
serait qualifié maintenant de crime en vertu de l’article 3 du code pénal ivoirien 43 lorsqu’il est
condamné sur la base de l’article 219 du code pénal ivoirien qui dispose que : « Le mendiant
qui exerce des violences sur les personnes ou leurs biens est puni d’un emprisonnement de
deux à cinq ans. Si les violences sont accompagnées d’une des circonstances mentionnées à
l’article 218, les peines sont portées au double ». A cet effet, le mendiant serait qualifié de
criminel pour un fait qui était au début un délit.
Enfin, selon l’article 220 du même code précise que : « Les peines prévues par le
présent code contre les individus porteurs de faux certificats, de faux passeports ou de fausses
feuilles de route sont portées au double, quand elles sont appliquées à des mendiants ». En se
basant sur cet article, force est de constater que le législateur ivoirien s’empresse à réprimer le
mendiant et même d’additionner les peines vis-à-vis de ce dernier. Or il serait plus
compatissant de revoir cette disposition dans deux sens. Dans le premier cas, le législateur
ivoirien doit revoir la disposition de cet article dans la mesure où, les mendiants qui sont
trouvés porteurs de faux certificats, de faux passeports ou de fausses feuilles de route n’ont
pas nécessairement voulu que ça soit ainsi. S’il était plus aisé, ils auraient surement procédé
d’une autre manière.
De surcroît, parler du mendiant qui serait trouvé de ces faux documents, reste très
difficile à déterminer, puisque la qualification juridique du mendiant reste difficile à
déterminer. Dans un second cas, il serait nécessaire d’essayer de diminuer la peine que devra
encourir le présumé coupable pour des raisons de droit à la dignité et de droits de l’homme.
Certes, la loi pénale est établie pour la paix et la sécurité d’ordre public ainsi que de protéger
les personnes. Cependant, il est impératif de voir le cas des mendiants sous un autre angle.
C’est-à-dire plutôt qu’essayer de réprimer, mieux vaut trouver une solution plus sociale à ce
phénomène que répréhensible. De ce fait, pour une approche plus sociale, le droit français a
43
Article 3 du code pénal ivoirien : « L’infraction est qualifiée crime, si elle est passible d’une peine privative de
liberté perpétuelle ou temporaire supérieure à dix ans. »
19
supprimé la répression de la mendicité dans le code pénal. Néanmoins, elle reste réprimée
qu’à certaines conditions44.
CONCLUSION
La mendicité est une question épineuse du droit pénal ivoirien, mêlant enjeux juridiques,
sociaux et moraux. Cette recherche a montré que la prohibition de la mendicité, même si elle
est mentionnée dans des textes comme l'article 217 du Code pénal ivoirien, a une définition
floue, ce qui crée des doutes ͏dans son usage. La différence entre͏ les gens qui mendient et qui
44
Article 312-12-1 du code pénal français : « Le fait, en réunion et de manière agressive, ou sous la menace d'un
animal dangereux, de solliciter, sur la voie publique, la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien est puni de six
mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende ».
20
sont « valides »͏ou « invalides » vient d’anciennes lois ͏mais elle a du͏mal à su͏ivre les réalités
sociales et économiques modernes où pauvreté et exclusion sont toujours très fortes.
Sur le plan͏ de͏ fonctionnement, les mécanismes répressifs, comme ͏les punitions
d'enfermement ou les actions administratives, se heurtent à de vrais soucis : ennuis͏ pour
͏montrer, l’opinion͏subjective dans le jugement de l'« habitude » à mendier, et manque d'autres͏
choix pour les͏ groupes faibles. Les exemples de mendicité plus grave tel que des menaces ou
même se manifeste dans des espaces privés, illustrent cette tension entre la nécessité de
protéger l’ordre public et le risque de criminaliser la détresse sociale.
Pour améliorer la légitimité et l’efficacité du droit pénal ivoirien dans la lutte contre la
mendicité, plusieurs voies de réformes sont proposées Une clarification législative dans la
mesure où il faut redéfinir avec précision les critères de criminalisation, en abandonnant la
distinction dépassée entre personnes valides et non valides, au profit de critères plus objectifs
(par exemple, l'exploitation des enfants ou la mendicité organisée). Aussi, des politiques
sociales intégrées du fait de combiner la répression et la prévention à travers des programmes
de réinsertion, d'accès au logement ou à l'éducation, particulièrement pour les enfants
mendiants. Comme le dit une étude, la véritable réponse à la mendicité réside non pas dans la
répression, mais dans la construction d’une société équitable, où chacun a sa place et peut
contribuer au bien-être collectif45.
Finalement, une réflexion demeure : bien que la répression pénale de la mendicité soit
parfois indispensable face à certains comportements inappropriés, ne faudrait-il pas envisager
une approche plus humaine, axée sur la défense des droits économiques et sociaux ? La
réponse à cette question décidera si le droit pénal ivoirien réussit à harmoniser ordre public et
équité sociale, ou s'il reste ancré dans des logiques répressives obsolètes.
45
Politiques de mendicité en Côte d’Ivoire : Perceptions et impacts sociaux.
https://africacoeurnews.com/2025/01/27/mendicite-en-cote-divoire-phenomene-alarmant/
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JURISPRUDENCE
JURISPRUDENCE NATIONALE
Tribunal de Katiola, n° 77 du 30 mars 2000, MP c/ OB
Jurisprudences étrangères
24
Tribunal de première instance francophone de Bruxelles, 47e chambre
correctionnelle, jugement n° 5710/ 2019, du 6 novembre 2019, L. C c/ B. M,
https://www.myria.be/files/h19-11-06_c__Bruxelles.pdf
DEDICACE...........................................................................................................................................I
25
REMERCIEMENTS............................................................................................................................II
SOMMAIRE........................................................................................................................................IV
INTRODUCTION................................................................................................................................1
SECTION 1 : UNE IMPRECISION AU NIVEAU DES ELEMENTS CONSTITUTIFS...............5
Paragraphe 1 : l’ambiguïté autour de la nature de la mendicité......................................................6
paragraphe 2 : une imprécision quant aux différentes formes de mendicité...................................8
SECTION 2 : LE RISQUE DE CUMULE DE QUALIFICATION JURIDIQUE DE LA
MENDICITE......................................................................................................................................10
Paragraphe 1 : le chevauchement de la mendicité avec d’autre infraction....................................10
Paragraphe 2 : les difficultés pratiques des circonstances aggravantes.........................................12
CHAPITRE 2 : UNE REPRESSION DIFFICILE...........................................................................13
SECTION 1 : LES DIFFICULTES D’IDENTIFICATION DE LA L’AUTEUR DE LA
MENDICITE......................................................................................................................................13
Paragraphe 1 : les difficultés autour du statut juridique de l’auteur de la mendicité...................14
Paragraphe 2 : la prise en compte des réseaux organisés................................................................14
SECTION 2 : UNE REPRESSION POTENTIELLEMENT DOUBLE.........................................17
Paragraphe 1 : la répression première de la mendicité compromise..............................................17
Paragraphe 2 : une répression attachée a des facteurs extérieurs a la mendicité..........................18
CONCLUSION...................................................................................................................................21
BIBLIOGRAPHIE.............................................................................................................................23
TABLE DES MATIERES..................................................................................................................26
26