Introduction générale 2
Aujourd’hui, la transformation numérique s’impose comme un tournant majeur dans tous les
secteurs d’activité. En Côte d’Ivoire, cette révolution technologique se manifeste
particulièrement dans le domaine bancaire où les opérations sont de plus en plus automatisées.
Selon un rapport de la BCEAO (2024), plus de 80 % des transactions bancaires dans le pays
s’effectuent à travers des systèmes d’information automatisés. Cette donnée illustre non
seulement l’ampleur de la digitalisation, mais aussi l’urgence pour les professionnels de
l’audit d’adapter leurs méthodes et outils à cette nouvelle réalité.
L’audit externe, en tant que processus indépendant de certification des états financiers, est
directement concerné par cette évolution. Longtemps basé sur des méthodes manuelles –
vérification des pièces justificatives, entretiens, tests d’échantillons – l’audit est aujourd’hui
confronté à des outils technologiques qui bouleversent ses pratiques. L’intelligence
artificielle, l’analyse de données massives (big data), la blockchain ou encore l’automatisation
robotisée des processus (RPA) s’invitent désormais dans la boîte à outils de l’auditeur
externe. Ces technologies permettent d’accélérer les procédures, de mieux détecter les
anomalies et de renforcer la traçabilité des opérations, tout en posant des défis importants en
termes d’éthique, de fiabilité et de compétence.
Dans le contexte ivoirien, cette transformation est encore en cours, mais elle progresse
rapidement. Les grandes banques intègrent des logiciels de gestion de plus en plus complexes,
tandis que les cabinets d’audit cherchent à se moderniser pour maintenir la qualité de leurs
missions. Toutefois, cette adaptation n’est pas sans difficulté. Elle suppose une remise en
question des modèles traditionnels de contrôle, une maîtrise des outils numériques, ainsi
qu’une révision des compétences attendues chez les auditeurs. Il ne s’agit plus seulement de
connaître les normes comptables et les procédures classiques d’audit, mais aussi de savoir
interpréter des algorithmes, manipuler des bases de données, ou encore sécuriser des systèmes
d’information.
Les travaux de recherche menés en Afrique subsaharienne apportent un éclairage précieux sur
ces mutations. Otete (2020) montre, dans une étude sur le Kenya, que l’adoption de logiciels
d’audit numérique améliore significativement la détection des fraudes dans les institutions
financières. De leur côté, Jabraoui et Vandapuye (2023) insistent sur les potentialités de la
blockchain dans l’automatisation des contrôles en Afrique de l’Ouest, tout en alertant sur la
nécessité de former les auditeurs à ces nouvelles pratiques. Ces constats, bien
qu’internationaux, trouvent un écho particulier en Côte d’Ivoire, où les enjeux de fiabilité, de
cybersécurité et de transparence sont de plus en plus au cœur des préoccupations du secteur
bancaire.
Ce mémoire naît d’une double motivation, à la fois personnelle et académique. En tant
qu’étudiant en licence d’audit et contrôle de gestion, je suis confronté à une discipline en
pleine mutation. Comprendre les effets de cette transformation numérique sur les pratiques
professionnelles constitue, selon moi, une étape essentielle pour se préparer au métier
d’auditeur dans les années à venir. Ce travail m’offre l’opportunité de croiser les acquis
théoriques de ma formation avec les réalités actuelles du terrain, en interrogeant les
changements concrets que vivent les professionnels du secteur.
La question centrale à laquelle ce mémoire cherche à répondre est donc la suivante :
En quoi l’intégration des nouvelles technologies transforme-t-elle les pratiques, les
compétences et les responsabilités de l’audit externe dans le secteur bancaire ivoirien ?
Pour y répondre, trois sous-questions ont été formulées :
1. Quels sont les bénéfices concrets apportés par les technologies numériques à l’audit
externe des établissements bancaires ?
2. Quelles sont les limites, les nouveaux risques et les défis éthiques liés à leur
intégration ?
3. Comment les cabinets d’audit ivoiriens s’adaptent-ils à ces mutations technologiques
dans le contrôle des banques ?
L’objectif principal de cette étude est d’analyser l’impact de l’intégration des technologies
numériques sur les pratiques, les compétences et les responsabilités des auditeurs externes
dans le contexte ivoirien. Ce travail s’articulera autour des objectifs spécifiques suivants :
Identifier les apports concrets des outils numériques dans le contrôle des flux
bancaires ;
Mettre en évidence les limites et les risques associés à leur utilisation massive
(dépendance aux outils, cybersécurité, perte de jugement humain) ;
Apprécier les enjeux de formation et d’adaptation des auditeurs face à ces nouvelles
exigences.
La méthodologie adoptée s’appuie sur une revue de littérature spécialisée en audit et en
technologies numériques, complétée par des rapports d’organismes sectoriels ivoiriens et des
exemples concrets d’application dans le domaine bancaire. Il ne s’agira pas simplement de
décrire les outils existants, mais bien de comprendre comment ils influencent la manière
d’auditer, de contrôler, et de certifier les états financiers dans un environnement en pleine
évolution.
Cette analyse tiendra également compte des spécificités locales. En effet, l’intégration des
technologies dans le secteur ivoirien ne suit pas forcément les mêmes dynamiques que dans
les pays occidentaux. Contraintes budgétaires, infrastructures informatiques inégales, ou
encore formation insuffisante peuvent constituer des freins à une digitalisation fluide.
Comprendre cette réalité permettra de formuler des recommandations adaptées au contexte
local, loin des modèles standardisés parfois inapplicables.
Enfin, ce mémoire s’organise en deux grandes parties.
La première partie présentera le cadre conceptuel et contexte du secteur bancaire ivoirien
La seconde partie analysera les impacts concrets de ces technologies sur les pratiques
professionnelles, les compétences attendues et les responsabilités des auditeurs en Côte
d’Ivoire, avec une attention particulière portée au secteur b