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Mémoire présente
Sommaire
Chapitre 1 : Cadre Théorique et Revue de la Littérature
Section 1 :Concepts cles
1. Définition : politique fiscale, investissement (national et IDE)
2. Présentation des Principaux Instruments de Politique fiscale
a) Impôts directs
b) -impôts indirects
c) Cotisations sociales
2-Résultats et Discussions
1. Impact des Incitations Fiscales sur l'Attraction des IDE
2. Évaluation des politiques fiscales spécifiques et de leur efficacité.
3. Effet des Politiques Fiscales sur les Investissements Nationaux, notamment dans les
PME.
Section 2 : Conclusion
Introduction :
Dans un contexte économique marqué par une concurrence mondiale accrue et un besoin de
plus en plus important au financement, l’investissement constitue l’une des conditions
indispensables de la croissance économique, la création de nouveaux emplois et la réduction
de la pauvreté et l'amélioration du niveau de vie (Obeng, 2014), (Ougwu, 2018), (Kamowa,
2020). Ces avantages incitent les gouvernements, en particulier dans les pays en
développement, à concevoir des politiques spécifiques pour stimuler l’investissement. En
effet, l’instrument fiscal est l’un des moyens utilisés par l’Etat pour orienter et influencer le
comportement des ménages et des entreprises pour atteindre ses objectifs économiques et
sociaux.
Les mesures d’incitations fiscales peuvent prendre diverses formes, taux d'imposition réduit,
exonérations fiscales, crédits d'impôt à l'investissement, amortissement fiscal accéléré, pertes
fiscales reportées, etc. Ces avantages entrainent une perte des recettes fiscales pour le budget
de l’Etat. Les pertes de recettes fiscales découlant des avantages fiscaux sont traitées comme
des dépenses fiscales. Elles constituent un domaine de recherche important, pour diverses
raisons. D’abord elles entrainent des pertes des recettes publiques. Au Maroc, par exemple,
elles sont passées de 15,45 Milliards DH en 2005 année de la publication du premier rapport
sur les dépenses fiscales à 38 Milliards DH en 2023. D’autre part, elles constituent des
dépenses cachées puisqu’ elles n’apparaissent pas dans le budget général de l’Etat. Enfin, leur
efficacité est souvent remise en cause et auraient peu d'impact notamment lorsqu'il s'agit de
modifier le comportement des contribuables. De plus, selon (Benjamin & Posner, 2018) les
dépenses fiscales constituent incontestablement la catégorie de dépenses publiques la plus
gaspilleuse.
Notre article s’inscrit dans ce cadre, il s’agit d'une revue systématique de la littérature des
études internationales évaluées par des pairs sur l’évaluation de l’efficacité des politiques
fiscales d’incitation à l’investissement. L'objectif est de faire le point sur les preuves
théoriques et empiriques de l’incidence de la fiscalité sur l’investissement, afin de construire
un modèle d’analyse faisable d’être appliqué dans le contexte national.
Cet article explore l'impact des politiques fiscales sur l'investissement, en particulier dans le
contexte marocain. Il est structuré en quatre chapitres.
Le Chapitre 3 : présente une analyse empirique à travers des études de cas d'entreprises
ayant bénéficié d'incitations fiscales, en évaluant leur impact sur l'investissement et la
croissance.
Enfin, le Chapitre 4 : propose des recommandations pour optimiser l'impact des politiques
fiscales et conclut sur l'importance de ces politiques pour le développement économique
durable au Maroc, tout en considérant les perspectives d'avenir dans un contexte mondial en
évolution.
8
La politique : (latin politicus, du grec politikos) Ensemble des options prises collectivement
ou individuellement par les gouvernants d'un État dans quelque domaine que s'exerce leur
autorité (domaine législatif, économique ou social, relations extérieures)1
La fiscalité : La fiscalité englobe l'ensemble des normes, des législations
et des pratiques qui encadrent la collecte des impôts et des taxes par les autorités fiscales. Les
impôts constituent des contributions financières obligatoires que doivent verser les
particuliers et les entreprises, en fonction de leurs revenus, de leurs transactions et de leurs
biens. Les fonds ainsi collectés servent à financer les dépenses publiques, incluant les
infrastructures, l'éducation, les soins de santé et d'autres services fondamentaux.
- Le mot fisc vient du latin fiscus qui signifie « panier », et notamment ceux utilisés par les
collecteurs d'impôts de Rome pour y mettre l'argent qu'ils percevaient. Par extension, le mot a
fini par désigner l'administration publique chargée de prélever, auprès des contribuables, toute
somme nécessaire au fonctionnement de l'État. La fiscalité, quant à elle, réfère au cadre légal
et réglementaire qui définit les divers éléments et modalités d'application relatifs aux
prélèvements effectués.2
1
DECTIONNAIRE DE FRANCAIS, LAROUSSE 1852, PARIS, ([Link]
2
Cliche, P. (2012). « Politique fiscale », dans L. Côté et J.-F. Savard (dir.), Le Dictionnaire encyclopédique
de l’administration publique, (en ligne), [Link]
3
(Herschtel & Euzeby, 1990).
4
NOUALA & HASNAOUI / Revue AME, Vol 6 No 2 (Avril, 2024) 488-508/Page 491
10
projets et d'infrastructures. L'objectif fondamental de ces actions est d'accroître son capital
et de réaliser un retour sur investissement favorable.
- Décision par laquelle un individu, une entreprise ou une collectivité affecte ses
ressources propres ou des fonds empruntés à l'accroissement de son stock de biens
productifs.5
1.3 Définition de L’IDE :
IDE : L'Investissement Direct Étranger (IDE) fait référence à un investissement effectué
par une entreprise ou un individu d'un pays dans une entreprise ou un projet d'un autre
pays, dans le but d'établir une présence pérenne et de prendre le contrôle des opérations de
l'entité ciblée. Les motivations derrière ces investissements incluent l'accès à de nouveaux
marchés, la diminution des coûts ou encore la diversification des activités.
Les impôts directs portent sur la création et la détention de la richesse, sur les revenus des
facteurs de production que sont le travail et le capital. Ils sont supportés directement par le
contribuable qui les paye, individus ou sociétés. L'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés,
l'impôt foncier sont les formes les plus courantes. Les impôts indirects portent sur les
transactions et sont applicables aux opérations de production et de consommation; ils ne
restent cependant pas à la charge des contribuables, des industriels et des commerçants qui y
sont assujettis, mais se répercutent dans le prix final au consommateur. Ils comprennent
notamment les taxes sur la valeur ajoutée, lestages d'accises et les droits de douane. Quant aux
cotisations sociales, elles reposent, la plupart du temps, sur la masse salariale, elles sont
payées par les employés et les employeurs et sont destinées au financement des divers
régimes assurant un revenu de remplacement en cas d'apparition de certains risques (accident
du travail, invalidité, retraite, chômage, etc.).Ces différents prélèvements présentent des
formes variables selon les décisions qui sont prises en regard des paramètres permettant de les
définir : l'assiette fiscale, le taux d'imposition, l'unité d’imposition et la période d'imposition.
L'assiette fiscale précise la base ou l'objet sur lequel seront prélevés les impôts ; il peut s'agir
de revenus d'emploi, de revenus d'entreprise, de revenus de placements, de gains en capital.
L'assiette correspond, dans chaque cas, à la somme des revenus et des bénéfices imposables.
Le taux d'imposition est la proportion de l'assiette fiscale devant être perçue des contribuables
assujettis. En général, il varie selon les tranches de revenu, de sorte que la contribution
attendue de chacun n'est pas uniforme. L'unité d'imposition désigne qui paiera l'impôt. Pour
l’impôt sur le revenu, par exemple, il s'agira, la plupart du temps, de personnes physiques ou
d'individus, mais pourra également être, dans certains cas, des ménages ou des personnes à
5
DECTIONNAIRE DE FRANCAIS, LAROUSSE 1852, PARIS, ([Link]
6
POLITIQUE FISCALE Pierre Cliche, Professeur invité Ecole nationale d'administration publique
11
charge. Pour l'impôt sur les sociétés, il sera requis de l'entité juridiquement constituée ayant
une personnalité propre et la capacité de prendre des engagements, de répondre de ses
obligations. En ce qui concerne la période d'imposition, il s'agit, pour les particuliers, de
l'année civile et pour les sociétés, de l'exercice financier, encore que, pour ces dernières,
quelques éléments (pertes, crédits) puissent être reportés d'une année à l'autre. Mais, il existe
un autre instrument utilisé par les gouvernements pour atteindre leurs objectifs fiscaux : la
dépense fiscale (ministère des Finances, 2003; Godbout, 2006). Brièvement, les dépenses
fiscales sont des mesures (exemptions, déductions, dégrèvements, reports ou crédits) qui ont
pour effet de réduire les recettes et, partant, constituent un coût. Elles visent à influencer
certains comportements ou activités ainsi qu'à aider certaines catégories de contribuables qui
se trouvent dans une situation particulière. Ce sont donc des mesures préférentielles ou
discrétionnaires qui modifient le régime fiscal de base et permettent aux gouvernements de
réaliser des objectifs spécifiques. Elles affecteront par conséquent, positivement ou
négativement, la neutralité, l'équité et la simplicité du régime fiscale.
Par ailleurs, certaines études suggèrent que des politiques fiscales incitatives peuvent
parfois être contre-productives si elles entraînent une diminution significative des recettes
publiques sans pour autant assurer un retour suffisant sur l'investissement.
2. Etude des résultats des recherches sur l'impact des politiques fiscales sur
les investissements
L’impact des politiques fiscales sur les investissements constitue un axe de réflexion
majeur en économie publique et en finance internationale. Plusieurs recherches ont
12
De plus, l'étude menée par El Amrani (2022), basée sur une revue systématique de la
littérature, montre que l'impact des incitations fiscales varie considérablement. Leur
efficacité dépend de plusieurs variables telles que la taille de l’entreprise, le secteur
d’activité et surtout le cadre institutionnel dans lequel ces politiques sont mises en
œuvre. Une incitation fiscale peut, par exemple, s'avérer très efficace dans un cadre où
la gouvernance est robuste et les règles fiscales sont constantes, mais elle peut perdre
toute son efficacité dans un environnement caractérisé par l'instabilité ou une
complexité administrative élevée.9
En somme, bien que les politiques fiscales puissent influencer les décisions
d’investissement, leur efficacité dépend fortement du contexte économique,
institutionnel et sectoriel. Une approche uniforme ne saurait produire les résultats
escomptés ; au contraire, il est essentiel pour les décideurs publics d’adopter des
politiques ciblées, fondées sur une compréhension fine des besoins des investisseurs et
des caractéristiques propres à leur pays.
Le Maroc, en tant que pays en développement, a enregistré des progrès significatifs dans
plusieurs domaines socio-économiques, mais continue de faire face à des défis majeurs.
D'après les données fournies par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux de pauvreté a
connu une réduction significative, passant de 15,3 % en 2007 à environ 4,8 % en 2020.
7
De Mooij, R. A., & Ederveen, S. (2008). Corporate tax elasticities: A reader’s guide to empirical findings.
Oxford Review of Economic Policy, 24(4), 680–697.
8
Bénassy-Quéré, A., Fontagné, L., & Lahrèche-Révil, A. (2005). How does FDI react to corporate taxation?
International Tax and Public Finance, 12(5), 583–603.
9
El Amrani, H. (2022). Incitations fiscales et investissement : Une revue de la littérature empirique. Actualité de
la Management et de l'Économie (AME), (17), 45-60.
13
Cependant, des inégalités régionales demeurent, en particulier entre les zones urbaines et
rurales. La transition énergétique est un autre domaine où le Maroc se distingue, avec
l’ambition de couvrir 52 % de sa production d’électricité à partir de sources renouvelables
d’ici 2030.10
Toutefois, ces progrès se heurtent à des défis structurels, notamment en matière de chômage,
qui reste élevé, surtout chez les jeunes diplômés.
Dans le secteur de l'éducation, des réformes ont été mises en place pour améliorer l’accès et la
qualité de l’enseignement. Malgré un taux de scolarisation élevé au primaire (98 %), des
études comme celles de l'Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la
Culture (UNESCO) révèlent que des inégalités persistent au niveau secondaire, notamment en
raison de l’insuffisance d’infrastructures scolaires dans les zones rurales. En 2020, le taux de
scolarisation au secondaire était inférieur à 75 %, et l’analphabétisme reste encore un défi
majeur, notamment chez les femmes rurales. Les réformes éducatives visent à remédier à ces
inégalités, mais les résultats restent mitigés, soulignant le besoin de renforcer l’engagement
des acteurs locaux et d’investir dans des solutions adaptées au contexte marocain.11
Enfin, le secteur de la santé a fait des avancées notables grâce à l'extension de la couverture
médicale, notamment avec l'Assurance Maladie Obligatoire (AMO) qui a permis de couvrir
près de 70 % de la population en 2020.12 Toutefois, des inégalités persistent, en particulier
dans l'accès aux soins dans les zones rurales, où l’infrastructure reste insuffisante. Le Maroc a
réalisé des progrès notables dans la réduction de la mortalité infantile ainsi que dans la lutte
contre les maladies infectieuses. Cependant, de nouvelles menaces pour la santé émergent,
notamment avec la hausse des maladies non transmissibles telles que le diabète et les
affections cardiaques. Ces défis nécessitent une attention accrue et une approche intégrée pour
améliorer la santé publique à l’échelle nationale.
10
Agence Marocaine pour l’Energie Solaire (MASEN), Plan de transition énergétique 2020.
11
UNESCO, Rapport sur l'éducation au Maroc, 2019.
12
Ministère de la Santé, Statistiques sur la couverture sanitaire, 2020.
14
années 2000. Des programmes structurants comme le Plan Maroc Vert, qui vise la
modernisation de l’agriculture et l’amélioration des revenus des agriculteurs, ou encore
l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), censée réduire les déficits
sociaux et favoriser l’inclusion, nécessitent des études d’impact approfondies, à la fois
quantitatives et qualitatives. Ces études devraient s'intéresser non seulement aux
indicateurs macroéconomiques, mais aussi aux transformations sociales, à la mobilité
géographique et sociale, et à la perception des populations locales quant à l'efficacité de
ces politiques. De plus, la question de la gouvernance territoriale – c’est-à-dire la capacité
des collectivités locales à concevoir et mettre en œuvre des projets adaptés aux besoins de
leur population – demeure encore peu documentée. Ainsi, il devient impératif que les
recherches futures adoptent une approche territorialisée de l’évaluation des réformes, afin
de fournir aux décideurs publics des recommandations ciblées et contextualisées qui
tiennent compte des spécificités socio-économiques et culturelles de chaque région. Cette
approche permettrait de mieux lutter contre les inégalités régionales et d'assurer une
répartition plus équitable des fruits de la croissance et des investissements publics.13
Conclusion :
L'examen des concepts clés et de la littérature existante sur la relation entre fiscalité et
investissement a établi les fondations nécessaires pour une compréhension
approfondie de cette question. La première section révèle que la politique fiscale ne se
limite pas à financer les dépenses publiques, mais joue également un rôle crucial dans
l'orientation des comportements économiques, notamment par le biais de mesures
incitatives ou dissuasives. L'investissement, en particulier l'investissement direct
étranger (IDE), représente un moteur fondamental du développement, dont la
dynamique est fortement influencée par le cadre fiscal.
Ainsi, ce chapitre non seulement clarifie les concepts et enjeux liés à la politique
fiscale et à l'investissement, mais il met également en exergue les points d'attention et
les pistes de réflexion pour les politiques publiques. Ces éléments constitueront une
base pour les analyses empiriques et les études de cas à venir, visant à évaluer
concrètement l'impact des mesures fiscales sur l'attractivité économique et la
performance des investissements.
13
Haut-Commissariat au Plan (HCP). (2020). La pauvreté au Maroc : Profils et déterminants. Rabat, Maroc.
15
Le Maroc, engagé depuis quelques années dans un vaste chantier de réformes structurelles,
cherche à moderniser sa fiscalité pour soutenir la croissance et diversifier ses sources
d’investissement. Dans un contexte macroéconomique modeste (croissance attendue de
l’ordre de +3,8 % en 2025
[Link]
) et sous l’effet de politiques publiques tournées vers la compétitivité, les dernières lois de
finances ont visé à simplifier le système fiscal, accroître la transparence et attirer les capitaux
étrangers
[Link]
. Les enjeux sont multiples : renforcer la recette fiscale pour financer les infrastructures,
promouvoir la transition énergétique, tout en restant compétitif vis-à-vis de la concurrence
régionale. Ce chapitre étudie donc l’évolution historique du cadre fiscal marocain et son
impact sur l’investissement, d’une part en retraçant les réformes clés, d’autre part en analysant
les tendances actuelles de l’investissement et les secteurs porteurs.
Objectifs du chapitre :
Étudier les tendances récentes des investissements (national et étranger) et les facteurs qui
les influencent.
Identifier les secteurs attractifs et les perspectives d’investissement liées aux politiques
fiscales.
années 1980 pour réformer un système fiscal complexe et aux multiples défaillances. La
réforme fiscale des années 1980 constitue un grand tournant dans l’évolution du système
fiscal marocain. Elle en a profondément modifié l’architecture générale. Les impôts
synthétiques comme la taxe sur la valeur ajoutée (« TVA ») en 1986, l’impôt sur les
sociétés (« IS ») en 1987 et l’impôt général sur le revenu (« IGR ») en 1990, se sont
substitués aux impôts cédulaires en vigueur. La mise en œuvre de la réforme fiscale des
années 1980 s’est accompagnée d’une série d’aménagements qui ont débouché
notamment sur la réduction des taux d’imposition, l’élargissement de l’assiette fiscale, la
réduction de la charge fiscale et la simplification de la législation fiscale.
Le système fiscal moderne le système fiscal marocain a connu une profonde réforme
depuis le milieu de la décennie. L’objectif essentiel attendu de cette réforme était
l’élaboration d’un système fiscal moderne, cohérent, efficient et plus universaliste. La
fiscalité marocaine s’est donc rapprochée dans son architecture globale des grands
systèmes d’imposition connus dans le monde occidental.
La mise en place d’un système qui assure d’une part une meilleure répartition de
la charge fiscale et un élargissement de l’assiette et la réduction des taxes, et
d’autre part un renforcement des garanties que la loi accorde aux contribuables ;
Le remplacement de la taxe sur les produits et les services par la Taxe sur la taxe
sur les produits et les services par la taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) en 1986 ;
La suppression des impôts catégoriels appliqués par nature de revenu et leur
remplacement par l'impôt sur les sociétés (IS) en 1988 et de l'Impôt Général sur le
Revenu (IGR) en 1990.
De nombreuses réformes ont été introduites par les lois de finances successives de 2000 à 2011
qui se sont traduites par la mise en place d’un ensemble de mesures de simplification, de
rationalisation et d’harmonisation du système fiscal et dont le résultat a été :
Actuellement les principaux impôts et taxes sont régis par deux textes :
17
(i) Le Code Général des Impôts qui régit l’IS, la TVA, l’IR, les droits
d’enregistrement, les droits de timbre et la taxe spéciale annuelle sur les véhicules
automobiles ;
(ii) Et la loi n° 47-06 relative à la fiscalité des collectivités locales, qui s’articule autour
de deux axes : le premier concerne les taxes gérées par les collectivités locales elles-mêmes,
et d’autres concerne les taxes locales gérées par la Direction Générale des Impôts (DGI) au
profit des collectivités locales.
Introduction générale
Le Maroc, engagé depuis quelques années dans un vaste chantier de réformes structurelles,
cherche à moderniser sa fiscalité pour soutenir la croissance et diversifier ses sources
d’investissement. Dans un contexte macroéconomique modeste (croissance attendue de
l’ordre de +3,8 % en 2025
[Link]
) et sous l’effet de politiques publiques tournées vers la compétitivité, les dernières lois de
finances ont visé à simplifier le système fiscal, accroître la transparence et attirer les capitaux
étrangers
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[Link]
. Les enjeux sont multiples : renforcer la recette fiscale pour financer les infrastructures,
promouvoir la transition énergétique, tout en restant compétitif vis-à-vis de la concurrence
régionale. Ce chapitre étudie donc l’évolution historique du cadre fiscal marocain et son
impact sur l’investissement, d’une part en retraçant les réformes clés, d’autre part en analysant
les tendances actuelles de l’investissement et les secteurs porteurs.
Objectifs du chapitre :
Étudier les tendances récentes des investissements (national et étranger) et les facteurs qui
les influencent.
Identifier les secteurs attractifs et les perspectives d’investissement liées aux politiques
fiscales.
Depuis l’indépendance, plusieurs lois majeures ont redéfini le paysage fiscal du Maroc :
1986 (Loi n°50-86 du 21 mai 1986) : introduction de la TVA à 20 % pour remplacer les
anciens droits d’octroi et diverses taxes à la production. Cette réforme, essentielle pour élargir
l’assiette fiscale, a visé à renforcer les recettes publiques tout en simplifiant les formalités
déclaratives
[Link]
2001 (Loi sur les Zones d’Accélération Industrielle, 19 septembre 2001) : création de pôles
d’accélération (Fès, Tanger, etc.) destinés à stimuler l’investissement industriel. Les
entreprises autorisées dans ces zones bénéficient d’exonérations importantes – par exemple,
exonération de taxe professionnelle pendant 15 ans et d’IS pendant 5 ans
[Link]
2023 (Loi de finances 2023, promulguée le 23 décembre 2022) : réforme des taux d’impôt
sur les sociétés. Les taux progressivement convergent vers deux paliers unifiés d’ici 2026 :
20 % pour les PME (profits <100 M MAD) et 35 % pour les grandes entreprises, contre
plusieurs taux antérieurs
[Link]
2024 (Loi de finances 2024) : révision des taux de TVA. Le gouvernement a amorcé une
convergence vers deux taux uniques (10 % et 20 %) à horizon 2026 pour remplacer les
multiples taux intermédiaires
[Link]
. Cette mesure vise à rendre la TVA plus lisible et à alléger la charge administrative tout en
sécurisant le rendement fiscal.
2025 (Loi de finances 2025) : conclusion d’un cycle triennal de réformes fiscales
[Link]
[Link]
[Link]
Le Code général des impôts (CGI) a été régulièrement adapté pour répondre aux standards
internationaux. Par exemple, le Maroc a rejoint en 2024 le cadre inclusif BEPS de l’OCDE,
20
s’engageant à mettre en œuvre les actions sur la transparence fiscale (documentation des prix
de transfert, rapport pays par pays, etc.)
[Link]
[Link]
[Link]
, illustrant une reprise d’intérêt après la crise sanitaire. Les investisseurs locaux ont également
accru leurs engagements (à l’étranger et sur le marché intérieur) grâce à la fiscalité allégée,
comme en témoigne l’exceptionnelle rentrée de cash liée à l’amnistie fiscale de 2024 (environ
6 milliards de dirhams collectés)
[Link]
Flux d’IDE
Les flux d’investissements directs étrangers (IDE) au Maroc ont connu des fluctuations
marquées. Après s’être maintenus autour de 1–2 Md$ annuels au début des années 2000, ils
ont culminé à 3,25 Md$ en 2015
[Link]
21
(portés par l’automobile et l’énergie) puis se sont repliés vers 1–2 Md$ dans la décennie
suivante. Par exemple, ils atteignaient 2,2 Md$ en 2022, avant de redescendre à seulement
1,0 Md$ en 2023
[Link]
[Link]
, suivie des Émirats arabes unis et du Royaume-Uni. À fin 2023, le stock cumulé d’IDE était
dominé par la France (30,8 % du total), les Émirats (17,9 %) et l’Espagne (8,5 %)
[Link]
. Sectoriellement, les plus gros flux se concentrent sur l’immobilier, les transports et la
finance, tandis que l’industrie (automobile, aéronautique, agroalimentaire) et le tourisme
reçoivent aussi d’importants investissements. Ces tendances illustrent le poids significatif des
capitaux européens et du Golfe dans l’économie marocaine.
Investissements nationaux
Les investissements nationaux combinent capitaux publics et privés. Les capitaux publics
financent prioritairement les grands projets structurants (infrastructures routières, ferroviaires,
énergie, logements sociaux) via le budget de l’État et les partenariats public-privé (PPP). Leur
portée est souvent de long terme et concentrée sur les équipements publics. Les capitaux
privés nationaux (entreprises locales, holdings, partenariats publics-privés) s’investissent
surtout dans l’immobilier, les services urbains, les entreprises industrielles et l’agro-industrie.
En trois points de comparaison avec les IDE :
Plusieurs facteurs majeurs expliquent les flux d’investissement au Maroc, par exemple :
Stabilité politique et climat des affaires : Le Maroc bénéficie d’une stabilité institutionnelle
remarquable dans la région (monarchie consolidée, réformes continues), ce qui renforce la
confiance des investisseurs. Par exemple, le gouvernement a adopté un Nouveau Modèle de
Développement pour améliorer la gouvernance économique, ce qui rassure sur le long terme.
Agriculture
23
Le secteur agricole marocain est en pleine transformation. Sous l’impulsion du Plan Maroc
Vert (2008) puis du Génération Green 2020-2030, l’agriculture s’est modernisée (drainage,
irrigation localisée, culture sous serre). Les innovations technologiques sont nombreuses
(drones agricoles, variétés améliorées, irrigation goutte-à-goutte généralisée) pour compenser
la variabilité climatique. Des politiques fiscales incitatives (crédits d’impôt pour
mécanisation, exonérations sur l’importation de machines agricoles) visent à accroître la
productivité et l’agrandissement des exploitations. L’émergence d’une filière agro-industrielle
(transformation des cultures céréalières, horticoles et oléicoles) bénéficie aussi d’avantages
fiscaux (amortissements accélérés, soutien à la transformation), renforçant l’attractivité de ce
secteur stratégique.
Industrie
[Link]
Services
Le secteur tertiaire, moteur de l’économie marocaine, est porté par des segments dynamiques.
Le tourisme reste clé (7 % du PIB en 2018, avec ~550 000 emplois et 89 milliards MAD de
recettes cette année-là
[Link]
Les services externalisés (call centers, centres d’affaires) ont bénéficié de mesures incitatives
(exonérations d’impôt pour trois ans dans certaines zones, appui public aux formations
linguistiques). Par ailleurs, les réformes bancaires (renforcement de la supervision, ouverture
aux fintech) stimulent le développement d’une place financière régionale. Ces évolutions ont
rendu le climat des affaires dans les services plus compétitif et diversifié, attirant notamment
des investisseurs cherchant à servir les marchés africains et européens depuis le Maroc.
Technologies de l’information
Les technologies numériques sont au cœur des réformes stratégiques. Le Maroc a lancé des
initiatives (plan Maroc Numeric puis Digital 2025) pour encourager la R&D et les start-ups.
Plusieurs parcs technologiques ont émergé (par exemple, Technopark Casablanca et Rabat)
proposant des exonérations fiscales aux entreprises innovantes. Les startups marocaines
bénéficient de dispositifs publics de financement (fonds d’amorçage, soutien à l’export
digital). La fiscalité de la recherche est incitative : crédit d’impôt recherche, subventions
sectorielles et simplification des procédures pour l’enregistrement des brevets. En outre, l’État
investit dans l’infrastructure numérique (haut débit, câbles sous-marins). Ces mesures attirent
des investisseurs dans les fintech, les solutions e-santé et l’IoT : de grandes entreprises
internationales établissent des laboratoires locaux pour profiter d’une main-d’œuvre qualifiée
et d’avantages fiscaux dédiés à l’innovation.
Enjeux et perspectives
– Transition énergétique : le Maroc mise sur le solaire, l’éolien et l’hydrogène vert. Les
politiques fiscales offrent des tarifs préférentiels (amortissements accélérés, exonérations de
taxe foncière) aux projets d’ENR, ouvrant des opportunités d’investissement dans les fermes
photovoltaïques et l’industrie des batteries.
– Agro-industrie durable : la demande mondiale pour une agriculture écoresponsable offre des
débouchés aux agritech et aux agro-transformations locales. Les investisseurs profitent des
exonérations pour les projets agrico-les (irrigation, agro-industries exportatrices) dans le cadre
d’un soutien fiscal aux filières stratégiques.
Principaux défis
Déficits infrastructurels : certaines régions souffrent encore d’un accès insuffisant aux
routes, à l’eau et au réseau électrique de haute capacité. Recommandations : prioriser les
investissements publics dans le désenclavement (renforcement des routes interurbaines,
ferroviaires) et dans l’adduction d’eau pour l’agriculture. Poursuivre les projets de câbles
énergétiques et l’extension du réseau haut débit pour réduire les « désavantages
géographiques ». Encourager le co-financement privé pour accélérer l’achèvement des grands
chantiers.
Conclusion
Le Maroc a progressivement bâti un cadre fiscal plus attractif et aligné sur les normes
internationales, afin de soutenir sa croissance et de diversifier son économie. Les réformes
passées, marquées par l’introduction de la TVA en 1986, par les incitations aux zones
industrielles et par les grands projets de réorganisation du code fiscal (2023‑2025), ont permis
d’élargir l’assiette et d’offrir des leviers pour stimuler l’investissement
[Link]
[Link]
26
. Les tendances récentes montrent une reprise des flux d’IDE et une montée en puissance de
secteurs clefs (services et industries à haute valeur ajoutée) qui profitent de ces dispositifs.
Néanmoins, les défis structurels (bureaucratie, compétences, infrastructures) appellent des
réponses complémentaires. Les leçons de ce chapitre préparent à l’analyse suivante (Chapitre
3) qui abordera l’impact de ces politiques sur la performance des entreprises marocaines et sur
leur compétitivité internationale.