Fiche synthèse sur le devoir
• Le « tu dois » représente une des expériences fondamentales de la conscience morale. Le
devoir est une obligation morale que nous nous donnons ou qui est parfois donné par une
institution extérieure. Cette obligation se distingue de la contrainte ou de la nécessité car ce
qui est obligatoire peut être fait ou ne pas l’être. En ce sens l’obligation morale et le devoir sont
libres (par exemple, devant un théorème mathématique ma volonté s’incline nécessairement
car c’est ainsi et pas autrement.)
• Fondements du devoir :
o Selon l’éthique stoïcienne, c’est un accord avec la nature c’est-à-dire un accord avec le
mode de vie naturel d’un être vivant. Les devoirs concernent donc tous les êtres vivants
mais l’humanité qui possède la raison agissent par devoir car c’est agir par raison.
→ « Va droit ton chemin, en te conformant à ta nature propre et à la nature
universelle ; il n’y a qu’une route pour l’une et pour l’autre. » Marc Aurèle, Pensées pour
moi-même
o Il y a aussi la coutume (par exemple, le meurtre et le mensonge sont désapprouvées
dans la plupart des sociétés) ou encore les prescriptions des autorités religieuses ou
les lois propre à un pays.
→ « Obéir aux lois et aux coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en
laquelle Dieu m’a fait la grâce d’être instruit dès mon enfance, et me gouvernant en
toute autre chose suivant les opinions les plus modérées et les plus éloignées de
l’excès. » Descartes, Discours de la méthode
o Kant soutient que la morale se fonde sur l’autonomie de la volonté. La soumission de
la volonté à la loi morale est l’expression de notre liberté et de l’action désintéressée.
Puisque nous cherchons ce qu’il faut faire indépendamment de notre intérêt personnel
et des circonstances, nous devons nous demander si l’action que nous envisageons est
valable dans n’importe quelles circonstances et pour n’importe quel sujet (par
exemple si tout le monde mentait, nous ne pourrions plus nous fier à la parole et les
relations sociales perdraient toute valeur et tout sens).
Il y a donc un critère d’universalisation du devoir. Il faut alors distinguer l’impératif
hypothétique (nécessaire pour parvenir à une certaine fin, conditionnel et
instrumental : ne pas mentir pour ne pas être puni) de l’impératif catégorique
(inconditionnel et conforme à l’action morale : ne pas mentir par devoir)
→ « Agis comme si la maxime de ton action devrait être érigée par ta volonté en loi
universelle de la nature. »
→ « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans
la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais
simplement comme un moyen. » Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
Il y a donc exigence d’universalisation, respect de la personne comme être raisonnable,
comme fin en soi et autonomie de la volonté qui obéit à une loi morale qu’elle fonde.
Il n’y a pas de prise en compte des conséquences mais seulement de la pureté de
l’intention.
o La loi morale a pourtant une origine. Selon Nietzsche elle proviendrait de l’instinct de
vengeance. Le devoir serait une invention des faibles pour contrôler les forts. En outre
Nietzsche reproche à Kant d’évacuer la personne concrète de l’action.
→ « Qui juge encore : « dans tel cas, tout le monde devrait agir ainsi », n’a pas encore
fait trois pas dans la connaissance de soi-même ; sans quoi il n’ignorerait pas qu’il n’y
a pas, qu’il ne saurait y avoir d’acte semblable, que tout acte qui a été fait le fut d’une
façon unique et non reproductible. » Nietzsche, Le Gai savoir
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o Le devoir s’enracine aussi dans la vie en société. Ce n’est pas une exigence de la raison,
selon Bergson, mais plutôt une habitude intériorisée. La socialisation passe par
l’intégration de normes sociales relayées par des instances comme la famille, l’état, le
travail et le devoir s’accomplit alors presque toujours automatiquement.
→ « C’est la société qui trace à l’individu le programme de son existence quotidienne.
On ne peut vivre en famille, exercer sa profession, vaquer aux mille soins de la vie
journalière, faire ses emplettes, se promener dans la rue ou même rester chez soi, sans
obéir à des prescriptions et se plier à des obligations. Un choix s’impose à tout instant ;
nous optons naturellement pour ce qui est conforme à la règle. C’est à peine si nous en
avons conscience ; nous ne faisons aucun effort. » Bergson, Les Deux Sources de la
morale et de la religion
• Les conflits entre les devoirs : Nos décisions quotidiennes sont bien souvent l’objet de
situations embarrassantes où l’on doit essayer de prendre des décisions difficiles voire
impossibles. Nous sommes face à des dilemmes moraux qui ne répondent pas forcément à des
principes généraux.
o Le problème que pose Benjamin Constant à Kant oppose devoir de véracité (dire la
vérité) au devoir de protéger la vie d’autrui. Si un assassin me demande si je cache
l’homme qu’il poursuit, dois-je lui avouer ? Ne sommes-nous pas obligés parfois de
mentir pour ne pas trahir un autre devoir ? Nous devons choisir. Constant nous
propose une solution qui permet d’articuler ces deux devoirs. Il faut ajouter une
condition : la vérité n’est un devoir « qu’envers ceux qui ont droit à la vérité ».
L’assassin ne respecte pas le devoir de protection d’autrui (ne pas attenter à la vie
d’autrui) et donc nous n’avons pas de devoir envers celui qui ne respecte pas le devoir.
→ « Dire la vérité est un devoir. Qu’est-ce qu’un devoir ? L’idée de devoir est inséparable
de celle de droits : un devoir est ce qui, dans un être, correspond aux droits d’un autre.
Là où il n’y a pas de droits, il n’y a pas de devoirs. Dire la vérité n’est donc un devoir
qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à
autrui. » Benjamin CONSTANT, Des réactions politiques (1796)
o Il semble donc difficile d’universaliser nos devoirs, il n’existe pas de principes universels
applicables en toute situation. Les dilemmes moraux en sont l’exemple et c’est à
chacun d’inventer ses valeurs selon la situation. C’es l’exemple pris par Sartre : un
jeune homme qui ne sait pas s’il doit s’engager dans la résistance ou rester auprès de
sa mère pour l’aider à vivre.
→ « Ainsi, en venant me trouver, il savait la réponse que j’allais lui faire, et je n’avais
qu’une réponse à faire : vous êtes libre, choisissez, c’est-à-dire inventez. Aucune morale
générale ne peut vous indiquer ce qu’il y a à faire ; il n’y a pas de signe dans le monde. »
Sartre, L’existentialisme est un humanisme
o L’utilitarisme est une théorie morale et politique qui fait de l’utilité commune le plus
grand bien à rechercher par la collectivité. Contrairement aux morales classiques, cette
théorie se focalise sur les conséquences des actions : une action est bonne si elle
produit le plus de satisfaction au plus grand nombre à la suite d’un calcul de son utilité.
→ « Le bonheur que les utilitaristes ont adopté comme critérium de la moralité de la
conduite n’est pas le bonheur personnel de l’agent, mais celui de tous les intéressés.
Ainsi entre son propre bonheur et celui des autres, l’utilitarisme exige de l’individu qu’il
soit aussi rigoureusement impartial qu’un spectateur désintéressé et bienveillant. »
John Stuart Mill, L’utilitarisme (1861)
Le moteur idéal de la morale est alors d’aimer son prochain comme soi-même et
l’organisation sociale et l’éducation sont les deux piliers de la conduite morale.