Cours de DIH 2024
Cours de DIH 2024
Objectifs du cours
A la fin du cours, les étudiants devront acquérir les connaissances théoriques sur le droit
applicable aux conflits armés, en faisant ressortir le paradoxe d’un droit s’appliquant à une
activité interdite par le droit international (la guerre).
Les étudiants seront capables de faire la typologie des conflits armés et de cerner la protection
des victimes des conflits armés internationaux, les règles applicables aux conflits armés non-
internationaux, les règles de conduite des hostilités, la mise en œuvre de différentes règles
pertinentes.
Les étudiants devront intérioriser les fondamentaux des quatre conventions de Genève et leurs
protocoles additionnels, des conventions de La Haye et le Statut de Rome de la Cour pénale
internationale.
Les étudiants seront capables d’évaluer la jurisprudence des tribunaux pénaux internationaux,
autant que celle de la Cour pénale internationale, sans oublier celle des juridictions militaires
nationales.
Contenu du cours
Méthodologie
Sur les 30 heures de cours, 15 seront consacrées à la présentation magistrale et 15 autres à des
travaux pratiques et dirigés.
Evaluation
La note finale de l’étudiant sera la somme des résultats obtenus à l’interrogation (1/4), aux
travaux pratiques (1/4) et à l’examen (2/4). Les modalités de l’examen seront adoptées de
concert avec les étudiants.
2
Bibliographie
INTRODUCTION
Le recours à l’ingérence pour avoir accès aux victimes implique en effet une remise en
question de l’ordre international existant, fondé sur le respect de la compétence exclusive d’un
5
Etat sur ses propres affaires intérieures. Un tel bouleversement ne pouvait s’opérer sans que
l’ONU s’empare de cette pratique naissante, pour la traduire sur un plan normatif. Dans un
premier temps, la difficulté de modifier l’ordre international établi s’est manifestée dans le
caractère timide des textes adoptés par l’AG de l’ONU. Par la suite, le Conseil de sécurité
(CS) a été amené, conformément à la Charte, à autoriser des Etats à exercer une forme
d’ingérence humanitaire. En demandant à la société internationale de déclencher des actions
communes, par le biais d’autorisations formelles du CS, l’humanitaire privé ainsi engendré
ce que l’on a appelé l’humanitaire d’Etat. Outre l’opposition de nombre d’Etats, ces actions
ont suscité des critiques émanant des ONG elles-mêmes : entre la volonté d’intervenir et celle
de rester neutre, le mouvement humanitaire s’est scindé en deux.
La question de l’humanitaire d’Etat débouche sur celle de l’humanitaire tout court : ses
limites, ses ambiguïtés, sa neutralité relative, la difficulté d’introduire la pitié en politique,
bref, l’impossibilité d’un altruisme humanitaire. De plus, les actions humanitaires
interviennent régulièrement dans des conflits spécifiques, les conflits interétatiques, et se
trouvent parfois mêlées, voire confondues, avec des actions d’imposition de la paix autorisées,
sinon dirigées par l’ONU. Par extension, les actions humanitaires conduisent alors à
s’interroger sur le rôle de cette organisation et de son CS. En définitive, ce questionnement
peut se résumer en plusieurs interrogations : assiste-t-on à une remise en cause de l’ordre
interétatique reconnu par la Charte des NU ? L’humanitaire d’Etat est-il concevable ? Peut-
on définir la place de l’humanitaire ? Quel doit être le rôle des NU en cas de crise
humanitaire ? Les Etats peuvent-ils se passer de l’autorisation du CS pour protéger des
populations menacées sur le territoire d’un autre Etat ? Quelles sont les sanctions prévues pour
les Etats et les personnes qui violent le DIH ?
Ces questions sont au centre de notre réflexion. Elles ont donné lieu à un débat qui a souvent
tourné en polémique, mais qui répond à un besoin, à une volonté de changement.
tenter de régler les causes mêmes des conflits. Or une lecture exclusivement
humanitaire aboutit souvent à une simplification caricaturale d’une situation
complexe, ce qui expliquerait l’inefficacité et l’échec des interventions humanitaires.
D’autres, enfin, estiment que seule l’indépendance par rapport aux Etats permet aux
organisations humanitaires de garantir la neutralité et l’impartialité de leur assistance.
La neutralité de la CR ne permet pas une ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat. Cela
signifie – et c’est fondamental – que l’institution n’intervient qu’avec l’accord de l’Etat et
dans le respect de sa souveraineté. En contrepartie de cette attitude, le personnel de la CR,
appartenant à un service de santé de l’armée ou à une société nationale, bénéficie d’une totale
immunité. Il est protégé jusque sur le champ de bataille, tout comme les hôpitaux et les
ambulances. Il est donc naturel que, à cause de l’immunité à laquelle il peut prétendre en vertu
du DIH, ce personnel s’abstienne de toute ingérence directe ou indirecte dans les opérations
de guerre. Dans l’intérêt des victimes, il est considéré comme neutre par l’ennemi. Il a donc
pour obligation de se conduire de manière neutre. La neutralité spécifique de l’institution est
une condition fondamentale pour que son activité humanitaire puisse se déployer dans les
meilleures conditions. En tant qu’intermédiaires spécifiquement neutres placés entre les
parties en conflit, le CICR et ses délégués sur le terrain n’ont qu’un seul but : apporter
assistance sans discrimination. La neutralité du CICR est un comportement nécessaire à
l’accomplissement de sa mission humanitaire et une condition essentielle de son action en
faveur des victimes. Il doit à tout prix s’abstenir de prendre position pour garder la confiance
des parties entre lesquelles il s’interpose, afin d’être en mesure d’atteindre toutes les victimes.
Le principe de neutralité détermine un certain style d’intervention, particulier à la CR. Le
CICR ne prend pas publiquement position, considérant que cela ne servirait qu’à alimenter
des controverses. C’est la raison pour laquelle il ne se constitue pas, par exemple, en
commission d’enquête en cas de violation du DIH. Discrétion et persuasion sont ainsi les mots
clés de la diplomatie du CICR, considérant qu’une condamnation publique n’est pas le
meilleur moyen pour amener les Etats à collaborer avec lui. La neutralité est une attitude
pratique et non philosophique. Elle n’est pas toujours facile à tenir, car elle oblige, d’une
certaine manière, à ne pas s’interroger sur les causes de la guerre. Au travers du principe de
sa neutralité, on a souvent reproché au CICR son goût du secret, des silences coupables qui
pourraient le rendre complice ou correspondraient à une incapacité d’agir.
7
La Guerre menée sans frein appartient à tous les temps. Les belligérants mais aussi les
populations civiles, directement ou indirectement, ont toujours été victimes des conflits :
blessés abandonnés à leur sort, prisonniers maltraités, femmes, enfants, vieillards brutalisés,
pris en otage ou tués. Des tentatives ont néanmoins toujours été faits pour limiter les horreurs
de la guerre. Dans la plupart des conflits, la population vaincue était massacrée ou, dans le
meilleur des cas, réduite en esclavage. Dans certaines situations toutefois, l’attitude des
vainqueurs à l’l’égard des vaincus pouvait être différente : la crainte de représailles, la
nécessité de préserver leur potentiel humain ou encore la prise de conscience du caractère
irrationnel de tels comportements leur ont fait progressivement adopter des normes de
conduite. Même si elles n’étaient pas toujours respectées, elles ont constitué les premiers
jalons des règles de l’humanitaire.
La naissance de ces règles s’est manifestée sous deux formes. Il y a eu tout d’abord des
tentatives pour limiter les effets très nocifs de certaines armes et donc pour réglementer le
déroulement de la guerre. Les victimes ennemies, qu’il s’agisse de blessés ou de prisonniers,
ont ensuite été traitées différemment des combattants : comme des non-combattants. Ajoutons
que le rôle des médecins des armées dans la genèse du mouvement humanitaire a toujours été
primordial, même si la rigueur ou la clémence appliquée aux prisonniers ou blessés ennemis
dépendait, en définitive, de la seule volonté des chefs de guerre. L’assistance aux victimes de
la guerre sous forme de règles interétatiques n’est apparue qu’à la fin du XVIème s.
C’est dans ce contexte que va apparaître une institution essentielle : la Croix-Rouge, qui
a joué et joue encore un rôle déterminant quant au développement et à la mise en œuvre du
DIH. Cette institution apparaît historiquement comme la première à avoir donné corps aux
principes d’humanité définis par les Etats. DIH et CR sont ainsi nés ensembles et demeurent
indissociables, quand bien même d’autres acteurs d’importance sont venus, depuis, assister
cette dernière dans ses missions. C’est au demeurant en remettant en cause les principes
définis par la CR que ces nouveaux protagonistes ont contribué à affirmer, par opposition, le
caractère traditionnel de l’action humanitaire qu’elle continue de privilégier.
Au milieu du 19ème siècle naît par Henry DUNANT et ses amis (Guillaume-Henri
Dufour, Gustave Moynier, Louis Appia, Théodore Maunoir), la Croix Rouge, la volonté de
créer un droit des conflits armés. Les rapports entre la guerre et le droit sont difficiles car ils
entretiennent des logiques très différentes. La CR va naître avec le statut de neutralité : l’idée
de neutralisation de l’aide sanitaire en temps de guerre. Dunant voulait faire prendre
conscience que l’ennemi blessé pouvait être considéré comme un être neutre, qu’on devait
soigner afin de le sauver. Toutes les parties à un conflit devaient respecter cette obligation
face aux blessés ennemis. La Convention de Genève de 1864 introduit donc le principe de
neutralité dans le DIH. Les blessés et le personnel sanitaire sont neutres, ce qui implique que
la CR, elle aussi, soit neutre. Le principe de neutralité est défini, dans les textes de l’institution,
en ces termes : « Afin de garder la confiance de tous, elle s’abstient de prendre part aux
hostilités et, en tout temps, aux controverses d’ordre politique, racial, religieux ou
philosophique ».
Le droit humain émerge de la volonté de réduire autant que faire se peut les horreurs de
la guerre. Il va trouver son origine dans des réunions internationales, diplomatiques et
politiques. Mais, à ce moment - là, il n’y a pas encore de législateur international à cause de
la souveraineté et de l’égalité des Etats. Ceci fait que ceux qui règnent sur un Etat organisent
la vie sur le territoire de leur Etat et que, pour préserver la paix, les autres Etats sont priés de
s’abstenir de toute ingérence dans l’ordre intérieur d’un Etat. Ainsi, dès le début, le DIH a été
créé pour réglementer la conduite des hostilités, humaniser la guerre et non la supprimer.
Même si les termes semblent contradictoires, la démarche de la CR est pragmatique, dans la
mesure où elle considère qu’il y aura toujours des guerres et que ce problème politique doit
être résolu par des instances politiques.
10
Humanité : née du souci de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de
bataille, la CR, sous son aspect international et national, s’efforce de prévenir et d’alléger en
toutes circonstances les souffrances des hommes. Elle favorise la compréhension mutuelle,
l’amitié, la coopération et une paix durable entre tous les peuples.
Neutralité : afin de garder la confiance de tous, elle s’abstient de prendre part aux hostilités,
et, en tout temps, aux controverses d’ordre politique, racial, religieux ou philosophique.
Indépendance : la CR est indépendante. Auxiliaires des pouvoirs publics dans leurs activités
humanitaires et soumises aux lois qui régissent leurs pays respectifs, les sociétés nationales
doivent pourtant conserver une autonomie qui leur permette d’agir toujours selon les principes
de la CR.
Unité : il ne peut y avoir qu’une seule société de la CR dans un même pays. Elle doit être
ouverte à tous et étendre son action humanitaire au territoire entier.
Universalité : la CR est une institution universelle, au sein de laquelle toutes les sociétés ont
des droits égaux et le devoir de s’entraider.
Or, le conflit armé international est une négation de la paix, une menace pour la paix
internationale et, dès lors, la communauté internationale doit s’en occuper. C’est donc à partir
de cette constatation que s’est développée la justification de l’ingérence dans les affaires d’un
Etat. Ceci pose 2 questions :
- Ce qui vaut pour les conflits armés internationaux est-ce que cela vaut aussi pour les
conflits armés internes ? Un conflit armé interne ne menace-t-il pas également la paix
internationale ? Ces conflits sont très nombreux et causent énormément de victimes.
- N’y a-t-il pas des situations (famine, tremblements de terre, etc.) ou des régimes politiques
(dictatures) qui font beaucoup de victimes sans être des conflits armés et dans lesquels il
11
n’y a pas aussi un droit d’ingérence ? On peut prendre ici l’exemple des dictatures en
Amérique latine ou en Afrique.
Le droit humain s’élabore au départ des conventions internationales pour les droits de
l’homme, contre la torture, d’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, pour la
protection des droits des enfants, etc. Malheureusement, la division du monde en 2 camps de
’48 à ’89 a eu pour conséquence que le droit humain a trouvé peu de matière à s’appliquer.
C’est alors le droit international des droits de l’homme qui a pris le relais. Mais, existe-t-il un
droit d’ingérence lors du non-respect des droits de l’homme ?
12
Le DIH que l’on nomme également « droit de la guerre » et, plus récemment, « droit
des conflits armés » - est une branche ancienne du DI. Il a été élaboré au cours des siècles
sous la forme d’accords temporaires entre les parties en conflit, puis, à partir de 1864, au
moyen de conventions internationales. Il s’agit d’un droit applicable dans les conflits armés
qui tend, d’une part, à assurer le respect de la personne humaine, respect compatible avec les
exigences militaires et l’ordre public, et, d’autre part, à atténuer les rigueurs des hostilités. Le
DIH, étant une partie du DI, met en jeu la responsabilité des Etats souverains. Ceux-ci doivent
s’engager à respecter, en cas de conflits armés, un certain nombre d’obligations non seulement
envers les autres Etats en conflit, mais aussi envers leurs ressortissants. Il s’agit donc d’une
limitation volontaire de souveraineté, consentie par chaque Etat dans le cadre d’une
convention internationale ou en vertu de principes coutumiers.
Le D.I., comme le droit des conflits armés, apparaît donc plus comme un droit de
coordination que comme un droit de subordination. L’accord entre Etats est encore le moyen
le plus utilisé pour élaborer des règles et il n’existe pas de législation supranationale, hormis
dans des contextes spécifiques de recherche d’intégration tels que ceux illustrés par l’UE. La
souveraineté de l’Etat exclut l’existence d’un pouvoir législatif, mais aussi celle des
juridictions hiérarchisées au sein du système judiciaire. Ainsi, en cas de violation de ce droit,
les sanctions entre les Etats restent aléatoires. Cela étant, la souveraineté n’est pas un obstacle
à l’exercice de fonctions juridictionnelles dans l’ordre international. De plus, tout en
demeurant décentralisée, la société internationale comprend des éléments d’organisation. Le
DIH s’inscrit dans cette perspective.
Les spécificités du DIH : Le DIH est un droit spécifique, notamment parce qu’il repose
sur de nombreuses conventions et sur une pratique abondante, les conflits armés
13
contemporains demeurant aussi nombreux que par le passé. Le droit des conflits armés essaie
d’atténuer les effets de la guerre : il régit la manière dont les hommes combattent et les
contraint à secourir civils et blessés. Il impose tout d’abord des limites à la manière admise de
faire la guerre. Le DIH est un droit qui s’inspire du sentiment d’humanité et qui est sur la
protection de la personne en cas de guerre. Aussi est-ce pour cette raison que l’on parle
désormais plus de « DIH » que de « droit de la guerre ». A l’origine, ce droit préfigure le
système normatif qui sera développé par la suite dans le cadre de la protection internationale
des droits de l’homme. Le DIH a donc mis l’accent sur l’importance de la personne humaine
avant l’essor des droits de l’homme.
DIH et droit international des droits de l’homme : Le DIH et le DIDH sont deux
constructions juridiques qui, sous des apparences de similitude ou de complémentarité,
appartiennent à deux ordres différents. L’internationalisation des droits de l’homme est en
effet un problème récent. C’est à l’issue de la seconde Guerre mondiale, à travers la prise de
conscience par les gouvernements et l’opinion publique des crimes de guerre, dont les procès
de Nuremberg et de Tokyo sont le symbole, que s’affirme une volonté d’organiser les relations
internationales selon des principes de droit et d’humanité, en les incorporant dans le droit
international. Jusqu’alors l’individu occupait peu de place dans le droit international et la
question des droits de l’homme était uniquement considérée comme une affaire intérieure. A
l’issue de la 1ére guerre mondiale, des tentatives ont été faites pour protéger certaines
catégories d’individus. En raison des bouleversements territoriaux effectués au nom du
principe des nationalités, le sort des populations minoritaires est pris en considération par le
biais de mécanismes de protection internationale, placés sous l’autorité de la Société des
nations (SDN). De même, une protection internationale des travailleurs est instituée avec la
création de l’OIT.
au DIH, s’appliquent essentiellement en temps de paix. Leur objectif porte sur la volonté
d’améliorer la situation de chaque individu au sein de l’Etat et de la société, par l’expression
de ses droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.
Les deux systèmes de droit comprennent toutefois quelques similitudes. Tout d’abord,
la personne humaine et ses droits sont au centre de leurs préoccupations. De plus, ils ont en
commun certains principes : principe d’inviolabilité, de non-discrimination et de sûreté. Ces
points de concordance peuvent être mis en évidence au moyen de deux exemples : la clause
de Martens et l’analyse et l’analyse des statuts des principales juridictions pénales
internationales.
Il est cependant nécessaire de ne pas opérer une confusion totale de ces deux systèmes
de droit. On peut souligner que les règles qui régissent la violence des hommes relèvent de
deux catégories : celles, spécifiques, qui s’appliquent en cas de conflits armés et celles
15
relatives aux droits de l’homme, qui ont pour finalité d’assurer la sûreté, la liberté et
l’épanouissement de tout individu en général. Ces deux groupes de normes ont un
dénominateur commun : la protection de l’individu. Mais, pour éviter toute dérive, il est
fondamental de noter que leurs champs et leurs mécanismes d’application, mais également
leurs contextes de protection restent bien distincts, voire très différents.
Les crimes de droit humanitaire sont des infractions qui portent atteinte à des règles de
droit international. Ils ont la particularité que la poursuite des auteurs peut relever en tout ou
en partie de juridictions internationales.
Ces crimes ont un caractère grave et font partie de l’histoire récente de l’humanité (ex :
guerre civile sur le territoire de la Yougoslavie entre ’91 et ’95, guerre civile au Rwanda à
partir de ’94). A côté de cette actualité, on a des efforts qui sont entrepris par la communauté
internationale et certains pays pour donner une réponse à ces crimes selon des modalités
juridiques de droit pénal.
16
b. Contenu :
Dès un demi-siècle plus tard, en 1993, dans le statut du Tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie, on retrouve à l’art. 5 le crime contre l’humanité : crime dirigé contre la
population civile quelle qu’elle soit et en référence au lien avec le conflit armé international
et national. 1 an après, en 1994, dans le statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda,
on lit à l’art. 3 que le crime contre l’humanité est une attaque généralisée et systématique
contre une population civile quelle qu’elle soit en raison de son appartenance nationale,
politique, ethnique ou religieuse. On ne parle donc plus de conflit armé. La notion de crime
contre l’humanité est devenue autonome.
Dans le statut de la Cour pénale internationale (cour permanente) qui a été adopté en
1998, à l’art. 7, on retrouve la définition du crime contre l’humanité. Cette fois-ci, l’attaque
ne doit pas réunir les conditions de son caractère général et de son caractère systématique. Il
suffit que l’attaque dirigée contre une population civile soit ou générale (ampleur) ou
systématique (attaque de certains individus en raison de leur appartenance). Il y a également
une extension des modus operandi.
c. Statut :
Le crime contre l’humanité est autonome. Il peut être commis lors d’un conflit armé ou non.
2. Le génocide :
(Convention des Nations Unies du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du
crime de génocide)
Le crime de génocide va trouver son origine dans la Convention des Nations Unies de
’48 qui va l’ériger en infraction et va faire appel à la communauté des Etats pour le prévenir
et le réprimer. L’art. 1 de cette Convention dit que le crime de génocide peut avoir lieu en
temps de guerre ou en temps de paix. Son art. 2 énumère les crimes qui seront des crimes de
génocides.
Ce qui caractérise le crime de génocide, c’est l’un des actes repris à l’art. 2 commis dans
l’intention (dol spécial) de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou
religieux comme tel. Le groupe politique n’est pas prévu car l’Union Soviétique s’y est
opposée.
18
3. La torture :
(Convention des Nations Unies du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants, Convention européenne pour la prévention
de la torture faite à Strasbourg le 26 novembre 1987 et le Comité européen pour la
prévention de la torture (Conseil de l’Europe), Convention internationale sur les droits de
l’enfant du 20 novembre 1989)
Dans la Convention des Nations Unies du 10 décembre 1984 contre la torture, on définit
le mot « torture » par tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou
mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d'obtenir d'elle
ou d'une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d'un acte qu'elle ou une
tierce personne a commis ou est soupçonnée d'avoir commis, de l'intimider ou de faire
pression sur elle ou d'intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre
motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu'elle soit, lorsqu'une telle douleur ou de
telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne
agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite.
La torture accomplie par des individus privés engage tout de même la responsabilité de
l’Etat si cet Etat ne fait rien de sérieux pour la prévenir, pour la rechercher et pour en
poursuivre les auteurs.
4. Crime de guerre
Les violations des règles du jus in bello applicables dans les conflits armés
internationaux. Définis dans le statut du TMI de Nuremberg, ils n’ont pas été consacrés
comme tels par les conventions de Genève, qui ne connaissent pas l’expression « crimes de
19
guerre », mais celles d’infractions graves commises contre des personnes ou des biens. Et ce,
conformément à ce qu’avait initié le TPIY en 1997, en affirmant, dans l’affaire Tadic, que la
notion de crime de guerre en droit international coutumier devait être entendue comme
recouvrant les infractions graves au DIH commises pendant un conflit armé, qu’il soit
international ou non international. Sont ainsi désormais incluses dans la catégorie des crimes
de guerre non seulement les infractions graves aux conventions de Genève, mais également
les violations graves de l’article 3 commun à ces quatre conventions et les « autres violations
graves de lois et coutumes applicables aux conflits armés ne présentant pas un caractère
international » (art. 8,§2,c et e du statut de la CPI).
1. Généralités :
a. Le droit à la guerre (cette dernière étant la négation du droit) :
Le droit et la guerre ne s’excluent-ils pas dans une certaine mesure ? Cette question a
été discutée lors de réunions depuis les 15 et 16ème siècles. La réflexion portait alors sur ce
que l’on appelait à l’époque la « guerre juste ». Certaines personnes estiment que la guerre
exclut tout raisonnement juridique mais ce n’est pas l’état actuel du droit international qui
consiste à tracer des limites quelles que soient les circonstances
On distingue le droit à faire la guerre (jus ad bellum) et le droit dans la guerre, une fois
que la guerre existe (jus in bello).
Le DROIT DANS LA GUERRE est le droit qui prend acte d’un phénomène incroyable
qui cause des souffrances incommensurables, la guerre, et qui tente petit à petit à limiter ses
horreurs. Ici, c’est le cortège des Conventions internationales (cf. plus loin), de la doctrine du
droit humanitaire qui entend mettre hors la loi certains actes, certaines techniques, certaines
armes de guerre.
Les conventions à ce sujet sont nombreuses et relativement bien ratifiées (ex : les 4
conventions de Genève sont ratifiées par presque tous les Etats du monde). A côté de cela,
nous faisons l’expérience de nombreux conflits armés dans lesquels ces règles ne sont pas
respectées.
Mais, il ne faut pas se décourager car les efforts doivent être soutenus et car si une
personne a été traitée correctement dans un conflit armé, c’est déjà un bien incommensurable
pour cette personne. Ceci nous encourage à multiplier les efforts pour espérer que le recours
à la force armée se passe moins souvent et dans des conditions où les droits humains sont
respectés.
b. Le champ d’application :
La condition de CONFLIT ARME s’oppose à des situations de troubles intérieurs,
d’émeutes, d’incidents sporadiques, etc. Un conflit armé, c’est la guerre, un affrontement entre
2 ou plusieurs armées. Aujourd’hui, il n’y a plus de déclaration de guerre pour signifier
clairement ce conflit.
Pour qu’il y ait un conflit armé, il faut qu’il y ait un affrontement entre des groupes
armés. Mais, quand il s’agit d’actes plus isolés, d’actes de guérilla, c’est plus difficile. En
principe, il doit s’agir d’un conflit armé international. Le droit humain commence seulement
à se développer en cas de conflits internes. En effet, les guerres civiles sont aussi meurtrières
et la protection des droits humains fondamentaux progresse lentement mais sûrement.
Il faut distinguer ici, du côté des victimes, ou le droit de Genève : le droit de Genève
développe la façon dont les victimes des conflits armés doivent être traitées par l’adversaire
et se préoccupe ainsi principalement des non-combattants, qu’ils aient cessé de combattre ou
n’aient jamais combattu (les blessés, malades, naufragés, prisonniers de guerre, population
civile) ; du côté du combattant, ou le droit de la Haye : La Haye tente, lui, de limiter la conduite
des opérations militaires.
Pour combattre, il faut pouvoir prouver son appartenance aux forces armées. Seul le
statut reconnu de combattant donne la possibilité de bénéficier des protections du DIH en tant
que prisonnier de guerre. A cause des controverses sur ce terme de combattant, le règlement
21
annexé à la 4ème convention de la Haye de 1907 définit quatre conditions pour que les membres
des milices ou des corps de volontaires soient considérés comme combattants :
- Avoir un chef responsable de ses subordonnés ;
- Etre munis d’un signe fixe et reconnaissable à distance ;
- Porter les armes ouvertement ;
- Observer les lois et coutumes de la guerre.
Après la deuxième guerre mondiale, lors de la conférence de 1949, on a admis les trois
point suivants : le statut de combattant est reconnu aux membres des « mouvements de
résistance organisés » ; ce même statut s’applique aux personnes qui se réclament d’un
gouvernement ou c’une autorité non reconnue par la puissance détentrice ; enfin est consacrée
l’existence d’une présomption en faveur du statut du prisonnier de guerre. Le devoir de se
distinguer de la population civile reste fondamentale, même si à certaines circonstances il est
difficile l’application. Les mercenaires – dont le recrutement, l’utilisation, le financement et
l’instruction sont prohibés par une convention internationale du 4 décembre 1989 – n’ont pas
le droit au statut de combattant. Ils bénéficient seulement des règles fondamentales protégeant
toute personne affectée par le conflit armé. Le mercenaire n’est pas un ressortissant d’une
partie en conflit et, surtout, il reçoit une rémunération.
Les conflits de guerre de sécession sont également des conflits de guerre internationaux
pour autant que la communauté internationale reconnaisse l’indépendance demandée par une
des 2 parties.
s’appliquent aux organisations comme la Croix rouge. On ne peut pas, par exemple, empêcher
que les blessés et malades soient recueillis et soignés.
Par rapport au droit des CONFLITS ARMES INTERNES : les conflits internes sont des
affrontements armés qui se déroulent dans les limites du territoire d’un seul Etat et où les
combats opposent le gouvernement et les insurgés armés. Ceux-ci se battent pour prendre le
pouvoir ou dans le dessein de faire sécession afin de fonder leur propre Etat. il y a plusieurs
textes à retenir dont principalement le Protocole n°2 additionnel aux Conventions de Genève
qui donne son champ d’application à l’art. 1. Il est très clair : il ne s’applique pas à tous les
conflits armés internes. Il s’applique uniquement aux conflits armés internes qui opposent les
troupes gouvernementales d’un Etat à des forces armées dissidentes ou des groupes armés
organisés qui, sous la conduite d’un commandement responsable, exercent sur une partie de
son territoire un contrôle tel qu’il leur permette de mener des opérations militaires continues
et concertées. Il n’est pas certain que la guerre de guérilla soit compatible avec cette définition.
Problématique : Le principe d’interdiction du recours à la force, en effet, tel qu’il est posé
par la Charte des NU, ne s’applique pas à l’intérieur du territoire d’un Etat, mais uniquement
dans le cadre des relations entre les Etats. Plus largement, le D.I ne contient aucune disposition
portant sur l’interdiction du recours à la force au plan interne. Il n’existe dès lors pas de
possibilité permettant de limiter le droit des Etats d’employer la force lors d’affrontements sur
leur territoire national. Le DIH pose néanmoins des limites dans le choix de moyens utilisés
par les Etats. Des tentatives ont ainsi été faites pour essayer de développer des règles qui les
auraient davantage contraints dans leur liberté d’action lors de conflits internes.
Situation actuelle : disons qu’une meilleure protection humanitaire des individus impliqués
dans ce genre de conflits, de plus en plus fréquents et violents, milite pour l’édification d’une
branche de DIH unique qui s’appliquerait à tous les types de crises. Bien qu’encore non
consacré par le droit positif, cette branche semble cependant en voie d’élaboration, sous la
double influence de la pratique internationale et de la jurisprudence des juridictions pénales
internationales. L’étude sur le droit international humanitaire coutumier récemment conduite
par le CICR a bien montré que la plupart des règles coutumières définies au regard des
objectifs et principes fondamentaux du DIH étaient applicables tant aux conflits armés
internationaux qu’aux ceux d’ordre interne, rendant la distinction de facto quasi inopérante.
23
Le droit concerne des limites qui sont apportées à la manière dont celui qui commence
la guerre doit se comporter.
24
Exemples : des localités non-défendues, des lieux de culte, des établissements et unités
sanitaires fixes ou mobiles, etc. Pour l’Etat attaqué, le fait de transformer un de ces lieux en
une cible miliaire, d’utiliser la population civile comme bouclier est un crime de guerre. L’Etat
attaquant sera alors autorisé à prendre ces lieux comme cible militaire.
Armes interdites en raison de leurs effets : il s’agit d’armes qui causent des maux inutiles ou
superflus (limitation du recours à la force armée). On ne peut pas aller au-delà de ce qui est
nécessaire. Cette disposition est attribuée à MARTENS, le négociateur du tsar russe.
Il s’agit également d’armes qui ont un effet indiscriminé, c’est-à-dire qui causent des
dommages aussi bien aux populations civiles qu’aux combattants. On pourrait placer ici
l’arme nucléaire, par exemple (voir plus loin).
Armes interdites nommément désignées : ceci concerne des munitions trop légères pour être
détectées, les gaz inflammables, les mines sous-marines, les lance-flammes, les armes
bactériologiques, etc.
Il n’existe aucun traité international de droit des conflits armés qui traite expressément des
armes nucléaires. Ceci est dû au fait que les quelques puissances nucléaires menacent de
quitter les conférences diplomatiques si on en parle ou continue à en parler. Mais, quand on
examine les réglementations ci-dessus et les effets des armes nucléaires, on pourrait conclure
qu’elles sont interdites. Il faut alors préciser que les préparations des conventions
internationales excluent expressément les armes nucléaires.
25
Les Nations Unies ont posé la question par rapport à cette ambiguïté à la Cour internationale
de justice de La Haye. Cette dernière dispose en effet d’une compétence d’avis à l’initiative
du Conseil des Nations Unies. La question à laquelle elle a dû répondre était libellée en 2
temps :
- Est-ce que l’usage des armes nucléaires est contraire au droit international ?
- Est-ce que la menace de l’usage des armes nucléaires est contraire au droit international ?
▪ La perfidie (ex : porter l’uniforme de l’ennemi et, grâce à cela, l’attaquer par surprise,
utiliser des ambulances ou des véhicules de la Croix rouge pour transporter des hommes
armés).
▪ Le refus de quartier : ne pas tenir compte d’une proposition de se rendre faite par l’ennemi
et continuer alors le combat.
▪ L’enrôlement forcé des ressortissants de l’Etat, de la partie adverse (ex : enrôlement d’une
population civile ou des soldats d’un territoire envahi).
▪ La destruction sans nécessité militaire.
▪ Les actes ou menaces dont l’objet est de répandre la terreur parmi la population civile (ex :
bombardement massif d’une ville).
▪ L’attaque indiscriminée, c’est-à-dire dont l’objectif est indéterminé (ex : viser toute une
zone pour atteindre un véhicule militaire).
▪ Les représailles armées, c’est-à-dire les contre-mesures prises à la suite d’une action de
l’adversaire. Il ne s’agit pas de toutes les contre-mesures, seulement celles qui concernent
les non-combattants (ex : mise à feu d’un village après une embuscade par des
26
combattants) et celles qui sont hors de proportion (ex : destruction sans nécessité
militaire).
Les obligations de l’Etat, de l’armée attaquée sont les mêmes que celles pour l’autre
partie. Il n’y a aucune excuse.
3. Les règles relatives au traitement des personnes au pouvoir de l’ennemi (droit dit de
Genève) :
Rappel : on fait une distinction entre le droit relatif aux hostilités, le droit des combattants (le
droit de La Haye) et le droit des personnes qui sont au pouvoir de l’ennemi comme les
militaires blessés, la population civile, etc. (le droit de Genève). Ce dernier entend limiter les
horreurs de la guerre sans se préoccuper de la question de savoir si le recours au conflit armé
est ou non conforme au droit international. Au fur et à mesure que le droit des conflits armés
évolue, se développe, il rend les conflits armés de plus en plus difficiles à mener.
Presque tous les pays au monde ont signé les différentes conventions et traités mais,
dans la réalité, les parties au conflit respectent mal, très mal le droit des conflits armés qu’ils
se sont engagés à respecter.
1) Le COMBATTANT qui lutte contre l’ennemi dans le respect des prescriptions du droit des
conflits armés ne commet pas une infraction pénale :
(art. 43 à 47 du Protocole additionnel I aux quatre Conventions de Genève).
Il s’agit alors de voir quel est le statut d’un combattant qui n’est plus en état de
combattre. Ce combattant doit être soigné, correctement traité et gardé en tant que prisonnier
de guerre. La fin des hostilités entraîne la libération et le rapatriement des prisonniers de
guerre (et des internés civils), leur détention n’étant pas assurée par un acte pénal.
La réglementation ci-dessus ne s’applique qu’aux personnes qui ont le statut de
combattant. Le Protocole I additionnel définit ce qu’il faut entendre par « combattant » : un
membre d’une force armée d’un Etat, d’un groupe armé placé sous une autorité responsable.
Le combattant porte des armes et l’uniforme de la force armée dont il fait partie. Seul le
personnel d’aide sanitaire et le personnel religieux d’une force armée ne peuvent pas participer
directement aux hostilités.
2 catégories de personnes sont exclues du statut de combattant : les espions et les
mercenaires. Les espions se rendent coupable d’infractions dans les codes pénaux des
différents Etats. Beaucoup d’Etats prévoient qu’en temps de guerre, l’espionnage pour
l’ennemi est punissable de la peine de mort. Le statut d’espion est donc extrêmement
vulnérable. Les membres des forces armées qui pratiquent l’espionnage n’ont également pas
droit au statut de prisonnier de guerre et peuvent être traités en espions, sauf s’ils sont revêtus
de l’uniforme de la force armée dont ils font partie.
Un mercenaire n’a pas droit non plus au statut de combattant ou de prisonnier de guerre.
Il peut donc être jugé comme étant l’auteur d’un crime dont il s’est rendu coupable (prendre
part à un combat). La définition du mercenaire est la suivante : toute personne qui a été
recrutée dans un Etat étranger pour prendre part à un combat, qui est rémunéré de manière
sensiblement plus importante qu’un combattant d’un grade équivalent et qui n’est pas envoyé
par un Etat en tant que membre de sa force armée. Le statut du mercenaire est donc tout à fait
défavorable.
L’Etat occupant ne pourra pas recruter des civils parmi la population de territoires
occupés pour rejoindre sa force armée, par exemple.
Exemples :
• Les 4 Conventions de Genève ont été ratifiées par 190 Etats dans le monde, c’est-à-dire
qu’il n’y a que 2 Etats qui ne les ont pas ratifiées. La quasi-totalité des Etats dans le monde
s’est donc liée juridiquement à, entre autre, respecter le droit des conflits armés. Mais, ce
droit est généralement très mal appliqué et respecté.
• Les Protocoles additionnels I et II aux 4 Conventions de Genève ont un peu moins de
succès : environ 160 Etats ont signé le premier protocole et 150 Etats le deuxième. Ces
chiffres sont tout de même encourageants et ils augmentent d’année en année.
• Par contre, le traité pour le statut de la Cour pénale internationale n’a pas encore été signé
par la moitié des Etats dans le monde.
En temps de guerre, les conseillers juridiques conseilleront les autorités militaires quant
à l’application des Conventions et, en temps de paix, ils les conseilleront quant à la manière
d’enseigner la matière.
30
• Caractère unilatéral :
Le droit humanitaire doit être respecté quel que soit le comportement de l’ennemi,
indépendamment de la question de savoir si l’ennemi respecte cette obligation et
indépendamment de la question de savoir si l’ennemi est y lié juridiquement. Cette règle est
sévère et apparaît comme une naïveté qui se paye cher. Elle est tout de même nécessaire pour
le respect du droit des conflits armés. S’il n’y avait pas cette obligation, le droit humanitaire
perdrait sa force juridique.
• Caractère indérogeable :
(art. 15 de la Convention européenne des droits de l’homme et art. 51 de la Convention de
Genève relative aux blessés et aux malades dans les forces armées en campagne)
Il n’y a pas d’exception même dans une situation désespérée, qui autorise de ne pas respecter
le droit humanitaire. La Convention européenne des droits de l’homme est très claire sur ce
point. Si un Etat se trouve dans une situation de menaces graves, il peut tout de même ne pas
respecter la Convention si plusieurs conditions sont remplies.
Les Etats doivent adopter des mesures internes d’application lorsqu’il s’agit d’ériger des
sanctions pénales applicables à des personnes qui ont commis des infractions graves aux
Conventions. Il y a donc une obligation de traduire toutes les dispositions des conventions
internationales dans la législation nationale. On donne alors à ces infractions un statut spécial
par rapport aux infractions définies originellement dans le droit national (ex : interdiction de
tuer).
Est-ce que l’obligation de faire respecter le droit humanitaire international empêche les Etats
de rester passifs en cas de violation manifeste de ce droit ? KOUCHNER a reformulé cette
question par : « Est-ce que cette obligation implique un droit d’ingérence humanitaire ? » A
l’inverse, peut-on justifier le recours à la force armée par une bonne raison ?
L’aide apportée peut être de différents types : aliments (eau potable, nourriture), hébergement
(tentes, baraquements,…), soins de santé (médicaments, personnel hospitalier, hôpitaux de
campagne,…), etc.
Le C.I.C.R. est une société de droit privé suisse dont les membres, ou tout du moins la
majorité d’entre eux, ont la nationalité suisse. Comment se fait-il qu’une société privée suisse
puisse exercer de telles missions ? Ceci a 2 raisons :
• La fédération helvétique a conclu un accord de siège avec le C.I.C.R. Ceci signifie que la
Suisse consent à certains privilèges et à certaines immunités à l’égard du C.I.C.R. Ce
dernier devient alors une sorte d’organisation internationale.
• Les conventions internationales parlent expressément du C.I.C.R. et l’autorisent à avoir
un rôle d’intermédiaire, de pacificateur pour veiller au respect du droit international
humanitaire.
Attention : ceci ne veut pas dire que le C.I.C.R. aurait le même statut que les Nations
Unies ! Son personnel ne bénéficie pas des différentes réglementations et a donc une
position moins confortable. Le C.I.C.R. doit négocier le statut de ses délégués lors de
chaque conflit. Les accords seront donc signés en fonction des dispositions particulières
de chaque conflit.
Le C.I.C.R. est respecté par les belligérants grâce à 2 caractéristiques de son action : la
neutralité et la discrétion. Le C.I.C.R. est en effet ni pour l’un, ni pour l’autre et, malgré les
infractions au droit humanitaire international, il va continuer sa mission. Il ne prend donc pas
partie dans le cadre d’un conflit armé.
Le principe de discrétion est le fait que, si le C.I.C.R. constate des violations aux
Conventions de Genève et aux Protocoles additionnels dans des camps de prisonniers de
guerre, par exemple, il va faire part de cette constatation au responsable du camp et à son
33
supérieur politique. Par ce mode d’intervention, le C.I.C.R. estime atteindre de bons résultats.
Cela lui permet également continuer à observer sur le terrain.
Il arrive bien évidemment que le C.I.C.R. doive constater des violations du droit
humanitaire des conflits armés et que ses demandes n’aboutissent pas. Il va alors faire appel
à la communauté internationale, aux Nations Unies, entre autre, pour dénoncer ces faits sans
désigner de responsables. Dans d’autres cas, il va s’adresser à l’opinion publique de l’Etat qui
commet les infractions afin que celle-ci se mobilise pour faire améliorer la situation.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies peut mettre sur pied un Tribunal pénal
international et créer une COMMISSION D’EXPERTS INDEPENDANTS pour enquêter sur
la réalité de la violation massive des droits de l’homme. Les observations de cette dernière
seront extrêmement précises : lieu, date et auteurs des actes. Le Conseil de sécurité pourra
également envoyer des Casques bleus et/ou prendre des mesures qui s’imposent (art. 40 du
chap. 7 de la Charte des Nations Unies).
Les casques bleus jouent un rôle considérable en s’interposant entre les belligérants, en
les observant, voire même en ripostant s’ils attaquent la population civile. Ils peuvent
également jouer un rôle dans les enquêtes à la suite des conflits pour établir les faits en cas de
violations du droit des conflits armés. Il ne faut pas oublier que, bien souvent, les Tribunaux
pénaux internationaux doivent être aidés pour faire les investigations requises. Les enquêteurs
des Nations Unies doivent, par exemple, être protégés et escortés par des militaires pour
effectuer leurs tâches.
35
S’il y a bien quelques raisons d’espérer en l’humanité, c’est sans doute dans la solidarité
internationale qui s’exprime à l’occasion de grandes catastrophes naturelles que l’on peut les
trouver. Les ravages dus au tsunami de décembre 2004 dans le Sud-Est asiatique ou les grands
incendies déclarés en Grèce durant l’été 2007 ont ainsi montré que la coopération
intergouvernementale pouvait très rapidement s’organiser pour assister des Etats victimes de
phénomènes exceptionnels. L’action intergouvernementale humanitaire, qui associe en
général humanitaire d’Etat et humanitaire privé, ne pose pas, ici, de véritable problème :
L’Etat sinistré l’a toujours appelée de ses vœux, il la sait indispensable, désintéressée,
temporaire et sans réel danger pour sa souveraineté. Il en va autrement dans l’hypothèse d’une
intervention destinée à améliorer le sort de populations civiles malmenées par un conflit
d’ordre interne, y compris lorsque celui-ci implique une possible extension internationale.
L’Etat affecté, suivi en cela par la plupart des belligérants, va alors en général s’opposer à
toute action intergouvernementale, au nom de sa souveraineté et par crainte que cette
intervention n’en vienne à favoriser l’une des parties au conflit. Et si ce ne sont pas les
autorités gouvernementales qui font obstacle, ce sont alors les autres parties qui pourront
menacer l’action humanitaire, conduisant là encore la communauté internationale à
s’interroger sur l’opportunité d’une opération d’imposition de la paix, subsidiairement
destinée à permettre le travail de l’humanitaire privé.
Le droit d’ingérence humanitaire prend ses racines dans l’idéologie des droits de
l’homme. Plus précisément, le fondement du concept d’assistance humanitaire est le droit à la
vie, énoncé par l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’article 6 du
pacte des droits civils et politiques et l’article 12 du pacte des droits économiques et sociaux.
Il s’agit là d’un droit élémentaire, dont la reconnaissance devrait conduire les Etats à accepter
des obligations et impliquer des possibilités de contrôle. L’article 2 de la Charte des NU pose
cependant, en son §4, le principe de non-intervention : « les membres de l’Organisation
s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la
force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute
autre manière incompatible avec les buts des NU ». Et, en son §7, celui de non-ingérence dans
les affaires intérieures d’un Etat, tant de la part des autres Etats que de l’Organisation elle-
même : « Aucune disposition de la présente charte n’autorise les NU à intervenir dans les
affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat, ni n’oblige les
membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la
présente Charte. Toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des mesures de
coercition prévues au chap. VII ».
On notera également que, depuis un certain temps déjà, nombre de résolutions des NU
ont permis un assouplissement de l’interprétation de l’art. 2 §7 de la Charte, qu’il se soit agi
37
de violations des droits de l’homme liées à des situations à même de menacer la paix et la
sécurité internationales. Il semble ainsi que le respect des droits fondamentaux, dans certaines
conditions, ne saurait relever exclusivement de la compétence nationale. Ce qui prévaudrait,
en définitive, ce serait la protection des individus et la possibilité d’un droit de regard pour la
communauté internationale. Cela ne signifie pas que l’Etat national n’est plus l’élément de
base de l’ordre international, mais qu’il peut sans doute moins facilement s’abriter derrière sa
souveraineté pour refuser toute explication quant à la situation de ses ressortissants. Notons
en passant que l’humanitaire n’est jamais neutre véritablement et la morale en peut ignorer le
politique. L’humanitaire doit au contraire l’évaluer et se donner les moyens de gérer les effets
politiques qu’il produit. Mais où finit l’humanitaire ? Où commence le politique ? ces deux
aspects sont difficilement dissociables.
Trop controversée pour pouvoir espérer être intégrée en droit positif, l’expression
« droit d’ingérence humanitaire » a progressivement laissé place à un nouveau concept, celui
de la « responsabilité de protéger », développé dans un rapport rendu public en décembre 2001
par la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des Etats (CIISE),
composée de douze membres, coprésidée par Mahommed Sahnoun et Gareth Evans, et
installée à l’initiative du gouvernement du Canada et d’un groupe de grandes fondations.
D’emblée placée par ses promoteurs sous les auspices des NU, la Commission a réussi à
inverser la proposition quant à l’ingérence humanitaire, en développant la notion de
responsabilité de protéger d’une façon qui ne pouvait que satisfaire les NU, alors en recherche
de nouvelles règles de comportement de la communauté internationale, garantissant tout à la
fois une réaction aux graves violations des droits de l’homme et du DIH, et le respect de la
souveraineté des Etats.
conséquences d’une guerre civile, d’une insurrection, de la répression exercée par l’Etat ou de
l’échec de ses politiques, et lorsque l’Etat en question n’est pas disposé ou apte à mettre un
terme à ces souffrances ou à les éviter, la responsabilité internationale de protéger prend le
pas sur le principe de non-intervention ».
1. Principes fondamentaux
A. La souveraineté des Etats implique une responsabilité, et c’est à l’Etat lui-même
qu’incombe, au premier chef, la responsabilité de protéger son peuple.
B. Quand une population souffre gravement des conséquences d’une guerre civile, d’une
insurrection, de la répression exercée par l’Etat ou de l’échec de ses politiques, et
lorsque l’Etat en question n’est pas disposé ou apte à mettre un terme à ces souffrances
ou à les éviter, la responsabilité internationale de protéger prend le pas sur le principe
de non-intervention.
39
2. Fondements
Les fondements de la responsabilité de protéger en tant que principe directeur pour la
communauté internationale des Etats reposent sur :
3. Eléments
La responsabilité de protéger comprend trois obligations particulières :
4. Priorités
A. La prévention est la principale dimension de la responsabilité de protéger : il faut
toujours épuiser toutes les possibilités de prévention avant d’envisager une
intervention, et il faut lui consacrer plus de détermination et de ressources.
40
B. Lorsque l’on doit assumer les responsabilités de prévenir et de réagir, il faut toujours
envisager les mesures les moins intrusives et les moins contraignantes avant de passer
à des interventions plus contraignantes et intrusives.
Mais, si le CS est sans aucun doute en droit de s’ »ingérer » ainsi dans les affaires
intérieures de certains de ses membres, notamment en cas d’inaction de ce dernier organe ?
Sur le plan du droit, la réponse ne peut être que négative, récusant ainsi l’existence d’un
prétendu « droit d’ingérence humanitaire » reconnu à tous les Etats. Raisonner ainsi ne veut
pas dire qu’il faille toujours se résoudre à s’en tenir au droit. Si, sur le terrain de la licéité,
toute intervention unilatérale d’un Etat membre ne peut que se révéler inacceptable, sur celui
de la légitimité en revanche, certaines interventions peuvent apparaître justifiées. Il est en effet
incontestablement des situations où la communauté internationale devrait pouvoir décider
d’aller au-delà du droit positif. S’en tenir à un strict raisonnement contraire reviendrait en effet
à heurter la logique même du DIH.
A défaut de disposer de moyens militaires mis à sa disposition par les Etats membres
conformément aux dispositions initiales de la Charte (art.43ss), le CS des NU a été amené à
plusieurs reprises à autoriser certains d’entre eux à user de tous les moyens nécessaires – y
compris donc la forcée armée – afin de mettre fin à des situations menaçant la paix et la
sécurité internationales. Nombre de ces situations ont été qualifiées comme telles en ce
qu’elles étaient constitutives de graves violations des droits de l’homme et du DIH.
41
En réalité, l’examen de la pratique même du CS, ainsi que celui du droit lui étant
applicable ne permettent pas d’être aussi affirmatif. Lors de l’intervention pour libérer le
Koweït de l’invasion irakienne, la problématique de l’ingérence humanitaire n’est ainsi
apparue que de façon incidente, à propos de la mise en place par les forces alliées de zones de
sécurité au Kurdistan irakien, suite à la résolution 688 (1991). La crise somalienne
(S/RES/794, 1992) fut de nouveau l’occasion d’affirmer la véritable consécration d’un droit
d’ingérence humanitaire. Certes, l’Etat somalien ne donna pas son accord et cette intervention
se fit contre la volonté des principaux protagonistes de la guerre civile ravageant ce pays.
Peut-on néanmoins réellement parler d’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat alors
que cet Etat n’existait plus, faute d’un gouvernement effectif exerçant véritablement le
pouvoir dans cette situation chaotique de lutte de clans ? L’opération au Rwanda
(S/RES/929/,1994) s’analyse comme une ingérence autrement plus probante car, si les
autorités légales n’avaient pas formellement rejeté cette intervention, les autorités de fait – les
instances dirigeantes du Front patriotique rwandais, bien plus représentatives en juin 1994 –
avaient-elles, clairement fait connaître leur opposition à une action de la France, même sous
habilitation de l’ONU. La pression des USA a sans doute été ici déterminante, de la même
façon que l’influence de la Chine a elle aussi été essentielle, après plus d’un an de refus
successifs, la création et l’envoi au Darfour d’une mission de maintien de la paix des NU,
déployée conjointement avec l’Union africaine (UNAMID – S/RES/1769, 2007).
Dans la plupart des hypothèses où il a été entendu imposer la paix, le CS n’a donc
qu’exceptionnellement décidé de passer outre l’accord de l’Etat territorialement compétent,
se limitant en général à contrer la volonté de quelques-uns seulement des principaux acteurs
de chaque conflit. Peut-on alors soutenir que cet organe s’est alors ingéré dans les affaires
intérieures d’Etats membres pour des considérations d’ordre principalement ou
subsidiairement humanitaire ?
Sur le plan juridique, la polémique sur ces ingérences humanitaires autorisées par le CS
représente un faux débat. L’article 2,§7, qui interdit de façon générale aux organes des NU
d’ »intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un
Etat », précise en effet in fine que « ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des
mesures de coercition prévues au chap. VII ». Là est la claire exception à la règle générale.
En d’autres termes, cette précision signifie que, lorsque le CS estime qu’une situation
constitue une menace contre la paix conformément à l’article 39 et décide en conséquence
42
d’agir au titre du chapitre VII, il importe peu que cette situation relève normalement de la
compétence exclusive de l’Etat concerné.
La seule contestation possible tient alors dans la possibilité d’estimer que le CS analyse
d’une façon de plus en plus extensive – et donc peut-être abusive – cette notion de menace
contre la paix, seule à même de lui permettre d’intervenir au sein d’une crise interne. De telle
sorte que reprocher au CS de comprendre de façon trop souple la notion de menace contre la
paix ou de l’appliquer à des situations qui n’en sont pas revient à se cantonner à une critique
d’ordre politique car, du point juridique, ses décisions en ce domaine sont incontestables. Il
n’en va cependant pas de même s’agissant des Etats membres lorsqu’ils décident de passer
outre l’absence d’autorisation de cet organe.
Conscients des limites juridiques de leur intervention, certains des Etats y ayant
participé, comme la France ou la Belgique, ont alors argué de la fin humanitaire de l’opération
et de l’existence d’une « véritable obligation d’intervention » justifiée par les violations
massives des droits de l’homme se déroulant au Kosovo, sans que le CS soit en capacité de
réagir. D’autres, par la suite, ont tenté de conférer un caractère légal à l’intervention, en
invoquant une autorisation implicite ou une légitimation ex post facto : soit que le CS ait
préalablement adopté une résolution condamnant vivement la situation de crise, soit qu’il ait
pu sembler acter a posteriori de l’intervention par une résolution prévoyant la relève des forces
intervenues sans autorisation par une opération de paix des NU. Des arguments similaires ont
ensuite été exploités et approfondies à l’appui de l’intervention de la coalisation emmenée par
les USA en Irak, au printemps 2003, elle aussi sans autorisation explicite du CS.
Aussi séduisantes intellectuellement que puissent être ces prétentions et certaines des
théories alors développées par une partie de la doctrine à leur appui, toutes semblent toutefois
plus dangereuses que pertinentes, tant pour le DIP que pour le système général de sécurité
43
collective défini par la Charte des NU. Tous deux subissent en effet une attaque sans précédent
de la part des USA, au nom de leur guerre contre le terrorisme. Des principes aussi
fondamentaux et aussi unanimement acceptés – sinon respectés – que l’interdiction de la
torture, le traitement correct des prisonniers de guerre et l’interdiction du recours à la force
sont ainsi remis en cause et menacés dans leur existence, sans que cela traduise une commune
volonté de la société internationale et que l’on puisse y percevoir une réelle avancée pour
l’humanité dans son ensemble.
Cette menace impose une absolue intransigeance sur le plan des principes juridiques, sur le
plan du droit. Dès lors, toute opération de contrainte armée ne s’inscrivant pas dans le cadre
de la légitime défense – dans son acceptation traditionnelle, aucune coutume sérieuse ne
pouvant encore être préventive – et n’ayant pas été préalablement autorisée par le CS des NU,
et ce, quels que soient les objectifs qui la guident, doit être analysée comme constituant une
violation de l’article 2, §2 de la Charte et donc une intervention illicite.
S’en tenir à une affirmation ne permet pas de résoudre toutes les contradictions qui
entourent la question de l’ingérence humanitaire. Certaines interventions autorisées par le CS
ont pu – et d’autres pourront encore – apparaître comme illégitimes à une partie de la
communauté internationale, tandis que d’autres, au contraire, initiées en dehors de son
enceinte et sans son aval, pourraient sembler parfaitement légitimes, appréciées à l’aune de ce
qu’impliquerait une totale passivité de cette même communauté.
permanents de cet organe. Le CS ne pouvant, en l’état actuel de se moyens, imposer aux Etats
d’intervenir, ceux qui, à l’avenir, lui proposeront leurs services continueront stratégiques
internes et pour satisfaire prioritairement certains de leurs intérêts bien compris. En
conséquence, il restera toujours des crises, des théâtres d’opérations où aucun Etat ne
souhaitera s’engager, sauf à ce que la situation devienne véritablement intolérable.
La question de l’inaction du CS en raison d’un veto est d’une autre veine : elle touche
au problème de la légitimité du statut de membre permanent. Une révision de la composition
et des règles de fonctionnement du CS ne serait certes pas totalement inopportune. Elle reste
cependant politiquement improbable. Aussi, et sans aller jusqu’à l’instauration d’un « code de
conduite » pour le recours au droit de veto, serait-il souhaitable, ainsi que l’ont proposé la
CIISE et le groupe de personnalités de haut niveau, d’attendre des membres permanents qu’ils
s’engagent à renoncer solennellement à faire usage de cette prérogative en cas de crise
humanitaire grave, de génocide ou de violations massives des droits de l’homme. Un tel
engagement n’empêcherait certes pas la Fédération de Russie de s’opposer à une opération
militaro-humanitaire en Tchétchénie, pas plus qu’il n’imposerait à la Chine populaire d’en
accepter une au Tibet. Il permettrait cependant de limiter les effets pervers du clientélisme
politique prévalant au sein du CS et donc, dans certaines circonstances, d’éviter la
pérennisation et l’aggravation de situations humanitaires intolérables, pouvant amener
certains Etats à décider d’interventions à titre unilatéral.
- le crime de guerre
- le crime contre la paix
- le crime contre l’humanité
- le crime de génocide
C’est ainsi que ce sont passé en FRANCE plusieurs affaires célèbres : les affaires
BARBIE, TOUVIER et PAPON. Ces hommes ont été jugés par les juridictions répressives
françaises pour des crimes contre l’humanité qu’ils ont commis en France au cours de la
seconde guerre mondiale.
du 23 avril 2003 et enfin par la loi du 5 août 2003 relative aux violations graves du droit
international humanitaire. Dans cette loi, on trouve l’énoncé des incriminations, l’énoncé des
peines et les règles spécifiques de responsabilité pénale (art. 3 à 5). Ces textes sont encore
d’application aujourd’hui.
L’art. 3 dit que les personnes qui fabriquent, détiennent ou transportent un engin
dangereux (ex : mine anti-personnel) seront punis comme les auteurs du crime de l’utilisation
de cet engin. Le juge peut tout de même apprécier la peine et tenir compte de circonstances
atténuantes.
L’art. 4 dit que sont punis de la même peine que les auteurs de l’infraction consommée,
les personnes qui ont donné l’ordre de cette infraction, même lorsque cet ordre n’a pas été
exécuté. Il en est de même pour la proposition, l’offre ou la provocation à commettre une
infraction, pour la participation comme co-auteur ou complice et pour l’omission d’agir
(responsabilité du supérieur).
Cette loi va être mise en œuvre, par exemple, dans des plaintes en Belgique par des
citoyens rwandais résidant en Belgique contre d’autres citoyens rwandais résidant en
Belgique. Pour la première affaire, le procureur du Roi n’était pas fort enclin à procéder à une
information et c’est finalement le Ministre de la Justice qui va demander la mise à l’instruction
des poursuites pénales car les parties impliquées vivaient toutes 2 en Belgique et devaient se
côtoyer.
La loi de ’93 punit les crimes commis dans le cadre de conflits armés internationaux et
de conflits armés internes. Or, dans le cas du Général PINOCHET, il ne s’agissait pas d’un
conflit armé mais d’une dictature. La demande belge pour son extradition était fondée sur la
48
coutume internationale de punir les auteurs de crime contre l’humanité. De plus, même s’il
était un ancien chef d’Etat, il ne bénéficiait pas de l’immunité de juridiction.
Quelques années plus tard, les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide seront
ajoutés aux incriminations de 1993. L’extension des incriminations, la règle de compétence
universelle et la règle du droit belge qui permet à la victime ou à sa famille de mettre en route
les poursuites pénales par la constitution en partie civile vont faire qu’un bon nombre de
procédures vont être engagées (ex : contre Saddam HUSSEIN, contre les ex-dirigeants des
Khmers Rouges, etc.). Les plaignants viendront spécialement en Belgique pour se constituer
partie civile avec l’assistance de leur avocat.
Jusqu’à maintenant, le seul procès basé sur cette loi a eu lieu en mai 2001. Il s’agit d’un
procès contre 4 citoyens rwandais pour la participation dans des crimes. Il s’est terminé par 4
condamnations à des peines de réclusion. On a pu faire plusieurs constatations par rapport à
ce procès : le jury a été capable de juger une telle affaire mais, par contre, il y a eu plusieurs
grandes difficultés pour :
En 2002, on connaît une multiplication des plaintes et la cour d’appel de Bruxelles est
saisie de la question de la régularité dans 3 affaires : une affaire contre YERODIA (Ministre
des Affaires Etrangères au Congo), une affaire contre GBAGBO (Président de la Côte
d’Ivoire) et une affaire contre SHARON (Président de l’Etat d’Israël). Les questions sont
celles de l’immunité de juridiction et de l’étendue des compétences universelles de la loi belge.
Un pourvoi en Cassation a été introduit par les parties civiles contre ces arrêtés. Le 12
février, la Cour de Cassation les a cassé et dit que la condition que l’inculpé doit être trouvé
en Belgique n’est pas dans la loi et ne doit donc pas être retenue. Elle dit également que les
personnes qui exercent une fonction officielle bénéficient d’une immunité de juridiction
jusqu’à la fin de leur mandat.
Les plaintes vont alors se multiplier contre, notamment, des dirigeants des pays du tiers-
monde, BUSH père (ancien président des Etats-Unis), POWELL, CHENEY, le commandant
des opérations Koweit-Irak en 1991, BUSH fils, BLAIR, etc. Ces plaintes, pour la plupart
contre des gouverneurs en fonction, suscitent de nombreuses critiques et vont amener à la loi
du 23 avril 2003 qui va restreindre les possibilités de porter plainte devant les juridictions
belges.
incriminations, on vise à les calquer sur celles du statut de la Cour pénale internationale. Rien
n’a changé en ce qui concerne les responsabilités pénales.
Pour la procédure, il faut faire une grande distinction entre 2 grands chefs de
compétence :
- Si l’auteur est belge ou réside en Belgique, la victime peut se constituer partie civile et
mettre ainsi l’affaire en mouvement.
- Si la victime n’est pas belge et ne réside pas en Belgique comme indiqué plus haut, elle
ne peut pas se constituer partie civile. La mise en mouvement de l’affaire revient
exclusivement au procureur fédéral à partir de plaintes qui lui sont adressées. Il peut
décider de classer l’affaire sans suite (art. 10) et il n’y a pas de recours possible contre sa
décision. Le seul contrôle possible est celui du Ministre de la Justice. Dans la plupart des
cas, on verra alors plutôt des dénonciations à la Cour pénale internationale que devant les
juridictions belges.
• les crimes commis lors des opérations en Somalie mettant en cause, notamment, des
militaires canadiens, belges et italiens (ex : torture et mauvais traitements de jeunes
somaliens)
• les crimes commis lors des opérations au Rwanda mettant en cause à des titres très divers
des militaires belges et des militaires rwandais
51
Ce tribunal a été créé en 1945 par l’accord de Londres. Cet accord a été signé par les
grandes puissances victorieuses de la 2ème guerre mondiale. Il est intitulé « accord pour juger
les grands criminels de guerre de l’Allemagne ». Ces personnes seront poursuivies pour les
crimes de guerre, les crimes contre la paix (la guerre d’agression) et les crimes contre
l’humanité, ces derniers n’existant à ce moment-là qu’en liaison avec d’autres crimes qui
entrent dans la compétence du tribunal. Ceci veut dire que les déportations, les persécutions,
les assassinats, etc. qui se sont produits avant la guerre ne relèvent pas de la compétence du
tribunal.
Les juges et les procureurs du tribunal sont des officiers des forces armées qui sont
désignés par chacune des grandes puissances de l’accord.
Du fait même de l’occupation de l’Allemagne par les forces armées victorieuses, les
dirigeants nazis qui n’ont pas pu s’enfuir rapidement ont été aisément capturés. Mais, un
problème a été que le tribunal était appelé à juger des personnes pour des infractions qui ne
figuraient pas à l’époque dans la législation allemande (crime contre la paix et crime contre
l’humanité). Moins d’un an après le début des procès, ils se sont achevés avec la condamnation
de la plupart des accusés (peines de mort et peines d’emprisonnement).
Le Tribunal de Nuremberg constitue la première juridiction pénale internationale de
l’époque moderne. Par l’établissement de son statut, il a défini le crime de guerre, le crime
contre la paix, le crime contre l’humanité, l’exclusion de l’immunité de juridiction des
gouvernants, le fait que l’ordre du supérieur ne soit pas élusif de la culpabilité mais bien une
circonstance atténuante, etc. On a donc là une ébauche de droit pénal international.
Dans la définition de son statut et dans sa jurisprudence, il apparaît indiscutablement
comme la juridiction pénale internationale. Il sera d’ailleurs utilisé comme référence par les
autres tribunaux qui devront juger en la matière (ex : tribunaux français dans les affaires
52
PAPON, TOUVIER et BARBIE). Il y a donc eu germe d’un corps de règles de droit sensé
traduire les coutumes internationales existant à ce sujet.
Mais, ce Tribunal militaire international a été créé par les vainqueurs de la guerre pour juger
uniquement les vaincus. Les crimes commis par les puissances victorieuses ne relèveront donc
pas de ce tribunal et ne seront ni recherchés, ni jugés (ex : bombardement de villes allemandes
qui n’étaient pas justifiés par des objectifs militaires).
Ce tribunal a été créé après la 2ème guerre mondiale par les principales puissances
victorieuses du Japon. Celles-ci décideront que son statut sera arrêté par décision du
Commandant suprême des forces alliées en extrême orient, à savoir le Général McArthur.
C’est lui également qui va désigner les juges et les procureurs pour le tribunal.
Pendant les 50 ans qui suivront, il ne sera plus question d’aboutir à une juridiction
internationale à cause de la division du monde en 2 blocs. Cette division va empêcher
l’adoption d’un statut de juridiction internationale et d’un code des crimes internationaux. Ce
dernier siècle sera donc marqué par la prédominance de l’opposition des 2 blocs dans le monde
et par la résurgence indiscutable de la souveraineté des Etats. Mais, peu à peu, un besoin de
protection des droits fondamentaux s’est développé.
A partir de la constatation de la renaissance de la guerre civile en Europe de l’Est en
1989 et au Rwanda en 1993 seront créés 2 Tribunaux pénaux internationaux.
Ce tribunal a été créé en 1993 suite à la guerre civile en Yougoslavie que les puissances
de l’Europe se sont avérées incapables d’empêcher. Il a été érigé par le Conseil de sécurité
des Nations Unies sur base du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies et à la suite du rapport
du Rapporteur spécial des droits de l’homme. Un argument plaide pour le choix de cette
méthode : la rapidité et l’efficacité. La mise en œuvre du chapitre 7 présente l’immense
53
avantage que la décision prise par le Conseil de sécurité oblige les Etats membres des Nations
Unies sans avoir besoin d’un accord ou d’une ratification.
- Si une nation engage des poursuites pour des faits qui relèvent des compétences du TPI,
elle est obligée de le signaler.
- Les instances du TPI peuvent demander le dessaisissement de la juridiction nationale au
profit du TPI. Les Etats sont alors obligés de coopérer avec le TPI et seront tenus par ses
décisions.
Le TPI comporte des chambres de première instance avec 3 juges, une chambre d’appel
avec 5 juges, un procureur et des substituts, des enquêteurs, un greffe, une procédure pénale
dont les règles sont définies dans le statut mais aussi dans les directives que s’est mis le
tribunal par rapport à son statut, etc. C’est la procédure anglo-saxonne qui a été suivie. Cette
procédure commence avec le plaidoyer coupable ou non coupable de l’accusé. S’il plaide
coupable, la preuve de sa culpabilité est estimée démontrée et les débats ne porteront donc
que sur la peine. Sinon, la preuve sera administrée par le témoignage direct.
54
Le TPI a commencé par juger un simple soldat, ce qui est loin d’être un grand criminel.
Mais, depuis lors, il a rectifié le tir en jugeant de grands dirigeants comme le Général
MILOSEVIC, par exemple.
Les procès se déroulent selon la procédure accusatoire, les droits de la défense sont
respectés et les jugements sont dûment motivés. Le TPI emploie 1300 personnes et a un budget
pour l’année 2002 s’élevant à 110 millions de dollars américains. Il y a aujourd’hui 54 accusés
dans la maison d’arrêt de Schengen, 5 accusés sont en liberté et 20 mandats d’arrêt
internationaux ont été émis pour des personnes qui n’ont pas encore été trouvées. 5 accusés
ont déjà été acquittés, 7 ont terminé d’exécuter leur peine, 13 exécutent toujours leur peine
dans plusieurs Etats, 14 sont morts, 13 sont en appel, etc.
La particularité du TPI est de pouvoir juger les gouvernants qui bénéficient d’une immunité
devant les autres tribunaux. Ceci est le mieux illustré par l’arrestation du Président
MILOSEVIC. Le tribunal doit compter sur la collaboration des services policiers nationaux
des différents Etats pour mener les enquêtes et pour mettre en œuvre les mandats d’arrêt
internationaux émis par Interpol.
Ce tribunal a été créé en 1994 et dispose d’un statut, d’une base juridique identique à
celui du TPI pour l’ex-Yougoslavie, sauf en ce qui concerne la compétence du tribunal. Les
infractions qui relèvent de sa compétence matérielle sont le génocide, les violations de l’art.
3 commun aux Conventions de Genève et du protocole additionnel, et les crimes contre
l’humanité (art. 3 du statut du TPI). La définition de ces derniers est différente que celle
donnée dans le statut du TPI pour l’ex-Yougoslavie : le crime contre l’humanité est dissocié
du conflit armé, est autonome. Pour ce qui est de sa compétence temporelle, ce tribunal est
limité à l’année 1994 (art. 1 du statut).
Les personnes qui peuvent être jugées par ce tribunal sont celles qui ont commis un
crime sur le territoire du Rwanda avec une extension pour les ressortissants rwandais en ce
qui concerne les crimes commis sur le territoire des Etats voisins au Rwanda.
55
En ce qui concerne le travail de ce TPI, les choses sont plus difficiles. Le Rwanda est
un pays pauvre qui connaît la peine de mort. 50 personnes sont dans la maison d’arrêt
d’Arouscha alors que 120.000 personnes sont détenues pour les mêmes infractions dans les
prisons rwandaises. Il s’agit de la justice des vainqueurs. Les dirigeants rwandais ont donc un
ressentiment envers le TPI. En quoi peut-il alors aider à tourner la page ?
La Cour pénale internationale est une juridiction totalement différente. Elle a été établie
grâce aux travaux préparatoires de la Commission de droit international des Nations Unies et
à la Conférence diplomatique de Rome qui s’est tenue au cours de l’été 1998. Il a fallu que 60
Etats au moins aient ratifié le Traité de Rome de 1998 pour que le statut de la Cour entre en
application. Ceci a été fait par la Belgique grâce à la loi du 25 mai 2000 portant assentiment
au Statut de Rome. Ainsi, la Cour est entrée en vigueur à la date du 1er juillet 2002. On a alors
procédé à la nomination de ses juges et de son procureur. Elle est située à La Haye aux Pays-
Bas et a la particularité d’être permanente.
Elle connaît des crimes de guerre, des crimes de génocide et des crimes contre
l’humanité (autonomes de la situation de conflit armé). Elle ne s’occupe pas des affaires qui
font l’objet d’une enquête ou d’un jugement dans un Etat. Ce n’est que si l’Etat dénonce les
faits à la CPI ou si l’Etat ne fait rien que la CPI peut se saisir de l’affaire et ce à condition que
le crime ait été commis par un ressortissant d’un des Etats qui a ratifié son statut ou qu’il ait
été commis sur le territoire d’un de ces Etats.
56
CONCLUSION GENERALE
L’histoire récente des conflits semble démontrer que le DIH ne trouve que rarement une
application concrète dans les faits. Les combattants ont, dans leurs poches, les principes émis
par les conventions de Genève, apparemment sans beaucoup de résultats. Il suffit de lire les
récits des témoins d’atrocités, qu’il s’agisse de civils ou de combattants et quel que soit le
conflit en cause, pour se rendre compte que les principes du DIH ne sont pas appliqués. Ce
droit souhaitait, dès le départ, aider et porter secours aux victimes, mais également humaniser
la guerre, c’est-à-dire demander aux combattants d’adopter un comportement humain. Cette
humanité est absente, alors que la barbarie est souvent au cœur des combats.
Alors, pourquoi ces horreurs ? La question n’est certes pas nouvelle et ce problème
complexe est difficile à aborder rapidement. Pourtant, on pourrait rappeler quelques
évidences. Que la guerre est criminogène, que la violence entraîne la violence, que les
circonstances peuvent transformer des gens ordinaires en tueurs. Que les acteurs de guerres
récentes en gardent des séquelles de nombreuses années après leur retour, pour avoir commis
ou assisté à des massacres. Nombre de combattants, comme les vétérans du Vietnam, ont été
mal accueillis à la fin de la guerre, rejetés par leur pays qui ne voulait pas affronter la réalité,
parfois considérés comme des criminels ou des psychopathes. Beaucoup ont sombré dans une
lourde déchéance sociale, beaucoup aussi ont mis fin à leurs jours. Ce syndrome, le post
traumatic stress disorder (PTSD), une forte dépression survenant quelques jours après les
événements, est d’ores et déjà perceptible parmi les combattants et les victimes civiles des
affrontements dans l’ex-Yougoslavie et chez les militaires américains de retour d’Irak, sans
parler des enfants soldats du Libéria ou de Sierra Leone.
Les séquelles physiques et psychologiques des guerres sont écrasantes, tant pour les
combattants que pour la société tout entière. Les fondateurs du DIH ont eu raison d’essayer
de lutter contre ce fléau en tentant d’humaniser la guerre, même s’ils savaient, dès le départ,
qu’il s’agissait d’une entreprise difficile. On peut pourtant se demander si Le droit existe
ailleurs que dans l’esprit de ceux qui en énoncent les principes. Entre le droit et la réalité, la
distance est souvent grande et plus encore dans une situation de violence telle que la guerre.
Comment alors ne pas se poser la question de savoir à quoi sert une réglementation aussi
précise ? Elle est le résultat d’actions sur le terrain des conflits qui, elles, ne sont pas vaines.
Tenter de telles actions, ne serait-ce que par souci d’éthique ou pour poser les bases de l’après,
reste un engagement indispensable. Pourrions-nous rappeler à chacun des hommes de cette
57
humanité, comme l’écrivait Michel Beaud : « L’important, ce n’est pas de vivre, moins encore
de réussir, c’est de rester humain ». Puisse cette humanité continuer à inspirer chaque
personne de ce monde pour que la paix soit signe d’une vraie et d’une vraie jouissance pour
tous.
58
INTRODUCTION ................................................................................................................... 3