I.
Rimbaud, un aventurier du rêve : l’évasion et la liberté
A. L’appel du voyage et de l’ailleurs
Dans de nombreux poèmes, Rimbaud exprime un désir d’évasion, de départ vers
l’inconnu. Dans « Sensation », le poète affirme : « J’irai loin, bien loin, comme un
bohémien ». Ce rêve de voyage est aussi présent dans « Ma Bohème », où
l’errance devient une aventure poétique, et dans « Rêvé pour l’hiver », où le
voyage en train se fait métaphore d’un ailleurs rêvé, doux et amoureux.
B. La quête de la liberté et du refus des contraintes
L’aventure, chez Rimbaud, est aussi celle de la liberté individuelle. Le jeune
poète fugueur, en rupture avec les conventions sociales et familiales, transpose
dans sa poésie cette aspiration à l’indépendance : « On n’est pas sérieux quand
on a dix-sept ans » (« Roman »). La nature, omniprésente, devient le lieu d’une
symbiose entre le rêveur et le monde, loin des carcans bourgeois ou scolaires.
C. Le rêve comme refus du réel et des injustices
Rimbaud oppose souvent le rêve à une réalité décevante ou injuste. Dans « Le
Forgeron » ou « Le Mal », il dénonce la société, la guerre, l’hypocrisie des
puissants, et fait du rêve une forme de résistance, un espace de liberté
intérieure face à l’oppression.
II. Le rêve, moteur d’innovation poétique
A. Le rêve comme source de création et d’imaginaire
Rimbaud se distingue par son audace à explorer de nouveaux territoires
poétiques. Dans « Ma Bohème », il s’invente poète vagabond, semant des rimes
comme le Petit Poucet. Le rêve nourrit l’inspiration, permet la métamorphose du
réel, comme dans « Le Buffet », où l’objet quotidien devient prétexte à
l’imagination de « contes » et d’« histoires ».
B. L’onirisme et la métamorphose du monde
Le regard du poète transforme la réalité en visions tantôt lumineuses, tantôt
cauchemardesques. Dans « Bal des pendus », la danse macabre prend une
dimension fantastique, presque diabolique ; dans « Ophélie », la figure
shakespearienne est revisitée dans une rêverie mélancolique. Le rêve, chez
Rimbaud, est mouvant, instable, à l’image de l’adolescence.
C. L’émancipation des formes et des thèmes
Les Cahiers de Douai témoignent d’une volonté de renouveler la poésie :
Rimbaud joue avec les formes, mêle lyrisme, satire, parodie, et s’affranchit des
thèmes traditionnels pour explorer l’éveil des sens, la révolte, l’ironie, la
sensualité. Le rêve devient alors synonyme d’innovation et d’audace.
III. Les limites de l’aventure du rêve : entre désillusion et confrontation au réel
A. Le rêve, parfois illusion ou désenchantement
Si le rêve est moteur d’évasion, il se heurte aussi à la réalité. Dans « Le Dormeur
du Val », la nature idyllique cache la mort : le rêve d’une paix bucolique est brisé
par la violence de la guerre. De même, dans « Ophélie », la rêverie amoureuse
bascule dans la mélancolie et la mort.
B. La satire et la lucidité critique
Rimbaud ne se contente pas de rêver : il observe, critique, se moque. Dans « À la
musique » ou « L’éclatante victoire de Sarrebrück », il ridiculise la société
bourgeoise ou la propagande militaire, révélant une conscience aiguë des
limites du rêve face à l’absurdité du monde.
C. La tension entre idéal et réalité
Le rêve, chez Rimbaud, n’est jamais totalement pur : il est traversé par le doute,
la révolte, la souffrance. L’aventure du rêve est aussi une aventure du langage,
qui cherche à dire l’indicible, à dépasser les frontières, mais se confronte sans
cesse à la résistance du réel et de l’expérience vécue.