Développement cognitif
Des études, telles que celle menée par Brouwers, VanBaar et Pop (2001), ont
démontré que le stress prénatal peut avoir des effets sur le développement cognitif de
l'enfant, notamment sur son quotient intellectuel (QI) ainsi que ses compétences
langagières et attentionnelles. Cette recherche a révélé que le stress vécu par la mère
pendant la grossesse peut modérément altérer le développement du langage de
l'enfant et ses capacités d'attention à l'âge de deux ans.
Une équipe de chercheurs néerlandais a examiné le stress prénatal familial, qui est
associé à des dysfonctionnements familiaux pouvant entraîner du stress pendant la
grossesse. Leur étude a montré que les stress familiaux pendant la grossesse étaient
liés à de moins bonnes capacités de compréhension des mots et de compétences
cognitives non verbales chez les enfants de deux ans.
Une étude longitudinale ultérieure a observé que les enfants dont les mères avaient
rapporté un niveau de stress élevé en début de grossesse obtenaient des résultats
scolaires inférieurs à ceux de leurs pairs (Niederhofer et Reiter, 2003). Cependant,
Une étude récente impliquant des enfants âgés de dix ans n'a pas découvert de
corrélation entre le stress prénatal et les compétences linguistiques de l'enfant.
Il semble que les effets du stress prénatal dépendent du moment où il survient
pendant la grossesse. Les événements stressants semblent avoir un impact plus
significatif s'ils se produisent au début de la grossesse, peut-être en raison de la
réactivité accrue de la mère à ce stade et de la plus grande vulnérabilité de l'embryon
en développement, ce qui peut entraîner une plus grande incidence d'anomalies
congénitales.
Cependant, une étude a remis en question la notion selon laquelle le stress prénatal
aurait exclusivement des effets préjudiciables sur le développement de l'enfant. Les
chercheurs ont observé une corrélation faible mais positive entre un niveau de stress
prénatal faible à modéré et les performances des enfants au test de développement
mental de Bayley. Ils ont suggéré que le cortisol, à des niveaux modérés, pourrait
jouer un rôle nécessaire dans le bon développement du cerveau.
Une étude récente a révélé que la qualité de la relation d'attachement entre la mère et
l'enfant pouvait atténuer les effets néfastes du stress prénatal sur le développement
cognitif. Chez les enfants ayant une relation d'attachement insécurisée, les effets
négatifs étaient observés à dix-sept mois, tandis qu'ils étaient absents chez ceux ayant
une relation d'attachement sécurisée avec leur mère.
Ces études soulignent l'importance de prendre en compte le stress prénatal et ses
effets potentiels sur le développement cognitif de l'enfant, tout en tenant compte du
contexte familial et de la relation d'attachement pour mieux comprendre ces effets.
Développement émotionnel
Les études sur le développement émotionnel des enfants ont également confirmé les
effets néfastes à moyen et long terme du stress pendant la grossesse. Par exemple, une
anxiété élevée chez les futures mères prédit un niveau élevé d'anxiété chez leurs
enfants entre huit et neuf ans (Van den Bergh et al., 2004), ainsi qu'un degré élevé
d'impulsivité chez les adolescents entre quatorze et quinze ans (Van den Bergh et al.,
2005). De même, Austin et al. (2005) ont démontré que les mères présentant une
anxiété élevée à 32 semaines de grossesse rapportaient un tempérament plus difficile
chez leurs enfants à quatre et six mois. Pour isoler les effets du stress prénatal, ces
résultats ont pris en compte la présence de la dépression avant et après
l'accouchement, ainsi que les complications obstétricales. Une étude a également
révélé un tempérament plus difficile chez les enfants de deux ans dont les mères ont
vécu du stress prénatal .
Une étude a examiné l'impact des facteurs génétiques sur les effets du stress prénatal,
distincts des facteurs environnementaux vécus in utero (Rice, et al., 2010). Les
chercheurs ont comparé des enfants conçus naturellement à des enfants conçus par
FIV avec don d'ovocytes. Les résultats de cette étude ont révélé que le stress prénatal
affectait de manière similaire les enfants, qu'ils aient ou non un lien génétique avec
leur mère, en ce qui concerne leur poids à la naissance, la durée de la grossesse et leur
comportement antisocial. Cependant, seuls les enfants ayant un lien génétique avec
leur mère présentaient un risque significativement plus élevé de développer un
trouble du déficit de l'attention/hyperactivité si leur mère avait été soumise à un stress
pendant la grossesse .
En outre, plusieurs études o.nt montré que les effets du stress pendant la grossesse
pouvaient varier en fonction du sexe de l'enfant, ce qui est cohérent avec les résultats
d'études menées sur des animaux (McCormick et al., 1995 ; Kaiser et Sachser, 2005).
Rodriguez et Bohlin (2005) ont découvert une association significative entre le stress
prénatal à dix semaines de grossesse et les symptômes du trouble du déficit de
l'attention/hyperactivité chez les garçons à l'âge de sept ans, mais pas chez les filles.
De même, Martin et al. (1999) ont observé une corrélation significativement plus
forte entre le stress au troisième trimestre de la grossesse et les difficultés
émotionnelles chez les garçons à l'âge de cinq ans. Les nourrissons de sexe masculin
issus de mères déprimées pendant la grossesse (et non déprimées après
l'accouchement) présentent également davantage de problèmes de comportement à
l'âge d'un an par rapport aux nourrissons de sexe féminin (Gerardin et al., 2010). Une
étude menée par Li et al. (2010) sur 29 000 enfants a également révélé que les
garçons nés de mères ayant vécu un deuil inattendu d'un proche (enfant ou conjoint)
peu de temps avant ou pendant la grossesse présentaient un risque significativement
plus élevé de développer un trouble du déficit de l'attention/hyperactivité après l'âge
de trois ans. De plus, de Bruijn et al. (2009) ont constaté que les plaintes
émotionnelles (anxiété ou dépression) des femmes au premier trimestre de grossesse
étaient associées à des scores plus élevés de troubles du comportement, en particulier
de troubles internalisés, chez les garçons à un âge moyen de deux ans et demi, tandis
que les plaintes survenues au troisième trimestre de grossesse étaient
significativement associées à tous les scores de la Child Behavior Checklist (CBCL)
chez les filles (Achenbach et Rescorla, 2000 ; score total, troubles internalisés et
externalisés). Cette association pourrait être médiée par les taux d'hormones sexuelles
sécrétées pendant la grossesse et le cortisol maternel. Les plaintes émotionnelles
pourraient entraîner une augmentation du cortisol, qui à son tour est associé à une
augmentation du taux de testostérone dans le liquide amniotique (Sarkar et al., 2007).
Alors que les taux de testostérone sont naturellement plus élevés pour les fœtus
masculins entre dix et vingt semaines de grossesse (Knickmeyer et Baron-Cohen,
2006), ces taux augmentent avec l'avancement de la grossesse pour les fœtus
féminins. Par conséquent, si le taux de testostérone in utero peut jouer un rôle dans
les troubles du comportement ultérieurs (Bergman et al., 2010b), la période pendant
laquelle survient le stress pendant la grossesse pourrait avoir des effets différenciés
sur les fœtus de sexe masculin et féminin en fonction des variations.
Le stress prénatal est donc lié à des différences dans le développement émotionnel et
cognitif des enfants. De plus, plusieurs études ont suggéré que le stress prénatal
pourrait être un facteur de risque de problèmes psychopathologiques.
Autisme
D'après une étude menée par des chercheurs du Centre médical de l'Université de
l'Ohio, les femmes ayant vécu un stress majeur pendant leur grossesse sont plus
susceptibles d'avoir un enfant autiste.
Lors d'une présentation devant la Société américaine des neurosciences à San Diego, le professeur
David Beversdorf, neurobiologiste à l'Université de l'Ohio et principal auteur de l'étude, a exposé
les résultats d'une recherche portant sur 188 femmes ayant donné naissance à un enfant autiste.
Les chercheurs ont interrogé ces femmes sur les événements stressants auxquels elles avaient été
confrontées pendant leur grossesse (perte du conjoint, perte d'emploi, trajet de longue durée) et ont
comparé les résultats à ceux d'une population de 212 femmes ayant eu des enfants sans troubles et à
une population de 92 femmes avec un enfant atteint de trisomie 21.
Les résultats ont révélé que le niveau de stress des femmes ayant un enfant autiste était deux fois
plus élevé que celui des deux autres groupes de femmes, entre la 24e et la 27e semaine de grossesse.
Selon le professeur David Beversdorf les chercheurs ont examiné les composants génétiques de
l'autisme pendant des années, mais il existe maintenant des preuves que l'autisme est également lié à
des facteurs externes tels que le stress prénatal.