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Décembre 2018
Bureau d’Économie
Théorique et Appliquée
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Contact :
jaoulgrammare@[Link]
Vers la compréhension de l’entrepreneur de demain :
s’inspirer de l’entrepreneur dans les industries culturelles et
créatives
Résumé :
Cet article a pour objectif de comprendre l’entrepreneur de demain en convoquant les travaux relatifs à
l’entrepreneuriat culturel et créatif. Nous montrons, en référence aux dernières approches en entrepreneuriat
s’appuyant sur la philosophie pragmatiste, qu’il importe de se concentrer sur l’agir créatif qui lie l’entrepreneur
et son environnement. Puis, nous caractérisons l’environnement de cet agir en ICC, notamment l’existence d’un
marché très concurrentiel, hautement incertain, et où les fins et les moyens sont imbriqués. Nous pointons dès
lors des enjeux auxquels l’entrepreneur de demain est/sera confronté en l’occurrence l’existence (1) d’un
écosystème valorisant sa créativité et (2) d’espaces économiques démocratiques créatifs.
1
Pour une compréhension de l’entrepreneur de demain :
s’inspirer de l’entrepreneur dans les Industries Culturelles et
Créatives
Introduction
Qui sera l’entrepreneur de demain, cet acteur majeur de l’économie (Boutillier, 2006 ; Bravo-Bouyssy, 2010 ;
Tiran et Uzinidis, 2017), soutenu par de nombreuses initiatives étatiques, telles que des incubateurs, des
concours ou des formations (Toutain et Verzat, 2017) ? Quelles seront les caractéristiques de son action
entrepreneuriale (Chabaud, Sammut et Degeorge, 2017) face aux évolutions majeures de notre société comme,
entre autres, le développement du numérique (Barlatier, 2016), la recherche de valeurs sociales et de solidarité
(Dubruc et Vialette, 2016 ; Glémain et Richez-Battesti, 2018), le souhait d’articuler le projet de vie et le projet
professionnel (Gomez-Breysse, 2016), la nécessité quasi-permanente de nouvelles idées et de créativité (Carrier
et Szostak, 2014 ; Parmentier, Szostak et Rülling, 2017) pour être toujours plus agiles (Lemieux et Beauregard,
2015) ?
Cet article a pour objectif de répondre à ces interrogations en convoquant les travaux relatifs à l’entrepreneuriat
culturel et créatif, soit le phénomène consistant à créer ou reprendre une entreprise dans le secteur des Industries
Culturelles et Créatives (désormais ICC1) (DMCS2, 2006 ; Higgs et Cunningham, 2008 ; Busson et Evrard,
2013) pour « générer de la valeur en créant ou en développant des activités économiques grâce à la découverte
et à l’exploitation de nouveaux produits, procédés ou marchés » (Rapport OCDE, 2014, p. 11). Trois raisons
expliquent ce choix.
Premièrement, l'intérêt pour les ICC devient croissant en raison de leur contribution de plus en plus significative
à la croissance économique et à l'emploi : les ICC représentent environ 3% du PIB mondial et emploient
l’équivalent de 1% de la population active mondiale, soit 29,5 millions de personnes (DCMS, 2006 ; E&Y3
2015). Deuxièmement, les activités culturelles sont à présent vues comme des activités économiques à part
entière, dépendant et contribuant au contexte macroéconomique et à la structuration du système économique
(Arnaud et Soldo, 2015), notamment à travers le rôle qu'y joue de plus en plus la créativité, et en particulier, la
classe créative (Florida, 2002, 2005). Dans ce sens, Europe Creative, un outil d’investissement du programme de
l’Union Européenne, est doté de 1,4 milliards d’euros pour la période 2014-2020, pour renforcer la diversité
culturelle et créative européenne et la compétitivité des ICC. Troisièmement, les ICC semblent à l'avant-poste
des transformations économiques majeures à l'œuvre ces dernières années (Carrier et Szostak, 2014 ; Cohendet
et Simon, 2016), notamment face à la digitalisation des produits culturels (cf. la musique, les livres, les
expositions), à l’organisation en mode « projet » avec des frontières organisationnelles variables et temporaires
(Busson et Evrard, 2013 ; Salaun, 2016) qui se développent dans des structures typiques de l’Economie Sociale
et Solidaire (Emin et Guibert, 2009).
1
Sont retenues généralement les industries suivantes : arts visuels, musiques, spectacles vivants, cinéma,
télévision, radio, jeu vidéo, livre, presse et publicité-communication (Ernst & Young, 2015).
2
DCMS ou Department for Culture Media and Sport du gouvernement britannique.
3
Voir [Link]
creative-souligne-la-croissance-et-le-poids-des-10-secteurs-culturels-et-creatifs
2
Toutefois, avant de s’inspirer de l’entrepreneuriat culturel et créatif, il importe de s’interroger sur les éventuelles
spécificités de cet entrepreneur. Autrement dit, il importe de déterminer s’il est réductible à l'entrepreneur en
général ou s’il procède de critères et caractéristiques singuliers, comme le laisserait sous-entendre la notion
souvent retenue par les acteurs socio-économiques, de « entrepreneur culturel et créatif »4.
C’est ainsi que dans une première partie, tout en reconnaissant les limites associées aux nombreuses typologies
sur l’entrepreneur (Gartner, 1988), que ce soit celles qui se concentrent sur les modes d’action (Miles et Snow,
1978 ; Julien et Marchesnay, 1996 ; Marchesnay, 1998 ; Filion, 2000), ou sur les compétences (Chandler et
Jansen, 1992 ; Herron et Robinson, 1993 ; Baum, 1995 ; Lorrain, Belley et Dussault, 1998), nous proposons de
nous inscrire d'abord dans une conception générale de l'entrepreneur, pour, ensuite, adopter la philosophie
pragmatiste, sous-jacente aux travaux récents en entrepreneuriat mettant essentiellement l’accent sur l’agir
entrepreneurial (voir entre autres, Sarasvasthy, 2001 ; Bréchet et Prouteau, 2010 ; Marchesnay, 2012) ou « agir
créatif » (Joas, 1999). Nous concluons alors que l’entrepreneur culturel et créatif n’est pas singulier, mais qu’il
est un entrepreneur comme les autres, dont l’agir entrepreneurial prend corps, en revanche, dans une industrie
culturelle et créative (ou l’environnement), qui façonne cette action et qui, en retour, est façonné par cette action.
Ainsi, l’entrepreneur dans les ICC peut effectivement être une source d’inspiration pour mieux comprendre
l’entrepreneur de demain.
Cette première étape du raisonnement nous conduit, dans une seconde partie, à caractériser l’environnement et le
contexte de l’agir entrepreneurial en ICC, sachant que ce contexte, qui est en interaction avec l’entrepreneur,
influence l’agir créatif (Amabile, 1988 ; Sternberg, 2004 ; Joo, Mac Lean et Yan, 2013 ; Brion et Mothe, 2017).
Nous retenons comme caractéristiques principales l’existence d’un marché très concurrentiel, hautement
incertain, et où les fins et les moyens sont imbriqués. L’analyse de l’agir entrepreneurial dans les ICC nous
amène dès lors à pointer les enjeux auxquels l’entrepreneur de demain est/sera confronté en l’occurrence
l’existence (1) d’un écosystème valorisant sa créativité et (2) d’espaces économiques démocratiques créatifs.
1. De l’entrepreneur culturel et créatif à l’agir de l’entrepreneur dans les industries culturelles et créatives
Cette première partie propose de mettre en perspective la notion d’entrepreneur culturel et créatif à partir des
approches théoriques de l'entrepreneur qui mettent désormais l'accent sur l'environnement et sur l'analyse de la
nature des processus et de l'effectuation de son action. Cela conduit à nourrir la compréhension de l’entrepreneur
selon une approche qui met en avant ses interactions avec l’environnement, en l’occurrence la philosophie
pragmatiste.
La figure de l'entrepreneur a fait l'objet de nombreuses analyses notamment chez les économistes. Les
classiques, tels R. Cantillon, A-R J. Turgot ou J-B. Say, ont mis en avant des caractéristiques propres à
4
Voir par exemple l’Agence France Entrepreneur, les Journées de l'entrepreneur culturel et créatif à Montréal.
3
l'entrepreneur avec l'idée commune que ce type d'individu est un facteur clé du développement de l'économie
(Tiran, 2015 ; Boutiller et Tiran, 2017). Par la suite, les économistes de l'école autrichienne et de la sociologie
classique comme C. Menger, L. von Mises, F. von Hayek, F. Knight, I. Kirzner, d'un côté et, d’un autre, J.
Schumpeter, M. Weber et W. Sombart, ont en partage une vision de l'entrepreneur comme agent central du
capitalisme, faisant face au risque et à l'incertitude et impulsant l'évolution des conditions de production et de
marché ; il est porteur des transformations sociales et de l'innovation et constitue une figure quasi héroïque du
capitalisme (Boutiller et Tiran, 2017 ; Gloria-Palermo, 2013). Cependant, ces approches attribuent
excessivement ces traits à des qualités individuelles : ils représentent les entrepreneurs comme des figures d'élite,
alors que force est de constater que l'entrepreneur est le plus souvent un individu ordinaire. Cette posture
individualiste doit donc être complétée par d’autres approches.
C’est ainsi que les approches contemporaines de l'entrepreneur – parfois même développées dans le champ de
l'économie « standard » dont la logique d'allocation est réputée n'accorder aucun statut réaliste à l'entrepreneur
(Bréchet et Prouteau, 2010) – déplacent l'analyse des caractéristiques individuelles vers celles de son
environnement, qui favorise l'activité entrepreneuriale ; sont mis ici en avant les déterminants liés au contexte
social. Par exemple, l'économiste William Baumol déconnecte la conception de l'entrepreneuriat de celle de
l'individu et de ses fonctions ou caractéristiques, au profit du caractère déterminant de l'environnement (Baumol,
1990) : l’action entrepreneuriale dépend, selon lui, fortement du lieu, de l'époque et des institutions, qui
dessinent les règles du jeu et la structure des incitations économiques pour les agents. Si la créativité humaine et
l’esprit d’entreprise sont nécessaires à la dynamique économique, ils dépendent avant tout de l'environnement
institutionnel qui les encourage, ou non.
Dans le même sens, David Audretsch a développé le concept de « société entrepreneuriale » (Boutillier, 2017) en
défendant la thèse selon laquelle les petites entreprises ne sont pas une simple survivance du passé, mais qu’elles
jouent encore aujourd’hui, un rôle fondamental en matière d’innovation. Le psychologue social David
McClelland a, de son côté, montré la corrélation entre la culture entrepreneuriale d'un pays et son développement
économique, ce qui permet de comprendre pourquoi les Etats valorisent l’esprit d’entreprendre via des
formations, des concours etc. (Boissin, Chollet, et Emin, 2009 ; Toutain et Verzat, 2017). Ce contexte culturel a
un impact sur les motivations à entreprendre. Pour McClelland, il y a trois ressorts de la motivation de
l’entrepreneur : le désir de réussite, le besoin d’affiliation et le besoin de pouvoir (McClelland, 1965).
Concernant le premier ressort, il s’agit de dire que la recherche du succès n'est pas motivée par le profit
monétaire pour lui-même, mais par le besoin de réalisation personnel de l'entrepreneur. Le besoin d'affiliation en
tant que deuxième ressort, signifie que l'entrepreneur cherche la reconnaissance à travers sa réussite économique
et sociale. Enfin, le besoin de pouvoir traduit son aspiration à diriger, à influencer les autres, et à contrôler leurs
conduites, et ses efforts d’organisation du projet. En conséquence, si l'entrepreneur est bien un individu qui
présente des caractéristiques particulières, celles-ci sont fortement inscrites dans des processus sociaux et un
contexte culturel, qui seraient en soi plus significatifs que les traits individuels eux-mêmes.
Puisque ces processus et ce contexte caractérisent l’entrepreneur, il importe alors de mieux les identifier. A ce
stade du raisonnement, nous convoquons le travail notamment de Mark Casson qui montre que l'activité
entrepreneuriale demande d'allouer des ressources rares, et donc de prendre des décisions. Selon lui, cette
capacité à effectuer des évaluations et à prendre des décisions sans, par ailleurs, posséder des qualités de
4
leadership ou d'organisateur ou être propriétaire du capital (Boutillier et Tiran, 2017), est déterminée par des
éléments extra-économiques, comme les réseaux sociaux et, en premier lieu, la famille. Les agents économiques
sont, dès lors, socialement déterminés avant de s’affronter sur un marché, car la famille les met en relation avec
les ressources en information pour trouver des financements, mais aussi des marchés nécessaires au
développement de l’activité entrepreneuriale (Boutillier et Tiran, 2017).
De ces premières réflexions fondamentales, nous retenons l’importance de déplacer le niveau d’analyse des seuls
traits individuels – lesquels peuvent apparaître comme innombrables et contradictoires – vers le contexte et
l’environnement, selon un double point de vue témoignant tant des effets produits par les entrepreneurs que de
l'impact de ce contexte sur leur activité entrepreneuriale. L'entrepreneur est fortement déterminé, d’une part, par
le contexte culturel et économique, encourageant plus ou moins sa motivation à entreprendre, et, d’autre part, par
son environnement social, familial ou culturel. En conséquence, la notion de « entrepreneur culturel et créatif »
peut être vue comme un raccourci langagier pour qualifier l’entrepreneur dans les ICC, entrepreneur qui est
comme n’importe quel autre entrepreneur, mais dans un contexte et un environnement spécifiques.
Cependant, la prise en considération du contexte nous conduit dès lors à aller plus loin pour caractériser
l’entrepreneur, et à déplacer le questionnement au niveau de l’action, qui lie l’individu et l’environnement, tout
en mettant en évidence la nature créative de l’agir (Joas, 1999). Dit autrement, il s'agit d’abord, de comprendre
l’importance de substituer un intérêt pour les traits de l'entrepreneur par un intérêt pour l'action
entrepreneuriale. Comme le préconise Gartner, « la recherche sur l'entrepreneur devrait se concentrer sur ce
que fait l'entrepreneur et non sur ce qu'il est » (Gartner, 1988, p.58). Ceci conduit à substituer le substantif
« entrepreneur » qui désigne un individu par le verbe d'action « entrepreneuring » (Steyaert, 2007) et, en
français, par « l’action d’entreprendre », et donc considérer l’entrepreneuriat comme un mouvement, un devenir
(Germain et Jacquemin, 2017). Pour Gartner, promoteur d'une approche de l'entrepreneuriat comme processus,
l'entrepreneuriat comme action consiste avant tout à créer des organisations (Gartner, 1988) ; et à sa suite, selon
Sarasvathy, « une explication de la création d'artefacts (...) tels des firmes, des marchés des activités
économiques (…) nécessite de mobiliser la notion de mise en œuvre (effectuation) » (Sarasvasthy, 2001, p. 243).
Ces considérations conceptuelles de l’entrepreneur permettent de mieux comprendre en quoi l’« effectuation »
est une façon très juste d'appréhender désormais l'action entrepreneuriale, et qui diffère de la causalité classique :
« Le processus de causalité part d'un effet donné et se concentre sur la sélection entre les moyens pour réaliser
cet effet. Le processus d'effectuation prend un ensemble de moyens comme donnés et se concentre sur la
sélection des effets possibles qui peuvent être crées à partir de l'ensemble de ces moyens » (ibid.). Cette
conception de l'action met bien plus en évidence la créativité de l’entrepreneur, et l'incertitude à laquelle elle
permet de répondre (Sarasvathy et Germain, 2011).
Elle constitue, en outre, une évolution substituant à la vison de l'action entrepreneuriale en terme d’allocation et
de régulation du marché ex post, une vision en terme d'action créative et de régulation ex ante par le projet
(Bréchet et Desreumaux, 2010 ; Bréchet et Prouteau, 2010) – projet où s’exprime l’autonomie (du grec autos-
« soi-même » et nomos « loi, règles ») des acteurs, c’est-à-dire leur capacité à concevoir et produire leurs propres
règles à partir d'un environnement contraint et régulé, et par-là à exprimer la nature créative de leur action
(Bréchet et Desreumaux, 2010).
5
Ainsi, les approches par le processus et l'effectuation basées sur la pratique conduisent le champ d'étude sur
l'entrepreneuriat clairement hors de l'individualisme méthodologique. Elles se rapprochent, de plus, d'une vision
de l'ontologie sociale comme relation entre l'individu et son environnement (physique et social). Aussi, et étant
donné ces approches de l’entrepreneuriat, il nous importe désormais de revenir sur le pragmatisme philosophique
qui en est l'arrière-plan conceptuel (Bréchet et Prouteau, 2010 ; Sarasvathy et Germain, 2011 ; Marchesnay,
2012). Cette démarche nous amène, en somme, aux sources d’inspiration de Sarasvathy, qui s'est appuyée sur
une citation de William James pour l’usage du terme même d'effectuation ainsi que sur l'abduction de C.S. Peirce
pour forger sa vision de l'action créative (voir Sarasvasthy, 2001, p. 243).
La référence au pragmatisme n'est pas absente de la littérature sur l'entrepreneuriat (entre autres, Sarasvathy,
2001 ; Bréchet, Scheib-Bienfait et Desreumaux, 2009 ; Bréchet et Desreumaux 2010 ; Bréchet et Schieb-
Bienfait, 2011 ; Weik, 2012 ; Schmitt, 2015). Pourtant, elle reste encore peu explicitée et instruite dans des
contextes spécifiques comme celui des ICC5. Nous proposons alors de combler ce manque en poursuivant le
raisonnement tenu dans la section précédente à partir d'une approche inspirée par le pragmatisme philosophique6
- notamment par les contributions de John Dewey et de Hans Joas. Il est à noter, toutefois, que cette approche ne
porte pas directement sur l'entrepreneuriat, le monde des affaires et l’entreprise (Marchesnay, 2012), mais elle
propose en revanche une conception de l'action humaine et du travail dans laquelle la créativité est centrale.
Ainsi, il n’est pas contradictoire de retenir ce cadre analytique, comme l’ont d’ailleurs fait d’autres chercheurs
avant nous (voir supra). Trois arguments peuvent être avancés : (i) cette approche est au fondement des
approches processuelles et de l'effectuation en l'entrepreneuriat (Sarasvasthy, 2001) ; (ii) elle répond au besoin
de penser l’action entrepreneuriale à travers un cadre d'analyse axé d'emblée sur la créativité de l’agir humain et
considère la créativité « comme une ouverture à de nouvelles façons d’agir » (Bréchet et Desreumaux 2010, p.
16) ; et (iii) elle rend compte des interactions entre cette action et son environnement, lequel façonne une action
qui, en retour, le modifie et le transforme (McClelland, 1965 ; Baumol, 1990).
Sans prétendre à l’exhaustivité des idées de la philosophie pragmatique, cette section propose à présent de mettre
en avant celles favorisant une meilleure intelligence de l’agir de l’entrepreneur, pour, par la suite, orienter notre
analyse de l’environnement et du contexte des ICC en tant que sources d’inspiration pour la compréhension de
l’entrepreneur de demain.
5
A ce jour, seul un numéro spécial aborde l’entrepreneur dans les ICC et encourage à creuser la philosophie pragmatiste
(voir Chapain, Emin et Schieb-Bienfait (Revue de l’Entrepreneuriat, numéro 1, volume 17, 2018).
6
La philosophie pragmatiste américaine s'est développée à la croisée du dix-neuvième et vingtième siècle, sous l'influence
de trois fondateurs, Charles Sanders Peirce, qui en a développé les dimensions logiques et épistémologiques, William
James, qui a contribué à une psychologie des habitudes et des relations et enfin John Dewey, qui a appliqué le
pragmatisme à tous les champs de la philosophie et à l'analyse de la société, et à la question de l'éducation. Cette
philosophie est souvent qualifiée de « philosophie de la démocratie américaine ».
6
La première idée retenue dans le pragmatisme est le passage d'une théorie du comportement à une théorie de
l'action en affirmant le caractère créatif de l'agir humain (Bréchet et Desreumaux 2010 ; Bréchet et Schieb-
Bienfait, 2011). Joas (1999) remet en cause trois postulats qu'il identifie dans une grande partie des conceptions
de l'action véhiculées par les sciences sociales, à savoir le caractère téléologique de l'action, le contrôle corporel
de l'acteur, et l'individualité du sujet agissant. Il propose de leur substituer ce qu'il résume de manière
synthétique, par trois autres postulats : la situation, la corporéité, la socialité. Ce nouveau cadre enrichit, dès lors,
les caractéristiques de l’agir de l’entrepreneur.
Concernant le premier postulat, la créativité est vue comme une caractéristique constitutive de l'action humaine,
et non pas l'apanage d'individus exceptionnels. Cela revient, en somme, à ne plus considérer la créativité comme
un don dont disposeraient des individus exceptionnels, mais comme étant consubstantielle à tout être humain et
selon une approche dite multivariée (Sternberg et Lubart, 1999 ; Woodman et al., 1993), ce que, par ailleurs, les
recherches en psychologie sur la créativité ont montré (Lubart, 2003). Le contexte de la créativité importe plus
que la créativité des individus, ce qui conduit les chercheurs et les acteurs socio-économiques à se pencher sur la
nature du contexte (ou climat organisationnel) et, plus largement, sur celle de l’environnement favorisant la
créativité (Amabile, 1988 ; Ekvall, 1993 ; Ford, 1996 ; Cohendet, Grandadam, Simon, 2010 et 2011 ; Dechamp
et Szostak, 2016 ; Brion et Mothe, 2017). En somme, c'est une situation particulière qui suscite la créativité. A ce
titre, on peut considérer l'entrepreneuriat comme « la plus inventive des activités humaines », car l'entrepreneur
crée les conditions à partir desquels il veut agir (Steyaert, 2007). En référence à la conclusion de la section
précédente, ce postulat est cohérent avec le fait de dire que l’expression « entrepreneur créatif » est un
pléonasme en soi, et n’est que le fruit d’un raccourci langagier. Dans cette perspective, nous retenons, en outre,
l’importance de bien comprendre l’environnement des ICC pour atteindre l’objectif de cet article.
Concernant le deuxième postulat, le pragmatisme considère que les actions sont en grande partie des
habitudes acquises au cours des expériences pratiques (ou empiriques) et sociales ; elles sont incorporées et
constituent des formes d'agir adaptées à certains contextes récurrents. Lorsque les effets de ces actions
habituelles entrent en conflit avec les attentes, l'individu est alors conduit à exercer sa réflexivité sur la situation
qui « pose problème » et à envisager des moyens de restituer un ajustement avec l'environnement. Pour les
pragmatistes, c'est précisément là que toute création est réalisée dans le cadre de situations problématiques : la
créativité consiste de facto à inventer de nouvelles variantes d'actions en fonction de facteurs exogènes ou
endogènes relatifs à la situation. Ainsi, nous retenons que, d’une part, une action particulière est appelée par une
situation particulière et que, d’autre part, le dualisme {innovation – créativité} versus {routine – habitude},
souvent retenu dans les conceptions classiques de l'entrepreneur, est ici remplacé par un lien processuel, ou un
agir entrepreneurial (Schmitt, 2015). En somme, cet agir témoigne de l’autonomie de l’entrepreneur dans le
cadre de son projet, de sa capacité à réinventer des règles en situation d’incertitude.
Enfin, concernant le troisième postulat, l’action humaine est considérée à travers ce que H. Joas nomme
l'individualité du sujet qui envisage une personne comme un flux d'expériences dans lequel l'interaction sociale
est constitutive. Les individus agissent et constituent leur individualité dans le cadre de transactions avec leur
environnement physique et social et ils prennent en compte les réactions supposées à leur action sur les autres.
« Le moi est ainsi formé de la représentation des attentes dont il est l'objet » ; il est « une instance d'évaluation
sociale réflexive » (Joas, 1999 ; Joas et Kilpinen, 2009). Ceci doit être compris selon l'ontologie pragmatiste qui
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n'est fondée ni sur l'acteur ni sur la structure, mais sur la relation évolutive mutuelle de l'individu et de son
environnement, ce qui peut appuyer le « tournant relationnel dans les études sur l'entrepreneuriat » (Steyaert,
2007).
En complément de ces postulats, il faut savoir que la conception pragmatiste propose un modèle qui la distingue
de la théorie de l'action rationnelle, telle qu'elle a fondé une partie de l'analyse économique et d'autres sciences
sociales, y compris concernant l'entrepreneuriat. En particulier, elle interroge deux postulats. Le premier vise,
pour l’inverser, la relation entre connaissance et action. Comme l'exprime H. Joas, « il convient de ne pas pré-
ordonner la perception et la connaissance à l'agir, mais de les envisager comme des phases de l'agir, par
lesquelles celui-ci se trouve dirigé et réorienté dans ses contextes situationnels » (Joas, 1999, p.168). Les
processus mentaux sont considérés comme résultant de l'action et de sa corporéité, et nourrissent l’agir humain
(Bréchet, Scheib-Bienfait et Desreumaux, 2009).
Le second postulat discuté par le pragmatisme concerne la vision standard des relations entre les fins et les
moyens. Dans les approches traditionnelles, seuls les moyens sont discutés : les fins poursuivies par les individus
sont prises comme des données supposée inscrites dans la nature humaine. Au contraire, le pragmatisme selon
Dewey soutient l'idée d'une continuité des fins et des moyens. Ainsi, les objectifs sont considérés comme étant à
clarifier dès le départ pour les individus, qui les définissent au cours de leur action, chemin faisant, en fonction
de leurs conséquences qui sont évaluées au fur et à mesure qu'elles se produisent. Cette conception se retrouve
dans celle de l’effectuation en entrepreneuriat (Sarasvathy, 2001 ; Sarasvathy et Germain, 2011) : les fins ne sont
pas clairement définies initialement, peuvent être plurielles et ce sont justement les moyens disponibles ou
choisis, qui contribuent à les préciser.
Cette remise en cause de la logique fins-moyens se fonde sur un double constat. D’une part, les objectifs
généraux d'une organisation peuvent être divisés en objectifs contradictoires : par exemple, rendre accessible à
tous un produit, ce qui conduit à la standardisation, tout en le personnalisant, ce qui nécessite du sur-mesure.
D’autre part, la critique du modèle hiérarchique s’appuie sur le besoin de savoirs pluralistes des opérateurs et des
parties-prenantes, d’où une confrontation pour trouver un accord soutenable sur la nature de ces objectifs. Ces
deux constats nous conduisent à souligner une dernière caractéristique importante en complément de celles
avancées jusque-là, pour caractériser l’action entrepreneuriale.
Le pragmatisme défend l’idée qu'une véritable démocratie ne peut être qu'économique, et ne reposer que sur des
institutions qui accueillent le pluralisme des intérêts et qui organisent la participation et la délibération collective
pour construire en permanence les finalités communes, que ce soit tant au niveau macroéconomique qu’au
niveau des organisations. En d’autres termes, cette « démocratie créative » (Dewey, 1939) doit permettre de
trouver un accord lors des confrontations des savoirs (ou conflits cognitifs). « La démocratie, au sens
pragmatiste, n'est pas tant une institution politique qu'un mode de vie fondé sur la participation des membres de
toute organisation à l'élaboration des règles qui régissent leur existence et leur fonctionnement » (Bazzoli et
Dutraive, 2013, 2015). Ce mode de relation sociale doit, selon lui, être favorisé par un contexte institutionnel
propice à la participation des individus à la définition des finalités des collectifs auxquels leur vie est mêlée.
En référence au pragmatisme qui est l’arrière-plan conceptuel de l’effectuation, nous avançons que l'activité
entrepreneuriale par nature créative et participative, permet justement de proposer un modèle de lien économique
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équilibré entre un individu et son environnement, sous réserve que soit rendu possible cette démocratie créative.
Il s’agit de passer d'une situation subie à une situation agie, et d'une certaine façon, d’« une société dans laquelle
nous voulons vivre à partir d'une société où nous devons vivre » (Srasvathy citée par Steyaert, 2007).
Pour résumer cette partie, nous considérons donc que, pour caractériser l’agir de l’entrepreneur de demain, nous
pouvons, premièrement, envisager de s’inspirer de l’entrepreneur dans les ICC, qui n’est pas une figure
spécifique en entrepreneuriat en fonction de ses traits, et, deuxièmement, apprécier cet agir en rapport avec le
contexte spécifique des ICC. En effet, eu égard à la place prépondérante de la créativité dans les ICC, cet
entrepreneur est confronté à des enjeux qui présagent de ceux à venir dans les autres industries, pour qui la
créativité devient désormais de plus en plus importante (Parmentier et al., 2017). La caractérisation de cet agir
créatif dans les ICC passe alors, avant tout, par une meilleure compréhension du contexte qui s’entremêle à cet
agir, ce qui est l’objet de la partie suivante.
2. L’agir créatif dans les industries culturelles et créatives : réalités et enjeux pour l’entrepreneur de
demain
Si l’entrepreneur dans les ICC est un entrepreneur comme les autres, des études empiriques menées dans les
secteurs concernés (Napier et Nilsson, 2006 ; Szostak, 2006 ; Busson et Evrard, 2013 ; Cohendet et Simon,
2016 ; Parmentier et Gandia, 2016 ; Leclair, 2017) témoignent de caractéristiques qui méritent d’être reconnues
car façonnant l’agir de cet entrepreneur, tout en étant elles-mêmes façonnées par cette agir. Leur analyse nous
permet, dès lors, de comprendre les réalités de cet agir créatif, qui finalement sont proches de celles de la plupart
des industries désormais (Durand, 2006 ; Parmentier et al., 2017). Nous considérons alors qu’une meilleure
compréhension de cet agir dans les ICC s’avère être une source d’inspiration pour comprendre l’entrepreneur de
demain. Et comme l’expriment Busson et Evrard (2013, p. VII), le management des organisations des ICC
devient alors « un « laboratoire » pour l’économie postindustrielle ».
Le contexte de l'agir entrepreneurial dans les ICC est marqué par une intensité de la concurrence et de
l'incertitude qui n'est pas en contradiction avec une forte motivation dont il faudra établir les ressorts.
En référence aux classements du DCMS et à Eurostat (Busson et Evrard, 2013), les ICC regroupent les
entreprises dites culturelles comme, notamment, les sociétés de production et de distribution, les agences
d’ingénierie culturelle, les sociétés de presse, les tourneurs, les exploitants de salles (dont celles en délégation de
service public), les entreprises intermédiaires (les sociétés d’agents, les galeries d’art, les agences spécialisées de
9
relations publiques et de relation presse, les promoteurs), les sociétés de portage (salarial, administratif, bureaux
de production). Ces entreprises sont souvent de très petites tailles7, et gravitent autour de grands groupes,
appelées dans le secteur de la musique et des médias « les majors ». Et cette forme de marché, qualifiée
d'oligopoles à frange, est fortement concurrentielle, d’où des programmes comme Europe Creative, citée plus
haut, pour stimuler la diversité et la compétitivité des organisations.
Celles-ci sont, en outre, faiblement capitalisées ; elles sont localisées dans, ou près, des villes, ce qui leur permet
de profiter des avantages, par exemple, de territoires créatifs (Florida, 2002 ; Cohendet, Grandadam, Simon,
2010, 2011 ; Dechamp et Szostak, 2016), de villes créatives (Cohendet et Zapata, 2009), voire de quartiers
(Saives et al. 2016). En outre, si ces organisations se nourrissent de ce terreau créatif, elles le font également
évoluer8. Cela peut être en raison du fait que leurs ressources humaines, généralement jeunes, diplômées et
connectées, appartiennent également à l’underground, soit « l’ensemble des activités créatives, artistiques et
culturelles, qui se déploient hors des réseaux formellement organisés d’institutions de production, d’exploitation
et de diffusion » (Simon, 2009, p. 39). Ces individus créatifs au sens d’Amabile (1988) se lancent dans
l’expérimentation, prennent des risques, et s’adaptent, avec souplesse et agilité, à la complexité des situations,
que ce soit dans des bars, des discothèques, des salles de concerts, ou encore une communauté, réelle ou
virtuelle, de gamers, de passionnés, mais aussi dans un bureau, une agence, un label, ou une école ou une
université. Ainsi, l’agir de l’entrepreneur dans les ICC témoigne des opportunités de cet environnement
concurrentiel et très créatif (Simon, 2009 ; EY, 2013), qui devient une des caractéristiques communes à
l’ensemble de l’économie désormais.
Les ICC se caractérisent également par d’autres spécificités (Chiapello, 1997 ; Menger, 2002). L'activité
entrepreneuriale9 s'y déploie, en effet, sous une forme et par rapport à un objet particulier. À la différence de la
plupart des processus de production qui consistent en une production continue, dans le domaine des arts du
spectacle vivant, des arts visuels et littéraires, mais aussi dans d’autres domaines créatifs, le processus de
création et de réalisation des œuvres conduit à l'élaboration de prototypes et à une production discontinue par
nature, qui s’opère dans le cadre d’un projet, forme organisationnelle reconnue comme favorable à l’intégration
des connaissances et de l’émergence de nouvelles idées créatives (Woodman et al., 1993 ; Cohendet et Llerena,
1999). Ce processus de création et de production mobilise, en outre, d'importantes ressources humaines
particulières, artistiques et techniques, dont le périmètre peut changer à chaque nouveau projet, ce qui implique
la constitution d'un réseau professionnel dense et varié.
7
Selon le Ministère de la Culture, en France (2017), la moyenne de l’effectif est de 2,1 personnes équivalent
temps plein, par unité légale.
8
Voir, entre autres, les recherches de Brunet (2009) dans le cas de l’industrie du cinéma, de Moyon et Lecocq
(2010) dans le cas de la musique, ou de Durand et al. (2013) dans le cas du design.
9
On peut considérer qu'une partie des activités dans les ICC est de nature véritablement industrielle dans les
secteurs du cinéma, de la presse-édition, de la musique enregistrée, de la publicité, de la mode. De même, il
existe de très gros cabinets d'architectes ou de design. Ici nous considérons surtout les structures de petite
taille proches de l'artisanat.
10
De plus, en raison de ce travail par projet, les frontières de ces organisations sont le plus souvent flexibles et
temporaires10 (Miles, 1964 ; Lundin et Soderholm, 1995 ; Salaun, Fulconis et Fabbe-Costes, 2016). Un tel type
d'organisation produisant des biens et services à chaque fois différents, avec des personnes différentes, des lieux
différents, selon une temporalité différentiée, fait face à un environnement hautement incertain (Busson et
Evrard, 2013 ; Evrard et Busson, 2015 ; Salaun, 2016). La forme « projet » impose à ces individus créatifs
travaillant dans ces organisations, d’être autonomes, capables de formuler leurs propres règles et d’en inventer
des nouvelles régulièrement (Bréchet et Prouteau, 2010). Et cette nécessité est particulièrement exacerbée en
raison des particularités de ce marché, où la demande est versatile et le succès aléatoire.
En effet, tout d'abord, la demande de biens et services culturels, dont la valeur est symbolique plutôt qu'utilitaire,
est une consommation répondant aux besoins supérieurs et dont l'élasticité prix et revenu est assez élevée, ce qui
la rend très sensible à la conjoncture. Ensuite, en raison d'une très forte incertitude sur la qualité – celle-ci étant
davantage une convention qu'un attribut objectif -, la demande à tendance à se polariser sur quelques événements
ou produits sous l'effet de divers mécanismes d'interaction sociale et d'effets informationnels (réputation,
prescription, rendements croissants d'adoption, etc.) (Menger, 2009, 2014). Ces mécanismes rendent le succès
très aléatoire et relativement imprévisible – même si certains dispositifs de marketing peuvent être mis en place
pour juguler ces mécanismes (Evrard et Busson, 2015). Cela accroît la nature concurrentielle de ce marché.
Une des conséquences est que, pour certains segments d'activité dans les ICC, la structure des coûts est telle que
les coûts fixes sont très importants et les coûts marginaux sont faibles, ce qui implique une progression de la
productivité essentiellement liée à la demande (Busson et Evrard, 2013 ; Evrard et Busson, 2015). Dans certains
domaines, comme le spectacle vivant, il peut même être question de « la fatalité des coûts » liée au poids du
travail dans le processus de production et à l'impossibilité de couvrir les coûts uniquement par les recettes
(Baumol et Bowen, 1966).
Ce haut niveau d’incertitude du marché, la forme organisationnelle du « projet » qui en découle, et les risques au
plan financier correspondent à des caractéristiques centrales pour les ICC, qui, désormais, caractérisent aussi
bien d’autres industries high-tech mais aussi traditionnelles du fait, entre autres, du développement du numérique
et de la mondialisation. Cela rejoint, d’ailleurs, une des conclusions de Menger (2002, p. 68) que « l’ironie veut
aussi que les arts, qui depuis deux siècles, ont cultivé une opposition farouche à la toute-puissance du marché,
apparaissent comme des précurseurs dans l’expérimentation de la flexibilité, voire de l’hyper-flexibilité ». Cette
économie de prototypes, peu à même de générer des profits significatifs, nous pousse donc à interroger ce qui
motive et soutient l’agir créatif (Joas, 1999) de l’entrepreneur dans les ICC.
Qu’est-ce qui conduit ces personnes à accepter la situation inconfortable, risquée et instable de l’entrepreneuriat
dans les ICC ? Qu’est-ce qui les pousse à réinventer des règles régulièrement, afin de générer de la valeur en
créant ou développant des activités économiques ? Si McClelland (1965) répond que cela est lié essentiellement
10
Voir Salaun (2016) pour l’application détaillé du concept d’organisation temporaire au cas des festivals de
musique.
11
à la motivation de l’entrepreneur, la littérature en créativité précise qu’elle peut être intrinsèque (un défi, une
envie, un projet personnel) et extrinsèque (une réponse à une commande, la peur de la sanction, la volonté de
gagner une récompense) (Baron, 1951 ; Amabile, 1988 ; Lubart, 2003 ; Joo et al., 2013).
Dans le cas des ICC, la quête de liberté émancipatrice de l’individu expliquerait davantage le choix
d’entreprendre (Menger, 2002), ce qui renvoie à la motivation intrinsèque. Toutefois, comme montré en
première partie, cette motivation dépend fortement du contexte extérieur. Et cela est d’autant visible, par
exemple, lors de la commande d’une performance pour une manifestation culturelle précise, mais aussi lors de la
formulation d’une critique élogieuse (ou non) formulée par un expert. Dans ce sens, Amabile (1988), Ekvall
(1996), Amabile et al. (1996) et Zhou et Hoever (2014) rappellent qu’une ambiance où l’échec est fortement
sanctionné, ou bien une absence majeure de ressources nécessaires au développement de l’idée créative,
constituent un fort obstacle à se lancer dans un choix risqué et prenant. Au contraire, un climat où le renouveau
est valorisé et où sont mis à disposition de l’individu, des moyens matériels et humains, sera plus à même
d’encourager l’agir créatif. Si cet environnement contribue à l’agir créatif des entrepreneurs en ICC, il doit être
considéré comme imbriquant les fins et les moyens (Sarasvasthy, 2001) et non allouant des moyens à des
finalités trop précises en amont.
En effet, pour pleinement rendre compte de l’interaction forte entre l’œuvre (le patrimoine), l’entrepreneur (la
création) et le récepteur (le public ou le consommateur) (Woodman et al., 1993 ; Busson et Evrard, 2013), il est
nécessaire de considérer cet agir selon l’imbrication « fins-moyens » (Bréchet et Desreumaux, 2010). En mettant
l’accent sur la nature située et évolutive de l’agir de l’entrepreneur, cette approche englobante, et non plus
instrumentale ou axiologique, souligne la place centrale de la relation entre l’agir de l’artiste travailleur (Menger,
2002) et les réactions, voire de l’absence de réaction, du public.
En substance, les réalités de l’agir créatif de l’entrepreneur dans les ICC sont caractérisées par l’ancrage de cet
agir dans un marché concurrentiel imposant une flexibilité forte de la part des artistes travailleurs, le
développement d’organisations en mode projet, la nouveauté permanente de leur production plus proche du
prototype que de la série. En somme, en raison de ces caractéristiques dont certaines peuvent être généralisées, il
nous semble que l'analyse de ce contexte peut permettre de mieux comprendre l’entrepreneur de demain à travers
les enjeux auxquels il doit faire face.
Dans cette dernière section, nous proposons de revenir sur deux évolutions observées dans les ICC qui
préfigurent celles en cours dans toutes les industries, à savoir le développement d’un écosystème valorisant la
créativité et d’espaces économiques démocratiques créatifs.
A partir du moment où, premièrement, l’entrepreneur est considéré comme un individu créatif (Amabile, 1988 ;
Steyaert, 2007 ; Carrier et Szostak, 2014), et où, deuxièmement, son agir, comme celui de tout autre acteur, est
12
compris comme créatif (Joas, 1999 ; Sarasvathy, 2001 ; Bréchet et Desreumaux, 2010 ; Sarasvathy et Germain,
2011 ; Marchesnay, 2012), et en interaction avec l’environnement (Woodman, et al., 1993 ; Simon, 2010), la
nature de cet environnement apparaît comme significative. En d’autres termes, cela signifie que cet
environnement doit être pensé pour que la créativité s’exprime, mais aussi pour qu’il puisse, en retour, être
renouvelé par l’agir de l’entrepreneur. Ainsi, si, auparavant, l’entrepreneuriat était un « teleological model of
entrepreneurship as a rationally planned risk taking an linear process of opportunity », il est à present
davantage un « mean-driven, risk-aversive, and circular process involving bricolage and effectuation »
(Kraaijenbrik, 2012). Dit autrement, dans le premier cas, l’environnement doit permettre essentiellement à
l’entrepreneur d’anticiper et de s’ajuster pour minimiser les risques induits par l’incertitude, l’ignorance et le
temps, alors que, dans le second cas, il favorise une approche itérative, par essai-erreur, consistant à co-
construire le projet avec les parties-prenantes, comme le décrit Sarasvathy par le concept de l'« effectuation ».
Que nous enseigne alors l’analyse de l’environnement des entrepreneurs en ICC ?
En prenant appui sur le cadre conceptuel proposé par Isenberg (2011), nous retenons qu’un écosystème est bâti
sur six dimensions. En l’occurrence, cela concerne (i) une culture favorable à l’entrepreneuriat, (ii) un système
politique apportant une légitimité à une telle ambition, (iii) la disponibilité de financements adéquats, (iv) un
capital humain de qualité (les futures parties-prenantes de l’entrepreneur), (v) le dynamisme des marchés visés,
et (vi) les appuis institutionnels et infrastructurels.
Lorsque l’on analyse l’écosystème spécifique aux ICC, nous constatons que certaines de ces dimensions sont
développées de manière à soutenir l’agir créatif (l’existence du territoire / ville / quartier créatif, ou encore de
formations de qualité dans les jeux vidéos, le design, le cinéma, la mode, le spectacle vivant etc.), tandis que
d’autres sont encore pour l’heure encore à développer, ce qui souligne les difficultés à résoudre pour
l’entrepreneur de demain. Par exemple, le système bancaire et les marchés financiers sont faiblement adaptés au
financement de ces activités, peu habitués à considérer la culture comme une activité susceptible d'un retour sur
investissement ; il existe peu de fonds privés dans ce domaine, qui sont, qui plus est, peu armés pour évaluer les
actifs immatériels spécifiques aux ICC (Hearn, 2014). Or, s’il est admis que les productions des ICC ne sont pas
uniquement expressives, mais contribuent également à l’utilité socio-économique, doivent être envisagées des
mesures qui favorisent le rapprochement de la sphère culturelle et artistique de la sphère économique. Il peut
s’agir de l'introduction de structures qui sont dédiées à l'entrepreneuriat des ICC et qui concernent les dispositifs
existants en faveur de l'amorçage des projets, de l'organisation des entreprises en « action collective » pour faire
reconnaître l'intérêt économique de leur soutien public, ou bien de la promotion de formes participatives de
financement (Busson et Evrard, 2013 ; Hearn, 2014).
Mettre la créativité au centre de l’écosystème de l’entrepreneur signifie, par ailleurs, accepter la structuration de
ces six dimensions par des outils. Sans minimiser les risques de ce que certains appellent la
« managérialisation » de la culture et de l’art (Chiapello, 1997 ; Boltanski et Chiapello, 1999), il s’agit, toutefois,
de considérer la nécessité de professionnaliser et d'organiser ces secteurs, afin que, entre autres, les échanges et
l’apprentissage collectif puissent avoir lieu (Julien, 2009). Dans ce sens, ici, on rejoint le cadre pragmatiste
(Dewey, 2012), qui rejette, en effet, la dichotomie entre les valeurs instrumentales et les valeurs spirituelles de
l'action ou du travail, et donc entre art et économie. Deux raisons justifient cet argument. La première fait écho à
13
une observation aujourd'hui consensuelle : la société assiste à une esthétisation du domaine industriel et à un
poids croissant de l'intégration des activités culturelles dans la logique économique (EY, 2013) ; il devient alors
important de considérer les valeurs instrumentales et spirituelles selon un continuum. La seconde raison
concerne le fait que, pour un entrepreneur en ICC, les conditions économiques constituent les moyens à réunir
pour la création, et en définissent les possibilités de déploiement (ou finalités) – et cela nécessite d’identifier et
de maîtriser ces moyens, mais sans empêcher l’émergence de nouvelles possibilités.
Concrètement, cela signifie que l'entrepreneur dans les ICC doit pouvoir solliciter des soutiens institutionnels,
tout en étant en capacité à respecter un cadre imposé pour gagner en légitimité auprès des parties-prenantes.
Cependant, cela ne signifie pas un isomorphisme institutionnel au sens de DiMaggio et Powell (1983) :
l’entrepreneur étant à la croisée de l'économique industrielle et de l’économie créative et artistique, il fait face à
l'incertitude du marché, et ses activités dans le domaine créatif sont plus encore que dans d'autres domaines,
particulièrement sujettes à une indétermination radicale (Menger, 2002). L’entrepreneur a, en somme, besoin de
s’appuyer sur un écosystème laissant de la place à la nouveauté (Washington et Ventresca, 2004) et à ce que l’on
appelle le pluralisme institutionnel (Besharov et Smith, 2014). Un travail mené en France dans le champ du
design, qui comprend trois logiques institutionnelles (Szostak, 2006), permet de mieux comprendre cet enjeu. Il
montre que si les entrepreneurs d’agences de design avaient besoin de s’appuyer sur un cadre institutionnel pour
être reconnus comme légitimes en tant que fournisseurs auprès de leurs prospects (Szostak, 2006 ; Szostak et
Dhuyvetter, 2010), leurs agir ont fait évoluer leur environnement (Durand et al., 2013) : une des logiques
institutionnelles initialement majeure est devenue mineure. Les entrepreneurs concernés ont, en effet, exploité le
pluralisme institutionnel présent pour combiner différemment les valeurs spécifiques à chacune des logiques
présentes.
Un des enjeux consiste alors à maintenir dans le temps, ce pluralisme, cette variété dans l’écosystème. Cela
implique l’existence de financements pluriels, un système politique ouvert à la différence, un capital humain
compétent sur chacune des logiques, et le maintien d’un dynamisme dans le marché, en particulier quand une
logique pourrait s’affaiblir au point de disparaître. Cet enjeu se diffuse aujourd’hui à l’ensemble des industries et
mérite une attention maillant l’ensemble des niveaux d’analyse (individu, organisation, environnement).
Considérer l’entrepreneuriat comme un des dispositifs pour passer à « une société dans laquelle nous voulons
vivre à partir d'une société où nous devons vivre » (Srasvathy citée par Steyaert, 2007), revient, en outre, à
s’interroger sur les modalités rendant ce passage faisable. Autrement dit, comment favoriser une « démocratie
créative » (Dewey, 1939), où les individus de cet écosystème (Isenberg, 2011) mêlent harmonieusement leur
vie et leur emploi (Bazzoli et Dutraive, 2013, 2015 ; Gomez-Breysse, 2016) ? Il s’agit de la seconde évolution
observée dans les ICC que nous voulons développer.
Concernant la première évolution, et bien que confrontés à un environnement très concurrentiel, nous constatons
que les artistes travailleurs et entrepreneurs des ICC s’engagent avec intensité, authenticité et sincérité (Simon,
2009), dans des projets leur permettant de s’auto-réaliser (Menger, 2002), mais selon une modalité d'organisation
qui est souvent associative ou coopérative. En effet, les formes organisationnelles choisies par les entrepreneurs
14
culturels et créatifs sont de manière significative celles que l’on retrouve dans le domaine de l'économie sociale
et solidaire (désormais ESS) (Dubruc et Vialette, 2016 ; Glémain et Richez-Battesti, 2018). Or, l’ESS voit son
développement et sa reconnaissance s'accroître, non pas seulement comme une voie réparatrice de l'économie de
marché, mais comme « des alternatives à dimension humaine, efficaces et efficientes au niveau des territoires
mais aussi, à l’occasion, au niveau des États et de l’Union Européenne, et même parfois à l’échelle d’un
continent » (Dubetz et al., 2015). Comme l’ESS a pour projet de remettre l’humain au centre de l’économie et, à
ce titre, correspond à la conception deweyienne de la « démocratie créatrice », cela nécessite, en revanche, la
mise en place, d’une part, d'institutions favorables à l'implication et à la participation des individus, et la
création, d’autre part, d’espaces de délibération propices à l’expression réelle de la démocratie au sein même de
ces organisations (Detchessahar, 2003 ; Laville, 2012 ; Séran, 2018). Réciproquement, certains dispositifs
nationaux de protection de la culture (e.g. intermittence, exception culturelle) peuvent servir de laboratoire social
pour les secteurs traditionnels. On ne doit pas cependant négliger les difficultés afférentes à ces formes
démocratiques d'organisation (Persais, 2006 ; Château Terrisse, 2012) tenant notamment au « long apprentissage
de la coopération » (Cariou, 2003, p.52) et aux enjeux liés à l’intégration des outils de gestion (Codello-Guijarro
et Beji-Béjeur, 2015 ; Szostak et al., 2018).
Concernant la seconde évolution, nous observons que le numérique joue de plus en plus un rôle pour créer ces
espaces démocratiques créatifs, où les savoirs circulent (Boily, 2009). Le numérique est défini ici comme
l’exploitation d’Internet et des technologies de l’information (produits connectés, cloud-computing, plateformes
collaboratives etc.) (Barlatier, 2016). Le numérique peut être considéré comme un espace virtuel de partage, de
création de valeur, de sélection d’idées. C’est ainsi que, par exemple, dans l’industrie des jeux vidéo, des
communautés d’utilisateurs se sont créées pour échanger des idées sur les produits (Parmentier et Gandia, 2016).
Dans l’industrie musicale, les plateformes permettent de télécharger de la musique, mais aussi de favoriser la
diversité (El Sayegh, 2013). Les cybermusées enrichissent la diffusion des œuvres grâce à des sites web
interactifs, des expositions virtuelles (Boily, 2009).
Mais, pour que le numérique permette la création d’espaces économiques démocratiques et créatifs, plusieurs
enjeux sont à relever. Premièrement, il est nécessaire que les utilisateurs (ou le public) soient invités à se
connecter, voire à contribuer, et que leurs contributions soient de valeur pour attirer davantage d’utilisateurs.
Deuxièmement, si ces plateformes numériques sont de réels espaces économiques démocratiques, elles
interrogent dès lors les entrepreneurs sur les dispositifs adoptés pour augmenter leur audience, d’une part, et,
d’autre part, pour créer de la valeur économique en prenant pour point de référence, la gratuité – ce qui exige un
changement radical de référentiel pour l’entrepreneur. Troisièmement, il est nécessaire de préserver l’autonomie
des utilisateurs car, comme l’exprime Churchill, « nous façonnons notre environnement, nous lui donnons des
formes et des structures et par la suite ce sont elles qui nous façonnent, nous sculptent, nous conditionnent »
(Boily, 2009, p. 108).
En somme, les enjeux soulevés ici en relation avec ces deux évolutions prégnantes dans les ICC rappellent
combien la figure de l’entrepreneur n'est pas à aborder selon une perspective purement individuelle, mais bien du
point de vue de la créativité, sociale, politique et institutionnelle. Et cela fait de l’entrepreneur dans les ICC, une
figure de proue à étudier de près par les chercheurs et les acteurs socio-économiques, afin d’anticiper les
15
orientations nouvelles adoptées par les entrepreneurs de tout horizon, et les conséquences des formes de travail
privilégiant, de plus en plus, la flexibilité, la prise de risque et l’agir créatif.
Conclusion
L’objectif de cet article était de mieux comprendre quel sera l’entrepreneur de demain en s’inspirant de
l’entrepreneur dans les industries culturelles et créatives, et ainsi de contribuer aux recherches relatives à
l'entrepreneur, mais aussi à la théorisation de l’action créative en stratégie des organisations (Durand, 2006 ;
Parmentier et al., 2017), qui est encore insuffisamment instruite (Bréchet et Desreumaux, 2010). Ainsi, après
avoir montré que l’entrepreneur dans les ICC ne procédait pas en soi de caractéristiques spécifiques, mais qu’il
était un entrepreneur comme les autres, nous avons mis l’accent sur l’importance d’étudier l’agir créatif de
l’entrepreneur en adoptant la philosophie pragmatiste (Saravasthy, 2001 ; Marchesnay, 2012). Cela a conduit à
analyser l’environnement et le contexte de l’entrepreneur dans les ICC et de pointer des enjeux à relever
globalement pour les entrepreneurs.
Ce travail théorique mériterait désormais d’être complété par des études de cas dans les ICC, notamment pour
comprendre quel écosystème mettre effectivement en place pour stimuler et soutenir l’agir créatif des
entrepreneurs, et comment parvenir en particulier à ce que les espaces économiques démocratiques créatifs
génèrent de la valeur économique. Ces perspectives de recherche sur l’entrepreneur dans les ICC viendront alors
enrichir la figure de l’entrepreneur au-delà des dualismes classiques entre, entre autres, innovation et routines, ou
connaissances et actions, et ainsi de le reconnaître comme une figure anticipatrice de l’entrepreneur de demain.
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