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Igname 3

Ce document examine la diversité des ignames (Dioscorea spp.) à Madagascar, en comparant les espèces endémiques et introduites dans les régions sèches et humides. Il met en lumière la valeur nutritionnelle des tubercules, les systèmes de gestion durable et les pratiques culturelles associées à leur culture. Les résultats soulignent l'importance de la conservation et de la gestion des ressources végétales dans des contextes agro-écologiques variés.

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Igname 3

Ce document examine la diversité des ignames (Dioscorea spp.) à Madagascar, en comparant les espèces endémiques et introduites dans les régions sèches et humides. Il met en lumière la valeur nutritionnelle des tubercules, les systèmes de gestion durable et les pratiques culturelles associées à leur culture. Les résultats soulignent l'importance de la conservation et de la gestion des ressources végétales dans des contextes agro-écologiques variés.

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LES IGNAMES (DIOSCOREA SPP.

) DE
MADAGASCAR : ESPÈCES ENDÉMIQUES ET
FORMES INTRODUITES ; DIVERSITÉ,
PERCEPTION, VALEUR NUTRITIONNELLE ET
SYSTÈMES DE GESTION DURABLE
Vololoniaina Harimanga Jeannoda, Julia Louisette Razanamparany, Mamy
Tiana Rajaonah, Marie-Odile Monneuse, Annette Hladik, Claude Marcel
Hladik

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Vololoniaina Harimanga Jeannoda, Julia Louisette Razanamparany, Mamy Tiana Rajaonah, Marie-
Odile Monneuse, Annette Hladik, et al.. LES IGNAMES (DIOSCOREA SPP.) DE MADAGASCAR :
ESPÈCES ENDÉMIQUES ET FORMES INTRODUITES ; DIVERSITÉ, PERCEPTION, VALEUR
NUTRITIONNELLE ET SYSTÈMES DE GESTION DURABLE. Revue d’Écologie, 2007, 62, pp.191-
207. �hal-00546221�

HAL Id: hal-00546221


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LES IGNAMES (DIOSCOREA SPP.) DE MADAGASCAR :
ESPÈCES ENDÉMIQUES ET FORMES INTRODUITES ; DIVERSITÉ, PERCEPTION,
VALEUR NUTRITIONNELLE ET SYSTÈMES DE GESTION DURABLE

Vololoniaina Harimanga JEANNODA1, Julia Louisette RAZANAMPARANY2,


Mamy Tiana RAJAONAH1, Marie Odile MONNEUSE3, Annette HLADIK3
& Claude Marcel HLADIK3

SUMMARY. — The yams (Dioscorea spp.) of Madagascar: wild endemic and cultivated species; diversity,
perception, nutritional value, and sustainable management. — Endemic and introduced species of Malagasy
yams (Dioscorea spp.) have been studied in the dry western area (Menabe central, near Morondava) where
diversity is high, taking into account the occurrence of new species recently described. A comparison with
a humid area of the eastern slopes of the country (around Brickaville) shows a striking difference in terms
of diversity. However, in the humid area, the cultivated yams (especially Dioscorea alata) introduced by the
first Indo-Malay settlers are abundant in shifting cultivations, together with the wild species, and the various
cultivars have been maintained thanks to a sociocultural system that implies an obligation of replanting
the head of the tuber after cropping. Such an agro-ecosystem has a global production of the same order of
magnitude as those of central Africa. Densities of the different species of yams have been measured on plots
of the study areas. The sustainable utilization of the various yam species may differ, especially in the dry
area, where regeneration occurs when pieces of broken tubers are left after harvesting, and the soil is subject
to important restructuration due to frequent digging of holes for cropping. Local knowledge and traditions
related to yams have been studied in villages of the two study areas. The yam tubers have been analysed to
determine nutritional value, and comparative tests related to taste (hedonic value) conducted in various pla-
ces, including Antananarivo, for cross-cultural and sensory comparisons. The results of this study, implying
a possible introduction of new cultivated yam species, are discussed in terms of species differentiation in
various bioclimatic areas and according to the specificity of the agro-ecosystem.

Résumé. — Nous comparons la richesse en espèces endémiques d’ignames (Dioscorea spp.) d’une
région de Madagascar au climat sec (Menabe central, près de Morondava), où les formes sauvages sont parti-
culièrement diversifiées et incluent des espèces nouvellement décrites, avec celle du versant oriental humide
(région de Brickaville). Si, dans la zone humide, on observe une moindre diversité des formes endémiques
que dans la zone sèche, en revanche l’introduction ancienne d’espèces cultivées (en particulier Dioscorea
alata, par les premiers migrants indo-malais ) et la diversité des cultivars actuels dont le système social exige
la remise en terre de la tête du tubercule après récolte, aboutit à des agro-écosystèmes ayant une production
du même ordre de grandeur que ceux d’Afrique centrale. Les densités des différentes espèces d’ignames ont
été mesurées afin de pouvoir évaluer, en fonction de leur mode d’utilisation, les possibilités de gestion dura-
ble des peuplements naturels des régions sèches et de ceux des jachères des régions humides où les formes
introduites sont maintenues en parallèle avec des peuplements d’espèces indigènes. Dans les forêts sèches,
la récolte des tubercules des espèces endémiques entraîne une restructuration du sol et une régénération des
ignames lorsque des morceaux des tubercules restent en terre ; toutefois l’impact des prélèvements dans le
milieu naturel diffère considérablement selon les espèces. Les connaissances locales et les utilisations de

1
Université d’Antananarivo, Laboratoire de Botanique de la Faculté des Sciences. BP 906, Antananarivo, 101,
Madagascar. E-mail : vhjeannoda@[Link]
2
Université d’Antananarivo, Laboratoire de Biochimie Fondamentale et Appliquée. BP 906, Antananarivo, 101,
Madagascar. E-mail : [Link]
3 UMR 5145 (Eco-Anthropologie et Ethnobiologie) CNRS et MNHN, Département Hommes, Natures et Sociétés,
4 avenue du Petit Château, F-91800 Brunoy. E-mail : hladik@[Link]

Rev. Écol. (Terre Vie), vol. 62, 2007.

– 191 –
ces différentes formes d’ignames ont été comparées en fonction des résultats d’enquêtes participatives. Les
tubercules des différentes espèces de ces deux régions ont été analysés pour déterminer leur valeur nutri-
tionnelle. Enfin des tests de dégustation ont permis de comparer, en fonction de la sensibilité gustative, les
valeurs hédoniques attribuées à ces tubercules dans différents contextes socioculturels incluant celui de la
capitale, Antananarivo. Les possibilités d’introduction ou de mises en culture d’espèces qui, jusqu’à présent,
ne faisaient l’objet que de ramassage dans les milieux naturels ou transformés, ont été examinées en fonction
de ces résultats et des modes de gestion propres à chaque agro-écosystème.

À Madagascar, la flore des ignames (Dioscorea spp., Dioscoreaceae) est particulièrement


riche, à l’instar de l’ensemble de la flore malgache qui compte plus de douze mille espèces
de plantes vasculaires dont 85 à 95 % sont endémiques (Schatz et al., 1996 ; Schatz, 2000).
À la suite des prospections du début du XXème siècle (Jumelle & Perrier de la Bâthie, 1910 ;
Jumelle, 1922 ; Perrier de la Bâthie, 1925) on dénombrait 33 espèces dont 27 endémiques de
Madagascar et de l’archipel des Comores, dans la flore des Dioscoreaceae de Burkill & Per-
rier de la Bâthie (1950). De nouvelles espèces endémiques, récemment découvertes, ont été
décrites (Wilkin et al., 2000, 2002 ; Weber et al., 2005 ; Haigh et al., 2005) ou sont en cours
de description (Wilkin et al., sous presse a et b ; Rajaonah, 2004). On peut donc estimer qu’à
Madagascar, le genre Dioscorea comporte plus de 40 espèces, soit environ le dixième de la
totalité des 450 espèces d’ignames actuellement reconnues dans le monde selon des derniè-
res mises au point phylogénétiques (Caddick et al., 2002 ; Wilkin et al., 2005). L’ensemble
des ignames malgaches endémiques, à la seule exception de D. antaly, constitue un groupe
monophylétique (Schols et al., 2005 ; Wilkin et al., 2005) qui s’est différencié depuis la sépa-
ration de Madagascar du reste du Gondwana, entre le milieu du Jurassique (-160 MA), lorsque
l’Afrique s’est détachée, et vers la fin du Crétacé (-80 MA), lorsque l’Inde s’est séparée de
Madagascar (Wells, 2003).
Si les tubercules de différentes espèces d’ignames représentent actuellement, au niveau
mondial, une importante ressource alimentaire (Degras, 1986 ; FAO, 1991), la perception et la
gestion de ce type de ressource végétale sont évidemment différentes suivant qu’il s’agit d’es-
pèces sauvages ou de formes cultivées, produit de l’agriculture. Les espèces végétales sauva-
ges font généralement l’objet de cueillette pour la consommation familiale ou éventuellement
pour une commercialisation locale (Oldeman et al., 1996). Le problème de la gestion durable
de ces ressources se pose en termes d’intensité des prélèvements — qui peuvent conduire à
la raréfaction ou à la disparition des espèces exploitées — mais également par rapport à leurs
potentialités de reproduction en réponse aux systèmes de prélèvement (McKey et al., 1996).
À Madagascar, alors que les espèces endémiques du genre Dioscorea ne semblent pas
avoir fait l’objet de domestication, les espèces actuellement cultivées proviennent de formes
introduites par les populations indo-malaises qui ont peuplé l’île au début de notre ère, ainsi
que par des migrants venus plus récemment du continent africain (Wright & Rakotoarisoa,
2003). Leur répartition et leurs usages étant très variables d’une région à l’autre, nous montre-
rons l’étendue de ces variations en comparant, dans cet article, la diversité des ignames ainsi
que leur écologie, leur valeur nutritionnelle et leur perception selon les systèmes de gestion,
dans deux zones bien différentes par leur bioclimat.

SITES D’ÉTUDE ET MÉTHODOLOGIE


Le climat de Madagascar est caractérisé par le contraste marqué entre le versant oriental qui est soumis aux vents
d’alizé et le versant occidental de l’île. Cette dualité se retrouve entre les deux régions de Morondava et de Brickaville
où ont été effectuées les recherches (Fig. 1). La région de Morondava se trouve sur la côte centre-ouest, avec un climat
chaud et sec (pluviosité annuelle de 800 mm et saison sèche durant 8 à 9 mois). La région de Brickaville est située
sur la côte centre-est de Madagascar, avec un climat perhumide chaud (pluviosité annuelle de plus de 2 500 mm et
une saison sèche peu marquée). La végétation et la flore de ces régions reflètent ces différences climatiques. Dans la
région de Morondava, la forêt dense sèche caducifoliée se définit par la série floristique à Dalbergia, Commiphora et
Hildegardia alors qu’autour de Brickaville, la forêt dense humide sempervirente de basse altitude, appartient à la série
à Myristicaceae et Anthostema (Humbert & Cours Darne, 1965 ; Cornet & Guillaumet, 1976).

– 192 –
Figure 1. — Les deux régions où les espèces d’ignames sont comparées, localisées par rapport aux bioclimats de
Madagascar.

L’étude menée dans la région de Morondava (Menabe central), concerne les villages d’Andranomena et de
Beroboka. C’est une zone dont l’altitude ne dépasse pas trente mètres, où la végétation, sur sol arénacé, est une mosaïque
de forêt dense sèche et de savane. À Andranomena il existe une Réserve Spéciale de 6 420 ha préservant la forêt où
les baobabs (Adansonia spp.) sont abondants. À Beroboka, l’impact des activités humaines est beaucoup plus fort et le
paysage végétal est surtout dominé par des lambeaux forestiers et des jachères succédant à l’abandon des cultures sur
brûlis. Ces jachères se présentent, selon leur âge, sous la forme de savanes herbeuses (monka) ou arbustives/arborées
(monka ala). On trouve également dans cette région des terres alluviales (baiboho) utilisées pour la riziculture. Dans
les deux localités, le paysage est marqué par la présence, au sein de la forêt, de plans d’eau plus ou moins temporaires
(ranovory) dont la présence contribue à augmenter l’humidité du sol. Les Sakalava qui représentent la principale ethnie
de cette région y pratiquent les cultures sur brûlis (hatsaka) incluant le maïs et l’arachide et élèvent des zébus. La base
de leur alimentation est le riz auquel s’ajoutent le manioc, la patate douce et le taro. Les ignames sauvages constituent
un appoint saisonnier pouvant, dans certains cas, se substituer au riz.
Dans la région de Brickaville, l’étude a été réalisée dans plusieurs villages (Razanaka, Fanasana, Andevoranto,
Anivorano, Lohariandava) où la forêt a disparu pour faire place à des jachères (savoka) d’âges divers qui succèdent
à l’abandon des champs de culture sur brûlis. Cette région est caractérisée par la présence de collines ne dépassent
pas 200 mètres d’altitude, aux pentes plus ou moins fortes. La population de la région de Brickaville est en majorité
composée par les Betsimisaraka qui pratiquent la culture sur brûlis (tavy). Le riz pluvial est la première plante cultivée
sur les défrichements et il fait place, après un ou deux ans, à la culture du manioc. Les champs sont ensuite abandonnés
pendant quelques d’années et évoluent en jachères, soit en savoka herbacées à Aframomum angustifolium, ou arbustives
à Ravenala madagascariensis ou encore arborées plus âgées incluant des espèces forestières.
Dans chacune de ces régions, nous avons combiné les enquêtes ethnobotaniques participatives avec les prospections
sur le terrain. Pour déterminer la densité et la répartition des espèces d’ignames, des relevés ont été effectués dans
différents types de formation végétale sur 11 parcelles de 400 m2 (totalisant 0,44 ha) dans la région de Morondava et
sur 5 parcelles de 500 ou 1 000 m2 (totalisant 0,35 ha) dans la région de Brickaville. Le dénombrement des tiges de ces
plantes à tubercules, géophytes dont la tige repousse chaque année, permet d’obtenir une estimation de la population
(plantules comprises). Les tubercules de ces ignames récoltées (formes sauvages ou cultivées, selon les cas) ont été
analysés au Département de Biochimie Fondamentale et Appliquée de la Faculté des Sciences d’Antananarivo, afin d’en
déterminer, notamment, les teneurs en protéines et en amidon.
Par ailleurs, des tests d’évaluation du goût de ces tubercules d’ignames ont été effectués auprès de différentes
fractions de la population malgache (associations de femmes, lycéens, collégiens ou élèves du primaire), dans les
zones d’étude ainsi qu’à Antananarivo, la capitale où la plupart de ces ignames sont inconnues, afin de préciser les
perceptions dans le cadre d’une étude plus globale de la perception gustative (Hladik et al., 2004). L’évaluation de la
valeur hédonique des échantillons goûtés s’effectue sur une échelle analogique graduée dont 6 points sont clairement
mis en évidence, allant du goût « le plus mauvais » (tsy laitra ho hanina) au « meilleur de tout » (tena ankafizina), en
passant par une valeur centrale neutre ou indifférente (tsy hita izay ilazàna azy).
Enfin la place qu’occupent les ignames dans la vie de la population a été précisée par un indice d’utilisation,
défini comme le pourcentage des personnes connaissant ou utilisant une espèce donnée par rapport au nombre total de
personnes enquêtées. Les divers modes de gestion de la ressource que représentent les ignames aussi bien sauvages que
cultivées ont été observés et notés au cours de ces enquêtes. Leur impact sera discuté en fonction de la dynamique et de
la biodiversité des milieux.

– 193 –
RÉSULTATS

LES IGNAMES DE LA RÉGION DE MORONDAVA


Les ignames recensées dans le Menabe central sont au nombre de 12 si l’on se réfère
aux noms vernaculaires dans le parler Sakalava du Menabe (indiqués en caractère gras). En
incluant une espèce nouvellement décrite, les espèces suivantes ont pu être identifiées sans
ambiguïté :
• Dioscorea bako nov. sp. Wilkin (bako)
• D. maciba Jum. et Perr. (ovy)
• D. ovinala Bak. (angily)
• D. fandra H. Perr. (anjiky)
• D. antaly Jum. et Perr. (antaly)
• D. bemarivensis Jum. et Perr. (trengitrengy)
• D. sansibarensis Pax (veoveo)
D’autres noms vernaculaires utilisés dans la région de Morondava correspondent à des
taxons qui demanderaient soit des révisions, soit la création de nouvelles espèces :
• D. cf. soso Jum. et Perr. (sosan’ala), herbiers MT 072 et 075
• D. cf. soso Jum. et Perr. (sosan-drano), herbiers MT 022 et MT 024
• D. cf. soso Jum. et Perr. (babo gasy), herbiers MT 014 et MT 015
• D. cf. soso Jum. et Perr. (babo menamionga), herbiers MT 005 et MT 004
Enfin la seule espèce d’igname cultivée dans cette région est :
• Dioscorea alata L. (un seul cultivar nommé ovy toko ou bemako)
Hormis cette dernière forme cultivée, introduite, ainsi que Dioscorea sansibarensis qui
est une espèce commune à Madagascar et à l’Afrique, toutes ces ignames sont endémiques et
ne se rencontrent que dans le domaine occidental caractérisé par un climat sec (saison sèche
marquée pendant 7 à 8 mois). La forme nommée sosan-drano ne se trouve qu’en milieu maré-
cageux, alors que le sosan’ala ne se rencontre qu’en forêt. Par ailleurs les deux formes respec-
tivement nommées babo gasy et babo menamionga se distinguent par l’orientation du tuber-
cule, verticale chez la première et horizontale chez la seconde, avec pour chacune d’elle, la
présence d’un manchon fibreux couvrant la partie apicale du tubercule qui les distingue des
formes sosan-drano et sosan’ala. Enfin le terme oviala (qui signifie « igname de la forêt ) est
utilisé par les habitants de la ville de Morondava pour désigner les ignames sauvages récoltées
« en brousse ».

Répartition et densités
Les principales caractéristiques des sites des relevés et les densités des ignames autour
d’Andranomena et de Beroboka sont présentées dans le tableau I. La localisation des parcelles
a été choisie en fonction de la présence d’ignames. L’espèce D. maciba est la plus commune,
présente dans 8 des 11 relevés. Elle se développe surtout en lisière forestière et dans les milieux
perturbés ouverts ayant subi l’action du feu. Les densités les plus fortes se rencontrent particu-
lièrement dans les jachères boisées (monka ala). D. maciba (ovy) est donc une plante héliophile
dont la tige lianescente (comme celle de toutes les ignames) nécessite la présence de support
pour bien se développer, ce qui explique sa présence en lisière ou dans les jachères boisées et
son absence dans les jachères herbacées.
La densité de D. bako qui est l’espèce la plus prisée par la population est faible dans les
deux seuls relevés où l’espèce a été rencontrée (zone marécageuse ouverte et forêt située près
d’un point d’eau). La répartition observée laisse supposer que le développement de D. bako
est favorisé par l’humidité du sol. L’absence de cette espèce des autres relevés pourrait aussi
s’expliquer par la surexploitation dont elle est l’objet.

– 194 –
TABLEAU I
Nombre d’ignames répertoriées sur des parcelles de 400 m2 de la région de Morondava

Site Andranomena Site Beroboka


Forêt Savane arbustive Zone de
Recrû forestier Zone de culture Forêt
(Réserve Spéciale) (Monka ala) culture
intacte exploitée
60 75 80 80 100 100 80 90 90 100 100
Degré d’ouverture (%)
Nature du sol limon limon limon sable limon limon limon limon limon limon argile
/sable /sable /sable /sable /sable /sable /sable /sable /sable sableuse
pH 6,3 6,0 5,8 5,6 5,9 5,9 5,8 5,9 6,1 6,3 7,0
Présence de point d’eau - + - - - - - - - + +

– 195 –
Dioscorea maciba 41 97 6 0 0 16 59 213 1 173 649 0
D. bako [Link]. Wilkin 0 5 0 0 0 0 0 0 0 0 150
D. cf. soso (sosan’ala) 0 37 0 0 0 0 1 0 0 0 0
D. cf. soso (babo gasy) 0 0 0 42 0 0 1 0 0 0 0
D. cf. soso (babo menamionga) 0 0 10 0 0 0 0 0 0 0 0
D. ovinala 103 31 0 8 0 0 22 0 0 0 0
D. antaly 0 0 0 0 0 0 0 0 0 25 0
D. sansibarensis 0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 62
D. fandra 0 0 0 0 37 0 0 0 0 0 0
D. bemarivensis 0 0 0 1 4 28 0 0 0 0 0
Comme D. ovinala, les diverses formes de D. soso se rencontrent surtout dans les milieux
forestiers peu dégradés de la Réserve Spéciale d’Andranomena qui n’ont pas été brûlés et
non dans les jachères. À Beroboka où la densité de population est plus élevée, elles occupent
également le même type de biotope avec des densités très faibles dans une forêt beaucoup plus
dégradée. D. fandra et D. bemarivensis qui ne sont pas connues de la population à Beroboka
n’ont été trouvées qu’à Andranomena dans les cultures sur brûlis. Enfin la présence de D. san-
sibarensis dans un site de Beroboka marécageux et à sol argileux, confirme qu’il s’agit d’une
espèce affectionnant les alluvions des bords de cours d’eau, comme l’avaient observé Burkill
& Perrier de la Bâthie (1950) à Madagascar ainsi que Wilkin (2001) en Afrique.

Utilisations, composition et valeur nutritionnelle


Les tubercules de ces ignames sont consommés cuits ou, pour certaines d’entre elles,
crus. Même les espèces toxiques ou amères comme D. sansibarensis, D. antaly, ou D. ovinala
sont consommées après rouissage (trempage dans l’eau courante et séchage). D. sansibarensis
et surtout D. antaly peuvent être conservés sous forme de farine. Cependant ce sont surtout
les ignames dépourvues de principes toxiques, en particulier D. maciba et D. bako, qui sont
consommées et/ou vendues sur les marchés et le long des routes (Fig. 2A). Les récoltes sont
importantes pendant la période de soudure (lorsque les réserves de riz sont épuisées) et la
période s’étend de mars à août, c’est-à-dire à la fin de la saison des pluies et au début de la
saison sèche. Elle peut cependant se prolonger jusqu’à la fin de la saison sèche (septembre/
octobre) quand le sol est dur et difficile à creuser. Il faut noter que, lorsque la nouvelle tige de
D. maciba ou de D. bako repousse annuellement, l’ancien tubercule se vide de sa substance et
un nouveau tubercule se forme. Ce dernier arrive généralement à maturité au début de la saison
sèche, vers la fin du mois de juin. Les tubercules sont donc généralement récoltés lorsqu’il est
facile de les extraire d’un sol encore humide (mars à juin). Cette période correspondant à la
période de soudure, au moment où la récolte de riz n’a pas encore été faite, certains tubercules
sont donc en fait récoltés avant qu’ils n’arrivent à maturité. Enfin il faut noter que, dans certai-
nes parties de la forêt, les excavations qui résultent de l’extraction des tubercules peuvent être
très denses (Fig. 2B).
Les pourcentages des réponses positives sur l’utilisation de ces ignames par les person-
nes enquêtées dans les deux villages, respectivement à Beroboka (n = 59) et à Andranomena
(n = 27) permettent de montrer une variation d’utilisation en relation avec la répartition des ces
ressources (seules deux des quatre formes de soso étant distinguées dans cette enquête).
Dioscorea maciba : 100 et 100 ;
D. bako : 86 et 70 ;
D. cf. soso (Sosa) : 73 et 56 ;
D. cf. soso (Babo) : 78 et 44 ;
D. ovinala : 15 et 33 ;
D. antaly : 22 et 0 ;
D. sansibarensis : 19 et 0 ;
D. bemarivensis : 0 et 56 ;
D. fandra : 0 et 41.
Ce sont les ignames non toxiques et non amères qui sont les plus utilisées par la popula-
tion, en particulier D. maciba avec 100 % de réponses positives dans les deux localités. Les
valeurs pour D. bako sont également très élevées, mais la rareté de la ressource explique que les
pourcentages soient inférieurs à ceux du D. maciba. Pour les espèces que l’on rencontre aussi
bien à Andranomena qu’à Beroboka, le pourcentage des utilisateurs est beaucoup plus élevé à
Beroboka, même pour les espèces du groupe D. soso qui y sont pourtant peu abondantes.
Les principaux résultats de l’analyse des tubercules d’ignames de la région du Menabe
central sont présentés dans le tableau II. On observe une importante différence de composition
entre les espèces, avec des teneurs en amidon allant de 60 % à plus de 80 %, dont la fraction
d’amylose (qui peut influer sur le goût du tubercule) est également variable, entre 10 % et
26 %.

– 196 –
Figure 2. — Utilisation d’une igname endémique de collecte, Dioscorea maciba, dont les tubercules cuits sont vendus
sur le bord de la route dans la région de Morondava (A) et aspect des lieux de récolte, avec de nombreuses excavations
du sol (B) dans une forêt sèche de l’ouest de Madagascar (photos Victor Jeannoda).

– 197 –
TABLEAU II
Composition des espèces du genre Dioscorea de la région de Morondava, incluant les espèces endémiques et une
forme introduite de D. alata

Teneur en (dont
Lipides Protéines Amidon Fibres
eau (%) amylose)
En g / 100 g de matière sèche pour les ignames consommées cuites
D. maciba 76,6 0,6 2,5 75,5 (13,8) 13,7
D. bako 88,1 0,9 5,5 67,4 (10,1) 12,7
D. ovinala 87,9 0,5 5,8 67,9 (15,7) 9,2
D. bemarivensis 62,9 0,7 1,1 82,4 (26,2) 7,2
D. antaly 0,6 7,4 78,0 (12,1) 12,1
D. sansibarensis 0,4 3,7 81,2 (26,3) 10,4
D. alata (ovytoko) 74,7 0,9 5,2 59,2 (19,3) 10,7
En g / l de jus extrait du tubercule des ignames consommées crues
D. fandra 95,9 3,7
D. cf. soso (babo) 98,0 2,0
D. cf. soso (sosan’ala) 92,7 6,5
D. cf. soso (sosan drano) 92,8 6,2

La teneur en protéines peut dépasser 7 % du poids sec, dans le cas de D. antaly qui néces-
site une procédure de détoxication pour devenir consommable. Alors que l’igname la plus com-
mune, D. maciba, ne renferme que 2,5 % de protéines, celle qui est la plus recherchée, mais
qui est devenue rare, D. bako, présente une teneur plus élevée (5,5 %). Les apports caloriques
correspondants sont de 360 à 400 Kcal pour 100 g de matière sèche.
Pour les ignames qui se consomment crues et qui sont caractérisées par un tubercule à
très forte teneur en eau (de 93 % à 98 %), les analyses ont porté sur les jus extraits dont on a
comparé les teneurs en poids sec de protéines. L’apport énergétique est évidemment très faible
pour ces tubercules consommés essentiellement pour étancher la soif.
Par ailleurs l’analyse des micronutriments a mis en évidence l’importante teneur en cal-
cium de D. ovinala (0,49 % du poids sec) et de D. bemarivensis (0,33 %) ainsi que celle d’une
des formes de D. soso (0,25 %) qui dépassent nettement les faibles teneurs généralement
observées.

Goût et préférences
La valeur hédonique des tubercules des ignames a été évaluée par des tests effectués dans
différents contextes, d’une part dans le village de Beroboka, d’autre part dans des établisse-
ments scolaires de la ville de Morondava. Un total de 119 personnes (78 hommes et 41 fem-
mes) a participé à ces tests consistant à goûter des morceaux des différentes ignames cuites à
l’eau non salée (façon traditionnelle de cuire ces aliments) ou crues pour les espèces à forte
teneur en eau, qui se consomment ainsi. Les seuils de perception gustative ont été mesurés au
cours de ces séances de tests, afin de déterminer si les préférences individuelles pour certaines
ignames sont fonction de l’acuité gustative (Hladik et al., 2004).
L’ensemble des résultats obtenus dans la région de Morondava, ainsi que ceux que nous
avons obtenus, avec les mêmes espèces d’ignames dans la capitale Antananarivo, sont regrou-
pés sur la Figure 3. En effet, dans la mesure du possible, les différentes espèces d’ignames
ont été transportées d’un lieu à l’autre afin de pouvoir effectuer des comparaisons, l’un des
objectifs de cette recherche étant d’évaluer les possibilités d’utilisation des espèces dans les

– 198 –
Figure 3. — Comparaison des goûts des différentes espèces d’ignames selon les valeurs hédoniques attribuées par n
personnes ayant participé aux tests de dégustation (moyenne et écart à la moyenne). Les tubercules cuits de Dioscorea
maciba, D. bako et D. seriflora ont été testés dans la région de Morondava (dans le village de Beroboka et dans la
ville de Morondava), ainsi que ceux de D. maciba et D. seriflora à Antananarivo. Les tubercules de D. soso et de D.
fandra ont été testés dans ces mêmes lieux à l’état cru, tels qu’ils sont habituellement consommés. À Brickaville, les
tubercules cuits de D. seriflora et de D. esculenta ont été comparés à ceux de deux cultivars de D. alata (variétés ovibe
et ovy lalaina).

régions où elles ne sont pas connues. Une igname de la zone humide, D. seriflora, avait, dans
cette optique, été transportée jusqu’à Morondava.
La plus haute note hédonique a été attribuée à D. maciba, la plus commune et la plus
consommée des ignames, par tous les participants au test du village de Beroboka. Les valeurs
hédoniques attribuée aux autres espèces d’ignames sont significativement plus élevées
(p < 0,001) dans ce village que dans les villes, aussi bien à Morondava qu’à Antananarivo où
les notes d’appréciation sont plus faibles pour toutes ces ignames qui n’apparaissent jamais sur
les marchés. Les ignames aqueuses consommées crues (D. fandra et D. soso), un peu sucrées
et à goût de pastèque, ne sont appréciées que dans les villages où elles sont connues. Elles sont
d’ailleurs d’autant plus appréciées que les sujets perçoivent mieux les solutions sucrées.
On remarque l’excellent score d’appréciation du tubercule cuit de D. bako, même à Moron-
dava, bien qu’il ne soit généralement pas connu dans cette ville. Cette espèce est fort appréciée
des connaisseurs, mais il semblerait qu’elle soit menacée à cause d’une surexploitation, alors
même qu’il s’agit d’une espèce nouvellement décrite (Wilkin et al., sous presse).

LES IGNAMES DE LA RÉGION DE BRICKAVILLE


Seules deux espèces endémiques du genre Dioscorea sont présentes dans les milieux natu-
rels ou anthropisés de la région de Brickaville où la pratique de la culture sur brûlis a fortement
réduit la végétation forestière d’origine. Nous indiquons (en caractères gras) leurs noms verna-
culaires dans le parler local Betsimisaraka.
• D. arcuatinervis Hochr. (mareky)
• D. seriflora Jum. et Perr., (ovifotsy), qui n’a pas été observée dans nos relevés, a pu être
récoltée plus en altitude (500 m), en milieu forestier, dans la région de Beforona. Elle produit
un tubercule de grande dimension (Fig. 4A) profondément enterré dans le sol forestier. D’après
les habitants de Brickaville, cette igname se rencontrerait également à basse altitude, mais dans
des forêts éloignées de nos villages d’étude.

– 199 –
Les autres espèces rencontrées à Brickaville sont :
• D. sansibarensis Pax (rangitrika), espèce commune à Madagascar et à l’Afrique et que
nous avons également trouvée à Morondava.
• D. bulbifera L. est une espèce commune à l’Afrique et à l’Asie qui semble avoir été culti-
vée à Madagascar où elle est subspontanée. Alors que son tubercule est très petit, elle produit
de nombreuses bulbilles, dont la morphologie permet de distinguer deux variétés, celle dont
les bulbilles sont anguleuses et de couleur grise (hofika gasy) et celle dont les bulbilles sont de
forme arrondie (hofika mamy ou hofim-bazaha).
• D. alata L. (ovy) est une espèce à tige ailée, introduite par les premiers migrants indo-
malais ayant colonisé Madagascar, dont nous avons observé de nombreuses formes (cultivars)
dans la région de Brickaville. Le nom vernaculaire ovy est resté proche d’un nom indo-malais
ubi (ou uwi) désignant cette igname cultivée (Haudricourt, 1953) et les cultivars sont actuelle-
ment désignés par des composés de ovy suivis de déterminants relatifs à des caractéristiques du
tubercule : ovibe est caractérisé par la présence d’un gros tubercule (be signifie gros) allongé
à peau brune épaisse, chair généralement jaunâtre, pouvant peser plus de 10 kg ; ovy masoan-
drovolo possède un tubercule blanc, allongé, à peau fine et dont les radicelles sont disposés
autour du tubercule à la manière des rayons du soleil (son nom signifie « cheveux du soleil ») ;
ovy lalaina présente des tubercules au nombre de 3 à 4 par pied, caractérisés par leur peau et
leur chair de couleur violette ; ovy lohamboay (tête de crocodile) et ovy bonganomby (testicule
de zébu), cultivars qui n’ont pu être trouvés que sous la forme de un ou deux pieds cultivés dans
la cour de quelques maisons.
• D. esculenta (Lour.) Burkill (mavondro), à tige épineuse, est également une espèce
introduite d’Asie. Elle produit de nombreux tubercules à goût légèrement sucré.
• Une dernière espèce, ovihazo (« igname-bois »), présente dans la région de Brickaville
pose encore un problème au point de vue de l’identification. Il s’agit d’une forme, introduite
d’Afrique, qui était encore inconnue du temps de Flacourt (1661) et mentionnée au début du
XIXème siècle par Chapelier (Poisson, 1941) et répertoriée comme D. minutiflora Engl. dans
la flore de Burkill & Perrier de la Bâthie (1950). Son tubercule à plateau ligneux, développant
des digitations terminées par un tubercule comestible (Fig. 4B), est analogue à celui des formes
africaines cultivées proches de D. cayenensis Lam. (Wilkin et al., sous presse).
Bien qu’il n’ait été observé qu’une seule espèce d’igname sauvage dans les relevés effec-
tués autour de Brickaville, nous devons souligner que la plupart des formes de D. alata, intro-
duites par l’homme, pourraient faire partie des espèces spontanées car elles produisent des
bulbilles qui nécessairement participent à la multiplication végétative de ces formes, comme
dans le cas de D. sansibarensis, et plus encore pour D. bulbifera.

Répartition et densités
Dans la région de Brickaville, les relevés ont été effectués dans des jachères d’âges variés
(Tableau III). Dans ces milieux plus ou moins ouverts selon le degré de re-colonisation après
brûlis, les espèces herbacées comme Aframomum angustifolium ou Pteridium aquilinum se
développent d’abord, puis laissent ensuite la place à des buissons ou à des arbres comme Lan-
tana camara ou Albizia lebbeck, parmi lesquels Ravenala madagascariensis (forme ‘horono-
rona’) peut devenir prédominant. Enfin, dans certaines anciennes jachères, les espèces fores-
tières se développent.
Dans ces milieux anthropisés les populations pratiquent la végéculture des ignames —la
tête de l’igname étant replacée dans le sol après récolte du tubercule — qui sont ainsi mélan-
gées à d’autres plantes utiles (arbres fruitiers, autres cultures vivrières), les espèces arbores-
centes leur servant de tuteur.
La seule igname endémique trouvée dans ces jachères, D. arcuatinervis, peut présen-
ter localement une densité élevée, correspondant à 680 tiges à l’hectare sur l’un des relevés
(Tableau III) ; mais D. bulbifera, espèce la plus commune et qui se multiplie végétativement
par bulbilles, peut atteindre localement 4 820 tiges à l’hectare.

– 200 –
Figure 4. — Exemples d’ignames de la région de Brickaville : une espèce endémique de forêt dense humide, Dioscorea
seriflora (A), dont le tubercule, fort apprécié, est devenu rare autour des villages; une espèce introduite, D. cayenensis
(B), peu utilisée actuellement; et le cultivar le plus courant de D. alata, ovibe (C), vendu sur le bord de la route
(photos A. et C. M. Hladik).

La densité d’une igname entretenue par l’homme (D. alata, ovibe) est plus remarquable
car elle est présente sur toutes les parcelles analysées et atteint localement 1 720 pieds à l’hec-
tare, ce qui correspond à un rendement annuel de 5 à 6 tonnes de tubercules. Les autres variétés
de D. alata sont beaucoup plus dispersées, de même que D. cayenensis (ovihazo). Enfin certai-
nes ignames ont été observées exclusivement auprès des habitations : c’est le cas notamment
des cultivars de D. alata boganomby et lohamboay ainsi que de l’espèce D. esculenta.

– 201 –
TABLEAU III
Nombre de tiges d’ignames (Dioscorea), autour des villages de la région de Brickaville, respectivement sur les
communes d’Ambavatonelina et de Manampafana (relevés sur 1 000 m2), et de Ambodiravinala, d’Ambalatenona et
de Marosoanjo (relevés sur 500 m2)

Parcelles de 1 000 m2 Parcelles de 500 m2


Jachère Jachère
Jachère Jachère Brûlis récent
arbustive arborée à
arborée à arborée à sur jachère
envahie de Aframomum
Ravenala sur Ravenala sur de 25 ans sur
Lantana sur limon
limon sableux, limon sableux, limon sableux,
sur sable en sableux, à
à forte pente à forte pente à forte pente
terrain plat pente moyenne
D. arcuatinervis (mareky) 0 0 34 0 0
D. sansibarensis (rangitrika) 0 0 0 0 66
D. bulbifera (hofika gasy) 482 130 0 100 44
D. alata (ovibe) 155 172 55 70 69
D. alata (ovy masoandrovolo) 0 150 0 54 0
D. cayenensis (ovihazo) 0 22 0 0 0

Utilisation, valeur nutritionnelle et perception gustative


L’enquête sur l’utilisation et la connaissance de ces ignames a concerné 102 personnes
réparties dans les cinq villages. La seule espèce endémique, D. arcuatinervis (mareky), pré-
sente sur l’une des parcelles, n’a jamais été mentionnée dans ces villages. L’espèce indigène
D. sansibarensis (rangitrika) dont l’utilisation dans l’alimentation nécessite une détoxication
préalable est connue et utilisée par moins de 10 % des personnes enquêtées alors que D. bulbi-
fera (hofika gasy), à forte multiplication végétative grâce aux nombreuses bulbilles (toxiques)
qu’elle produit, est bien connue de la grande majorité (90 %) qui en apprécie la valeur médi-
cinale. C’est un cultivar de D. alata, ovibe, qui est le plus utilisé et vendu sur le marché de
Brickaville ou le long de la grande route. Bien qu’il y ait une période de production importante
de cette igname à partir de juin/juillet et surtout en août/septembre, des tubercules sont dispo-
nibles presque toute l’année.
D. alata (ovibe) produit le plus gros tubercule et est utilisé partout (100 % de réponses
positives). Les réponses positives concernent 60 % des personnes enquêtées dans le cas du
cultivar de D. alata, ovy lalaina à chair violette, 40 % pour ovy masoandrovolo, et seulement
7 % et 2 % respectivement pour ovy bonganomby et ovy lohamboay. L’autre espèce cultivée,
D. esculenta (mavondro) est utilisée par 30 % des personnes enquêtées, tandis que l’utilisa-
tion de la forme africaine introduite, D. cayenensis (ovihazo), semble totalement oubliée alors
qu’elle est présente dans une des parcelles où nous avons effectué les relevés.
Les résultats des analyses concernant plusieurs de ces formes sont présentés dans le
Tableau IV. On observe toujours une importante différence de composition entre les espèces,
mais également entre les différents cultivars de D. alata dont les teneurs en amidon peuvent être
assez faibles avec une teneur en fibres élevée. Toutefois, le cultivar le plus utilisé de D. alata
(ovibe) présente les caractéristiques nutritionnelles les plus intéressantes et sa valeur énergéti-
que (392 Kcal pour 100 g de matière sèche) est sensiblement plus élevée que celle des autres
ignames de cette région. On notera que la forme actuellement peu utilisée et souvent oubliée
de D. cayenensis (ovihazo), présente aussi des caractéristiques nutritionnelles appréciables et
que la teneur en protéines de ces formes, qui dépasse presque toujours 6 %, reste nettement
supérieure à celle des autres tubercules de culture comme le taro ou le manioc (FAO, 1991).
Les tests comparatifs de dégustation réalisés sur 267 personnes dans les établissements
d’enseignement de Brickaville ont montré que le goût de ces tubercules est particulièrement
apprécié, notamment celui des formes les plus communes de D. alata et surtout celui de D.
esculenta (Fig. 3). Le tubercule de la forme endémique D. seriflora est également très apprécié

– 202 –
TABLEAU IV
Composition des espèces du genre Dioscorea de la région de Brickaville, incluant deux espèces indigènes et des
formes introduites D. alata et D. cayenensis

Teneur en
Lipides Protéines Amidon (dont amylose) Fibres
eau (%)
En g / 100 g de matière sèche des ignames consommées cuites
D. seriflora (oviala) 67,7 0,3 6,7 61,2 (26,8) 10,0
D. cayenensis (ovihazo) 81,1 0,6 6,5 66,4 (15,2) 6,4
D. alata (ovibe) 73,6 0,6 6,3 61,3 (38,2) 3,5
-- (ovy masoandrovolo) 78,8 0,8 3,6 42,5 (9,5) 37,0
-- (ovy soroka) 81,0 0,7 6,2 52,0 (13,8) 15,0

localement, mais il est significativement noté au-dessous de la moyenne à Antananarivo — où


nous avons vu cependant que l’espèce endémique de Morondava, D. maciba, a été quasiment
autant appréciée que dans les villages du Menabe.
Dans le cadre de nos études des perceptions et des préférences alimentaires (Hladik et al.,
2004), nous avons évalué dans quelle mesure les valeurs hédoniques sont liées aux caractéris-
tiques individuelles de la perception gustative qui, elles-mêmes, pourraient varier au sein des
populations locales. Nous avons retrouvé, dans les échantillons de population de Brickaville, la
corrélation (p < 0,001) entre la sensibilité au saccharose et les préférences, aussi bien pour les
formes cultivées de D. alata que pour D. seriflora. Toutefois, au sein des populations testées à
Madagascar (à Morondava, Antananarivo et Brickaville), les sensibilités gustatives moyennes
ne diffèrent pas significativement et ne déterminent donc pas les variations dans les préférences
pour les différentes espèces d’ignames.
Les résultats de ces tests et des analyses des valeurs nutritionnelles laissent présager que
plusieurs espèces d’ignames qui ne sont pas répandues dans certaines régions de Madagascar
pourraient y être introduites afin d’améliorer la sécurité alimentaire.

DISCUSSION

DIVERSIFICATION DU GENRE DIOSCOREA


Le genre Dioscorea s’est diversifié dans les divers milieux de Madagascar, aussi bien dans
des environnements humides de plaine et de montagne que dans les régions à saison sèche
marquée (Jeannoda et al., 2003). Les tubercules, caractéristiques de ce genre, sont en général
considérés comme une forme d’adaptation à des variations saisonnières extrêmes (sécheresse
ou froid) permettant à la plante de subsister dans le sol. Cependant la présence de plusieurs
espèces d’ignames dans la forêt dense humide africaine (Hladik et al., 1984) montre que les
tubercules d’ignames sont aussi une adaptation aux variations des conditions d’éclairement
qui permettent à la plante d’atteindre rapidement la canopée pour fleurir et fructifier lors de la
formation d’un chablis, après être restée en attente dans un sous-bois sombre. Mais alors qu’en
Afrique centrale il existe une grande diversité d’espèces du genre Dioscorea dans les forêts
denses humides, à Madagascar les espèces les plus nombreuses se trouvent dans les régions
sèches de la partie occidentale (plus de 10 taxons observés à Morondava), avec une diversité
relativement faible sur le versant oriental humide. La richesse floristique globale des forêts
denses humides du versant oriental (Abraham et al., 1996) ne se reflète donc pas au sein de la
flore des Dioscorea sauvages, avec une seule espèce sauvage, D. arcuatinervis, observée loca-
lement autour de Brickaville, la deuxième espèce encore présente dans la région, D. seriflora,
ayant disparu avec les forêts primaires de la zone d’étude. Comment pouvons-nous expliquer
ces différences ?

– 203 –
La radiation évolutive du genre Dioscorea s’est opérée séparément, depuis la fin de l’ère
Secondaire, sur le continent africain et à Madagascar. Les possibilités de multiplication des
espèces étant d’autant plus élevées que les blocs continentaux ou insulaires présentent une
grande surface, la biodiversité globale d’une île-continent comme Madagascar peut s’expli-
quer par ces considérations biogéographiques (Leigh et al., 2007). Cependant la biodiversité
dans les différentes aires bioclimatiques semble correspondre à la particularité de l’histoire
des paléo-environnements (Wells, 2003). En effet, après sa séparation du Gondwana, Mada-
gascar aurait d’abord subi un climat aride et les formes végétales actuelles de l’extrême sud
(comprenant 90 % d’endémiques, Phillipson, 1996) dériveraient de ces formes adaptées à la
sécheresse. Parmi ces formes adaptées au climat aride, parfois gorgées d’eau et souvent d’al-
lure spectaculaire comme le type « arbre-bouteille », on trouve une grande variété de plantes
à tubercules représentées dans plusieurs familles, Dioscoreaceae mais également Convolvula-
ceae, Cucurbitaceae et même Leguminosae (Koechlin et al., 1974). Les espèces d’ignames du
Menabe central D. fandra et celles du groupe D. soso dont le tubercule est gorgé d’eau à plus de
95 % se situent parmi ces espèces qui n’ont d’équivalent morphologique que dans les régions
les plus arides du sud de l’Afrique. Cette pression de sélection d’origine bioclimatique est-elle
suffisante pour expliquer le grand nombre d’espèces d’ignames dans les milieux secs ?
Il apparaît en fait que les différences entre la végétation de la partie sèche occidentale
et celle de la région humide orientale — mises en évidence par les données que nous présen-
tons — dépendent autant des espèces du genre Dioscorea initialement présentes que des systè-
mes de gestion et d’utilisation propres à chacune de ces régions. Dans les deux cas, l’action de
l’homme a un impact considérable sur la structure de l’environnement.
SYSTÈMES DE GESTION ET PEUPLEMENTS D’IGNAMES
Sur le versant oriental humide, l’agroécosystème est une forme de « végéculture » qui
diffère considérablement des systèmes de monocultures d’ignames qu’on peut voir en Afrique
de l’Ouest. Les ignames cultivées et sauvages se trouvent dans des jachères à différents stades
de régénération, incluant des arbres fruitiers, des herbacées et des arbustes, avec des noyaux
de régénération forestière pouvant s’établir autour des ravenalas (Razafy et al., 1997; Blanc
et al., 1999). Les différents cultivars de D. alata y sont entretenus par la tradition locale betsi-
misaraka imposant au récolteur d’un tubercule d’igname (sous peine de sanctions applicables
par la communauté) de remettre en terre la tête de cette igname afin de régénérer une nouvelle
plante (Jeannoda et al., 2003). C’est un système qui s’apparente beaucoup à la « paraculture »
de certaines ignames de forêt en Afrique centrale, qui permet d’entretenir les peuplements
denses et « naturels » en apparence (Dounias, 1996, 2001). La présence des jachères enrichies
en ignames sur les pentes du versant oriental de Madagascar résultent de cette gestion, bien
qu’elle porte essentiellement sur une espèce introduite par les premiers migrants venus s’ins-
taller à Madagascar.
Cependant la comparaison de la zone forestière humide de Madagascar avec les forêts
d’Afrique centrale où les densités des ignames ont été évaluées (Hladik et al., 1984 ; Hladik
& Dounias, 1996) montre à la fois des similitudes et des différences. Globalement les densités
sont du même ordre de grandeur et, si l’homme intervient pour la régénération de certaines
espèces, la dissémination des graines par le vent joue un rôle essentiel. De plus, en Afrique,
la succession de plusieurs espèces d’ignames au cours du processus d’afforestation permet
d’occuper, dans les lisières forestières, un sol ferralitique induré, cassé par la croissance des
tubercules d’ignames adaptées aux lisières, puis colonisé par des ignames forestières (Dounias
et al., 2003). Cette action spectaculaire de plusieurs espèces d’ignames n’a pas été observée
à Madagascar où le nombre et la diversité locale des espèces des forêts denses humides est
bien moindre. Pour certaines espèces d’ignames, la production de bulbilles joue un rôle dans
la dissémination et les fortes densités que l’on observe. Cette forme de multiplication végé-
tative semble essentielle pour D. sansibarensis et, plus encore, pour D. bulbifera. Toutefois,
en ce qui concerne D. alata, si nous savons que des bulbilles peuvent être intentionnellement
plantées (sur les cultivars de cette espèce, les bulbilles, généralement rares, s’observent sou-
vent à Madagascar), nous n’avons pas de données sur leur rôle éventuel dans la dissémination
spontanée de cette espèce.

– 204 –
Les systèmes de gestion des ressources en ignames des milieux secs de la région côtière
occidentale de Madagascar diffèrent par de nombreux aspects. La régénération des ignames
sauvages qui sont récoltées dans les milieux boisés ou dans les jachères en cours de régéné-
ration ne semble pas dépendre de l’obligation d’en replanter la tête, bien que certains infor-
mateurs locaux nous l’aient parfois déclaré. Dans la région de Morondava et sur toute la côte
occidentale jusqu’à l’extrême sud, les ignames sauvages sont récoltées en telle abondance que
le sol peut se trouver localement marqué par une série de trous espacés de quelques mètres les
uns des autres (Fig. 2B). Nous pouvons estimer que cette pratique, poursuivie sur plusieurs
siècles, correspondrait à une sorte de labour profond affectant une grande partie du sol des
forêts sèches. Le renouvellement de la ressource semble cependant assuré, dans la mesure où
il reste toujours, sur le pourtour ou au fond de ces trous, des morceaux de tubercules, cassés au
cours de la collecte, qui régénèrent rapidement de nouvelles tiges. C’est le cas, en particulier,
pour l’espèce la plus commune, D. maciba. Toutefois une espèce à gros tubercule comme D.
bako semble actuellement en danger d’extinction (Wilkin et al., sous presse) et l’on doit donc
considérer la gestion durable de ce type de ressource comme ne s’appliquant pas à l’ensemble
des espèces d’ignames de la zone occidentale (Jeannoda et al., 2003). Dans quelle mesure
pourrait-on améliorer le système de gestion, alors que les tentatives de mise en culture de ces
espèces endémiques des milieux secs n’ont, jusqu’à présent, pas eu le succès que l’on connaît
pour les formes des milieux humides ?
Les ignames du Menabe central sont presque toutes des plantes héliophiles des lisières
forestières ou des formations ouvertes, ou encore nécessitant la formation d’un chablis en forêt
pour pouvoir se développer. La multiplication d’une espèce comme D. maciba est favorisée à
court terme par le défrichement et la pratique de la culture sur brûlis. Mais comme Ackermann
(2004) l’a fait remarquer, si la quantité des tubercules est plus importante dans les formations
ouvertes récentes du fait du grand nombre de pieds que l’on y trouve, leur qualité (la taille
des tubercules) est meilleure en forêt. Cette ressource apparaît comme importante car plus de
90 % des ménages ruraux, aussi bien dans le Menabe (Favre, 1996) que dans le nord-ouest de
Madagascar, ont recours aux tubercules de Dioscoreaceae lors de la période de soudure ; et la
consommation régulière au moment où les tubercules sont disponibles, nous semble dépasser
ce simple rôle d’aliment de soudure.
Dans les deux régions que nous avons étudiées et qui se différencient par leur bioclimat
et les systèmes de gestion, les habitudes alimentaires et les perceptions relatives aux ignames
nous sont apparues très contrastées. Alors que dans la zone forestière humide du versant orien-
tal — où l’espèce cultivée, D. alata, est vendue au bord des routes —, l’espèce endémique
beaucoup plus rare, D. seriflora, constitue un mets de choix que l’on peut consommer dans de
grandes occasions. Les ignames sauvages peuvent être considérées en d’autres lieux comme
la ressource des pauvres et, de ce fait, évitées ou négligées. En ville, sur certains marchés,
les ignames sauvages sont presque dissimulées alors que des pommes de terre, importées des
régions montagneuses et constituant un mets prestigieux, sont exposées au plus haut niveau
sur les étals.
Dans la région de Morondava — où c’est l’espèce sauvage, D. maciba, qui fait l’objet
d’un commerce au bord des routes —, le seul cultivar de D. alata, ovy toko, n’est actuellement
pas (ou très peu) utilisé pour l’alimentation. Il a toutefois une valeur symbolique indéniable car
il est considéré comme « la plante des ancêtres », faisant certainement allusion au fait que cette
espèce avait été introduite par les premiers venus sur l’île, les ancêtres des Malgaches, et il se
cultive près des maisons. S’il n’est pas exclu de pouvoir trouver des cultivars productifs adap-
tés à cette région, il serait vain de vouloir transposer les valeurs symboliques entre des régions
de Madagascar et les différents groupes ethniques. Toutefois nous savons que la qualité orga-
noleptique perçue peut dépendre de la valeur symbolique attribuée à la nourriture présentée au
cours d’un test ; c’est pourquoi les dégustations des ignames dont nous présentons les résultats
ont été effectuées en aveugle. Avant toute introduction d’espèces ou de variétés nouvelles, il
s’agira, évidemment, de considérer la qualité organoleptique à partir des perceptions gusta-
tives, notamment les très bonnes appréciations de certaines ignames qui étaient jusqu’alors
inconnues à Antananarivo ; mais il serait indispensable d’analyser les rapports avec les tradi-
tions locales de gestion et leur évolution en tentant d’appliquer au monde actuel le travail de

– 205 –
mémoire concernant les données historiques présentées par Raison (1992) sur l’opposition
entre les nourritures « noires » (tubercules dévalués puis oubliés par la suite) et la nourriture
« blanche » (le riz, particulièrement apprécié).
Alors que Flacourt (1661) dans ses premières descriptions avait clairement montré l’im-
portance des ignames dans l’alimentation à Madagascar sur le versant oriental — et qu’il y eût
encore, au cours du XXème siècle, lorsque la ligne de chemin de fer fonctionnait, une période
faste au cours de laquelle des trains chargés de tonnes d’ignames à Brickaville approvision-
naient les marchés de Tamatave — nous pensons qu’une réintroduction, dans les conditions
actuelles, de certains de ces aliments de grande valeur nutritionnelle serait favorable à la sécu-
rité alimentaire (Razanamparany, 2003), ce qui était l’objectif initial de nos recherches.

REMERCIEMENTS
Le programme de recherche sur les ignames a été financé, à Madagascar, par le Projet FADES (Fonds d’appui
au Développement de l’Enseignement Supérieur), financé par la Banque Mondiale. Les travaux de synthèse ont été
réalisés lorsque V.H. Jeannoda était professeur invitée au Muséum national d’Histoire naturelle. Nous remercions tout
particulièrement le Professeur Victor Jeannoda qui a coordonné les différentes activités de ce programme, les étudiants
de l’Université d’Antananarivo qui ont activement participé ainsi que Paul Wilkin pour ses apports constructifs dans
l’élaboration de cet article.

RÉFÉRENCES

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