Introduction (à dire à l’oral)
Dans cet extrait de Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute, deux amis, H.1 et H.2, se
retrouvent après un certain temps. Leur dialogue met en lumière une tension ancienne et non
résolue. Ce passage met particulièrement mal à l’aise, car il repose sur un malentendu invisible,
sur des intentions supposées, et non sur des faits concrets.
Nous allons voir comment, à travers les hésitations de H.2, un début d’aveu, puis une révélation
finale, ce passage fait monter le malaise et souligne la fragilité du langage humain.
I. Les hésitations de H.2 : malaise diffus, parole entravée
• H.2 n’attaque pas directement, il tourne autour du sujet :
“Répète-le… tu m’as dit…”
“C’est bien. C’est tout ce que je voulais savoir.”
• Il y a un flottement dans ses propos, des ellipses, des sous-entendus : il semble accuser sans
accuser, ce qui trouble le lecteur et déstabilise H.1.
• À l’oral, tu peux souligner :
“Le spectateur, tout comme H.1, ne comprend pas exactement ce qu’il a fait de mal, ce qui
crée une grande tension.”
🕳 II. Le début d’un aveu : mise en lumière d’un ressenti subjectif
• H.2 commence à formuler un grief, mais de manière très personnelle, presque psychologique :
“C’est pas ce que tu disais… c’est ce que tu ne disais pas.”
• Il évoque un ton, une impression, une attitude, pas une parole claire. Cela renforce le malaise :
il n’y a pas de preuve, juste un ressenti.
• Le langage devient source de malaise et de malaentendu :
“Tu ne le disais pas, mais c’était là.”
• À l’oral, tu peux expliquer :
“Cette manière de reprocher quelque chose sans faits précis installe une atmosphère de
soupçon et de doute permanent.”
III. La révélation finale : un mot banal, une charge dramatique
• H.2 finit par révéler la phrase qui l’a blessé :
“Tu m’as dit : c’est bien.”
• Cette phrase, en apparence neutre, devient ici porteuse d’un jugement caché. H.2 y a vu un ton
condescendant ou une ironie, ce qui illustre le poids du non-dit dans la communication.
• Cette disproportion entre les mots et les effets est au cœur du théâtre de Sarraute : un mot
apparemment anodin peut briser une relation.
• À dire :
“La révélation finale ne libère pas la tension, elle la renforce. On comprend que tout repose
sur une interprétation subjective, ce qui rend la situation encore plus troublante.”
✅ Conclusion (oral synthétique)
Ce passage met donc profondément mal à l’aise en montrant comment une simple parole peut être
chargée d’un poids affectif énorme. Les hésitations de H.2, son aveu progressif, puis la
révélation d’un mot banal, illustrent le théâtre psychologique de Nathalie Sarraute, où tout se
joue dans l’implicite, les sensations, et la perception du langage.
Contexte de l’œuvre :
• Auteur : Nathalie Sarraute
• Titre : Pour un oui ou pour un non
• Date de publication : 1982
• Genre : Théâtre contemporain, théâtre de l’absurde / nouveau roman
Résumé rapide de la scène :
Deux personnages, H.1 et H.2, sont au cœur d’un dialogue tendu. L’un (H.2) reproche à l’autre
(H.1) un ton ou une façon de dire les choses qui a tout bouleversé entre eux, bien que les mots en
eux-mêmes ne semblent pas importants. C’est un conflit fondé sur l’implicite, sur les “sous-
entendus”, le non-dit, les inflexions du langage.
Objectifs pour le bac :
• Comprendre la montée du conflit
• Analyser l’implicite et l’ambiguïté
• Étudier le rôle du langage dans les relations humaines
Analyse des couleurs et annotations visibles :
• 🟩 Vert : Champs lexicaux des émotions ou éléments de tension (ex. : “gêné”, “étrange”,
“agressé”)
• 🟨 Jaune : Marqueurs temporels ou logiques (ex. : “Et alors ?”, “c’est pas pour juger…”)
• 🟧 Orange : Ambiguïté / Implicite dans les paroles (ex. : “C’est bien, c’est tout ce que je
voulais savoir.”)
• 🩷 Rose : Répétitions, insistance sur des tournures apparemment anodines (ex. : “C’est
tout ?”, “Tu ne te l’es jamais demandé ?”)
Les annotations manuscrites indiquent une réflexion sur :
• L’implicite du langage (“ce que tu prétends que j’ai pu penser”)
• La dimension psychologique et dramatique du conflit (accusations voilées, malentendus)
• Le ton et la manière de dire les choses comme facteur déclencheur du drame
✍ Proposition de problématique pour un commentaire :
“Comment le langage et le non-dit participent-ils à la montée du conflit dans cet extrait ?”
🧩 Pistes d’analyse possibles :
1. Une parole apparemment banale, mais destructrice
◦ Importance du ton, des formulations floues ou ambivalentes
◦ H.2 est blessé non par les faits, mais par ce qu’il perçoit dans la façon dont H.1 lui
parle
2.
3. L’implicite et le malentendu
◦ H.2 reproche à H.1 des sous-entendus : il ne l’a pas jugé frontalement, mais “comme
si” (ligne 6)
◦ Idée de paranoïa ou hypersensibilité à la parole de l’autre
4. La violence invisible du langage
◦ Même sans insulte, la parole peut être violente : tension dans des phrases comme
“c’est bien”, “je voulais juste savoir”
◦ Le dialogue devient un duel, chacun essaie de se justifier, mais la communication est
rompue