III.
Les premières tensions géopolitiques
Les actions concrètes sur le terrain concrétisent la division du monde.
Chapitre 2 : La Guerre froide (1947-1991) ● Le coup de Prague (février 1948) : En Tchécoslovaquie, un coup de force communiste, soutenu par
Leçon 1 : Les origines de la Guerre froide : la bipolarisation du monde l'URSS, élimine les derniers ministres non communistes du gouvernement. Cet événement est perçu à
l'Ouest comme la confirmation de la volonté soviétique d'étendre son emprise et d'éliminer toute
opposition dans sa sphère d'influence.
Introduction ● Le blocus de Berlin (juin 1948 - mai 1949) : En réponse à la réforme monétaire occidentale en
Allemagne, Staline impose un blocus terrestre de Berlin-Ouest. Les Alliés occidentaux répliquent par
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'alliance contre l'Axe se disloque rapidement. Des
un pont aérien qui ravitaille la ville pendant près d'un an, défiant l'URSS sans user de la force et
divergences idéologiques et géopolitiques profondes vont précipiter le monde dans un état de
montrant leur détermination à ne pas céder Berlin. C'est l'une des premières grandes crises de la
confrontation latente, connu sous le nom de Guerre froide.
Guerre froide.
I. Les divergences idéologiques et la fracture Est-Ouest ● La création des alliances militaires : Pour formaliser les blocs, des alliances militaires sont établies.
L'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) est fondée en avril 1949 par les États-Unis et
La rupture entre les anciens Alliés s'enracine dans des visions du monde radicalement opposées. leurs alliés occidentaux. En réplique, l'URSS et ses satellites créent le Pacte de Varsovie en 1955,
● Le capitalisme libéral contre le communisme soviétique : Les États-Unis défendent la démocratie scellant ainsi la bipolarisation militaire du monde.
multipartite, les libertés individuelles et l'économie de marché, tandis que l'URSS promeut le système
Conclusion
du parti unique, la planification économique et la dictature du prolétariat. Ces deux idéologies sont par
nature incompatibles et se perçoivent mutuellement comme des menaces existentielles. La Guerre froide n'est pas une guerre ouverte, mais une confrontation idéologique, économique et
● La doctrine Truman (mars 1947) : Face à ce qu'il perçoit comme l'expansionnisme soviétique en géopolitique intense. Ces premières années sont jalonnées de crises majeures qui définissent les limites et
Grèce et en Turquie, le président américain Harry S. Truman déclare son intention de soutenir les les caractéristiques de cette nouvelle ère de tensions.
"peuples libres" contre les tentatives de "subjugation par des minorités armées ou par des pressions
extérieures". Cette doctrine marque le début officiel de la politique d'endiguement (containment) du
communisme par les États-Unis. Leçon 2 : Les crises de la Guerre froide (1947-1953)
● La doctrine Jdanov (septembre 1947) : En réponse, Andreï Jdanov, idéologue soviétique, divise le
monde en deux camps irréconciliables : le "camp impérialiste et antidémocratique" mené par les États-
Unis, et le "camp anti-impérialiste et démocratique"1 dirigé par l'URSS. Cette vision justifie la nécessité Introduction
pour l'URSS de renforcer son emprise sur l'Europe de l'Est et de s'opposer à l'influence occidentale. Les premières années de la Guerre froide sont marquées par des tensions extrêmes et des crises majeures.
Ces épisodes testent la détermination des deux superpuissances et contribuent à la consolidation des
II. Les facteurs économiques de la division
blocs.
Les rivalités économiques jouent un rôle clé dans l'établissement des blocs.
I. La consolidation des blocs en Europe
● Le plan Marshall (juin 1947) : Pour reconstruire l'Europe et contrer l'influence communiste dans les
pays affaiblis, le secrétaire d'État américain George Marshall propose un vaste programme d'aide Les premières crises européennes cimentent la division du continent.
économique. Le Plan Marshall injecte des milliards de dollars dans l'économie européenne, permettant ● Le blocus de Berlin (juin 1948 - mai 1949) : Déjà évoqué, ce blocus, imposé par Staline pour
une reprise rapide de l'Ouest (ex: le "miracle économique" allemand) et renforçant les liens avec les protester contre la réforme monétaire en Allemagne, est un moment clé. Le pont aérien américain et
États-Unis. britannique, qui a livré des milliers de tonnes de ravitaillement à Berlin-Ouest, démontre la
● Le refus soviétique et la création du Kominform : L'URSS perçoit le plan Marshall comme un outil détermination occidentale à ne pas abandonner la ville et à résister à la pression soviétique sans conflit
d'hégémonie américaine et l'interdit à ses États satellites. En septembre 1947, elle réactive le armé direct.
Kominform (Bureau d'information des partis communistes et ouvriers) pour coordonner les partis ● La création des deux États allemands (1949) : En réponse au blocus et aux divergences
communistes d'Europe et contrer l'influence occidentale, cimentant ainsi son bloc. irréconciliables, l'Allemagne est divisée. La République Fédérale d'Allemagne (RFA) est proclamée
● La division économique de l'Allemagne : La difficulté à s'entendre sur le statut économique de à l'Ouest en mai 1949, avec Bonn pour capitale. En octobre de la même année, la République
l'Allemagne occupée conduit à une scission. En 1948, les zones occidentales créent une monnaie Démocratique Allemande (RDA) est créée à l'Est, sous l'égide soviétique, symbolisant la division
unique, le Deutsche Mark, sans consulter l'URSS, ce qui précipite la division économique et politique du concrète du continent européen.
pays et met fin à l'espoir d'une Allemagne unifiée neutre. ● La formation de l'OTAN (avril 1949) : La menace soviétique perçue et le blocus de Berlin accélèrent
1 2
la formation d'une alliance militaire défensive. L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN)
est fondée par les États-Unis, le Canada et dix pays d'Europe occidentale. Cette alliance marque un
Introduction
engagement militaire formel des États-Unis à la défense de l'Europe.
Après les tensions extrêmes des premières années, la mort de Staline ouvre une période d'assouplissement
II. L'extension de la Guerre froide en Asie des relations Est-Ouest. La "coexistence pacifique" devient le maître mot, bien que les crises n'aient pas
totalement disparu.
La confrontation bipolaire s'étend rapidement au continent asiatique, avec des conséquences dramatiques.
● La victoire communiste en Chine (1949) : En octobre 1949, les forces communistes de Mao Zedong I. L'atténuation des tensions et le "dégel" soviétique
prennent le contrôle de la Chine continentale, proclamant la République Populaire de Chine. Le
La disparition de Staline et l'arrivée de nouveaux dirigeants soviétiques impulsent un changement.
régime nationaliste de Tchang Kaï-chek se réfugie à Taïwan. Cet événement est un choc majeur pour
les États-Unis, qui perdent un allié clé en Asie et craignent une expansion du communisme. ● La mort de Staline (mars 1953) et l'arrivée de Khrouchtchev : Le décès du dictateur soviétique
● La guerre de Corée (1950-1953) : En juin 1950, la Corée du Nord communiste, soutenue par l'URSS et Joseph Staline libère la vie politique en URSS et permet l'émergence de Nikita Khrouchtchev comme
la Chine, envahit la Corée du Sud. Les États-Unis, sous mandat de l'ONU, interviennent militairement figure dominante. Khrouchtchev dénonce les crimes de Staline lors du XXe Congrès du PCUS en
pour repousser l'invasion. Ce conflit est la première confrontation armée directe entre les blocs, 1956, initiant une période de "dégel" en Union soviétique et un assouplissement de la répression.
même si elle se déroule par procuration. La guerre, extrêmement sanglante, se termine en 1953 sur un ● Le discours de Khrouchtchev sur la coexistence pacifique : En 1956, Khrouchtchev théorise la
statu quo, maintenant la division de la péninsule. "coexistence pacifique", affirmant que la guerre entre les systèmes capitaliste et communiste n'est
● L'armement nucléaire soviétique (1949) : En août 1949, l'URSS teste sa première bombe atomique, plus inévitable. Il prône une compétition pacifique, notamment économique et technologique, plutôt
mettant fin au monopole nucléaire américain. Cet événement intensifie la course aux armements et qu'un affrontement militaire direct. Cette doctrine permet un certain apaisement des tensions
instaure un équilibre de la terreur, où la destruction mutuelle assurée (MAD) devient un facteur internationales.
dissuasif, façonnant la stratégie des deux superpuissances. ● Le réchauffement des relations avec les États-Unis : Le dialogue s'instaure progressivement entre
les deux superpuissances. Des rencontres au sommet ont lieu, comme la Conférence de Genève en
III. La peur et la montée des tensions 1955 entre les "Quatre Grands". En 1959, Khrouchtchev se rend même aux États-Unis, rencontrant le
président Dwight D. Eisenhower, signe d'une volonté d'ouverture.
Ces crises créent un climat de peur et de suspicion généralisée.
● La "chasse aux sorcières" aux États-Unis (MacCarthysme) : La peur du communisme s'installe aux II. Des crises persistantes et la compétition continue
États-Unis, alimentée par des personnalités comme le sénateur Joseph McCarthy. Le MacCarthysme
Malgré le dégel, la coexistence pacifique ne signifie pas l'absence totale de tensions ni la fin de la rivalité.
(années 1950) est une période de suspicion généralisée, de purges et de listes noires, visant les
supposés sympathisants communistes dans tous les secteurs de la société, y compris Hollywood. ● La crise de Suez (1956) : L'intervention franco-britannique et israélienne en Égypte après la
● La répression stalinienne à l'Est : Dans le bloc de l'Est, la période est marquée par une consolidation nationalisation du canal de Suez par le colonel Nasser est condamnée par les États-Unis et l'URSS. Cet
brutale du pouvoir soviétique et des purges. Des procès truqués sont organisés contre des figures épisode démontre le déclin des puissances européennes et la prédominance des deux
politiques (comme le procès de Slansky en Tchécoslovaquie en 1952), et la liberté d'expression est superpuissances, capables de dicter leur volonté même à leurs alliés.
étouffée. ● L'insurrection de Budapest (1956) : L'URSS montre les limites de la coexistence pacifique dans sa
● La guerre psychologique et la propagande : Les deux blocs s'engagent dans une intense guerre de sphère d'influence. Lorsque l'insurrection de Budapest éclate en Hongrie, exigeant plus de liberté et
propagande. Des émissions de radio comme "Voice of America" (américaine) ou "Radio Moscou" le retrait du Pacte de Varsovie, l'Armée Rouge intervient violemment pour écraser le mouvement,
s'affrontent, cherchant à gagner les cœurs et les esprits des populations et à dépeindre l'adversaire réaffirmant la doctrine de la "souveraineté limitée" des pays satellites.
comme une menace existentielle. ● La course à l'espace et l'avance technologique : La compétition se déplace vers l'espace. L'URSS
prend une avance significative avec le lancement du premier satellite, Spoutnik 1, en octobre 1957,
Conclusion puis l'envoi du premier homme dans l'espace, Youri Gagarine, en avril 1961. Ces succès soviétiques
Les premières crises de la Guerre froide, intenses et souvent sanglantes, ont ancré la division du monde en poussent les États-Unis à intensifier leurs efforts, notamment avec le programme Apollo, pour prouver
deux blocs antagonistes et armés. Cependant, la mort de Staline en 1953 va introduire une nouvelle phase leur supériorité technologique.
dans les relations internationales, marquée par une tentative d'apaisement : la coexistence pacifique.
III. Le point de non-retour : la crise de Cuba (1962)
La coexistence pacifique est mise à rude épreuve par une crise majeure qui pousse le monde au bord de
Leçon 3 : La coexistence pacifique (1953-1962) l'abîme.
● L'installation de missiles soviétiques à Cuba : En octobre 1962, des avions espions américains
3 4
découvrent l'installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, à quelques kilomètres des côtes La Détente se manifeste par une amélioration des relations et des initiatives de coopération dans divers
américaines. Cette découverte est perçue par les États-Unis comme une menace directe et domaines.
inacceptable pour leur sécurité.
● La Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) : Un processus diplomatique
● La riposte américaine et le bras de fer : Le président américain John F. Kennedy impose un blocus
majeur aboutit à la signature des Accords d'Helsinki en 1975. Ces accords reconnaissent l'inviolabilité
naval de Cuba pour empêcher l'arrivée de navires soviétiques transportant des missiles. Pendant treize
des frontières européennes issues de 1945, mais contiennent aussi des clauses sur le respect des
jours, le monde retient son souffle, craignant une confrontation directe entre les deux superpuissances
droits de l'homme (le "3ème panier"), offrant un espoir de rapprochement entre l'Est et l'Ouest.
qui pourrait dégénérer en guerre nucléaire.
● Le développement des échanges culturels et économiques : Des échanges culturels, sportifs et
● La résolution de la crise et l'instauration du "téléphone rouge" : La crise est finalement résolue par
scientifiques sont encouragés entre les deux blocs. Des entreprises occidentales s'installent en URSS
un compromis secret : l'URSS retire ses missiles de Cuba en échange de la promesse américaine de ne
et dans les pays de l'Est, et les échanges commerciaux augmentent, contribuant à désamorcer les
pas envahir l'île et du retrait secret de missiles américains de Turquie. Cet épisode traumatisant conduit
tensions et à créer des interdépendances.
à l'instauration du "téléphone rouge" (liaison directe entre Washington et Moscou) pour faciliter la
● Le rôle des puissances intermédiaires : Des pays non alignés ou des puissances moyennes jouent un
communication en cas de crise majeure.
rôle de médiation. La politique d'Ostpolitik menée par le chancelier allemand Willy Brandt dès la fin
Conclusion des années 1960 vise à normaliser les relations avec la RDA et les pays de l'Est, contribuant à la détente
en Europe.
La coexistence pacifique fut une période complexe, mêlant tentatives de dialogue et crises profondes, dont
celle de Cuba marqua un point culminant. De cet épisode naît une nouvelle conscience du danger nucléaire, III. Les limites de la Détente et la persistance des rivalités
ouvrant la voie à une phase de relative accalmie : la Détente.
Malgré les efforts, la Détente reste fragile et les sources de tensions persistent.
● La course aux armements qualitatifs : Si les accords SALT I ont limité la quantité de missiles, la
Leçon 4 : La Détente (1962-1975) course aux armements s'est poursuivie sur le plan qualitatif, avec le développement de nouvelles
technologies plus sophistiquées (missiles à têtes multiples MIRV). La méfiance mutuelle reste forte et
les arsenaux nucléaires continuent de s'améliorer.
Introduction ● Les conflits périphériques par procuration : La Détente ne met pas fin aux interventions des
superpuissances dans le Tiers Monde. Des guerres par procuration persistent, comme la guerre du
Après la crise des missiles de Cuba, les deux superpuissances prennent conscience des risques d'une
Vietnam (qui s'achève en 1975 par la victoire du Nord communiste) ou les rivalités en Afrique (guerre
confrontation directe. Une nouvelle période s'ouvre, marquée par une volonté d'apaisement et de dialogue :
civile angolaise soutenue par les deux blocs), où l'affrontement indirect se poursuit.
la Détente.
● Les atteintes aux droits de l'homme à l'Est : Malgré les Accords d'Helsinki, la situation des droits de
I. La recherche d'un apaisement des tensions l'homme dans le bloc de l'Est reste préoccupante. La répression des dissidents et le contrôle des
libertés par les régimes communistes (par exemple, la surveillance exercée par la Stasi en RDA)
La peur d'une guerre nucléaire pousse les deux blocs à chercher des terrains d'entente. ternissent l'image de l'URSS et sont une source constante de critiques de la part des pays occidentaux.
● Le rôle des "pères de la Détente" : Les dirigeants américains comme John F. Kennedy puis Richard
Conclusion
Nixon et son conseiller Henry Kissinger, ainsi que le dirigeant soviétique Léonid Brejnev, sont les
architectes de la Détente. Ils reconnaissent la nécessité de gérer les tensions et de prévenir une La Détente fut une parenthèse d'apaisement dans la Guerre froide, prouvant la capacité des
escalade nucléaire, même si leurs idéologies restent opposées. superpuissances à dialoguer et à limiter les risques nucléaires. Cependant, les fragilités de cette période et
● Les accords de limitation des armements stratégiques (SALT) : Des négociations sont engagées la persistance des rivalités allaient bientôt mener à un regain de tensions, inaugurant la "Guerre Fraîche".
pour limiter la course aux armements nucléaires. Les accords SALT I (Strategic Arms Limitation
Treaty) sont signés en 1972 à Moscou par Nixon et Brejnev, limitant le nombre de missiles balistiques
intercontinentaux (ICBM) et de missiles lancés par sous-marins (SLBM), marquant une première étape Leçon 5 : La Guerre Fraîche (1975-1985)
vers le contrôle des arsenaux.
● La reconnaissance mutuelle et le dialogue : Les deux superpuissances multiplient les rencontres au
sommet et les échanges. La visite de Richard Nixon en Chine en 1972 est un événement majeur, Introduction
brisant l'isolement diplomatique de Pékin et créant un "triangle stratégique" sino-américain qui pèse
Après une décennie de Détente, les tensions entre les États-Unis et l'URSS reprennent de plus belle. Cette
sur l'URSS.
période, souvent qualifiée de "Guerre fraîche", est marquée par un regain de la course aux armements et
des affrontements idéologiques exacerbés.
II. Les efforts de coopération et les ouvertures diplomatiques
5 6
I. Un regain de tensions idéologiques et politiques ● Le soutien aux mouvements de libération : Les deux blocs continuent de soutenir divers
mouvements de libération ou groupes armés dans le Tiers Monde, transformant ces conflits locaux en
La rupture de la Détente est marquée par une nouvelle rhétorique et des actions politiques agressives.
enjeux de la Guerre froide. Que ce soit en Angola, en Éthiopie ou en Amérique centrale, les conflits
● La fin des illusions de la Détente : Les États-Unis, notamment sous l'administration de Jimmy Carter deviennent des théâtres d'affrontement indirect entre les superpuissances.
puis de Ronald Reagan, adoptent une posture plus ferme face à l'URSS, remettant en question la
viabilité de la Détente. Les violations des droits de l'homme à l'Est et l'expansionnisme soviétique dans Conclusion
le Tiers Monde sont dénoncés. La période de la "Guerre fraîche" marque un retour à une confrontation intense et généralisée, laissant
● La "croisade" anticommuniste de Ronald Reagan : Élu en 1980, le président américain Ronald craindre le pire. Cependant, l'épuisement des modèles, la pression interne et l'arrivée de nouveaux acteurs
Reagan qualifie l'URSS d'"Empire du Mal". Sa rhétorique est ouvertement anticommuniste, et il allaient bientôt ouvrir la voie à une nouvelle ère, celle de la "Nouvelle Détente" et de l'effondrement de
s'engage dans une politique de confrontation idéologique, visant à affaiblir et à "gagner" la Guerre l'URSS.
froide.
● Le boycott des Jeux Olympiques : Les tensions sont telles qu'elles débordent sur les événements
sportifs. Les États-Unis et une soixantaine de pays occidentaux boycottent les Jeux Olympiques de Leçon 6 : La nouvelle Détente et l'effondrement de l'URSS
Moscou en 1980 en protestation contre l'invasion de l'Afghanistan. En représailles, l'URSS et ses alliés
boycottent les Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984, symbolisant la rupture du dialogue.
Introduction
II. La relance de la course aux armements
Après la période de tensions de la "Guerre fraîche", des changements profonds en URSS vont amorcer une
La période est caractérisée par une nouvelle escalade militaire et technologique.
nouvelle ère de Détente. Ces évolutions conduiront à la chute du Mur de Berlin et à l'effondrement
● Le déploiement des missiles SS-20 et Pershing II : L'URSS déploie de nouveaux missiles nucléaires à spectaculaire du bloc soviétique, marquant la fin de la Guerre froide.
moyenne portée, les SS-20, en Europe de l'Est dès la fin des années 1970. En réponse, l'OTAN décide
en 1979 de déployer des missiles américains Pershing II et des missiles de croisière en Europe I. L'arrivée de Gorbatchev et la nouvelle Détente
occidentale, exacerbant la crise des euromissiles et la peur d'une guerre nucléaire sur le continent. L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en URSS marque un tournant décisif.
● L'Initiative de Défense Stratégique (IDS) ou "Guerre des Étoiles" : En 1983, le président Reagan
● Gorbatchev et ses réformes (1985) : Élu Secrétaire Général du Parti Communiste de l'Union
lance l'IDS, un projet de bouclier antimissile spatial destiné à intercepter les missiles soviétiques.
Soviétique en mars 1985, Gorbatchev comprend la nécessité de réformer le système soviétique à bout
Surnommé la "Guerre des Étoiles", ce projet est perçu par l'URSS comme une menace majeure
de souffle. Il lance la Glasnost (transparence, liberté d'expression) et la Perestroïka (restructuration
remettant en cause l'équilibre de la terreur, et il relance la course aux armements technologiques.
économique), des réformes visant à moderniser l'URSS et à la rendre plus efficace.
● L'augmentation des dépenses militaires : Les deux superpuissances augmentent considérablement
● Les sommets Gorbatchev-Reagan : Gorbatchev entreprend un dialogue inédit avec le président
leurs budgets militaires. Les États-Unis lancent de vastes programmes de réarmement, tandis que
américain Ronald Reagan. Plusieurs sommets ont lieu (Genève en 1985, Reykjavik en 1986, Washington
l'URSS, déjà fragilisée économiquement, doit suivre la cadence pour ne pas être distancée, ce qui pèse
en 1987), où les deux hommes développent une relation de confiance et s'engagent à réduire les
lourdement sur ses finances et contribue à son affaiblissement.
arsenaux nucléaires. Le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) est signé en
III. Les conflits périphériques et l'interventionnisme 1987, éliminant une catégorie entière de missiles.
● Le désengagement soviétique et la "Maison commune européenne" : Gorbatchev annonce une
La "Guerre fraîche" se traduit aussi par des interventions directes ou indirectes dans le Tiers Monde.
réduction unilatérale des troupes soviétiques en Europe de l'Est et renonce à la "doctrine Brejnev" de
● L'invasion soviétique de l'Afghanistan (décembre 1979) : L'URSS envahit l'Afghanistan pour souveraineté limitée. Il propose l'idée d'une "Maison commune européenne", appelant à une plus
soutenir le régime communiste en place face à une insurrection islamiste. Cette intervention est un grande coopération et à la fin de la division du continent. L'Armée Rouge quitte l'Afghanistan en 1989.
tournant majeur, perçue par les États-Unis comme une agression flagrante. Elle entraîne une aide
américaine aux moudjahidines afghans (dont Oussama Ben Laden), prolongeant le conflit pendant une II. La chute du Mur de Berlin et la réunification allemande
décennie. Les réformes de Gorbatchev et l'aspiration à la liberté provoquent des bouleversements en Europe de l'Est.
● L'interventionnisme américain en Amérique latine : Les États-Unis intensifient leur soutien aux
● Les révolutions de velours en Europe de l'Est (1989) : Inspirés par la Glasnost et l'affaiblissement de
régimes anticommunistes en Amérique latine, même s'ils sont autoritaires. L'aide aux Contras au
l'URSS, des mouvements de protestation éclatent dans les pays satellites. En Pologne, le syndicat
Nicaragua contre le gouvernement sandiniste (années 1980) ou l'invasion de la Grenade en 1983 sont
Solidarność gagne les premières élections libres. En Tchécoslovaquie, la "révolution de velours" met
des exemples de cette politique visant à contrer l'influence soviétique ou cubaine dans leur "arrière-
fin pacifiquement au régime communiste.
cour".
● La chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989) : Le symbole le plus fort de la fin de la Guerre froide
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est l'ouverture soudaine du Mur de Berlin dans la nuit du 9 novembre 1989. Des milliers d'Allemands de
l'Est passent à l'Ouest, marquant la fin de la division de la ville et du continent. Cet événement
inattendu symbolise l'effondrement des régimes communistes est-européens.
● La réunification de l'Allemagne (octobre 1990) : Portée par l'élan populaire et les négociations
internationales (le traité "2+4" entre les deux Allemagnes et les quatre puissances occupantes),
l'Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990. Le chancelier Helmut Kohl joue un rôle majeur dans ce
processus, marquant la fin de la division allemande héritée de la guerre.
III. La dislocation de l'URSS et la fin de la Guerre froide
Les réformes de Gorbatchev entraînent la fin de l'URSS elle-même, marquant la fin définitive de la Guerre
froide.
● Les tensions nationalistes et la crise économique : La Glasnost libère les aspirations nationalistes
des différentes républiques soviétiques, tandis que la Perestroïka ne parvient pas à relancer
l'économie. Les pénuries s'aggravent et le pouvoir central s'affaiblit face aux mouvements
d'indépendance (Pays baltes, Ukraine, Géorgie).
● Le putsch manqué d'août 1991 et l'ascension de Boris Eltsine : En août 1991, un coup d'État tenté
par des conservateurs du Parti communiste pour renverser Gorbatchev échoue grâce à la résistance
populaire menée par Boris Eltsine, président de la Russie. Ce putsch discrédite Gorbatchev et
renforce Eltsine, qui prend le leadership.
● La dissolution de l'URSS (décembre 1991) : Le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev démissionne,
et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) est officiellement dissoute. Les
républiques constitutives deviennent des États indépendants. Cet événement marque la fin du
communisme comme système politique dominant et la conclusion de la Guerre froide.
Conclusion
La fin de la Guerre froide, impensable quelques années auparavant, fut le résultat de réformes internes
soviétiques et de l'affirmation des peuples d'Europe de l'Est. Cet événement majeur a ouvert la voie à un
nouvel ordre mondial, marquant aussi le début d'un autre processus historique essentiel, que nous
aborderons dans le chapitre 3 : La décolonisation de l'Afrique francophone.