07 Mosca Emmanuel Macron
07 Mosca Emmanuel Macron
Emmanuel Macron:
la francophonie et la françafrique*
LILIANA MOSCA
* Un court extrait de ce texte a été présenté au Colloque: Journée d’études “Migration et francophonie.
Regards sur Naples, ville d’accueil”, Naples, 20 mars 2018.
1
Analystes et historiennes ont attribué à Houphouët-Boigny l’expression françafrique, F. Houphouët-
Boigny, Afrique et communauté franco-africaine, «Le Monde Diplomatique »,1958, novembre, p. 1,
https://www.monde-diplomatique.fr/1958/11/HOUPHOUET_BOIGNY/22803. La thèse récemment a été
récusée en donnant la paternité au journaliste Jean Piot, voir L’empire qui ne veut pas mourir. Une histoire
de la françafrique, sous la direction d’A. B. Yabara, de Th. Borrel, de Benoît Collombat et de T. Deltombe,
Paris, Ed. Le Seuil, 2021, pp. 22-25.
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suis d’une génération où on ne vient pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire,
quelles sont les règles de l’Etat de droit mais où partout on encouragera celles
et ceux qui en Afrique veulent prendre leurs responsabilités, veulent faire
souffler le vent de la liberté et de l’émancipation comme vous l’avez fait ici»2.
Il est important de souligner à propos de l’affirmation du Président Macron
«il n’y a plus de politique africaine de la France», que, vers le premier tour de
l’élection présidentielle, le 1er avril 2017 il avait déclaré à propos des relations
de la France avec l’Afrique: «dans le quinquennat qui vient […] c’est sortir du
passé qui ne veut pas passer […] c’est sortir de la Françafrique, c’est sortir de
tout ce qui nous a tués»3.
Depuis le discours de Ouagadougou plusieurs commentateurs politiques
et journalistes français ont écrit que le Président Macron visait vraisem-
blablement à ouvrir une nouvelle époque entre la France et les pays africains,
un changement dans les relations paternalistes et personnalistes avec l’Afrique4.
Changement radical en matière de relations franco-africaines que d’autres
Présidents de France avaient plusieurs fois annoncé, mais sans jamais tourner
la page des vieux rapports d’allégeance postcoloniale: la soi-disant françafri-
que. Politique de la françafrique qui a permis à la France de la Ve République,
attachée à une culture coloniale, de maintenir son rôle d’épicentre culturel,
politique, économique et financier en Afrique en se fondant sur des piliers
structuraux tels que l’Élysée, l’État-major militaire, la garantie monétaire et
l’aide publique au développement5.
2
Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, à l’université Ouaga I, professeur Joseph
Ki-Zerbo, à Ouagadougou, http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-repu
blique-emmanuel-macron-a-l-universite-ouaga-i-professeur-joseph-ki-zerbo-a-ouagadougou/. Macron,
dans les passages cités, reprend au peu-près, les mots prononcés par Nicolas Sarkozy à Libreville le 24
février 2010: «Je n’appartiens pas à la génération de la colonisation, je n’en ai donc pas les réseaux, même
si j’ai lu des livres d’histoire, mais je n’en ai pas non plus les complexes», Déclaration de M. Nicolas
Sarkozy, Président de la République, sur les relations entre la France et le Gabon, à Libreville le 24 février
2010, http://www.voltairenet.org/article164309.html. Sur le discours d’Ouagadougou et sur son contenu
et ses limites, E. Wonyu, Macron L’Africain. Le Discours de Ouagadougou Face Aux Complexités
Africaines, Parakou-Bénin Iroko éditions, 2020.
3
Rassemblement à Marseille Discours d’Emmanuel Macron 1er avril 2017, https://en-marche.fr/
articles/discours/meeting-macron-marseille-discours.
4
France Inter, Emmanuel Macron appelle à une relation nouvelle avec l’Afrique, 28 nov. 2017,
https://www.franceinter.fr/politique/emmanuel-macron; C Macé, Macron à Ouagadougou: Il n’y a plus
de politique africaine de la France, http://www.liberation.fr/planete/2017/11/28/macron-a-ouagadougou-
il-n-y-a-plus-de-politique-africaine-de-la-france_1613111; Le Figaro.fr avec Reuters, Ce qu’il faut retenir
du discours de Macron au Burkina Faso, https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/11/28/97001-20171128
FILWWW00215-macron-propose-en-afrique-une-nouvelle-donne-au-cote-de-l-europe.php; S. Aubouard,
À Ouagadougou, “Emmanuel Macron relooke la Françafrique, https://www.humanite.fr/ ouagadougou-
emmanuel-macron-relooke-la-francafrique-646422; P. E. Jacquemot, Macron: une normalisation
décomplexée des relations entre l’Afrique et la France, http://www.iris-france.org/103697-emmanuel-
macron-une-normalisation-decomplexee-des-relations-entre-lafrique-et-la-france/.
5
D. C. Bach , M. C. Smouts, Avant-Propos, «Politique Africaine », 1982, n° 5, Mars, pp. 4-5 ; P Hugon,
Géopolitique de l’Afrique: Prépas, Paris, Sedes, 2012, https://books.google.it/books?hl=it&id= ZN7UD
3tKq8wC&dq=philippe+hugon%2C+g%C3%A9opolitique+de+l%E2%80%99afrique%2C+paris%2C+s
edes%2C+2012&q=Elf#v=snippet&q=Elf&f=false; P Pesnot , Les dessous de la Françafrique, Paris,
Nouveau Monde, 2014.
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La françafrique
Depuis le général de Gaulle, tous les présidents français ont accordé
beaucoup d’importance à la françafrique. Ils ont tous veillé, selon leurs
personnalités et leurs choix diplomatiques, à la préserver et à la renforcer, ce
qui, parfois, leur a valu le titre d’Africain.
Quelles sont ces relations paternalistes et personnalistes fondées, hier et
aujourd’hui, sur des contextes où se joignent, comme il a été évoqué, les piliers
structuraux: l’Élysée, l’État-major militaire, la garantie monétaire et l’aide
publique au développement? Et pourquoi, au cours des années, plusieurs
analystes n’ont pas hésité à soutenir qu’elles s’appuient sur la complicité de la
francophonie?
D’aucuns estiment que la communauté linguistique et culturelle repré-
sentée par la francophonie6, que de Gaulle n’appréciait en tant qu’institution
dans la crainte d’être accusé de néocolonialisme mais qu’il indirectement
favorisa7, a permis à la France de garder son influence politique, économique
et militaire dans son espace réservé, le ‘pré carré’, africain après la décolo-
nisation8. Rappelons que l’institution comme Agence de coopération culturelle
et technique a été instituée en 1970 à l’initiative des Présidents Senghor, Diori,
Bourguiba et du Prince Sihanouk. Par la suite, en 1998, elle devient Agence
intergouvernementale de la francophonie et Organisation internationale de la
francophonie (OIF) depuis 20059.
L’expression France Afrique, forgée pour désigner les relations très
particulières entre la France et ses anciennes colonies africaines, fut contractée
en un seul mot françafrique et popularisée par François Xavier Verschave, qui
la décrit ainsi: «[la françafrique] est une nébuleuse d’acteurs économiques,
politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies,
et polarisée sur l’accaparement de deux rentes: les matières premières et l’Aide
publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire
l’initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans
la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie»10.
Quelques années plus tard, Jean-François Médard donne une explication
plus détaillée de la françafrique:
6
L. S. Senghor a été le premier à utiliser l’expression francophonie et ne soulignant le rôle: «La
Francophonie, c’est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre: cette symbiose des ‘énergies
dormantes’ de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire»,
L. S. Senghor, Le français, langue de culture, «Esprit», Nouvelle Série,1962, n° 311 (11), p. 844.
7
V. B. Rosoux, Le général de Gaulle et la francophonie, «Politique et Sociétés» 16(1), pp. 61-74.
https://doi.org/10.7202/040049ar; C. Caitucoli, «Charles De Gaulle et la Francophonie. Un père fondateur
ambigu » sous la direction de P. A. Ndao, La francophonie des Pères fondateurs. Paris, Karthala, 2008,
pp. 99-132; L’empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la françafrique, cité., pp. 947-948.
8
Le pré carré identifiait les anciennes acquisitions coloniales : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique-Équatoriale
française, le Madagascar, les Comores et Djibouti.
9
C. B. Vigouroux, Francophonie, «Annual Review of Anthropology», 2013, vol. 42, pp. 379-397.
10
F. X. Verschave, La Françafrique . Le plus long scandale de la République, Paris, Stock, 1998, p. 175.
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«Au plan formel [la françafrique] se caractérise par un certain nombre d’institutions,
comme le Ministère de la Coopération, aujourd’hui absorbé par le Ministère des Affaires
étrangères, la zone franche, la francophonie, les accords de coopération civils et militaires et
la présence militaire française en Afrique […]. Sur le plan informel, elle repose sur une
infrastructure de réseaux de nature très variée, souvent occultes et illicites»11.
11
J. F. Médard, La politique est au bout du réseau. Questions sur la méthode Foccart, «Les Cahiers du
Centre de Recherches Historiques”, 2002, n° 30, p. 2.
12
Idem, «France and sub-Saharan Africa. A privileged relationship», Engel, U. et Olsen, G. R. (eds.) Africa
and the North: Between Globalization and Marginalization, London and New York, Routledge, 2005,
pp. 28-29.
13
J. P. Dozon, L’état français contemporain et son double, l’état franco-africain, «Les Cahiers du Centre
de Recherches Historiques », 2002, n° 30, p. 16, http: //ccrh.revues.org/index432.html.
14
L’expression France à fric dérive de pompe à fric, c’est-à-dire une source de revenus illimités.
15
L. Mosca, La 25ème Conférence des chefs d’état d’Afrique et de France. Nuova partnership, rinnovata
Françafrique. où Sarkafrique? Il caso del Madagascar, «Africa», 2010, vol. LXV, n° 1-4, p. 439; P.
Benquet, Françafrique, 50 années sous le sceau du secret: 1/La raison d’État; 2/L’argent roi,
films documentaires, France, Compagnie des Phares et Balises (CPB Films), 2010.
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L’empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la françafrique, cité, p. 14.
17
INA, De Gaulle et l’Afrique Noire, Conférence de presse du 10 novembre 1959. Pour consulter
l’intégralité di discours voir https://fresques.ina.fr/de-gaulle/parcours/0006/de-gaulle-et-l-afrique-noire.
html.
18
Sur ce personnage très emblématique de la politique française en Afrique voir entre autres: P. Péan,
L’Homme de l’ombre, Paris, Fayard, 1990; J. Foccart, avec Ph. Gaillard, Foccart parle, tomes 1 et 2,
Paris, Fayard/Jeune Afrique, 1995-1997; P. Geneste, «Jacques Foccart ou la politique africaine de la
France gaullienne », Fondation Charles de Gaulle; ouvrage co-dirigé par Ph. Oulmont et M. Vaïsse, De
Gaulle et la décolonisation de l’Afrique subsaharienne, Paris, Karthala, 2014, pp. 183-196; L’empire qui
ne veut pas mourir, cité, pp. 275-284.
19
Survie-Agir Ici, Jacques Chirac et la françafrique : Retour à la case Foccart ? Paris, L’Harmattan, coll.
Dossiers Noirs, 1996, n° 6, pp. 25-27.
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garda cette fonction jusqu’à son décès en 199720 mais le système qu’il avait
astucieusement tracé lui a survécu. Pourtant nombreux Messieurs Afrique21 ont
continué, avec l’aide de leurs contacts, à nouer des relations d’affaires obscures
– au 2 Rue de l’Élysée d’abord et ensuite, sous la présidence de Jacques Chirac,
au 14 Rue de l’Élysée –, permettant à la France, avec des hauts et des bas, de
garder la main sur les ressources du continent africain malgré les
indépendances.
Comme nous l’avons évoqué plus haut, tous les Présidents français n’ont
jamais manqué de se prononcer déclarant que la France devait s’éloigner des
affaires de ses anciennes colonies et d’en finir avec la françafrique. Dans le
cas de Georges Pompidou et d’Henri Giscard d’Estaing il y eut une
continuation de la politique postcoloniale gaullienne et pour cela le système
françafricain s’épanouit. Pompidou reconduit Foccart à la tête de la cellule
africaine, et Giscard d’Estaing, qui avait annoncé de vouloir rendre l’Afrique
aux Africains22, le limogea pour mettre en place son propre réseau.
Pendant les présidences de François Mitterrand23, Jacques Chirac24, Nicolas
Sarkozy25 et François Hollande26, l’approche française du continent oscilla
20
C. R. Whitney, Jacques Foccart Dies at 83 “Secret Mastermind in Africa”, «New York Times», March
20, 1997; B. Edinger, Jacques Foccart Dies Kingmaker in Africa, «The Washington Post», March 20,
1997.
21
Sur les Messieurs Afrique, S. Smith, A. Glaser, Ces Messieurs Afrique. Le Paris-village du continent
noir, Paris, Calmann-Lévy,1992; Idem, Ces Messieurs Afrique 2. Des réseaux aux lobbies, Paris,
Calmann-Lévy, 1997.
22
C. Wauthier, Quatre présidents et l’Afrique, Paris, Seuil, 1995; F. Turpin De Gaulle, Pompidou et l’Afrique
(1958-1974), Paris, Les Indes savantes, 2010; D. Bach, La politique africaine de Valéry Giscard
d’Estaing: Contraintes historiques et nouveaux espaces économiques, «Travaux et Documents » n° 6,
Centre d’étude d’Afrique Noire, 1984; L’empire qui ne veut pas mourir, cité, pp. 346-360.
23
Mitterrand, a symbolisé un mythe pour les gens d’Afrique. Toutefois durant sa présidence il y a eu une
continuité de la françafrique et de ruptures avec le monde africain: c’est à l’occasion du XVIème sommet
Afrique-France à la Baule (19-21 juin 1990) où il annonçât subordonner l’aide française à l’introduction
du multipartisme et le cas du génocide des Tutsis (7 avril -17 juillet 1994). Sa présidence a été contresignée
aussi par des scandales, C Bach, M C Smouts, Avant-Propos, «Politique Africaine », n° 5, 1982, pp. 3-
7; J. F. Bayart, Mitterrand et l’Afrique, Paris, Fayard, 1983; P Marchesin, Mitterrand l’Africain, «Politique
Africaine», n° 58, 1995, pp. 5-24; G. H. Lonsi Koko Mitterrand l’Africain?, Paris, Les éditions de
l’Égrégore, 2007; L’empire qui ne veut pas mourir, cité, pp. 459-488 et pp. 593-605.
24
Pour certains analystes sous la présidence Chirac, la France se confronta avec le changement intervenu
au niveau international en particulier en Afrique, après la fin de la guerre froide. Chirac, souvent
appelé Chirac l’Africain, n’a pas non plus opéré un désengagement dans le pré-carré, quand même le
gouvernement Jospin formula ainsi: «ni indifférence, ni ingérence» vis-à-vis de l’Afrique. De plus Chirac
développa relations avec l’Afrique anglophone et lusophone ouvrant à la France de nouveaux horizons,
et nouveaux marchés, D. Bourmaud, (1996) La politique africaine de Jacques Chirac: Les anciens contre
les modernes, «Modern & Contemporary France», vol. 4, issue 4, 1996, pp. 431-442; T. Chafer, Chirac
and ‘la Françafrique’ : No Longer a Family Affair, «Modern & Contemporary France», vol. 13, n° 1,
2005, pp. 7-23; G. Claude, Dix ans de politique africaine de la France, 1996-2006, «Politique étrangère »,
vol. 4, 2007, pp. 905-918; L’empire qui ne veut pas mourir, cité, pp. 493-503.
25
Pour la politique de Sarkozy en Afrique, La rédaction, Le mépris souverain, «Politique africaine», octobre,
107, 2007 pp. 5-8; A. Thiam, A. (2008) La politique africaine de Nicolas Sarkozy: rupture ou continuité?
«Politique étrangère», 4, 2008, pp. 873-884; S. Smith, A. Glaser, Sarko en Afrique, Paris, Plon, 2008; S.
Foutoyet, Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, Bruxelles, Ed. Tribord, 2009; G. Labarthe,
Sarko l’africain, Paris, Hugo & Cie, 2011, L’empire qui ne veut pas mourir, cité, pp. 636-639, 773-
776,867-873
26
Ch. Boisbouvier, Hollande l’Africain, Paris, La Découverte, 2015; R. Marzin, Politique africaine de la
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entre une volonté de se libérer des liens coloniaux du passé, de ne plus vouloir
soutenir les régimes corrompus et illégaux et de ne plus confier les dossiers
africains aux Messieurs Afrique et un désir de ne plus maintenir un système
que – en Afrique comme en France – on jugeait non plus convenable. Le
changement invoqué n’était pas accompli. C’était le cas des prédécesseurs
immédiats d’Emmanuel Macron, à savoir Nicolas Sarkozy et François
Hollande.
Avec le président Sarkozy, après son discours de Dakar du 26 juillet
200727, le néologisme françafrique a été transformé en Sarkafrique28 pour
décrire la vision que Sarko avait des relations entre la France et les pays
africains. En effet, et contrairement à son dessein rendu public à Cotonou le
18 mai 200629, de rompre avec la politique passéiste, le président a renforcé
plus que jamais les relations de dépendances inhérentes à la colonisation: le
joug monétaire de la France a été préservé, l’armée française s’est déployée
en Afrique francophone, les régimes moyenâgeux du pré-carré ont souvent été
confortés. Encore une fois un président a placé les intérêts politiques et
économiques de Paris au premier plan30, faisant ainsi ras-le-bol des promesses
de campagne de rompre avec la Françafrique et le conservatisme de sa
présidence.
Le septième président de la République française, le socialiste Hollande,
n’a d’ailleurs pas fait mieux. Lors de son élection, il promettait de renouveler
la politique africaine, en inventant pendant son mandat le destin africain,
comme Christophe Boisbouvier l’écrit dans Hollande l’Africain31. En octobre
2012, le président François Hollande s’était prononcé en faveur de la fin de la
françafrique lors d’une visite à Dakar. Dans un discours devant le parlement
sénégalais, le président français avait déclaré que “Le temps de ce qu’on
appelait autrefois «la Françafrique» est révolu. Il y a la France et il y a
l’Afrique. Il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations
France, le bilan du quinquennat de François Hollande: une absence d’approche globale, https://
regardexcentrique.wordpress.com/2017/05/17/politique-africaine-de-la-france-sous-francois-hollande-
une-absence-dapproche-globale/, L’empire qui ne veut pas mourir, cité, pp.791-797.
27
Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur sa conception de l’Afrique et de son
développement, à Dakar le 26 juillet 2007; https://www.elysee.fr/nicolas-sarkozy/2007/07/26/declaration-
de-m-nicolas-sarkozy-president-de-la-republique-sur-sa-conception-de-lafrique-et-de-son-
developpement-a-dakar-le-26-juillet-2007.
28
Le néologisme Sarkafrique énonce le passage de la françafrique des mallettes à la Sarkafrique des
concessions.
29
Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du
Territoire, sur le thème de la politique de la France en Afrique - Palais des congrès, Cotonou, Bénin 18
mai 2006, https://www.interieur.gouv.fr/Archives/Archives-ministres-de-l-Interieur/Archives-de-Nicolas-
Sarkozy-2005-2007/Interventions/19.05.2006-Deplacement-de-M.-Nicolas-SARKOZY-au-Benin.
30
Pour la politique de Sarkozy, nous renvoyons à la note 25. Nicolas Sarkozy aurait organisé l’intervention
en Lybie soutenue par Londres, Washington, le Qatar et l’Arabie saoudite en 2011 pour renverser le
colonel Kadhafi. L’entrée en guerre contre le régime du colonel Kadhafi a été autorisée le 17 mars 2011
par le conseil de sécurité de l’ONU, à travers la résolution 1973.
31
Voir note 26.
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fondées sur le respect, sur la clarté et sur la solidarité”32. À ces mots d’Hollande
à Dakar n’a pas suivi un renouvellement dans les relations entre la France et
ses anciennes colonies africaines et ce qui fut pire, le président qui avait affirmé
trois mois plus tôt que la France n’interviendrait pas le 11 janvier 2013
déclencha l’opération Serval au Mali pour stopper l’offensive djihadiste. À la
fin de sa présidence, Hollande restait tristement célèbre pour être le Président
ayant envoyé le plus grand nombre de soldats français dans le continent africain
pour les opérations Serval et Barkhane, qui succéda à Serval (aout 2014) en
Mali et l’opération Sangaris dans la République centrafricaine(5 décembre
2013 - 31 octobre 2016)33.
32
Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et
l’Afrique, à Dakar le 12 octobre 2012, https://www.elysee.fr/francois-hollande/2012/10/12/declaration-
de-m-francois-hollande-president-de-la-republique-sur-les-relations-entre-la-france-et-lafrique-a-dakar-
le-12-octobre-2012.
33
G. Mathias, Les guerres africaines de François Hollande, La Tour d’Aigues, Éditions de L’Aube, 2014;
P. Boniface, Hollande l’Africain - 3 questions à Christophe Boisbouvier, 6 mai 2016. Disponible sur
https://blogs.mediapart.fr/pascalboniface/blog/060516/hollande-l-africain-3-questions-christophe-
boisbouvier.
34
L. Caramel, Emmanuel Macron, «son programme Afrique: “Je veux mobiliser plus de financements pour
les PME locales” Quel programme pour l’Afrique? (4/5) Les principaux candidats à l’élection
présidentielle française répondent. Aujourd’hui, le candidat d’En march ! «Le Monde. Afrique», 12 avril,
2017.
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plus le mentionner, c’est la langue, j’allais dire la langue française […] Elle a
parcouru le monde entier et elle est ce qui nous unit. Notre langue française
c’est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça n’est pas simplement
un patrimoine à protéger et cet avenir se joue pour beaucoup en Afrique, ici
[…] La francophonie c’est un corps vivant […] Et cette francophonie, ce n’est
pas la francophonie française, non, elle a depuis bien longtemps échappé à la
France. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui illumine, qui conquiert
parce que ce sera la vôtre, portez-la avec fierté cette francophonie, défendez-
la, mettez-y vos mots, mettez-y vos expressions, transformez-la, changez-la à
votre tour!»35.
Les affirmations du Président à propos de la francophonie ont fait l’objet
d’un vif débat, parfois fortement critique, après le discours tenu à Ouaga-
dougou aussi bien qu’après celui prononcé devant la communauté française
de Dakar, le 2 février 2018, à l’occasion de la visite d’État au Sénégal:«Ce que
nous avons en commun[…]c’est la langue[…]Je l’ai dit à Ouagadougou il y a
quelques semaines et je le réaffirme avec beaucoup de force ici: la francophonie
n’appartient pas aux Français[…] C’est pourquoi la francophonie, l’Afrique
en particulier, doit s’en saisir parce que l’épicentre de la francophonie, sa
vitalité, sa force, à la fois en termes d’inventivité linguistique mais aussi en
termes culturels, artistiques et de projets, elle se joue en Afrique beaucoup plus
qu’ailleurs et son épicentre est quelque part autour du fleuve Congo,
résolument»36.
À ces discours s’ajoute celui du 20 mars 2018. Un discours clef sur la
francophonie dans lequel le président Macron déclara officiellement sa
stratégie internationale de promotion de la langue française, notamment dans
les domaines de l’éducation et de la géopolitique, avec un accent particulier
sur l’Afrique37. Les communiqués de presse s’y rapportant annonçaient que
Macron aurait présenté un plan d’ensemble pour la langue française et le
plurilinguisme dans le monde. Ce plan était le résultat d’une consultation
citoyenne internationale en ligne, «Mon idée pour le français», lancée le 26
janvier 2018 et close le 20 mars 2018, finalisée à recueillir des idées et des
propositions pour valoriser les enjeux culturels et linguistiques du français, de
la francophonie et du plurilinguisme38.
35
Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, à l’université Ouaga, cité.
36
Discours du Président de la République à la communauté française du Sénégal, https://www.
elysee.fr/emmanuel-macron/2018/02/02/discours-du-president-de-la-republique-a-la-communaute-
francaise-du-senegal.
37
Discours d’Emmanuel Macron à l’Institut de France sur l’ambition pour la langue française et le
plurilinguisme, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2018/03/20/discours-demmanuel-macron-a-
linstitut-de-france-sur-lambition-pour-la-langue-francaise-et-le-plurilinguisme.
38
France Diplomatie, Mon idée pour le français (25 janvier 2018), https://www.diplomatie.gouv.
fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/Francophonie-et-langue-francaise/actualites-et-evenements-lies-a-
la-Francophonie-et-a-la-langue-francaise/actualites-et-evenements-2018-lies-a-la-Francophonie-et-a-la-
langue-francaise/article/mon-idee-pour-le-francais-25-01-18.
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39
Idem.
40
A. Mabanckou, Francophonie, langue française: lettre ouverte à Emmanuel Macron, «Le Nouvel
Observateur», 15 janvier 2018.
41
France Diplomatie, Mon idée pour le français (25 janvier 2018), cité.
42
K. Ndiaye, cité, p. 955.
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symboliques. Dizaines de projets ont été à l’ordre du jour tels que un’ éducation
de qualité pour toutes et tous, le développement des pôles d’excellence en
Afrique, le soutien aux petites et moyennes entreprises (PME), la nomination
à l’organisation internationale de la francophonie (OIF) de Louise
Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, la création d’un
Conseil présidentiel africain, le CPA, la rénovation de l’aide au développement
liant la diaspora africaine au partenariat entre la France et leurs pays d’origine
en matière d’agriculture, de gestion urbaine, d’éducation, mais aussi de sport,
de culture et de numérique.
Raisons de realpolitik, toutefois, ont obligé Macron à faire comme ses
prédécesseurs pour retrouver des relations fortes avec les pays africains en
considération que leur prospérité et sécurité conditionnent encore aujourd’hui
largement celles de l’État français et que la France, dans les dernières années,
a perdu son poids de premier ordre en Afrique depuis les années 2000 pour
l’influence grandissante des pays tels que la Chine, la Russie, la Turquie, l’Inde
qui ont enregistré une hausse non négligeable de leurs parts de marché dans
les exportations vers l’Afrique.
En 2022 cinq ans après son élection à la présidence de la France et à la
veille de présidentielle, la nouvelle approche de Macron a été critiquée par une
bonne partie de l’opinion africaine convaincue que les vestiges de la
francafrique sont encore à abolir. Macron comme écrivent Antoine Glaser et
Pascal Airault dans le livre Le piège africain de Macron43 n’a pas été à la
hauteur des promesses effectuées parce que il doit encore faire confiance dans
l’appui des autocrates africaines, c’est que Glaser et Airault définissent le piège
africain du président.
Si le changement de paradigme dans les relations France-Afrique doit
encore se faire, on doit noter les progrès dans le processus de réconciliation
avec le Rwanda avec la publication du Rapport Duclert en mai 202144. Encore
les changements à la législation sur l’inaliénabilité du patrimoine muséal
français45, après la publication du Rapport Sarr-Savoy46, qui ont permis la
restitution de vingt-six œuvres constituant le «Trésor de Béhanzin » au Benin
et le sabre, attribué à El Hadj Omar Tallaux au Sénégal, annoncé lors du
Nouveau Sommet Afrique-France”47 tenu le 8 octobre à Montpellier.
43
A. Glaser, P. Airault, Le piège africain de Macron. Du continent à l’hexagone, Paris, Fayard, 2021.
44
V. Duclert, La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990-1994), Rapport au président de la
République de la Commission de recherche, mai 2021, https://www.vie-publique.fr/rapport/279186-
rapport-duclert-la-france-le-rwanda-et-le-genocide-destutsi-1990-1994.
45
Loi n° 2020-1673 du 24 décembre 2020 relative à la restitution de biens culturels à la République du
Bénin et à la République du Sénégal, https://www.legifrance.gouv.fr/dossierlegislatif/JORFDOLE
000042118115/.
46
F. Sarr, B. Savoy, Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique
relationnelle, nov. 2018, http://restitutionreport2018.com/sarr_savoy_fr.pdf.
47
Loi n° 2020-1673 du 24 décembre 2020 relative à la restitution de biens culturels à la République du
Bénin et à la République du Sénégal, cité.
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Restitution d’objets d’art africains qui est loin d’être achevée et qui a suscité
soit en France soit à l’étranger un vif débat48. Également la levée du secret
défense sur l’assassinat de Thomas Sankara en 198749, la réforme du franc
CFA, déclarée en décembre 2019 et entérinée en mai 2020, et qui concerne les
huit pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Objet des
critiques, dont les échos se sont fait ressentir de manière récurrente, est la
présence d’un dispositif militaire français en Afrique.
C’est le cas à Dakar, à Libreville, en Côte d’Ivoire et à Djibouti, comme
au large des côtes africaines à Mayotte et à la Réunion comme des forces
françaises participants aux missions de l’ONU au Sahara, au Mali, en
République centrafricaine et en République démocratique du Congo. Dans le
cas du Mali, le président français Emmanuel Macron, suite à la crise
diplomatique et politique entre Bamako et Paris depuis un certain temps, a
annoncé le 17 février 2022 le retrait progressif des troupes de l’opération
Barkhane et de la task-force Takuba, déployées au Mali.
Il a été mentionné le Nouveau Sommet Afrique-France tenu à Montpellier
. Le Sommet, organisé avec l’aide de l’intellectuel et philosophe camerounais
Achille Mbembe50, avait l’objectif de réinventer les relations Afrique France à
partir d’un débat sur la culture, le sport, l’entrepreneuriat, l’innovation,
l’engagement citoyen, l’enseignement supérieur et la recherche. Le Sommet
devait constituer un réel tournant et fixer la fin des sommets France-Afrique
(Françafrique) traditionnels entre chefs d’États français et africains, au profit
des sociétés civiles africaines et des diasporas. Cela ne s’est pas produit, surtout
quand Macron a été invité à demander pardon pour le passé colonial de Paris,
à mettre fin à la françafrique, à définir une réforme de l’aide au développement,
à ne plus soutenir les régimes dictatoriaux dans le continent, etc. Les critiques
au Sommet ne sont pas manquées51 et le bilan a été modéré. Le sommet était
considéré un point de départ d’une nouvelle relation Afrique-France52, mais
pour les douze jeunes issus du continent, entrepreneurs, artistes, sportifs c’est
à eux et seulement à eux à la réinventer.
48
F. Brun, E. Cadet, B. Müller, Restitutions de basse intensité, « Multitudes », vol. 78, no. 1, 2020, pp. 169-
173, https://www.cairn.info/revue-multitudes-2020-1-page-169.htm.
49
L’empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la françafrique, cité, pp. 562-565.
50
L’intellectuel et philosophe camerounais Achille Mbembe été chargé de rédiger un rapport sur les relations
franco-africaines, A. Mbembe, Les nouvelles relations Afrique-France : Relever ensemble les défis de
demain, Octobre 2021, https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/11/2d378f4c01fc503f6b087
1347a4c4b16992fc166.pdf.
51
De Brazzaville à Montpellier. Regards Critiques sur le Néocolonialisme Français, sous la direction de
K. Lamko, A. Niang, N. Samba Sylla et L. Zevounou, Collectif pour le Renouveau Africain, 2021,
https://corafrika.org/2021/10/03/de-brazzaville-a-montpellier-regards-critiques-sur-le-neocolonialisme-
francais/ ; Survie, Sommet de Montpellier : tout s’est passé comme prévu pour l’Élysée, 9 octobre 2021,
https://survie.org/themes/francafrique/article/sommet-de-montpellier-tout-s-est-passe-comme-prevu-pour-
l-elysee.
52
La construction d’un nouveau partenariat avec l’Afrique. Cinq ans pour engager la transformation de
nos perceptions et de nos méthodes, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/02/15/afrique-un-
nouveau-partenariat.
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En guise de conclusion
Au-delà de la multiplication des initiatives, quel bilan tirer du quinquennat
d’Emmanuel Macron, au regard des buts que lui même avait fixes? Durant
cette période, en contraste avec une tendance aux replis nationaux ou régionaux
observés de par le monde, la France a multiplié les appels à l’action multi-
latérale et a élargi sa coopération au-delà des pays du «pré-carré» français.
En dépit de ces initiatives, Macron n’a été en condition d’éloigner
véritablement le fantôme du post-colonialisme et de battre les «Messieurs
d’Afrique», c’est-à-dire la françafrique.
Confrontée aux attentes fortes de la part de la société civile, la France
demeure critiquée pour son action sur le continent africain, en raison de son
passé, de la présence permanente de ses bases militaires, de son soutien
historique aux régimes autoritaires. Pour autant Macron, le plus jeune président
que la France ait connu depuis 1958, malgré une volonté de changement
manifestée, toutefois à plus reprises remise en cause53, n’a pas été,
jusqu’aujourd’hui, le premier à tourner la page de la politique extérieure
française avec les anciennes colonies et à faire de la langue française, d’après
son discours à Pékin le 9 janvier 2018, «un atout pour l’avenir (…) et qui sera
parlée par plus de 700 millions de personnes au milieu du siècle, dont 85% en
Afrique»54.
53
«(Macron): même s’il cherche à passer pour le jeune homme un peu cinglé prêt à faire imploser la
Françafrique, Emmanuel Macron est un président français tout à fait ordinaire, veillant de manière fort
réfléchie et méthodique aux intérêts stratégiques de son pays. Il est parfaitement conscient de son devoir
de perpétuer, par la force ou par la ruse, la mise sous coupe réglée d’États africains supposés souverains
et si fabuleusement dotés en ressources naturelles. Rien de nouveau sous le soleil, dira-t-on. Certes. Mais
un tel système de pillage ne se voit aujourd’hui qu’en Françafrique, surtout sous cette forme impudique
et de plus en plus... décomplexée. C’est en grande partie ce qui permet à la France de tenir son rang dans
le concert des nations», B. B. Diop, Montpellier, « La Françafrique à bout de souffle», dans De Brazzaville
à Montpellier. Regards Critiques sur le Néocolonialisme Français, cité, p. 26.
54
Transcription du discours du Président de la République au palais de Daminggong. Pour consulter
l’intégralité du discours : http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-du-president-
de-la-republique-au-palais-de-daminggong/.
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All’Estero la
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