VERITE
Cours : Vérité. Notions traitées : Vérité, Raison/réel, Matière/Esprit, Théorie/ Expérience,
Démonstration/Interprétation.
Concepts abordés : Opinion, Erreur, Expérience, Théorie, Hypothèse, Absolu/Relatif,
Expliquer/comprendre, Nécessaire/contingent.
Qu’est-ce que la vérité ?
Question de l’essence de la vérité, circonscrire sa nature, sa définition-> A quoi la reconnaît-
on, de quoi la distingue t’on ? Quels sont les critères permettant de la définir, sont-ils pour
autant définitifs, absolus ?
Autre problème-> La vérité- Elle apparaît de manière paradoxale, à la fois voilée, cachée et à
la fois évidente, elle semble crever les yeux de tous ; Elle est comme le « nez au milieu de la
figure » ; Peut on alors dire « à chacun sa vérité ? ». Tout le monde a le sentiment de détenir
une vérité, sa vérité ? Cause des conflits et tensions. Alors la vérité est-elle plurielle et
subjective ? Ou alors est-elle unique, absolument objective et même absolue ?
Ces enjeux amènent à un problème central : Ou bien la vérité est subjective, particulière et
plurielle ou bien est-elle objective ? Mais peut-elle l’être absolument, N’est-ce pas une
nouvelle illusion que de supposer une vérité absolue ?
Enfin, y a-t-il un danger à rechercher la vérité ? Pour Augustin cette recherche est une
« maladie de la curiosité » ; Elle peut rendre malheureux. (Vérité/bonheur). Chercher la vérité,
à la dévoiler est une quête dangereuse (Galilée, Copernic, Socrate- suggestion des mythes :
Œdipe roi qui veut connaître la cause de la peste de Thèbes- ce qui le mène à sa perte/ Psyché
qui veut voir le visage de son amant Eros en plein jour et le perd, Pandore qui ouvre la boite
des maux de l’humanité et les libère à cause de sa curiosité ; Enfin Adam et Eve qui sont
déchus du paradis pour avoir mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
Que cache le besoin de vérité ? Est-ce toujours un bien de la connaître ?
Pque : La vérité puise t’elle son essence dans une unicité objective ou dans une pluralité
subjective, Pour autant n’ y a-t-il pas des critères permettant de reconnaître la vérité ? Mais
que cache ce besoin humain de vérité ?
Plan : 1/ A quoi reconnaît-on la vérité ? De quoi la distingue t’on ?
2/ Quels sont alors les critères du vrai ? Dans le champ de l’épistémologie
3/ Si la vérité n’est pas absolue et unique comment redéfinir son essence ?
I- A quoi reconnaît-on la vérité ?
1- Vérité et erreur
- Il faut d’abord la distinguer de ce qu’elle n’est pas. Pour la reconnaître, il faut la
délimiter en opposant ce qui s’en rapproche et s’en différencie.
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- La vérité se distingue de l’erreur : D’où provient l’erreur ? D’une précipitation ou
d’une prévention ; se précipiter pour savoir, C’est un obstacle ; La curiosité, l’avidité
de repère.
Descartes : « Ceux qui se croyant plus habiles qu’ils ne sont, ne se peuvent empêcher de
se précipiter leurs jugements, ni avoir assez de patience pour conduire par ordre toutes
leurs pensées » Discours de la méthode ; Bachelard reprend cette problématique de
l’erreur. L’obstacle épistémologique est interne. Issu de préjugés, de curiosité ou
d’impatience, il nous empêche d’accéder au vrai. Cause de l’erreur. « Toute notre
connaissance scientifique est un travail de rectification de nous-mêmes ». (La formation
de l’esprit scientifique).
- L’erreur peut être d’ordre logique :
Selon le principe de non contradiction (ou principe d’identité) érigée par Aristote A –A ne
sont pas compatibles de manière simultanée.
Les syllogismes : Aspect formel de la vérité. (cours domi) Nécessité d’une validité formelle
des jugements et des propositions.
2- Vérité et opinion
- Pour autant ce critère logique est-il suffisant ? Il faut une adéquation du jugement et du réel ;
Un fait-> « c’est le fait qui rend la croyance vraie, et ce fait ne présuppose pas l’esprit de la
personne qui est le sujet de la croyance » Russel- Problèmes de philosophie. La vérité se
distingue donc de l’opinion, de la croyance qui sont des créations, des affabulations de
l’esprit. Comment définir l’opinion-> pbme, parait vraisemblable, fait l’objet d’un
assentiment général, manifeste l’apparaître. Ce qui apparaît n’est pas toujours vrai, Pourquoi
l’opinion n’est elle pas une vérité ?
- Platon – Allégorie de la caverne- Chapitre VII de la République. Pour les prisonniers, le
monde sensible, l’apparaître est le vrai. « Il est indubitable que pour ces gens là, la
réalité ne saurait être autre choses que les ombres des objets confectionnés ». Le
prisonnier libéré voit enfin les objets véritables. Accéder au vrai c’est donc se libérer de
l’illusion, de l’opinion. C’est faire une ascension laborieuse vers le Bien (Vrai) ; C’est se
désengluer des préjugés et croyances. C’est voir le même, l’unique et non plus se perdre
dans le multiple.
Le soleil, BIEN/VRAI « le prisonnier viendrait à conclure au sujet du soleil, que c’est lui
qui produit les saisons et les années, qu’il gouverne tout dans le monde visible et qu’il est
en quelque manière la cause de toutes choses »
-Platon, Phédon : L’essence, le vrai est toujours identique/ le visible, sensible est
changeant et multiple ; donc le vrai est un, identique, immuable ; L’essence est la notion
intelligible donnant un sens ultime à la réalité des choses. Si le vrai est une adéquation du
jugement au réel et que le réel est l’essence l’opinion est nécessairement vraie, c’est croire
que la copie est l’original ? Dans le Cratyle, Platon explique qu’une connaissance mobile
n’est pas une connaissance. Car « si tout se transforme et rien ne demeure, aucune
connaissance n’est possible » Donc la connaissance se fonde sur une essence unique,
absolue, immuable.
Peut-il y avoir des opinions vraies ? Pour Platon « Toutes les opinions que
n’accompagnent pas la science sont disconvenantes, les meilleures d’entre elles sont
aveugles » Il peut y avoir des opinions vraies par hasard mais elles ne sont pas fixes,
prouvées, attachées à l’essence. On peut donc distinguer les philosophes (guidés par le
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logos vers les essences de la réalité vraie) de philodoxes qui se complaisent dans la
confusion, la multiplicité des opinions (Platon ; République) « Les gens qui contemplent
la multiplicité des belles choses mais qui ne voient pas le beau en soi n’ont aucunement
conscience de ce dont ils ont opinion. » Il y a donc un seul savoir, unique et une multitude
de croyances ; Dés lors, « le fait d’être lié distingue la science de l’opinion correcte ».
3/ Raison et vérité
Donc la vérité fait intervenir la RAISON (le logos). LA DOXA (opinion) et Le PATHOS
(affect, désirs, sentiments) sont des ennemis de la vérité. Pour interpréter le réel il faut
user de la raison ; Pour faire de la philosophie comme de la science, il faut se défaire de ce
qui apparaît dans la matière, dans le réel. Il faut se dégager de ce qu’on croit ou ce qui
semble le plus vrai ; Pour faire une enquête, ce qui apparaît manifestement n’est jamais ce
qui est vrai ; Il s’agit donc de dévoiler la vérité. Reconstruction de la vérité à l’aide de la
raison. La raison est un guide permettant de se repérer et de donner une signification, de
comprendre l’enchaînement logique ou physique d’une réalité ; La vérité ne se manifeste
donc pas dans la contemplation du réel mais dans l’action de la raison pour y mettre un
ordre ; pour autant, si tous les hommes disposent de la raison, il s’agit ensuite de bien
l’utiliser pour accéder au vrai ; la vérité ne se donne pas ; elle se trouve. Descartes,
discours de la méthode : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée […] car
ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal, c’est de l’appliquer bien »
Il s’agit donc d’appliquer une méthode qui soit sûre ; Pour Descartes, le critère de la vérité
c’est la clarté et la distinction de l’évidence ; Les mathématiques qui sont nécessairement
vrais et indubitables sont le modèle sur lequel s’appuyer pour parvenir à une vérité
certaine. « Je me plaisais surtout aux mathématiques à cause de la certitude et de
l’évidence de leurs raisons…les fondements étant si fermes et si solides, on n’avait rien
bâti dessus de plus relevé » ; Chercher le vrai c’est d’abord douter, remettre en question
ses croyances pour reconstruire de manière plus assurée. « Mais que, pour toutes les
opinions que j avais reçues jusqu’alors en ma créance, je ne pouvais mieux faire que
d’entreprendre une bonne fois pour toutes de les en ôter, afin d’y remettre par après, ou
d’autres meilleures, ou bien les mêmes, lorsque je les aurai ajustées au niveau de la
raison. » ; Il s’agit donc d’agir avec prudence et méthode « comme un homme qui marche
dans les ténèbres ». Il faut suivre une méthode très simple permettant d’accéder au vrai. «
chercher la vraie méthode pour parvenir à la connaissance de toutes les choses dont mon
esprit serait capable » ;
4 règles de la méthode : Evidence, analyse, ordre et dénombrement : « Le premier était
de ne jamais recevoir aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être
comme telle : c'est-à-dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention et de ne
comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si
distinctement à mon esprit que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.Le
second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il
se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. Le troisième, de conduire par
ordre mes pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à
connaître pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu’à la connaissance des plus
composés, et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point
naturellement les uns les autres.Et le dernier de faire partout des dénombrements si
entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre. »
Transition : La méthode est donc le guide permettant de bien conduire la raison. En
s’appuyant sur le modèle des vérités mathématiques, on peut accéder au vrai dans les
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autres champs ; La vérité a donc également un aspect moral l’opposant au mensonge ;
Dire le vrai c’est être légitime. Dire le vrai c’est avoir des arguments et des preuves
logiques et matérielles permettant de remplir l’exigence d’adéquation entre le jugement et
le réelle ; C’est la raison qui en est la garante. Pour accéder au vrai, il s’agit donc de
désenchanter le monde selon l’expression de Max Weber ; Il faut distinguer le vrai, le réel
de l’imaginaire, de l’irrationnel, de l’illusoire. C’est l’objet de la science ; Aujourd’hui ce
qui est considéré comme vrai est ce qui témoigne de preuves concrètes ancrées dans
l’expérience. Mais alors la vérité platonicienne qualifiée d’absolue et soutenue par une
hiérarchie des essences peut être considérée comme de la pure spéculation. La philosophie
cartésienne ; même dans le sens où elle ne s’appuie que sur la pensée en rejetant
l’expérience comme source de connaissance est elle invalidée ? Si on enlève la qualité
d’absoluité qui ne peut être garantie que par u principe divin dont nous n’avons pas la
preuve, la vérité s’effondre t’elle ? Non dans le champ de l’épistémologie (philosophie des
sciences) , paradigme moderne de la vérité, les critères sont à saisir dans l’expérimentation
et dans l’adéquation du jugement et des faits.
II- Quels sont les critères de la vérité scientifique ?
1- Nécessité de l’expérience dans la connaissance
Problème : philosophie antique et même classique ne s’appuient sur des idées dont nous
n’avons pas la preuve car nous n’en avons aucune expérience. Dés lors c’est de la
spéculation qui ne peut se référer au modèle des sciences expérimentales.
- Hume, Enquête sur l’entendement humain ; Toute idée vient de la sensation. Sans
expérience, aucune idée possible ;
- Kant, critique de la raison pure, Seul le phénomène, objet d’expérience est
connaissable, toute ce qui le dépasse est pensable mais ne peut être objet de savoir, on
ne peut donc pas en détenir la vérité. « Toute connaissance commence avec
l’expérience », « Il n’y a de connaissance qu’à partir de l’expérience. »
- L’expérience permet une vérification, elle est « une pierre de touche » selon
l’expression de Kant. Sans elle la raison divague et cherche à affirmer ce qu’elle ne
peut connaître. « En dehors de la pierre de touche de l’expérience, la raison humaine
est vouée à des contradictions inévitables et sans fin »
- Dans le domaine de la science, de l’épistémologie, l’expérience est indispensable à
toute affirmation de vérité. Dans le champ scientifique, la méthode hypothético-
déductive est la seule acceptable ; L’expérience est le lieu de la validation ou du rejet
des hypothèses. Elle est seul juge des jugements humains, critère de vérification de la
fausseté ou de la vérité. Francis Bacon, précurseur de la méthode expérimentale
moderne affirme le primat de l’expérience ? Pour lui, les concepts sont des idoles
altérant l’image de la nature. Il prône l’induction (rassemblement d’observations pour
saisir les formes de la nature). L’expérience a donc un statut privilégié ;
Transition : Pour autant, si l’expérience est fondamentale dans l’acquisition d’une
connaissance, d’une vérité, Est-elle suffisante, peut elle se passer de la raison ? Faut-il séparer
théorie et expérience, matière et esprit, raison et réel ? La vérité ne rencontre t’elle pas
précisément dans l’union des deux ?
2- Dans la méthode hypothetico déductive, théorie et expérience sont irrémédiablement
liées :
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- a- hypothèse b- expérience – théorie.
- La raison cherche quelque chose, formule une conjecture qui sera validée ou non par
l’expérience.
- C’est donc l’esprit qui opère un travail sur la matière. C’est la raison qui agit ; Pour les
empiristes, primat de l’expérience, pour les idéalistes, primat de la pensée
- La vérité scientifique se rencontre dans l’union des deux.
- Bacon ; l’erreur est de séparer la raison et les faits. Métaphore de la fourmi qui amasse
(empirisme), araignée tisse une toile sans contenu (idéalisme) ; c’est l’abeille qui
symbolise la vérité scientifique. (données et transformation organisée)
- Alexandre Koyré, le origines de la science moderne : La méthode scientifique repose
sur la primauté de la raison. C’est une méthode expérimentale dont le langage est
mathématique ;
- Kant « Mais si toutes nos connaissances dérivent de l’expérience, il n’en résulte pas
qu’elles dérivent toutes de l’expérience. »
- Il y donc une union et même un primat de la raison ; Il faut organiser, faire des
hypothèses, chercher quelque chose de théorique dans le réel. A l’inverse, observer ne
suffit pas, il faut raisonner pour trouver les causes, les lois qui régissent le réel.
- Donc la théorie précède le fait.
3/ La construction du fait scientifique :
L’expérience immédiate : source de confusion, d’erreurs et d’illusions. Ce n’est pas une
source de connaissance fiable ; « L’opinion a en droit toujours tort » pour Bachelard, il faut
psychanalyser la raison qui cherche à connaître par ce qui lui apparaît
Donc atteindre une vérité scientifique, c’est se dégager de l’apparence, de l’observation
contemplative ; du vécu subjectif, de l’apparence immédiate
- Le fait scientifique est donc toujours l’objet d’une construction. Il s’agit de bien poser
les problèmes, de les rendre clairs ; « Rien de va de soi, rien n’est donné, tout est
construit. ». Même les instruments sont des théories matérialisées. Donc
« l’observation scientifique est polémique et construite ». Le phénomène scientifique
est entièrement théorique. c’est une production de l’esprit. Bachelard, Le nouvel esprit
scientifique.
- Donc le fait scientifique est une pure construction de l’esprit ; guidé par la raison le
chercheur émet une hypothèse théorique sur le réel et cherche sa validité dans
l’expérience.
- Kant, CRP : « La raison n’aperçoit que ce qu’elle produit elle-même d’après ses
propres plans, qu’elle doit prendre les devants avec les principe qui déterminent ses
jugements avec des lois constantes, et forcer la nature à répondre à ses questions ;
- « car autrement des observations accidentelles et faites sans aucun tracé d’avance ne
sauraient se rattacher à une loi nécessaire, ce que cherche pourtant et qu’exige la
raison.
- La physique doit chercher dans la nature, conformément aux idées que la raison
même y transporte et qu’elle veut en apprendre, et dont elle ne pourrait rien savoir
par elle-même »
Donc les critères de la vérité dans le champ épistémologique ne sont plus garantis par un
principe supérieur garant de vérité ; Le critère de la vérité moderne, c’est la preuve apportée
par l’expérimentation. Il s’agit de distinguer, l’expérimentation scientifique de l’expérience
sensible et immédiate ; Et, en effet, l’expérimentation est guidée par la raison, elle est une
opération active de l’esprit sur la matière ; L’expérience est issue d’une conjecture théorique,
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d’un plan ; au contraire l’expérience immédiate se caractérise par sa passivité, sa confusion
dans la contemplation de la multiplicité des apparitions. L’histoire est un exemple illustrant
bien cette recherche ; Il ne s’agit pas de croire ou d’observer de documents mais bien d’établir
uns synthèse, un tri, une analyse critique rigoureuse pour retrouver la vérité de l’évènement. Il
faut trouver l’enchaînement des causes et des effets ; Trouver la vérité c’est reconnaître le fil
conducteur permettant de subsumer du différent et du nouveau dans du même.
Transition : Si les critères absolus de la vérité sont abandonnés, c’est au profit de nouveaux.
Bien sûr l’expérience se porte garante de la définition moderne de la vérité définie comme
l’adéquation des jugements et des faits ; Cependant, cette vérité scientifique ne devient-elle
pas à son tour une sorte de dogme ? Qu’est-ce qui garantit que la vérité scientifique soit
définitivement acceptée ? Est-elle pour autant unique et indétrônable. Enfin que cache ce
besoin de vérité, pourquoi l’homme a t’il besoin de contrôler et de s’approprier ; la raison ne
servirait-elle pas un instinct primaire ? Mais ce relativisme sceptique semblerait
inacceptable ; peut-on alors redéfinir la vérité et lui donner des critères plus souples. Faut-il
accepter de renoncer à l’unicité de la vérité sans retomber dans un subjectivisme ne
permettant aucune connaissance ?
III- une nouvelle définition de l’essence du vrai
1- Une vérité scientifique provisoire :
La vérité scientifique n’est ni unique ni globale ; Elle est historique. Les théories se
succèdent ; Les vérités sont polémiques et en construction permanente ; La vérité scientifique
est donc toujours provisoire et à réfuter. L’histoire des sciences manifeste cette évolution
historique. Il n’y a pas d’immuabilité de la vérité. Pour Bachelard (formation de l’esprit
scientifique), la vie de la science est faite « de ruptures et de surgissement de problèmes
nouveaux. ». La science progresse à coups de victoires sur les obstacles épistémologiques ;
- L’erreur, l’absence de vérité absolue sont nécessaires à la connaissance scientifique ; Il
faut renoncer à la prétention totalisante et éternelle de la vérité ;
- Karl Popper : Pour lui, le déterminisme est dépourvu de fondement car les conjectures
et les réfutations ne permettent d’atteindre aucune certitude. Les hypothèse ou
conjectures sont des projections de l’esprit n’ayant aucune justifications en elles-
mêmes ; Paradoxalement, une vraie science est toujours susceptible de réfutation :
mise à l’épreuve pour démontrer la fausseté ; donc une discipline n’est scientifique
que si elle est réfutable ; C’est la théorie de la falsifiabilité ; De fait, psychanalyse et
marxisme ne sont pas scientifiques car non réfutables) ; Exemple de l’astrologie
comme fausse science.
- Il n’y a donc aucune vérité absolue si tout est réfutable ; pour autant Les erreurs sont
constructives car elles permettent de mieux cerner les problèmes. « La réfutation
d’une théorie constitue toujours à elle seule un progrès qui nous fait approcher de la
vérité. ». dés lors la science ne fournit pas de certitudes et n’apporte que des vérités
approximatives, même si l’idée de progrès ne disparaît pas tout à fait.
2- que cache l’idée de vérité ?
La vérité absolue n’existe pas si tout est réfutable m^me dans le domaine de la science qui
passe pourtant pour celui de la certitude et de l’exactitude. Doit –on abandonner toute idée de
vérité ? Nietzsche, dans le Gai savoir va plus loin que Popper. Pour lui, la conviction,
sentiment de certitude et d’évidence doit s’abaisser au domaine de l’hypothèse pour être
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acceptable dans une démarche scientifique. Mais c’est une imposture car « ne il, pas pour que
cette discipline puisse commencer qu’existe déjà une conviction ? ». « On voit que la science
aussi repose sur une croyance, qu’il n’ y a absolument pas de sciences sans présupposés ? ».
Donc la vérité scientifique s’appuie sur des postulats et des axiomes dont aucune preuve n’est
proposée ; Ils sont admis au départ, c’est là que réside l’erreur ;
- Mais que manifeste cette recherche, ce besoin de vérité ? Pour Nietzsche, ce besoin
manifeste « non un goût pour la vérité en elle-même mais pour les certitudes immobiles et
rasseurantes qu’elles nous apportent ». « Ce besoin témoigne donc d’un intérêt vital
d’accéder à une vérité stable et objective et non à un désintéressement affiché par le savant et
le philosophe ». La vérité métaphysique et scientifique sont donc des mensonges ; Ce qui
nous ramène au problème moral de la vérité. Dire toute la vérité c’est jurer de ne pas mentir.
Toutefois, pour Nietzsche ; la vérité témoigne d’un monde fiction que l’homme s’est inventé
pour pallier sa peur et son angoisse ; L’homme veut savoir, expliquer déterminer le vrai, non
parce qu’il est raisonnable mais plutôt pour répondre à un instinct profond, la peur. Il y a une
« incapacité à supporter la variabilité de toutes choses, la confusion chaotique du monde. »
dés lors, le vrai courage serait de ne pas s’attacher à la vérité comme à une idole. Ce serait
donc se dire « à quoi bon la vérité ? ». La réalité est plus complexe, plus profonde et plus
changeante que l’évidence des théories. Il y a donc une forme de foi passée dans le savoir lui-
même. Un fanatisme d’une vérité à tous prix ; Les raisons de ce mensonge sont
métaphysiques et morales ; Il s’agit de se sauver de la peur en croyant en un monde absolu et
immuable. C’est le témoin d’une volonté de puissance négatrice de la vie, malade, celle du
ressentiment.
Transition : doit-on alors renoncer à toute idée de vérité et tomber dans un
scepticisme total ? C’est la position que défend Pyrrhon D’Elis, S’il n’y a aucune
vérité, nous « devons demeurer sans opinion, sans inclination, sans agitation ». Il
s’agit de mettre en œuvre une epokhe, une suspension totale du jugement car rien
n’est connaissable comme vrai. « On ne peut connaître aucune vérité, il faut
suspendre son jugement » ; Les sceptiques (courant philosophique de l’antiquité
grecque) sont des interrogateurs, des destructeurs systématiques. Mais peut-on se
satisfaire de ce scepticisme ? ne risque t’on pas de retomber dans le règne de
l’opinion et de se pluralités subjectives. Si « l’homme est la mesure de toute chose
comme l’affirme Protagoras, toutes les opinions sont vraies ou fausses, il n’y a
plus aucune vérité acceptable ;
3- De nouveaux critères de la vérité
Cette position de scepticisme radical est non seulement dangereuse mais elle semble aussi
absurde ; car on peut bien faire la différence entre une fable et une vérité historique. Les
vérités admises en science trouvent leur justification dans leur exploitation technique. Une
argumentation structurée fournie de preuves et organisée n’a pas le même poids qu’une
vulgaire opinion ne se fondant que sur de la vraisemblance et des préjugés.
- de nouveaux critères
- Distinction Sciences exactes (expliquer) et sciences humaines (comprendre- Dilthey) ;
Il y a toujours une part de subjectivité, d’interprétation dans la reconstruction d’une
vérité aussi bien dans le champ des sciences exactes que dans celui des sciences
humaines. Retrouver le fil, c’est faire des choix. De la même façon, faire une
hypothèse c’est choisir une orientation.
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- Toutefois l’adéquation des faits au jugement reste le seul critère permettant de
prétendre à une certaine forme de vérité. Les preuves sont réelles et elles permettent
d’approcher de la vérité.
- Il faut donc renoncer à une vérité totale et absolument objective puisqu le sujet qui la
formule est nécessairement impliqué.
- De plus, la vérité ne peut être considérée comme unique. Il y plusieurs points de vue
s’intéressant à différents aspects de la vérité. (Psychanalyse, histoire, sociologie,
ethnologie, biologie..). Pour autant ces points de vues ne peuvent être rabaissées au
rang de l’opinion car elles s’appuient sur des raisonnements argumentés, validées par
des expériences et des observations.
- La vérité est multiple, en partie subjective, historique et toujours en construction.
Toujours est-il qu’il est acceptable de considérer que des vérités existent.
- Concluons avec F. Jacob qu’ « il est certes possible de dire sur le monde beaucoup de
choses vraies, mais non d’en dévoiler, si l’expression a un sens, la vérité globale et
ultime. »
Conclusion
Problème initial : la vérité est elle absolue ou relative ; peut-elle prétendre à une objectivité
totale ?
- Le besoin de vérité est indispensable pour la praxis ; Il y a donc une nécessité pratique,
technique et morale à l’établissement des vérités.
- On peut considérer que la pluralité des vérités, leurs caractères historique, réfutable et
imparfait s’inscrit dans la vérité du concept ; AU sens Hégélien, le concept se déroule
dans le champ de la représentation et il n’y a plus de contradiction. L’ensemble des
vérités, des erreurs et des points de vue participe de la vérité en cours de réalisation.
- Si toutefois, on réfute ce caractère absolu et idéaliste, persistent néanmoins des
critères : l’adéquation du jugement au fait, la fonctionnalité pratique et l’apport de
preuves ;
- Il n’y a pas une vérité absolue et unique mais des vérités multiples et reconnaissables
qui participent de la compréhension par l’homme du monde qui l’entoure.